mercredi 2 septembre 2026

Assimilation, mot tabou à l'AFO...

capture d'écran du texte du Droit

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L'organisme parapluie des Franco-Ontariens, l'Assemblée de la francophonie de l'Ontario, vient de faire avaler toute une couleuvre à une presse qui, comme d'habitude, connaît mal ou dissimule la véritable situation linguistique de l'Ontario français, pose trop peu de questions et vérifie encore moins les données...

Dans son Livre blanc (une émanation des récents États généraux de l'Ontario français) rendu public le 1er septembre 2026, l'AFO évoque un scénario démographique qui ferait passer «la population francophone (ontarienne) d'environ 738 000 personnes en 2024 à 1,23 million en 2050». Je n'ai vu aucune contestation de ces chiffres, ce qui me laisse croire que les journalistes ayant couvert cette nouvelle les ont acceptés comme factuels.

La réalité est mieux servie par les recensements fédéraux et les études réalisées par Statistique Canada sur les Franco-Ontariens. Au recensement de 2021, on dénombrait près de 525 000 francophones en Ontario selon le critère de la langue maternelle, et seulement 292 000 en utilisant comme repère la langue la plus souvent parlée à la maison, plus fiable que le précédent. Et ces chiffres sont stagnants ou en baisse - en nombres absolus - depuis une quinzaine d'années.

Les repères délirants utilisés par l'AFO et même ceux du gouvernement ontarien font fi d'une réalité où l'assimilation taille en pièces à tous les ans ce qui reste de l'ancien Ontario français. Dans son tour d'horizon de la situation de la francophonie ontarienne, le Livre blanc de l'AFO ne mentionne pas une seule fois les mots assimilation, anglicisation ou même transferts linguistiques. Aucune analyse, aucune donnée, silence total sur une réalité qui crève pourtant les yeux.

Au contraire, l'AFO tente de faire croire que la décroissance du français en Ontario se situe uniquement dans les proportions, et non dans les chiffres absolus. Que somme toute, il continue à y avoir croissance. Les recensements contredisent cette affirmation. Alors quand l'organisme franco-ontarien dit utiliser des critères qui donnent près de 800 000 francophones en Ontario, on devrait sourciller. Même les chiffres du gouvernement ontarien (plus de 650 000) feraient sourire les experts en démographie linguistique.

L'Assemblée de la francophonie reconnaît implicitement l'agonie des Franco-Ontariens traditionnels en affirmant que «la plus grande part» des ajouts requis pour atteindre «1,23 million de francophones en 2050» (!!!) seront des immigrants. L'AFO ne semble pas au courant que les immigrants francophones ne sont guère plus résistants à l'anglicisation que les Franco-Ontariens de souche canadienne-française. Le taux d'assimilation global, qui dépasse déjà les 40%, ne diminuera pas.

L'objectif de permettre à la francophonie ontarienne de revenir aux proportions de 1971) où elle formait 6% de la population totale de la province est fort louable. Mais ce 6% de 1971 était fondé sur le critère de la langue maternelle. Si on réutilise ce critère en 2026, le point de départ est de 525 000, et non 738 000 (ça vient d'où?). Et dans un contexte d'assimilation oscillant auront de 40%, il faudra soustraire quelque 200 000 anglicisés à ce 525 000. Pour atteindre une proportion de 6%, il faudra en 24 ans trouver 900 000 nouveaux francophones... qui ne s'angliciseront pas...

À Toronto et à Ottawa, les gouvernements de la majorité anglo-ontarienne et de la majorité anglo-canadienne ne gaspilleront longtemps pas des milliards de $ dans un projet qu'ils sauront vite futile. Attendez qu'ils prennent connaissance, l'an prochain, des données du recensement de 2026... Ça ne sera pas beau à voir...

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capture d'écran du Livre blanc de l'AFO
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Lien au Livre blanc de l'AFO - https://livreblanc.monassemblee.ca

mardi 1 septembre 2026

Le Montreal Gazette n'aurait pas fait mieux...

caricature de Godin dans Le Devoir, 1er septembre 2026


Je m'attendais à de sales coups contre le Parti Québécois et son chef mais je n'aurais pas cru que l'un des pires puisse émaner de notre quotidien national, Le Devoir. Cette caricature de Godin, publiée le 1er septembre en page éditoriale, aurait occupé une place de choix dans les médias anglo-canadiens à l'époque des croisades les plus venimeuses contre la Quebec language police.

Elle a tout pour plaire aux ténors du multiculturalisme anglo-dominant, qui voient dans tout effort de protection ou de promotion du français une manifestation de xénophobie, ou pire, de racisme ou de nazisme. Sous le titre Français: le PQ s'attaquera à la langue de socialisation dans les écoles, le caricaturiste présente Paul St-Pierre Plamondon en préfet de discipline grimaçant de colère qui savonne la langue d'un écolier sans doute attrapé à parler l'anglais, ou une langue autre que le français, dans les couloirs de son école.

Ce coup de crayon est outrancier pour deux motifs principaux: d'abord il déforme manifestement les propos tenus par PSPP lors de l'annonce de son programme contre le déclin du français et, secundo, il démontre une ignorance de la dynamique de l'assimilation linguistique au Québec et au Canada, dont l'érosion du français comme langue de socialisation scolaire est l'une des manifestations les plus évidentes. Allez en parler aux Franco-Ontariens. Ils ont étudié le phénomène ad nauseam et tenté toutes les approches imaginables, du bâton à la carotte, pour endiguer l'envahissement de l'anglais (et d'autres langues) dans les écoles de langue française.

Cette situation paraît avoir été moins étudiée au Québec mais devant le déclin rapide du français dans la région métropolitaine, y compris dans les couloirs des écoles, le Parti Québécois propose la tenue d'une enquête sur la langue de socialisation des jeunes à Montréal et à Laval, deux des régions les plus à risque. Il aurait pu ajouter Gatineau et le Pontiac à sa courte liste. Des journalistes ont demandé à PSPP si un gouvernement péquiste interviendrait ou réglementerait la langue parlée dans les écoles, et celui-ci a répondu sagement: ça dépend de ce qu'on apprendra. Rien de plus. Rien qui puisse justifier l'image éditoriale du Devoir.

Dans le cirque médiatique québécois, écorcher le PQ a trop souvent bonne presse. On devine pourquoi, mais je ne m'étendrai pas sur la stigmatisation parfois wokisante des projets identitaires au Québec. La saison de chasse est toujours ouverte et on a la gâchette facile. Il y a deux ans, lors d'une incursion en territoire franco-ontarien, le Journal de Montréal a publié quelques textes sur le problème évoqué par le PQ. «Dans les couloirs des écoles françaises de la province, c’est surtout en anglais que ça se passe», lançait le journaliste dans sa toute première phrase... En Ontario, malgré moult tentatives, on n'a trouvé aucune solution, mais l'idée de punir les élèves qui parlent anglais entre eux n'a plus cours depuis longtemps. Ça ne fonctionne pas.

Il y a fort à parier qu'un gouvernement péquiste, ayant mis en marche son étude dans les milieux scolaires, aurait pris connaissance de projets similaires dans les collectivités francophones ailleurs au Canada. Personne n'aurait proposé, même au sens figuré, de savonner la langue d'un élève inoffensif avec un «savon du pays».

Les quotidiens montréalais, sans doute bien au fait de l'anglicisation des couloirs d'écoles françaises dans la métropole, auraient dû féliciter PSPP de son initiative. C'était sans doute trop espérer... Au Devoir, aujourd'hui, on l'a savonné méchamment... C'est regrettable, parce que j'aime bien les dessins de Godin...

lundi 31 août 2026

Élections du 5 octobre... Les médias et l'avenir du français... Indifférence? Ignorance?

photo de la page 4 du Devoir du 31 août 2026

Au moment où les francophones s'apprêtent à devenir minoritaires sur l'île de Montréal, à Laval et au centre-ville de Gatineau, au moment où ce qui reste de l'esprit de la Loi 101 vacille sous les assauts répétés de la Charte des longs couteaux, au moment où toutes les études sérieuses documentent avec une précision chirurgicale le déclin du français au Québec (et au Canada), on s'attendrait que la défense et la promotion de la langue française trônent au sommet des priorités électorales...

Mais non. Dans cette nième élection «tous contre le PQ», les «médias» donnent parfois l'impression de vouloir ajuster plus qu'il ne faut les événements à leur propre agenda. Et clairement, si je me fie aux premiers jours de la campagne, personne ne s'intéresse trop au sort de notre langue commune et officielle malmenée. Le traitement carrément médiocre de l'annonce des priorités linguistiques du Parti Québécois (voir lien en bas de page) en fait foi.

Dans Le Devoir (édition papier que je reçois à domicile), les engagements de Paul St-Pierre Plamondon pour renverser «le pire déclin du français de notre histoire moderne» n'ont valu que quelques paragraphes d'un texte synthèse sur la journée électorale, et un sous-titre en page 4 où «déclin du français» est inséré entre guillemets, comme si cela pouvait ne pas être vrai. Dans l'édition numérique de La Presse, on a titré sur une critique de Pierre Fitzgibbon contre un candidat péquiste, se contentant d'un renvoi en bas de texte à un autre article sur le site Web du journal, où on donne au PQ un air de police de la langue dans les couloirs des écoles...

Aucun des journalistes présents ne semble avoir posé de questions visant à approfondir une situation décrite comme «catastrophique», ou même à interroger PSPP sur ce que le PQ ferait advenant un rejet de la Loi 96 ou de la Loi 21 en Cour suprême fédérale. La CAQ a déjà indiqué qu'elle obéirait à un jugement défavorable au Québec. Que ferait le PQ? Oserait-il défier les juges des longs couteaux, comme il a défié en 2022 la disposition constitutionnelle qui obligeait ses députés élus à prêter serment au roi Charles III? La réponse aurait été fort intéressante.


Capture d'écran de La Presse. Notez la petite mention coin droit, en bas de page... Voici le lien au texte en question : https://www.lapresse.ca/elections-quebecoises/2026-08-30/protection-du-francais/le-pq-veut-enqueter-sur-la-langue-de-socialisation-dans-les-ecoles.php

Cette relative absence d'interrogations sur l'avenir du français, ainsi que la maltraitance médiatique de ce thème, sont bien plus que les symptômes d'une indifférence générale. C'est davantage l'aboutissement d'une ignorance de la gravité de la situation, au sein de la collectivité journalistique. Très peu de journalistes se sont donné la peine de fouiller dans les études existantes, ou les recensements, pour étoffer leurs articles. L'unilinguisme de Michael Rousseau, l'absence de service en français dans un Tim Hortons, une poursuite judiciaire en francophonie minoritaire, quelque incident fera de temps à autre la manchette. Après, plus rien...

Puis arrive une campagne électorale, où les politiciens carburent aux grands enjeux que propulsent en tête de palmarès des sondages aussi fréquents que répétitifs; comme si la popularité d'un thème devenait le principal critère de sa véritable importance. Il y a quelques jours, le média coopératif Le Droit a proposé un questionnaire à son lectorat (vous pouvez le voir ci-dessous). Un vox pop qui a peu de valeur scientifique, et qui en dit autant sur ses concepteurs que sur ses utilisateurs. 



Économie, santé, habitation, éducation, souveraineté. Prévisibles. Et pourtant, ce média de Gatineau d'origine franco-ontarienne a milité pendant plus de 110 ans pour la pérennité d'une langue française qui vit constamment sous la menace. La ville de Gatineau s'anglicise désormais à la vitesse grand V. La région du Pontiac, tout près, traite ses francophones comme des citoyens de seconde classe depuis plus d'un siècle. Les luttes d'un Ontario français agonisant sont à jet de pierre. La francophonie montréalaise frôle la catastrophe. L'avenir du français ne vaut-il pas au moins une insertion comme thème électoral dans ce petit questionnaire médiatique? Bruits de criquets...

Je désespère de voir la collectivité journalistique comprendre le caractère primordial du sort réservé à la langue française, «ce que nous avons (comme nation) de plus précieux», dit PSPP. Tenant compte de la gravité de la situation actuelle, j'aurais voulu que le Parti québécois (personne d'autre ne le ferait) propulse la situation du français au centre de l'arène électorale et l'y maintienne jusqu'au jour du scrutin. C'est sans doute trop espérer. Même au sein du parti que je soutiens depuis sa fondation en 1968, comme chez les autres, le bon vieil électoralisme finit trop souvent par dominer, surtout dans les mois précédant le scrutin. 

Journalistes et politiciens savent-ils que ces élections du 5 octobre sont peut-être notre dernière chance d'affirmer une cohésion nationale capable de remettre le Québec français sur les rails, en attendant - qui sait - le jour tant attendu de l'indépendance?

Lampion à St-Jude...

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Lien au texte numérique du Devoir du 31 août sur le PQ, plus complet que le texte de l'édition papier - https://www.ledevoir.com/politique/quebec/1005113/pq-donne-quatre-ans-renverser-declin-francais?



dimanche 30 août 2026

Mommy... Daddy... Nous y sommes...



La chanson Mommy Daddy a été écrite en 1971 par Marc Gélinas et Gilles Richer. Chantée d'abord par Dominique Michel et Marc Gélinas, elle a été interprétée par la suite par Pauline Julien, Fred Pellerin et bien d'autres. Lancée dans le turbulent sillage de la crise d'octobre 1970, Mommy Daddy propose une conversation entre des parents qui parlent encore français et leur(s) enfant(s) qui ne parlent qu'anglais: le moment précis où la transmission du français d'une génération à l'autre cesse. Pour de bon.

Si les personnages étaient fictifs, la situation évoquée dans cette chanson ne l'était pas. L'assimilation avait emporté des pans entiers de la francophonie nord-américaine, notamment aux États-Unis et dans les provinces canadiennes à majorité anglaise. En 1971, le phénomène se pointait déjà au Québec. Dans une région comme le Pontiac, en Outaouais, où l'extinction du français était engagée, les unilingues anglais portant nom de famille français se voyaient partout.

Pour l'immense majorité des Québécois de langue française, cette chanson nostalgique n'avait rien à voir avec leur réalité. Du moins pas celle de l'époque militante du début des années 1970 où tous les espoirs étaient permis. Les choses ont bien changé au cours du dernier demi-siècle. Aujourd'hui, Mommy Daddy n'est plus seulement au menu quotidien des Acadiens et Canadiens français hors Québec assiégés. Une anglicisation pernicieuse frappe désormais aux portes de l'île de Montréal, de Laval, de l'Outaouais et ailleurs au Québec.

Écoutez les gens parler. Dans la rue. À la télé. Regardez ce qu'on écrit sur les réseaux sociaux. L'anglais s'infiltre partout et la qualité de ce qui reste en français dépérit à vue d'oeil. Nous approchons du point de bascule. S'il reste quelque volonté de monter aux barricades pour l'avenir de notre langue commune, c'est maintenant ou jamais. Le PQ doit mettre ce thème au coeur de ses revendications durant la campagne en vue des élections du 5 octobre. 

Nous n'avons plus de temps! Sinon, on entendra bientôt un peu partout: «Oh Mommy, tell me why it's too late. Too late. Much too late!»

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Lien à la chanson Mommy Daddy, par Dominique Michel et Marc Gélinas - https://www.youtube.com/watch?v=2cAFl50qhpg

vendredi 21 août 2026

Des faits. Rien que des faits, SVP!!!

la une du Devoir du 19 août 2026


Le devoir de tout journaliste est de rapporter des faits. Rien que des faits. Des chroniqueurs ou des éditorialistes peuvent par la suite les analyser et en tirer certaines conclusions. Pas les reporters, qui ont l'obligation de présenter, sans plus, un portrait factuel d'une situation ou d'un événement. Et leurs patrons, qui confectionnent les titres et déterminent le placement dans les pages, ont le devoir de s'en assurer.

Alors que penser de cette manchette de la page une du Devoir publiée le 29 août 2026, laissant entendre que «nombre d'enseignants» (c'est vague à souhait) au Québec sont victimes d'insultes et de racisme (racisme est le mot clé ici) de la part d'élèves? L'image suggérée est celle de profs «racisés» (comprendre non blancs) issus de l'immigration, subissant des manifestations de racisme émanant de jeunes Québécois de souche, blancs.

C'est grave. Très grave, étant donné que la manchette de la une est en principe la nouvelle la plus importante du journal et qu'elle est censée s'appuyer sur l'information rapportée par l'auteur du texte. Alors qu'en est-il? Quels sont les faits, les véritables faits sur lesquels le journaliste et les cadres du Devoir se fondent pour conclure à un niveau de racisme tel que de nombreux enseignants «racisés» songent à quitter ou abandonnent réellement leur emploi?

Fait numéro 1 : trois élèves d'une école privée montréalaise ont été suspendus en juillet 2026 pour avoir tenu des propos «racistes et dégradants» à l'endroit de leur enseignant «racisé». Ces propos ont été entendus parce que les micros d'une classe virtuelle avaient été allumés par erreur. Trois élèves ont été suspendus, leurs parents ont été rencontrés et les auteurs des propos «irrespectueux» ont pu réintégrer la classe au cours suivant.

Fait numéro 2 : il n'y en a pas... N'en cherchez pas.

Le reste n'est que déduction et ajout d'un contexte imprécis, orienté, qui n'a rien de spécifique à voir avec l'incident à cette école privée Succès scolaire. Dès le premier paragraphe du texte, le reporter indique que cet incident dans une école non publique «témoigne des défis que rencontrent nombre d'enseignants racisés au Québec, dont la rétention dans nos écoles est pourtant essentielle, soulève une série d'intervenants»...

«L'intolérance vécue cet été dans une classe de l'école Succès scolaire ne constitue d'ailleurs pas un cas isolé, loin de là», affirme le reporter du Devoir. Des faits à l'appui de cette affirmation? Des chiffres? Des études portant sur ce phénomène? Non...

Le premier «intervenant» de la «série» évoquée à la une, Annie-Christine Tardif, v.-p. de la Fédération autonome de l'enseignement (FAE), se contente d'une affirmation vague au possible après avoir été informée de l'incident à l'école privée. «C'est certain (!) que ce sont des situations qui semblent (!) se présenter de plus en plus souvent», dit-elle. Des exemples? Non! Si c'est «certain», on a des preuves. Le mot «semble» accentue le doute quant à la certitude de l'affirmation. 

Le texte mentionne une étude à laquelle a collaboré la FAE, parue en février dernier, mais celle-ci parle principalement d'intolérance quant à la diversité sexuelle et la misogynie. Le journaliste précise que selon «les intervenants joints par Le Devoir», on y fait aussi état de «plusieurs propos s'attaquant à des enseignants en raison de la couleur de leur peau». Aucune indication du nom d'un ou des auteurs de cette affirmation. Aucun exemple.

Au paragraphe suivant, la 2e v.-p. du conseil exécutif de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), Valérie Fontaine, «soupire» qu'il existe une montée de la «violence très haineuse» (!), «un peu partout, sur tous les sujets»! Compte tenu de cette omniprésence d'une «violence très haineuse« (c'est bien pire que des insultes verbales...), les exemples auraient dû pleuvoir. Non. Rien. Faut croire sur parole... Mais selon elle, il y un risque que cette «intolérance» nuise à la «rétention» du personnel enseignant racisé ou membre de la diversité sexuelle. Une opinion. Aucun fait.

Ce risque s'accroît si «les attaques subies sont récurrentes», ajoute Anastasie Amboulé-Abath, prof à l'UQ à Chicoutimi. Les attaques? Quelles attaques? On parle de trois élèves d'une école privée à Montréal ayant tenu des propos injurieux et racistes à l'endroit d'un seul enseignant. C'est le seul fait en cause. Alors de quelles attaques parle-t-elle? Et là on entre dans les «si», dans les faits qui risquent de se produire. «Si ça (?) arrive à tout moment, c'est normal que la personne décide de partir». Non mais d'où ça sort? Et quel est le lien avec l'incident du départ?

Le texte du Devoir poursuit en affirmant que «syndicats et experts» (lesquels?) plaident pour un meilleur soutien aux enseignants victimes d'intolérance. Pas question de racisme ici. Et surtout pas d'exemple d'enseignants «abandonnés» par leur direction. Ni de rapport avec l'incident à Montréal où les coupables ont été réprimandés et où l'enseignant visé n'a pas quitté son emploi.

Relisez ce texte. À partir d'un incident, grave, soit, dans une école privée de la métropole, on élargit le sujet à l'ensemble du Québec sans ajouter un iota de faits nouveaux et pire, la direction du Devoir propulse en manchette de la page une ce texte pour le moins incomplet. Il y a là des fautes professionnelles que le journal lui-même doit assumer. Voilà. J'ai dit ce que j'avais à dire.

Lisez vous-mêmes le texte du Devoir et tirez-en vos propres conclusions. Je ne prétends pas que les conclusions du reporter soient fausses. Ce que j'affirme c'est qu'aucun fait ne vient les soutenir au-delà de l'incident à l'école Succès scolaire...

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mardi 18 août 2026

Cher Air Canada...

Tout ce que je voulais, c'était parler à un représentant humain d'Air Canada pour obtenir les coordonnées d'un autre être humain à qui j'aurais pu expliquer ou poster une plainte concernant mon expérience du 14 août 2016. J'ai découvert un mur numérique infranchissable qui nous oblige à nous adresser à des robots stupides. Je n'ai rejoint personne, je n'ai trouvé aucun responsable francophone des plaintes. Il ne me reste qu'à publier ce texte de blogue comme une bouteille lancée dans le marécage air-canadien, en espérant qu'elle soit cueillie par une vraie personne, en chair et en os. Pour le moment, j'ai peu d'espoir...

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photo prise à Signal Hill, St. John's, Terre-Neuve


 À qui de droit,

J’aimerais par la présente vous faire connaître mon mécontentement après l’expérience de nos vols du vendredi 14 août de St. John’s (T.-N.) à Halifax, puis de Halifax à Ottawa.

Commençons par le pire. Au moment de transférer les bagages du premier avion au deuxième, nos valises (la mienne, celle de mon épouse et toutes les autres) ont été laissées sur le tarmac à Halifax pendant une forte averse de pluie.

Quand nous avons récupéré nos bagages à l’aéroport d’Ottawa, ils étaient trempés, extérieur comme intérieur, et l’une des valises était endommagée. Nous avons dû la mettre aux ordures. Je considère l’abandon des valises à la pluie comme de la négligence majeure.

Nous n’avons reçu aucune explication et encore moins d’excuses du personnel ou d’Air Canada.

Par ailleurs, nous avions choisi de voler avec Air Canada mais à notre surprise nous étions à bord de petits turbopropulseurs de Pal Airlines où l’espace est limité et la technologie nulle. À côté de notre avion nous voyions l’Airbus 220 du vol Halifax-Montréal aux couleurs d’Air Canada… Dites-moi que nous avons payé moins cher SVP… ça me consolerait un peu.

Je n’ai rien à redire au sujet des langues officielles ou du personnel, fort courtois. Les systèmes de son, par contre, rendaient parfois les messages aussi difficiles à comprendre en français qu’en anglais.

Un mot sur le service collation pendant le vol. Ça ne me dérangerait pas de payer 10$ de plus pour avoir autre chose qu’une mini-sac de bretzels secs ou un petit biscuit au chocolat Célébration…

Bien à vous,

Pierre Allard, client insatisfait.

Gatineau, 17 août 2026


Une réponse provenant d'un humain, si telle chose existe toujours à Air Canada, serait appréciée...

 

 

mercredi 29 juillet 2026

La seule langue en danger, au Québec comme en Ontario, c'est le français!

J'ai lu avec beaucoup d'intérêt les commentaires reçus après publication des tableaux ci-dessous il y a quelques jours. Un gros merci à tous. Chacun était instructif. Voici maintenant mon interprétation.
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Regardons d'abord ce que le tableau ci-dessous ne dit pas. Il ne donne aucune indication de la langue maternelle des répondants, ni de leur usage ou pas de cette langue maternelle à la maison, au travail, dans leurs loisirs ou ailleurs. Ces données (tableaux 1 et 2), que j'ai extraites des recensements fédéraux de 2006, 2011, 2016 et 2021, ne concernent donc que la capacité de soutenir une conversation en français, en anglais ou dans les deux langues officielles du Canada.

Même si elles proposent ainsi un portrait très incomplet de la dynamique linguistique québécoise et anglo-canadienne, elles sont cependant essentielles pour la compréhension de certains aspects fondamentaux de l'interaction du français et de l'anglais au Québec et dans les provinces à majorité anglaise (l'Ontario, notamment). Et même si la période évoquée est relativement courte (2006 à 2021), il est possible de dégager certaines tendances lourdes de conséquences. 


La conclusion la plus évidente: la seule langue en danger, au Québec comme en Ontario, c'est le français. La différence, c'est que le déclin du français au Québec n'a pas encore atteint son rythme de croisière, alors qu'en Ontario il s'approche de l'agonie. Une autre conclusion qui s'impose: la similitude des tendances linguistiques chez les Anglo-Québécois et les Anglo-Ontariens, les premiers se comportant davantage comme membres de la majorité anglophone du pays qu'en tant que minoritaires dans un Québec qui se veut français.

Une analyse de la connaissance des langues officielles démontre d'abord une seule baisse, systématique: l'«unilinguisme»1 français, au Québec comme ailleurs au pays, poursuit une érosion amorcée depuis plus de 60 ans. Pourquoi cela-t-il de l'importance? La proportion d'unilingues français constitue un bon indicateur de la capacité de vivre uniquement, normalement, en français dans une société, sur un territoire, dans un pays. Ici, en Amérique du Nord, dans une société anglo-américaine dominante et envahissante, une croissance excessive du nombre de bilingues chez les francophones, accompagnée d'un déclin de l'unilinguisme, annonce des transferts linguistiques vers l'anglais: l'assimilation!

Les données sur l'Ontario (tableaux 1 et 2) sont éloquentes. Entre 2006 et 2021, le nombre d'unilingues français, déjà marginal, a diminué de 49 210 à 39 310 (de 0,41% de la population ontarienne à 0,27%). Si on retourne aux recensements de 1961 et 1971, il y avait plus de 90 000 unilingues français en Ontario (environ 1,5% de la population de l'Ontario). La disparition de tous les quartiers urbains franco-ontariens au cours du dernier demi-siècle et l'anglicisation plus rapide des zones rurales traditionnellement francophones en sont témoins.

Pendant ce temps, au Québec, le nombre et la proportion d'unilingues anglais a repris sa croissance après les exodes liées aux élections et référendums du Parti québécois. Une augmentation de 110 000 en quinze ans (de 4,5% à 5,3%)! Dans la grande région montréalaise où les anglos sont concentrés, il est relativement facile de se passer du français. Des Michael Rousseau poussent à tous les coins de rue... L'affirmation d'un nouvel unilinguisme anglais dans la métropole québécoise n'augure rien de bon pour l'avenir d'un Québec français.

Il y a 65 ans, au recensement de 1961, environ 62% de la population québécoise était unilingue française. Rendus en 2006, cette proportion avait chuté à 53,9%. En 2021, pour la première fois, les francophones unilingues sont minoritaires (47,3% de la population). J'ai la conviction que les chiffres du recensement de 2026 (qui seront dévoilée à l'été ou à l'automne 2027) confirmeront une accélération catastrophique de cette tendance. Du côté de l'Ontario, où rien ne menace la langue dominante, la proportion d'unilingues anglais reste stable depuis 2006 (de 85,9% à 86,5%).

Évidemment, au Québec, le recul de l'unilinguisme français a été compensé par une augmentation du bilinguisme français-anglais, de 40,6% en 2006 à 46,4% en 2021. Au prochain recensement (celui de cette année), le nombre de bilingues dépassera le nombre d'unilingues français (c'est déjà le cas dans trois des quatre plus grandes villes du Québec - Montréal, Laval et Gatineau). Pour ceux que cela intéresse, en 1961, la proportion de bilingues au Québec n'était que de 25%... Quand la majorité des Québécois francophones seront bilingues, le français sera en voie de louisianisation...Comparez ça à la stagnation et même au recul du bilinguisme en Ontario (de 11,5% en 2006 de la population totale à 10,78% en 2021). Plus de 90% des francophones hors Québec (et sans doute des Franco-Ontariens) sont bilingues et s'anglicisent à vue d'oeil.

En Ontario, dans une municipalité où 75% des habitants sont anglophones et 25% francophones, le 25% s'anglicise à la vitesse grand-V. Au Québec, dans une municipalité où 75% des habitants sont francophones et 25% anglophones, le 25% anglicise la majorité francophone, lentement au départ puis à vitesse croissante. Quand vous comprenez ce phénomène, les chiffres ci-haut s'expliquent facilement et vous savez comment l'histoire finira si le Québec ne devient pas un État unilingue français et souverain...

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1 - par unilingue, j'entends ne connaître qu'une seule des deux langues officielles. Cela signifie être unilingue au regard des langues officielles du Canada. Une personne pourrait parler anglais, portugais, italien et russe mais pour les fins du recensement, elle est en quelque sorte unilingue anglaise en matière de langues officielles. La plupart des répondants, cependant, sont réellement unilingues.