mercredi 25 mars 2026

Vous êtes pas tannés de chialer???

25 mars 2026...



Vous êtes pas tannés de chialer, bande de caves? Cette adaptation libre du cri du coeur du poète Claude Péloquin me semblait de mise, ce mercredi 25 mars, après la cacophonie de protestations contre les affronts à la langue française commis par le président d'Air Canada, Michael Rousseau, et le premier ministre du Canada Mark Carney.

Commençons par Michael Rousseau qui, après plus de 300 heures de cours de français, n'a pas réussi à prononcer plus de deux mots dans la langue de Molière - «bonjour» et «merci» - dans son message de condoléances à la famille du pilote québécois Antoine Forest, décédé dans l'accident d'avion survenu à l'aéroport La Guardia de New York.

C'est ce même Michael Rousseau qui, cinq ans plus tôt, avait déclaré qu'il avait pu vivre 14 ans à Montréal sans avoir à apprendre la seule langue officielle du Québec. Air Canada étant soumise à la Loi sur les langues officielles du Canada, le tollé qui a suivi cette déclaration a poussé M. Rousseau à promettre de s'amender. Ce qu'il n'a pas fait.

Et voilà que le même jour, les bulletins de nouvelles révèlent que le premier ministre Carney, souffrant sans doute du «manque de compassion» qu'il reproche à Michael Rousseau, fait rédiger tous ses discours, même ceux en français, par trois rédacteurs anglophones de Toronto. On comprend mieux l'origine de sa réinvention de l'histoire du pays dans son allocution des Plaines d'Abraham. Au bureau du premier ministre, le français demeure une langue de traduction...

Ces deux incidents viennent s'ajouter à une liste interminables d'affronts récents à la langue française et au Québec. La nomination de Mary Simon, aussi incompétente en français que M. Rousseau, au poste de Gouverneure générale et celle de l'unilingue Brenda Murphy au poste lieutenante-gouverneure du Nouveau-Brunswick en 2019 ne sont que la pointe d'un iceberg gargantuesque.

Dans tous ces cas, les médias ont été inondés de déclarations intempestives, provenant principalement de francophones. Après quelques manchettes et débats publics (principalement au sein de la francophonie), le calme revient très vite. Pourquoi? Parce que les Québécois et les Franco-Canadiens, très minoritaires au Canada, peuvent chialer, manifester, porter plainte, quémander, tout sauf décider. Les décisions appartiennent à la majorité anglo-canadienne à Ottawa et dans neuf provinces.

Que peut faire le Québec français pour contraindre Michael Rousseau à apprendre le français? Rien. Ou obliger le président d'air Canada à démissionner, comme le réclame François Legault? Rien. Ou forcer Mark Carney à embaucher un rédacteur francophone? Rien. Ou nommer un gouverneur général capable de parler français? Rien. Ou, Loi 21 oblige, empêcher la Cour suprême du Canada de charcuter des lois québécoises? Rien.

À moins de faire l'indépendance, ce qui ne semble pas imminent, les Québécois doivent accepter leur rôle de chialeurs éternels et abdiquer leur droit de prendre en main leur propre destinée. La majorité québécoise restera pour toujours une minorité au Canada, avec tout ce que cela entraîne: les Michael Rousseau, les Mark Carney, les Mary Simon, la Constitution des longs couteaux, le déclin du français, accéléré hors Québec, s'accélérant au Québec même. Alouette!

Je deviens de moins en moins sensible aux hauts cris qu'on entend à chaque fois que la langue français et/ou le Québec subissent un affront. Ces protestations ne sont guère que l'expression de notre impuissance collective. Verra-r-on le jour où on se tannera de chialer, le jour où on dira «Assez!», le jour où on passera des jérémiades à l'action? Je l'espère. Très bientôt! À quelques mois de mes 80 ans, pour moi, le long terme n'existe plus...  

mardi 24 mars 2026

Cher juge en chef de la Cour suprême du Canada...

24 mars 2026...

La Cour suprême du Canada

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Avoir été l'avocat du gouvernement québécois, ce 24 mars 2026, j'aurais proposé aux juges de la Cour suprême du Canada un préambule, une mise en contexte, plutôt que d'entreprendre immédiatement l'argumentaire sur la constitutionnalité de la Loi 21. Voici, en gros, le message que j'aurais livré:

«M. le juge en chef, Messieurs et Mesdames les juges,

En vertu de la Constitution du Canada, nous sommes tenus de défendre la Loi 21 sur la laïcité de l'État du Québec devant la Cour suprême du Canada, un tribunal dont nous contestons la légitimité quand les droits constitutionnels du Québec sont en cause.

Permettez-nous d'être bien clairs. Nous avons le plus grand respect pour la compétence et l'intégrité des juges ici présents. Ce que nous mettons en doute, c'est la neutralité de l'institution elle-même, de cette Cour, et des textes constitutionnels qu'elle a l'obligation de faire respecter.

Le Québec forme une nation dont l'existence est reconnue par le Parlement canadien. Notre nation a une histoire distincte, sa langue officielle est le français et notre régime juridique est fondé sur le droit civil. Notre société a évolué pendant quatre siècles avec ses valeurs propres. Elle constitue aujourd'hui un peuple moderne et démocratique.

Le Québec forme cependant une nation minoritaire dans le contexte fédéral canadien. Ce statut nous prive du droit de décider dès que l'ensemble du pays est en cause. Advenant un conflit de priorités entre le Canada anglais et le Québec, la démocratie a toujours joué et jouera toujours en faveur de la majorité anglo-canadienne.

Le seul État où une majorité de langue française peut gouverner dans sa langue et selon ses valeurs, c'est le Québec. Au cours du dernier demi-siècle, la nation québécoise a cherché à raffermir le statut du français et la laïcité de ses institutions. Ces valeurs sont partagées par la majorité des Québécois et sont des piliers de notre cohésion nationale.

Le Canada anglais a choisi pour sa part de façonner une Constitution fondée «sur des principes qui reconnaissent la suprématie de Dieu», de continuer d'avoir comme chef d'État un monarque qui soit aussi chef de l'Église anglicane, et d'avoir comme objectif de promouvoir un multiculturalisme à caractère anglo-dominant.

Nous ne contestons pas le droit du Canada anglais de faire de tels choix, nous nous opposons à son droit constitutionnel d'imposer ses choix à la nation québécoise, ce que le gouvernement fédéral et les neuf provinces à majorité anglaise ont décidé de faire durant la nuit des longs couteaux.

Dans la Loi constitutionnelle de 1982 que le Québec n'a jamais entérinée peu importe l'allégeance des gouvernements, ces valeurs sont devenues officielles au Canada et votre Cour, MM. et Mmes les juges, avez comme mandat de les faire respecter.

Pour plusieurs, la nation québécoise, dans son affirmation du français et de la laïcité, a clairement violé certains principes de la Constitution canadienne, et ce, même si les lois mises en cause se situent dans les champs de compétence dévolus au Québec.

Aujourd'hui, sept juges nommés par le gouvernement canadien, qui intervient lui-même contre la Loi 21, vont utiliser des textes constitutionnels imposés au Québec par le Canada anglais pour juger de la légalité des choix de société de la seule majorité francophone dans son propre État, des choix exercés par surcroit dans ses champs de compétence.

Utilisant comme arme la Loi constitutionnelle de 1982, le Canada menace aujourd'hui notre droit démocratique de prendre des décisions nationales sur le seul territoire où ce droit de décider existe toujours: le Québec.

Notre gouvernement a accepté malgré tout de se soumettre au jugement de cette Cour. Si votre décision nous oblige à conclure que les valeurs de la seule majorité francophone au pays sont désormais soumises à la tutelle multiculturelle et religieuse de la Charte de 1982, la nation québécoise devra en tirer les conclusions qui s'imposent.»

Il me semble qu'un tel préambule aurait conféré un peu plus de solennité et de dignité à la présentation du gouvernement du Québec. Enfin, c'est ce que je pense... mais je ne suis pas juriste...

lundi 23 mars 2026

La cause la plus fondamentale de notre génération???

23 mars 2026...

capture d'écran de la Cour suprême du Canada



Le débat sur la laïcité de l'État du Québec s'est transporté lundi matin (23 mars) à Ottawa, rue Wellington, à quelques pas du Parlement, où la Cour suprême du Canada entamait quatre journées complètes d'audiences. La meute d'adversaires parfois virulents de la Loi 21 semblait s'être donné rendez-vous, sans doute heureuse de se retrouver en terrain ami, à quelques pas du Parlement fédéral, du côté ontarien de la rivière des Outaouais.

Le ton était donné avant même le début des audiences par le président du Conseil national des musulmans canadiens, Stephen Brown pour lequel la contestation juridique de la laïcité québécoise est «la cause la plus fondamentale de notre génération». Rien de moins! Écoutez ça: selon lui, si la Cour suprême entérine la décision du Québec d'avoir recours à la clause nonobstant pour mettre en péril les libertés des Québécois, les droits des citoyens des autres provinces en matière de liberté d'expression et de religion pourraient être compromis.

Que cet argument farfelu soit pris ou non au sérieux importe peu. Les ennemis de la Loi 21 savent qu'ils peuvent se permettre de dire à peu près n'importe quoi à Ottawa, où ils sont entourés et appuyés par une armée médiatique. On trouvera ici à tous les coins de rue et dans toutes les salles de rédaction des chroniqueurs ou commentateurs prêts à vomir sur la laïcité québécoise au nom d'une moralité soi-disant supérieure drapée d'une bonne couche de venin. Ici, les bibittes anti-québécoises ont toujours le droit de sortir du placard.

Les porte-parole des Anglo-Québécois, des musulmans, des sikhs, des organisations de libertés civiles, et des autres parties engagées dans la contestation de la Loi savent aussi que la bataille de la Cour suprême déterminera l'issue de la guerre. Il n'y aura pas d'appel ici. Et ils sont parfaitement conscients que le gouvernement de la CAQ, en acceptant de se rendre devant la Cour suprême pour se faire juger en vertu de la Constitution des longs couteaux de 1982 (devant des juges nommés par Ottawa), a aussi accepté de capituler advenant la condamnation de la laïcité et du recours à la clause dérogatoire.

Je n'ai pu écouter les audiences qu'en matinée, mais déjà les coups pleuvaient. La Commission scolaire English-Montréal a de nouveau prétendu que l'interdiction du port de signes religieux dans les écoles et administrations scolaires portaient atteinte aux droits «linguistiques» de la minorité anglo-québécoise, protégés par l'article 23 de la Constitution des longs couteaux. Lier le hijab à la langue anglaise? Faut le faire... Je ne suis pas sûr, cependant, que tous les juges se soient laissés emberlificoter par cette plutôt faible allégation.

Le Conseil national des Musulmans canadiens a pour sa part utilisé un argument que j'ai trouvé fort original... et bizarre. Selon leur procureur, La Loi 21 est motivée par des considérations morales, et seul le gouvernement fédéral serait autorisé à légiférer en matière de moralité. Elle est bien bonne celle-là... Il me semble d'ailleurs qu'un juge ait mentionné en réplique ce qui devrait apparaître évident à tous et toutes: en général les lois, qu'elle soient fédérales ou provinciales, portent toutes en elles des éléments de moralité publique. Et que dire de voir ces protecteurs de la «moralité» défendre le port d'un symbole d'oppression des femmes au nom d'une constitution imposée au Québec après de louches négociations dans une cuisine du Château Laurier à Ottawa?

Un autre opposant à la Loi 21 a dénoncé la laïcité québécoise pour sa soi-disant persécution des minorités. Il a notamment affirmé, sans sourciller, que la protection des minorités avait été un élément fondamental de l'Acte de l'Amérique du Nord de 1867. Il n'a évidemment lu aucun livre sur l'histoire du Canada. Parlez-en à TOUTES les minorités francophones hors Québec, persécutées dès le lendemain de 1867, et jamais protégées par Ottawa. Celle-là, je l'ai trouvé grossière.

Et que penser de l'avocat de la Fédération autonome de l'enseignement (FAE) du Québec, qui a dit, dans son plaidoyer contre la Loi 21 en Cour suprême, qu'il fallait revenir à l'essence du Canada, «une démocratie saine et riche»... Un grand nombre des membres de cette centrale syndicale se seraient étouffés. On se souvient à quel point la démocratie canadienne était «saine et riche» en octobre 1970 quand on a emprisonné près de 500 innocents (dont plusieurs syndicalistes), quand on nous a bourrés de faussetés en 1980, quand on nous a plantés dans le dos la Constitution des longs couteaux en 1982, quand on a érigé la tricherie en système pour gagner en 1995...

L'impression laissée après avoir écouté les audiences du lundi matin en Cour suprême, c'est le degré d'ignorance de l'histoire de ce pays, du sort réservé depuis le 19e siècle à la langue et à la culture française, d'une domination anglo-canadienne trop souvent haineuse, de l'évolution fulgurante de la société québécoise et canadienne-française, de son passage de l'ultra-catholicisme à la laïcité, de l'utilisation de l'État québécois comme seul véhicule du nationalisme progressiste et respectueux de l'unique majorité de langue française. Les opposants à la Loi 21 arrivent le plus souvent avec leurs gros sabots pour faire avaler à notre tribu arriérée que la véritable civilisation passe par le multiculturalisme de leur Constitution des longs couteaux.

Tous les Québécois auraient avantage à suivre ces audiences sur le site Web de la Cour suprême. Ils passeraient quelques jours fort instructifs devant leur petit écran à écouter les jérémiades des ennemis de la laïcité québécoise. Et j'ai confiance que la plupart d'entre eux finiraient par en tirer les conclusions qui s'imposent...

dimanche 22 mars 2026

Les voix et les pieds des Charbonniers de l'enfer...

22 mars 2026...

Les Charbonniers de l'enfer


Jusqu'au jeudi 19 mars 2026, ma connaissance des Charbonniers de l'enfer se limitait à leur courte prestation au spectacle de clôture de la tournée Break syndical des Cowboys fringants, au Centre Bell. Je n'y étais pas mais j'ai écouté à plusieurs reprises avec un de mes petits-fils, Cédric, le DVD de cette soirée mémorable du 30 décembre 2003...

Ce que je savais cependant, c'est que ce groupe de musique traditionnelle issu des années 1990 chante sans instruments. À capella, le rythme non vocal étant assuré par les deux podorythmistes (tapeux de pieds) des Charbonniers, Michel Bordeleau et André Marchand. Étant depuis toujours amateur de violons, guitares et claviers, je craignais que cette absence d'accompagnements instrumentaux ne laisse un certain vide sur scène.

Il n'a fallu qu'une ou deux chansons pour me convaincre que la podorythmie (tapage de pieds) amplifiée par des planches et des micros pouvait propulser les harmonies vocales des quatre Charbonniers et soulever l'enthousiasme d'une salle bondée où les amateurs de tous âges avaient peine à rester assis. Tout au long de la prestation, j'avais les yeux rivés sur le tape-tape magique des pieds, devenu à lui seul un redouble instrument de percussion.

Assis sur mon siège à la salle Jean-Després de la Maison du Citoyen de Gatineau, j'essayais désespérément de copier le mouvement et le son des pieds pendant les chansons. Sans succès. Les genoux des «tapeux de pied» semblaient monter et descendre au même rythme, mais le pied droit et le pied gauche touchaient différemment la planche, l'un frappant deux fois, l'autre une (à ce qu'il me semble)... et ce, pendant toute la durée du spectacle, sans apparemment se fatiguer. Cela m'épuisait rien que de les regarder...

Après une centaine de minutes époustouflantes, j'étais à la fois enchanté par la puissance des voix des Charbonniers de l'enfer, et un peu découragé de ne pas avoir pu maîtriser, même quelques secondes, la podorythmie. Me disant que ce devait être un don inné, réservé à un groupe sélect de talents musicaux, j'ai quand même plongé dans l'Internet à mon retour pour voir s'il était possible de guérir ma médiocrité rythmique. Et voilà, tout n'est pas perdu. Il existe maintenant des cours et des ateliers, suivis par des centaines de personnes,  ainsi que des tutoriels vidéos pour encourager l'apprentissage et la transmission de ce «tapage de pieds» québécois aux générations futures.

Voici, pour ceux que cela intéresse, un lien à une vidéo de Philippe Jetté destinée à vous apprendre à taper du pied : https://www.youtube.com/watch?v=7NQx2LNZ76Q&t=116s

Croyez-le ou non, après une dizaine de minutes à suivre les instructions du tutoriel, il m'arrive de temps en temps de réussir la podorythmie. Alleluia! Trêve d'exercice, il est également intéressant de s'informer de l'origine de ce tapage de pieds inventé au Québec. La technique remonte certainement à quelques centaines d'années mais on ne l'a pas documentée avant le début du 20e siècle. Certains croient que d'anciens violonneux ont commencé à taper du pied pour permettre aux danseurs de mieux discerner le rythme. D'autres avancent que les Québécois ont commencé à taper du pied pour accompagner les chansons quand l'Église catholique interdisait la danse. On ne saura jamais avec précision d'où a jailli la première étincelle.

Toujours est-il que jusqu'aux années 1970, il n'existait dans les dictionnaires aucun mot français pour désigner l'art québécois de taper du pied en musique. Le conteur et harmoniciste Alain Lamontagne a alors inventé le néologisme «podorythmie» à partir du mot grec podo (pied) et de rythme. Le terme est aujourd'hui accepté partout.

Selon le Répertoire du patrimoine culturel du Québec, «la podorythmie demande quelques qualités physiques. Le corps entier est sollicité, tout particulièrement du dos jusqu'aux pieds. La position du corps et la manière de taper du pied permettent d'éviter les blessures et réduire la fatigue. Il est alors possible de taper du pied durant des heures». Je peux certifier qu'après trois minutes de tapage de pieds en essayant d'imiter l'expert à l'écran, j'ai dû me reposer... Quand je pense que les Charbonniers ont tapé furieusement sur leurs planches pendant plus d'une heure et demie, je me dis que j'ai des croutes à manger...

Je salue avec grande admiration les quatre Charbonniers, Michel Bordeleau, Michel Faubert, André Marchand et Normand Miron, tant pour leur répertoire musical que pour leur podorythmie. Si un jour je réussis à chanter en tapant du pied, et je ferais mieux de me dépêcher à l'âge de 79 ans, ce sera un peu grâce à eux...

samedi 21 mars 2026

Panique au royaume de la peur...

21 mars 2026...

capture d'écran du site Web de Radio-Canada, 20 mars 2026


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«Je réponds aux gens de Gatineau. Ce que j'ai à vous dire, c'est ça qui est ça et c'est dans l'intérêt du Québec et vous êtes Québécois et Québécoises, y'en a parmi vous qui apprendront que votre emploi ne peut pas être continué dans un Québec indépendant et on aura des mesures, dans un environnement quand même où les emplois existent, pour cette transition-là.» (Paul Saint-Pierre Plamondon en entrevue à Radio-Canada, extrait présenté au bulletin de nouvelles et sur Facebook par le chef d'antenne d'Ici Ottawa-Gatineau, Mathieu Nadon)
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Le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon, a affirmé au cours d'un interview à Radio-Canada ce que tout le monde sait depuis les années 1960, depuis que la souveraineté du Québec est devenue une option crédible au sein de la population : dans un Québec indépendant, des milliers d'emplois fédéraux seront intégrés à l'État québécois et il y a 100% de chances qu'un certain nombre de ces emplois situés à Ottawa ou Gatineau déménagent à Québec, Montréal ou ailleurs. Par ailleurs, en cas de dédoublements inutiles, un nombre indéfini d'emplois seront sans doute abolis.; et qu'il y aura des mesures de transition pour les personnes touchées.

TOUT LE MONDE SAVAIT DÉJÀ QUE C'EST LÀ LE SCÉNARIO LE PLUS PLAUSIBLE. Imaginez: si PSPP avait tenté de dissimuler les conséquences probables de la souveraineté pour les emplois fédéraux dans la région de Gatineau, on serait monté sur toutes les tribunes pour l'accuser de mentir à des fins électorales. Avec raison. Mais s'il dit la vérité - une vérité connue de tous par ailleurs - alors pourquoi grimpe-t-on dans les rideaux, pourquoi déchire-t-on sa chemise sur la place publique, pourquoi pogne-t-on les nerfs?

Ls statut de Mathieu Nadon sur Facebook a suscité pas moins de 1200 commentaires à l'image des plus de 70% des résidents de Gatineau qui ont voté «Non» en 1995. Il faut dire que l'extrait de 21 secondes présenté sur sa page ne rend pas justice à l'ensemble de l'entrevue (voir lien en bas de page) mais j'ai de la difficulté à croire que même après avoir entendu les six et quelque minutes en ondes de PSPP, les commentaires auraient été moins stridents. Clairement, ici à Gatineau, il est devenu impossible d'avoir une discussion rationnelle au sujet du projet de souveraineté du Québec.

Trop de gens rangent leur cerveau à clef dans un tiroir et laissent parler leurs tripes. Au-delà des insultes gratuites (dictateur! insignifiant! imbécile! fuck you! clown corrompu! bon à rien! cruchon! malade! raciste! etc.), on retombe inévitablement sur des scénarios irréfléchis témoignant de la peur qui tenaille les habitants d'une région frontalière soumise et/ou attirée par la capitale fédérale sur la rive ontarienne et méfiante envers la capitale québécoise qui l'a toujours négligée. 

Il fallait s'attendre qu'au moins une personne soulève l'hypothèse de «se séparer du Québec», soit pour se joindre à un district fédéral englobant Ottawa et Gatineau, soit pour être annexés à l'Ontario. Ainsi cette opinion, décidément la plus populaire, qui a attiré environ 200 «J'aime» ou «J'adore»: «On pourrait créer un district fédéral qui regroupe la grande région de Gatineau et celle d'Ottawa et être sous l'administration directe du gouvernement fédéral».

Ce débat-là dure depuis plus de 60 ans. et les gens le lancent comme ça sans penser aux conséquences. Cette personne s'est-elle demandé si les francophones d'Ottawa seraient intéressés à affaiblir la collectivité franco-ontarienne en lui retirant plus de 100 000 personnes? A-t-elle songé aux conséquences, pour les francophones majoritaires à Gatineau et au Québec, de devenir minoritaires dans un district fédéral sous la juridiction d'un gouvernement à forte majorité anglophone? A-t-elle compris que même si Gatineau est annexée à un district fédéral, les emplois qu'elle veut protéger seraient perdus de toute façon advenant un Québec indépendant? Quand on commence à y penser, l'hypothèse d'un district fédéral s'auto-détruit.

En voulez-vous un plus farfelu? «Je pense que de Montréal vers l'ouest (du Québec) on devrait faire un référendum (pour décider si) on se joint à l'Ontario... Pas mal tanné d'entendre parler de référendum!» (165 «J'aime»). Cette personne s'est-elle demandé qui autoriserait et qui organiserait un tel référendum dont la valeur juridique serait nulle et qui ferait dépenser beaucoup de sous pour rien? Par ailleurs, il est intéressant de voir une personne tannée d'entendre parler de référendums proposer la tenue d'un autre... référendum.

En voici une qui soit à la fois savoureuse et pertinente: «Je crois que l'Outaouais est un territoire autochtone non cédé, alors n'est-il pas aux Autochtones de décider de leur avenir?» Et un interlocuteur de répondre: «C'est le comble. Les colonisateurs débattent de l'indépendance sur un territoire qui ne leur appartient pas.» Voilà où nous mène des décennies de discours fédéraux hypocrites commençant par la reconnaissance que nous vivons sur des territoires non cédés... et que personne n'a l'intention de rétrocéder aux Autochtones. 

Enfin, on a de nouveau droit à une gamme familière d'affirmations qui circulent à chaque élection ou référendum. Que va-t-il arriver aux pensions fédérales? Aux ponts, aux aéroports, aux chemins de fer? On va être très pauvres pendant plusieurs années... Avec un Québec indépendant, seulement des taxes et aucun service... On va quitter pour aller en Ontario, où il y a de vraies routes... If the Yes vote wins, Québec will be driven into civil war... 

Dans ce capharnaüm d'injures et d'affirmations gratuites se profilent sans doute une centaine ou plus de commentaires bien pensés sur les effets de la souveraineté pour Gatineau et l'ensemble du Québec, provenant d'anti-séparatistes (de vrais fédéralistes, j'en connais peu) et d'indépendantistes, mais ils se perdent dans l'hystérie.

Ma première conclusion? Le bulletin de nouvelles a exacerbé l'effet des commentaires de PSPP en ne présentant que 21 secondes d'une intervention plus nuancée de plusieurs minutes. Sur le plan journalistique, ce n'était pas lumineux. Ma seconde conclusion: à Gatineau, royaume de la peur et du vivre-à-genoux, un débat rationnel sur le projet de souveraineté est devenu impossible! Et une question pour finir: je serais curieux de savoir combien de ces personnes sont montées aux barricades sur Facebook quand le gouvernement Carney a annoncé qu'il allait couper 40 000 emplois dans la fonction publique fédérale d'ici trois ans (sans que le Québec se sépare...).


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vendredi 20 mars 2026

Manitoba bilingue? Ben voyons...

20 mars 2026...
Capture d'écran du site Web Le Devoir, 20 mars 2026


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Voir le texte de Mathilde Beaulieu-Lépine dans Le Devoir au lien suivant: https://www.ledevoir.com/actualites/965514/manitobains-voudraient-province-devienne-aussi-officiellement-bilingue
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Non mais peut-on vraiment envisager sérieusement l'hypothèse d'un Manitoba «officiellement bilingue»? Après un siècle et demie marqué trop longtemps par la répression, voire la persécution, la langue et la culture françaises ne sont pas sur le point d'y recevoir les derniers sacrements, mais presque... Sauver les meubles qui restent peut et doit être envisagé, mais proposer de transformer le Manitoba en province bilingue alors qu'à peine 1,3% de la population utilise surtout le français à la maison n'a aucun sens.

La francophobie a fait son oeuvre au Manitoba comme dans la plupart des provinces à majorité anglaise. À sa fondation, en 1870, grâce à la rébellion des Métis sous Louis Riel, le français avait acquis un statut officiel égal à celui de l'anglais et les francophones formaient la moitié de la population. L'immigration massive d'anglophones et l'influence anti-catholique et anti-francophone des Orangistes ont abouti 20 ans plus tard à la promulgation de l'unilinguisme anglais.

Les Franco-Manitobains, comme les autres francophones minoritaires au Canada, ont vu leurs écoles rayées de la carte et leur langue effacée des services publics. L'enseignement en français se donnait en cachette au primaire. Je me souviens de l'autobiographie de Gabrielle Roy, où cette Franco-Manitobaine de Saint-Boniface raconte comment l'enseignante leur ordonnait de dissimuler leurs manuels de langue française lors des visites des inspecteurs anglais du gouvernement...

Au moment où le Canada anglais, effrayé dans les années 1960 par la montée du mouvement indépendantiste au Québec, a commencé à permettre la mise en place de réseaux d'écoles françaises et d'offrir quelques services aux francophones, le mal était fait. À la fin de la Seconde Guerre mondiale, les Manitobains de langue maternelle française formaient environ 8% de la population totale. Trente ans plus tard, la proportion avait diminué à 6% et aujourd'hui c'est 3%!

Depuis les années 1960, le nombre de villages à majorité francophone chute. Il n'en reste qu'un ou deux. Dans le seul quartier urbain, Saint-Boniface (Winnipeg), les taux d'assimilation frisent les 50%. En 1971, première année où le fédéral a commencé à comptabiliser la langue d'usage (celle la plus souvent parle à la maison), le nombre de personnes ayant coché «français» a dégringolé, passant de 39 600 en 1971 à 17 203 en 2021. La population totale du Manitoba, pendant ce temps, grimpait: de 988 000 en 1971 à 1 327 000 en 2021. 
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Il reste toujours en 2021 quelques noyaux franco-manitobains dynamiques ainsi qu'une université de langue française à Saint-Boniface, mais pour l'immense majorité des francophones la vie quotidienne se déroule trop souvent en anglais. Une relève anémique ne permettra pas de maintenir la masse critique de francophones requise pour justifier à long terme quelque forme de bilinguisme, et encore moins un statut égal pour le français au Manitoba.

Dans son texte du Devoir, la journaliste Mathilde Beaulieu-Lépine rappelle que la plus récente tentative d'enchâsser les droits des Franco-Manitobains dans la constitution remonte à 1983. «De nombreuses manifestations avaient eu lieu, les graffitis dans les rues s'étaient multipliés et le bureau de la Société francophone du Manitoba avait même été incendié, menant éventuellement au recul du gouvernement et à la fin du projet».

Rien ne laisse croire que la réaction de la majorité anglaise serait différente en 2026, tenant compte que le nombre de francophones diminue à chaque recensement. En dépit de l'attitude sympathique du premier ministre néo-démocrate actuel, Web Kinew, et de son ministre aux Affaires francophones, qui ne seront peut-être plus en poste d'ici quelques années, les chances de mener à terme un projet de bilinguisme officiel au Manitoba sont nulles.

Cela ne servira, comme bien d'autres initiatives fédérales et provinciales pour les francophones hors Québec, qu'à convaincre les Québécois de la viabilité du français coast to coast et à les inciter à renoncer à tout projet de souveraineté. Le résultat à long terme si on tombe dans ce panneau? La disparition quasi totale des collectivités francophones minoritaires (sauf les Acadiens du Nouveau-Brunswick et quelques régions franco-ontariennes), et l'accélération au Québec d'un processus d'anglicisation déjà en cours, jusqu'au point de bascule final...

On ne doit pas sacrifier la mère-patrie pour tenter de sauver des avant-postes au bord du gouffre. Un jour, peut-être pas demain mais bientôt, la plupart des francophones en situation minoritaire seront confrontés au choix ultime: s'angliciser ou rallier le Québec. Ils y seront les bienvenus!

jeudi 19 mars 2026

Le bonheur de vivre au Québec...

19 mars 2026...

capture d'écran du site Web de La Presse, 19 mars 2026


Je ne sais pas à quel point on peut se fier à cet indice planétaire de bonheur que publie tous les ans la maison de sondage Gallup, mais les résultats des dernières années donnent matière à réflexion. 

D'abord, en regardant le tableau ci-haut, on ne peut manquer de constater que le Canada figure au 25e rang mondial, une dégringolade de 20 positions au classement depuis 2015, alors que le pays occupait la 5e place... Mais les résultats sont pires pour le Canada anglais qui, sans la présence du Québec, se retrouverait en 35e position!

En effet, en matière de bonheur, les Québécois concurrencent les champions du monde. En 2026, le Québec partage le 5e rang du palmarès planétaire avec la Suède, n'étant devancé que par la Finlande, l'Islande, le Danemark et le Costa Rica. Et la performance du Québec ne fait que s'améliorer au sein du top 10, étant passée de la 8e position en 2022 au 6e rang l'an dernier.

Si l'écart entre le Québec et le Canada anglais était le moindrement semblable en 2015, quand le Canada occupait le 5e rang mondial, il y a fort à parier que les Québécois oscillaient alors tout près du sommet. 

Selon Le Devoir (lien en bas de page), le rapport 2026 de la maison Gallup signale que «l'utilisation intensive des réseaux sociaux sur Internet contribue à une forte baisse du bien-être chez les jeunes». Passer de longues heures à parcourir les réseaux sociaux aurait à la longue un effet dépressif sur l'indice de bonheur, y compris dans les pays occidentaux à revenus plus élevés. Les ados les plus heureux seraient ceux qui passent moins d'une heure par jour sur les réseaux sociaux. Ainsi, après 30 années d'Internet, et l'omniprésence de ses dérivés, le poids du monstre numérique se fait sentir.

Mais il est difficile de croire que ce facteur explique à lui seul les écarts entre le Québec et le Canada anglais. L'usage des réseaux sociaux serait-il si différent entre francophones et anglophones au Québec et au Canada? Cela me semble difficile à croire. Au sujet de la Finlande, qui domine le classement, on évoque «l'existence d'un État-providence qui protège les citoyens contre les risques de récession, et une espérance de vie en bonne santé».  Le degré d'atteinte de l'État-providence varie entre les provinces, mais pas tant que ça, et l'espérance de vie est la plus élevée au Québec, mais encore... Est-ce suffisant? Pas sûr...

Le président finlandais affirme pour sa part: «Je ne pense pas qu'il existe une formule magique, mais il est utile d'avoir une société qui aspire à la liberté, à l'égalité et à la justice.» Voilà, par contre, une piste intéressante. Le Québec, plus que le reste du pays, forme une «société», certains diraient une nation, ayant une certaine cohérence, portée par des valeurs historiquement partagées et des aspirations centenaires à la liberté, à l'égalité et à la justice. Les relents de l'impérialisme britannique, l'anti-américanisme et le multiculturalisme débridé du Canada anglais (par ailleurs américanisé sur le plan culturel) ne me semblent pas un socle très solide sur lequel ériger un indice de bonheur triomphant. Surtout depuis le début de l'ère Trump. Enfin, de mon point de vue...

L'économiste Christopher Barrington-Leigh, professeur à McGill, cité dans La Presse, abonde dans ce sens, du moins pour expliquer la situation au Québec. «Il y a une cohésion au sein de la société québécoise. Et peut-être aussi que l'un des facteurs qui cimentent cette société, c'est le sentiment de vivre sur une île francophone en Amérique du Nord».

Quoiqu'il en soit, il serait intéressant d'entendre les analyses de nos sociologues, psychologues et philosophes sur les motifs pour lesquels les Québécois seraient plus heureux que leurs concitoyens des provinces à majorité anglaise.

Quant à moi, je vis cette différence à chaque fois que je traverse la rivière des Outaouais entre Ottawa et Gatineau. Dès que je franchis les chutes Chaudière et que l'un des ordinateurs de ma voiture me dit tout en douceur «Bienvenue au Québec», je sens mon indice de bonheur bondir. À bien y penser, je suis nettement plus heureux de mon côté de la rivière. Au Québec. 

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Lien au texte du Devoir - Le Canada glisse au 25e rang dans le Rapport mondial sur le bonheur - https://www.ledevoir.com/actualites/societe/965076/canada-glisse-25e-rang-rapport-mondial-bonheur

Lien au texte de La Presse - Les Québécois ont-ils trouvé la recette du bonheur? - https://www.lapresse.ca/dialogue/chroniques/2026-03-19/les-quebecois-ont-ils-trouve-la-recette-du-bonheur.php