19 février 2026...
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Un député, qu'il siège à Ottawa ou à Québec, a-t-il (ou elle) le droit de virer capot en plein mandat et de siéger, pour quelque raison que ce soit, sous la bannière d'un autre parti jusqu'à l'élection suivante?
La réponse légale est de toute évidente «oui», puisque cela s'est produit à plusieurs occasions, mais sur le plan de l'éthique cela passe comme une arête dans la gorge. Surtout quand un gouvernement minoritaire utilise on ne sait trop quels stratagèmes pour siphonner des députés de l'opposition et atteindre la majorité échappée à l'élection.
Mercredi (18 février 2026), un troisième député conservateur, Matt Jeneroux, élu en avril 2025 dans la circonscription d'Edmonton-Riverbend, en Alberta, a faussé compagnie à Pierre Poilievre - et à ses électeurs - pour aller coucher dans le lit de Mark Carney. Avant lui, Chris d'Entremont (député d'Acadie-Annapolis en Nouvelle-Écosse) et Michael Ma (député de Markham-Unionville en Ontario) avaient mis à la poubelle l'étendard du Parti conservateur qu'ils portaient lors du scrutin de l'an dernier.
Peut-être peut-on envisager des circonstances exceptionnelles qui forcent un député, en toute conscience, de remettre en question son allégeance politique. Oui, sans doute, mais alors l'élu(e) n'a-t-il pas l'obligation morale de se représenter devant les électeurs de sa circonscription? Ces derniers ne sont-ils pas les maîtres absolus du verdict électoral? Dans la circonscription d'Edmonton-Riverbend, plus de 30 000 électeurs ont coché la case du candidat conservateur victorieux. De quel droit M. Jeneroux peut-il renverser leur décision?
Ce député avait annoncé sa démission à l'automne mais devait siéger comme conservateur jusqu'au printemps. Or, voilà qu'il change de veste sans préavis après avoir été absent des Communes pendant des mois, ayant déjà trahi ses commettants qui n'avaient ainsi plus de voix au Parlement canadien. Le discours de M. Carney à Davos aura, dit-il, été l'élément déterminant qui l'a fait changer de camp. Cette justification est tellement lamentable qu'à sa place, j'aurais été gêné.
En décembre, le conservateur Michael Ma a fait encore pire que son ex-collègue de l'Alberta. Il disait avoir traversé la Chambre «après avoir écouté attentivement les résidents de Markham-Unionville et réfléchi avec sa famille». C'est proprement scandaleux. Les résidents de sa circonscription s'étaient prononcés officiellement à peine huit mois plus tôt. Leur verdict est le seul qui compte. Aller prétendre qu'ils ont changé d'idée en écoutant ses proches et un échantillon restreint d'électeurs de toutes appartenances constitue une trahison du mandat obtenu.
En tout, dans les trois circonscriptions conservatrices qui se retrouvent maintenant sous la bannière du Parti libéral, plus de 80 000 personnes ont élu des députés qui désormais les envoient paître, et ce, moins d'une année après leur élection, sans que l'on puisse trouver quelque cataclysme susceptible de justifier ce passage aux rouges. Quel genre de tractations peut-il y avoir eu entre M. Carney et le trio Jeneroux-d'Entremont-Ma? On ne le saura jamais. Mais j'ai peine à croire qu'une voix mystérieuse de l'au-delà les aient convaincus que le ciel n'était plus bleu et que, frais de leur chemin de Damas, ils soient arrivés rameau d'olivier en main au bureau du premier ministre quasi-majoritaire...
Si j'étais M. Carney, je me méfierais de ce trio aux allégeantes vacillantes. S'ils peuvent aussi facilement renier leur parti moins d'un an après leur élection, quelque soit leur motif, ils pourront de nouveau changer de casquette si leurs anciens adversaires devenus collègues ne répondent pas suffisamment à leurs espoirs.
Le 28 avril 2025, l'électorat pan-canadien a expédié à Ottawa un gouvernement minoritaire. Voilà. Le verdict était rendu. Mark Carney n'avait qu'à vivre avec. Mais non, au diable la démocratie, on va à la pêche chez les élus des autres partis. De quel droit le parti vainqueur peut-il tenter de renverser ainsi les résultats d'un scrutin général? Ou pire, si le résultat avait été très serré, de quel droit un parti d'opposition pourrait-il faire de même pour essayer de se hisser en tête aux Communes et ainsi renverser le gouvernement élu?
Comme dirait Shakespeare dans la langue de Molière, il y a quelque chose de pourri dans le royaume du Canada...






