jeudi 18 avril 2024

Les Acadiens et le serment d’allégeance… de 1755 à 2024…

Capture d’écran d’ONFR

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Les images des trois mousquetaires péquistes, Paul St-Pierre Plamondon en tête, se faisant interdire l'accès à l'Assemblée nationale pour avoir refusé de prêter serment d'allégeance au roi Charles III, ont fait le tour du monde en décembre 2022. Leur entrée au Salon bleu après l’adoption d’un projet de loi mettant fin à cette exigence colonialiste fut tout aussi médiatisée.

Au-delà du débat éternel sur les rapports entre les Québécois francophones et la monarchie britannique, cet épisode historique mettait en lumière la capacité d’un peuple de prendre ses propres décisions quand il est majoritaire sur son territoire et à sa législature. Un pouvoir dont nous sommes privés dans un pays anglo-majoritaire comme le Canada.

À preuve, l’effort  rabroué de rendre optionnel le serment de fidélité monarchique au Parlement fédéral, initiative du député acadien René Arseneault, devenu l’écho dramatique du traitement réservé aux parlant français de ce pays depuis les conquêtes britanniques du 18e siècle. Pour les ressortissants de l’Acadie, le serment au roi brûle comme un fer rouge dans une plaie mal cicatrisée. À partir de 1755, les Anglais avaient répondu au refus des Acadiens de prêter serment à leur monarque par une déportation génocidaire.

Avec l’arrivée de la Confédération en 1867, l’Acte de l’Amérique du Nord britannique (AANB) avait créé une obligation constitutionnelle de jurer fidélité au monarque pour pouvoir siéger au Parlement fédéral. Les députés québécois, qui n’ont jamais apprécié cette génuflexion colonialiste, peuvent au moins se réjouir que leurs homologues de l’Assemblée nationale s’en soient débarrassés. Mais pour les Acadiens, cela reste et restera un rappel douloureux des odieux Monckton, Lawrence et semblables… mais aussi de leur impuissance minoritaire.

Seule une poignée de députés acadiens siègent à la Chambre des Communes. Ils ne peuvent rien contre l’écrasante majorité anglophone qui occupe les bancs du gouvernement et de l’opposition. Même avec l’appui de la totalité des voix francophones (70 ou 75 des 338?) et des grappes républicaines du Canada anglais, le Parlement canadien reste acquis à la monarchie britannique… René Arseneault, fort d’un impitoyable réquisitoire contre 300 années d’oppression et d’injustice, ne plaidait pas seulement pour le droit de refuser de s’agenouiller devant Charles III, mais aussi - et surtout - pour le retrait d’une exigence qui avait valu à son peuple le déracinement et la déportation.

Mais il était seul, ou presque. Il a même été trahi par ses deux collègues ministres, Dominic LeBlanc et Ginette Petitpas, qui se sont opposés au projet de loi de René Arseneault sur l’ordre scandaleux d’un Québécois, Justin Trudeau, qui s’est souvenu qu’à titre de premier ministre du Canada, il incarne la majorité anglophone et son héritage francophobe. Le temps d’un vote, Trudeau, LeBlanc, Petitpas et les autres ministres collabos ont symboliquement endossé les anciens «habits rouges», envoyant promener (au sens figuré cette fois) les descendants de ces Acadiens qui avaient, au 18e siècle, refusé coûte que coûte de jurer fidélité à la Couronne britannique. Et pour doubler le tort d’un affront, on leur a chanté le God Save the King en pleine face, à la Chambre des Communes… 

Ce jour de honte doit servir à rappeler que les minorités n’ont aucun pouvoir contre une majorité hostile. Et que si la tendance se maintient, ce qu’on a fait à René Arseneault et aux Acadiens, on le fera un jour aux Québécois… et on nous infligera le God Save The King au Salon bleu… Vivement la souveraineté avant que notre majorité déclinante nous prive du droit de décider…

jeudi 4 avril 2024

La «job» du fédéral de sauver l'Ontario français?

Capture d'écran d'ONFR

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J'ai lu des milliers de citations de dirigeants franco-ontariens au fil des décennies, mais je dois avouer que celle-ci m'a laissé bouche bée. Être militant de l'Assemblée de la francophonie de l'Ontario, j'exigerais une prompte rétractation ou carrément la démission de l'auteur de cette déclaration, le président de l'AFO en l'occurrence...

Prenez bien le temps de décortiquer ce qu'a dit Fabien Hébert, selon un texte du journaliste d'ONFR, Pascal Vachon (voir lien en bas de page):


Deux énormités sautent aux yeux.

La première: le sous-financement fédéral des organismes de l'Ontario français mettrait «en péril la survie de notre communauté franco-ontarienne». Ai-je bien compris? Des centaines de milliers de Franco-Ontariens risquent de perdre langue et culture parce qu'Ottawa refuse de donner 22 millions $ de plus au cours des quatre prochaines années à une centaine ou plus d'organismes francophones d'un bout à l'autre de la province? 

Ce que cela suggère plutôt, c'est que la structure organisationnelle de l'Ontario français, ou ce qui en reste hors des conseils scolaires, des caisses jadis populaires et de l'hôpital Montfort, tient avec «la broche» de Patrimoine canadien, faute d'appuis dans des collectivités qui s'anglicisent à la vitesse grand V. Je ne serais pas surpris d'apprendre que 90% des Franco-Ontariens n'ont jamais entendu parler de l'Assemblée de la francophonie de l'Ontario ou de son acronyme, l'AFO.

Ce ne fut pas toujours le cas. Quand j'ai commencé à militer dans les mouvements de l'Ontario français aux milieu des années 1960, l'ancêtre de l'AFO (alors appelé ACFEO pour Association canadienne-française d'éducation de l'Ontario) était en bonne partie financé à même les souscriptions et dons de milliers de citoyens dans une centaine de localités - d'Ottawa à Sudbury, de Blind River à Hawkesbury, de Cornwall à Windsor, de Hearst à Penetang. On cueillait des sous dans les écoles, les paroisses, les maisons. En 1965, les seules subventions gouvernementales ont été versées par l'Ontario (1085 $) et le Québec (30 $)... Le vaisseau amiral de la Franco-Ontarie était porté par une base citoyenne depuis sa fondation à l'époque du Règlement 17.

Au cours du dernier demi-siècle les taux d'assimilation se sont intensifiés, dépassant les 50% dans plusieurs régions, les quartiers urbains franco-ontariens ont disparu, le sentiment d'appartenance à une communauté nationale s'est effrité, pour ne laisser trop souvent que des structures avec des bureaux et des permanences qui tentent de sauver les meubles avec les maigres millions $ du fédéral. L'insuffisance des subventions d'Ottawa ne menace pas la survie des Franco-Ontariens, déjà compromise, elle menace de détruire ces façades qui dissimulent l'agonie d'une collectivité de plus en plus réduite au rang de groupe ethnique parmi tant d'autres... comme à Greenstone (voir lien en bas de page). 

La deuxième: «Les politiciens et Patrimoine canadien ne font pas leur job d'assurer la survie de la communauté linguistique francophone de l'Ontario.» Ai-je bien compris? Que la survie de la collectivité francophone de l'Ontario fait partie des tâches du ministère fédéral Patrimoine canadien? Je veux bien croire qu'en vertu de la loi sur les langues officielles, Patrimoine canadien doit intervenir à coups de millions pour favoriser l'épanouissement des minorités francophones, y compris les Franco-Ontariens, mais le ministère fédéral ne peut absolument rien contre les principaux facteurs d'anglicisation dans la société, à l'école, au travail, dans les commerces, les médias, les loisirs. On pourrait argumenter que c'est en partie sa job de donner un coup de main financier à ceux et celles qui interviennent sur le terrain, mais pas d'intervenir à leur place. Ça c'est la job de l'AFO et de ses membres dans les différentes régions de l'Ontario.

Par ailleurs, je trouve ironique qu'on puisse croire qu'un ministère fédéral ou que le gouvernement fédéral lui-même puisse se donner comme tâche de sauver la francophonie. Le gouvernement fédéral est l'incarnation de la nation anglo-canadienne très majoritaire, souvent francophobe, et les miettes arrachées dans un texte comme celui de la Loi sur les langues officielles sont davantage des concessions à la menace souverainiste québécoise qu'aux supplications des minorités acadiennes et canadiennes-françaises. Toujours, partout, les décisions appartiennent à la majorité anglophone du Canada. Les francophones peuvent négocier, menacer, quémander mais jamais décider. Alors croire qu'Ottawa puisse vouloir sauver l'Ontario français, c'est prendre ses rêves pour la réalité. Le federal government demeurera toujours une partie du problème, pas de la solution.

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Lien au texte de Pascal Vachon, d'ONFR - https://onfr.tfo.org/organismes-franco-ontariens-federal-financement-francophonie-langues-officielles/

Lien au texte: Greenstone... le drapeau franco-ontarien méprisé... https://lettresdufront1.blogspot.com/2024/02/greenstone-remet-les-franco-ontariens.html

samedi 30 mars 2024

Gatineau... Élection au pays de la peur...


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Peu importe le nombre de candidats et candidates au remplacement de France Bélisle à la mairie de Gatineau, j'ai la quasi certitude qu'on parlera abondamment de logement, de transport en commun, de gestion et de taxes. Il est cependant un thème qui brillera par son absence: la situation précaire du français dans la quatrième ville du Québec.

Certains s'abstiendront d'en parler par ignorance. D'autres feront semblant de ne pas savoir. D'autres l'éviteront comme la peste. De fait, le sujet est tabou ici, aux frontières de l'Ontario. Les élus municipaux, qui ne s'en souciaient pas avant, ne s'inquiéteront pas davantage maintenant, ni à l'avenir, de l'érosion de la langue commune du Québec. Les francophones de Gatineau sont des grenouilles (français pour frog) dans une eau chaude qui deviendra bouillante bientôt...

Les Gatinois, surtout dans le vieux Hull, ont pourtant vu l'historique secteur francophone de la Basse-Ville d'Ottawa, juste en face, s'angliciser à coups de bélier et d'expropriations en une génération. Le réveil vigoureux des Franco-Ontariens dans les années 1970 est venu trop tard. Pas que cela aurait fait une grande différence avec un conseil municipal francophobe... Mais qu'en est-il à Gatineau alors que tous les jours, quelques buches s'ajoutent aux braises sous notre marmite d'eau fumante?

Les tours d'habitation montent à vue d'oeil dans les secteurs riverains du centre-ville de Gatineau, devenus aux yeux des Ontariens une extension d'Ottawa où ils peuvent vivre, comme avant, en anglais. Le Vieux Hull, jadis à 90% francophone, l'est désormais à moins de 60% et à chaque maison allumette qu'abattent des promoteurs immobiliers aux yeux en signe de piastre, le visage français historique de ce quartier se fissure.

Passe encore si les nouveaux arrivants s'intégraient à la majorité francophone, mais pour la plupart, ils se présentent dans les commerces et dans les bureaux municipaux en parlant anglais, sur un ton qui n'invite pas la réplique. Et la plupart des francophones, bilingues bien sûr, se feront un devoir de les accommoder dans leur langue. Déjà qu'on accepte de se faire servir en anglais dans des commerces unilingues et qu'on ne cligne pas de l'oeil devant les multiples violations de la Loi 101 dans l'affichage commercial...

Quand les francophones seront minoritaires dans le centre-ville de Gatineau, et cela ne devrait guère tarder (quelques recensements?) il sera trop tard. Les grenouilles seront mortes, ébouillantées. Mais on ne parle pas de cela. On se presse de féliciter les Franco-Ontariens qui se battent pour sauver les meubles mais tout le monde, ici à Gatineau, sait que les défenseurs du français sur la rive québécoise ne sont qu'une bande de séparatistes xénophobes. Manifester de l'«ouverture» envers les anglos en leur permettant d'évoluer ici comme en Ontario, c'est vivre à genoux, en colonisé, jusqu'à ce jour, pas si lointain, où l'on érigera des monuments bilingues à la mémoire des anciennes grenouilles.

Y aura-t-il quelqu'un, dans cette campagne menant à l'élection d'un nouveau ou d'une nouvelle maire le 9 juin, pour parler d'identité linguistique et culturelle? Je l'espère sans trop d"espoir. Y aura-t-il quelqu'un sur les tribunes pour exprimer en public cette réalité d'anglicisation à vitesse grand V, pour demander qu'on en fasse tout au moins un débat, qu'on mette suffisamment de ressources pour brosser un portrait de l'état de notre francophonie dans un document officiel de la municipalité, qu'on cesse d'avoir peur de s'affirmer devant des anglos qui, eux, n'ont aucunement peur de s'affirmer devant nous?

Mais j'oubliais. Nous sommes ici au pays de la peur. Si le passé est garant du présent, personne n'osera mettre à l'avant-scène la question du français durant cette campagne à la mairie. Ni les libéraux déguisés en indépendants, ni Action-Gatineau. Seulement quelques vieux ex-Franco-Ontariens comme moi qui ont vécu le résultat de l'inaction collective, et une poignée d'autres qui ont appris à lire «les signes du temps». 

Enfin, Joyeuses Pâques tout de même en attendant ce lundi poisson d'avril...

jeudi 28 mars 2024

Assurance dentaire, locataires, etc... Feu le fédéralisme...

Capture d'écran du site Web de L'Actualité

Ne vous surprenez plus des incursions fédérales de plus en plus fréquentes dans les champs de compétence des États fédérés (appelés aussi provinces). Depuis le jugement de la Cour suprême du Canada dans l'affaire de la taxe carbone le 25 mars 2021, Ottawa a le feu vert pour agir à sa guise si un enjeu devient, à ses yeux, «d'intérêt national»... Et vous savez de quelle «nation» parlent les suprêmes fédéraux... certainement pas la nôtre! 

La notion d'«intérêt national» n'existe pas dans la Constitution canadienne. Elle a été inventée comme concept constitutionnel par la Cour suprême du Canada. Et croyez-moi, le mot «national» ou l'expression «intérêt national» ne désignent jamais, mais au grand jamais, la nation québécoise. Quand un sujet devient «national» pour la plus haute cour du Canada, sa portée est pan-canadienne. La «nation», c'est le Canada, une nation à forte majorité anglophone. Au mieux, les enjeux québécois sont «provinciaux», voire «locaux».

De tout temps, le fédéral se sert de son «pouvoir de dépenser» illimité pour s'ingérer dans les priorités et programmes des États fédérés. Mais cela ne changeait rien à la répartition constitutionnelle des compétences entre Ottawa et les provinces. Le jugement de 2021 sur la taxe carbone permet au fédéral à la fois d'envahir et d'accaparer des compétences jusque là réservées aux État «provinciaux» en décrétant un enjeu «d'intérêt national». Les juges d'Ottawa ont été très clairs à cet égard: «L'effet de la reconnaissance d'une matière en tant que matière d'intérêt national est permanent et confère compétence exclusive au Parlement (fédéral) sur cette matière».

Alors si Justin Trudeau et ses alliés, agissant au nom d'une majorité anglo-canadienne de tendance nettement centralisatrice, décident que l'assurance dentaire et la création d'une Charte canadienne des locataires sont des matières «d'intérêt national», les carottes sont cuites. Le premier ministre fédéral a bien lu la décision de 2021 des suprêmes. Le Devoir rapportait le 27 mars ce qui suit: «Questionné par une journaliste sur la pertinence d'empiéter à nouveau sur les compétences des provinces, M. Trudeau a répondu que la crise du logement touchait tout le pays.1» La question est ainsi jugée «d'intérêt national»... Ce domaine appartient donc à Ottawa, dorénavant. Oust, le Québec... 

Les jugements de la Cour suprême, émis avec l'autorité de la Charte de 1982 qu'on nous a enfoncée dans la gorge après la nuit des longs couteaux, lui donnent toute latitude pour envoyer paître François Legault et la «nation québécoise» dont il affirme être le chef. Les décisions des juges suprêmes d'Ottawa sont sans appel pour le Québec, qui se trouve alors devant un mur de béton insurmontable dans le régime actuel. À bien des égards, depuis la décision de 2021, le fédéralisme n'existe plus. Comme le disait le juge dissident Russell Brown, Ottawa pratiquera maintenant un fédéralisme de supervision des provinces, désormais constitutionnellement inférieures.

La quasi-totalité des fédéralistes, les nôtres et les autres, ne comprenant pas grand chose aux principes mêmes d'un régime authentiquement fédéral, seuls les indépendantistes québécois proposent une stratégie politique permettant de contrer l'envahissement d'Ottawa, en attendant bien sûr de réaliser la souveraineté. Les provinces à majorité anglophone reconnaissent toutes au fédéral le statut de gouvernement «national» du pays. L'emploi de l'expression «intérêt national» par la Cour suprême est parfaitement compris et accepté au Canada anglais. L'idée de constitutionnaliser un concept d'intérêt national québécois n'effleure même pas l'esprit de la majorité anglo-canadienne.

La Constitution est toujours la loi fondamentale d'un État. La plus importante. Celle que toutes les autres lois doivent respecter.  Et pourtant, personne ne veut en parler. Ni l'opinion publique ni les gouvernements. L'idée de renégocier les textes constitutionnels rebute. Et pourtant, ce sont ces mêmes textes, imposés en 1982 par une coalition d'Anglo-Canadiens et collabos québécois, qui permettent aujourd'hui à Ottawa d'envahir nos champs de compétence, d'attaquer en justice nos lois lois sur la laïcité et sur la protection du français, et de dresser des obstacles judiciaires devant toutes nos tentatives d'affirmer les traits distincts de notre nation. Il n'y a qu'une seule porte de sortie: le refus d'obéir (à coups de nonobstant ou pire) aux textes constitutionnels adoptés sans notre consentement, et un cheminement - le plus rapide possible - vers l'indépendance.


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1- Lien au texte du Devoir - https://www.ledevoir.com/politique/canada/809814/trudeau-veut-creer-charte-canadienne-locataires


lundi 25 mars 2024

La langue de bois du CISSSO

Capture d'écran du site Web Le Droit

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«Jugeant qu’il y avait "urgence d’agir" pour le bien-être des usagers de deux résidences privées pour aînés (RPA), le Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Outaouais (CISSSO) a octroyé un contrat de plus de 70 000 $ pour "accompagner" les exploitants de la Résidence et Château de l’Île et du Village Riviera.» (texte de Justine Mercier sur le site Web Le Droit, 24 mars 2024 - voir lien en bas de page

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Je crains toujours, avec la vieillesse, de perdre un jour la capacité de m'indigner... Puis je lis un texte comme celui de l'excellente Justine Mercier dans Le Droit et me revoilà, comme un ressort tout neuf, prêt à bondir sur les barricades comme à 20 ans... J'ai la certitude que Mme Mercier a inclus dans son article tout ce qui lui était permis d'écrire, mais ce qui n'y est pas, ce que l'on dissimule, ne peut manquer de rappeler les horreurs ayant marqué nos «usines de vieux» durant les premiers mois de la pandémie de COVID-19, en mars et avril 2020.

N'a-t-on rien appris de la tragédie qui a décimé des milliers de nos personnes âgées en RPA et CHSLD dans des conditions atroces exacerbées par les lourdes bureaucraties et l'opacité de l'information filtrant du réseau québécois de la santé, et notamment des centres intégrés de santé et de services sociaux (CISSS et CIUSSS)? Or voilà qu'apparaissent dans deux résidences de Gatineau une «urgence d'agir» pour assurer la qualité des soins et la sécurité des résidents les plus vulnérables, ceux et celles en perte d'autonomie.

Mais n'essayez pas d'en savoir plus. On nous pardonnera de nous inquiéter un peu étant donné que le Groupe Katasa, propriétaire de ces deux résidences, le Village Riviera et la Résidence/Château de l'Île, est le même qui dirigeait le tristement célèbre CHSLD Herron, dans l'ouest de l'île de Montréal, où plus de 40 personnes sont mortes au printemps 2020. L'enquête publique avait démontré que les problèmes de pénurie d'équipements et de personnel existaient à cet endroit bien avant la prolifération de la COVID-19.

Le texte dans Le Droit indique l'octroi d'un contrat de 71 600 $ à un cabinet en gestion d'entreprise de la région montréalaise avec mandat «d'accompagner» (ça veut dire quoi?) la direction de ces résidences pendant au moins trois mois. Et que le motif du CISSSO était «l'urgence d'agir rapidement» dans le cadre juridique d'une «situation d'urgence où la sécurité des personnes ou des biens est en cause». Le CISSS fait état de «visites d'appréciation de la qualité» et de «certains constats», sans en dire davantage. Entre ça et cacher sciemment au public des faits dont il devrait être informé, la ligne est mince...

L'article du Droit est signé par une reporter de l'équipe d'enquête. L'information ne provient donc pas d'une conférence de presse ou d'un communiqué du centre intégré de santé et de services sociaux. Et même une fois interrogé par la journaliste, le CISSSO semble avoir fait tout pour révéler le moins possible à la population. On ressort l'éternelle langue de bois qui mine la crédibilité des déclarations officielles depuis trop longtemps: «mise en oeuvre d'un plan d'amélioration concerté», «établir un niveau de soins optimal et de qualité». Le charabia habituel des bureaucrates... inacceptable quand de l'avis même du CISSSO, on a jugé qu'il y avait «urgence d'agir»...

Faudrait qu'on attrape nos dirigeants de CISSS par le collet et qu'on leur dise: on se souvient des crises récentes, de nos vieux pris en otages dans un régime inefficace, souffrant, mourant seuls dans ces résidences et CHSLD. On aurait dû en savoir davantage, et plus vite. Alors si des personnes en perte d'autonomie cognitive ou physique sont de nouveau en danger dans des résidences qu'il faut «accompagner» pour assurer la qualité des services, des soins et leur sécurité, criez-le sur tous les toits. Convoquez la presse au lieu de la fuir. L'État et ses organismes doivent protéger avant tout les citoyens, les aînés en particulier, et non les entreprises et les établissements à qui l'on a confié, en partie ou en tout, leur garde.

Si ce n'est que pour obliger le groupe Katasa à honorer l'engagement proclamé dans son site Internet: «Chez KATASA, nous avons vos intérêts à cœur et nous traitons chacun comme un membre précieux de notre famille.» 

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mardi 19 mars 2024

«Le dernier Canadien français» - Mission impossible...



Selon son auteur Pascal Justin Boyer, le film documentaire Le dernier Canadien français, a pour but «de montrer qu'il est possible d'avoir un quotidien français un peu partout au Canada. Un quotidien complètement différent du nôtre à Québec ou à Montréal, mais qui assure une pérennité à des communautés super vibrantes.» - voir liens en bas de page.

S'il avait simplement voulu voyager d'un bout à l'autre du Canada pour rencontrer des gens et les interroger sur l'érosion, voire la disparition de l'ancienne identité canadienne-française, sans tenter de tirer de conclusions, M. Boyer aurait davantage fait oeuvre utile. Le danger survient quand on cueille une palette de témoignages ça et là, et qu'on croit avoir en mains un croquis proche de la réalité.

Avoir pris le temps de bien étoffer ses connaissances de la francophonie hors-Québec, le cinéaste aurait su qu'il est impossible «d'avoir un quotidien français un peu partout au Canada», que la pérennité des collectivités franco-canadiennes est menacée d'un océan à l'autre, et qu'à l'extérieur du coeur de l'Acadie et d'îlots francophones dans l'est et le nord de l'Ontario, les «communautés» de langue française «super vibrantes» n'existent à peu près pas.

Jaser avec deux ou trois francophones dans le magnifique décor du Yukon et filmer l'école Émilie-Tremblay à Whitehorse peuvent nous faire imaginer une collectivité franco-yukonnaise «vibrante» mais les données du recensement de 2021 nous rappellent vite à l'ordre. On dénombre à peine 2000 personnes de langue maternelle française (5% de la population) dans ce vaste territoire et plus de 40% d'entre eux ont l'anglais comme langue d'usage à la maison. Le français n'y a pas «le vent dans les voiles»...

Et le fait que plus de 300 000 Britanno-Colombiens comprennent le français ne permet pas de suggérer une quelconque vie française hors du foyer et des rares écoles franco-colombiennes qui peinent depuis toujours à obtenir la plus élémentaire justice de Victoria. De fait, moins de 70 000 personnes se disent de langue maternelle française en C.-B., et moins de 25 000 d'entre elles parlent surtout français à la maison. Un taux d'assimilation implacable, sans retour! Dans la ville de Coquitlam, grande banlieue de Vancouver, vous trouverez un quartier où les noms de rue sont étrangement familiers: Hachey, Proulx, Bégin, Therrien, Brunette, Laval, Cartier... L'unique localité canadienne-française de la province, appelée Maillardville, s'y trouvait jadis. Son histoire est fascinante. Mais il n'en reste guère plus que les noms de rues... Vivre au quotidien en français est impensable à l'ouest des Rocheuses.

Le dernier Canadien français ne s'est pas arrêté dans les Prairies, où l'histoire des francophones (blancs et Métis) a été marquée de combats déterminants au 19e et 20e siècles avant de sombrer dans un déclin qui apparaît aujourd'hui irréversible. De plus, le cinéaste n'a pas vraiment rencontré de Franco-Ontariens ou d'Acadiens (ordinaires ou militants), même dans des localités où l'on peut davantage espérer une collectivité de langue française «vibrante», comme à Caraquet, Edmudston, Hearst ou même Hawkesbury. 

Le documentaire passe cependant en sol ontarien pour aborder la question toujours actuelle des études post secondaires en français. Encore là, l'auteur du film s'égare (comme l'ensemble des médias d'ailleurs) en affirmant que des organisations franco-ontariennes militaient depuis plusieurs années pour l'implantation d'une université de langue française à Toronto. L'objectif central du combat était d'assurer une gouvernance francophone de l'ensemble des programmes universitaires ontariens en français, y compris ceux des grandes universités bilingues : une véritable université pan-ontarienne, dont le campus torontois aurait été une composante. 

L'interview avec Pierre Ouellette, recteur du campus de Toronto (qu'on a baptisé «Université de l'Ontario français»...) propose un portrait trompeur de ce qui reste de l'Ontario français. Je mets en doute son affirmation voulant qu'en Ontario, quatre francophones sur dix demeurent dans le centre-sud ouest de la province (Toronto, London, Niagara, Windsor, etc.). Trois sur dix me semble plus près de la réalité, et sa perception de croissance m'apparaît tout aussi douteuse. À l'extérieur de l'ancien Frenchtown de Welland (péninsule du Niagara), il n'y existe plus de quartier urbain franco-ontarien (ni ailleurs en Ontario). En tout cas, surtout pas dans le Grand Toronto où moins de 40 000 personnes ont le français comme langue d'usage à la maison (sur une population de plus de six millions!). Tout le monde sait que les coeurs de la francophonie ontarienne battent dans l'Est et le Nord ontarien, et que ses principales capitales sont Ottawa et Sudbury. Une université française à Toronto demeurera toujours marginale...

Le documentaire de M. Boyer ne pouvait bien sûr occulter l'enjeu de l'immigration francophone, vue ces jours-ci comme seul rempart possible contre le déclin de la langue française à l'extérieur du Québec. Comme si des dizaines de milliers de nouveaux arrivants de langue française dans les provinces anglaises allaient s'avérer imperméables au phénomène de l'assimilation. De fait, on les envoie à l'abattoir. Sur cette question, quelques témoignages dans le film donnent un son de cloche beaucoup plus réaliste. «Tu ne peux pas être francophone en Nouvelle-Écosse et ne pas apprendre l'anglais», note un immigrant africain. Ces nouveaux arrivants comprennent très vite la réalité, et anglicisent leurs enfants pour avoir du travail. «La tendance naturelle, c'est d'aller vers la majorité», entend-on. Et un professeur remarque que pour les immigrants de l'Afrique sub-saharienne, le français demeure la langue du colonisateur et plusieurs se diront: «Je ne suis pas ici pour mener des batailles pour le français»... Faudrait peut-être qu'on leur rappelle qu'ici, la langue du colonisateur c'est l'anglais et le français, celle des colonisés, et que par le passé les rapports entre Canadiens français et Autochtones n'ont pas été de colonisateur à colonisé mais bien davantage d'alliances et de métissage.

Parlant d'histoire, le film évoque à quelques reprises les États généraux du Canada français, et particulièrement les sessions de 1967 où les délégués avaient affirmé le droit à l'autodétermination du Québec. M. Boyer y voit la «source de la fracture» entre les Québécois et les autres Franco-Canadiens. J'y étais comme délégué franco-ontarien à Montréal, en 1967, et je me souviens que la majorité des délégués acadiens, et plus du tiers des délégués franco-ontariens, ont voté en faveur de cette résolution. Que ce vote ait eu d'importantes séquelles ne fait aucun doute, mais il était bien plus la confirmation (et non la source) d'une fracture amorcée depuis le début du 20e siècle.

Enfin, au début du documentaire, on parle de 7 800 000 francophones au Canada. Comme cela arrive souvent, on utilise la «première langue officielle parlée» (PLOP), une catégorie inventée par Statistique Canada à partir de différentes réponses et qui a ici pour effet de gonfler un peu les chiffres. Si on utilise le critère de la langue maternelle c'est plutôt 7 400 000 et avec le critère le plus fiable (selon la Commission B-B), celui de la langue d'usage à la maison, on chute à 7 240 000. Cela ne dit rien de la francophonie hors Québec, cependant, qui se chiffre à environ 1 000 000 (langue paternelle) mais à moins de 600 000 avec la langue d'usage. De ces six cents milles, environ 500 000 (84%) vivent en Ontario et au Nouveau-Brunswick. Cela laisse moins de 100 000 locuteurs du français à la maison dans les sept autres provinces et trois territoires. Avec le critère de langue maternelle, c'est 240 000... Sur un total de 13 350 000 personnes... 

Disons que si le but était de démontrer la possibilité de vivre en français au quotidien un peu partout au Canada, il n'a pas été atteint. C'était impossible au départ. Le film reste intéressant, divertissant même. Mais comme information, c'est mince. Très mince.

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samedi 16 mars 2024

Immigration: l'opération suicide...

Capture d'écran de Radio-Canada

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Parfois, je ne comprends tout simplement pas... Prenez cette demande d'obtenir pour le Québec les «pleins pouvoirs» en immigration, formulée par François Legault en prévision de son sommet du 15 mars avec Justin Trudeau... Le premier ministre québécois a beau avoir raison de réclamer le contrôle de l'immigration - pour l'avenir du français, pour protéger notre identité, nos valeurs - il n'a pas la moindre chance de l'obtenir et il le sait. Alors pourquoi s'y aventurer?

Serait-ce pour fanfaronner publiquement devant Ottawa et tenter ainsi de récupérer les franges d'opinion publique qui glissent depuis des mois vers le Parti Québécois et son chef Paul St-Pierre Plamondon? Si c'est le cas, voilà une stratégie qui ne peut que lui éclater en pleine figure. Il fait face à un premier ministre fédéral ayant en poche tous les atouts constitutionnels et un soutien quasi indéfectible de ses juges des tribunaux supérieurs. L'article 95 de l'AANB affirme clairement la prédominance législative du fédéral en immigration, et depuis le jugement de la Cour suprême sur la taxe carbone en 2021, Ottawa n'a qu'à déclarer un enjeu «d'intérêt national» pour qu'il devienne une compétence exclusive du fédéral. Dans ce dossier, Trudeau peut dire non, sans plus, et le Québec n'a qu'à rentrer chez lui tête basse.

Par ailleurs, François Legault s'adresse à un premier ministre fédéral qui suffoque de peur devant une opinion anglo-canadienne largement francophobe et anti-québécoise, que les sondeurs disent prête à propulser massivement au pouvoir la bande à Poilièvre au scrutin de l'an prochain. Pourquoi Justin Trudeau s'effondrerait-il devant le Québec dans un secteur essentiel au projet multiculturel fédéral où le Québec exerce déjà depuis 1991 des pouvoirs considérables arrachés à Ottawa? Comment réagirait le Canada anglais (après tout, Ottawa, c'est son gouvernement national) si «son» premier ministre s'agenouillait devant l'ultimatum québécois en immigration? En peu de temps, il y aurait un putsch chez les libéraux fédéraux.

Mais François Legault sait tout ça. Ça crève les yeux. Même avant de rencontrer Justin Trudeau, il évoquait la possibilité (la certitude?) d'un non d'Ottawa et disait envisager d'autres options, que ce «non» serait jugé inacceptable. Mais diable, quelle option lui reste-t-il ouverte? Il a exclu l'indépendance (bien sûr), mais il écarte tout autant un référendum sectoriel sur l'immigration (qui ne lui donnerait sans doute pas grand chose). Alors quoi? La constitution est contre lui, le fédéral se dressera comme un mur de béton, et les coffres de l'État québécois rougissent à vue d'oeil. Si, ce qui semble fort improbable avec la CAQ, Québec choisit la voie de l'affrontement, que pourra-il faire d'efficace devant le pouvoir politique, judiciaire, financier et militaire du gouvernement central? Pas grand-chose. Accumuler les échecs.

Redessiner la carte constitutionnelle de l'immigration ne sera pas aussi simple qu'abolir l'ancien Conseil législatif en 1968 ou le serment d'allégeance au roi Charles III (2022). Le Québec a alors modifié unilatéralement l'Acte de l'Amérique du Nord britannique (AANB) de 1867, mais seulement dans des domaines qui ne concernaient pas vraiment Ottawa. Il en ira autrement si l'Assemblée nationale décide de modifier unilatéralement la répartition des compétences dans un secteur où la Constitution reconnaît la prééminence fédérale. La voie législative est donc également exclue. 

François Legault a cependant raison quant à l'urgence de la situation. Depuis la conquête, les Britanniques puis leurs successeurs à Ottawa ont utilisé l'immigration comme une arme pour angliciser le pays et nous assimiler. Au nombre des nouveaux arrivants de toutes catégories qui s'installent au Québec, la proportion de francophones baisse à vue d'oeil pendant que la majorité anglo-canadienne renforce sa présence en sol québécois. Aurons-nous survécu pendant 400 ans pour connaître une fin ignominieuse dans un bourbier multiculturel assassin qui impose l'anglais comme langue commune du pays? L'immigration, sous sa forme actuelle, ne favorise pas l'intégration des nouveaux arrivants, elle accélère la désintégration de la culture historique de la nation française et métissée qui a essaimé depuis des siècles à partir du bassin du St-Laurent.

Il n'y a qu'une solution à court terme: élire le Parti québécois en 2026 et cheminer vers l'indépendance. C'est la seule issue qui nous permettra d'exercer les pleins pouvoirs en immigration. D'exercer les pleins pouvoirs en «toutte», de fait! Enfin!