vendredi 23 octobre 2026

Que se passe-t-il au Devoir?

capture d'écran de mon compte X-Twitter

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L'ordre de présentation et le placement des nouvelles dans un quotidien papier ne comporte pas de règles absolues. L'expertise et l'expérience des décideurs est toujours, tempérée par le jugement, peuvent parfois expliquer certaines perceptions d'incohérence entre la veille et le lendemain.

Mais là, Le Devoir dépasse les bornes. Sa couverture des cérémonies d'assermentation des quatre partis à l'Assemblée nationale, entre le 15 et le 22 octobre, laisse planer de sérieux doutes sur la valeur du processus de choix des nouvelles dans le journal imprimé, ou pire, sur la valeur du journal imprimé lui-même pour la direction actuelle.

Les cérémonies d'assermentation à la suite du scrutin du 5 octobre revêtaient clairement une importance historique. Pour la première fois depuis 1867, les députés élus avaient le droit de prêter serment au peuple du Québec plutôt qu'au roi Charles III. On pouvait se demander si tous le feraient, en français, en anglais, en bilingue, ou même si certains anglophones oseraient y ajouter le serment monarchique.

J'ai vu en direct les quatre cérémonies à la télé, sur la chaîne de l'Assemblée nationale, et à titre de journaliste, je peux vous assurer qu'il y avait abondamment matière à nouvelle à chacune d'entre elles. L'absence du drapeau du Canada aux cérémonies du PQ, de QS et du PCQ, sa présence à celle des libéraux. La prestation bilingue de 17 députés libéraux. Les discours des chefs. L'ambiance dans la salle.

Bref, de quoi dresser un bon plan de match pour les pages une et trois du quotidien papier, avec texte principal, réactions et une ou deux ou même trois photos. Comme directeur de l'information, j'aurais réservé ces espaces à l'avance dans le journal imprimé, et veillé à ce que la mise en page reflète l'importance réelle, immédiate et historique, de ces événements.

Or, à quoi a-t-on eu droit?

- Dans le journal du 16 octobre, aucun texte à la une, aucune photo à la une de l'assermentation de 57 députés du Parti québécois, la veille. On avait réservé la moitié de la page trois pour une photo et un texte qui mentionnait comme élément secondaire le serment au peuple sous le seul fleurdelisé.
- Dans l'édition du 20 octobre, une nouvelle brève au bas de la page 2 pour le serment de 39 députés libéraux. Pourquoi? Sais pas.
- Le 21 octobre, absolument rien sur l'assermentation des neuf députés de Québec Solidaire!
- Et enfin, ce 23 octobre, seulement une photo avec légende pour la cérémonie des députés conservateurs de la journée précédente.

Ces moments précieux de la démocratie québécoise méritaient d'être immortalisés sur papier, autant pour le lectorat d'aujourd'hui que pour les générations futures qui voudront revenir sur ce jalon historique dans les archives du Devoir. Chacune des assermentations comportait de l'excellent visuel et amplement de matière pour la rédaction de quelques textes étoffés. Pour un quotidien comme Le Devoir, cela aurait dû aller de soi.

À la place, dans le journal papier, on a eu du n'importe quoi. De l'incohérence. Jamais trop. Le plus souvent trop peu. C'est même à se demander s'il y avait un reporter du Devoir aux assermenterions de QS et du PLQ, ou si on s'est fié aux textes de la Presse canadienne. Il y a là, en tout cas, une négligence professionnelle que je ne parviens pas à comprendre, à moins que la version imprimée du Devoir ait tout simplement de moins en moins d'importance pour la direction.

J'ai déjà surveillé le montage des pages d'un quotidien durant mes deux décennies comme chef de pupitre, chef des nouvelles et rédacteur en chef du Droit. Rien n'empêchait Le Devoir de planifier et de réaliser une couverture importante et cohérente de ces quatre cérémonies au Salon rouge de l'Assemblée nationale. Le résultat est lamentable.

Que se passe-t-il au Devoir?
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L'agonie du RÉFO...

Le RÉFO en 2013, fer de lance d'un mouvement...


Imaginez! En déroute, le regroupement des étudiants franco-ontariens au collégial et à l'universitaire est désormais pris en charge par la fédération des élèves francophones des écoles secondaires! (Voir liens en bas de page) En quinze ans, l'organisme qui s'était imposé comme fer de lance d'une vaste campagne en faveur d'une gouvernance francophone au postsecondaire en Ontario a été presque réduit à néant!

De 2011 à 2014, le Regroupement étudiant franco-ontarien (RÉFO) avait réussi à mobiliser l'Ontario français tout entier autour de son projet de réaliser à l'universitaire ce que les Franco-Ontariens avaient déjà acquis au primaire, au secondaire et au collégial: une gouvernance francophone de tous les programmes universitaires de langue française... et des institutions chargées de les dispenser.

Le principe même d'obtenir les droits dont bénéficiaient au centuple les Anglo-Québécois depuis la Confédération faisait l'unanimité. Mais la façon de le faire s'est avérée un guêpier. La grande majorité des étudiants universitaires franco-ontariens inscrits à des programmes d'études en français l'étaient dans deux grandes institutions bilingues anglo-dominantes, l'Université d'Ottawa surtout, mais aussi l'Université Laurentienne de Sudbury.

Après deux années de consultations dans toutes les régions de la province, les «États généraux sur l'avenir du postsecondaire de l'Ontario français» avaient retenu plusieurs modèles de gouvernance, y compris la création d'une grande université provinciale avec des campus dans toutes les régions de l'Ontario; la scission d'une université bilingue existante (Ottawa) en deux campus distincts; ou encore la création d'un réseau provincial qui prendrait en charge tous les programmes français des universités existantes.

Sans doute un peu naïves, les troupes du RÉFO ont peut-être cru que la justice élémentaire de leurs demandes suffirait pour obtenir la complétude du réseau institutionnel éducatif des Franco-Ontariens. C'était sans compter la force de résistance du monstre sacré (l'Université d'Ottawa) et de ses collabos à la législature ontarienne. Le temps de le dire, le gouvernement libéral de Mme Wynne a torpillé le projet du RÉFO, le transformant en micro-campus de langue française à Toronto, sous le nom effronté d'«Université de l'Ontario français».

La nature des organisations étudiantes étant ce qu'elle a toujours été, les initiateurs du mouvement ont fini par terminer leurs études et sont passés à autre chose et clairement, leurs successeurs n'avaient pas la même vision et la même intensité d'engagement. Après quelques soubresauts en 2016, alors qu'il était déjà trop tard, et sous le regard d'une presse de langue française mal informée, on a fini par se satisfaire d'un micro-campus marginal à Toronto, loin des véritables concentrations de Franco-Ontariens à l'universitaire.

La pandémie semble avoir achevé ce qui restait des braises du début. La fédération des élèves du secondaire (FESFO) qui assume pour le moment l'administration du RÉFO plus ou moins défunt a l'avantage de regrouper des effectifs qui étudient tous en français dans des institutions sous la gouverne de conseils scolaires de langue française. À l'universitaire,  sauf à l'embryonnaire Université de Sudbury, à Hearst et au campus de l'UOF, les étudiants universitaires de l'Ontario français s'instruisent surtout en anglais, ou en français dans des universités bilingues où l'anglais domine. Un milieu plus propice à l'assimilation qu'à la relance d'un RÉFO dynamique.

Les étudiants anglo-québécois qui pleurnichent parfois auraient avantage à voir le sort réservé aux Franco-Ontariens. S'ils sont de bonne foi, ils seront scandalisés devant les injustices plus que centenaires qui ont favorisé l'anglicisation de la minorité francophone. Les rares Franco-Ontariens qui osent dire crûment la réalité crient dans le désert, et sont même à l'occasion dénoncés par les leurs aux lunettes roses. Difficile de monter aux barricades dans un tel contexte.

Jamais l'Ontario français n'a-t-il eu autant besoin d'un RÉFO mobilisé et agressif. Mais rien n'indique qu'il reste quelque chaleur dans les braises de la décennie précédente. Allez vous promener sur le campus de l'Université d'Ottawa, qui compte 13 000 étudiants de langue française, et tendez l'oreille. Dites-moi quelle langue vous entendez...
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mercredi 21 octobre 2026

L'Université des Franco-Ontariens? Espresso toi en français...

capture d'écran du Syndicat étudiant d'uOttawa


Il y a exactement douze ans, le 21 octobre 2014, le recteur de l'Université d'Ottawa d'alors, Allan Rock, signait une lettre d'opinion dans les pages du quotidien Le Droit. On pouvait notamment y lire: «Les francophones de l'Ontario ont droit à une université qui sert leurs intérêts et qui leur permet de poursuivre une formation postsecondaire de qualité exceptionnelle en français. Et cette université existe déjà: elle s'appelle l'Université d'Ottawa.»

C'était l'époque où le Regroupement étudiant franco-ontarien (RÉFO), le vent dans les ailes, menant tambour battant une campagne provinciale en faveur d'une gouvernance franco-ontarienne de tous les programmes d'études postsecondaires en français, y compris ceux des deux grandes universités bilingues, Ottawa et Laurentienne (Sudbury). Cela aurait pris la forme d'un université de langue française ayant pignon sur rue dans l'est, le nord et le sud de l'Ontario.

Quarante ans plus tôt, l'Association canadienne-française de l'Ontario (ACFO) avait elle aussi réclamé une francisation complète de l'Université d'Ottawa avec un argumentaire éloquent:
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extrait du mémoire de l'ACFO de 1970
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Jusqu'à la fin des années 1960, les étudiants francophones étaient majoritaires à l'Université d'Ottawa. Puis ce fut la dégringolade. Aujourd'hui, la proportion d'étudiants de langue française oscille autour de 30%. La réalité, contrairement aux affirmations de l'ancien recteur Allan Rock, c'est celle d'un campus anglo-dominant où les espaces francophones se raréfient et où les francophones risquent «une assimilation lente mais certaine».

J'y suis retourné en 2016 pour assister à un colloque sur le bilinguisme au Pavillon Desmarais (faculté des sciences sociales), et j'ai à peine réussi à commander un chocolat chaud en français au Starbucks du pavillon. La surprise du personnel du café d'entendre un client exiger de parler français me donnait à penser que les 30% d'étudiants francophones avaient appris, à l'usure, à s'accommoder de la situation. Nous sommes ici loin, très loin de l'ancienne revendication d'un campus unilingue français...

Pour revenir à l'image en haut de ce texte, je glanais les textes récents de La Rotonde, le journal étudiant de langue française de l'Université d'Ottawa. Ça doit aller mal, parce qu'il existe désormais au sein du Syndicat étudiant uOttawa un poste de «commissaire aux affaires francophones»!!! Ce poste étant électif et le scrutin ayant lieu entre le 17 et le 20 octobre (2026), j'ai consulté les prises de position du candidat élu, Dan Ngenzi Ya Ruty. Son constant est effarant: «La francophonie à uOttawa ne devrait pas seulement être quelque chose qu'on célèbre à certains moments de l'année»...

Il propose de lancer des «Rendez-vous Franco», «une nouvelle initiative pour créer des espaces où tous les niveaux de français sont les bienvenus» (ne le sont-ils pas ailleurs?) ainsi que «des lieux où les étudiants peuvent s’exprimer en français, sans pression». Devons-nous conclure que de tels lieux n'existent pas, ou n'existent plus?

Selon La Rotonde, «il promet également un meilleur suivi des plaintes linguistiques, une foire de l’emploi francophone, du mentorat et des micro-subventions pour des projets francophones». On se croirait au bureau du Commissaire fédéral aux langues officielles, en train de faire le tri des doléances des fonctionnaires francophones embourbés dans une fonction publique depuis toujours anglicisante.

Dan Ngenzi Ya Ruty s'engage enfin à poursuivre l'initiative «Espresso toi en français / yourself in French». Celle-là, c'est la meilleure! Il s'agit d'un «café hebdomadaire» où les étudiants reçoivent un café ou un chocolat chaud, ainsi qu'une pâtisserie, s'ils (dans le texte c'est écrit en woke, s'iels) commandent en français. Cette initiative a pour objectif de combattre ce qu'on persiste à appeler faussement «l'insécurité linguistique» (des francophones bien sûr) à l'Université d'Ottawa (voir mon texte de blogue - lien ci-dessous).

Un ultime rappel. La majorité des étudiants franco-ontariens au post-secondaire universitaire de langue française fréquentent l'Université d'Ottawa. La majorité des étudiants franco-ontariens au post-secondaire universitaire fréquentent une université de langue anglaise. Doit-on s'étonner de l'agonie actuelle du Regroupement étudiant franco-ontarien (RÉFO)? Voir texte d'ONFR à https://onfr.tfo.org/representation-etudiante-la-fesfo-tente-de-relancer-un-refo-a-larret/

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Lien à mon texte de blogue sur l'insécurité linguistique- https://lettresdufront1.blogspot.com/2019/08/linsecurite-linguistique-synonyme.html

mardi 20 octobre 2026

Entre le métro et Saint-Henri...

inauguration du Métro de Montréal en octobre 1966


Le métro de Montréal célèbre ses 60 ans ce mois d'octobre 2026. À l'automne 1966, j'avais 20 ans, j'étais Franco-Ontarien, ayant grandi dans le seul quartier francophone de l'ouest de la ville d'Ottawa (il n'existe plus). Dans notre paroisse natale, St-François d'Assise, nous étions membres d'une section locale de l'Association de la jeunesse franco-ontarienne (AJFO).

Quel lien avec le métro de la métropole québécoise? Nous avions accueilli à l'AJFO un jeune apprenti-horloger de Saint-Henri, à Montréal, venu apprendre son métier d'un maître-horloger près de chez nous. Nous sommes devenus de bons amis. Il est finalement rentré chez lui en 1966 pour mettre en pratique ses nouvelles compétences et pour fonder une famille.

Puis la tragédie est survenue. Je vous fais grâce des noms de famille et des circonstances du décès. Elles n'ont aucune pertinence ici. Permettez-moi de poursuivre avec ce que j'ai écris à ce sujet il y a dix ans, en novembre 2016.
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«Par un gris matin du début de novembre 1966, on nous annonça sa mort. Il n'avait que 21 ans. Mourir à cet âge c'est déjà tragique, surtout avec une jeune épouse qui était, si je me souviens, enceinte de leur premier enfant.

«La nouvelle nous avait bouleversés, et trois d'entre nous (moi, mon frère Robert et un ami, Pierre de Champlain) avons décidé de nous rendre à Montréal pour offrir nos condoléances à son épouse, à sa famille et à ses proches. Je n'étais jamais vraiment allé à Montréal comme «adulte» auparavant. On y sentait l'effervescence avec un centre-ville en ébullition, un métro flambant neuf et toutes ces nouvelles autoroutes qui transporteraient des millions de visiteurs à Expo 67 l'année suivante…

«Après avoir goûté au charme et au «luxe» du rutilant métro, ouvert depuis à peine quelques semaines, le choc fut substantiel en arrivant dans la grisaille de Saint-Henri-en-novembre. Nous avions grandi dans un modeste quartier ouvrier à Ottawa, mais dans ce coin de Montréal, nous nous sentions fortunés.

«J'ai encore en mémoire les devantures fades de petits commerces sur Notre-Dame et Saint-Jacques, et ces logements locatifs collés les uns contre les autres sur Saint-Philippe (comme ailleurs dans la ville), sans oublier l'accueil plus que chaleureux de la famille, reconnaissante que nous soyons venus de si loin.

«J'avais beau être Franco-Ontarien, je m'y sentais chez moi, dans cette grosse, grosse ville où beauté et laideur me pognaient aux tripes. Mon ami de Saint-Henri avait trouvé un nouveau chez-soi dans notre petite patrie canadienne-française à Ottawa, et voilà que maintenant, nous étions accueillis, presque comme membres de sa famille, par de parfaits inconnus à Saint-Henri.

«Ce jour-là, entre les merveilles du métro et les habitations ouvrières de la rue St-Philippe, j'ai découvert à Montréal que je m'étais rapproché du coeur de notre nation de parlant-français d'Amérique. En tout cas j'en captais le pouls avec beaucoup plus d'intensité, dans ce quartier où grondait tout doucement le réveil d'un peuple, à l'ombre de Westmount…»

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Je ne voyage pas souvent en métro à Montréal mais à chaque fois, je repense à novembre 1966... Comme tout a changé...

lundi 19 octobre 2026

Parti libéral du Québec / Québec Liberal Party...

capture d'écran du Journal de Montréal


À l'assermentation des députés du Parti québécois, le 15 octobre, Paul St-Pierre Plamondon rappelait qu'auparavant, plusieurs députés outrés d'être obligés de prêter serment de loyauté au monarque britannique marmonnaient les mots ou croisaient leurs doigts dans le dos... Façon de démontrer qu'ils n'y croyaient pas et qu'on les obligeait de mentir...

N'avez-vous pas eu l'impression d'assister à une charade similaire ce 19 octobre, à l'assermentation de 39 députés libéraux... marmonnage et croisage de doigts en moins? Ils ont bien sûr juré loyauté au peuple du Québec dans le respect de la Constitution du Québec mais y croyaient-ils vraiment? Certains, sans doute. Tous? On me permettra d''en douter.

Prenons d'abord le décor. À la cérémonie péquiste, seul le fleurdelisé était visible derrière la table d'assermentation. Faute de s'agenouiller devant Charles III, les libéraux ont ressorti pour l'occasion l'unifolié canadien. Ce symbolisme n'est pas que visuel. La loyauté au peuple du Québec, chez eux, se double d'une fidélité immuable au Canada et quand ces deux allégeances seront incompatibles, absolument rien ne garantit que le serment au peuple québécois l'emportera.

De fait, j'ai la conviction - et ce sont eux qui l'affirment - qu'ils seront loyaux envers le peuple québécois uniquement dans la mesure où celui-ci demeure dans la fédération canadienne et accepte de confier la moitié des compétences constitutionnelles à un gouvernement dominé par la majorité anglo-canadienne. Devant toute perturbation majeure de cet ordre vieux de près de 160 ans, ou pire, devant un projet de souveraineté, ils choisiront le Canada.

Secundo, la langue. Le fait que 17 des 39 députés libéraux aient prêté serment en anglais et en français indique clairement la déloyauté d'une bonne partie des troupes libérales envers le Québec français. Depuis la Loi 101 (et même un peu avant), le français est la seule langue officielle du Québec. Le vieil AANB de 1867 avait imposé le bilinguisme au parlement québécois (pas aux autres provinces) mais cette disposition coloniale est périmée, comme le serment d'allégeance au roi.

Étant Franco-Ontarien d'origine, ancien membre d'une minorité francophone persécutée, je peux comprendre le désir des anglophones historiques du Québec de vouloir conserver leurs droits. Et si ce n'étaient que ces anglos qui avaient ajouté le serment en anglais, je ne dirais rien. Mais plus de la moitié des députés libéraux qui ont répété leur serment an anglais n'étaient pas des anglophones. C'étaient des francophones et des allophones, qui représentent pour la plupart des circonscriptions où le français recule devant l'assaut des anglos et des allophones anglicisés.

Leur message est clair. Dans ce parti, le projet d'un Québec réellement français n'est pas le bienvenu. Quand l'anglophone Gregory Kelley (Jacques-Cartier) insiste pour ajouter son boniment en anglais, je regrette mais je sympathise aussi. Mais quand Marc Tanguay ou André Fortin ou Cécile Tremblay portent le flambeau du bilinguisme canadien à l'Assemblée nationale, j'y vois une capitulation. Et quand des membres de cette soi-disant «diversité» prêtent serment également en anglais, j'y vois un rejet clair du Québec français.

On n'a qu'à regarder les circonscriptions des «bilingues» pour apprécier la géographie des dix-sept... Chomedey, Darcy-McGee, Jacques-Cartier, Jeanne-Mance-Viger, LaFontaine, Marquette, Mont-Royal-Outremont, Nelligan, Notre-Dame-de-Grâce, Pierre-Laporte, Pontiac, Robert-Baldwin, Ste-Rose, Soulanges, Vaudreuil, Vimont-Auteuil, Westmount-St-Louis... Île de Montréal, Laval, banlieues ouest et sud, Outaouais... Le portrait du déclin du français...

samedi 17 octobre 2026

Un ministre pour préparer le référendum? Oubliez ça!

capture d'écran de La Presse


Ce matin, en lisant Le Devoir, Michel David a rappelé dans sa chronique que Paul St-Pierre Plamondon avait l'intention de nommer un ministre responsable de la préparation du référendum. Depuis 1995, la simple évocation de ce mot (référendum) me donne des boutons. Il porte en lui nos pires erreurs de stratégie et nos plus grands échecs. L'héritage de Claude Morin...

La promesse d'un troisième référendum rapide sur l'indépendance vient de coûter au Parti Québécois sa majorité à l'Assemblée nationale. Il y a fort à parier que nous serons de nouveau en campagne électorale d'ici deux ans et que le PQ se présentera encore devant le peuple québécois avec un boulet référendaire au pied. Dieu seul sait vers quel résultat cela nous mènera...

À la place de PSPP (et je bien conscient de ne pas l'être...), j'opterais pour une gouvernance souverainiste immédiate. Chaque affirmation nationale, chaque geste d'indépendance a plus de chance de rallier l'opinion que la fixation référendaire. L'exclusion de la monarchie au cérémonial d'assermentation des députés l'illustre bien. Le Québec affirme sa propre identité constitutionnelle et place le reste du Canada devant un fait accompli. Appui populaire en prime.

La protection et la promotion de notre langue menacée constitue un autre champ de bataille où Québec peut ouvrir différents fronts. Le premier semble devoir être l'extension de la Loi 101 aux cégeps, mais un examen des trous percés dans notre Charte de la langue française par les tribunaux fédéraux des longs couteaux ajoutera au menu (affichage, langue de travail, etc.). Les données linguistiques du recensement de 2026 (qui seront rendues publiques en 2027) nous feront sursauter d'horreur et accentueront l'urgence d'agir.

Au-delà des tentatives pour obtenir un contrôle québécois accru sur l'immigration, les mesures en faveur de la laïcité de l'État devront être intensifiées. La décision prochaine de la Cour suprême sur la Loi 21, sans doute retardée à cause des élections, risque de mettre le feu aux poudres. Un gouvernement du PQ, s'il refuse d'obéir à un jugement défavorable des juges d'Ottawa, devra mobiliser l'opinion publique pour dresser un bouclier efficace contre toute tentative d'imposer aux Québécois par tribunaux interposés le régime multiculturaliste anglo-canadien de 1982.

Une offensive coordonnée et réfléchie pour libérer le Québec des symboles monarchiques coloniaux, achever le grand projet d'un État laïc et remettre en tête de liste l'urgence d'enrayer un déclin effarant de notre langue officielle et commune (à Montréal, en Outaouais) créera un appétit croissant pour la souveraineté, vue comme seul moyen de soustraire notre identité collective au contrôle politique et judiciaire d'une majorité anglo-canadienne hostile.

Une augmentation appréciable des appuis à l'indépendance (40% et plus) assurera au PQ une réélection, majoritaire cette fois. Quand cela se produira, Québec pourra tester davantage les limites actuelles de la constitution canadienne. Donald Trump ne sera plus qu'un très, très, très mauvais souvenir et le reste du Canada se mettra à table. Alors, peut-être pourra-t-on commencer à penser à une étape référendaire pour achever un processus où les contours d'une indépendance ou d'une souveraineté-association seront déjà assez clairs.

Paul St-Pierre Plamondon a sorti le PQ de son quasi-cercueil en 2022 en remettant à l'avant-scène le projet d'indépendance, pas la perspective d'un troisième référendum. L'indépendance, c'est le coeur du combat collectif, c'est l'objectif. Un référendum, ce n'est qu'un moyen parmi d'autres et si ce moyen vient à mettre en péril l'objectif ultime, alors on s'en défait, le temps qu'il faut.

Le gouvernement du Parti Québécois devra relever des tas de dossiers ayant moins à voir avec la souveraineté. Santé, éducation, économie, logement, itinérance, etc., etc. S'y ajouteront les enjeux liés à la souveraineté. Langue française, laïcité, fin du lien monarchique, etc. La marmite déborde. Remettons pour le moment le mot référendum à sa place: sous la lettre R, dans le dictionnaire...

vendredi 16 octobre 2026

Trop de nos journalistes ne savent pas reconnaître les moments historiques!



Les livres d'histoire retiendront ce jour. Le moment où après 265 ans de vie sous la monarchie britannique, les députés d'un nouveau gouvernement québécois ont prêté serment pour la première fois au seul peuple québécois. Aucune mention de Charles III. Ni de la lieutenante-gouverneure, qui n'avait pas été invitée à la cérémonie.

Un moment historique pour Paul St-Pierre Plamondon, pour chacun, chacune de ses députés et pour la nation québécoise! Mais, de toute évidence, pas pour nos braves journalistes qui, par les temps qui courent, semblent incapables de s'élever au-dessus de l'immédiat et d'accorder sa juste valeur à un moment décisif de l'évolution du peuple du Québec!

Il fallait aller à Toronto, dans le National Post, pour voir la manchette qui aurait dû orner l'ensemble de la presse québécoise. Eux, les anglos, semblent avoir compris la signification historique du geste posé par le serment de fidélité au peuple, plutôt qu'au roi, et de l'absence de Manon Jeannotte, représentante de Charles III au Québec.

Capture d'écran du National Post

J'aurais espéré que Le Devoir publie en manchette de la une sa nouvelle sur l'assermentation «républicaine» des députés du PQ avec une photo bien en vue des députés péquistes à l'Assemblée nationale. Il me semble que cela allait de soi. Mais non. Un simple renvoi à un texte en page 3 sous le titre PSPP appelle ses collègues députés à jouer en équipe. Dans cet article on évoque l'importance du serment au peuple après un deuxième sous-titre...

Au téléjournal de Radio-Canada, à 22 heures, le soir du 15 octobre, on n'a même pas mentionné le fait que les symboles monarchiques aient été entièrement exclus de la cérémonie d'assermentation. Dans le texte de La Presse, signé par quatre (!) journalistes, on a attendu aux trois derniers paragraphes de l'article pour parler de l'absence du serment au roi d'Angleterre... C'est pire dans Le Soleil...

Dans le Journal de Montréal, traitement similaire mais on publie un deuxième texte, sur la demande d'injonction de l'avocat et prof de l'Université d'Ottawa, Lawrence David, qui veut que la Cour supérieure interdise aux députés du PQ l'accès à l'Assemblée nationale à moins de prêter serment d'allégeance au roi Charles III.

Combien voulez-vous gager que si la Cour supérieure (des juges fédéraux nommés par Ottawa) entend cette demande au cours des prochains jours et, pire, rend une décision favorable à M. David, l'ensemble de nos braves journalistes québécois vont tout à coup se rendre compte du caractère historique du geste posé par les 57 députés québécois, ce jeudi. Un peu tard, cependant!

Ce que notre presse avait passé presque comme un à-côté deviendra la manchette de l'ensemble des médias du Canada, coast to coast...