Le 13 juin 2025, il y a près d'un an, Julie Cafley (alors directrice générale de Catalyst Canada), a salué dans la Section Idées du quotidien Le Devoir la nomination de Marie-Ève Sylvestre au poste de Rectrice et Vice-chancelière de l'Université d'Ottawa. Son texte louangeur était coiffé du titre Une première historique pour la francophonie et pour les femmes.
Aujourd'hui, 13 mai 2026, Mme Sylvestre annonce la nomination de Julie Cafley au nouveau poste de Vice-rectrice à la francophonie et aux relations externes et communautaires de l'Université d'Ottawa. Selon le communiqué officiel, Mme Cafley s'est démarquée parmi les «nombreuses candidatures remarquables» au cours d'un «processus rigoureux». Tout indique cependant que la rectrice a trouvé une âme soeur qui, de plus, connaît bien l'institution, ayant oeuvré comme chef de cabinet de deux anciens recteurs (on ne dit pas lesquels).
Le site Web de l'université ottavienne précise que son mandat l'amènera à s'intéresser en priorité aux «principaux enjeux relevés par les francophones dans les diverses sphères de la vie, des études et du travail en français sur le campus». Les grands objectifs ont été définis en 2018 dans un rapport intitulé Renouveau de la francophonie à l'Université d'Ottawa (voir illustration ci-dessous).
Clairement, huit ans plus tard, ces objectifs n'ont pas été atteints. La proportion d'étudiants de langue française, jadis majoritaire, stagne autour de 30%. La gouvernance de la francophonie à l'Université reste entre les mains d'une administration complice d'un bilinguisme anglo-dominant. La présence et le rayonnement de la francophonie sur le campus est au mieux anémique. Quant à la «mission francophone» de l'institution, il doit être difficile de la communiquer aux «publics cibles» (lesquels?) quad on n'atteint même pas ses propres cibles à l'interne.
Quoiqu'il en soit, l'annonce d'une nouvelle vice-rectrice qu'on dit «créative, stratégique et profondément engagée» semble porteuse d'espoir. On se dit que l'Université prend enfin la situation du français au sérieux (Mme Sylvestre s'y était engagée) et que le temps d'une action énergique approche. Alors on cherche dans le communiqué de l'Université d'Ottawa des engagements fermes et précis liés à cette nomination prestigieuse, et on n'en trouve pas! C'est, pour tout dire, un tas de platitudes du genre que l'IA régurgiterait après avoir mangé une bio, quelques textes d'info et des citations soigneusement fabriquées.
Vous voulez un exemple? Voici!
La citation suivante (la seule de Mme Cafley) est tirée du communiqué de l'Université d'Ottawa. Mme Cafley affirme: «Je reviens à l’Université d’Ottawa avec une conviction profonde: la francophonie se construit dans l’écoute, les relations et les partenariats. Ensemble, avec nos communautés, nous bâtirons des ponts et renforcerons le sentiment d’appartenance afin de faire avancer une francophonie inclusive, ancrée dans l’équité et tournée vers l’avenir.» Quoi?
Elle parle d'écoute, alors que tout a été dit et redit depuis des décennies. Elle évoque des relations et des partenariats. Bien oui, c'est évident. Ça se fait déjà. «Ensemble, avec nos communautés», une autre formulation vide de sens. Bâtir des ponts, renforcer le sentiment d'appartenance? Personne ne brûle des ponts. Quant au sentiment d'appartenance, expliquez-moi ce que cela signifie.
Mais le clou, c'est «faire avancer une francophonie inclusive, ancrée dans l'équité et tournée vers l'avenir». Quelle horreur. Ça mange quoi en hiver, une francophonie «inclusive»? Une francophonie sans discrimination, ou quelque chose du genre? Y'a là un message caché? On y revient tout de suite en la voulant «ancrée dans l'équité». La francophonie actuelle serait inéquitable? Quant à «tournée vers l'avenir», on a vu cette formulation trop souvent comme rejet du passé et des «vieilles chicanes» entre anglophones et francophones. Il y a là des relents de l'affaire Lieutenant-Duval...
Il n'y a rien dans le communiqué sur le triste état du français, les doléances de la population étudiante de langue française, ou les priorités d'action pour remédier aux carences les plus flagrantes. On ajoute à la fin une citation de Madeleine Meilleur, ancienne ministre ontarienne des Affaires francophones et l'une des artisanes du sabotage du projet original d'université franco-ontarienne en 2015. Mme Meilleur se réjouit que Julie Cafley ait «une connaissance approfondie de la communauté franco-ontarienne». J'ai eu beau chercher, je n'ai pas trouvé sur le Web de référence aux antécédents franco-ontariens de la nouvelle vice-rectrice. Si elle connaît bien l'Ontario français, ce n'est pas évident ici. D'ailleurs, selon Mme Sylvestre, son expertise est ailleurs.
On ajoute enfin une citation de Dominic Giroux, PDG de l'hôpital Montfort d'Ottawa, seul hôpital universitaire de langue française en Ontario et étroitement associé avec l'Université d'Ottawa. Il se réjouit bien sûr de son partenariat avec la faculté de médecine, sachant sans doute que Mme Cafley deviendra un interlocuteur, mais l'apport de M. Giroux ne concerne en rien la situation du français sur le campus ou la gouvernance francophone de l'Université.
J'aimerais bien savoir de quels recteurs Mme Cafley a été chef de cabinet. J'espère que ce n'est pas Jacques Frémont, qui s'est révélé ennemi des francophones dans l'affaire Lieutenant-Duval, ou Allan Rock, qui a combattu bec et ongles le projet initial d'université de l'Ontario français où l'ensemble des programmes français de l'Université d'Ottawa aurait été placé sous gouvernance francophone. Vous n'avez pas besoin d'une nouvelle université franco-ontarienne, avait-il déclaré en 2014. Vous l'avez déjà, votre université: c'est l'Université d'Ottawa. C'était effronté, mais ses propos ont passé comme un couteau dans le beurre et douze ans plus tard, l'immense majorité des étudiants universitaires franco-ontariennes fréquentent toujours des institutions bilingues anglo-dominantes. Principalement... l'Université d'Ottawa.
On n'est plus à l'heure des platitudes...























