mardi 3 février 2026

Ça val mal icitte à Gatineau !

3 février 2026...

La malheureuse identité gatinoise proposée en 2024... La prochaine fois, ce sera On passe à l'anglais...

L'érosion du français à Gatineau s'accélère d'année en année. Le vieux centre-ville de Hull, jadis francophone à 90%, atteindra bientôt le point de bascule vers l'anglo-dominance.

Des milliers d'Ontariens de langue anglaise traversent la rivière, attirés par une plus grande abordabilité du logement à Gatineau. La plupart exigent d'être servis en anglais, y compris par la Ville, et se comportent comme s'ils vivaient dans une banlieue d'Ottawa. Plusieurs conservent même illégalement, leurs plaques d'immatriculation de l'Ontario.

Avec la proximité de l'Ontario et l'omniprésence du gouvernement fédéral, la forte attraction de l'anglais entraîne inévitablement l'anglicisation de nombreux immigrants, et même de Québécois francophones. Les violations de la Loi 101 sont légion. Bref, consultez les recensements. Ça va mal icitte!

Durant la campagne électorale de l'automne 2025, les candidats et candidates ont soulevé des tas d'enjeux et de priorités. Le déclin du français n'en faisait pas partie. Ce sujet demeure tabou depuis des années dans une région qui ne s'est jamais vraiment défait de sa mentalité de colonisé. Faut surtout pas énerver les Anglais et les multiculturels, qui nous traiteraient vite de racistes.

Une fois l'élection du 2 novembre terminée, le parti Action-Gatineau s'est amené au conseil municipal avec une majorité absolue de conseillers, y compris la mairie avec la victoire de Maude Marquis-Bissonnette. Or, dans son programme électoral, cette formation désormais au pouvoir proposait:

* que la ville de Gatineau s'affirme comme ville francophone; et

* que la ville de Gatineau bonifie ses activités existantes de francisation selon la démographie des secteurs.

Nous sommes maintenant en février 2026 et les élus ont participé à plus d'une vingtaine de réunions (conseil municipal, comité exécutif, étude du budget, etc.). La question de l'érosion du français a-t-elle été soulevée? Probablement pas. Je n'ai rien vu aux nouvelles et rien trouvé dans les procès-verbaux. Et je suis prêt à parier que personne n'osera soulever cette question avant d'apprendre les résultats catastrophiques du prochain recensement fédéral (cette année), dont les données seront rendues publiques à l'automne 2027.

Entre-temps, et au risque de crier de nouveau dans le désert, je reprends le programme d'Action-Gatineau pour demander: que fera Gatineau pour «s'affirmer comme ville francophone» et «bonifier les activités municipales de francisation selon la démographie des secteurs»? D'ailleurs existe-t-il de telles activités? Dans les bibliothèques peut-être? Ailleurs? Serait-il possible d'en parler avant que le centre-ville et le secteur Aylmer soient anglicisés au point de non-retour? J'écoute. Bruits de criquets...

Il y a 50 ans, j'ai quitté l'Ontario parce que j'en avais assez de lutter quotidiennement pour vivre en français dans un milieu très majoritairement anglais - la ville d'Ottawa. Je voulais vivre dans un milieu francophone au Québec. À Gatineau, PQ, plus précisément. Et voilà que je risque maintenant d'être obligé de reprendre mes vieux combats pour pouvoir continuer à vivre en français dans une ville que la Loi 101 dit française mais qui devient tous les jours de plus en plus bilingue. Qu'en dites-vous, mesdames et messieurs du conseil municipal de Gatineau?


lundi 2 février 2026

Abonnements aux médias tout-numériques... La désinformation au menu...

2 février 2026...



Jadis, pour savoir combien de personnes lisaient un journal quotidien, on n'avait qu'à consulter les chiffres de l'abonnement, en y ajoutant le nombre de copies imprimées pour la vente en kiosque. En calculant en moyenne trois lecteurs par journal imprimé, on pouvait estimer dans les années 1970 qu'avec un tirage de 50 000 exemplaires, un quotidien comme Le Droit pouvait être lu par 150 000 personnes.

Aujourd'hui, avec l'effondrement planifié de la presse imprimée et la prolifération du tout-numérique, bonne chance! Les six ex-journaux de la Coopérative nationale de l'information indépendante (CN2i), dont Le Droit, n'ont même plus d'édition numérique quotidienne. Depuis avril 2023, ils ont pris la forme d'immenses babillards mis à jour en temps réel. Et ils ne dévoilent surtout pas le nombre d'abonnés à leur média. L'autre tout-numérique, La Presse, pour sa part, a conservé son édition quotidienne mais ne dit rien elle non plus de son abonnement.

Sur le site Web du Centre d'études sur les médias, à l'Université Laval, on présente un tableau du lectorat des journaux québécois, imprimés et numériques. La Presse, par exemple, affirme avoir 3 144 000 lecteurs. Le nombre d'abonnés? Sais pas. Comment arrive-t-on à ce chiffre de trois millions? Ces données précise-t-on, «comprennent le nombre de personnes ayant feuilleté ou lu au moins une édition en format papier, en ligne ou par l'intermédiaire d'une application pour tablette ou téléphone intelligent pendant une semaine de publication».

Du côté des coopératives, Le Soleil dit avoir plus d'un million de lecteurs... Le Droit environ 171 000... Ces chiffres incluent les abonnés (combien?) mais aussi tous ceux qui visitent régulièrement - ou une seule fois - le média durant une semaine. C'est suspect. Même dans ses années les plus prospères, Le Droit n'a jamais prétendu avoir plus de 170 000 lecteurs. Alors aujourd'hui, avec un gros babillard peu convivial et des effectifs journalistiques plutôt réduits dans une jungle numérique fragmentée, j'ai de la difficulté à croire que les données des médias numériques ont le même lien avec la réalité que le tirage vérifié et comptabilisé des quotidiens papier.

Une seconde donnée publiée par le Centre d'études sur les médias jette un peu de lumière. Elle propose, pour chaque média, sa part de l'auditoire franco-canadien (donc à 95% québécois), en pourcentages. Ainsi on apprend que La Presse rejoint tous les jours 25% de l'ensemble des francophones (autour de sept millions au Québec). Ce 25% se traduit par un lectorat de 1 750 000 personnes, bien en-dessous du chiffre déclaré de 3 144 000, mais à l'oeil bien plus crédible pour cerner le bassin de lecteurs réguliers. Cet exercice, appliqué au Soleil de Québec, réduit le lectorat allégué d'un million à 184 760, et celui du Droit de 171 000 à près de 32 000.  En effet, selon les données du Centre d'études, les six médias coopératifs régionaux ne rejoignent que 4% de l'auditoire francophone, soit environ 280 000 lecteurs.

Les chiffres des journaux de Québecor et du Devoir se compilent à partir d'une base plus solide. Plus de 520 000 exemplaires papier du Journal de Montréal et du Journal de Québec sont imprimés du lundi au samedi. Le Devoir distribue quotidiennement près de 100 000 copies du journal. Au moins ces données sont vérifiables. Il y a de fortes chances que la personne qui achète son exemplaire ou s'abonne à l'année ne se contentera pas de lire une nouvelle ou deux par semaine. Le lectorat total déclaré par ces trois journaux, qui inclut leurs publications numériques, est bien plus élevé (trop élevé?): 2 736 000 pour le Journal de Montréal, 1 597 000 pour le Journal de Québec et 1 569 000 pour Le Devoir.

Le Centre d'études sur les médias précise que les deux quotidiens de Québecor rejoignent 30% de la population francophone, ce qui donnerait au total 2 100 000 personnes. Cela semble plus raisonnable. Quant au Devoir, on lui accorde 12% des la francophonie québécoise, soit environ 840 000 lecteurs. Des chiffres moins mirobolants mais même là, on ne sait rien de la quantité d'abonnements numériques.

Ma question est la suivante, et je n'ai toujours pas de réponse claire. Les journaux papier rejoignent-ils le public lecteur plus efficacement que les quotidiens et/ou babillards numériques? Je crois que oui mais suis incapable de le démontrer. J'aimerais bien connaître le nombre d'abonnements à mon ancien journal, Le Droit, depuis son passage au babillard tout-numérique. Est-ce 5000? 10 000? 15 000? Quand on divulgue pas de tels chiffres, il y a de fortes chances qu'on cache de mauvaises nouvelles.

Les baisses de lectorat pour les publications préparées au quotidien par des journalistes professionnels constituent une menace pour l'avenir du Québec et pour la démocratie. Dans une ère de propagande de plus en plus déguisée en information, un public mal informé devient vite un mets de choix au menu des vrais décideurs.


dimanche 1 février 2026

Je suis inquiet...

1er février 2026...

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Être chef du PQ quand le parti mène dans les sondages à moins de neuf mois d'une élection générale, cela doit parfois ressembler à l'enfer sur terre. Paul St-Pierre Plamondon est exposé tous les jours à de viles attaques, haineuses au besoin, provenant de tous les ennemis d'un Québec indépendant, français et laïc. Ces derniers sont omniprésents, et leurs tribunes médiatiques nombreuses.

Dans une lutte comme celle de la souveraineté du Québec, les combattants succombent le plus souvent à l'usure. À force de se faire égratigner, les cicatrices s'accumulent et peuvent finir par miner même les plus braves des militants. Après la nuit des longs couteaux et la trahison du Canada anglais, René Lévesque n'avait plus la fougue du début des années 1970. Depuis l'échec de Meech, la crise d'Oka et référendum de 1995, les chefs du Parti québécois ont dû affronter des coups bas incessants (accusations de racisme, de xénophobie) auxquels se sont ajoutées les campagnes de peur à répétition. Épuisant.

Mais voilà qu'enfin, en 2022, avec le PQ sous la barre des 10% dans les sondages d'opinion publique, les ennemis de toujours célèbrent trop vite la mort du vieil ennemi et achètent déjà des gerbes de fleurs pour le cercueil du vaisseau amiral de l'indépendance du Québec. Un terreau idéal pour le plus récent chef de la formation, dynamique et compétent, Paul St-Pierre Plamondon, qui peut relancer le parti sans effaroucher les autres formations, bien en selle dans les sondages et savourant déjà leur part des dépouilles du PQ. 

L'excellente performance de PSPP aux débats des chefs durant la campagne électorale de 2022 a éveillé l'intérêt de ses adversaires et du public, mais une montée à 15% dans l'opinion publique ne lui a valu que trois sièges à l'Assemblée nationale. Un levier plutôt faible sur l'échiquier politique. L'enterrement du Parti québécois reste toujours à l'ordre du jour. Le refus de prêter serment d'allégeance au roi Charles III par les trois péquistes a renforcé l'image revendicatrice du PQ, surtout que la CAQ - sur la même longueur d'ondes cette fois - a légiféré pour amender l'exigence du serment dans la constitution canadienne. Coup d'éclat pour les trois mousquetaires péquistes.

Et voilà tout à coup que la cote du Parti québécois se remet à grimper dans les sondages médiatiques. On range le cercueil et les adversaires tendent l'oreille. À la veille des élections de 2022, le public estimait déjà que Paul St-Pierre Plamondon avait mené la meilleure campagne, devant les autres chefs de parti. L'ascension du PQ se poursuit depuis 2023 et dans les meilleurs sondages de la dernière année, la cote de popularité du parti a frôlé les 40%. Avec sa large avance au sein de l'électorat francophone, de tels résultats lui vaudraient facilement un gouvernement majoritaire à l'Assemblée nationale.

Les adversaires sont désormais aux abois. Le Parti québécois, qui hisse depuis quelques années l'indépendance au mat principal du vaisseau, est de nouveau l'ennemi à abattre. Après trois victoires dans des partielles, et une quatrième possible à Chicoutimi en février 2026, le PQ est devenu, dans la tête de tous, l'opposition officielle à Québec en dépit de son faible nombre d'élus. La CAQ s'effondre (jusqu'à maintenant), les libéraux consolident leur emprise sur l'électorat anglais et anglicisé, Québec Solidaire stagne hors de Montréal et le PCQ défriche le vieux terroir conservateur au sud de Québec et dans la grande région de la capitale nationale. Une situation confortable pour le PQ mais tout peut changer très vite.

Rien n'est joué d'avance et pour naviguer le labyrinthe électoral de 2026, Paul St-Pierre Plamondon devra réussir un sans-faute, ou presque. Or, ces derniers temps, peut-être grisé par son avance dans les sondages, le chef du PQ semble s'être écarté du sentier qui lui a attiré une faveur croissante au sein de l'opinion publique, et même chez les jeunes qui logeaient jadis à l'enseigne de QS. Le besoin de convaincre l'électorat de l'urgence de la souveraineté pour assurer la survie de la nation française d'Amérique n'a pas diminué. Au contraire. Avec la présence perturbante de Donald Trump et ses effets immédiats sur la vie politique du Canada et du Québec, les yeux du public sont davantage rivés sur Ottawa et le gouvernement Carney, pour qui les valeurs québécoises et la langue françaises ont moins d'importance.

Il ne faudrait surtout pas vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué (mes excuses aux protecteurs de la faune). Se décrire comme «le gouvernement en attente» quand on n'a que six députés, c'est tenir pour acquis que l'opinion publique chèrement grignotée depuis trois ans restera fidèle au PQ peu importe, jusqu'en octobre. C'est un pari risqué sur des résultats électoraux qui n'ont rien de sûrs. Qui sait quel effet durable pourrait résulter du choix de Christine Fréchette comme chef de la CAQ et première ministre du Québec? Si, tout à coup, son parti reprend du galon au sein de l'opinion publique et qu'elle décide de déclencher un scrutin général avant la date prévue par la loi pour en profiter, que pourra répondre le Parti québécois? En décembre, Paul St-Pierre Plamondon avait lui-même invité le premier ministre François Legault à tenir des élections générales précipitées, faisant fi de la loi sur les élections à date fixe. Le PQ s'est menotté.

Quant à l'intervention malhabile du premier ministre ontarien Doug Ford, qui voyait dans l'élection du PQ un désastre et jugeait inacceptable la tenue d'un référendum sur l'indépendance, Paul St-Pierre Plamondon a manqué une excellente occasion de faire la leçon à M. Ford en matière de droits linguistiques (son traitement des Franco-Ontariens) et de respect des compétences du Québec, y compris celle de décider de son propre avenir, droit reconnu par le gouvernement fédéral et par la Cour suprême du Canada. Il aurait pu le relancer sur le sens du mot «inacceptable» employé par le premier ministre ontarien en ce qui a trait au référendum promis par le PQ? Derrière ce mot semblent se profiter des menaces qui devraient être précisées. Se moquer de M. Ford n'avance en rien la cause du PQ.

Si la tendance se maintient, la nation québécoise, sa langue, sa culture et ses valeurs seront bientôt au bord du précipice. Une belle occasion de se ressaisir se présente en octobre, peut-être pour la dernière fois. Nous devons absolument la saisir au bond pendant que nous sommes toujours majoritaires sur le territoire québécois. Seul le Parti québécois a les ressources et la volonté de nous extirper du bourbier fédéral. Mais avant de plonger dans les hostilités référendaires, il faut convaincre les Québécois de confier un mandat majoritaire au PQ à l'automne. Ne mettons pas en péril l'excellent travail accompli depuis le scrutin de 2022. Ne mettons pas la charrue devant les boeufs...