Lettres du front
jeudi 2 juillet 2026
La manchette est un questionnaire…
mercredi 1 juillet 2026
Les livres d'histoire ne servent plus à grand-chose...
1er juillet 2026...
La trilogie est complète. Avec la publication, aujourd'hui, de son message de la Fête du Canada, succédant à ceux de la Journée du multiculturalisme (27 juin) et de la Saint Jean-Baptiste (24 juin), l'Assemblée de la francophonie de l'Ontario (AFO) vient d'étaler en trois versements un aperçu de sa vision de l'Ontario français au sein du Canada de 2026. Et de mon point de vue, elle est inquiétante.À la fin de mon texte de blogue du 27 juin (voir lien en bas de page), je concluais, après lecture des communiqués officiels sur la Journée du multiculturalisme et de la Saint Jean-Baptiste, que «le discours public des dirigeants franco-ontariens trahit leur passé, sabote le présent et laisse l'avenir à l'abandon». Le message ci-haut de l'AFO à l'occasion de la Fête du Canada (le meilleur des trois) vient malheureusement confirmer mes perceptions.
Après un début prometteur visant à souligner 411 ans de présence française en Ontario, l'AFO dit: «Depuis des générations, les francophones participent à la construction, au développement et à l'enrichissement de notre société.» On aurait pu écrire quelque chose comme: depuis plus d'un siècle, les Franco-Ontariens (aujourd'hui on préfére francophones, ça fait plus inclusif...) luttent pour leur droit d'étudier, de travailler et de vivre en français, et ainsi pouvoir, dans leur langue (officielle), participer à la construction, au développement et à l'enrichissement de la société.
La Fête du Canada ne doit pas occulter l'histoire des combats passés et actuels des Franco-Ontariens. Si, comme l'AFO l'écrit avec raison, «le français parlé en Ontario demeure l'un des plus précieux héritage que nous transmettons aux générations futures», elle a aussi le devoir de toujours rappeler à l'ensemble du pays et aux nouveaux arrivants que cet héritage a été acquis de haute lutte. Par des mamans avec des épingles à chapeau, par des collectes de fonds pour la survie des écoles françaises, par des mouvements et grèves d'étudiants pour obtenir une gouvernance franco-ontarienne de leurs institutions. Et bien plus.
Le communiqué de l'AFO ajoute: «En le valorisant (le français), en le protégeant et en le faisant rayonner, nous contribuons à bâtir un Canada plus inclusif, plus fort et plus fidèle à sa dualité linguistique.» On ouvre ici, tant soit peu, une fenêtre sur la réalité en évoquant le besoin de valoriser et de protéger le français en Ontario. Et, par la bande, le statut officiel du français au Canada qui lui confère primauté sur les langues non officielles, même quand les ressortissants de ces autres langues dépassent en nombre les francophones. Faudrait insister davantage.
Cette dualité fondamentale est par ailleurs absente du titre du message: «La fête du Canada: l'Ontario français, au coeur de notre identité nationale». NOTRE identité nationale? Ai-je bien compris? Les Franco-Ontariens participent à une identité nationale pan-canadienne? Telle chose n'a jamais existé. La fête nationale des Franco-Canadiens, y compris en Ontario, a toujours été la Saint Jean-Baptiste. Peut-être peut-on concocter une identité canadienne, mais pas une identité nationale. Deux, peut-être, une anglaise, une française (non je n'oublie pas les Autochtones).
Historiquement, et même aujourd'hui, seuls les Anglo-Canadiens ont vu le Canada comme leur «nation». Ottawa est leur capitale nationale. Avec près de 80% de la population, après tout, c'est leur pays. Ce sont eux qui gouvernent, qui décident. Toujours. La nation française du Canada, concentrée au Québec (lui-même devenu nation), a toujours été minoritaire, et jamais égale en dépit de son statut officiel. Les Franco-Ontariens en savent quelque chose! Alors quand l'organisation représentant la plus importante minorité de langue française au Canada demande de célébrer la fête de «notre cher pays» les 1er juillet, je me dis que les livres d'histoire ne servent plus à grand chose.
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Lien à mon texte de blogue du 27 juin sur la Journée du multiculturalisme - https://lettresdufront1.blogspot.com/2026/06/multiculturalisme-1-saint-jean-baptiste.html
Lien à mon texte de blogue du 24 juin sur la Saint Jean-Baptiste https://lettresdufront1.blogspot.com/2026/06/je-suis-bouche-bee.html
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Épilogue...
Rappel de mon texte de blogue du 11 décembre 2014, portant sur les fêtes du 1er juillet 1967 (centenaire du Canada) et des objections d'un groupe de jeunes Franco-Ontariens dont j'étais, ainsi que de la réaction des dirigeants franco-ontariens.
mardi 30 juin 2026
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lundi 29 juin 2026
Navire à la dérive?
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Entre la planète Mars et les îles Seychelles
samedi 27 juin 2026
Multiculturalisme 1, Saint Jean-Baptiste 0
vendredi 26 juin 2026
Et l'apparence de neutralité des journalistes?
26 juin 2026...
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| capture d'écran du Journal de Montréal |
Intéressant de voir le débat sur la laïcité se transporter à l'extérieur du Québec. Chez nous, la question a été tournée, retournée dans tous les sens et même s'il y a toujours des étincelles, le débat fait partie du quotidien. Nous nous y sommes habitués. Mais voilà que la chicane pogne au coeur des Prairies, à Regina, capitale de la Saskatchewan.
Eux, sont habitués à jeter un regard sévère sur les élans de laïcité québécois style Loi 21, poussant à l'occasion des cris d'indignation devant ce qu'ils perçoivent comme des formes de xénophobie, d'islamophobie ou de racisme. Mais voilà que Regina vient de permettre un appel public à la prière de la mosquée locale, lancé d'un haut-parleur sur le sommet d'un édifice en plein centre-ville.
Pensez-vous que les élus municipaux ont été couverts de félicitations et de gerbes de fleurs? Non, les réseaux sociaux ont pris feu sous une accumulation de protestations, de propos souvent haineux et même de menaces, au point où la police de Regina fait enquête. Selon le Journal de Montréal, qui cite Global News, une présence policière accrue est prévue aux alentours des rassemblements musulmans.
Des médias locaux et canadiens ont fini par s'emparer de l'affaire et consacrer quelques reportages que j'ai trouvés plutôt doucereux. Mais de mon point de vue de journaliste, ce qui surprend le plus dans cette couverture médiatique, c'est que CBC et Global News aient affecté à cette nouvelle des femmes musulmanes voilées: Aishah Ashraf (CBC) et Sania Ali (Global). Je trouve cela plutôt inquiétant, sur le plan de l'intégrité de l'information, de confier une affectation portant sur la religion musulmane à des reporters qui portent des signes religieux musulmans.
Allez faire un tour dans les médias (CBC, Global, Regina Leader Post, plusieurs pages Facebook) et renseignez-vous. Suffit de dire que nombre de commentaires sont d'une violence verbale qui fait sursauter. Voir par exemple ci-dessous:
Des médias locaux et canadiens ont fini par s'emparer de l'affaire et consacrer quelques reportages que j'ai trouvés plutôt doucereux. Mais de mon point de vue de journaliste, ce qui surprend le plus dans cette couverture médiatique, c'est que CBC et Global News aient affecté à cette nouvelle des femmes musulmanes voilées: Aishah Ashraf (CBC) et Sania Ali (Global). Je trouve cela plutôt inquiétant, sur le plan de l'intégrité de l'information, de confier une affectation portant sur la religion musulmane à des reporters qui portent des signes religieux musulmans.
Si la neutralité religieuse de l'État se défend, celle de la presse s'impose. Neutralité religieuse bien sûr. Neutralité tout court! Les médias professionnels doivent non seulement être neutres, ils doivent en donner l'apparence. Je ne dis pas que les reportages de Mmes Ashraf et Ali ont souffert de leur engagement religieux mais le public qu'elles rejoignent (ainsi que les personnes qu'elles interviewent) seraient en droit de s'interroger sur leur neutralité en les voyant.
Qu'aurait pensé le directeur de la mosquée de Régina s'il avait vu arriver un reporter juif portant kippa, ou un chrétien zélé avec une croix au cou? Se serait-il méfié? Voyait-il donc ces deux journalistes voilées comme des amies, des alliées, ou des fidèles sur lesquelles il pouvait exercer une influence? Global News et CBC auraient-ils osé envoyer Mmes Ali et Ashraf couvrir une manif de Juifs militants appuyant les agressions israéliennes, ou même un rassemblement de gens de Regina opposés aux appels musulmans à la prière?
La seule quête d'un journaliste, ce sont les faits. Rien que les faits. Si on réussit à présenter tous les faits au lectorat, ce dernier sera bien placé pour comprendre ce qui se passe et former une opinion. Tout ce qui nuit à la collecte des faits, et cela inclut la tenue vestimentaire du journaliste, doit être banni. On n'arbore pas une épinglette «Je suis athée» à une manifestation d'intégristes religieux. On ne porte pas un t-shirt «Je suis indépendantiste» au congrès libéral. Et on ne porte pas un hijab pour couvrir une réunion du Mouvement laïque local.
Je dois conclure que dans certaines grandes salles de rédaction au Canada anglais, le multiculturalisme débridé est devenu un dogme, au détriment de la neutralité de la cueillette d'information. Comme chef des nouvelles ou rédacteur en chef, j'aurais volontiers embauché ces deux journalistes, mais à la condition qu'elles ne portent pas de signes religieux (ou politiques, ou militants) ostentatoires à l'ouvrage. Si elles choisissent leur religion avant leur emploi, elles s'excluent de la neutralité journalistique. Et quant à moi, elles s'excluent de la profession.











