samedi 21 mars 2026

Panique au royaume de la peur...

21 mars 2026...

capture d'écran du site Web de Radio-Canada, 20 mars 2026


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«Je réponds aux gens de Gatineau. Ce que j'ai à vous dire, c'est ça qui est ça et c'est dans l'intérêt du Québec et vous êtes Québécois et Québécoises, y'en a parmi vous qui apprendront que votre emploi ne peut pas être continué dans un Québec indépendant et on aura des mesures, dans un environnement quand même où les emplois existent, pour cette transition-là.» (Paul Saint-Pierre Plamondon en entrevue à Radio-Canada, extrait présenté au bulletin de nouvelles et sur Facebook par le chef d'antenne d'Ici Ottawa-Gatineau, Mathieu Nadon)
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Le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon, a affirmé au cours d'un interview à Radio-Canada ce que tout le monde sait depuis les années 1960, depuis que la souveraineté du Québec est devenue une option crédible au sein de la population : dans un Québec indépendant, des milliers d'emplois fédéraux seront intégrés à l'État québécois et il y a 100% de chances qu'un certain nombre de ces emplois situés à Ottawa ou Gatineau déménagent à Québec, Montréal ou ailleurs. Par ailleurs, en cas de dédoublements inutiles, un nombre indéfini d'emplois seront sans doute abolis.; et qu'il y aura des mesures de transition pour les personnes touchées.

TOUT LE MONDE SAVAIT DÉJÀ QUE C'EST LÀ LE SCÉNARIO LE PLUS PLAUSIBLE. Imaginez: si PSPP avait tenté dissimuler les conséquences probables de la souveraineté pour les emplois fédéraux dans la région de Gatineau, on serait monté sur toutes les tribunes pour l'accuser de mentir à des fins électorales. Avec raison. Mais s'il dit la vérité - une vérité connue de tous par ailleurs - alors pourquoi grimpe-t-on dans les rideaux, pourquoi se déchire-t-on sa chemise sur la place publique, pourquoi pogne-t-on les nerfs?

Ls statut de Mathieu Nadon sur Facebook a suscité pas moins de 1200 commentaires à l'image des plus de 70% des résidents de Gatineau qui ont voté «Non» en 1995. Il faut dire que l'extrait de 21 secondes présenté sur sa page ne rend pas justice à l'ensemble de l'entrevue (voir lien en bas de page) mais j'ai de la difficulté à croire que même après avoir entendu les six et quelque minutes en ondes de PSPP, les commentaires auraient été moins stridents. Clairement, ici à Gatineau, il est devenu impossible d'avoir une discussion rationnelle au sujet du projet de souveraineté du Québec.

Trop de gens rangent leur cerveau à clef dans un tiroir et laissent parler leurs tripes. Au-delà des insultes gratuites (dictateur! insignifiant! imbécile! fuck you! clown corrompu! bon à rien! cruchon! malade! raciste! etc.), on retombe inévitablement sur des scénarios irréfléchis témoignant de la peur qui tenaille les habitants d'une région frontalière soumise et/ou attirée par la capitale fédérale sur la rive ontarienne et méfiante envers la capitale québécoise qui l'a toujours négligée. 

Il fallait s'attendre qu'au moins une personne soulève l'hypothèse de «se séparer du Québec», soit pour se joindre à un district fédéral englobant Ottawa et Gatineau, soit pour être annexés à l'Ontario. Ainsi cette opinion, décidément la plus populaire, qui a attiré environ 200 «J'aime» ou «J'adore»: «On pourrait créer un district fédéral qui regroupe la grande région de Gatineau et celle d'Ottawa et être sous l'administration directe du gouvernement fédéral».

Ce débat-là dure depuis plus de 60 ans. et les gens le lancent comme ça sans penser aux conséquences. Cette personne s'est-elle demandé si les francophones d'Ottawa seraient intéressés à affaiblir la collectivité franco-ontarienne en lui retirant plus de 100 000 personnes? A-t-elle songé aux conséquences, pour les francophones majoritaires à Gatineau et au Québec, de devenir minoritaires dans un district fédéral sous la juridiction d'un gouvernement à forte majorité anglophone? A-t-elle compris que même si Gatineau est annexée à un district fédéral, les emplois qu'elle veut protéger seraient perdus de toute façon advenant un Québec indépendant? Quand on commence à y penser, l'hypothèse d'un district fédéral s'auto-détruit.

En voulez-vous un plus farfelu? «Je pense que de Montréal vers l'ouest (du Québec) on devrait faire un référendum (pour décider si) on se joint à l'Ontario... Pas mal tanné d'entendre parler de référendum!» (165 «J'aime»). Cette personne s'est-elle demandé qui autoriserait et qui organiserait un tel référendum dont la valeur juridique serait nulle et qui ferait dépenser beaucoup de sous pour rien? Par ailleurs, il est intéressant de voir une personne tannée d'entendre parler de référendums proposer la tenue d'un autre... référendum.

En voici une qui soit à la fois savoureuse et pertinente: «Je crois que l'Outaouais est un territoire autochtone non cédé, alors n'est-il pas aux Autochtones de décider de leur avenir?» Et un interlocuteur de répondre: «C'est le comble. Les colonisateurs débattent de l'indépendance sur un territoire qui ne leur appartient pas.» Voilà où nous mène des décennies de discours fédéraux hypocrites commençant par la reconnaissance que nous vivons sur des territoires non cédés... et que personne n'a l'intention de rétrocéder aux Autochtones. 

Enfin, on a de nouveau droit à une gamme familière d'affirmations qui circulent à chaque élection ou référendum. Que va-t-il arriver aux pensions fédérales? Aux ponts, aux aéroports, aux chemins de fer? On va être très pauvres pendant plusieurs années... Avec un Québec indépendant, seulement des taxes et aucun service... On va quitter pour aller en Ontario, où il y a de vraies routes... If the Yes vote wins, Québec will be driven into civil war... 

Dans ce capharnaüm d'injures et d'affirmations gratuites se profilent sans doute une centaine ou plus de commentaires bien pensés sur les effets de la souveraineté pour Gatineau et l'ensemble du Québec, provenant d'anti-séparatistes (de vrais fédéralistes, j'en connais peu) et d'indépendantistes.

Ma première conclusion? Le bulletin de nouvelles a exacerbé l'effet des commentaires de PSPP en ne présentant que 21 secondes d'une intervention plus nuancée de plusieurs minutes. Sur le plan journalistique, ce n'était pas lumineux. Ma seconde conclusion: à Gatineau, royaume du la peur et du vivre-à-genoux, un débat rationnel sur le projet de souveraineté est devenu impossible! Et une question pour finir: je serais curieux de savoir combien de ces personnes sont montées aux barricades sur Facebook quand le gouvernement Carney a annoncé qu'il allait couper 40 000 emplois dans la fonction publique fédérale d'ici trois ans (sans que le Québec se sépare...).


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vendredi 20 mars 2026

Manitoba bilingue? Ben voyons...

20 mars 2026...
Capture d'écran du site Web Le Devoir, 20 mars 2026


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Voir le texte de Mathilde Beaulieu-Lépine dans Le Devoir au lien suivant: https://www.ledevoir.com/actualites/965514/manitobains-voudraient-province-devienne-aussi-officiellement-bilingue
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Non mais peut-on vraiment envisager sérieusement l'hypothèse d'un Manitoba «officiellement bilingue»? Après un siècle et demie marqué trop longtemps par la répression, voire la persécution, la langue et la culture françaises ne sont pas sur le point d'y recevoir les derniers sacrements, mais presque... Sauver les meubles qui restent peut et doit être envisagé, mais proposer de transformer le Manitoba en province bilingue alors qu'à peine 1,3% de la population utilise surtout le français à la maison n'a aucun sens.

La francophobie a fait son oeuvre au Manitoba comme dans la plupart des provinces à majorité anglaise. À sa fondation, en 1870, grâce à la rébellion des Métis sous Louis Riel, le français avait acquis un statut officiel égal à celui de l'anglais et les francophones formaient la moitié de la population. L'immigration massive d'anglophones et l'influence anti-catholique et anti-francophone des Orangistes ont abouti 20 ans plus tard à la promulgation de l'unilinguisme anglais.

Les Franco-Manitobains, comme les autres francophones minoritaires au Canada, ont vu leurs écoles rayées de la carte et leur langue effacée des services publics. L'enseignement en français se donnait en cachette au primaire. Je me souviens de l'autobiographie de Gabrielle Roy, où cette Franco-Manitobaine de Saint-Boniface raconte comment l'enseignante leur ordonnait de dissimuler leurs manuels de langue française lors des visites des inspecteurs anglais du gouvernement...

Au moment où le Canada anglais, effrayé dans les années 1960 par la montée du mouvement indépendantiste au Québec, a commencé à permettre la mise en place de réseaux d'écoles françaises et d'offrir quelques services aux francophones, le mal était fait. À la fin de la Seconde Guerre mondiale, les Manitobains de langue maternelle française formaient environ 8% de la population totale. Trente ans plus tard, la proportion avait diminué à 6% et aujourd'hui c'est 3%!

Depuis les années 1960, le nombre de villages à majorité francophone chute. Il n'en reste qu'un ou deux. Dans le seul quartier urbain, Saint-Boniface (Winnipeg), les taux d'assimilation frisent les 50%. En 1971, première année où le fédéral a commencé à comptabiliser la langue d'usage (celle la plus souvent parle à la maison), le nombre de personnes ayant coché «français» a dégringolé, passant de 39 600 en 1971 à 17 203 en 2021. La population totale du Manitoba, pendant ce temps, grimpait: de 988 000 en 1971 à 1 327 000 en 2021. 
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Il reste toujours en 2021 quelques noyaux franco-manitobains dynamiques ainsi qu'une université de langue française à Saint-Boniface, mais pour l'immense majorité des francophones la vie quotidienne se déroule trop souvent en anglais. Une relève anémique ne permettra pas de maintenir la masse critique de francophones requise pour justifier à long terme quelque forme de bilinguisme, et encore moins un statut égal pour le français au Manitoba.

Dans son texte du Devoir, la journaliste Mathilde Beaulieu-Lépine rappelle que la plus récente tentative d'enchâsser les droits des Franco-Manitobains dans la constitution remonte à 1983. «De nombreuses manifestations avaient eu lieu, les graffitis dans les rues s'étaient multipliés et le bureau de la Société francophone du Manitoba avait même été incendié, menant éventuellement au recul du gouvernement et à la fin du projet».

Rien ne laisse croire que la réaction de la majorité anglaise serait différente en 2026, tenant compte que le nombre de francophones diminue à chaque recensement. En dépit de l'attitude sympathique du premier ministre néo-démocrate actuel, Web Kinew, et de son ministre aux Affaires francophones, qui ne seront peut-être plus en poste d'ici quelques années, les chances de mener à terme un projet de bilinguisme officiel au Manitoba sont nulles.

Cela ne servira, comme bien d'autres initiatives fédérales et provinciales pour les francophones hors Québec, qu'à convaincre les Québécois de la viabilité du français coast to coast et à les inciter à renoncer à tout projet de souveraineté. Le résultat à long terme si on tombe dans ce panneau? La disparition quasi totale des collectivités francophones minoritaires (sauf les Acadiens du Nouveau-Brunswick et quelques régions franco-ontariennes), et l'accélération au Québec d'un processus d'anglicisation déjà en cours, jusqu'au point de bascule final...

On ne doit pas sacrifier la mère-patrie pour tenter de sauver des avant-postes au bord du gouffre. Un jour, peut-être pas demain mais bientôt, la plupart des francophones en situation minoritaire seront confrontés au choix ultime: s'angliciser ou rallier le Québec. Ils y seront les bienvenus!

jeudi 19 mars 2026

Le bonheur de vivre au Québec...

19 mars 2026...

capture d'écran du site Web de La Presse, 19 mars 2026


Je ne sais pas à quel point on peut se fier à cet indice planétaire de bonheur que publie tous les ans la maison de sondage Gallup, mais les résultats des dernières années donnent matière à réflexion. 

D'abord, en regardant le tableau ci-haut, on ne peut manquer de constater que le Canada figure au 25e rang mondial, une dégringolade de 20 positions au classement depuis 2015, alors que le pays occupait la 5e place... Mais les résultats sont pires pour le Canada anglais qui, sans la présence du Québec, se retrouverait en 35e position!

En effet, en matière de bonheur, les Québécois concurrencent les champions du monde. En 2026, le Québec partage le 5e rang du palmarès planétaire avec la Suède, n'étant devancé que par la Finlande, l'Islande, le Danemark et le Costa Rica. Et la performance du Québec ne fait que s'améliorer au sein du top 10, étant passée de la 8e position en 2022 au 6e rang l'an dernier.

Si l'écart entre le Québec et le Canada anglais était le moindrement semblable en 2015, quand le Canada occupait le 5e rang mondial, il y a fort à parier que les Québécois oscillaient alors tout près du sommet. 

Selon Le Devoir (lien en bas de page), le rapport 2026 de la maison Gallup signale que «l'utilisation intensive des réseaux sociaux sur Internet contribue à une forte baisse du bien-être chez les jeunes». Passer de longues heures à parcourir les réseaux sociaux aurait à la longue un effet dépressif sur l'indice de bonheur, y compris dans les pays occidentaux à revenus plus élevés. Les ados les plus heureux seraient ceux qui passent moins d'une heure par jour sur les réseaux sociaux. Ainsi, après 30 années d'Internet, et l'omniprésence de ses dérivés, le poids du monstre numérique se fait sentir.

Mais il est difficile de croire que ce facteur explique à lui seul les écarts entre le Québec et le Canada anglais. L'usage des réseaux sociaux serait-il si différent entre francophones et anglophones au Québec et au Canada? Cela me semble difficile à croire. Au sujet de la Finlande, qui domine le classement, on évoque «l'existence d'un État-providence qui protège les citoyens contre les risques de récession, et une espérance de vie en bonne santé».  Le degré d'atteinte de l'État-providence varie entre les provinces, mais pas tant que ça, et l'espérance de vie est la plus élevée au Québec, mais encore... Est-ce suffisant? Pas sûr...

Le président finlandais affirme pour sa part: «Je ne pense pas qu'il existe une formule magique, mais il est utile d'avoir une société qui aspire à la liberté, à l'égalité et à la justice.» Voilà, par contre, une piste intéressante. Le Québec, plus que le reste du pays, forme une «société», certains diraient une nation, ayant une certaine cohérence, portée par des valeurs historiquement partagées et des aspirations centenaires à la liberté, à l'égalité et à la justice. Les relents de l'impérialisme britannique, l'anti-américanisme et le multiculturalisme débridé du Canada anglais (par ailleurs américanisé sur le plan culturel) ne me semblent pas un socle très solide sur lequel ériger un indice de bonheur triomphant. Surtout depuis le début de l'ère Trump. Enfin, de mon point de vue...

L'économiste Christopher Barrington-Leigh, professeur à McGill, cité dans La Presse, abonde dans ce sens, du moins pour expliquer la situation au Québec. «Il y a une cohésion au sein de la société québécoise. Et peut-être aussi que l'un des facteurs qui cimentent cette société, c'est le sentiment de vivre sur une île francophone en Amérique du Nord».

Quoiqu'il en soit, il serait intéressant d'entendre les analyses de nos sociologues, psychologues et philosophes sur les motifs pour lesquels les Québécois seraient plus heureux que leurs concitoyens des provinces à majorité anglaise.

Quant à moi, je vis cette différence à chaque fois que je traverse la rivière des Outaouais entre Ottawa et Gatineau. Dès que je franchis les chutes Chaudière et que l'un des ordinateurs de ma voiture me dit tout en douceur «Bienvenue au Québec», je sens mon indice de bonheur bondir. À bien y penser, je suis nettement plus heureux de mon côté de la rivière. Au Québec. 

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Lien au texte du Devoir - Le Canada glisse au 25e rang dans le Rapport mondial sur le bonheur - https://www.ledevoir.com/actualites/societe/965076/canada-glisse-25e-rang-rapport-mondial-bonheur

Lien au texte de La Presse - Les Québécois ont-ils trouvé la recette du bonheur? - https://www.lapresse.ca/dialogue/chroniques/2026-03-19/les-quebecois-ont-ils-trouve-la-recette-du-bonheur.php

mercredi 18 mars 2026

Un café Club Pays à Gatineau?

18 mars 2026...

capture d'écran de 24heures.ca


Je sais que des indépendantistes se cachent ça et là à Gatineau. Aux élections de 2022, au plus creux de sa vague, le Parti québécois a obtenu plus de 6000 voix dans les circonscriptions de Hull et Chapleau. Avec la remontée du PQ dans l'opinion publique, on peut s'attendre tout au moins à doubler cette performance. Or, à l'exception de quelques centaines de véritables militants, les souverainistes se font le plus souvent discrets sur les rives de l'Outaouais, à l'ombre du Parlement fédéral. Je n'approuve pas, mais je comprends.

Cette dizaine de milliers ou plus de sympathisants de l'indépendance n'assisteront pas aux réunions du Parti québécois, du Bloc québécois ou de OUI Québec. Ils ne sortiront pas dans la rue avec des slogans et des pancartes. Ils ne dédaigneront pas, cependant, d'en discuter en famille, au collège, à l'université, ou avec des amis au resto lorsque l'occasion se présente. Le feraient-ils davantage en public s'il existait un endroit où ils ne craindront pas trop de s'attirer les foudres ou les regards dans cette ville du vivre-à-genoux? Sait-on jamais...

Quoiqu'il en soit, je trouve bien sympathique cette idée du Café Club Pays, au 6900 St-Hubert, à Montréal et je peux imaginer qu'elle puisse être exportée au centre-ville de Gatineau pendant qu'il y existe toujours une majorité francophone. À ce café de la Plaza St-Hubert, on peut s'attabler ou s'asseoir sur un canapé, entouré d'un décor festif à saveur souverainiste (drapeaux du Québec, affiches), et jaser en toute quiétude en dégustant un bon café et un «biscOUIt» fleurdelisé... Le café vient d'ouvrir ses portes cette semaine. L'initiative connaîtra-elle le succès? Seul le temps dira mais à première vue, je trouve l'idée fort opportune.

La marche vers l'indépendance a été ponctuée de luttes souvent acerbes, de nombreuses victoires mais aussi d'amères défaites. Après quelques années où les plus cyniques achetaient la pierre tombale du Parti québécois, voilà que l'espoir renaît et que l'on se retrousse les manches pour de nouveaux - et peut-être ultimes - combats. Pourquoi pas, dans tout cela, se réserver des oasis de paix, des endroits calmes où les échanges se font aux arômes d'un bon café et de pâtisseries? Si un café Club Pays existait dans mon coin de pays, j'y serais, aussi souvent que possible. D'autres aussi, sans doute...

Évidemment, la chose ne se réalise pas tout seul. Il faut trouver un local, l'acheter ou le louer. Meubler, décorer, s'approvisionner et payer les employés. Se pose au départ la question du financement. À Montréal, pour économiser, on s'est procuré l'essentiel de la décoration chez Renaissance ou Marketplace. On a dû solliciter des dons et la participation de bénévoles. Et, coup de chance, le local est loué à prix de faveur par le Mouvement national des Québécois, le voisin d'en haut. Les astres étaient bien alignés. Mais qu'en est-il de Gatineau?

Dans un centre-ville et sur des rues commerciales qui n'ont plus d'âme, il y a toujours des locaux qui se libèrent. Le problème sera toujours d'avoir les reins financiers solides. Faudrait d'abord, bien sûr, que le projet démarre et que les concepteurs fassent leurs devoirs. Le milieu de la restauration sera toujours à haut risque mais rien qui ressemble à un Café Club Pays n'existe dans la métropole de l'Outaouais.

J'ai la conviction que l'idée d'entrer dans un café au centre-ville de Gatineau décoré de fleurdelisés et d'affiches souverainistes, où le riche répertoire de nos chansonniers et groupes québécois assure l'ambiance musicale, plairait à de nombreux indépendantistes ou sympathisants qu'on ne verra jamais aux assemblées ou aux manifs. Peut-être même au grand public. Le fait aussi qu'à Montréal, le Café Club Pays soit issu des jeunes générations laisse croire que l'établissement pourrait attirer une clientèle de tous âges.

Un Café Club Pays à Gatineau ne changerait pas le monde. Mais même au coeur du royaume de la peur, une étincelle dans la nuit peut parfois suffire à chauffer les braises, parfois chaudes, des espoirs d'autrefois. 

mardi 17 mars 2026

Tous en choeur: «Ce n'est qu'un début, continuons le combat»!

17 mars 2026...

capture d'écran du site Web du Devoir

Quand je siégeais au conseil confédéral de la CSN en 1972, on entendait souvent au début ou à la fin des réunions la chanson Québékiss (de l'album du même nom)... Un chant de ralliement, un hymne de champ de bataille... Vous l'avez déjà entendu: «Ce n'est qu'un début, continuons le combat»! Après quelques minutes de cet appel aux barricades de Marie Savard, nous étions solidaires, prêts à foncer contre les puissants de ce monde. Pour le socialisme, pour l'indépendance.

Puis, les discours terminés, les résolutions adoptées, nous retournions dans nos régions négocier nos petites conventions collectives en rêvant du grand soir d'une révolution plus imaginaire que réelle. Crier tous ensemble notre opposition au gouvernement ou au grand capital ou aux impérialismes planétaires pouvait bien nous attirer quelques manchettes dans les médias, mais le plus souvent, rien de plus. C'était partie remise jusqu'au prochain rassemblement syndical à Québec ou à Montréal, pour vibrer de nouveau aux rythmes martiaux de Ce n'est qu'un début, continuons le combat...

L'opposition, annoncée aujourd'hui, de 779 groupes et organisations (y compris la CSN et la FTQ) au projet de constitution québécoise du ministre Simon Jolin-Barrette m'a rappelé les luttes syndicales de ma jeunesse. L'époque n'était guère aux compromis ou aux concessions. La langage était agressif. Diluer le grand soir par des compromissions, même légères, avec les détenteurs du pouvoir politique était toujours suspect. Plusieurs préféraient l'échec à une victoire partielle. On pouvait recommencer à entonner Ce n'est qu'un début, continuons le combat sans avoir entaché la pureté idéologique des revendications.

La conséquence, c'était le risque de devoir revenir au point de départ, de repartir presque à zéro. Nous n'avons pas vaincu les pires excès du capitalisme, à mon grand désespoir. Nous espérons toujours l'indépendance. Il aurait fallu, à l'époque, qu'un plus grand nombre d'entre nous consente à se salir les mains, côte à côte avec des adversaires autour de projets nationaux où chacun engrangerait sa part de petites victoires. La participation de nombreux progressistes au sein du premier gouvernement du PQ sous René Lévesque en 1976 en a fait la preuve. 

Évidemment, 50 ans plus tard, le Québec a bien changé. La situation est pire qu'au début des années 1970, où tous les espoirs étaient permis. Aujourd'hui, le déclin du français et le multiculturalisme anglo-dominant ont mené la nation québécoise au bord du gouffre. Il y a, bien plus qu'autrefois, urgence d'agir pour sauver les meubles. Mais de toute évidence, un élément du passé demeure: cette tendance irritante à agir collectivement, dramatiquement, unanimement, sans trop de nuances, en vue d'objectifs imprécis (question d'assurer la solidarité), contre un grand projet législatif sur l'avenir de la nation.

Il s'agit cette fois du projet de la loi 1 intitulé Loi constitutionnelle de 2025 sur le Québec, présenté à l'Assemblée nationale par le ministre Simon Jolin-Barrette. Je n'ai pas l'intention d'énumérer les défauts du processus de consultation ou les imperfection du texte. Il y en a. Beaucoup. Mais comme toujours, les milieux se disant populaires ou progressistes ont comme réflexe premier de rejeter le tout, en troupeau, pour divers motifs, au lieu d'envisager une constitution imparfaite pouvant laisser un goût amer à tous les «sans péché» de la société.

On me trouvera injuste mais dans la vie, y compris en politique, tout n'est jamais noir ou blanc. Il y a au moins cinquante nuances de gris. Mais naviguer le gris n'est jamais simple. Les marges d'erreur et les risques d'échec sont grands. Il est plus facile de voir «les effets désastreux», «un autoritarisme mal dissimulé», «une logique coloniale», une «attaque aux droits et libertés», tous des péchés mortels, ne pouvant conduire qu'à la seule solution pure et sans tache: «le retrait complet du projet de loi 1». Et que reste-t-il alors? Rien. Et tous peuvent continuer à chanter «Ce n'est qu'un début, continuons le combat»... On avance les mains vides, les mains propres...

Je veux bien croire qu'il serait mieux d'entreprendre un processus exhaustif de consultation populaire pour arriver à un projet de constitution, mais nous n'avons plus le temps. Il faudrait d'abord élire un parti (sans doute le PQ) qui s'engagerait à enclencher une telle démarche. Mais il est trop tard. Le Parti québécois a déjà promis un référendum au cours de son prochain mandat devant déboucher, s'il est gagnant, sur une déclaration d'indépendance. Il ne perdra pas deux ou trois ans à organiser des audiences pour une nouvelle constitution sur l'ensemble du territoire. Et si, en bout de ligne, le référendum est perdu, nous sommes encore une fois de retour à zéro.

J'aimerais rappeler à tous nos idéalistes sans doute bien intentionnés que ce n'est pas ainsi que la constitution canadienne, celle qui nous gouverne depuis 1867, a été créée. L'AANB n'était qu'une loi adoptée par le Parlement britannique, sans consultation du peuple québécois et anglo-canadien. Quant à la Loi constitutionnelle de 1982, celle qu'on nous a enfoncée dans la gorge, elle est issue de la célèbre des nuits des longs couteaux où un pacte québécophobe a été scellé entre Ottawa et les provinces anglaises. Contre cette tour de Pise constitutionnelle qui penche toujours du même bord, pas le nôtre, le Québec n'a aucune arme, à l'exception de la clause dérogatoire de la Constitution des longs couteaux. C'est insuffisant quand on sait que la Cour suprême fédérale peut s'arroger le pouvoir de fissurer ce «nonobstant».

La constitution proposée par Simon Jolin-Barrette (voir lien en bas de page) peut bien avoir des tas de défauts, mais une fois adoptée par l'Assemblée nationale elle n'aurait pas moins de valeur juridique - dans les champs de compétence du Québec - que la constitution fédérale de 1982, adoptée par le Parlement canadien et neuf assemblées législatives provinciales sans référendums, après des manigances qui ne ressemblaient en rien à de véritables consultations populaires. Cette constitution multiculturelle de 1982 régit aujourd'hui le Québec, que nous l'aimions ou pas. La Loi 21 sur la laïcité de l'État est entre les mains des juges fédéraux, une procédure à laquelle le gouvernement Legault a consenti. Si notre laïcité pouvait s'appuyer sur une constitution québécoise, même mal ficelée, son armure serait mieux protégée devant les tribunaux.

Mais voilà, 779 organismes ont décidé que le projet de loi 1 «est une attaque contre la démocratie et les droits humains»... Encore une fois, en choeur: «Ce n'est qu'un début, continuons le combat»...

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Lien à la chanson «Ce n'est qu'un début, continuons le combat» - la dernière chanson sur l'album - https://www.youtube.com/watch?v=1nnnuAOBPU8

Communiqué des 779 groupes qui demandent le retrait du projet de loi 1 - https://www.csn.qc.ca/actualites/pres-de-800-organisations-quebecoises-rejettent-le-projet-de-constitution-du-ministre-jolin-barrette/

lundi 16 mars 2026

Le Conseil national des musulmans canadiens à l'assaut de la Loi 21...

16 mars 2026...

capture d'écran du site Web du Conseil national des musulmans canadiens



Plus que sept jours avant l'arrivée du cirque de Québec bashing à la Cour suprême du Canada... Lundi prochain, 23 mars 2026, ceux et celles qui ont l'estomac solide pourront s'installer devant le petit écran pour assister à quatre jours d'affilée d'attaques parfois grossières contre la Loi 21 sur la laïcité de l'État québécois. Gardez vos Tylenol extra fortes et vos Gravol à portée de main.

On ne se cachera pas qu'à travers le Québec et le Canada, la majorité des condamnations médiatisées du projet de loi ont ciblé l'interdiction d'un signe religieux en particulier: le port, par les musulmanes, du hijab (voile couvrant cheveux et cou) en milieu de travail. Le Conseil national des musulmans canadiens (CNMC) compte d'ailleurs parmi les parties principales dans cette affaire depuis le début. Sa campagne anti-Loi 21 a débordé largement les frontières québécoises.

Sur son site Web, le CNMC se vante ouvertement d'avoir convaincu les «principaux» partis politiques fédéraux (l'organisme a peu d'estime pour le Bloc québécois, semble-t-il), ainsi que des provinces et des villes «à travers le Canada» d'élever leurs voix contre la laïcité de l'État québécois. En effet, le maire de Brampton, en Ontario, avait même demandé aux 100 plus grandes villes du pays de se joindre à lui pour abattre une loi qu'il juge discriminatoire et raciste. Pas subtil...

Mais sur quoi se fonde le Conseil canadien des musulmans (pas des musulmanes, semble-t-il) pour faire tant de tapage? On pourrait croire à prime abord que l'organisme serait monté aux barricades pour défendre la liberté de choisir ou non de porter le voile en milieu de travail, se fondant sur le droit à la liberté religieuse. Mais non! Nulle part, dans le mémoire du CNMC de 2019 à l'Assemblée nationale ne trouve-t-on quelque mention de la liberté de choix des femmes. 

On peut comprendre le silence du Conseil à ce sujet. Défendre la liberté des femmes de porter le voile implique aussi défendre la liberté des femmes d'enlever le voile. L'un ne va pas sans l'autre. Et cela obligerait le Conseil national des musulmans canadiens à s'attaquer aux pays qui imposent le port du voile et parfois de voiles extrêmes comme le niqab et la burqa, tels l'Iran, l'Arabie saoudite ou l'Afghanistan. J'ai cherché sur le Web (peut-être pas assez) mais je n'ai pas trouvé de déclaration du CNMC attaquant des pays islamiques pour dénoncer l'oppression des femmes...

Le Conseil des musulmans attaque plutôt les fondements de la Loi 21 et affirmant qu'il n'existe aucune preuve d'un lien de cause à effet entre le port d'un signe religieux au travail dans le secteur public, et la neutralité de l'État. Je cite: «Aucune base scientifique ne supporte la croyance que le port de symboles religieux par des enseignants endoctrine les élèves - aucune corrélation entre la présence de symboles religieux et toute forme de prosélytisme passif (ou actif) n'a été démontrée. En fait, les études démontrent plutôt l'inverse.» Le fait qu'aucune de ces études ne soit citée, même pas par un lien en bas de page, laisse planer le doute sur le sérieux de cette allégation.

Le CNMC prétend aussi que le projet de loi contribuera à valider, dans la société, «les sentiments antisémites, islamophobes anti-sikhs et xénophobes». Et voilà, le chat est sorti du sac. L'État québécois propage la haine, le racisme et la xénophobie. Cette loi, affirme le Conseil, «envoie un message clair d'intolérance à la différence, soutenant que ceux qui ne ressemblent pas à la majorité ne devraient pas participer dans la sphère publique.» L'impact, dit-on, serait «dévastateur». Et le refus, souvent haineux, des valeurs (et de langue) historiques et contemporaines de cette nation qui accueille de nouvelles minorités ethniques et religieuses, qu'en est-il? Bruit de criquets...

Enfin, le CNMC dénonce l'utilisation de la disposition de l'article 33 (clause dérogatoire) de la Charte fédérale des longs couteaux pour protéger la Loi 21 contre les contestations judiciaires. Le gouvernement fédéral, auteur de la Charte, partage cette inquiétude et c'est lui qui nomme les juges de la Cour suprême. La Constitution de 1982 a été imposée au Québec par des négociations louches entre Ottawa et les provinces anglaise en pleine nuit. Le résultat, on l'a enfoncé dans la gorge des Québécois, qui ne l'ont jamais ratifié. Cette réalité semble échapper totalement au CNMC, qui raisonne à peu près de la même façon que la majorité anglo-canadienne.

Au-delà de la laïcité de l'État, la Loi 21 défend l'égalité entre les hommes et les femmes, un concept dangereux pour le CNMC. D'ailleurs, les deux seules personnes que son mémoire attaque de front sont des femmes: Djemila Benhabib et Céline Hervieux-Payette. La Loi 21 s'applique à tous et à toutes également, peu importe le sexe, l'origine, les convictions ou les croyances. Dans ce dossier, s'il existe un relent de haine et de xénophobie, il n'émane pas des élus de la majorité francophone...


dimanche 15 mars 2026

D'où viennent nos vieilles chansons?

15 mars 2026...

Lien à la chanson sur YouTube - https://www.youtube.com/watch?v=v--Hx42531Y


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capture d'écran du livre Tocqueville au Bas-Canada

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L'événement décrit dans le texte ci-dessus se déroule en 1831, le long de la rivière Saginaw, au Michigan (États-Unis). Le grand sociologue français Alexis de Tocqueville faisait route vers les Grands Lacs avec des guides autochtones. Pour traverser la rivière Saginaw à la noirceur, il a dû noliser un canot. C'est là qu'il rencontra une personne ayant l'apparence d'un Autochtone qui lui adressa la parole en français «avec un accent normand». Lisez le bout de texte ci-haut pour entendre l'histoire racontée par l'auteur lui-même. Ce qui m'intéresse, moi, c'est qu'en traversant et en remontant la rivière, le «bois-brûlé» fredonnait une vieille chanson de France dont de Tocqueville ne saisit que les deux premiers vers: «Entre Paris et Saint-Denis, il était une fille»...

Ainsi, plus de 70 ans après la conquête britannique, plus de 40 ans après la Révolution de 1789, la langue et la culture française avaient poursuivi leur expansion vers l'ouest du continent, transmise par les explorateurs canadiens-français et un nombre croissant de Métis francophones. Les accents du 18e siècle avaient survécu, mais aussi les traditions musicales de la France monarchique, y compris des airs et des chansons qui allaient tomber dans l'oubli sur le vieux continent. Imaginez la surprise de Tocqueville, croyant la présence française effacée en Amérique du Nord, entendre un Métis chanter «Entre Paris et Saint-Denis» dans les contrées sauvages du Michigan de 1831.

Quand j'étais enfant, on entendait régulièrement des chansons comme Au clair de la lune ou C'est l'aviron sans savoir que ces airs étaient issus de la Normandie du 14e ou 15e siècle. On aurait dû se douter que M'en revenant de la jolie Rochelle n'avait rien à voir avec quelque village sur les rives du fleuve Saint-Laurent. Passionné par l'histoire et la politique, je n'ai jamais vraiment approfondi ma connaissance des origines du répertoire musical transmis par mes parents et grands-parents. Il reste que nombre de chansons ont survécu à la chute du régime français pendant des siècles dans notre tradition orale, même si elles se perdent au 21e siècle. Je viens d'ailleurs de découvrir un nouveau livre, publié en 2022, intitulé Les chansons du cousinage Normandie-Amérique du Nord. Un possible remède à mon ignorance. Sur ma liste: à acheter!

En septembre 2013, alors que Ginette et moi, faisions le tour de la Normandie et de la Bretagne en voiture, nous avons passé une nuit à l'hôtel Les Ajoncs d'or de Saint-Malo. Cela m'a rappelé une petite chanson que nous avons très souvent entendue (sans doute de ma mère) et chantée durant ma petite enfance, au début des années 1950: À Saint-Malo beau port de mer. Convaincu que ce vieil air avait été transporté au Québec par Jacques Cartier et son équipage, ou Samuel de Champlain, j'ai décidé de m'informer auprès d'un directeur de l'établissement, qui n'en savait rien. Je l'ai chanté pour lui, espérant que cela éveillerait quelque souvenir. Cette chanson, m'a-t-il dit, est sans doute disparue dans son coin de Bretagne.

Selon le peu de renseignements que j'ai pu glaner, l'air de cette chanson est inconnue dans la France contemporaine. Les paroles auraient été conservées en Bretagne mais il n'est pas question de Saint-Malo. On y écrit plutôt «À Nantes, à Nantes sont arrivés, Trois beaux navires chargés de blé»... Dans une autre version, Saint-Malo céderait sa place à Bordeaux. Ainsi, la chanson ne porte le nom de Saint-Malo qu'en Amérique du Nord. Pourquoi? Je devrai me renseigner. 

L'histoire de nos chansons de folklore remonte parfois jusqu'à la vieille France, mais plusieurs d'entre elles ont une origine pure laine. Je m'en souviens d'une en particulier, que j'entendais toujours dans des rencontres de famille autour du temps des Fêtes et dont je ne me souvenais que du refrain, comique pour moi parce que je pensais que «Fu, fu, fu» était «Pu, pu pu». Le refrain s'entendait comme suit:



J'ai découvert qu'Ovila Légaré, accompagné par La Bolduc à la guimbarde, avait endisqué cette chanson en 1931 et qu'elle avait connu un grand succès en ondes et chez les disquaires. Son origine serait incertaine. Elle était présentée comme une «vieille chanson». Une théorie, apparemment considérée plausible, voudrait que cette chanson de la fin du 19e siècle soit une satire dirigée contre Adolphe Chapleau, premier ministre du Québec de 1879 à 1882. La chanson évoque les visites du Jour de l'an bien arrosées de Chapleau, qui perd son chapeau, ses mitaines et sa carriole et qu'un bon samaritain doit ramener à la maison. M. Chapleau avait une réputation de bon vivant. 

Enfin, je me demande combien de parents québécois d'aujourd'hui connaissent et transmettent ces airs traditionnels qu'on trouvait souvent dans les cahiers de la «bonne chanson», ainsi que leurs origines. Il serait dommage qu'elles deviennent, comme notre peuple si on ne se réveille pas bientôt, «une page blanche» de l'histoire des nations.

samedi 14 mars 2026

Le cynisme éditorial de La Presse...

14 mars 2026...

capture d'écran du site Web La Presse, 14 mars 2026


J'avais l'intention d'écrire calmement un billet historique à thème musical aujourd'hui, mais la lecture de l'éditorial de Stéphanie Grammond dans La Presse m'a interloqué (voir lien en bas de page). J'ai dû relire, très lentement, les propos de l'éditorialiste en chef du quotidien montréalais pour me convaincre qu'une journaliste chargée de transmettre une opinion informée à ses lecteurs ait pu réellement atteindre un tel niveau de cynisme.

Le sujet? L'obtention, via transfuges, de la majorité parlementaire que l'électorat avait refusée à Mark Carney le 28 avril dernier. Un affront à la démocratie? Non, «un habile tour de force», dit-elle. À ceux chez qui les vire-capot suscitent «des grincements de dents», Mme Grammond répond que «les partis politiques font preuve d'une indignation à sens unique, satisfaits quand un transfuge se joint à leurs troupes, outrés quand un des leurs passe dans l'autre camp».

C'est à couper le souffle. Au départ, la question du caractère sacré d'une élection démocratique reste en suspens. L'argument étant sans appel, elle l'évite tout simplement. Secundo, son affirmation est fausse, le NPD ayant présenté un projet de loi pour bannir les transfuges. La grande majorité des députés des autres formations s'y étaient opposés mais tout de même. Une telle erreur est difficilement excusable.

L'éditorialiste en chef poursuit en citant, comme si cela était apparenté, l'entente entre les libéraux de Justin Trudeau et la députation néo-démocrate entre 2021 et 2025. Mme Grammond sait pertinemment que de telles alliances, ponctuelles pour un gouvernement minoritaire, ne trahissent en rien la volonté des électeurs au scrutin général. Personne ne vire capot, et la collaboration dure tant que les deux parties y perçoivent l'occasion de réaliser le mandat pour lequel ils ont été élus.

Mais le choc survient quand l'éditorialiste en chef ose prétendre que la majorité bientôt acquise par M. Carney «reflète la volonté de l'ensemble de la population»! Quoi? La volonté de la population peut s'exprimer au Parlement autrement que par le vote démocratique des citoyens à un scrutin général? Et comment sait-elle qu'il s'agit de la «volonté» de la population? Facile... un sondage Léger indique que la popularité des libéraux s'est accrue de 5% depuis l'élection de l'an dernier... Cet argument est indigne de la fonction qu'occupe Mme Grammond et un affront au public lecteur.

Depuis quand peut-on invoquer des sondages d'opinion publique, si perfectionnés soient-ils, pour justifier - moins d'un an après l'élection - que quatre députés offrent la majorité refusée à Mark Carney en trahissant les milliers de citoyens qui ont coché leur nom et leur parti dans la boîte de scrutin? Cette question, la seule qui compte vraiment, est absente de de chef-d'oeuvre de cynisme politique.

Si une élection générale avait lieu aujourd'hui, écrit l'éditorialiste en chef, les libéraux éliraient environ 200 députés «selon les projections de QC125». Bien sûr. Pourquoi tenir des élections? Perte de temps et d'argent? Mme Grammond rappelle qu'un scrutin général coûte 570 millions $. «On peut se passer d'une nouvelle facture», peut-on lire. Avec ce genre de raisonnement, qui suggère que la démocratie électorale soit trop coûteuse, pourquoi ne pas installer tout de suite 200 libéraux aux Communes? Et modifier les proportions à chaque nouveau sondage? Quelle effronterie!

Sa conclusion? Pire encore. Les quatre vire-capot «prouvent au moins que nos élus sont capables de franchir les tranchées politiques pour travailler ensemble, ce qui est une excellente nouvelle». Incroyable! Vraiment incroyable! Même pas un petit mot de sympathie pour les cent et quelque milles électeurs trahis par leur élu? Même pas une petite larme pour la démocratie flouée par des intrigues de couloir? Même pas une réflexion sur l'éthique de changer d'allégeance en cours de mandat? 

Voilà un éditorial à conserver aux fins d'analyse dans les programmes de journalisme et de science politique. 

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vendredi 13 mars 2026

L'Ordre du Canada à Don Cherry?

13 mars 2026...

capture d'écran du site Web du Parti conservateur du Canada


Bizarre, cette histoire... Les conservateurs fédéraux mènent une campagne pour que l'Ordre du Canada soit octroyé à l'ancien joueur, instructeur et commentateur controversé de hockey Don Cherry. Pourquoi bizarre? Parce qu'il devrait être évident qu'avec son passé émaillé de déclarations xénophobes, francophobes, frisant le racisme, l'ancienne vedette de CBC à Hockey Night in Canada n'a absolument aucune chance se se voir épingler l'insigne rouge et blanc avec feuille d'érable surmontée de la couronne royale britannique.

Évidemment, si la pétition en ligne du Parti conservateur récolte des centaines de milliers de signatures (un million?) d'un bout à l'autre du pays, cela posera un problème pour les notables chargés d'attribuer l'Ordre du Canada et un débat public qui résonnera jusqu'à la Chambre des communes. Dans un article de la Presse canadienne, publié dans Le Droit, le chef conservateur Pierre Poilievre affirme sans sourciller que «Don Cherry incarne ce que cela signifie d'être un fier Canadien». Enfin, je n'ai vu ce commentaire qu'en anglais sur le réseau social X-Twitter, où il employait le mot Canadian, sans doute plus juste.


Quoiqu'il en soit, je refuse de croire que le chef du PC et son député Andrew Lawton (auteur de la pétition et biographe de Pierre Poilievre) ne savaient pas qu'ils mettaient le pied sur un nid de guêpes en proposant d'honorer Cherry. La députée du Bloc québécois Christine Normandin, invoquant ses propos anti femmes et anti francophones, a immédiatement rétorqué que les critères d'admissibilité à l'Ordre du Canada «disqualifiaient» M. Cherry. Du côté gouvernemental, le ministre de l'Identité et de la Culture canadienne (?), Marc Miller, s'est dit agacé par cette campagne, évoquant les allusions racistes et xénophobes de l'ex-commentateur du réseau CBC.

Comme il fallait s'y attendre, le statut de M. Poilievre sur X-Twitter a attiré des centaines de commentaires, le plus souvent hostiles, mais plus de 7000 mentions «J'aime». Le vrai baromètre sera sans doute le nombre de citoyens prêts à signer la pétition en faveur de M. Cherry. Je soupçonne que derrière les cris d'indignation d'intervenants plus militants, des millions d'Anglo-Canadiens raffolaient de ses sorties acérées et s'ennuient de lui. N'oubliez pas que Don Cherry a déjà reçu l'ordre de l'Ontario de Doug Ford, a été honoré publiquement par la Légion canadienne et l'Association des policiers de l'Ontario. L'an dernier, le Gouverneur général lui a décerné la médaille du couronnement de Charles III pour ses contributions exceptionnelles au Canada. Et surtout, souvenez-vous qu'il y a une vingtaine d'années, quand CBC avait orchestré un concours pour identifier les «Greatest Canadians», il avait terminé au 7e rang à travers le pays!

Ils sont très nombreux à estimer que M. Cherry avait raison quand il tenait des propos cassants envers les immigrants, les francophones, les femmes dans le sport, et bien d'autres. J'ai toujours eu la conviction qu'il disait tout haut que des millions d'Anglo-Canadiens originaires des îles britanniques pensaient tout bas. Ses sorties à l'emporte-pièce m'ont souvent rappelé l'ambiance inhospitalière de l'Ottawa anglophone que j'ai connu dans ma jeunesse. Peut-être MM. Lawton et Poilievre ont-ils flairé l'opportunité de soulever un enjeu susceptible d'éveiller les braises culturelles britanniques qui couvent toujours sous les excès d'un multiculturalisme à la woke.

Il y aura des partielles le 13 avril dans la région de Toronto dans deux circonscriptions qui, si l'on se fie aux résultats des quatre ou cinq dernières élections, sont très peu favorables au PCC. Pourrait-on croire que pour quelques cerveaux conservateurs, se porter à la défense d'une personnalité ontarienne comme Don Cherry pourrait détourner - ne fut-ce qu'un moment - l'électorat de l'interminable conflit avec Donald Trump, où les libéraux auront toujours l'avantage? Parfois, dans des situations désespérées, on s'accroche à n'importe quoi, on prie St-Jude, on achète un Lotto Max... Enfin, cette fois, j'avoue que l'initiative du PC en faveur de Don Cherry me déroute.

Et puis, en fin de compte, pourquoi pas? Offrez-lui donc l'Ordre du Canada. À bien des égards, il l'a mérité en exprimant sur la place publique les craintes, les colères et les haines historiques d'une grande partie de son auditoire. La francophobie et le racisme ne font-ils pas partie de l'histoire du Canada depuis la Conquête? Il y a 100 ans, dans ma province natale (l'Ontario) et même à Ottawa, il aurait eu droit aux plus grands honneurs pour plusieurs des propos qu'on lui reproche aujourd'hui. Don Cherry incarne le Canada que les Québécois combattent avec raison depuis toujours. Pourquoi ne pas le laisser pavoiser ses intolérances en épinglant sur son veston l'insigne rouge et blanc de l'Ordre du Canada?

Le débat qui en résulterait serait salutaire...


jeudi 12 mars 2026

Le coup d'État...

12 mars 2026...

capture d'écran du site Web du Devoir



Voilà! Mark Carney a réussi son coup d'État! Avec l'arrivée d'une quatrième transfuge, du NPD cette fois, et une victoire assurée dans deux partielles torontoises au mois d'avril, le premier ministre libéral a réussi à obtenir ce que les électeurs lui avaient refusé en avril 2025: un gouvernement majoritaire!

Les amateurs des définitions littérales de dictionnaires réfuteront l'emploi du terme «coup d'État». L'acquisition d'une majorité par la bande à Carney n'était ni brutale, ni violente. Techniquement, elle n'était même pas illégale. Mais il y avait là l'esprit d'un coup d'État: le renversement du verdict d'un scrutin général démocratique par des moyens qu'on pourrait qualifier de louches.

L'électorat avait envoyé au Parlement un gouvernement minoritaire, avec tout ce que cela implique de négociations et de compromis pour conserver la confiance de la Chambre des communes. Ce verdict, peu importe ce qu'on puisse en penser, est sans appel. L'apparition soudaine d'un nombre de vire-capot dès le lendemain des élections, attirés par les avantages de siéger sur les bancs du pouvoir, aurait été vu comme un scandale et aurait provoqué une levée de boucliers.

Imaginez, quelques jours après le scrutin, que trois députés conservateurs et une députée néo-démocrate, décident de trahir le «pacte sacré» conclu avec leurs électeurs, de brûler leurs pancartes électorales bleues et orange, de renier sur la place publique tous les engagements pris durant la campagne, de cracher à la figure des dizaines de milliers de personnes qui ont coché leur nom sur le bulletin de vote. Ce serait tout au moins indécent. On ne le leur aurait pas pardonné.

Alors pourquoi cela devrait-il être plus acceptable si le geste est posé quelques mois ou près d'un an après l'élection générale? On peut imaginer des circonstances exceptionnelles pouvant provoquer des scissions ou des schismes au sein d'une formation politique, mais rien de tel ne s'est produit depuis la fin d'avril 2025. L'effet Trump avait déjà fait son oeuvre, et rien n'a fondamentalement changé à cet égard depuis l'an dernier. Alors quel motif peut-on invoquer moins d'un an après ce scrutin pour rebrasser le décor aux Communes? Aucun!

On peut comprendre les trois conservateurs d'avoir entendu l'appel du premier ministre Carney, qui avait un peu surpris la galerie en s'appropriant une bonne partie du programme électoral du parti de Pierre Poilievre. Le rapprochement idéologique favorisait leur geste de trahison envers leur parti et leurs électeurs. Dégueulasse, mais compréhensible. La désertion de la néo-démocrate s'explique plus difficilement. Elle-même n'a pas élaboré. Toute sympathie que le NPD avait pour la bande à Trudeau aurait dû s'évaporer avec le net virage à droite de Mark Carney. 

Somme toute, la seule explication qui tient, c'est l'attrait du pouvoir. L'attrait d'une majorité pour les libéraux, ainsi à l'abri des compromis et des votes de censure aux Communes. L'attrait des avantages que procure un siège gouvernemental pour les traîtres. Qu'il s'agisse de l'un ou de l'autre, ou d'une combinaison des deux avec quelques épices, le résultat est d'une totale immoralité. Dix mois et demie après le vote de millions d'électeurs québécois et canadiens, le parti minoritaire au pouvoir, conspirant avec quatre vire-capot, a renversé le verdict électoral. J'appelle ça un coup d'État.

Le chef intérimaire du Nouveau Parti démocratique, Don Davies, a bien résumé la situation: «Je deviens de plus en plus préoccupé par la manière dont M. Carney tente de se construire une majorité. La question de savoir s’il y a un gouvernement majoritaire ou non est une décision des Canadiens aux urnes, et non le résultat de tractations en coulisses ou de décisions prises à huis clos à Ottawa».

Si les élections démocratiques doivent avoir un sens, un verdict clair de l'électorat doit être sans appel. Quelque part, les élus doivent se pencher sur une série de règles, ou même une loi, qui déterminerait la légalité ou l'illégalité d'un changement de parti en cours de mandat. Si les députés élus ont carte blanche pour envoyer paître leurs électeurs, c'est l'exercice du droit de vote lui-même qui se trouve miné. 

Le plus simple, et le plus équitable, serait de décréter que tout député qui renie son allégeance partisane doit se présenter de nouveau devant l'électorat, seul maître du jeu. Sinon, toute manière de corruption pour acquérir plus de pouvoir est permise. Dans la pire des situations, on se retrouve devant un coup d'État. Comme aujourd'hui.

mercredi 11 mars 2026

Dieppe se défend... Gatineau s'écrase...

11 mars 2026...
capture d'écran du site Web de Radio-Canada

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Je me permets de commencer ce billet de blogue en citant le premier paragraphe d'un texte de Radio-Canada sur le conseil municipal de la ville de Dieppe, au Nouveau-Brunswick:

«Une stratégie a été adoptée à l'unanimité, lundi au conseil municipal de Dieppe, afin de favoriser un environnement propice à la vitalité du français dans la communauté. Cette stratégie survient en réponse au fait que le nombre de résidents dont le français est la langue maternelle est en diminution, selon les données de Statistique Canada.» Pour lire le texte entier, suivez le lien en bas de page.

L'article du journaliste Batatundé Lawani propose, pour illustrer le déclin du français dans cette ville à majorité acadienne, le tableau suivant:
capture d'écran de Radio-Canada

Pourquoi m'intéresser à la situation de Dieppe, ville située dans la banlieue est de Moncton? Bien sûr, ceux qui me connaissent savent que depuis plus d'un demi-siècle je suis de près l'évolution de la langue française au Québec et au Canada, depuis le recensement de 1961. Dans ce cas-ci, cependant, ce ne sont pas les statistiques - que je connaissais déjà - qui m'ont fait sursauter. C'est qu'un conseil municipal en fasse une de ses préoccupations prioritaires.

Peu importe le choix des chiffres - j'aurais préféré les données sur la langue la plus souvent parlée à la maison - nous voici devant des élus municipaux qui prennent acte de l'érosion du français et qui osent en parler publiquement, au point de s'entendre unanimement sur une stratégie pour contrer cette érosion. On a même dressé un plan d'action! 

À ceux qui pourraient trouver normale une telle prise de conscience, je répondrai que ma propre ville - Gatineau, au Québec - fait face à des situations qui ne sont pas sans rappeler le vécu des résidents de Dieppe: l'arrivée de milliers de gens de l'extérieur (d'Ottawa notamment), souvent unilingues anglais. Cela s'accompagne d'une difficulté croissante de se faire servir partout en français, même au pays de la Loi 101. L'anglicisation de Gatineau se voit à vue d'oeil. On n'a qu'à consulter le tableau ci-dessous, que j'ai confectionné avec les mêmes données que celles utilisées par Dieppe. Sauf que la comparaison est ici entre 2006 et 2021. En 2001, la fusion qui a donné naissance au grand Gatineau n'avait pas encore eu lieu.

La différence, ici à Gatineau, c'est que le sujet du déclin du français est tabou. On ne soulève au grand jamais cette question au conseil municipal, où tous et toutes - depuis toujours - se comportent comme si tout allait bien et continuent d'approuver des tours résidentielles qui feront bientôt du centre-ville un secteur où les francophones seront minoritaires. Une extension d'Ottawa, quoi. À Dieppe, les défenseurs du français hissent bien haut le drapeau acadien. Ici, en Outaouais, défendre la langue française et le fleurdelisé vous attirera le plus souvent des invectives. On vous traitera de xénophobe, de malcommode, ou pire, de séparatiste.

Pendant ce temps, comme à Dieppe, la proportion de résidents ayant le français comme langue maternelle culbute à Gatineau: de 80% à 71% en quinze ans à peine. C'est dramatique. La proportion de personnes qui disent avoir le français et l'anglais comme langues maternelles a triplé. Et la proportion d'unilingues anglophones est en hausse constante. En 2006, 5,9% de la population ne connaissait pas le français. Quinze ans plus tard, dans une ville française en vertu de la Loi 101, plus de 9% des résidents ne peuvent se débrouiller en français... Faudrait que les élus de Dieppe viennent expliquer aux membres du conseil municipal de Gatineau, avec force tableaux, ce qu'est une colonne vertébrale. 


Les Acadiens de Dieppe n'auront pas la tâche facile. Au moins auront-ils la satisfaction d'avoir pris conscience du problème et d'avoir tenté de le résoudre. Ici, au royaume du vivre à genoux, le troupeau marche droit vers le précipice, les yeux fermés.

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mardi 10 mars 2026

La soi-disant liberté religieuse...

10 mars 2026...



Je passais en revue cet après-midi la liste abracadabrante d'individus, d'organisations et de gouvernements qui s'apprêtent à fondre sur la Loi 21 (laïcité) devant la Cour suprême du Canada à compter du 23 mars. De l'Organisation mondiale sikhe du Canada aux Avocats plaidants de la Colombie-Britannique, du Conseil national des musulmans canadiens à la Conférence des évêques catholiques du Canada, de la Commission scolaire English-Montréal au Procureur général de l'Ontario, le martyrologue remplira facilement les quatre jours d'audience diffusés en direct sur les ondes, à travers le pays.

La question de la laïcité au Québec, et ailleurs au Canada dans la mesure où on en parle, est le plus souvent centrée sur les différents voiles imposés par les islamistes aux femmes musulmanes. Il en résulte un débat où se superposent les enjeux d'égalité hommes-femmes et de liberté de religion. Mais l'interdiction de signes religieux au travail pour les employés de l'État peut intéresser tout autant les chrétiens, les Juifs et d'autres confessions, y compris les Sikhs qui portent un turban. Ces derniers ont bénéficié d'accommodements par le passé, au sein des corps policiers par exemple.

Les Sikhs constituent un cas intéressant parce qu'il n'engage pas l'égalité hommes-femmes. Seuls les hommes sikhs sont coiffés d'un turban à partir de l'adolescence et à l'âge adulte. Il s'agit ici de liberté de religion, rien d'autre. Curieux de connaître leur argumentaire religieux contre la Loi 21, je suis allé consulter le mémoire que l'organisation représentant les Sikhs du Canada avait présenté à l'Assemblée nationale du Québec en 2019, en supposant qu'on y trouve le coeur de la défense qu'on invoquera devant les juges suprêmes.

Le mémoire est instructif pour qui connaît peu les Sikhs. Je cite: «Le turban n'est pas un symbole religieux, mais un article de foi. Alors que les articles comme un crucifix ou d'autres bijoux sont facultatifs, le turban est obligatoire et ne peut être enlevé. Les symboles sont simplement des représentations de l'objet réel. Le turban a une signification religieuse, mais il est bien plus qu'un symbole. L'identité des sikhs se reflète dans le port du turban.» Obliger un sikh à retirer son turban équivaudrait à lui demander «de faire une chose totalement contraire à ses croyances». 

Et d'ajouter le texte: «Tout comme un individu serait extrêmement embarrassé d'avoir à se présenter déshabillé, un sikh sentirait le même niveau d'humiliation en étant obligé de retirer son turban. Des organisations partout au Canada, telles que les forces policières et l'Agence des services frontaliers du Canada, maintiennent qu'enlever le turban équivaut à une fouille corporelle nue.»

Cet argument peut paraître convaincant à première vue, mais il est troué de bord en bord. Personne n'obligera un sikh employé par l'État avant l'adoption de la Loi 21 d'enlever son turban à cause de la clause grand-père. Pour le présent et l'avenir, par contre, la loi est claire quant à l'interdiction des signes religieux. Un sikh pratiquant, comme tout citoyen d'une autre confession, devra faire le choix de respecter la laïcité de l'État ou de chercher du travail ailleurs s'il veut garder un turban, une kippa ou un crucifix.

Oui, rétorquera-t-on dans les hautes sphères sikhes, mais le turban n'est pas un symbole religieux, c'est un article de foi. Impossible de demeurer sikh si on l'enlève. Cela donne l'impression d'une vieille garde en déclin tentant de conserver son emprise sur le troupeau, étant donné qu'au sein même du territoire le plus sacré des Sikhs, le Penjab en Inde, les jeunes sikhs délaissent de plus en plus le turban, qu'ils jugent inconfortable, et se coupent les cheveux, privilégiant la mode à la tradition. Dans les collectivités sikhes occidentales, en France comme en Amérique, le même phénomène se constate. Si on ne réussit plus à imposer le turban au sein des communautés sikhes, comment peut-on prétendre l'imposer dans les milieux de travail d'un État laïc?

Clairement, dans la vie de tous les jours, le port du turban est devenu facultatif pour un grand nombre de sikhs. Peut-être la majorité en ce début du 21e siècle. «Le projet de loi 21 contrevient aux valeurs de liberté religieuse et de respect mutuel au Québec», conclut l'organisation sikhe. Si encore les dirigeants de cette organisation respectaient la liberté de ceux qui refusent le turban au sein de leur propre collectivité, l'argument porterait davantage. L'État laïc a parfaitement le droit se ne pas se laisser imposer, dans ses lieux de travail, les signes d'une religion intolérante envers ses propres libre-penseurs.

Le mémoire laisse entendre que la laïcité a quelque chose à voir avec le fait que «certains Québécois (les francos de souche, j'imagine) sont mal à l'aise avec des personnes portant le turban, la kippa ou le hijab». Personnellement, j'ai plutôt l'impression que ce sont bien plus souvent des personnes portant turban ou hijab qui sont «mal à l'aise» (ou bien pire) avec les Québécois francophones de souche. Pourquoi devrait-on se sentir coupables de xénophobie ou de racisme quand on se dit «chez nous» et qu'on demande aux immigrants de se conformer, au moins au sein de l'État, à «nos» valeurs de laïcité qui sont aussi des valeurs universelles s'appliquant à tous sans discrimination?

J'ai grandi en Ontario au sein d'une société d'anglos intolérants, voire racistes, à l'endroit des Franco-Ontariens, traînant avec eux des siècles de soi-disant supériorité. Les nouveaux arrivants de différentes cultures et ethnies qui se sont anglicisés ont intégré les préjugés historiques de la majorité anglo-canadienne à notre endroit. Voilà ce que je ressens quand on vient nous sermonner ces jours-ci sur la liberté religieuse et le respect mutuel. Pour nous qui avons vécu jadis sous l'emprise de l'Église romaine, le choix est facile entre la laïcité de l'État et la soi-disant liberté religieuse (qui ne l'est pas). Nous n'avons pas à rougir de nos choix de civilisation.

lundi 9 mars 2026

Le NPD, le Québec et le Canada anglais...

9 mars 2026...



Quelque 100 000 membres du Nouveau parti démocratique (NPD) ont commencé aujourd'hui à voter en ligne, à travers le Canada, pour élire le remplaçant de Jagmeet Singh, défait dans sa propre circonscription aux élections d'avril 2025. Les résultats ont été catastrophiques pour le NPD, qui a vu ses appuis chuter à 17,8% en 2021 à 6,3% et le nombre de ses députés aux Communes s'effondrer, passant de 25 à sept.

J'entends déjà les bâillements... Au Québec, à l'exception de la vague orange signée Jack Layton, le NPD a toujours été vu comme un corps étranger, un pur produit du Canada anglais associé à l'Ouest du pays et à l'Ontario, traduit en français pour la forme aux élections générales parce que la fédération est officiellement bilingual

Par le passé, les néo-démocrates ont même eu de la difficulté à trouver des candidats pour l'ensemble des circonscriptions québécoises. On lançait dans la mêlée des «poteaux» pour la forme. C'est ainsi qu'en 2011, avant que Jack ne participe à l'émission Tout le monde en parle et que tout chamboule, le parti avait présenté l'Ottavienne anglophone Ruth Ellen Brosseau dans Berthier-Maskinongé. Cette dernière avait été élue avec la vague sans même avoir fait campagne...

Pendant les quatre années suivant l'élection de 2011, la majorité des députés néo-démocrates aux Communes étaient québécois (59 sur 103) mais le parti ne s'est pas québécisé pour autant. L'effet Jack s'est vite dissipé. Le seul survivant, Alexandre Boulerice, doit bien s'ennuyer ces jours-ci, le Québec ayant retrouvé son statut marginal au sein du NPD. Le député de Rosemont-La petite patrie songe d'ailleurs à sauter la clôture pour se présenter aux élections québécoises d'octobre 2026 sour la bannière de Québec Solidaire.

Dans son édition papier d'aujourd'hui, Le Devoir a publié des interviews avec les deux favoris à la succession de Jagmeet Singh et il est apparent que ni un ni l'autre ne comprend le Québec (en plus de ne pas comprendre le français). Aucun des cinq candidats à la direction du parti ne maîtrise la langue française. Je me demande si l'un d'entre eux s'est donné la peine de lire la Déclaration de Sherbrooke, adoptée par leur parti en 2005. À les entendre, j'en doute, alors je me permets de la citer en espérant qu'ils finissent par y jeter un coup d'oeil:

«La construction de l'État moderne et d'un projet de société pour les Québécoises et Québécois s'est fait principalement autour de l'État québécois. (…) Cette vision contraste évidemment avec celle portée par une majorité des gens des autres provinces, qui voient le gouvernement fédéral comme étant leur gouvernement "national", avec un rôle secondaire aux provinces.»

Le NPD avait ainsi adopté une vision asymétrique du fédéralisme canadien. La centralisation à outrance, mode néo-démocrate, mais s'appliquant seulement aux neuf provinces à majorité anglophone. Le gouvernement d'Ottawa serait devenu sous ce régime le gouvernement «national» du Canada anglais, tandis que Québec conserverait ou raffermirait ses compétences, étant reconnu comme gouvernement «national» des Québécois. Un peu comme le principe de la souveraineté-association, sans la souveraineté... 

Les candidats actuels à la direction du NPD, comme Jagmeet Singh avant eux, proposent une centralisation mur à mur, y compris au Québec. Au diable les compétences, au diable la constitution. Ottawa continuera de s'engager à plein en santé, dans les garderies, de laisser sa lourde empreinte sur les priorités provinciales (donc du Québec) en tirant ses énormes ficelles budgétaires. Sans compter la volonté néo-démocrate d'imposer un multiculturalisme débridé faisant fi des valeurs québécoises. Voilà une recette sûre pour perdre la seule circonscription québécoise restée fidèle aux néo-démocrates.

Si le parti mis au monde par Tommy Douglas doit avoir un avenir au Canada anglais (oubliez le Québec), il devra attaquer de front les libéraux et les conservateurs sur le plan idéologique. Proposer une idéologie progressiste, voire socialiste. S'imposer comme défenseur du «monde ordinaire» contre les partis de Carney et Poilievre, asservis au grand capital. Incarner et sauver l'âme du Canada anglais (si telle chose existe) sans l'imposer aux Québécois. Laisser le Québec au Bloc, un parti tout aussi progressiste (même plus), et collaborer avec les indépendantistes aux Communes dans un esprit d'asymétrie fidèle à leur propre Déclaration de Sherbrooke.

À force de lutter contre toutes velléités autonomistes ou souverainistes du Québec français, le Canada anglais a perdu des pans entiers de sa conscience historique. Il s'est américanisé au point d'avoir peine à se distinguer culturellement des voisins du Sud. Il y reste cependant un profond sentiment anti-états-unien (ravivé par Trump) et un profond attachement à l'idée que les Anglo-Canadiens se font du pays. Si le NPD doit faire oeuvre utile et espérer un jour déloger du pouvoir les serviteurs du capitalisme nord-américain, il doit retrouver ses racines qui sont dans les Prairies, qui se sont étendues sur la côte ouest et dans les milieux ouvriers de l'Ontario. Pas au Québec.

Pour pouvoir offrir au Canada anglais une ultime chance de se ressourcer et reprendre son élan, le Nouveau parti démocratique devra une fois pour toutes l'incarner, et accepter du même coup que ce Canada anglais, avec ses valeurs, ne pourra pas englober un Québec de plus en plus différent, autonome, et peut-être un un jour souverain s'il choisit cette voie. Les candidats actuels à la direction du NPD ne comprennent pas ou peu le français. Mais leur plus grave lacune, c'est qu'ils ne comprennent pas suffisamment leur propre «nation» anglo-canadienne. Enfin, c'est ma perception...