mercredi 29 juillet 2026

La seule langue en danger, au Québec comme en Ontario, c'est le français!

J'ai lu avec beaucoup d'intérêt les commentaires reçus après publication des tableaux ci-dessous il y a quelques jours. Un gros merci à tous. Chacun était instructif. Voici maintenant mon interprétation.
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Regardons d'abord ce que le tableau ci-dessous ne dit pas. Il ne donne aucune indication de la langue maternelle des répondants, ni de leur usage ou pas de cette langue maternelle à la maison, au travail, dans leurs loisirs ou ailleurs. Ces données (tableaux 1 et 2), que j'ai extraites des recensements fédéraux de 2006, 2011, 2016 et 2021, ne concernent donc que la capacité de soutenir une conversation en français, en anglais ou dans les deux langues officielles du Canada.

Même si elles proposent ainsi un portrait très incomplet de la dynamique linguistique québécoise et anglo-canadienne, elles sont cependant essentielles pour la compréhension de certains aspects fondamentaux de l'interaction du français et de l'anglais au Québec et dans les provinces à majorité anglaise (l'Ontario, notamment). Et même si la période évoquée est relativement courte (2006 à 2021), il est possible de dégager certaines tendances lourdes de conséquences. 


La conclusion la plus évidente: la seule langue en danger, au Québec comme en Ontario, c'est le français. La différence, c'est que le déclin du français au Québec n'a pas encore atteint son rythme de croisière, alors qu'en Ontario il s'approche de l'agonie. Une autre conclusion qui s'impose: la similitude des tendances linguistiques chez les Anglo-Québécois et les Anglo-Ontariens, les premiers se comportant davantage comme membres de la majorité anglophone du pays qu'en tant que minoritaires dans un Québec qui se veut français.

Une analyse de la connaissance des langues officielles démontre d'abord une seule baisse, systématique: l'«unilinguisme»1 français, au Québec comme ailleurs au pays, poursuit une érosion amorcée depuis plus de 60 ans. Pourquoi cela-t-il de l'importance? La proportion d'unilingues français constitue un bon indicateur de la capacité de vivre uniquement, normalement, en français dans une société, sur un territoire, dans un pays. Ici, en Amérique du Nord, dans une société anglo-américaine dominante et envahissante, une croissance excessive du nombre de bilingues chez les francophones, accompagnée d'un déclin de l'unilinguisme, annonce des transferts linguistiques vers l'anglais: l'assimilation!

Les données sur l'Ontario (tableaux 1 et 2) sont éloquentes. Entre 2006 et 2021, le nombre d'unilingues français, déjà marginal, a diminué de 49 210 à 39 310 (de 0,41% de la population ontarienne à 0,27%). Si on retourne aux recensements de 1961 et 1971, il y avait plus de 90 000 unilingues français en Ontario (environ 1,5% de la population de l'Ontario). La disparition de tous les quartiers urbains franco-ontariens au cours du dernier demi-siècle et l'anglicisation plus rapide des zones rurales traditionnellement francophones en sont témoins.

Pendant ce temps, au Québec, le nombre et la proportion d'unilingues anglais a repris sa croissance après les exodes liées aux élections et référendums du Parti québécois. Une augmentation de 110 000 en quinze ans (de 4,5% à 5,3%)! Dans la grande région montréalaise où les anglos sont concentrés, il est relativement facile de se passer du français. Des Michael Rousseau poussent à tous les coins de rue... L'affirmation d'un nouvel unilinguisme anglais dans la métropole québécoise n'augure rien de bon pour l'avenir d'un Québec français.

Il y a 65 ans, au recensement de 1961, environ 62% de la population québécoise était unilingue française. Rendus en 2006, cette proportion avait chuté à 53,9%. En 2021, pour la première fois, les francophones unilingues sont minoritaires (47,3% de la population). J'ai la conviction que les chiffres du recensement de 2026 (qui seront dévoilée à l'été ou à l'automne 2027) confirmeront une accélération catastrophique de cette tendance. Du côté de l'Ontario, où rien ne menace la langue dominante, la proportion d'unilingues anglais reste stable depuis 2006 (de 85,9% à 86,5%).

Évidemment, au Québec, le recul de l'unilinguisme français a été compensé par une augmentation du bilinguisme français-anglais, de 40,6% en 2006 à 46,4% en 2021. Au prochain recensement (celui de cette année), le nombre de bilingues dépassera le nombre d'unilingues français (c'est déjà le cas dans trois des quatre plus grandes villes du Québec - Montréal, Laval et Gatineau). Pour ceux que cela intéresse, en 1961, la proportion de bilingues au Québec n'était que de 25%... Quand la majorité des Québécois francophones seront bilingues, le français sera en voie de louisianisation...Comparez ça à la stagnation et même au recul du bilinguisme en Ontario (de 11,5% en 2006 de la population totale à 10,78% en 2021). Plus de 90% des francophones hors Québec (et sans doute des Franco-Ontariens) sont bilingues et s'anglicisent à vue d'oeil.

En Ontario, dans une municipalité où 75% des habitants sont anglophones et 25% francophones, le 25% s'anglicise à la vitesse grand-V. Au Québec, dans une municipalité où 75% des habitants sont francophones et 25% anglophones, le 25% anglicise la majorité francophone, lentement au départ puis à vitesse croissante. Quand vous comprenez ce phénomène, les chiffres ci-haut s'expliquent facilement et vous savez comment l'histoire finira si le Québec ne devient pas un État unilingue français et souverain...

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1 - par unilingue, j'entends ne connaître qu'une seule des deux langues officielles. Cela signifie être unilingue au regard des langues officielles du Canada. Une personne pourrait parler anglais, portugais, italien et russe mais pour les fins du recensement, elle est en quelque sorte unilingue anglaise en matière de langues officielles. La plupart des répondants, cependant, sont réellement unilingues. 

mardi 28 juillet 2026

La dignité de la souffrance

capture d'écran du site Web Le Devoir

Je n'ai rien à redire sur l'argumentaire tissé par l'éditorialiste du Devoir, Marie Vastel, dans le cadre du débat sur l'extension de l'aide médicale à mourir aux personnes atteintes d'un trouble mental. Mais une partie de sa conclusion, partagée sans doute par une majorité de la population, m'irrite au plus haut point. Je la cite: «Dix ans d’aide médicale à mourir au Canada ont permis des avancées majeures pour une fin de vie non plus condamnée à la souffrance, mais pouvant être vécue dans la dignité et la compassion

Loin de moi de contester le droit à l'aide médicale à mourir pour une personne qui refuse une fin de vie dans la souffrance. Ce qui me rebute cependant, et qu'on présente comme une évidence, c'est que les souffrances de fin de vie soient incompatibles avec «la dignité et la compassion». La dignité et la compassion peuvent être présentes dans une souffrance assumée. J'ai écrit un texte de blogue sur cette question en 2013 et je viens de le relire. Je n'ai pas changé d'opinion. Le voici:

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«mercredi 30 octobre 2013

Mourir en souffrant, dans la « dignité »...

Je ne suis pas contre l'aide médicale à mourir, et je me suis depuis longtemps rallié à l'idée que le moment est propice à l'adoption d'un train de mesures (comme le projet de loi 52 à Québec) visant à encadrer la légalité et la légitimité d'une certaine forme d'assistance médicale au suicide quand la mort apparaît inévitable et que la souffrance dépasse les capacités d'endurance.

Ce qui me trouble, cependant, c'est la suggestion constante qu'il existe une incompatibilité entre la souffrance, même extrême, et la dignité humaine. C'est comme si le dépérissement et la douleur qui précède la mort était indigne, comme si cela n'avait aucune valeur, que c'était, au fond, inutile. Je suis dans l'incapacité totale de partager ce point de vue, même si je dois concéder que confronté à l'issue fatale dans les pires circonstances, je ne sais pas quelle décision je prendrais...

Pour moi, la vie est sacrée. Lutter pour la maintenir sans acharnement thérapeutique me semble un choix noble et digne. Je ne sais pas ce qui nous attend après la mort, mais cela m'apparaît secondaire en réfléchissant à la fin de vie. Ce qui au fond de nous, par amour de soi, de ses proches et de son prochain (et de Dieu pour ceux et celles qui ont des convictions religieuses), nous pousse à lutter pour rester en vie dans notre jeunesse et à l'âge adulte, cela reste intact jusqu'à la fin.

J'ai vu mon père mourir et j'ai eu l'occasion d'échanger avec quelques autres, proches et amis, qui étaient à l'article de la mort. Ils étaient souffrants, mais encore des nôtres. Leurs paroles, l'occasionnel sourire, même leurs silences, laissent une profonde empreinte sur les survivants. Mon père, dans la dernière longue conversation que j'ai eue seul à seul avec lui, quelques semaines avant son décès, s'était excusé de sembler absent autour des siens, précisant que son regard était désormais tourné vers l'intérieur, vers le dernier droit qu'il savait sans doute amorcé.

Je persiste à croire que notre rôle, ainsi que celui du personnel médical, était de l'aimer, de le soulager dans la mesure du possible et de l'accompagner dans son ultime cheminement. S'il avait demandé qu'on mette fin à ses souffrances, j'aurais sans doute respecté ce voeu. Mais de ne pas avoir voulu qu'on l'aide à mourir reste un choix aussi digne et aussi estimable. Dans ses dernières minutes, même quand j'ai eu la conviction que son esprit était déjà ailleurs, son corps a poursuivi le combat jusqu'à l'épuisement final, avec quelques ultimes battements et un dernier soupir.

Que penser de cette autre membre de la famille qui, se sachant condamnée, continue avec tous les moyens disponibles à vivre à domicile et à poursuivre, aussi longtemps que possible, sans espoir, malgré le déclin, malgré la souffrance, son petit train-train quotidien pour encore quelques mois, quelques semaines, quelques jours, quelques heures de plus... jusqu'à l'avant-veille de sa mort. J'en suis toujours inspiré. Et les personnes qui l'ont aidée et accompagnée à la fin, n'ont-elles pas aussi participé à une noble et digne entreprise?

Et que penser de cet ex-collègue, cloué à son lit dans un centre de soins palliatifs, avec quelques jours à vivre, encore soucieux de s'informer des anciens amis, de se rappeler de bons souvenirs, et même d'échanger sur le présent et l'avenir... Personne ne lui aurait reproché d'avoir voulu mettre fin à ses souffrances prématurément. Sa mort était-elle moins digne parce qu'il a accepté de continuer de souffrir? La directrice de la Maison Mathieu-Froment-Savoie, un centre de soins palliatifs en Outaouais, disait récemment : « Lorsque les soins de fin de vie sont bien administrés, qu'ils soulagent la souffrance autant physique que psychologique, les personnes ne demandent pas à mourir. »

Et même en l'absence de soins de fin de vie, il peut y avoir la dignité. Dans l'histoire humaine, des milliers de personnes ont accepté de mourir dans les pires circonstances pour défendre leurs opinions, leur foi, leurs proches et leurs concitoyens. Je reviens d'un voyage en France et j'ai longuement médité devant le palais de justice de Rouen, encore troué de balles et d'obus de la 2e Guerre mondiale. Les membres de la résistance qui y ont été incarcérés et qui ont été livrés aux Nazis pour être torturés et exécutés sont des héros. La dignité était le lot des torturés et non des tortionnaires.

Je ne suis pas contre le suicide assisté. Je respecte ceux et celles qui estiment que c'est là la seule décision possible et suis d'accord avec sa légalisation. Mais mourir dans la dignité n'est pas réservé à ceux et celles qui choisissent cette voie. La plus douloureuse des morts peut aussi être auréolée de dignité.»

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Lien à l'éditorial du Devoir - https://www.ledevoir.com/opinion/editoriaux/997688/matiere-aide-mourir-abdiquer-est-pas-avancee?

dimanche 26 juillet 2026

Une bouteille lancée dans l'océan de l'Internet...

capture d'écran de YouTube




Matière à réflexion... J'ai l'intention d'analyser demain ou après-demain ces données que j'ai colligées, mais je serais curieux de savoir ce que d'autres en pensent avant d'écrire. J'ai remarqué au fil des ans que bien des lecteurs ont tendance à s'attaquer ou à appuyer l'auteur, ou ses conclusions, sans trop se donner la peine de décortiquer les données des recensements et de formuler leurs propres jugements.

Mon impression, c'est que plus souvent qu'autrement, les colonnes de chiffres des recensements laissent la majorité des gens tout à fait indifférents. Je m'attends donc à peu ou pas de commentaires. Mais sait-on jamais... En tout cas, je lance ces chiffres comme une bouteille dans l'océan de l'Internet...

Tableau 1 (en chiffres)

Québec – connaissance des langues officielles

Année                      Pop. totale             Français seul       Anglais seul          Français et anglais

2021                         8 406 905               3 980 275               445 575                   3 898 980

2016                         8 066 560               4 032 640               372 445                   3 586 410

2011                         7 815 955               4 047 175               363 861                   3 328 725

2006                         7 435 905               4 010 880               336 785                   3 017 860

Ontario – connaissance des langues officielles

Année                      Pop. totale             Français seul       Anglais seul          Français et anglais

2021                         14 099 790            39 310                      12 196 575            1 519 365

2016                         13 312 865            40 040                      11 455 580            1 490 390

2011                         12 722 065            42 980                      10 984 360            1 395 805

2006                         12 028 895            49 210                      10 335 700            1 377 330

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Tableau 2 (en %)

Québec – connaissance des langues officielles

Année                      Pop. totale             Français seul       Anglais seul          Français et anglais

2021                         8 406 905               47,3%                      5,3%                         46,4%

2016                         8 066 560               50,0%                      4,6%                         44,4%

2011                         7 815 955               51,8%                      4,7%                         42,6%

2006                         7 435 905               53,9%                      4,5%                         40,6%

Ontario – connaissance des langues officielles

Année                      Pop. totale             Français seul       Anglais seul          Français et anglais

2021                         14 099 790            0,27%                      86,5%                      10,78%

2016                         13 312 865            0,3%                         86,0%                      11,2%

2011                         12 722 065            0,33%                      86,3%                      11,0%

2006                         12 028 895            0,41%                      85,9%                      11,5

 

Source : recensements fédéraux 2006, 2011, 2016, 2021



vendredi 24 juillet 2026

À peine 31,4% des francophones hors Québec bilingues s'identifient «seulement ou surtout» au groupe linguistique français...



Vouloir mettre ainsi en parallèle le niveau de «bilinguisme» des Anglo-Québécois et des francophones hors Québec n'a pas de sens. On compare des pommes et des oranges. Vous voyez le titre ci-haut? Avoir écrit Les francophones hors Québec sont plus assimilés que les anglophones du Québec nous aurait davantage rapprochés de la réalité.

Cette manie pernicieuse du gouvernement fédéral de voir de façon symétrique la soi-disant minorité anglo-québécoise et les collectivités francophones (ce qui en reste) des autres provinces empoisonne toutes ses analyses linguistiques. Le vécu des uns, historique et actuel, n'a absolument rein à voir avec celui des autres.

Au départ, le mot «bilingue» n'a pas la même signification au Québec que dans le reste du pays. En limiter le sens à la connaissance des deux langues officielles a pour effet de dissimuler la dynamique linguistique et identitaire.

Apprendre le français modifie assez peu le comportement linguistique des anglos au Québec. Ils continuent, en vaste majorité, à vivre en anglais à la maison, à s'informer en anglais, à écouter la radio et télé anglaises, à consommer l'Internet dans leur langue, à étudier dans des écoles anglaises et plus souvent qu'autrement, à travailler partiellement ou entièrement en anglais. Leur bilinguisme affecte peu, ou pas, leur identité culturelle ou nationale.

À l'extérieur du Québec, en général, la connaissance de l'anglais est essentielle. Si l'on cherche une symétrie, c'est ici qu'on la trouve. Comme les Anglo-Québécois, les plupart des francophones en situation minoritaire s'informent en anglais, écoutent la radio et la télé anglaises, consomment l'Internet en anglais, travaillent partiellement ou surtout en anglais et plus de 40% d'entre eux parlent le plus souvent l'anglais à la maison. Leur bilinguisme est synonyme d'anglicisation.

Notant que 69,4% des adultes québécois de langue maternelle anglaise sont bilingues, contre 91,6% pour les francophones des provinces à majorité anglaise, l'article du Devoir reprend certaines conclusions d'une étude récente de Statistique Canada, rendue publique le 16 juillet mais n'aborde pas les effets identitaires dans son entrevue avec le spécialiste interviewé, Étienne Lemire, analyste à Statistique Canada. Il aurait été intéressant de le faire.

capture d'écran de l'étude de Statistique Canada



Dans son étude, l'organisme fédéral a posé des questions qui aident à comprendre la totale asymétrie entre l'expérience anglo-québécoise et franco-canadienne. Les répondants bilingues ayant le français comme première langue officielle parlée (PLOP) (hors Québec) et l'anglais comme PLOP au Québec ont indiqué dans quelle langue ils étaient «le plus à l'aise de parler». Sans surprise, près de 80% des Anglo-Québécois se sont dits plus à l'aise en anglais (2,5% en français). Par contre, chez les francophones hors Québec, seulement 35% s'estiment plus à l'aise de parler en français (pour 25% d'entre eux, en anglais). Si vous ne voyez pas ici l'effet identitaire du bilinguisme collectif, vous ne le verrez jamais.

Le document de Statistique Canada a aussi, à la toute fin, publié un tableau indiquant à quel groupe linguistique les répondants anglophones et francophones s'identifient. Les résultats sont éloquents. Plus de 70% des Anglo-Québécois ayant l'anglais comme première langue officielle parlée (PLOP) s'identifient au groupe linguistique anglais, tandis que pour les «hors Québec» ayant le français comme PLOP, la proportion qui s'identifie au groupe linguistique français oscille à 31,4% (43% d'entre eux s'identifient aux deux groupes linguistiques, et 21% s'identifient au groupe linguistique anglais!)

À peine 31% des francophones hors Québec (un peu plus de 310 000) s'identifient «seulement ou surtout» au groupe linguistique français... une proportion qui diminue sans doute de recensement en recensement. Voilà où mène le bilinguisme à 92% chez les francophones en situation minoritaire! Entre-temps, l'érosion identitaire chez les Anglo-Québécois bilingues est quasi nulle.

Ceux qui ne comprennent pas la dynamique du bilinguisme au Canada après avoir vu cette étude ne comprendront jamais...

mercredi 22 juillet 2026

À la prochaine génération, le néant...

capture d'écran du site Web de Radio-Canada


Le débat sur le déclin du français, au Québec et ailleurs au Canada, fait rage depuis longtemps. Pas tant sur le principe général du déclin que sur l'ampleur de cette érosion de la langue française. Les avis sont partagés entre alarmistes (dont je suis) et lunettes roses. Les données des recensements sont claires, mais leur manipulation - parfois sans trop de scrupules - entache la crédibilité des statistiques officielles.

Quand un jour, l'assimilation aura achevé son oeuvre et que les dernières collectivités francophones de l'Amérique du Nord se compteront sur les doigts d'une main, il ne restera que l'évidence. Les mourants ne racontent pas de sornettes. Les déclarations faites à l'agonie sont généralement empreintes de vérité et de sincérité. À Terre-Neuve, les dernières communautés de langue française en sont rendues là. Après le prochaine génération, il y aura le néant. Leur témoignage a valeur de prophétie pour tous ceux et toutes celles qui, même en terre québécoise, croient assurée la pérennité du français.

Voilà pourquoi ce reportage récent (lien en bas de page) de Radio-Canada sur la péninsule de Port-au-Port, à Terre-Neuve, revêt tant d'importance. Les personnes que le journaliste Patrick Butler a rencontrées ont parfaitement conscience d'assister à la disparition du fait français dans leur coin de pays. Leurs commentaires décrivent crument la réalité socio-linguistique, mieux que les fins discours de statisticiens et politiciens. À l'article de la mort, il n'y a plus de filtres.

photo que j'ai prise en 2015 à La Grand'Terre, péninsule de Port-au-Port


Un peu de contexte (essentiel)... Soyez patients. La péninsule de Port-au-Port est située sur la côte sud-ouest de Terre-Neuve. Deux localités ont des concentrations de francophones: La Grand'Terre (Mainland) et Cap St-Georges. Chacune a son école et la population d'élèves est en chute libre: baisse de 50% depuis 2016 à l'école Notre-Dame-du-Cap (il ne reste que 20 enfants), et de 33% à l'école Sainte-Anne (de 76 à 50 élèves) au cours de la même période. Selon le recensement fédéral de 2021. Au village La Grand'Terre, sur 50 habitants de langue maternelle française, à peine une douzaine parlent le plus souvent français à la maison...




Allons-y maintenant pour les commentaires recueillis par la reporter de Radio-Canada...

Qu'en pense Alex, un des seuls élèves de 11e année à parler français à domicile, qui poursuivra ses études à l'Université de Moncton? «C'est un peu épeurant»... En effet...

Et qu'en dit l'ancien directeur de l'école de Cap St-Georges, Robert Cormier? «Si t'entends pas la langue (français) parlée à la maison, tu l'apprends juste à l'école, puis si t'as pas la chance de travailler dans la langue française après que tu quittes l'école, c'est quoi ta motivation pour garder la langue?» En effet...

Aujourd'hui âgé de 79 ans, il ajoute que dans sa jeunesse, l'anglais était obligatoire à l'école (comme dans bien d'autres provinces), mais que le français se parlait dans la cour et à la maison. «Aujourd'hui, c'est le contraire»... Ce phénomème est généralisé au sein de la plupart des minorités francophones hors-Québec.

Le nombre de Canadiens français «de souche» décline partout au Canada (assimilation et dénatalité), mais il est marginalement compensé par l'arrivée de milliers d'immigrants francophones. Pas à Terre-Neuve. «Les vieilles familles, les familles de souche, sont en train de disparaître, dit M. Cormier. Les gens meurent. Et puis ça veut dire que le nombre de personnes qui parlent français va diminuer

Des organismes comme la FCFA (lien en bas de page) gonflent les chiffres de la francophonie canadienne en y incluant tous les anglophones capables de s'exprimer en français. Mais la connaissance du français n'implique pas qu'on l'utilise en collectivité, dans la vraie vie. «Il y a beaucoup de monde qui parle français, mais on ne le parle pas ensemble», résume Georgia, une élève de l'école Sainte-Anne.

Voilà, en quelques commentaires, un diagnostic tout à fait réaliste de la dynamique linguistique francophone dans les provinces à majorité anglaise (sauf quelques exceptions) et même dans quelques coins du Québec. Au train où vont les choses, Radio-Canada pourra titrer un jour, peut-être pas si lointain: «À Montréal, le français disparaît du quotidien de la prochaine génération». Il sera alors trop tard pour y faire quoi que ce soit.

Vivement un Québec français et indépendant!

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Lien à la Fédération des communautés francophones et acadiennes du Canada - https://fcfa.ca

lundi 20 juillet 2026

Du 6e étage au rez-de-chaussée pour cueillir mon Devoir...



Voilà! Le 8 juillet, Ginette et moi avons quitté la maison que nous avions fait construire en 1988 pour habiter au 6e étage du nouveau complexe Cinq23 dans l'est de Gatineau. Nous déballons toujours des boîtes, des meubles n'ont pas encore été livrés, et dans certains couloirs, des appartements conservent l'allure de chantiers de construction. Mais un lent retour à la normale, si telle chose existe, semble s'amorcer.

Mon premier rite matinal: m'habiller, enfiler mes espadrilles, marcher sur les tapis neufs des couloirs jusqu'aux ascenseurs et descendre au rez-de-chaussée pour cueillir mon exemplaire du Devoir, à l'entrée principale. Je le trouve au sol, bien seul, mon numéro d'appartement écrit au marqueur en haut de la une. Jusqu'à maintenant, personne ne me l'a piqué...

Le plus désolant, cependant, c'est que je ne voie à côté de mon Devoir aucun autre journal papier. Pas de Journal de Montréal, pourtant populaire ici, ni même d'exemplaire d'un des deux quotidiens de langue anglaise d'Ottawa. Il y a un demi-siècle, six jours sur sept, mon ancien journal, Le Droit, était livré par camelot à plus de la moitié des foyers de langue française du grand Gatineau. Aujourd'hui, il prend la forme d'un babillard numérique en temps réel.

J'ai vérifié avec la direction de l'entreprise propriétaire des 144 appartements du Cinq23. Ils ont confirmé que je suis le seul locataire à recevoir un journal papier. Sur mon ancienne rue résidentielle, ces dernières années, je crois bien que le camelot du Devoir et du Journal de Montréal ne s'arrêtait qu'à notre adresse, vers les 4 heures du matin. 

On me répondra que la plupart des gens s'informent aujourd'hui au moyen d'un écran et j'en conviens, même si j'ai la conviction que le numérique n'a pas les qualités requises pour remplacer la fiabilité des journaux imprimés. Mais l'existence numérique du Droit à Gatineau, ou de tout autre média d'information, ne garantit en rien la présence d'autant de lecteurs qu'auparavant. Dans la jungle fragmentée de l'Internet, aucun camelot virtuel ne sonne à votre porte.

Il était jadis possible de vérifier, pour tous les quotidiens, les chiffres exacts de l'abonnement. Ainsi, vers la fin des années 1970, on savait qu'environ 50 000 résidents de l'Outaouais et de l'Est ontarien payaient pour recevoir Le Droit à domicile. En multipliant par trois, on pouvait estimer le nombre de lecteurs à 150 000, plus ou moins. Selon les données les plus récentes du Centre d'études sur les médias (voir lien en bas de page), Le Droit déclare 171 000 lecteurs numériques en 2023-2024, mais cela ne semble pas vérifié de façon indépendante et ne correspond aucunement au nombre d'abonnements payants, qui n'est pas divulgué.

Si la moitié des foyers francophones de Gatineau payaient pour s'abonner au média numérique Le Droit, celui-ci le claironnerait sur tout les toits. Il en va de même pour les autres anciens quotidiens de Gesca-Capitales Médias-CN2i à Québec, Saguenay, Trois-Rivières, Sherbrooke et Granby. Je suis fortement tenté de conclure que l'abandon du papier a entraîné, pour des centaines de milliers d'anciens abonnés, un abandon des habitudes de lecture traditionnelles et leur remplacement par des visites plus souvent qu'autrement irrégulières (et gratuites) sur les sites Web des médias d'information.

J'espère avoir tort mais mon solitaire petit Devoir matinal laissé près de la porte d'entrée n'augure rien de bon.

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Lien au Centre d'études sur les médias de l'Université Laval - https://www.cem.ulaval.ca/economie/nature-de-loffre/presse-quotidienne/


dimanche 5 juillet 2026

Congé de blogue

5 juillet 2026…


Notre 51e anniversaire de mariage ce 5 juillet.

Impossible de penser à autre chose!

À demain!