mercredi 15 avril 2026

Taxe sur l'essence... Quelle mouche a bien pu piquer Mark Carney?

15 avril 2026...

capture d'écran du site Web Le Devoir, 15 avril 2026


Quand j'ai lu hier matin la nouvelle annonçant la suspension de la taxe d'accise (10 cents le litre) sur l'essence du 20 avril au 7 septembre, je me suis gratté la tête. Je cherchais un seul motif susceptible de justifier une telle mesure et je n'en ai trouvé absolument aucun. Quelle mouche a bien pu piquer Mark Carney?

J'aurais mieux compris si la décision avait été publiée pendant les campagnes en vue des trois partielles. On y aurait vu le bonbon électoral d'un parti gouvernemental en quête de sa majorité. Mais non. L'annonce est faite le lendemain des victoires libérales à Terrebonne et dans la région torontoise, au moment où les répercussions politiques sont les plus nulles...

Alors pourquoi? Tiens, tiens, tiens... Le lendemain des partielles... Serait-ce un élément de récompense promis aux quatre transfuges conservateurs qui lui ont assuré sa majorité aux Communes? Mark Carney pige dans le programme conservateur depuis son élection en 2025 et Pierre Poilievre avait lui-même réclamé la suspension temporaire des taxes fédérales sur l'essence. Enfin, sait-on jamais?

Mais revenons au coeur du sujet. Cette suspension de taxe d'accise privera le trésor public de 2,4 milliards de dollars! Si Ottawa avait quelques milliards de fonds publics (nos fonds à tous!) en trop, il aurait pu les offrir aux provinces - dont le Québec - qui en ont bien besoin pour assurer aux citoyens des services essentiels en santé, en éducation, en services sociaux, en logement.

N'oublions jamais que le trésor public, à Ottawa comme à Québec, c'est l'argent de TOUS les citoyens. Il nous appartient. On ne pige pas là-dedans sans sérieuse justification. Or que donne ce rabais de taxe sur l'essence? Non, première question: ce rabais atteindra-t-il intact les consommateurs? (Pause de quelques minutes pendant que je me bidonne...) On remet une occasion de 2,4 milliards $ aux pétrolières et on croit vraiment qu'elles vont en transmettre l'entièreté à Jos citoyen sans engraisser leurs profits déjà indécents? St-Jude priez pour nous!

Même en supposant que les producteurs et distributeurs d'essence accordent ce dix cents de rabais à la pompe, qu'en retirera vraiment le public? Les seuls qui en bénéficieront sont les utilisateurs de véhicules à essence. Et plus le véhicule est gros, plus il boit goulument l'or noir, plus grand sera le retour pour le propriétaire. Cela donne quoi après quatre mois? Peut-être quelques dollars économisés à chaque plein? On verra la différence? J'en doute.

Et quel est le message envoyé par Carney et sa bande en matière d'environnement? Pourquoi privilégier la consommation d'énergie fossile en temps de crise? Et que doivent penser ces dizaines de millions de citoyens, les vieux, les enfants, les pauvres, les écologistes, etc. qui ne retirent absolument rien d'une mesure qu'ils doivent payer, parce que le 2,4 milliards de dollars dont on se prive engraissera une dette énorme dont les intérêts sont assumés par la totalité des citoyens.

Pendant que l'État fédéral coupe des dizaines de milliers d'emplois dans sa fonction publique, parfois avec raison, souvent abusivement, on investit des milliards et des milliards en armements, en sous-marins, en avions de combat, on dépense presque sans compter pour militariser. Donner ainsi ce 2,4 milliards $ aux consommateurs d'essence et aux pétrolières n'a absolument aucun sens.

À moins que quelque part, derrière des portes closes, cette décision ait été motivée par des considérations un peu plus complexes que celles invoquées par Mark Carney...

Je ne suis qu'un simple citoyen, mais il y a des limites...

mardi 14 avril 2026

Le désarroi du parti de Poilievre...

14 avril 2026...
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capture d'écran du compte X de Pierre Poilievre

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L'an dernier, à la générale du 28 avril 2025, les candidates libérale Tatiana Auguste et la bloquiste Nathalie Sinclair-Desgagné avaient obtenu chacune 38,7% des votes exprimés, la victoire étant acquise par une seule voix. La conservatrice Adrienne Charles avait engrangé une part respectable des voix (18%), tandis que le NPD, en chute depuis la vague orange de 2011, avait dû se contenter de 2,6% des appuis.

Alors si on m'avait assuré qu'au match reprise du 13 avril 2026, la candidate du Bloc Québécois dans Terrebonne obtiendrait cette fois près de 47% des voix, un gain de 8% par rapport à l'année précédente, j'aurais parié toutes mes économies sur sa victoire... et, malheur de malheur, j'aurais perdu ma chemise!

Dans un pays où trois grandes formations politiques (quatre dans notre demi-pays du Québec) s'affrontent depuis des décennies et où d'autres partis de moindre envergure et des indépendants jouent régulièrement les trouble-fête, obtenir plus de 40% des voix exprimées vous assure plus souvent qu'autrement un siège aux Communes.

À l'élection partielle du 16 septembre 2024 dans LaSalle-Émard-Verdun, alors que Justin Trudeau et son parti caracolaient dans les sondages d'opinion publique, le bloquiste Louis-Philippe Sauvé avait remporté la circonscription avec 28,2% des voix! Suivaient dans l'ordre le Parti libéral (27,4%), le NPD (26,1%) et le PCC (11,5%)...

Que s'est-il donc passé pour que que 95,2% des électeurs de Terrebonne cochent une case libérale ou bloquiste, pour que le Parti conservateur et le NPD soient littéralement broyés? Sur 48 369 votes enregistrés, seulement 249 (0,5%) sont allés au Nouveau Parti démocratique. Il arrive au Parti Rhinocéros de faire mieux. Mais c'est le parti de Pierre Poilievre qui a pris la plus dramatique débarque, perdant près de 10 000 votes : une dégringolade, de 18% à 3,3%!

Le Parti conservateur, qui avait le vent dans les voiles face aux rouges, ayant même arraché le bastion libéral de Toronto-St. Paul's lors d'une élection partielle tenue le 24 juin, semble avoir frappé un mur de béton depuis que l'arrivée d'un Donald Trump menaçant à la Maison-Blanche offre au premier ministre Trudeau, puis à Mark Carney, une tribune inespérée qui les a transformés en sauveurs du Canada. Les appuis au PCC ont fondu comme neige au soleil.

Les espoirs de Poilievre se sont évaporés avec l'élection d'un gouvernement minoritaire libéral le 28 avril 2025. Le chef conservateur a même été battu dans sa propre circonscription. Pire, depuis la fin de l'automne 2025, quatre de ses députés ont viré capot. Trahissant le mandat reçu de l'électorat, ils ont joint les rangs de la bande à Carney. Et des rumeurs qui circulent prétendent que d'autres membres du caucus conservateur pourraient faire de même...

Mark Carney s'étant approprié une bonne partie du programme des conservateurs pendant que le NPD met désormais le cap à gauche, Pierre Poilievre semble errer dans un bourbier où son idéologie (ou son style) ne réussit pas à séduire les auditoires indécis ou même à conserver les acquis. Dans les deux partielles torontoises du 13 avril, loin des enjeux du Bloc québécois, le PCC se mesurait à ses adversaires traditionnels à un moment où la panique des premières semaines de Trump se fait beaucoup moins sentir. 

Or, dans ces deux circonscriptions, traditionnellement libérales il faut le dire, la performance des candidats conservateurs a été anémique, leur part des voix chutant de 31% à 18% dans Scarborough Sud-Ouest, et de 23,5% à 12,4% dans University-Rosedale. Dans cette dernière, même un NPD à la dérive a coiffé le parti de Pierre Poilievre avec 19% des votes exprimés. Quant aux scores libéraux, sans être aussi «unanimes» que ceux des régimes autoritaires, ils s'approchent de la stratosphère des partis uniques, avec 70% dans Scarborough Sud-Ouest et 65% dans University-Rosedale.

La morale de cette histoire, si elle existe, c'est que jusqu'à la fin du règne Trump aux états-Unis, l'hégémonie libérale perdurera un peu partout au pays pendant que les gauches et droites traditionnelles cherchent un discours accrocheur. Au Québec, la déroute actuelle des conservateurs et néo-démocrates aura pour effet de multiplier les luttes à deux à travers le Québec francophone. Alors que le Bloc pouvait espérer des victoires avec 35, 40 ou 45% des voix dans les circonscriptions où 85% ou plus des électeurs sont francophones, le parti souverainiste doit maintenant viser le 50% +1. Sans le PCC et le NPD, les confrontations PLC contre BQ sont dorénavant référendaires. 

Nous avons vu cette dynamique à l'oeuvre ce 13 avril dans Terrebonne. J'espère que les indépendantistes ont pris des notes. Elles serviront peut-être d'ici le mois d'octobre si le PQ se retrouve en combat singulier avec le vieil adversaire libéral. Et cela semble de plus en plus possible...

lundi 13 avril 2026

Une poussée d'adrénaline collective... Et vite!

13 avril 2026...

capture d'écran du site Web Le Devoir



Toute ma vie, j'ai carburé à l'adrénaline. Étudiant, j'avais tendance à attendre à l'extrême limite pour préparer un examen ou compléter une dissertation. Une poussée d'adrénaline me laissait indéfectiblement savoir quand il fallait appuyer à fond sur l'accélérateur. Même chose pour ma vie en journalisme avec cette irrépressible et opportune montée d'énergie dans les minutes précédant une heure de tombée.

L'adrénaline, disent les experts, est essentielle à notre survie. À la mienne en tout cas. Elle aiguise nos réactions en situation de menace et permet d'accélérer la prise de décision. Cette hormone existe en chacun de nous. J'aime croire qu'elle peut se manifester aussi de manière collective, qu'un peuple tout entier a cette capacité de monter aux barricades et de repousser, dans un mouvement de solidarité, toute menace existentielle.

J'ai appris au cours de mes 80 ans à flairer l'imminence des moments où tout peut basculer sans intervention immédiate. L'adrénaline a été et reste mon amie. Je lui fais confiance, et ces jours-ci, elle me dit que l'avenir d'un Québec français et laïc, ainsi que ses chances d'accéder à la souveraineté, se joueront d'ici six mois. Qu'après le 5 octobre, date du prochain scrutin québécois, il sera probablement trop tard!

Ce 13 avril 2026, trois élections partielles avaient lieu et quel que fut le résultat dans Terrebonne, les libéraux étaient assurés d'avoir dès le lendemain la majorité qui leur avait échappé à l'élection générale du 28 avril 2025. Le parti de Mark Carney comptait déjà 171 députés aux Communes depuis l'arrivée de cinq transfuges (4 PC,  1 NPD) et avec deux victoires assurées dans la région de Toronto, ce gouvernement centralisateur pourra dorénavant foncer sans risque d'être freiné ou renversé par l'Opposition.

Le premier ministre fédéral n'a jamais caché son jeu. Il veut bâtir «une économie canadienne», pas dix. Une économie québécoise forte sera tolérée dans la mesure où elle se soumet aux impératifs «nationaux» du Canada. Lisez son programme. Abolition des protectionnismes provinciaux. Libre circulation des biens et de la main-d'oeuvre (le français? Bof...). Créer une identité, une culture canadienne avec ses valeurs fondamentales. Les nôtres, au Québec? Ottawa combat déjà la Loi 21 devant sa Cour suprême et fera de même pour la Loi 96...

Armés de leur pouvoir de dépenser à peu près illimité, protégés par leur Charte des longs couteaux et une armée de juges que le premier ministre nomme seul, Mark Carney et sa bande désormais majoritaire se transformeront en véritable rouleau compresseur, prêts à aplatir les compétences, les lois et les valeurs québécoises qui se trouveront sur leur chemin. Ne sentez-vous pas leur poussée d'adrénaline? Moi si!

Et que pouvons-nous leur opposer à l'Assemblée nationale? Le gouvernement de la CAQ se professe nationaliste, il crie bien haut sa défenses des compétences du Québec, de la laïcité et de la langue française, mais ne conteste pas le droit d'Ottawa de juger nos lois en vertu d'une charte constitutionnelle multicultural qu'on nous a enfoncée dans la gorge en 1982. Si Québec perd sa laïcité et son «français lange commune» face aux juges suprêmes, c'est fini. Il n'y aura pas d'appel!

Face à la majorité anglo-canadienne qui contrôle le gouvernement d'Ottawa, Québec parle fort... et c'est tout... Ce pourrait être pire si jamais le Parti libéral du Québec, le parti des anglos et anglicisés, prenait le pouvoir en octobre 2026. Souvenez-vous des gouvernements fédéralistes, anglophiles et bilinguisants de Jean Charest et Philippe Couillard. Nous avons perdu avec eux une génération entière... Si Charles Milliard, un ancien militant conservateur fédéral qui a flirté un instant avec les libéraux de Justin Trudeau, gagne en octobre, c'est fini. Nous n'avons plus quatre années à perdre!

Il ne reste que cinq mois pour redresser la barque et se donner un gouvernement national avec suffisamment d'épine dorsale pour protéger les acquis du Québec et mettre en branle le processus d'accession à la souveraineté. Les résultats dans Terrebonne illustrent, comme à Laval et sur la Rive-Sud, à quel point le déclin du français et la présence croissante de collectivités multiculturelles favorisent les libéraux, tant au fédéral qu'à l'Assemblée nationale.

Le compte à rebours est commencé. De recensement en recensement, l'évolution du profil socio-linguistique et démographique de la grande région montréalaise et de l'Outaouais annonce un effritement des majorités francophones. Or, et les sondages le démontrent, le débat démocratique sur l'avenir du Québec français se déroule uniquement au sein de la majorité historique et chez les nouveaux arrivants qui ont choisi au fil des siècles de s'y joindre. Les autres, anglos ou anglicisés, votent à 70% contre le Bloc ou le PQ comme des zombies. À Terrebonne et ailleurs...

La dernière chose dont le Québec a besoin face au gouvernement fédéral majoritaire et centralisateur qui s'apprête à foncer, c'est l'aplaventrisme des libéraux à Québec. Nous n'avons plus de marge de manoeuvre. La défaite serrée du Bloc québécois dans Terrebonne (500 votes de retard vers 23 h 25), si elle devait se confirmer après le décompte complet, n'est pas seulement un coup dur, c'est une sonnette d'alarme. L'avenir de la nation est menacé jusque dans nos terres traditionnelles. Sans poussée d'adrénaline collective pour assurer la solidarité si essentielle à une victoire du PQ le 5 octobre prochain, ce pourrait bien être le début de la fin. Notre nation francophone de 400 ans doit-elle vraiment finir un jour «comme une page blanche de l'histoire»...


dimanche 12 avril 2026

Kelly Burke fait des vaguelettes...

12 avril 2026...


captures d'écran du site Web Le Droit, 10 avril 2026

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Avec l'arrivée de Mme Kelly Burke, des vaguelettes viennent de brouiller le calme plat de la symétrie qui marque depuis plus d'un demi-siècle la perception des minorités franco-canadiennes et de la «minorité» anglo-québécoise au Commissariat fédéral des langues officielles.

Jusqu'à récemment, le texte de la Loi sur les langues officielles (LLO) mettait les francophones hors Québec et les Anglo-Québécois sur le même pied. Cette symétrie législative n'avait aucune contrepartie dans la vraie vie des collectivités linguistiques, mais tout de même, la loi était claire dans sa rédaction.

Or, voilà que la nouvelle mouture de la LLO, adoptée en 2023, reconnaît dans son préambule que le gouvernement fédéral «s'est engagé à protéger et promouvoir le français, reconnaissant que cette langue est en situation minoritaire au Canada et en Amérique du Nord en raison de l'usage prédominant de l'anglais».

Ce texte quasi constitutionnel affirme ainsi que la seule langue menacée au Canada, y compris au Québec, est le français. Et que les Anglo-Québécois, faisant partie de la majorité anglophone canadienne et nord-américaine, ne font pas face aux mêmes menaces que les collectivités de langue française, y compris celle du Québec.

Cet ajout à la Loi sur les langues officielles a évidemment déplu à de nombreux Anglo-Québécois. Le député libéral de Mont-Royal, Anthony Housefather, a été le seul élu de la Chambre des communes à s'opposer à la modernisation de la LLO. Une autre députée de la région montréalaise, Sherry Romanado (Longueuil-Charles-LeMoyne), s'est abstenue de voter... D'autres auraient sans doute voulu les imiter...

En dépit des modifications concernant les menaces contre la langue française dans la Loi, l'ancien Commissaire aux langues officielles, Raymond Théberge ,n'avait pas changé son approche. Jusqu'à la fin, il a continué à considérer les Anglo-Québécois comme une minorité en danger, au même titre que les Franco-Ontariens, les Franco-Manitobains et les autres. L'impression laissée, c'est qu'il partageait jusqu'à un certain point les préoccupations des députés anglo-québécois.

Mais avec la nomination de la nouvelle Commissaire Kelly Burke, une Franco-Ontarienne qui a aussi occupé le poste de Commissaire aux services en français de l'Ontario, quelque chose a changé, au moins au niveau du langage. Dans une entrevue accordée au média Le Droit (voir lien en bas de page), elle annonce son intention de défendre les francophones hors Québec et les Anglo-Québécois de façon «équivalente». Pas «égale»...

Ce que je comprends, si les mots on un sens, c'est que sa défense des uns et des autres ne sera pas identique, mais aura la même valeur en fonction des situations vécues. Cela laisse un peu de place pour une reconnaissance que les Anglo-Québécois sont en bien meilleure posture que les collectivités de langue française ailleurs au Canada, et qu'à ce titre, ont moins besoin de la LLO.

Dans un interview à ONFR, en février 2026, elle disait vouloir d'abord s'attaquer à «l'univers numérique en anglais» et que sa «perspective ontarienne» faisait d'elle une commissaire à l'écoute des collectivités francophones et de «leurs vulnérabilités». Ayant grandi dans la région de Cornwall, dans l'Est ontarien, à quelques kilomètres de la frontière québécoise, elle est bien placée pour savoir à quel point la minorité anglophone du Québec a été choyée depuis la fondation du Canada.

On me dira que choisir «équivalent» au lieu d'égal n'a rien de spectaculaire. Soit. Mais parfois il suffit d'un mot pour causer de profonds bouleversements. Dans la version anglaise originale de la Charte des longs couteaux de 1982, l'article 23 affirmait le droit de recevoir l'instruction en français (au primaire et au secondaire) in minority language educational facilities provided out of public funds.

Le texte français, cependant, précise que l'instruction en français (ou en anglais au Québec) doit se faire dans des établissements d'enseignement de la minorité linguistique financés sur les fonds publics. En Cour suprême ce petit «de», absent du texte anglais, a permis de déterminer que les écoles n'étaient pas seulement françaises mais qu'elles émanaient de la minorité francophone, et que cette dernière en avait la gestion. Et tout a changé.

Alors voyons si l'équivalent de Mme Burke a quelque effet sur la langue de bois que le Commissariat aux langues offficielles nous sert depuis si longtemps. Si oui, Mme Burke aura maille à partir avec les Anthony Hosefather de ce monde...

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samedi 11 avril 2026

Après les longs couteaux, dépoussiérer le désaveu?

11 avril 2026...

capture d'écran du site Web Le Devoir, 11 avril 2026


On a vu la vraie face des libéraux fédéraux cette semaine. Réunis en congrès, à Montréal - ville française soit dit en passant - ils ont débattu en anglais seulement d'une proposition visant à ressusciter le vieux droit de désaveu d'une loi provinciale, accordé au gouvernement fédéral par l'Acte de l'Amérique du Nord britannique en 1867.

Pourquoi? Parce que pour la nième fois depuis la révolution tranquille et la montée de l'indépendantisme dans les années 1960, le Canada anglais cherche par tous les moyens à mettre le Québec au pas: l'armée en octobre 1970, la nuit des longs couteaux en 1981, les tricheries de 1995, tous les moyens sont bons à Ottawa pour saboter l'édification d'un Québec libre, français et laïc.

Désormais on dépoussière le désaveu, un pouvoir tombé en désuétude, qu'on a toujours refusé d'invoquer aux 19e et 20e siècles pour défendre les minorités acadiennes et franco-canadiennes quand les provinces anglaises, une à une, interdisaient leurs écoles et imposaient l'unilinguisme anglais. Pire, on a le culot d'en discuter in English, au Québec, dans un atelier présidé par le député anglo-québécois Anthony Housefather, le seul député aux Communes à voter contre la modernisation récente de la Loi sur les langues officielles!

La Presse canadienne rapporte que le seul commentaire fait en français avait l'allure d'une claque en pleine face: «Je ne peux pas répondre à cette question, parce que je ne parle pas français, mes excuses». De plus la résolution présentée aux delegates avait incorrectement traduit le mot «disallowance» (désaveu) par «droit de véto». Preuve de plus que ce débat, à commencer par le projet de proposition, avait été conçu par des gens pour qui le français n'a guère d'importance.

Les délégués libéraux anglophones ont dû se sentir chez eux dans la région montréalaise, qui a élu aux Communes près de 30 députés plus souvent qu'autrement prêts à s'associer aux manoeuvres anti-québécoises et anti-francophones de la majorité anglo-canadienne. On a déjà mentionné Anthony Housefather, qui siège sur son trône de Mount-Royal, mais il y en a d'autres de la même étoffe. Angelo Iacomo, député d'Alfred-Pellan (Laval), proposait il y a deux ans à peine de rendre le Québec officiellement bilingue et de retirer au français son statut de seule langue officielle.

Les députées Emmanuela Lambropoulos (Saint-Laurent) et Patricia Lattanzia (St-Léonard-St-Michel) ne se rangeront jamais dans le camp du Québec français. Sur le site Web de la Chambre des communes, toutes les deux indiquent l'anglais comme première langue préférée, et ce, dans des circonscriptions où les anglophones sont nettement minoritaires. Et que dire de la députée de Longueuil-Charles-Lemoyne, Sherry Romanado, qui a elle aussi refusé son appui à la modernisation de la Loi sur les langues officielles, enregistrant son abstention.

Dans cette bande de députés formés très majoritairement dans des institutions anglo-montréalaises (McGill, Concordia), on trouve le ministre canadien des Langues officielles Marc Miller, un Anglo-Montréalais représentant Ville-Marie-Sud-Ouest-Île des Soeurs, qui ne brille pas par son zèle pour défendre la langue française. Au contraire, il se dit tanné d'entendre parler du déclin du français au Québec... 

Ensemble, les près de 30 députés libéraux de la métropole et de sa couronne constituent un formidable bloc de défenseurs d'un multiculturalisme anglo-dominant renforcé par l'application de la Charte des longs couteaux depuis 1982. Mais rares sont les moments où ils sont systématiquement confrontés par les partisans de la francisation ou de la laïcisation au Québec, pourtant des valeurs partagées par une forte majorité de Québécois.

Terrebonne

À preuve l'élection partielle de lundi (13 avril) dans Terrebonne, où la candidate libérale Tatiana Auguste a pu mener bien trop tranquillement une campagne axée sur des thèmes essentiellement locaux. Le Bloc aurait pu la talonner jour après jour pour lui demander sa position sur la Loi 21, que son gouvernement conteste présentement devant la Cour suprême, ou sur la Loi 96 (français langue commune), qui suscite chez son premier ministre Mark Carney un «malaise», ou sur les dizaines de millions que le fédéral verse tous les ans pour angliciser le Québec, ou même sur les positions anti-francophones prises par certains de ses collègues.

Espérons que lundi, les gens de Terrebonne, à 90% francophones, auront compris que seule la candidate du Bloc représentera fidèlement les valeurs de la majorité québécoise de langue française à la Chambre des communes. L'élection d'une nouvelle députée rouge et le renforcement subséquent d'un gouvernement multiculturel et anglo-dominant aurait pour seul effet d'affaiblir un Québec déjà fragilisé.

Retroussons nos manches!

vendredi 10 avril 2026

Toute bonne chose a une fin...

10 avril 2026...



Je ne me souviens pas de la dernière fois où j'ai porté ce coupe-vent aux couleurs de mon alma mater, l'Université d'Ottawa. La seule autre photo de moi ainsi vêtu remonte à 1973, alors que j'apportais une caisse de 24 bières à la salle des nouvelles du Droit pour célébrer la conclusion des négociations en vue du renouvellement de la convention collective des journalistes.

À mesure qu'approche la date de notre déménagement (début juillet) vers un appartement nettement plus exigu que la maison familiale où nous vivons depuis 1988, les bacs de recyclage et les boîtes d'objets à donner ou à offrir à une éventuelle vente de garage s'accumulent. Je n'ai aucun talent pour élaguer. J'aimerais tout conserver. Chaque livre, magazine ou disque arraché à mes collections risque d'effacer quelque souvenir de ma jeunesse ou de la vie adulte qui y soit rattaché. Plus l'objet est vieux, plus il a tendance à devenir précieux.

La redécouverte de cette veste aux couleurs de l'Université d'Ottawa (grenat et gris) ne pouvait me laisser insensible. Acheté en 1964 alors que j'entreprenais ma deuxième année à la faculté des sciences sociales, ce coupe-vent d'allure sportive arbore les lettres UO sous l'épaule gauche, le chiffre 68 (l'année où j'aurais mon bac) au bras gauche et l'écusson «science sociale» (deux fautes en deux mots avec l'absence des «s») au bras droit.

Tout y était pour identifier votre faculté et votre ancienneté sur le campus à une époque où les plus âgés imposaient leur droit d'aînesse. Parfois le chiffre sur un coupe-vent grenat et gris indiquait le numéro du gilet porté par l'athlète d'une des équipes sportives - toutes appelées Gee-Gees pour grenat et gris - de l'Université. Mon 68 aurait pu laisser croire que je faisais partie de la ligne offensive ou défensive de l'équipe de football, mais il suffisait de jeter un coup d'oeil à mon absence de muscles et mes lunettes pour comprendre que c'était l'année de ma collation des grades...

On aurait sans doute deviné, par ailleurs, que si j'étais francophone, j'étais aussi Ontarien. Mes souvenirs du détail de la mi-années 60 s'embrouillent mais les étudiants québécois qui formaient plus de 80% des effectifs aux sciences sociales s'intéressaient bien plus à la politique qu'aux couleurs de cette université bilingue hors-Québec où ils séjournaient le temps d'un ou deux diplômes. De mémoire ils étaient pour la plupart indépendantistes et je n'imagine pas un jeune séparatiste du RIN en train de se pavaner en 1964 avec une veste UO...

Reste que je l'aimais bien ce coupe-vent, léger et chaud à la fois, preuve que celui qui l'enfilait fréquentait une institution de haut-savoir. Dans mon quartier ouvrier de la capitale fédérale, les jeunes qui se rendaient à l'université étaient bien plus l'exception que la règle. Pour mes parents et grands-parents, c'était sans doute une source de grande fierté. Enfin, je voyais dans ce coupe-vent à la fois un vêtement commode par temps frais et un symbole de mon accession à un univers bien plus grand que les rues de la paroisse Saint-François d'Assise.

Cette veste m'a accompagné dans mon militantisme franco-ontarien croissant, dans ces rencontres étudiantes où francophones de l'Ontario et Québécois discutaient vivement de la montée de l'indépendance, dans cet automne turbulent de 1968 où nous avions occupé la faculté des sciences sociales pendant plus d'une semaine, durant mon virage à gauche pendant la guerre du Vietnam. Ce vêtement grenat et gris m'a suivi au moment de mon adhésion au PQ fin 1968 comme bien d'autres Franco-Ontariens, et je l'enfilais toujours durant mes premières années comme journaliste au quotidien Le Droit.

Mais depuis une cinquantaine d'années il reposait bien seul dans une garde-robe sombre au sous-sol, voyant la lumière occasionnellement quand j'allais y jeter un coup d'oeil, de plus en plus vieillissant. Ce matin, nous avons vidé cette pièce du sous-sol et j'ai enfilé de nouveau mon coupe-vent universitaire des années 1960. Surprise! Il me va toujours même si j'ai pris du poids depuis ma jeune vingtaine. J'avais dû me procurer une taille extra-grande à l'époque.

Ginette a pris quelques photos de moi habillé en universitaire, ces années de jeunesse passant devant mes yeux scintillants à la vitesse de la lumière. Les poches sont trouées, la fermeture éclair ne fonctionne plus, les couleurs ont perdu leur éclat. Ce soir, à l'âge de 62 ans, il a entrepris dans un sac de vidanges sa dernière semaine près de moi. Je résiste de peine et de misère à la tentation de le récupérer et de lui épargner une fin en site d'enfouissement. 

C'est comme ça à chaque fois que je dois me séparer d'une petite tranche de vie conservée depuis des décennies sur une tablette de bibliothèque, dans une boîte de disques, dans un tiroir ou dans une garde-robe. Puis je vois les dimensions de l'appartement qui nous attend et les 80 ans que j'atteindrai à la fin de juillet. Et je me dis: toute bonne chose a une fin...


 


jeudi 9 avril 2026

Impossible d'inventer un lien entre laïcité et droits linguistiques quand ce lien n'existe pas!

9 avril 2026...

capture d'écran, 9 avril 2028, Le Droit


Bizarre de titre sur le site Web Le Droit ce matin: «Loi 21: la cause pourrait menacer l'autonomie scolaire des Franco-Ontariens»... Comment une contestation judiciaire de la laïcité de l'État québécois peut-elle avoir des répercussions en Ontario? Mystère... Curieux d'en savoir plus, j'ai lu le texte et à la fin, je ne comprenais pas davantage quel effet une décision de la Cour suprême pourrait avoir sur les droits de gestion des écoles françaises par les Franco-Ontariens...

La sonnette d'alarme est tirée par la Commission nationale des parents francophones (vivant en milieu minoritaire, hors Québec), et elle n'y va pas de main morte, allant jusqu'à évoquer des scénarios découlant d'un jugement de la Cour suprême qui pourraient menacer les curriculums voire la survie d'écoles françaises, augmenter la difficulté de faire valoir des préoccupations linguistiques à l'embauche d'enseignants, entraver l'épanouissement culturel des minorités et, même, causer l'érosion et l'assimilation au sein de ces minorités!

Tout ça à cause d'une loi établissant des normes de laïcité au sein de l'État et des institutions publiques (y compris les écoles) du Québec? On peut à la limite comprendre les commissions scolaires anglo-québécoises de s'en plaindre, étant directement touchées par la Loi 21 avec l'interdiction de signes religieux. Elles ont tenté en vain de démontrer que des vêtements comme le hijab, le kippa ou autres avaient un lien avec les protections linguistiques de l'article 23 de la Charte des longs couteaux. Impossible d'inventer un lien entre laïcité et langue d'enseignement quand ce lien n'existe pas!

Alors, si l'article 23 sur les droits linguistiques minoritaires n'est pas en cause au Québec dans un régime de laïcité, comment pourrait-il l'être en Ontario, par exemple, où les écoles publiques non confessionnelles côtoient les écoles publiques catholiques? La Loi 21 n'a aucune portée extra-provinciale. Et même si le gouvernement Ford adoptait une laïcité similaire à celle du Québec, elle ne mettrait aucunement en péril le droit de gestion linguistique des francophones sur leurs écoles, publiques ou confessionnelles, tel que garanti par l'article 23 depuis la décision Mahé en 1990.

Les anglos du Québec ont cherché par les tribunaux, à élargir la portée de l'article 23 au-delà des considérations linguistiques, en tentant de nous faire croire au moyen de détours indigestes que le port du hijab est non seulement un signe religieux mais aussi une manifestation culturelle, et que le port d'un signe culturel dans une école anglaise devient par la bande un droit linguistique. Plus tordu que ça tu meurs. Le débat en Cour suprême porte donc sur un potentiel élargissement de l'article 23 et non un quelconque rétrécissement.

La Commission nationale des parents francophones dit craindre que la Cour suprême puisse «adopter une lecture plus étroite que ce que protège réellement l'article 23» et donner ainsi «plus de poids au pouvoir des provinces». Les adversaires de la Loi 21 cherchent à réduire la portée de la clause dérogatoire (article 33 de la Charte), ce qui, advenant leur victoire, réduirait les pouvoirs des provinces, et notamment ceux du Québec. Une victoire québécoise ne ferait que confirmer la portée actuelle des pouvoirs consentis par la Charte des longs couteaux en 1982.

Le véritable ennemi des écoles françaises en milieu minoritaire n'est pas la laïcité québécoise, mais une maltraitance systémique par les majorités anglo-canadiennes depuis la Confédération. C'est aussi le déclin démographique dramatique des francophones de souche et l'assimilation rapide de l'ensemble des francophones, y compris ceux issus de l'immigration de langue française. Se ranger avec les Anglo-Québécois dans cette cause est une erreur. Ces derniers participent au déclin du français au Québec, en collaboration avec Ottawa, et si un jour ils en sortent victorieux, ils n'auront aucune pitié pour ce qui reste de la francophonie hors Québec.

Je peux comprendre que certains groupes franco-canadiens en veulent au Québec, qui s'est rangé avec l'oppresseur dans certaines de leurs revendications judiciaires, comme celle des Franco-Yukonnais il y a une dizaine d'années. Le gouvernement québécois s'était tiré dans le pied en croyant qu'un victoire des francophones du Yukon en vertu de l'article 23 aurait pu renforcer la position constitutionnelle des Anglo-Québécois. La Cour suprême, malgré tous ses défauts, reconnaît depuis 1982 que la francophones hors Québec ont droit à plus de protection que les Anglo-Québécois. Quoiqu'il en soit, en s'opposant à la Loi 21, c'est au tour des parents francophones hors Québec de se tirer dans le pied...

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Lien au texte du Droit - https://www.ledroit.com/actualites/education/2026/04/09/loi-21-la-cause-pourrait-menacer-lautonomie-scolaire-des-franco-ontariens-4QOPCXXN5JGLVN256UULWRLDJM/