jeudi 28 mai 2026

mercredi 27 mai 2026

Patrimoine bâti du Vieux-Hull: acheter, laisser à l'abandon, démolir...

27 mai 2026...



Vieux Hull 2026... La démolition du patrimoine bâti se poursuit.

Tout y est. L'excellent texte du journaliste Mathieu Bélanger, paru aujourd'hui sur le site Web Le Droit (voir lien en bas de page), résume en quelques paragraphes comment il faut s'y prendre pour transformer des maisons à valeur historique en blocs d'appartements sans âme.

Cette méthode brutale et largement dénuée de scrupules nécessite la complicité, le plus souvent acquise, du conseil municipal de Gatineau. Elle s'emploie depuis longtemps mais jamais je n'en ai vu une telle synthèse. On pourrait l'intituler Mode d'emploi 101.

La stratégie est simple: acquérir des maisons patrimoniales habitées, les laisser à l'abandon, payer ou contester les contraventions municipales, attendre le moment propice où les habitations sont irrécupérables et demander/obtenir un permis de démolition. Étape finale: bâtir un édifice multi-logements sur plusieurs étages et faire beaucoup de fric!

Ça ne marche pas toujours, mais les chances de réussite sont bonnes.

Au tout début de l'article du Droit, la mise en scène du journaliste décrit parfaitement le processus : «Abandonnées depuis plus d'une décennie, huit petites maisons jadis distinctives du développement du coeur de l'île de Hull d'avant 1900 feront bientôt place à un nouvel immeuble qui abritera 99 logements

La ville de Gatineau aurait pu prévenir ces démolitions. Elle ne l'a pas fait. Selon le texte de Mathieu Bélanger, le projet piloté par l'entreprise Boless était planifié depuis très longtemps. Le promoteur avait acheté la première maison de cet ensemble de huit sur les rues Kent et Laval en 2007 puis les autres, jusqu'en 2023. Son intention de les démolir était claire, et son projet immobilier connu de tous.

Mais les élus de Gatineau n'ont jamais protégé le vieux centre-ville francophone contre l'appétit vorace du gouvernement fédéral et des promoteurs immobiliers. Une à une, les maisons allumettes sont tombées sour le pic des démolisseurs. Les tours de logements et de bureaux ont défiguré, et anglicisé, le secteur historique.

Le conseiller municipal du quartier, Steve Moran, avoue: «si on pouvait reculer dans le temps, dit-il, on ferait les choses autrement comme Ville. Les maisons qui sont là (sur les rues Kent et Laval) avaient une valeur patrimoniale. Aujourd'hui, on prendrait des décisions pour leur assurer une meilleure protection. Là, il est clairement trop tard

Sur les huit habitations, sept avaient été construites avant le grand feu de Hull de 1900. Ce sont elles qu'on rasera. Des générations de familles les avaient habitées pendant plus d'un siècle. Du jour au lendemain, elles ont été vendues et laissées à l'abandon. Les contraventions de la ville et les protestations de citoyens n'ont pas empêché les vieilles maisons de se détériorer, victimes d'une négligence volontaire. Le promoteur patient savait qu'un bon matin, son projet verrait le jour.

Les nouvelles résidences ne sont pas conçues pour accueillir des familles ouvrières. Ce sont pour la plupart des studios et des appartements d'une chambre, selon le texte du Droit. Le constructeur a son permis de démolition depuis plus d'un an. Son projet est désormais recommandé par le service municipal de l'urbanisme et le comité consultatif d'urbanisme. Ne manque que l'autorisation finale du conseil municipal, qui ne saurait tarder.

Voilà le mode d'emploi. D'autres entrepreneurs l'ont utilisé auparavant. D'autres s'essaieront à l'avenir, tant qu'il sera possible d'accaparer quelque parcelle survivante du vieux centre-ville de Hull (Gatineau). Au fond, ces bâtisses d'une époque révolue ont peu de chances de survie contre les forces de l'argent qui les cernent.

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mardi 26 mai 2026

Où sont passés les journalistes?

26 mai 2026...

capture d'écran du site Web Le Devoir



Je ne comprends pas... Où sont passés tous ces journalistes agressifs que j'ai connus jadis, ces journalistes dotés d'un juste dosage de passion, de curiosité et de scepticisme, attachés à l'examen critique de l'information reçue, tenaces au moment de poser toutes les questions nécessaires à une cueillette factuelle exhaustive?

L'accueil bonasse de la presse québécoise au rapport de consultations des OUI Québec sur l'état actuel et l'avenir du Québec m'a poussé à écrire hier un texte critique sur mon blogue (voir lien en bas de page). On avait servi aux scribes médiatiques un plateau d'incomplétudes, un terreau fertile pour une attaque frontale. Qui a rédigé le rapport? Qui a choisi les personnes consultées, et comment? Qui étaient ces personnes et ces groupes? Comment a-t-on compilé les données? Etc.

Si je me fie aux textes de nos grands médias papier et numériques, personne n'a interrogé les porte-parole des OUI Québec sur l'absence d'identification de tous ces acteurs auxquels ils ont tendu le micro. Pire, ce matin le directeur du Devoir, Brian Myles, en page éditoriale, a louangé sans réserve le rapport de consultations, y voyant «une bouffée d'air frais dans le débat sur la question nationale».

Pas un commentaire sur l'anonymat de l'ensemble des personnages cités dans le rapport des OUI Québec. L'absolution sans confession, comme on disait autrefois. De la part d'un ancien président de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ), voilà une attitude incompréhensible. Si des fédéralistes, des péquistes, des caquistes ou des conservateurs avaient agi ainsi, une batterie de journalistes (y compris M. Myles?) auraient immédiatement exigé de connaître l'identité des interlocuteurs consultés pour juger de la crédibilité du rapport.

Ce mardi 26 juillet, ayant sans doute noté le va-et-vient sur cette question dans les médias sociaux, OUI Québec a publié un communiqué de presse (que je n'ai pas trouvé) pour défendre sa décision de ne pas nommer les personnes ou les groupes consultés: «Pour la majorité de ces groupes, cette confidentialité était une condition sine qua non de leur participation à l'exercice en raison des fonds publics dont plusieurs dépendent», indique Le Devoir.

Si cet éclaircissement des OUI Québec ne provoque pas une avalanche de questions de nos troupes de reporters, alors il n'y a plus rien à faire... La liberté de presse, et encore davantage la liberté d'expression, sont en jeu ici. Ce qu'on nous dit, c'est qu'une forte proportion des répondants croient recevoir des fonds publics en retour de leur silence ou de leur neutralité dans les dossiers socio-politiques. Que nos gouvernements achètent le silence des individus et groupes qui viennent s'abreuver au trésor public. Qu'ils ont peur de s'exprimer.

Je peux penser à de dizaines de questions à poser aux porte-parole de OUI Québec et aux gouvernements (fédéral, québécois, municipaux) qui briment ainsi, inconstitutionnellement, la liberté d'expression de leurs citoyens. On ne parle pas ici de secrets d'État. La situation actuelle de notre société et son avenir sont d'intérêt général et seul un débat libre de toute contrainte pourra définir de manière crédible les points de convergence.

Retour à l'éditorial de Brian Myles, qui semble faire totalement confiance aux gens de OUI Québec pour le choix de sa bande d'anonymes. Il accrédite leurs déclarations comme s'il avait lui-même vérifié leur identité et leur crédibilité. «Les répondants ne se reconnaissent pas dans le discours victimaire et le repli identitaire», écrit-il. Qui sont ces répondants? Sais pas. Et qui vise-t-il en évoquant un discours victimaire et un repli identitaire? Je vous laisse deviner. Lisez son texte (voir lien en bas de page).

Il ajoute au paragraphe suivant: «Certains répondants ne sont pas des "crypto-fédéralistes", et encore moins des agents provocateurs, mais des militants qui se sont battus pour le projet de pays dans leur carrière.» Comment peut-il avancer un tel argument quand il ne connaît pas l'identité des répondants qui, apprend-on aujourd'hui, ont trop peur de perdre leur financement pour s'identifier...

M. Myles dirige ensuite quelques salves en direction de Paul St-Pierre Plamondon à partir de commentaires que celui-ci a faits en réunion éditoriale au Devoir où il parlait de nation colonisée et d'un climat de peur historique. Dois-je rappeler au directeur du Devoir que M. Plamondon avait répondu à visage découvert aux questions librement posées. Il n'avait pas envoyé à sa place un porte-parole en exigeant que que l'identité de ce dernier ne soit pas divulguée.

Le chef du PQ a choisi aujourd'hui de ne pas jeter d'huile sur le feu, en affirmant que son parti n'était pas visé par le rapport des OUI Québec. M. Myles ne le voit pas de cette façon, affirmant dans son premier paragraphe que OUI Québec «envoie un puissant signal au Parti québécois et à la Coalition Avenir Québec, deux formations qui nous ont habitués à la surenchère (au chapitre de l'immigration et du vivre-ensemble)»... Je pense qu'ici, M. Myles a tout compris...

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lundi 25 mai 2026

C'est une blague? Personne n'est identifié dans ce rapport...

25 mai 2026...

capture d'écran du document de OUI Québec


J'attendais avec impatience la publication, ce dimanche 24 mai, du rapport des consultations du groupe OUI Québec auprès d'une cinquantaine de groupes de la société civile québécoise. Le quotidien La Presse, qui semblait avoir glané un exemplaire du document avant ses concurrents, avait ciblé en manchette les conclusions sur l'effritement du «vivre-ensemble» (un concept dont le sens est suggéré plutôt que défini). Décodé, cela laisse entendre que les séparatistes n'aiment pas les immigrants. Pas de grandes subtilités ici...

Mais, me suis-je dit en journaliste d'expérience, gardons-nous de juger avant d'avoir le rapport en main et de pouvoir le décortiquer à loisir. Et effectivement, dimanche, OUI Québec a mis en ligne un document intitulé «Rapport de consultations - Important 2026» (voir lien en bas de page). À première vue, j'ai cru qu'il ne s'agissait que d'un résumé dudit rapport, de ses faits saillants, mais recherche sur recherche n'a donné aucun document plus fouillé que la trentaine de pages en style quasi télégraphique offerte en pâture sur le Web.

Mais alors c'est une blague! Comment peut-on prendre au sérieux un rapport de consultations quand il ne contient aucune liste des personnes et organisations consultées; quand il n'énumère qu'un nombre limité de citations d'individus et de groupes non identifiés; quand il n'explique pas la méthodologie d'agrégation des données d'entrevues; quand les auteurs du rapport restent anonymes; quand il ne définit pas ce qu'il entend par «point de convergence»...

À l'université, une telle présentation aurait immédiatement reçu une note d'échec. Dans une salle des nouvelles, le chef de pupitre aurait ordonné au reporter de refaire son texte sur-le-champ. Des humains (pas l'IA j'espère) ont interviewé d'autres humains pour recueillir leurs points de vue sur l'état actuel du Québec et son avenir. Ce genre de consultation ne se fait pas dans l'anonymat. Les instigateurs et les répondants doivent assumer leurs opinions à visage découvert. Sinon, en ce qui me concerne, ça ne vaut rien!

À la lecture des conclusions du rapport, et à l'interprétation médiatique (et des réseaux sociaux), des milliers de personnes soupçonnent déjà un biais idéologique, et une méfiance envers les positions identitaires du Parti québécois. La meilleure façon de démontrer le non-fondé de ces craintes serait d'identifier les auteurs de la consultation, la méthode employée pour choisir les personnes à rencontrer, et la présentation d'un bon résumé des propos de chacun, chacune avec leur nom et le poste qu'ils occupent au sein de leur organisation.

Mais non. Partout, on cache les identités (voir image en haut de page). Quelle chambre de commerce? Quelle entreprise? Quel groupe d'artistes? Quel syndicat ou centrale syndicale? Quelle institution scolaire? Quel institut de recherche? Quelle organisation religieuse? Quelle communauté culturelle? Quel groupe d'aînés? Quelle organisation de santé publique? Et quels sont les agendas de ces individus et groupes bien identifiés? On me pardonnera ma méfiance, mais en journalisme, sauf exception, l'anonymat est l'ennemi de l'information.

La quatrième question posée à chaque humain rencontré par OUI Québec se lit comme suit: «Si vous aviez un conseil à donner au mouvement souverainiste, ce serait quoi?» Je m'excuse mais jamais je n'accepterai de recevoir des conseils d'un individu caché dans la burqa de l'anonymat. Parler sans devoir s'identifier ouvre la porte à toutes sortes de désinformation. On n'a qu'à voir ce qui se passe dans les réseaux sociaux où taire son nom devient souvent un tremplin pour le mensonge et l'injure.

Un dernier commentaire. Les journalistes ont souvent le défaut de remplacer le «des» par «les». Il y a une énorme différence de sens. Ainsi, quand 77% des groupes consultés ont, selon OUI Québec, «le sentiment de ne plus contrôler l'avenir du Québec et veulent un grand projet collectif pour le reprendre», c'est 77% et non 100%. Il est inacceptable d'écrire «les groupes de la société civile consultés» au lieu de 77% des groupes, ou une majorité des groupes. «Les», c'est tout le monde. 100%. 

Une ultime déception. Aucun reportage - du moins ceux que j'ai vus - ne soulève ces objections. Personne ne semble avoir exigé de OUI Québec qu'il identifie ses sources et ses méthodes. Le résultat, c'est que de vraies personnes bien identifiées (PSPP et bien d'autres) se retrouvent sur la sellette à cause d'un rapport qui ne cite qu'une bande d'anonymes... 

Un travail bien fait suivi d'un texte détaillé aurait peut-être abouti aux mêmes conclusions. Peut-être pas. On ne le saura jamais...

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Lien au rapport de consultations de OUI Québec


dimanche 24 mai 2026

Non mais, envoyez promener les Sénateurs et la LNH...

24 mai 2026...



Ainsi l'équipe des Sénateurs d'Ottawa peut, si elle le veut, empêcher les Québécois de la région de Gatineau de se rassembler à l'aréna de l'équipe gatinoise, les Olympiques (LHJMQ), pour voir ensemble, sur grand écran, les matches du Canadien de Montréal en séries éliminatoires. Et c'est exactement ce qu'a fait la direction des Senators.

L'explication tient au règlement de la LNH le plus stupide qui soit: une équipe de la Ligue nationale peut empêcher la tenue d'un événement de diffusion de grande envergure (on présume qu'il s'agit de hockey) dans un rayon de 80 km de sa ville, en l'occurrence Ottawa.

Je ne sais pas ce que cela donne dans des régions comme New York, où le principe même de cette disposition est inapplicable parce que trois équipes (Islanders, Rangers, Devils) jouent à l'intérieur d'un rayon de 80 kilomètres. Des exceptions doivent exister à la règle.

Ici, les bozos de la LNH regardent la carte géographique et voient que Gatineau et Ottawa se font face, chacune de son côté de la rivière des Outaouais. Pour eux (comme pour bien des gens de la capitale fédérale), Gatineau n'est guère plus qu'une banlieue d'Ottawa.

Personne ne songe, ou ne comprend, que les Gatinois vivent au Québec et que cela a de l'importance. Il y a une dizaine d'années, Radio-Canada avait sondé les amateurs de hockey de la région. Environ 68% des résidents d'Ottawa soutenaient les Sénateurs, pendant que 63% des Gatinois étaient partisans du Canadien.

La frontière Québec-Ontario n'est pas qu'une ligne tracée sur la carte. C'est une frontière nationale. Et l'équipe de la majorité des Québécois, y compris en Outaouais, c'est le Canadien de Montréal. La LNH et la direction des Sénateurs empêchent les Gatinois de visionner chez eux un match de leur équipe nationale.

Il est tout de même difficile de comprendre le raisonnement des Sénateurs, qui ne feront qu'irriter davantage un marché qu'ils convoitent ardemment depuis des décennies. Peut-être se vengent-ils de tous ces partisans du Canadien qui remplissent le Centre Canadian Tire d'Ottawa à chaque match des Sénateurs contre le Canadien...

Selon l'organisme Impératif français (pourquoi diable se mêle-t-il à cette affaire?), la LNH ferait une exception à sa règle si les Sénateurs donnaient leur accord à une diffusion du match des Canadiens contre les Hurricanes à l'aréna de Gatineau. Impératif français dit avoir communiqué avec les Sénateurs qui auraient refusé... 

«Nous empêcher de nous réunir derrière le symbole (des Canadiens), c'est une atteinte à notre culture», affirme le président d'impératif, Wassim Aboutanos. Enfin... peut-être, en prenant le mot culture au sens très large. Je soupçonne plutôt qu'il y a là une nième expression de l'ignorance des Anglos d'Ottawa, qui n'ont jamais compris grand chose à l'histoire et à la mentalité des Québécois francophones.

Peut-être les retombées d'une médiatisation de cette affaire feront-elles apparaître chez les bonzes des Sénateurs tous les «signes de piastre» qui risquent de se volatiliser dans le tourbillon d'un possible ressac au sein de la clientèle de langue française...

N'étant pas juriste, je me permets cependant de m'interroger sur la légalité de cette interdiction en vertu d'un règlement de la Ligue nationale. Des tas de bars sportifs et restos de la région d'Ottawa et Gatineau diffusent les matches des Canadiens sur grand écran pour un public payant. Quelle est la différence entre ça et une diffusion dans un aréna pour 3000 personnes?

S'il n'existe pas de loi québécoise ou de règlement municipal interdisant ce genre de rassemblement, sur quel principe juridique s'appuie-t-on pour empêcher dans un établissement privé la diffusion d'un match de hockey? Pourquoi les organisateurs de l'événement ne vont-ils pas de l'avant, tout simplement, en envoyant promener la LNH et les Sénateurs? 

Peut-on espérer une intervention des autorités municipales, du gouvernement québécois, ou même de la direction du CH pour dénoncer ces fiefs médiévaux d'un rayon de 80 km accordés aux équipes? Sur le plan du hockey, peu importe cette règle de la LNH, Gatineau est bien plus près de Montréal que d'Ottawa... 

Demander la permission à une équipe d'Ottawa pour voir les matches d'une équipe de Montréal... C'est humiliant... 

samedi 23 mai 2026

Le «vivre-ensemble»? À qui la faute?

23 mai 2026...



Au moment d'écrire ces lignes, je n'ai pas encore lu le rapport du groupe «OUI Québec» sur ses consultations avec une cinquantaine de grandes organisations de la société québécoise, rapport qui doit être rendu public le dimanche 24 mai. Tout ce que j'ai vu sur ma tablette, c'est la une du quotidien La Presse (voir lien en bas de page) qui cible le volet immigration pour «nous» donner de nouveau des airs de xénophobie.

On m'accusera de traiter La Presse injustement, puisque son texte ne se limite pas aux rapports des Québécois historiques avec les nouveaux arrivants. Loin de là. Mais c'est ce volet que le quotidien montréalais a choisi de propulser en manchette. Et le sens de cette image ne trompe personne. Ceux et celles qui brandissent les drapeaux québécois, les souverainistes, ne font pas bon ménage avec les immigrants. Et ce constat provient d'une organisation indépendantiste.

J'ai bien hâte de décortiquer les analyses et conclusions des OUI Québec pour voir si les propos de La Presse sont fondés. J'ai retenu une citation de Camille Goyette-Gingras, présidente des Oui Québec, sur les nouveaux arrivants. Il y aurait «une impression que le Québec a reculé en matière de vivre-ensemble et que nous avons remplacé la fierté par la fermeture. Des défis persistent entourant le vivre-ensemble et (il y a) des inquiétudes liées à la perception des enjeux identitaires envers le mouvement souverainiste».

Ma première réaction? Cette manchette semble accréditer toutes les accusations de xénophobie et de quasi racisme lancées à tort et à travers par les porte-parole des anglos et anglophiles, y compris les collectivités issues de l'immigration qui ont eu tendance à s'angliciser, au fil des décennies. Ils sont avant tout des Canadiens, le Canada est un pays à majorité anglaise, et le français est plus souvent qu'autrement une nuisance à leur intégration nord-américaine.

Les Québécois francophones n'ont jamais été maîtres de leur destinée depuis la conquête. Dès 1760 et ce, jusqu'à aujourd'hui, l'immigration a été une arme pour noyer les francophones dans une majorité anglophone. Je n'ai rien inventé. Lisez les manuels d'histoire. Nous avons totalement raison de nous méfier des vagues d'immigrants. De tout temps, les autorités britanniques puis fédérales (après 1867) s'en sont servis contre nous.

La société québécoise a pourtant, au fil des siècles, accueilli à bras ouverts les immigrants qui ont choisi de s'intégrer à la majorité de langue française. Ne vous attendez pas cependant à ce que la nation québécoise veuille «vivre ensemble» avec des individus, groupes et collectivités qui rejettent le caractère français du Québec, qui contestent nos valeurs (p. ex. la laïcité), ou qui nous méprisent sur la place publique. L'accueil a ses limites.

Le «vivre-ensemble» ne dépend pas de nous à prime abord. Nous sommes la société d'accueil. Nous souhaiterons la bienvenue à tous et toutes qui veulent s'associer à notre cheminement historique. Ceux et celles qui arrivent ici pour être Canadian et bloquer toute tentative de nous donner ici un pays français éliminent au départ la possibilité de vivre ensemble. Le refus du «vivre-ensemble» vient d'eux, pas de nous. Et quand la chicane pogne, ou qu'un référendum se pointe, Ottawa (siège de la majorité anglo-canadienne) ne manque pas sa chance d'accentuer les divisions.

Nous avons nos torts. Notre soumission aux évêques catholiques jusqu'à la Révolution tranquille a maintenu en place une société largement théocratique qui a écarté bon nombre de non-catholiques francophones. Mais nous avons largué les évêques et leurs mandements au cours des années 1960. Le Québec français s'est affranchi de ses ayatollahs romains. Ottawa n'a pas aimé cette ouverture du Québec sur le monde, ni son désir de contrôler sa propre immigration. On connaît la suite.

Dans les deux premiers siècles après la conquête, notre seule arme efficace contre une immigration trop souvent hostile a été notre taux de natalité exceptionnel. Il y a 100 ans, les familles québécoises de langue française avaient régulièrement 8, 9, 10 enfants, et plus. Cette époque est révolue. Depuis les années 1960, nous nous servons du seul levier efficace qui nous reste: l'État québécois. La Loi 101. La Loi 21. La Loi 96. Deux référendums. Etc. Avis à tous ceux, peu importe l'origine, qui voudront s'associer à nos projets collectifs: le «vivre-ensemble» ne posera aucun problème de fond.

Mais que ceux et celles qui s'acharnent à saboter la nation québécoise, peu importe l'origine, ne s'attendent pas à un accueil cordial et à des bras tendus. Ceux qui rejettent le «nous» québécois rejettent du même coup le «vivre-ensemble», et nous sommes pleinement justifiés de nous défendre. 

Awignahan!

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vendredi 22 mai 2026

École Bedford... Des médias trop discrets...

22 mai 2026...

Capture d'écran du site Web de Radio-Canada


L'affaire de l'école Bedford (quartier Côte-des-Neiges à Montréal) continue de défrayer les manchettes. Onze enseignants dont on ne connaît toujours pas l'identité ont été suspendus pour y avoir fait régner un climat d'intimidation envers les élèves autant que vers les autres membres du corps professoral. Tout le monde s'imagine qu'il s'agit de musulmans mais aucun média ne semble les avoir identifiés comme tels. Pourquoi? Par crainte de se faire taxer d'islamophobie? 

Le plus récent texte de la Presse canadienne, publié le 12 mai 2026, faisant d'état de la révocation des brevets des enseignants suspendus, rappelle que «des filles s'étaient vu interdire de jouer au soccer, des enfants autistes n'avaient pas reçu de services spécialisés et l'éducation à la sexualité étaient peu ou pas enseignés». La députée libérale de Mont-Royal-Outremont, Michele Setlakwe, était outrée: «Je trouve ça épouvantable ce qu'on a fait à des jeunes filles. Je trouve ça épouvantable qu'on n'ait pas offert tous les services à des élèves vulnérables. Leur brevet leur a été retiré de façon définitive? Parfait!»

Ces gens ont intimidé des élèves et des collègues pour des motifs qui apparaissent religieux. Pourquoi faut-il le taire? À cause du conflit entourant l'application et la contestation de la Loi 21 sur la laïcité? S'il s'agit de cela, c'est un cas flagrant d'autocensure de médias qui portent atteinte à leur propre liberté de presse. Tout au plus mentionne-t-on dans l'article de la Presse canadienne que cette «clique» d'enseignants est «surtout composée d'enseignants d'origine maghrébine». On suppose donc d'origine algérienne, marocaine ou tunisienne, où l'islam est la religion dominante.

Dans ces pays, et ici de plus en plus, les ressortissants à tendance islamiste de cette région de l'Afrique du Nord proposent une observance plus stricte de l'islam. Les femmes y sont traitées en inférieures et souvent tenues à des obligations vestimentaires (le voile, notamment) qu'on n'impose pas aux hommes. Trop souvent, ils ont peu de respect pour l'État laïc et la démocratie occidentale. Dans les cas plus extrêmes, comme à l'école Bedford, ils deviennent de sinistres prédateurs qu'on doit absolument éloigner des enfants.

Alors je répète. Pourquoi ne pas clairement mettre l'accent sur le caractère islamiste de ces abus de pouvoir à l'école? Dans son article maison du 12 mai, Le Devoir évoque uniquement un «clan dominant» d'enseignants... Autocensure... La Presse précise qu'ils sont «principalement maghrébins»... Radio-Canada itou... Tout le monde s'accorde qu'il existe un volet religieux à cette affaire, sans toutefois mentionner de quelle religion il s'agit...

En décembre 2024, en marge de cette histoire, François Legault, alors premier ministre, avait servi un avertissement aux «islamistes» qui tentent de forcer l'entrée de leur religion dans les écoles. Depuis ce temps, les médias se sont fendus en huit pour éviter de lier les incidents de Bedford à la religion musulmane. Je sais pourquoi: les thuriféraires de l'islamophobie-est-partout sont aux aguets. Pire, on en retrouve dans les salles de rédaction.

Insister sur le lien entre des enseignants suspendus et l'islamisme, s'il existe, ce n'est pas de l'islamophobie. C'est du journalisme honnête. Sur le plan sociétal, c'est de l'autodéfense contre des prédateurs. On devrait aller plus loin et avoir le droit de les identifier comme tels. Peut-être ne pourront-ils plus enseigner dans nos écoles, mais ils pourraient se trouver en situation d'autorité sur des enfants ailleurs. Les parents de ces enfants ont le droit de savoir à qui ils ont affaire.

Si, un jour, les congédiements sont judiciarisés, leurs noms seront publiés. Compte tenu de la nature des infractions reprochées à ces onze enseignements «principalement d'origine maghrébine», la société a le droit d'être mieux renseignée.