mercredi 25 février 2026

Vous souvenez-vous de Sault Ste-Marie?

25 février 2026...



À la fin de février 1990, quelques mois avant que l'échelle de Richter linguistique ne bondisse avec l'échec sismique de l'Accord du Lac Meech en juin, suivi de la réplique retentissante à Oka en juillet, de sourds grondements marquaient déjà les rapports entre anglophones et francophones sur les rives de la rivière Ste-Marie, entre le lac Supérieur et le lac Huron.

Quelques semaines auparavant, le 29 janvier 1990, le conseil municipal de Sault Ste-Marie, craignant les effets de la nouvelle loi ontarienne sur les services en français, avait adopté une résolution déclarant la ville «unilingue anglaise». C'était une manifestation évidente de francophobie, la majorité anglaise n'ayant rien à craindre d'une minorité de 3 ou 4% de francophones en voie de disparition. Tout de même, plus de 25 000 résidents de Sault Ste-Marie, le tiers de la population de la ville, avaient signé une pétition contre toute concession aux quelque 3000 Franco-Ontariens.

Une affaire somme toute banale considérant tous les coups bas assénés à la langue française depuis le début du 20e siècle en Ontario, mais la presse s'est emparée de l'affaire un peu partout au Canada, y compris au Québec où l'on n'avait toujours pas digéré le piétinement public du fleurdelisé l'année précédente à Brockville (également en Ontario). Le premier ministre Mulroney et des premiers ministres provinciaux sont intervenus pour condamner la résolution.

Au beau milieu de cette tension grandissante, un événement rare s'est produit: une collaboration inédite entre deux journaux quotidiens, Le Droit d'Ottawa-Gatineau et The Sault Star, quotidien de langue anglaise de Sault Ste-Marie. pour produire deux cahiers spéciaux (un en français, un en anglais) sur ce qu'on appelait déjà la crise de Sault Ste-Marie. L'originalité du projet provenait d'un échange de journalistes entre les deux quotidiens. Trois reporters du Sault Star seraient intégrés à la salle des nouvelles du Droit, pendant que trois scribes du Droit travailleraient pour quelques semaines au Star.

Pour les journalistes francophones, Adrien Cantin, Robert Bousquet et Jules Richer, c'aurait sans doute été un périple en territoire connu même s'ils n'avaient jamais mis les pieds à Sault Ste-Marie. Pas besoin d'aller bien loi pour goûter à l'amère médecine des majorités anglaises. La ville d'Ottawa elle-même s'était déclarée unilingue anglaise 27 ans auparavant. C'était cependant l'occasion rêvée d'aller vérifier sur place, à Sault Ste-Marie, et de prendre le pouls de la population sans passer par les médias de langue anglaise.

Les trois journalistes du Star, John Halucha, Joe Warmington et Linda Richardson, par contre, s'aventuraient dans un univers qui leur était totalement étranger en visitant les milieux franco-ontariens de la capitale et quelques localités de l'Outaouais québécois. Après quelques jours de travail au Droit, l'un d'entre eux, je ne me souviens plus lequel, m'avait dit quelque chose d'inouï. Selon lui, les anglophones d'endroits comme Sault Ste-Marie avaient l'impression que tous les francophones du Canada et du Québec étaient bilingues, qu'ils connaissent donc l'anglais, et qu'ils exigent du français sur les boîtes de Corn Flakes uniquement pour narguer les anglos...

On peut aisément imaginer leur stupéfaction en février 1990 quand, en visitant des endroits comme St-André-Avellin dans la Petite-Nation, ou même Hull et Gatineau, ils se trouvaient parfois dans des milieux unilingues français où ils devaient conduire des interviews avec des interprètes. Quoiqu'il en soit, il en est résulté deux cahiers d'une vingtaine de pages, un publié en anglais par le Star, l'autre en français par Le Droit, le 10 mars 1990. Les textes français et les textes anglais avaient été traduits pour que les deux cahiers intitulés Le bilinguisme sur la corde raide et Bilingualism on a Tightrope soient similaires.

Je doute que le résultat ait contribué à changer les mentalités, ici comme là-bas, mais l'initiative avait du mérite et les journalistes qui y ont participé ont vécu une expérience, assez unique je crois, à cette époque marquée par un dialogue de sourds. Pour les Franco-Ontariens et les Québécois de l'Outaouais, ces reportages ont confirmé ce que nous savions déjà au sujet de l'agonie des petites collectivités franco-ontariennes minoritaires et du bilinguisme de facto qui permet aux anglos de l'Outaouais de vivre comme en Ontario... Qu'en ont retiré les journalistes du Sault Star et leurs lecteurs? Sais pas...

Je sais cependant qu'en 2021, à peine 420 personnes (sur 71 000) parlaient surtout français à la maison à Sault Ste-Marie. Calculez le pourcentage. Même si le conseil municipal a présenté officiellement ses excuses en 2010 pour sa résolution sur l'unilinguisme anglais, la situation des francophones reste précaire. Plus que précaire. Et pire, les médias du Québec et du Canada sont revenus à leur indifférence historique... Si quelqu'un veut en savoir plus sur cette histoire, j'ai conservé un exemplaire des deux cahiers du Droit et du Star de 1990... Avis aux intéressés...


mardi 24 février 2026

À l'époque des radios-transistor...

24 février 2026...

annonce du film de 2026 sur Dick Biondi, un des grands du début des années 60


Suis-je l'exception ou la règle? À l'approche de mes 80 ans, alors que Ginette et moi élaguons (c'est peu dire) avant de quitter cette maison que nous habitons depuis près de 38 ans, j'ai l'impression que plus les objets, documents et souvenirs sont anciens, plus on s'y accroche.

De vieilles photos d'enfance, laissées en héritage par nos parents. Deux ou trois images saintes reçues à la première communion. Un missel et un atlas géographique conservés depuis l'âge de 9 ans. Quelques bulletins de l'école du quartier et du secondaire, un album de fin d'année scolaire avec les autographes des copains. Des livres et bandes dessinées des années 1950 (Tintin, Bob Morane) Des trucs du genre.

L'arrivée de l'adolescence marque le début d'une véritable autonomie. Les objets accumulés ne proviennent plus des générations précédentes. Ce sont bien davantage le fruit de nos propres décisions, de nos intérêts et de passions naissantes. Pour certains (de mon époque bien sûr), ce pourra être une rondelle, une balle de baseball, des cartes sportives, une collection de timbres, des souvenirs de voyages.

Pour moi, en revoyant tout ce que j'ai conservé de l'époque, il ne subsiste aucun doute. Je m'intéressais d'abord et avant tout à la musique. J'aimais le rock'n roll américain depuis les premiers succès de Buddy Holly mais je n'avais pas de sous pour acheter des disques. Cela a changé quand je me suis payé mon premier 45 tours à 14 ans, en 1960, et que j'ai voulu entendre les plus récents succès à la radio.

Dans ma ville natale, Ottawa, les stations de radio ne misaient pas sur l'auditoire adolescent. Il fallait donc chercher ailleurs et cet ailleurs se situait aux États-Unis. C'était avant la radio FM et il fallait attendre le coucher du soleil pour capter sur nos petites radios-transistor AM les émissions des grands disk Jockeys dans des villes comme New York, Boston, Buffalo et Chicago. Je me revois en soirée, radio portable sur l'oreille, calepin en main, en train de balayer la bande AM dans l'espoir d'entendre mes chansons préférées ou des nouveautés.

Encore aujourd'hui, je me demande pourquoi mes travaux scolaires n'ont pas souffert de tous ces moments consacrés à écouter les succès de l'heure. J'avais un faible pour le rock et le rhythm and blues. Les artistes noirs en particulier, ainsi que les rockers blancs les plus bruyants. Pire, je notais dans des cahiers chaque nouvelle chanson ou instrumental entendu, avec la date et la station de radio qui l'avait diffusée. J'ai conservé des centaines de palmarès découpés dans les journaux, quelques pages du magazine Billboard ainsi que mes propres palmarès, mis à jours à toutes les semaines de 1961 à 1963. Et bien sûr des centaines de 45 tours...

Ces jours-ci, un documentaire sur l'un des plus célèbres DJ que j'écoutais à 15 et 16 ans, Dick Biondi, sera présenté dans des cinémas et en ligne. J'a retrouvé dans mes paperasses d'adolescence une liste de toutes les stations de radio américaines que je syntonisais, ainsi que les noms des animateurs des émissions rock de ces puissantes antennes de 50 000 watts. Le texte de Wikipedia sur Biondi mentionne qu'il a été le premier DJ états-unien à jouer, sur les ondes de WLS (Chicago), un disque des Beatles, Please Please Me, en février 1963.

J'ai fouillé dans mon encyclopédie personnelle de chansons et de palmarès pour retrouver mes écoutes du mois de février 1963. Et voilà que je découvre la mention suivante : Please Please Me, The Beetles (je ne savais pas qu'ils écrivaient Beatles), le 26 février 1963, entendue sur les ondes de WLS Chicago 890.

À chaque page remplie de chansons, dans chaque chemise de palmarès et de coupures de presse, le début des années 1960 reprend vie. Un chapitre de mon existence qui s'est terminé avec la fin du secondaire et ma découverte du militantisme franco-ontarien, puis québécois et des chansonniers d'ici, Vigneault, Léveillée, Pauline Julien, Claude Gauthier et les autres.

Puis-je vraiment mettre mon adolescence musicale à la poubelle? Je ne crois pas. Quand je feuillette ces documents, quand j'écoute les chansons qui y sont inscrites, j'ai de nouveau 15 ans... parfois. Pour ce vieux quasi octogénaire que je suis devenu, me revoir avec des cheveux, sans rides, la vie devant moi, radio-transistor en main, ça n'a pas de prix!


lundi 23 février 2026

Les leçons de Chicoutimi...

23 février 2026...

Les résultats dans Chicoutimi (137 boîtes sur 142)



Aujourd'hui, 23 février 2026, les appuis à la CAQ se sont de nouveau effondrés, dans Chicoutimi cette fois. Pour le Parti québécois de Paul St-Pierre Plamondon, c'est un septième député et une quatrième victoire d'affilée dans les partielles depuis le scrutin général de 2022. Le bémol pour le PQ, c'est sans doute les 26% de votes au Parti conservateur dans le rétroviseur, et ce que cela augure pour la campagne électorale d'octobre 2026. 

Vous m'excuserez, grands stratèges. Je regarde tout ça de loin. De l'Outaouais. De Gatineau, plus précisément. Je suis indépendantiste depuis la fondation du PQ. Denrée plutôt rare par ici. Vétéran des vallées arides de Gatineau-sur-Ottawa, je tournais mes yeux vers le terreau plus fertile du Saguenay avec l'espoir (exaucé) d'un gain du Parti québécois dans Chicoutimi. Mais est-ce vraiment une victoire du mouvement souverainiste?

Comme pour la partielle d'Arthabaska en août 2025, le message de l'indépendance semble avoir cédé l'avant-scène aux enjeux locaux et régionaux du Saguenay. C'est du moins l'impression laissée par le peu d'information ayant filtré jusqu'à nous depuis le début de la campagne électorale et cela n'est guère rassurant pour l'avenir de la nation. Même avec cette victoire convaincante, avoir de nouveau raté l'occasion d'insister sur l'urgence de l'indépendance pourrait finir par coûter cher.

Le problème, tel que je le vois, c'est que le Parti d'Eric Duhaime a réussi à détourner le débat sur l'indépendance et le transformer en débat sur un éventuel référendum. Fort d'un sondage Pallas indiquant que seulement 27% des électeurs de Chicoutimi voteraient «oui» à un référendum sur l'indépendance, contre 52% pour le «non», le PCOQ a obligé le PQ à justifier sa promesse référendaire au lieu de se concentrer sur le recrutement d'appuis à la souveraineté.

Les résultats d'aujourd'hui sont probants. La montée du vote conservateur, de 8,4% en 2022 à 26% en 2026, est significative et sa campagne agressive contre la tenue d'un référendum y est certainement pour quelque chose. Eric Duhaime l'a répété ce soir d'ailleurs. J'ai pourtant la conviction qu'avoir misé avec force, tout de suite, sur le message qui devra sans doute être celui du scrutin général d'octobre, le Parti Québécois aurait pu freiner l'élan conservateur et augmenter sa marge de victoire déjà appréciable.

Encore ce soir, après le décompte des votes, Paul St-Pierre Plamondon a essentiellement promis que le Parti Québécois formerait en octobre prochain un bon gouvernement responsable en remplacement de la CAQ. Aucun plaidoyer pour l'indépendance. Aucune insistance sur l'urgence de sauver une nation au bord du précipice, sur l'urgence de réaliser enfin un Québec français et laïc. Une mention du référendum, mais seulement pour dénoncer les tactiques de peur des adversaires.

Le discours de victoire de PSPP était excellent par moments, en particulier ses commentaires sur la peur que suscitent les menaces d'annexion et les tarifs de Donald Trump, mais cet argumentaire sera nettement insuffisant pour parer aux attaques qui viendront de toutes parts, y compris d'Ottawa, contre l'indépendance et surtout, la tenue d'un référendum rapide au Québec. Si le PQ ne modifie pas la stratégie employée dans les partielles, s'il ne réussit pas d'ici l'automne à mousser la cote de l'indépendance dans l'opinion publique, une victoire majoritaire en octobre risque de finir en cul-de-sac.

Mais pour ce soir, savourons la victoire!

dimanche 22 février 2026

Règlement 17... dix ans depuis les excuses...

22 février 2026...

capture d'écran du site Web Le Droit, 22 février 2026

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C'est enrageant, à la longue, de lire la même erreur.

Dans son excellent texte sur le 10e anniversaire (22 février 2016) des excuses officielles de la première ministre de l'Ontario, Kathleen Wynne, pour les torts causés par le Règlement XVII de 1912 interdisant l'enseignement en français dans les écoles ontariennes, le reporter du Droit Sébastien Pierroz propose un tour d'horizon assez complet des jalons qui ont marqué l'évolution de l'Ontario français au cours des dix dernières années. Voir lien en bas de page.

Un bémol cependant. Et un vrai. L'Université de l'Ontario français (UOF) «a fini par voir le jour», peut-on lire dans le texte de M. Pierroz, après avoir rappelé que l'Assemblée législative de l'Ontario avait approuvé en novembre 2015 (quelques mois avant les excuses) un projet de loi autorisant la création de cette institution universitaire franco-ontarienne. Ici, la presse francophone n'a pas fait ses devoirs depuis 2016.

Si on ne se donne pas la peine de débroussailler l'information officielle, on ne peut comprendre la réalité cachée derrière les lois, les règlements, les discours, les budgets et leur mise en oeuvre: l'Université de l'Ontario français, la vraie, avait été sabotée avant même l'adoption du projet de loi du gouvernement Wynne, et l'UOF qui a fini par voir le jour constitue une trahison du projet original d'une université franco-ontarienne provinciale englobant les programmes de langue française et les effectifs des universités bilingues existantes, y compris l'Université d'Ottawa.

Les médias ont fait grand cas, avec raison, du «jeudi noir» (15 novembre 2018) où un Doug Ford récemment élu avait annoncé, entre autres, l'abandon du projet d'université franco-ontarienne (avant de revenir plus tard sur sa décision). En réalité, le projet de regrouper sous une seule institution tous les programmes universitaires en langue française avait été sabordé en 2014 par les libéraux, avec la complicité de la ministre des Affaires francophones Madeleine Meilleur.

En octobre 2014, en entrevue à la station de radio UniqueFM d'Ottawa (94,5), Mme Meilleur avait déclaré que la seule priorité de son gouvernement était l'augmentation de l'offre universitaire en français dans le secteur centre-sud-ouest de l'Ontario (corridor Toronto-London-Windsor) et qu'elle s'opposait à la création d'une université de langue française à Ottawa où, disait-elle, l'Université d'Ottawa desservait bien les francophones... En 2015, elle ajoutait que, de toute façon, il n'y avait pas d'argent au Trésor provincial pour une université franco-ontarienne. On en reparlerait quand le budget le permettrait... C'était une gifle en pleine figure...

Ainsi, quand, en février 2016, la première ministre Wynne a présenté des excuses officielles aux Franco-Ontariens, elle a négligé de dire que son gouvernement avait déjà torpillé le projet d'étendre à l'ensemble de l'universitaire la gestion franco-ontarienne déjà consentie au primaire, au secondaire et au collégial. Doug Ford et sa bande de 50 nuances de francophobie se sont vus octroyer le rôle de vilain dans ce long, long, long métrage mais les libéraux, avoir été au pouvoir, n'auraient peut-être pas agi autrement.

J'espère qu'un jour, nos scribes médiatiques corrigeront cette erreur qui, à force d'être répétée, deviendra vérité officielle pour l'éternité.


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Voici un texte que j'ai publié le 23 février 2016 sur mon ancien blogue (2011-2017), intitulé «Pierre Allard, le blogue», que X-Twitter censure depuis près de 10 ans. Même si le réseau social a reconnu en 2017 qu'il s'agissait d'une malencontreuse erreur, celle-ci n'a jamais été réparée. Un peu comme les excuses officielles du gouvernement ontarien au sujet du Règlement 17...  Alors je le reproduis ci-dessous:

«Pour les ultimes enfants du Règlement 17

«J'accepte vos excuses, Mme Wynne. Quoi? Un petit vieux de Gatineau, Québec? De quoi se mêle-t-il, celui-là, diront certains…

«C'est simple. Je suis un enfant du Règlement 17. J'ai passé les 29 premières années de ma vie en Ontario. Je suis né à Ottawa en 1946, seulement trente-quatre ans après la proclamation dudit règlement et près de 20 ans après qu'il fut plus ou moins tombé en désuétude («On a tort de rendre trop abstrait, parfois, ce débat sur l'interdiction du français comme langue d'enseignement, de 1912 à 1927, dans les écoles franco-ontariennes. Les décideurs étaient des personnes, en chair et en os, comme les petites et grandes victimes de cette persécution.

«Mes grands-parents se souvenaient des batailles d'épingles à chapeaux dans la Basse-Ville d'Ottawa. Mon papa, qui aurait bien voulu s'instruire et qui aurait tout sacrifié pour traîner ses enfants jusqu'aux portes de l'université, a dû quitter l'école à l'âge de 13 ans faute d'écoles françaises au secondaire…

«J'étais trop petit pour m'en rendre compte au primaire mais nos écoles - françaises et catholiques - étaient sous-financées et parfois sous-équipées. En huitième année, dans une école soi-disant franco-ontarienne, on m'enseignait en français le matin et en anglais l'après-midi… Pourquoi?

«Le Règlement 17 n'était plus en vigueur, pourtant. Vrai. Mais les personnes qui l'avaient adopté et leurs successeurs - aussi racistes qu'eux - ne faisaient jamais de faveur aux Franco-Ontariens… Les concessions étaient consenties au compte-gouttes... en nous obligeant à dire merci avec le sourire…

«Quand, en 1959, est arrivé pour moi le temps d'entrer au secondaire il n'y avait toujours pas d'écoles de langue française. Mes parents se sont endettés pour m'inscrire à une école privée, l'École secondaire de l'Université d'Ottawa, où j'apprendrais dans ma langue des matières comme le français, la géographie, l'histoire et la religion… mais pas la chimie, la biologie, les mathématiques et autres… ça c'était toujours en anglais…

«Nous étions 500 francophones et 200 anglophones à cette école des Oblats… et rendus en 11e année, plusieurs d'entre nous étions déjà passablement assimilés… Je parlais plus souvent qu'autrement l'anglais à mes amis… Cela devait heureusement changer l'année suivante, en 1962, quand, débordement de la Révolution tranquille aidant, la situation au pays a secoué notre torpeur…

«Ce que j'ai subi sur le plan scolaire dans une période où le Règlement 17 était supposément mort et enterré, d'autres l'ont subi en pire. La grande majorité des jeunes de mon quartier d'Ottawa, un quartier francophone modeste, ont été obligés de fréquenter l'école secondaire publique anglaise… Ils n'avaient pas le choix… Et n'allez pas croire que cela n'a pas eu d'effets permanents!

«Le Règlement 17 était mort…. mais pas son esprit.

«Plus tard, alors que j'avais élu domicile au Québec, deux de mes filles ont étudié à l'Université d'Ottawa… en génie. Plus elles avançaient vers leur bac, plus le nombre de leurs cours en anglais augmentait! Je me souviens encore des pétitions qu'elles devaient circuler et faire signer pour espérer - sans succès - avoir tel cours dans leur langue l'année suivante.

«Mme Wynne, quand on fait du tort à mes filles, c'est à moi personnellement qu'on le fait.

«Et aujourd'hui, des jeunes Franco-Ontariens - dont certains que je connais - tentent de briser le dernier obstacle à un réseau scolaire complet dans leur langue: obtenir une université bien à eux, bien à elles. Ce ne sont pas des individus anonymes, il n'y a pas là qu'une collectivité sans nom…

«On voit leur visage et leur regard, on entend leurs paroles. Ce qu'ils demandent, c'est ce que les Anglo-Québécois ont toujours eu. Non, moins que ça. Une seule université suffirait pour le moment. Ils n'en demandent pas trois comme au Québec…

«Si vous croyez vos propres paroles d'excuses, vous savez que ces ultimes enfants du Règlement 17 ont raison. Vous avez entrepris d'écrire une importante page d'histoire. Finissez-la bien!»



samedi 21 février 2026

Non, pas de questions en français à Marie-Philip Poulin...

21 février 2026...

capture d'écran du site Web du Journal de Québec (voir lien en bas de page)


Quoi? Interdire à la presse québécoise de poser des questions en français à Marie-Philip Poulin après la défaite crève-coeur contre les États-Uniennes? Au début j'ai cru qu'il s'agissait d'une nouvelle bourde des organisations olympiques du Canada. C'aurait bien pu. Dans les grandes ligues sportives Canadian (et même québécoises) et au sein des fédérations olympiques Canadian, les joueurs et joueuses francophones doivent le plus souvent laisser leur langue au vestiaire.

Cette fois cependant, le French-bashing (si c'en fut une manifestation) émane du personnel du comité international olympique (CIO). Quand le journaliste Guillaume Lefrançois de La Presse a voulu poser une question à la capitaine beauceronne de l'équipe féminine de hockey lors d'une mêlée de presse après le match contre les États-Unis, le représentant du comité organisateur des Jeux lui a interdit de parler français. En anglais ou en Italien, SVP!

Évidemment c'est scandaleux. Le français reste la première langue officielle des Jeux Olympiques depuis 1896, même si, aux Jeux de Milano Cortina, la langue de Molière a été littéralement effacée de l'affichage, des communications et de l'animation sur les sites de compétition. Enfin, on aura bien l'occasion de revenir là-dessus à l'avenir. Pour le moment, il s'agit de l'interdiction de parler français faite à Marie-Philip Poulin et aux reporters québécois présents.

Après une protestation officielle de La Presse, les excuses du CIO étaient tout au mieux lamentables. On a cru, apparemment, qu'il n'y avait pas de traduction française disponible, ce qui était faux. L'équivalent olympique du très Canadian «Sorry I don't speak French»... Je me suis demandé quelle langue on imposait aux athlètes d'autres pays dans les mêmes circonstances mais je n'ai rien trouvé d'utile. Interdit-on à un athlète ou un journaliste chinois de poser ou de répondre à une question dans sa langue? Et l'espagnol? Et l'allemand?

Quelle que soit la réponse, les technologies modernes permettent de traduire plus ou moins correctement à peu près toutes les langues de la planète, à plus fort titre une langue internationale comme le français (qui rappelons-le, reste la première langue officielle des Jeux Olympiques). Que l'on puisse suivre les skieurs sur les pistes avec une armada de drones mais s'avérer incapable de traduire une question posée en français relève du plus pur ridicule.

Mais je me permets d'ajouter une remarque. J'ai été journaliste durant l'ensemble de ma vie professionnelle, et j'ai toujours cru que les artisans de l'information étaient des humains combatifs, toujours prêts à défoncer les portes verrouillées. Plusieurs risquent même leur vie dans des zones de guerre. Parlez-en à Reporters sans frontières. Alors je pose la question: les journalistes de La Presse, du Journal de Montréal, de TVA ou de Radio-Canada n'auraient-ils pas pu balayer du revers de la main cette ridicule interdiction et poser tout de même leurs questions en français, au risque de se faire couper le micro?

Originaires d'un pays où les incidents linguistiques font partie du pain quotidien, nos journalistes n'auraient pas dû se laisser intimider par les autorités des Jeux de Milan. Avoir insisté et protesté sur place, devant les caméras et micros de la planète, aurait donné de meilleurs résultats qu'une plainte officielle après que tout est fini. N'a-t-on pas vécu à genoux assez souvent dans cette fédération canadienne depuis toujours anglo-dominante? Faut-il s'incliner partout? Et cela vaut pour les athlètes francophones itou. Marie-Philip Poulin était en position de force à cette mêlée de presse. Personne n'aurait osé l'empêcher de répondre en français. Telle interdiction aurait fait le tour du globe.

J'ose espérer que le jour où le Québec participera comme entité souveraine aux compétitions olympiques, un jour pas trop lointain j'espère, notre comité olympique bien à nous s'assurera que des incidents à la Marie-Philip Poulin ne se produiront plus. Et que tous ces joueurs, hommes et femmes, que l'on a exclus des équipes Canadian puissent se retrouver sur un podium sous le fleurdelisé.

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Un autre exemple du ridicule mépris du français aux Olympiques


vendredi 20 février 2026

Le coup de force planétaire de Trump!

20 février 2026...

capture d'écran de Radio-Canada


Si je ne l'avais pas vu de mes propres yeux, j'aurais hésité à le croire. Mais après avoir pris connaissance des reportages sur la première réunion du soi-disant «Conseil de la paix», tenus ce 19 février 2026, j'ai la conviction que Trump, le «Don» de ce clan mondial de truands, mijote un coup de force à l'échelle planétaire.

Sa tentative de coup d'État à la maison rencontrant de plus en plus d'obstacles, y compris à la Cour suprême qu'il croyait contrôler, le président des États-Unis cherche désormais ses coups d'éclat ailleurs dans le monde. Il s'est exercé au jeu de l'intimidation avec le Canada (annexion comme 51e État) et le Groenland (annexion de force). Il a mis ses menaces à exécution avec le Vénézuela en violation du droit international (attaques de piraterie contre des navires, assassinat de survivants en mer, enlèvement du président Maduro, etc.).

Trump s'est aussi associé au voyou international Benyamin Netanyahou pour tenter d'imposer une domination israélo-américaine au Moyen-Orient afin de liquider le régime des ayatollahs en Iran et achever le génocide palestinien à Gaza. Trump, qui semble avoir apprivoisé les chefs militaires américains, désormais prêts à violer la Constitution des États-Unis si la Maison-Blanche l'ordonne, a rassemblé une flotte de guerre prête à mettre l'Iran à feu et à sang. Netanyahou jubile déjà à l'idée de lancer ses missiles et ses bombardiers contre la théocratie des fous d'Allah.

Le régime obscurantiste des mollahs qui opprime la population iranienne, et en particulier les femmes, depuis 1979, ne suscitera pas beaucoup de sympathie ailleurs dans le monde. Mais le renversement de régime, souhaitable certes, doit venir de l'intérieur. Si les Iraniens veulent conserver quelque espoir d'établir une démocratie laïque, ils doivent éviter à tout prix de se voir «libérés» par l'oligarchie des milliardaires américains et les militaires barbares et sans pitié de Netanyahou. Trump, soi-disant président de la paix, préférera toujours user de violence contre les résistances à ses folies de grandeur.

Et il y a Gaza, bien sûr. Les assassins de Hamas doivent regretter l'ignoble tuerie du 7 octobre 2023 et les violences innommables commises contre des civils dans des localités israéliennes. La vengeance mode Netanyahou a coûté la vie à plus de 70 000 Palestiniens dans la bande de Gaza et clairement, Israël a choisi la solution du génocide pour se débarrasser du Hamas une fois pour toutes. L'ONU, dont l'action est trop souvent paralysée par les grandes puissances, s'est montrée incapable de jouer le rôle de pacificateur pour lequel elle a été créée durant la 2e Guerre mondiale.

C'est l'occasion rêvée pour Trump et ses gangsters immobiliers d'intervenir avec ce «Conseil de la paix», appellation indécente s'il en fut pour un cartel d'apprentis-oligarques qui ne demandent pas mieux que de s'associer au président américain pour transformer la côte de Gaza en «Riviera» touristique méditerranéenne. La plupart des démocraties, y compris le Canada, ont choisi de ne pas payer le milliard $US exigé par Trump pour devenir membre de ce Conseil de la paix qui, clairement, a pour mission de remplacer l'ONU ou, tout au moins, de saboter ce qui en reste; un début de coup d'États (notez le «s») à l'échelle planétaire est en gestation...

Trump sera sans doute obligé de céder sa place un jour aux États-Unis mais il s'est nommé président à vie du Conseil de la paix, dont il contrôle le conseil exécutif via son gendre Jared Kushner et son Secrétare d'État Marco Rubio. Son gendre est aussi membre du conseil exécutif qui administrera Gaza, ou ce qui en restera si Israël décide de ne jamais retirer ses troupes. Le président américain teste son cartel d'autocrates à Gaza, mais il envisage déjà de s'en servir ailleurs si l'occasion se présente, faisant fi de l'ONU pour de bon.

Selon les plans rendus publics, la totalité de la côte de Gaza sera réservée au tourisme. Donc des hôtels, des centres de villégiature, tous destinés à de riches visiteurs et probablement fermés aux habitants de Gaza qui n'auront pas été tués, déportés ou ghettoïsés. Rien n'arrêtera le mégalomane de la Maison Blanche si l'ONU et les démocraties ne dressent pas des barricades. Il faut arrêter tout de suite Trump et sa horde de bandits internationaux. Je crois qu'il en va, cette fois, de l'avenir de l'humanité.

jeudi 19 février 2026

Les trois vire-capot...

19 février 2026...


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Un député, qu'il siège à Ottawa ou à Québec, a-t-il (ou elle) le droit de virer capot en plein mandat et de siéger, pour quelque raison que ce soit, sous la bannière d'un autre parti jusqu'à l'élection suivante?

La réponse légale est de toute évidente «oui», puisque cela s'est produit à plusieurs occasions, mais sur le plan de l'éthique cela passe comme une arête dans la gorge. Surtout quand un gouvernement minoritaire utilise on ne sait trop quels stratagèmes pour siphonner des députés de l'opposition et atteindre la majorité échappée à l'élection.

Mercredi (18 février 2026), un troisième député conservateur, Matt Jeneroux, élu en avril 2025 dans la circonscription d'Edmonton-Riverbend, en Alberta, a faussé compagnie à Pierre Poilievre - et à ses électeurs - pour aller coucher dans le lit de Mark Carney. Avant lui, Chris d'Entremont (député d'Acadie-Annapolis en Nouvelle-Écosse) et Michael Ma (député de Markham-Unionville en Ontario) avaient mis à la poubelle l'étendard du Parti conservateur qu'ils portaient lors du scrutin de l'an dernier.

Peut-être peut-on envisager des circonstances exceptionnelles qui forcent un député, en toute conscience, de remettre en question son allégeance politique. Oui, sans doute, mais alors l'élu(e) n'a-t-il pas l'obligation morale de se représenter devant les électeurs de sa circonscription? Ces derniers ne sont-ils pas les maîtres absolus du verdict électoral? Dans la circonscription d'Edmonton-Riverbend, plus de 30 000 électeurs ont coché la case du candidat conservateur victorieux. De quel droit M. Jeneroux peut-il renverser leur décision?

Ce député avait annoncé sa démission à l'automne mais devait siéger comme conservateur jusqu'au printemps. Or, voilà qu'il change de veste sans préavis après avoir été absent des Communes pendant des mois, ayant déjà trahi ses commettants qui n'avaient ainsi plus de voix au Parlement canadien. Le discours de M. Carney à Davos aura, dit-il, été l'élément déterminant qui l'a fait changer de camp. Cette justification est tellement lamentable qu'à sa place, j'aurais été gêné.

En décembre, le conservateur Michael Ma a fait encore pire que son ex-collègue de l'Alberta. Il disait avoir traversé la Chambre «après avoir écouté attentivement les résidents de Markham-Unionville et réfléchi avec sa famille». C'est proprement scandaleux. Les résidents de sa circonscription s'étaient prononcés officiellement à peine huit mois plus tôt. Leur verdict est le seul qui compte. Aller prétendre qu'ils ont changé d'idée en écoutant ses proches et un échantillon restreint d'électeurs de toutes appartenances constitue une trahison du mandat obtenu.

En tout, dans les trois circonscriptions conservatrices qui se retrouvent maintenant sous la bannière du Parti libéral, plus de 80 000 personnes ont élu des députés qui désormais les envoient paître, et ce, moins d'une année après leur élection, sans que l'on puisse trouver quelque cataclysme susceptible de justifier ce passage aux rouges. Quel genre de tractations peut-il y avoir eu entre M. Carney et le trio Jeneroux-d'Entremont-Ma? On ne le saura jamais. Mais j'ai peine à croire qu'une voix mystérieuse de l'au-delà les aient convaincus que le ciel n'était plus bleu et que, frais de leur chemin de Damas, ils soient arrivés rameau d'olivier en main au bureau du premier ministre quasi-majoritaire...

Si j'étais M. Carney, je me méfierais de ce trio aux allégeantes vacillantes. S'ils peuvent aussi facilement renier leur parti moins d'un an après leur élection, quelque soit leur motif, ils pourront de nouveau changer de casquette si leurs anciens adversaires devenus collègues ne répondent pas suffisamment à leurs espoirs.

Le 28 avril 2025, l'électorat pan-canadien a expédié à Ottawa un gouvernement minoritaire. Voilà. Le verdict était rendu. Mark Carney n'avait qu'à vivre avec. Mais non, au diable la démocratie, on va à la pêche chez les élus des autres partis. De quel droit le parti vainqueur peut-il tenter de renverser ainsi les résultats d'un scrutin général? Ou pire, si le résultat avait été très serré, de quel droit un parti d'opposition pourrait-il faire de même pour essayer de se hisser en tête aux Communes et ainsi renverser le gouvernement élu?

Comme dirait Shakespeare dans la langue de Molière, il y a quelque chose de pourri dans le royaume du Canada...