mardi 9 juin 2026

Et la haine des francophones?

9 juin 2026...



Le 1er juin, le premier ministre Mark Carney a annoncé que le nouveau Conseil consultatif sur les droits, l’égalité et l’inclusion serait chargé d'évaluer les causes de l’antisémitisme au Canada et d'améliorer la recherche et la collecte de données sur les incidents motivés par la haine. Hier c'était l'islamophobie. Aujourd'hui c'est (de nouveau et toujours) l'antisémitisme.

La haine existe depuis la nuit des temps. Des centaines de millions d'individus et de groupes en sont victimes quotidiennement, au Québec, au Canada et ailleurs sur cette planète. Tous les conflits armés de l'histoire humaine ont été propulsés, en tout ou en partie, par la haine. On pourrait croire qu'après tant de souffrance et de morts, l'humanité aurait appris sa leçon. Mais non. Encore aujourd'hui, le combat contre la haine vogue au rythme d'incidents, souvent violents, qui se retrouvent en manchette dans les médias.

Plus souvent qu'autrement, les gestes et propos haineux sont banalisés. Genre tout le monde le fait, fais-le donc. C'est pas grave, ce sont juste des mots. Et même quand ce ne sont pas juste des mots... À force de voir les nouvelles de bombes russes sur l'Ukraine, de violences génocidaires à Gaza, de camps de concentration trumpiens aux États-Unis, de meurtres et d'assassinats, notre carapace morale se durcit et repousse les assauts de la conscience. On en arrive à ne plus reconnaître, ou pire, on en vient à justifier la montée insidieuse de la haine dans nos propres comportements, dans nos propres milieux.

M. Carney a raison de monter au front contre tout ce qui soit motivé par la haine. Mais encore faudrait-il qu'il ne soit pas sélectif. Les statistiques cueillies par les forces policières québécoises et canadiennes déterminent un certain nombre de catégories d'incidents haineux: ceux qui visent les groupes ethniques, ou encore la religion, la race ou l'orientation sexuelle. En vertu de cette classification, les Juifs sont de loin les plus visés par des actes haineux. Mais au Canada, si on passe en revue les livres d'histoire, il existe un groupe contre lequel la haine a toujours été tolérée, voire encouragée à plusieurs époques: les francophones (Québécois, Canadiens français, Acadiens).

Oui, j'oserais affirmer avec beaucoup de conviction qu'ici, la collectivité visée le plus souvent par des «crimes haineux» depuis la Confédération, c'est nous. Les francophones. Partout au pays, même au Québec. À tous les jours, dans les réseaux sociaux, dans les médias de langue anglaise, on tient à notre endroit des propos diffamatoires et haineux. Les recenser est un jeu d'enfant.

Le problème, c'est qu'ils ne correspondent pas vraiment à la définition canadienne de crime haineux. Les dénigrements parfois violents qu'on nous dirige, s'ils étaient proférés contre la collectivité juive ou musulmane, ou contre des gens d'autres races, vaudraient à leurs auteurs des accusations criminelles d'incitation à la haine.

Mais au Canada, la chasse aux francophones est toujours ouverte... Cher M. Carney, pensez-y...

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