5 mars 2026...
J'ai un défaut, ou une qualité. C'est selon. Je lis les textes médiatiques comme un journaliste. Ou plutôt comme le chef des nouvelles que je fus jadis. C'est instinctif. J'analyse la structure de l'article, la qualité du français, son intégrité factuelle. Ma perception globale d'un sujet bien (ou mal) couvert déterminera mon appréciation.
Parfois, comme cela m'est arrivé hier, 4 mars 2026, je lis un reportage et à la fin, je recommence, cherchant un élément important qui m'a échappé. Et qui m'échappera encore parce qu'il ne s'y trouve pas. Dans l'édition papier du Devoir de ce matin, la manchette à la une se titrait: Vaudreuil-Soulanges veut un statut spécial en immigration (voir lien en bas de page).
Globalement, le journaliste explique que la MRC de Vaudreuil-Soulanges, située entre l'île de Montréal et la frontière ontarienne, voudrait devenir la première zone québécoise d'exception territoriale en matière d'immigration. Pour y arriver, il faudrait négocier une entente avec le gouvernement fédéral. La région veut ainsi assurer une main-d'oeuvre pour les 3500 emplois qui seront bientôt créés avec la construction d'un nouvel hôpital d'ici 2028. Ce besoin serait exacerbé par le maraudage de l'Ontario, tout près, où les immigrants peuvent obtenir leur résidence permanente plus rapidement.
Compte tenu des résultats des études du Commissaire québécois à la langue française, Benoît Dubreuil, qui révélaient en 2024 un recul «préoccupant» du français comme langue de travail et de culture, notamment dans la région de Vaudreuil-Soulanges (la pire au Québec), je m'attendais à ce que le texte du Devoir aborde cette dimension du problème, vu la forte attraction de l'anglais pour une grande partie de la population immigrante. À Vaudreuil-Soulanges, la proportion de francophones est passée de 76% à 60% depuis les années 1970 et cette baisse s'accélère.
Au dernier recensement, celui de 2021, non seulement les nouveaux arrivants s'anglicisent-ils en masse dans Vaudreuil-Soulanges, mais les transferts linguistiques vers l'anglais se produisent même au sein de la majorité déclinante de francophones. La région compte environ 25% d'habitants de langue maternelle anglaise, mais près du tiers de la population utilise surtout l'anglais à la maison. Ce gonflement des chiffres de l'anglais provient principalement des plus de 20 000 allophones issus de l'immigration, qui basculent vers la langue dominante de l'Amérique.
L'absence de toute référence à la problématique linguistique dans ce reportage m'a surpris. On y évoque une zone d'exception territoriale «où les programmes d'immigration seraient adaptés aux réalités locales» et aux «réalités du milieu». La langue de travail ne fait-elle pas partie de ces réalités locales et de ces réalités du milieu? Le fort taux de bilinguisme français-anglais de la région (65%), un des plus élevés du Québec, avoisinant celui de Gatineau, constitue un incitatif pour bien des résidents - y compris des immigrants - à traverser la frontière ontarienne, à moins d'une heure de route.
Et il y a cette obligation de négocier une entente spéciale avec le fédéral, ce que Québec n'a jamais fait pour ce type de programme d'immigration. Le Canada contribue rarement à promouvoir le français au Québec. Ses millions sont dépensés le plus souvent pour la protection de la soi-disant minorité anglophone. Le glaçage sur le gâteau? À la fin du texte du Devoir apparaît cette mention irritante exigée par Ottawa dans le cadre de l'Initiative de journalisme local:
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Lien au texte du Devoir - https://www.ledevoir.com/economie/960846/vaudreuil-soulanges-veut-obtenir-statut-special-afin-satisfaire-besoins-main-oeuvre


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