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| Capture d'écran du Devoir (9 septembre 1971). Sturgeon Falls, aujourd'hui dans West Nipissing/Nipissing Ouest, Ontario, le «St-Léonard des Franco-Ontariens en 1971... |
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| Capture d'écran du Devoir (9 septembre 1971). Sturgeon Falls, aujourd'hui dans West Nipissing/Nipissing Ouest, Ontario, le «St-Léonard des Franco-Ontariens en 1971... |
30 janvier 2026...
Je ne sais pas s'il y a une leçon à retenir ou une conclusion à tirer de ça mais depuis mon enfance et mon adolescence en Ontario, quand j'écoutais du rock'n roll américain sur les ondes des stations de radio à Buffalo, New York, Boston et Chicago, j'avais noté le grand nombre de succès au palmarès qui portaient ou mentionnaient le nom d'une ou de plusieurs villes ou localités des États-Unis.
Dans la seule chanson Back in the USA de Chuck Berry, on entend les noms des villes de Los Angeles, New York, St. Louis, Détroit, Chicago, Chattanooga et Baton Rouge... Et la plupart de ceux qui écoutaient les stations rock des années 1950 et 1960 se souviendront de Memphis (chantée et instrumentale), San Francisco (époque des hippies), Galveston et El Paso (villes texanes) ou encore Kansas City. On pourrait dresser une liste de centaines, voire de milliers de références musicales à la géographie des États-Unis.
Je ne me souviens pas cependant d'avoir entendu sur les ondes des stations anglaises d'ici (celles d'Ottawa en tout cas) des succès rock d'artistes anglophones qui évoquaient ou louangeaient Ottawa, Toronto, Winnipeg, Calgary, Edmonton ou Vancouver, ou quelque autre localité des Maritimes, de l'Ontario, des Prairies ou des Rocheuses. L'exception qui confirme la règle? «Runnin' Back to Saskatoon du groupe Guess Who, mais là on navigue dans la musique des années 1970... Je me souviens aussi, dans le genre folk, d'avoir entendu Ian and Sylvia mentionner l'Alberta, et Buffy Sainte-Marie s'ennuyer des Piney Wood Hill, que je croyais être situées en Saskatchewan.
En 2013, la chaîne CBC avait publié le Top 100 des albums Canadian, et en toute première position il y avait le disque Harvest de Neil Young, qui contient la chanson Heart of Gold. Dans ce grand succès nord-américain, Young ne mentionne qu'une ville: Hollywood. Et aucun titre ne reflète l'origine canadienne de l'artiste. Même chose pour le numéro 3 du palmarès, l'album Blue de Joni Mitchell, où seule la Californie est mentionnée. J'ai toujours cru qu'à cette époque, les artistes anglo-canadiens de la musique pop-rock tentaient le plus possible de se fondre dans le melting pot américain pour assurer leur succès en ondes et aux palmarès. On ne se risquera pas à parler de Fredericton ou Regina dans un tube destiné au marché américain.
Est-ce toujours la situation aujourd'hui? Je n'en sais rien. Ma fréquentation des stations de musique contemporaine a cessé vers la fin des années 1980 et j'avoue mon ignorance relativement totale de ce que sont devenus les palmarès Canadian au 21e siècle. Peut-être entend-on ces jours-ci des tas de chansons dans les Top 40 au sujet du Nouveau-Brunswick, du Manitoba ou du Yukon, mais j'en doute. Non, pour trouver des chansons populaires qui parlent du Canada anglais, il faut presque invariablement se tourner vers le répertoire des artistes québécois de langue française.
J'écoutais hier Les chemins d'été de Steve Fiset (1970) et entendu: «Sur la Trans-Canada, entre les arbres verts, nous filerons vers Vancouver.» Et qui ne souvient pas de la référence à Regina dans le grand succès Saskatchewan des Trois Accords? Ou d'À Winnipeg les nuits sont longues de Pierre Lalonde. Ou encore de Robert Charlebois parlant d'Ottawa et Toronto dans Les ailes d'un ange et de Jean Leloup évoquant Hawkesbury dans I Lost my Baby. Ou le récent Sudbury de JF Pauzé, ex-Cowboy Fringant? Pourquoi, au Canada anglais, sur les chaînes rétro, entend-on toujours Surfin' USA des Beach Boys mais rien qui pourrait même ressembler un peu à Skating Canada? Le Canada anglais est-il américanisé au point d'être gêné de parler de lui-même en chanson?
Une chose est sûre. Le Québec francophone ne souffre pas d'un déni d'existence musicale. Au cours des 60 dernières années, grâce aux chansonniers autant qu'aux groupes rock, la géographie québécoise a été décortiquée de A à Z dans nos palmarès. Montréal en premier lieu bien sûr. Les albums de Beau Dommage contiennent tellement de «montréalismes» (22 en tout, de 7760 St-Vallier à l'île Perrot) qu'on en fait une carte illustrée dans la version remastérisée du premier album éponyme. Mais le reste du territoire québécois y passe aussi. De Ste-Adèle PQ (Jean-Pierre Ferland) à Val d'Or (Raoul Duguay), d'Ungava à Manicouagan (Claude Gauthier), de Natashquan (Gilles Vigneault) à Chibougamau (Robert Charlebois), de Montmagny (Cowboys fringants) à Gatineau (Mommy, Daddy), jusqu'à Notre-Dame-de Stanbridge (les soeurs McGarrigle), tout le Québec y passe. Les identités géographiques québécoises sont devenues l'une des marques de commerce de notre univers musical.
Pourquoi chez nous et pas chez nos voisins anglo-canadiens? Voilà une question que le Canada anglais devrait se poser. Et, de Halifax à Victoria, on n'aimera peut-être pas la réponse.
29 janvier 2026...
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| Doug Ford, premier ministre de l'Ontario |
Après la tentative du premier ministre fédéral Mark Carney de réécrire en rose l'histoire des rapports entre francophones et anglophones au Canada, voici que le pas très subtil premier ministre ontarien Doug Ford avertit les Québécois de ne pas nuire à l'«unité» canadienne en élisant le Parti québécois (un «désastre», dit-il) et en tenant un référendum rapide («inacceptable», selon lui) sur l'indépendance.
Personne ne nie à M. Ford le droit d'exprimer une opinion sur les choix constitutionnels des Québécois. Mais disons qu'elle serait mieux reçue si son gouvernement avait démontré plus d'ouverture envers les francophones dans sa propre province. On se souviendra qu'après son élection en 2018, il avait salué les Franco-Ontariens en annulant le projet de création d'un micro-campus universitaire de langue française à Toronto (la soi-disant Université de l'Ontario français) et en supprimant le poste de Commissaire aux services en français. He loves frogs. Il a dû faire marche arrière par la suite après un tollé au sein de l'opinion publique francophone mais le ton était donné. Son seul député franco-ontarien, Amanda Simard, a claqué la porte.
En tant que chef d'une province qui a longtemps persécuté sa minorité de langue française, et qui ne l'a JAMAIS choyée par la suite, Doug Ford s'aventure en terrain miné quand il garroche des conseils simili menaces aux Québécois francophones. Son choix du mot «désastre», et particulièrement du mot «inacceptable», laisse entendre un appui potentiel à quelque mesure de répression pour empêcher la réalisation du projet de souveraineté du Parti québécois. Quand on dit inacceptable, cela signifie qu'on n'acceptera pas. Ça veut dire quoi au juste? Quelque chose comme des mesures de guerre?
Comme il fallait s'y attendre, le parti des Anglais au Québec, le Parti libéral, a applaudi M. Ford. Les répliques du PQ, de la CAQ et de QS ont été unanimes dans leur condamnation du premier ministre de l'Ontario, le message central étant, au-delà des variantes partisanes, que les Québécois peuvent décider de leur avenir seuls, sans jambettes du Canada anglais.
Il est curieux, cependant, qu'aucun son de cloche ne se soit fait entendre au sein des organisations francophones de l'Ontario, qui ont souvent eu maille à partir avec M. Ford en matière de droits linguistiques. Est-ce à cause de leur alliance des dernières années avec les Anglo-Québécois dans certaine dossiers de langues officielles, ou parce que l'essentiel de leur financement arrive tous les ans du Trésor fédéral, ou encore une manifestation du sentiment anti-québécois présent en Ontario français depuis les années 1960? Difficile à dire, mais le silence de l'Assemblée de la francophonie de l'Ontario, qui aurait dû mettre Doug Ford à sa place, laisse un goût amer.
On est loin de l'attitude plus énergique prise par la Fédération des francophones hors-Québec (FFHQ) en 1977 après l'élection du premier gouvernement Lévesque, qui lui aussi promettait un référendum à la fin de son premier mandat. Je cite le rapport Les héritiers de Lord Durham: «En face du choix du Québec, les communautés francophones hors Québec éprouvent tout d'abord un profond respect à l'égard de la population québécoise. Le Québec a décidé de participer activement à l'élaboration de son destin. En ce sens, son attitude est exemplaire et les francophones hors Québec la respectent et veulent s'en inspirer.»
La dignité la plus élémentaire exigerait des dirigeants franco-ontariens de rappeler au premier ministre Ford que sa crédibilité augmenterait face au Québec s'il avait tout au moins contribué à réparer les injustices historiques infligées par les gouvernements ontariens depuis 1912 aux collectivités de langue française de l'Ontario. Injustices dont les séquelles ont laissé des traces jusqu'à aujourd'hui. Avec un peu plus de courage, les organisations de l'Ontario français auraient pu de nouveau défendre le droit des Québécois à l'autodétermination, même si l'éventuelle tenue d'un référendum devait entraîner leur adhésion au camp du «Non».
Nous sommes à l'écoute... Bruits de criquets...
28 janvier 2026...
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| Pierre Bourgault en 1940, tenant un drapeau britannique... (photo publiée dans le livre «Le colonialisme au Québec» d'André d'Allemagne) |
«Le colonialisme (moderne) n'est pas un phénomème nouveau mais la forme actuelle d'un phénomène vieux comme le monde: celui de la domination d'une société par une autre», écrivait André d'Allemagne (voir lien en bas de page) dans son livre Le colonialisme au Québec, publié en 1966. Soixante ans très exactement.
Appliquer cette définition à la société québécoise ou franco-canadienne relève de l'évidence même. En 1760, nous sommes devenus un peuple conquis. La Grande-Bretagne nous l'a rappelé violemment en 1837-38. Lord Durham a réaffirmé la suprématie et la supériorité des conquérants et de leur langue dans son rapport de 1839. On nous a fusionné à l'Ontario (Haut-Canada) en 1840 pour nous réduire à un état de minorité permanente. La Confédération de 1867 a confié au gouvernement fédéral, celui contrôlé par la majorité anglo-canadienne, les pouvoirs qu'ils jugeaient les plus importants à l'époque. Le français a été réprimé un peu partout. Les compétences exécutives et judiciaires qu'avait conservé la Grande-Bretagne ont été accaparés au fil des décennies par la majorité anglo-canadienne à Ottawa. Encore aujourd'hui, même dans les domaines constitutionnels relevant du Québec, l'appareil judiciaire fédéral impose sa tutelle en se fondant sur une constitution adoptée contre la volonté des Québécois.
La domination d'une société par une autre? Cela crève les yeux, au Canada et au Québec. Ce n'est plus une domination par les armes, quoiqu'Ottawa n'ait pas hésité en octobre 1970 à imposer une occupation militaire du Québec pour réprimer une insurrection fictive et, du même, coup mettre en prison sans mandat près de 500 Québécois indépendantistes. Non, le colonialisme contemporain prend davantage la forme d'une domination de l'esprit des colonisés, qui s'habituent à être gouvernés - même contre leurs propres valeurs - par une société qui poursuit contre le Québec et le Canada français une domination politique, économique et linguistique en utilisant sa supériorité démographique, désormais permanente, et un mode d'emploi hérité de l'empire britannique.
À cet égard, le Québec se retrouve dans une situation semblable à celles vécues dans d'autres anciennes colonies britanniques. Gandhi l'avait bien compris en Inde. André d'Allemagne affirmait en 1966: «Vivant dans une société dominée à tous les paliers, le Québécois est soumis dès son enfance et tout au long de son existence à un conditionnement qui provoque chez lui, à quelques variantes près, tous les réflexes typiques des colonisés à travers le monde actuel (il écrit en 1966).»
Poursuivant son argumentaire, le cofondateur du Rassemblement pour l'indépendance nationale (RIN) écrit: «La psychologie de toute société colonisée est profondément complexe. Parallèlement à la résignation, on observe au Québec de multiples formes de résistance traditionnelles et symboliques. N'ayant confiance ni en lui-même, ni en les siens, le colonisé québécois, encouragé en cela par les dirigeants et même par le colonisateur, engage sa révolte dans des voies sans issue, ce qui lui donne l'illusion de l'action, voire de la puissance. (...) Le colonisé se confectionne ainsi un micro-monde où son action prend la teinte d'un nationalisme d'attente. Se donnant l'impression de lutter, il rêve que d'autres feront plus tard plus que lui.»
C'est pourquoi, écrit André d'Allemagne, la libération des colonisés doit se faire collectivement. «Ce qui inquiète le plus le colonisateur c'est toute manifestation d'un sentiment collectif chez le colonisé, que ce sentiment prenne une forme nationale, sociale ou idéologique.» D'ailleurs simplement parler de colonialisme, on l'a vu ces derniers jours, suscite des mouvements d'indignation au sein du Parti libéral du Québec et d'autres milieux fédéralistes. Mentionner l'esclavage, même au sens psychologique, suffit pour qu'on crie au scandale.
André d'Allemagne offre cette conclusion opportune qui conserve toute sa valeur 60 ans après sa publication. «Rien ne se fait tout seul, dans l'histoire, et on n'a jamais résolu de problèmes en évitant de les poser.»
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Qui est André d'Allemagne? - https://fr.wikipedia.org/wiki/Andr%C3%A9_d%27Allemagne
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| la une du journal La Rotonde de l'Université d'Ottawa en octobre 1968 |
26 janvier 2026...
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| Le député fédéral libéral de Gatineau, mon député, Steven MacKinnon, à la période des questions du 26 janvier 2026 |
J'avais décidé de jeter un coup d'oeil au cirque de la période des questions à la Chambre des communes, ce 26 janvier 2026, jour de rentrée parlementaire à Ottawa, espérant voir un député du Bloc québécois interroger le premier ministre Carney sur son interprétation pour le moins fantaisiste de l'histoire du Québec et du Canada, la semaine dernière, sur les Plaines d'Abraham à Québec (voir lien en bas de page).
Mais Mark Carney n'était pas là pour affronter les questions... il s'était esquivé à Toronto pour une rencontre avec Doug Ford... La députée du Bloc Christine Normandin a tout de même soulevé l'affaire avec force exemples pour démontrer que les francophones du Québec et des autres régions du Canada ont été maintes fois persécutés depuis la conquête et depuis la Confédération de 1867, et demandé si le premier ministre avait l'intention d'apprendre la véritable histoire du pays...
Heureusement, ou malheureusement selon le point de vue, le leader du gouvernement en Chambre, Steven MacKinnon (député de Gatineau, mon député), a eu la tâche de répondre à Mme Normandin. Baveux comme pas un, il a eu le culot d'en remettre, plutôt que de s'excuser des propos insultants de son chef.
J'y vais de mémoire, mais essentiellement il a répondu qu'en tant qu'anglophone, il avait pu fréquenter une école française à l'Île-du-Prince Édouard, l'université des Acadiens à Moncton, et qu'il avait été élu quatre fois de suite aux Communes dans une circonscription québécoise à 90% francophone. Cela, je suppose, est censé démontrer la proverbiale bonne entente historique entre francophones et anglophones au Canada. En réalité, c'est une nouvelle claque en pleine face aux Québécois et aux Acadiens. Lui non plus ne connaît pas son histoire ou feint de ne pas la connaître...
M. MacKinnon est né à l'Île-du-Prince Édouard en 1966. Il est trop jeune pour se souvenir de ce que c'était, avant que la révolution moins tranquille qu'on le dit secoue les fondements de la société québécoise et, par ricochet, avec la montée du mouvement indépendantiste au début des années 1960, ébranle les Anglo-Canadiens des autres provinces. En Ontario, comme dans les Maritimes et dans l'Ouest, la crainte du séparatisme et les pressions des gouvernements Lesage et Johnson ont fait comprendre que la maltraitance systémique des minorités de langue française était devenue un pion importante sur l'échiquier pancanadien.
À la fin des années 1960, comme par miracle, des réseaux d'écoles primaires et secondaires françaises sont apparus là où on les avait supprimés à la fin du 19e siècle et au début du 20e. Les combats souvent héroïques des minorités françaises duraient depuis près d'un siècle et les injustices dont elles avaient été victimes avaient laissé dans leur sillage une assimilation qui s'accélérait (et qui atteint en 2026 des proportions catastrophiques). L'école primaire ou secondaire qu'a fréquentée M. MacKinnon n'est pas un produit de la générosité du conquérant (celui qui avait déporté les Acadiens). C'est une concession offerte à reculons par une société historiquement intolérante.
Quant à l'Université de Moncton, créée en 1963, elle n'est aucunement attribuable à la bienveillance du Canada anglais. Il faut plutôt y voir un pur produit d'une lutte centenaire et de la renaissance acadienne des années 1960, commençant par l'élection de Louis Robichaud comme premier ministre du Nouveau-Brunswick en 1960. Cette province avait été la première à supprimer les écoles françaises après la Confédération (en 1871). Et à ceux qui pourraient croire que tout va pour le mieux depuis l'époque Robichaud, la population néo-brunswickoise a élu, de 2018 à 2024, un gouvernement ouvertement hostile aux Acadiens... Qu'en pensez-vous, M. MacKinnon?
Enfin, revenons à l'élection de ce ministre libéral dans la circonscription québécoise de Gatineau. Du bureau de circonscription de M. MacKinnon, on peut presque apercevoir la tour du Parlement canadien. On est ici en territoire quasi-fédéral et profondément libéral. À moins de vagues comme celles de Brian Mulroney en 1984 ou Jack Layton en 2011, ou d'une répartition quasi égale des voix entre les quatre partis fédéraux dans des circonstances exceptionnelles, les libéraux gagnent ici avec de fortes majorités, peu importe le candidat.
M. MacKinnon n'est pas un deux de pique ou un poteau. Il a l'étoffe d'un ministre, à n'en pas douter. Mais même s'il était un deux de pique, il y a de fortes chances qu'il soit tout de même élu dans un milieu où les francophones se font depuis longtemps intimider et piétiner - et même assimiler - sans trop rouspéter. Si cela lui plait de voir là un exemple de bonne entente entre francophones et anglophones, tant mieux mieux pour lui. Mais c'est faux. Ils ne votent pas pour un anglophone par gentillesse. Ils votent pour Steve MacKinnon parce que c'est un Libéral, parce qu'il est le porte-étendard d'un parti dont l'une des stratégies est de les effrayer avec l'épouvantail «séparatisse» depuis les années 1960. Et ça marche!
Alors, mon cher député, comme vous défendez ce pays des merveilles évoqué par M. Carney, de deux choses l'une: ou vous connaissez mal l'histoire de votre pays ou vous préférez la propagande à la vérité. Un peu des deux? Une chose est sûre: vous nous avez insultés aujourd'hui !
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Lien au discours intégral de Mark Carney à Québec, le 22 janvier 2026 - https://www.pm.gc.ca/fr/nouvelles/discours/2026/01/22/batir-canada-ensemble-premier-ministre-carney-prononce-allocution-la
25 janvier 2026...
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| capture d'écran du site Web Le Devoir |
C'est mal parti...
Depuis 1974, le Parti québécois traîne à son pied le boulet de l'étapisme. Se faire élire ne signifie jamais mettre en oeuvre immédiatement le projet d'indépendance. On offre à la nation québécoise un gouvernement attrayant de centre-gauche avec l'engagement de tenir un référendum sur la souveraineté politique.
Avec ce programme, le PQ a gagné cinq élections, dont quatre avec une solide majorité à l'Assemblée nationale. Mais l'échec, en 1980 et en 1995, de deux référendums qu'on a depuis décortiquées ad nauseam, a eu pour résultat une paralysie à peu près totale de la dynamique constitutionnelle Québec-Canada.
Après 1980, ce fut la nuit des longs couteaux et la Charte canadienne de 1982, enfoncée dans la gorge du Québec contre son gré. Puis nous avons subi Meech, Charlottetown, les tricheries d'Ottawa en 95, la Loi fédérale sur la «clarté» et l'invasion par Ottawa de compétences québécoises avec l'aide des juges suprêmes qu'il nomme. Le grand élan souverainiste du dernier demi-siècle a finalement abouti à une plus grande centralisation de la fédération.
Le gouvernement de la majorité anglo-canadienne piétine depuis longtemps les plates-bandes québécoises avec son pouvoir illimité de dépenser et une législature où nous sommes toujours minoritaires, le tout soutenu par une Tour de Pise judiciaire ficelée au goût de nos adversaires. Et Ottawa ne s'est pas enfargé dans un référendum pour imposer à la nation québécoise sa Charte multiculturelle de 1982.
Il est trop tard pour se défaire d'un référendum dès le premier mandat, promis par Paul St-Pierre Plamondon et entériné par le parti. L'élection a lieu dans neuf mois. Or voilà qu'au congrès du PQ, en réaction aux propos disgracieux de Mark Carney sur les Plaines d'Abraham, le mot d'ordre est lancé: la campagne référendaire est déjà en marche et le premier ministre du Canada est perçu comme le nouveau chef du camps du «Non». Mobilisation!
Non mais, quelqu'un a-t-il noté que le PQ n'a que six députés à l'Assemblée nationale? Peut-être bientôt un septième. Ce n'est pas le temps de perdre de vue, même pour un instant, le compte à rebours électoral. Il faut élire un gouvernement majoritaire en octobre avant même de fixer l'attention des militants sur la formation d'un comité du «Oui». Et cette élection, en dépit des sondages encourageants, n'est pas assurée.
Le PQ devra affronter deux partis, la CAQ et les libéraux, qui se donnent de nouveaux chefs. Qui sait quel effet ces nouveaux venus auront sur l'humeur de l'électorat? Sans compter que les débats électoraux se dérouleront dans un décor façonné, du moins en partie, par les agissements du gouvernement Carney et la menace toujours présente du fou orange à la Maison Blanche.
Le Parti québécois a tous les atouts en main pour vaincre au scrutin d'automne mais les ressources ne sont pas illimitées et il ne faut surtout pas tenter de mener de front une campagne électorale et une campagne référendaire. Par le passé, la première s'est avérée plus gagnante que la seconde. En cette fois, sans la première, il n'y aura pas de seconde. Le peuple québécois doit d'abord donner au Parti québécois le mandat de gouverner.
Proposons à la nation d'élire un gouvernement souverainiste qui, au-delà des grandes priorités de l'heure, préparera le terrain de l'indépendance: cela suffit. Après quatre années d'une gouvernance qui devra tester les limites du régime actuel sur tous les plans (politique, constitutionnel, judiciaire, social, etc.), le gouvernement Plamondon pourra étoffer une campagne qui permettra au peuple québécois de se prononcer, peut-être favorablement cette fois, sur la création de ce pays qui sera enfin le nôtre.
23 janvier 2026...
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| Président du syndicat des journalistes en 1973 |
Quelques souvenirs de la turbulente année 1973, alors que je devais conjuguer journalisme au quotidien Le Droit et syndicalisme à la CSN, ont tout particulièrement retenu mon attention.
J'avais 27 ans, des cheveux, une barbe, lunettes noires à la Buddy Holly. J'étais Franco-Ontarien, indépendantiste et socialiste, journaliste affecté aux dossiers scolaires francophones en Ontario, président du syndicat des journalistes, membre du conseil confédéral de la CSN et de l'exécutif du conseil central des syndicats nationaux de l'Outaouais.
Je n'avais pas de voiture et je demeurais à l'extrémité ouest de la ville d'Ottawa. Une heure en autobus le matin, une heure en soirée. Au travail, pour se rendre d'une affectation à l'autre, on pouvait prendre un taxi. La technologie était rudimentaire: stylo, calepins, machines à écrire, textes remis au chef de pupitre plein de ratures.
Pressé par l'heure de tombée, il fallait parfois improviser un texte d'une cabine téléphonique, sur les lieux d'un événement, et le dicter à la secrétaire de la salle de rédaction ou a un collègue journaliste. Je ne fumais pas mais la salle des nouvelles sentait la cigarette 24 heures par jour.
Les relations patronales-syndicales ont été houleuses en 1973. On renégociait la convention collective et la direction du journal (propriété des Oblats de Marie Immaculée) se grattait la tête devant certaines de nos demandes, y compris celle de payer les vacances annuelles des employés de la rédaction à temps et demi. (On a gagné là-dessus).
Le seul débrayage de 1973 n'est pas venu de la rédaction. Un matin, les membres du personnel de l'atelier de composition ont se sont retrouvés dans la rue, en face de l'édifice du Droit, pour protester contre un éditorial du matin, trop péquiste à leurs yeux. Ce jour-là j'ai dû négocier avec d'autres syndiqués de la CSN...
Nos journées étaient remplies du bruit des machines à écrire, de discussions vives, parfois bruyantes, se terminant souvent par une bière au bar d'en face où des filles dansaient sur les tables pour 5$. Nous mangions toujours dans les mêmes dix ou 12 restaurants, à Ottawa et à Hull, midi, soir et parfois en pleine nuit. Le petit cochon de lait au resto hongrois, les egg rolls au bouttes brûlés du Bocage à Hull, un hamburger au Harvey's... Le paradis, quoi...
Tous ces restos, sans faute, ont fermé leurs portes au cours du dernier demi-siècle. Mon ancienne salle de rédaction n'existe plus. Mon ancien quotidien papier également. Plusieurs de mes collègues de l'époque sont morts. Les vieilles solidarités aussi. Les machines à écrire peuplent aujourd'hui les musées. Avec nos feuillets en trois copies.
Il ne reste que quelques photos pour rappeler que nous étions jeunes, heureux et chanceux d'avoir vécu ce que je considère aujourd'hui l'âge d'or de la presse québécoise (et ontarienne).
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| Le président du syndicat harangue les troupes en 1973, debout sur un pupitre dans la salle des nouvelles du Droit. |
22 janvier 2026...
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| capture d'écran d'un texte Web du Devoir |
J'ai ressenti de l'admiration pour Mark Carney après son discours magistral au forum économique mondial à Davos, en Suisse. L'exposé qu'il avait lui-même écrit méritait l'ovation reçue des délégués, visiblement ravis d'entendre un chef de gouvernement capable de nommer sans détour les nouvelles réalités et de tenir tête à Trump.
Deux jours plus tard, l'estime que je lui ai brièvement porté a chuté brutalement à son niveau pré-Davos après son «spectacle» d'unité canadienne à un jet de pierre des Plaines d'Abraham, à Québec. Surfant sur la vague d'éloges ramenée de sa performance européenne, il a sans doute cru possible de réussir un doublé en servant aux Québécois une leçon d'histoire sur les lieux mêmes où avait débuté en 1760 l'oppression du peuple français de la vallée du Saint-Laurent par les Britanniques.
Décidément, si les compétences économiques de M. Carney font l'unanimité ou presque, son interprétation de l'histoire du Canada depuis la conquête restera comme une arête dans la gorge. Pire, comme une gifle en pleine figure, tellement elle occulte les injustices subies par les Canadiens français et les Québécois depuis plus de 250 ans. D'un océan à l'autre. Lisez les livres d'histoire, M. le premier ministre.
M. Carney a fait siennes les paroles de George-Étienne Cartier, qui présentait la Confédération comme un «pacte» entre deux «races» afin de «travailler conjointement à leur propre bien-être». Il a même eu le culot d'affirmer que le Canada n'avait pas choisi la voie de l'assimilation des francophones, négligeant de préciser que les Anglo-Canadiens, partout où ils étaient majoritaires, ont nié l'existence de ce pacte avec leur persécution ininterrompue des francophones pendant plus d'un siècle.
Encore aujourd'hui M. Carney se donne des pouvoirs que la Constitution n'autorise pas pour piétiner les plates-bandes provinciales, notamment en santé et en éducation. En créant unilatéralement des projets «nationaux» du Canada qu'il pourra imposer à la nation québécoise, y compris des oléoducs. En injectant des dizaines de millions de dollars tous les ans pour promouvoir l'anglais au Québec.
La vieille tactique d'utiliser les bons coups internationaux pour faire oublier les mauvais coups à la maison fonctionne malheureusement trop souvent. Les présidents américains sont experts en la matière. Or, voilà que le premier ministre Carney, coiffé des lauriers de Davos et portant un bouclier anti-Trump, se dresse avec son cabinet sur un «lieu chargé de souvenirs» (les Plaines) pour tenter d'effacer la mémoire d'une nation ayant comme devise «Je me souviens».
Aidez-nous à sauver le Canada, même si cela vous oblige à sacrifier la nation québécoise. Laissez-nous empiéter sur vos compétences, sacrifier l'environnement, liquider la fonction publique pour enrichir des fabricants d'armes, ranger la langue française sur une tablette. Et surtout ne votez pas pour le Parti québécois en octobre 2026.
Une nouvelle bataille des Plaines d'Abraham s'est engagée à la Citadelle de Québec, ce 22 janvier. Et elle ne sera pas belle à voir...
21 janvier 2026...
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| capture d'écran du journal Le Devoir du 9 janvier |
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| capture d'écran d'un paragraphe de la chronique de Mme Blanchette du 9 janvier 2026 |
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| numérisation d'un billet dans la chronique du 16 janvier 2026 de Mme Blanchette |
20 janvier 2026...
Avant de déménager en appartement à l'été, le grand ménage dans ma paperasse accumulée (volumineuse) me fait redécouvrir les groupes franco-ontariens au sein desquels j'ai milité dans les années 1960, en commençant par l'organisme parapluie des Ontariens francophones - l'Association canadienne-française d'éducation de l'Ontario (ACFEO) - voir note en bas de page.
En 1965, l'ACFEO avait lancé une revue mensuelle, La vie franco-ontarienne, pour diffuser plus largement ses faits et gestes et, plus généralement, l'information sur les collectivités francophones dans l'ensemble de la province. Ce n'était pas, ni à l'époque ni aujourd'hui, une mince tâche de joindre les Franco-Ontariens de villes, villages et régions souvent très éloignés les uns des autres.
Bien des Québécois ne se rendent pas compte des distances : l'Ontario c'est grand comme un pays. D'est en ouest, on compte pas moins de 1300 km entre Hawkesbury, près de la frontière québécoise, et Geraldton, dans le nord-ouest. C'est pire du nord au sud, avec 1 400 km de routes à franchir pour se rendre de Hearst, au nord-ouest de l'Abitibi, jusqu'à Windsor, à la pointe sud-ouest de la province.
En 2026, avec plus de 30 ans d'Internet, l'information circule partout à la vitesse de l'éclair. Entre les sites Web, les réseaux sociaux, les messages texte/vidéo et les réunions par Zoom, le francophone de Sudbury peut échanger avec celui de Welland sans délai et sans frais. En 1965, deux individus pouvaient dialoguer par téléphone mais pour les réunions de groupe, il fallait désigner un endroit et s'y rendre. Quant à la documentation, on devait l'imprimer et l'expédier à tous les intervenants par la poste.
Dans notre univers numérique, les questions d'adhésion et de cotisations pour les organismes membres de l'Assemblée de la francophonie de l'Ontario (AFO) se règlent instantanément par ordi. ll y a 60 ans, avant l'ère des méga subventions fédérales qui comptent ces jours-ci pour 90% ou plus du budget annuel de l'AFO, il était nécessaire de littéralement quêter des sous et des dollars dans chaque école «bilingue» (l'ancien «sou scolaire»), dans chaque paroisse, parfois même de porte à porte.
C'était l'époque héroïque. J'ai toujours en mémoire le livre Avant de quitter ces lieux, de l'auteur québécois Jules Tessier. Ce dernier racontait avoir fait de l'auto-stop de Montréal à Saint-Boniface en 1961 pour aller y porter la modique somme de 77,80$ (amassée à coups de 10 cents et 25 cents) dans le but d'aider à assurer la survie des écoles franco-manitobaines. Voilà comment les choses se passaient aussi en Ontario. Des 10 cents, des 25 cents, des billets d'un dollar... une quête permanente.
Revenons donc aux numéros de La vie franco-ontarienne que j'ai conservés depuis une soixantaine d'années. Les éditions d'octobre et novembre 1965 contiennent des pages entières de «souscriptions» - un total de 37 000 $ - provenant de plus de 150 villes et villages de l'Ontario français. Des 6,50 $ de Manitouadge (au nord du lac Supérieur) aux 327 $ de Paincourt (région de Windsor), des 1742 $ de Sturgeon Falls ou aux 3 455,02 $ d'Eastview (maintenant Vanier, un quartier d'Ottawa), les sous provenant de milliers de Franco-Ontariens de partout cheminaient vers les coffres de l'ACFEO à Ottawa.
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| extrait d'une des pages de dons provenant d'écoles et de paroisses, 1965 |
À compter de 1968, sous la pression de la bousculade québécoise, le gouvernement ontarien a consenti à créer un réseau complet d'écoles primaires et secondaires françaises. Et en 1969, le gouvernement Trudeau annonçait une nouvelle politique visant à financer les activités des associations représentant les minorités francophones hors-Québec. Grandes victoires pour l'ACFEO devenu ACFO en 1969, qui vivotait à coups de dons quêtés dans les écoles et les églises, mais aussi la fin de cette solidarité à partir de la base, de ce mouvement de masse issu des luttes contre le Règlement 17 à compter de 1912.
En 2024, sur un budget annuel de près de 3 millions de dollars à l'AFO, plus de 2 600 000 $ provenaient de subventions du Trésor fédéral. L'organisme parapluie des Franco-Ontariens recevait toujours environ 37 000 $ en cotisations de ses membres (un neuvième de la récolte de 1965 en tenant compte de l'inflation), mais on ne parle plus d'individus sollicités à la messe du dimanche ou dans les écoles de quartier. Les membres sont des institutions et des associations, locales et provinciales. Même l'Université d'Ottawa cotise... La déconnexion avec l'ancienne base militante est quasi totale. L'immense majorité des Franco-Ontariens ne connaissent probablement pas le sigle «AFO».
Je me demande ce que donnerait aujourd'hui une collecte de fonds de l'ACFEO devenue ACFO devenue AFO dans des localités comme Smooth Rock Falls sur la 11 dans le Nord, à Plantagenet sur la 17 dans l'Est, à Penetanguishene près du Lac Huron, ou même à Ottawa. Les luttes scolaires sont largement terminées et les églises sont vides ou, de plus en plus souvent, fermées. Ces vieilles listes de dons d'individus à la grande cause franco-ontariennes doivent être conservées, si ce n'est que pour pouvoir rappeler ce qui fut et ne sera plus jamais.
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* L'ACFEO est devenue en 1969 l'ACFO (Association canadienne-française de l'Ontario) avant d'évacuer pour de bon toute référence aux Canadiens français de souche. En 2006, on l'a rebaptisée Assemblée de la francophonie de l'Ontario (AFO).
19 janvier 2026...
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| Voyez comment La Presse a fondu entre les années 1970 et la fin du papier en 2017... |
La dernière décennie a été mortelle pour l'ensemble des journaux imprimés du Québec. Une véritable hécatombe.
Le 31 décembre 2015, La Presse met fin à la publication de ses éditions papier en semaine (reste le samedi).
Le 30 décembre 2017, La Presse supprime l'édition imprimée du samedi. Fini le papier!
Le 24 mars 2020, les six quotidiens régionaux des Coops de l'information (Le Soleil, Le Droit, La Tribune, Le Nouvelliste, Le Quotidien du Saguenay et La Voix de l'Est) annoncent l'interruption de leurs éditions papier en semaine à cause de la pandémie de COVID 19.
En juin 2020, ces mêmes quotidiens annoncent l'abandon permanent du papier, du lundi au vendredi.
Le 18 avril 2023, les six quotidiens des Coops mettent fin à leurs éditions quotidiennes numériques.
Le 31 décembre 2023, parution de la toute dernière édition du papier du samedi des six quotidiens régionaux. Fini le papier!
Le 19 janvier 2026, il ne reste dans nos kiosques que Le Devoir, le Journal de Montréal et le Journal de Québec. Aucun journal papier à l'extérieur de Québec et Montréal.
Une catastrophe? Oui bien sûr, mais pour qui?
J'ai écrit depuis 2014 une soixantaine de textes de blogue à la défense des journaux imprimés.
Ma défense de la presse papier m'a valu un congédiement comme éditorialiste au Droit en mai 2014.
L'affaire a été fortement médiatisée.
Mes chroniques de blogue ont été lues parfois par des centaines, parfois par des milliers d'internautes, y compris des journalistes.
J'ai l'impression d'avoir crié dans le désert.
Au cours de la dernière décennie, la disparition de l'imprimé n'a provoqué aucune levée de boucliers au sein de la Fédération professionnelles des journalistes du Québec (FPJQ).
Aucune montée aux barricades au sein des grands syndicats des milieux québécois de l'information.
Un silence décourageant, parfois assourdissant.
Suis-je seul à tenir le pas, ou seul à ne pas le tenir?
Les kiosques jadis bondés de journaux sont de plus en plus désertiques.
C'est tout un pan de civilisation qui s'effrite.
Nous serons un jour (pas lointain) zombies devant nos tablettes et téléphones, où distinguer le vrai du faux, l'information de la propagande, devient déjà difficile par moments.
Je vis à Gatineau. Le quotidien Le Droit, auquel j'ai consacré la part la plus importante de ma vie professionnelle, n'est plus.
Pour cueillir un journal papier à ma porte le matin, je suis abonné au Devoir, qui me déçoit ces jours-ci.
Au kiosque de mon supermarché, pour m'informer de la région, je ne trouve qu'un petit hebdo bilingue moche (!) et les deux quotidiens papier de langue anglaise d'Ottawa.
J'aime me souvenir de l'époque où les milieux de l'information étaient combatifs. Nous étions 10 000 à affronter les matraques policières à Montréal en octobre 1971 pour défendre les journalistes de La Presse contre les menaces de Power Corporation. J'y étais.
Je ne reconnais plus ma profession.
18 janvier 2026...
Il y a deux ans, en mai 2024, le chercheur Frédéric Lacroix s'est fait traiter de «plein de marde» par un député libéral franco-ontarien en comité parlementaire (à Ottawa) pour avoir affirmé qu'il existait un lien entre la fréquentation de l'école anglaise par les Franco-Québécois et la tendance pour ces derniers de travailler davantage en anglais, par la suite. De s'angliciser, quoi!
Ce qui aurait dû apparaître évident à tout le monde tellement la démonstration en a été faite continue de provoquer des étincelles autour de notre baril de poudre linguistique. Des milliers de francophones du Québec croient encore, les yeux fermés, que l'accès libre aux cégeps anglais pour leurs enfants ne pose pas de risque pour leur identité culturelle. Ce doit être vrai, les anglos le disent aussi...
Heureusement, depuis 1977, la Loi 101 oblige les enfants de langue française ou de langues autres que l'anglais à fréquenter les écoles françaises (et non les écoles «francophones» comme on entend souvent) primaires et secondaires. Sans cette Charte de la langue française, nous aurions perdu une part importante de ceux et celles que nous appelons aujourd'hui «les enfants de la Loi 101».
Et pourtant nous entendons toujours à l'occasion des Québécois francophones demander le rétablissement d'un accès libre à l'école anglaise. La députée libérale de Hull, Maryse Gaudreault, avait exprimé ce voeu en 2016 quand le gouvernement Couillard voulait imposer des cours de médecine en anglais de l'Université McGill aux étudiants de langue française de Gatineau.
On se souvient du grand débat sur cette question à l'époque du Bill 63 en 1969, dans le sillage de l'affaire de Saint-Léonard, alors que le gouvernement de Jean-Jacques Bertrand (Union nationale) avait choisi de protéger l'accès aux écoles anglaises primaires et secondaires pour l'ensemble de la population. Cela faisait l'affaire des Italo-Québécois de la région montréalaise mais aussi de nombreux Franco-Québécois de souche soucieux de bilinguiser leurs enfants.
En faisant le tri de mes vieilles revues Maintenant de la fin des années 1960 et du début des années 1970, je suis retombé dans la marmite, alors en ébullition, de l'opportunité (ou pas) de fréquenter les écoles de langue anglaise. Dans l'édition d'avril 1972 de la revue, l'auteur bien connu Jules Tessier (qui a fait des études universitaires à Toronto avant d'enseigner à l'Université d'Ottawa) a rappelé que cette question figure à l'ordre du jour national depuis la conquête de 1760.
Citant le linguiste québécois Gaston Dulong, il note que «dès 1819, les habitants de Kamouraska où il n'y a aucun anglophone, réclament un instituteur capable d'enseigner l'anglais à leurs enfants; les deux tiers des signatures sont des croix. Un peu plus tard, en 1840, le Séminaire de Nicolet instaure un cours exclusivement en anglais et, deux ans plus tard, à ce même séminaire, à la récréation du soir, tous les élèves ne doivent parler que l'anglais. La même chose se répète dans d'autres collèges et séminaires du Québec pendant la dernière moitié du 19e siècle et pendant le premier tiers du 20e siècle».
Jules Tessier mentionne dans ce texte qu'il avait eu la chance d'enseigner un an dans un quartier populaire de Montréal, sans doute dans les années 1960. À tous les matins, il avait noté qu'un fort groupe d'élèves francophones attendait devant son école française l'autobus qui allait les conduire à un high school de la métropole. «Lorsqu'on leur demandait pourquoi ils avaient choisi d'aller à l'école anglaise, la réponse, invariablement, se présentait ainsi: "pour devenir bilingue. Le français, on peut toujours l'apprendre à la maison et 'sur' la rue."»
Les conséquences? Une corruption du français sur les plans phonétique, grammatical et lexical. Jules Tessier souligne les conclusions de Gilles Colpron, expert en la matière dans un livre publié en 1970: «Voilà un dossier assez décourageant. Près de 2200 anglicismes, et cela sans avoir relevé la multitude de termes anglais qui forment les vocabulaires de base de la plupart des domaines techniques.»
Gaston Miron, dans un article de Maintenant publié en mars 1974, revient sur les effets désastreux du Bill 63 et le libre accès à l'école anglaise au Québec: «Le Bill 63 agit comme détonateur un peu partout, même dans les régions québécoises francophones à 98%: les 25 000 petits Québécois dans les écoles anglaises en témoignent. Les gens ne s'anglicisent donc pas, comme on pourrait le croire, petit à petit, en passant par une phase de dépérissement de leur langue, laquelle deviendrait une mixture puis finalement de l'anglais. Non, les gens passent directement du français à l'anglais, d'eux-mêmes. Voilà le plus grand danger auquel nous ayons à faire face depuis que nous existons comme peuple.»
Sa conclusion est percutante et aussi actuelle en 2026 qu'il y a cinquante ans. «Une langue ne se pose pas en termes d'option, mais en termes de nécessité.»
«Quand un peuple peut choisir d'être autre, écrit Gaston Miron, il se nie en tant que peuple, et c'est que quelqu'un d'autre est sur place et à sa place. Pour ceux qui ont compris, nous sommes déjà au-delà du bilinguisme et du choc des langues. Il ne peut y avoir que lutte. La lutte des langues est une lutte à finir et c'est la lutte de libération nationale du peuple québécois.»
Bien dit!
17 janvier 2026...
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| capture d'écran de La Presse |
Les défenseurs du français au Québec devront sortir les boucliers avec l'arrivée de Charles Milliard à la direction du Parti libéral du Québec. Ses commentaires au lancement de sa campagne à la chefferie ne laissent aucun doute. Avec lui, on peut s'attendre à un Québec de plus en plus bilingue (et de moins en moins laïc). Le parti des Anglais et des anglicisés restera bien solidement le parti des Anglais et des anglicisés, comme sous Jean Charest et Philippe Couillard.
M. Milliard adoptera la même stratégie que ses prédécesseurs: défendre en principe la langue et la culture françaises pour dissimuler son penchant pour un bilinguisme de fait, en attendant de le rendre officiel. Avec l'anglais intensif au primaire pour les élèves francophones, MM. Charest et Couillard sont devenus de véritables fossoyeurs du français. L'objectif était clair: bilinguiser tous les francophones du Québec. Les angliciser. Plus besoin du français après ça...
Tentez de déchiffrer ce que Charles Milliard a dit aujourd'hui. «Je veux que tout le monde se sente chez soi et qu'on mettre fin aux divisions qui nous ralentissent et qui franchement me gênent (...) Depuis huit ans, le gouvernement de la CAQ sépare les villes des régions, les francophones des non francophones, ceux qui sont nés ici de ceux qui ne sont pas nés ici. Il est grand temps de mettre fin à ce cirque dans le discours politique.»
On va ouvrir l'école anglaise à tous ceux, d'ici ou d'ailleurs, qui estiment s'y sentir «chez soi»? On va permettre l'affichage en anglais partout pour que les Anglo-Québécois et les cohortes de nouveaux arrivants en voie d'anglicisation se sentent «chez soi»? On va faire de Montréal une ville bilingue et multiculturelle pour que tous les adversaires d'un Québec français se sentent «chez soi»? On va se plier partout, à l'école, dans la rue, au travail, dans nos lois, aux exigences d'intégristes religieux? Pour que «tout le monde se sente chez soi» au Québec, il faut accepter le français langue commune et les valeurs nationales qui l'accompagnent, y compris la laïcité. N'est-ce pas, M. Milliard?
L'aspirant au poste de chef du PLQ reproche au gouvernement Legault séparer «les francophones des non francophones, ceux qui sont nés ici de ceux qui sont nés ailleurs»... En voilà une bizarre qui me fait croire à une incompréhension à peu près totale de la dynamique linguistique et sociétale au Québec (et au Canada). Les lois et politiques des gouvernements s'appliquent à tous les citoyens. Si les francophones, non francophones, ceux qui sont nés ici et ceux qui sont nés ailleurs sont séparés ou désunis, cela tient beaucoup plus aux rapports établis entre ces collectivités depuis des générations, des siècles même.
Pourquoi y a-t-il à Montréal des quartiers historiquement francophones, anglophones, des quartiers avec des concentrations italiennes, grecques, arabes, chinoises, etc.? Personne ne les a forcés à se regrouper. Les francophones et les non francophones ont eu tendance à se séparer eux-mêmes, comme ceux qui sont nés ici et ceux qui sont nés ailleurs... Peu importe les politiques d'un gouvernement québécois qu'il soit du PQ, de la CAQ ou des libéraux, il restera toujours des divisions entre ces collectivités. Le seul moyen de favoriser une certaine intégration, à un certain consensus social, c'est de favoriser une langue commune et un certain nombre de valeurs communes. Cela semble échapper à M. Milliard.
Au contraire, il a indiqué son intention de «détricoter» la Loi 21 sur la laïcité de l'État et les mesures de promotion du français dans la Loi 96. Pas un peu. Il y a «beaucoup de détricotage» à faire, a-t-il dit sans préciser... Les lois qu'il veut détricoter sont déjà trop faibles pour atteindre leurs objectifs et, de plus, elles sont contestées devant les tribunaux par tous les adversaires imaginables d'un Québec français et laïc. Si M. Millard détricote le moindrement il ne restera plus rien. J'entends déjà les applaudissements dans le West Island et dans les couloirs du Parlement fédéral. En voilà un, diront-ils, qui viendra toujours solliciter nos votes à genoux... qui mettra les francophones à leur place...
Plus que jamais, le Parti libéral du Québec apparaît encore comme l'ennemi juré d'un Québec français et laïc. On le connaît bien, ici, en Outaouais. On se souvient toujours des dernières remontrances de Philippe Couillard, en 2016, qui tentait de nous imposer une faculté satellite de médecine de McGill où tous les cours seraient donnés en anglais. Nous aurions dû être heureux, disait-ils, de suivre des cours en anglais d'une des universités «les plus renommées au monde». Traitre, et colonisé. Juste pour être bien sûr qu'on comprenne, la députée libérale de Hull a ajouté: «C'est ça ou rien.» Compris?