14 février 2026...
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| Notez l'erreur... c'est bien L'Assemblée et non L'Association... |
Pour les besoins de la cause (celle de l'unité canadienne bien sûr), les dirigeants fédéraux ne parlent à peu près jamais de l'agonie du français dans la majorité des provinces à majorité anglaise, et même dans plusieurs régions limitrophes du Québec, en Ontario notamment.
Quiconque jette un sérieux coup d'oeil aux données des recensements fédéraux comprendra qu'en 2026, la situation des Franco-Ontariens a dépassé le stade d'alarmant pour atteindre le seuil du catastrophique, quoiqu'en disent les gouvernements fédéral ou ontarien et les organismes de l'Ontario français.
Chaque année, Ottawa débourse le sourire aux lèvres, l'optimisme hissé bien haut, des millions de dollars pour assurer ce qu'on appelle «la vitalité» ou la «pérennité» de la «communauté» franco-ontarienne et pour montrer «sa volonté de préserver la langue et la culture des Franco-Ontariens ainsi que d'en appuyer le développement».
Pas pour éviter l'abime de l'assimilation totale, pas pour réparer les injustices historiques et actuelles, pas comme réponse à une analyse objective du vécu des collectivités ontaroises... Ce serait avouer un péril susceptible de miner l'adhésion des Québécois à la fédération... Donc, langue de bois et pays des merveilles sont toujours au menu...
Mais le verbe fédéral n'a pas toujours été si doucereux. J'ai retrouvé dans ma documentation un discours prononcé le 8 mars 1969 à Toronto par Gérard Pelletier, ministre dans le premier gouvernement de Pierre Elliot Trudeau, M. Pelletier s'adressait à l'Assemblée provinciale des mouvements de jeunes de l'Ontario français (APMJOF) «pour dire ce que ce que le gouvernement fédéral avait l'intention de faire pour les Franco-Ontariens».
J'ai assisté en personne à ce discours, étant Franco-Ontarien à l'époque et, aussi, membre de l'équipe de direction de l'APMJOF. Et, le relisant, j'y ai trouvé une franchise enterrée depuis longtemps dans les milieux politiques et bureaucratiques de la capitale fédérale. La conférence de M. Pelletier avait eu lieu moins d'un an après l'annonce, par le gouvernement ontarien, de la création d'un réseau primaire et secondaire d'écoles françaises à travers la province. Une première pelletée de terre sur le cercueil du règlement 17, si l'on peut dire...
«Mais ces mesures sont encore toutes récentes, elles restent timides alors que s'imposerait un rattrapage massif et rapide», déclare le Secrétaire d'État fédéral. «Des cours de langue pour hauts fonctionnaires, quelques écoles secondaires, voilà certes des initiatives louables mais elles ne peuvent être comparées qu'à des mesures d'urgence. L'Ontario français est gravement menacé.»
Évoquant les données du recensement de 1961, les plus récentes disponibles en 1969, M. Pelletier poursuit: «Le taux d'anglicisation, pour la génération (de Franco-Ontariens) née en 1901, est de 23,6%; chez les Franco-Ontariens nés entre 1941 et 1946, c'est-àa-dire âgés aujourd'hui d'environ 25 ans, il est de 34,6%. Puis ce taux d'anglicisation passe à 42,2 et 45,9%, pour finalement atteindre 49% chez les citoyens d'origine française nés en 1956.»
«C'est-à-dire que la moitié de la population francophone de l'Ontario se trouve aujourd'hui en voie de s'angliciser. Face à cette réalité, je comprends que certains désespèrent et doutent que l'épanouissement du français en dehors du Québec soit encore possible», conclut le ministre Pelletier.
Ce diagnostic était posé à la fin des années 1960, alors que les taux d'anglicisation n'avaient pas encore atteint le point de non-retour dans nombre de régions. Les recensements subséquents ont permis de documenter l'accélération du phénomène d'anglicisation chez les Franco-Ontariens, en partie causé par la disparition de tous les quartiers francophones urbains de la province. Si Gérard Pelletier s'était adressé aux Ontariens de langue française en 2026, il aurait été complètement horrifié.
Ses successeurs à la tête des ministères responsables des langues officielles vivent dans un monde où les statistiques linguistiques sont tripotées (par leur propre personnel et par les organisations de la francophonie hors Québec) pour dissimuler l'ampleur du déclin de la langue française, partout au Canada y compris au Québec. Parfois, à les entendre, on pourrait croire que la francophonie se porte bien d'un océan à l'autre...
On n'a qu'à ouvrir les yeux et les oreilles pour se convaincre du contraire...








