lundi 11 mai 2026

C'est-y assez «clair»?

11 mai 2026...



Mark Carney s'adressait aux cowboys «séparatistes» de l'Ouest, mais son message visait tout autant les Québécois quand il a affirmé, la semaine dernière, que les règles établies par la Loi fédérale de clarification (clarté référendaire) devront être suivies à la lettre si un référendum sur la sécession de l'Alberta finit par avoir lieu.

Le premier ministre canadien sait que le mouvement indépendantiste albertain ne constitue pas une menace sérieuse à l'unité du pays. Le mécontentement là-bas est réel mais ne repose aucunement sur l'affirmation d'une identité «nationale» de l'Alberta. La rancune est idéologique, en provenance de la droite du spectre politique. Cette poussée autonomiste ne sera jamais majoritaire.

La situation du Québec est toute autre. Au dernier référendum, une forte majorité de francophones a voté oui et n'eut été des anglos et anglicisés, l'indépendance de la nation québécoise serait chose faite depuis 30 ans. Ottawa a eu la frousse en 1995 et pris depuis ce temps les moyens jugés nécessaires pour empêcher cette récidive que la Constitution des longs couteaux de 1982 n'avait pas réussi à éviter.

Le gouvernement Chrétien a soumis la dynamique d'une sécession possible du Québec à sa Cour suprême, s'attendant à renforcer ses armes politiques et constitutionnelles. Mais ses propres chiens de garde judiciaires lui ont mordu la main avec une conclusion tout à fait inattendue dans leur Renvoi sur la sécession de 1998: «Le rejet clairement exprimé par le peuple du Québec de l'ordre constitutionnel existant conférerait clairement légitimité aux revendications sécessionnistes», obligeant Ottawa à «respecter cette expression de la volonté démocratique en engageant des négociations».

Après leur indigestion, Jean Chrétien et son ministre des Affaires intergouvernementales Stéphane Dion ont régurgité en l'an 2000 une réplique effrontée: une loi donnant au fédéral le droit exclusif de juger de la «clarté» de toute nouvelle question référendaire québécoise, et aussi, le droit de définir ce qui constitue une majorité suffisamment «claire» pour reconnaître une victoire sécessionniste. Une loi cadenas!

L'Assemblée nationale du Québec, sous Lucien Bouchard, a répondu du tac au tac, la même année, avec la bouche de ses canons. La Loi 99 disait clairement à Ottawa de se mêler de ses affaires:


À cette déclaration de principe s'ajoutait une disposition décrétant que la majorité «claire» à un référendum serait de 50% + 1. Cette loi, déclarée valide par les tribunaux, a pour effet d'invalider la loi Chrétien-Dion, du moins en ce qui concerne le Québec. Si l'Alberta ne s'est pas donné sa propre Loi 99, cependant, un bras de fer est à prévoir entre les séparatistes western et les fédéraux d'Ottawa sur le libellé de leur question référendaire et sur la définition d'une majorité acceptable. Ça va être rigolo.

Sauf que Mark Carney, lui, est tout sauf rigolo... Il ne plaisante pas quand vient le temps de bâtir UNE économie canadienne, UNE identité canadienne, UN Canada fort. Et il a désormais sa majorité aux Communes. Il piétinera allègrement les compétences provinciales, y compris celles du Québec, pour réaliser ses grands projets politiques, économiques et identitaires. Avec sa Constitution des longs couteaux, ses tribunaux, sa majorité anglo-dominante multiculturelle, rien ne sera laissé au hasard ou à la chance.

Le premier ministre vient d'indiquer à l'Alberta que ses lois provinciales en matière de référendums sont en tutelle. Sans l'approbation de la Chambre des communes, les résultats - peu importe - seront considérés comme nuls. Il doit savoir qu'Edmonton va éventuellement plier devant le rouleau compresseur fédéral. Mais ce qu'il veut surtout, c'est mettre le Québec à genoux. Sa déclaration, rapportée par le Globe and Mail, ne visait pas seulement l'Alberta:


Mark Carney vient de dénoncer très clairement la Loi 99, ce qui fera sans doute plaisir à tous les collabos centralisateurs du Québec, qu'ils siègent aux Communes ou à l'Assemblée nationale. Pour le moment, toute cette bande ne s'énerve pas trop. Les sondages leur sont favorables depuis des années. Et le Parti québécois n'a pas encore gagné l'élection d'octobre prochain. Mais au sein de chaque Québécois de langue française sommeille un souverainiste. Les braises sont plus chaudes que l'on pense et il suffirait d'une étincelle pour rallumer la flamme du Oui.

Qu'attendent les défenseurs du Québec pour envoyer promener Mark Carney? Le silence des milieux officiels à Québec inquiète... Qu'on rappelle aux fédéraux qu'Ottawa a participé aux référendums de 1980 et de 1995 dans le camp du Non. Participer, c'était déjà reconnaître la légitimité du processus, de la majorité à 50% + 1 et du droit du Québec à s'autodéterminer sans ingérence de la majorité anglo-canadienne et de son gouvernement à Ottawa.

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