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| capture d'écran du livre Tocqueville au Bas-Canada |
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| capture d'écran du livre Tocqueville au Bas-Canada |
13 mars 2026...
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| capture d'écran du site Web du Parti conservateur du Canada |
Bizarre, cette histoire... Les conservateurs fédéraux mènent une campagne pour que l'Ordre du Canada soit octroyé à l'ancien joueur, instructeur et commentateur controversé de hockey Don Cherry. Pourquoi bizarre? Parce qu'il devrait être évident qu'avec son passé émaillé de déclarations xénophobes, francophobes, frisant le racisme, l'ancienne vedette de CBC à Hockey Night in Canada n'a absolument aucune chance se se voir épingler l'insigne rouge et blanc avec feuille d'érable surmontée de la couronne royale britannique.
Évidemment, si la pétition en ligne du Parti conservateur récolte des centaines de milliers de signatures (un million?) d'un bout à l'autre du pays, cela posera un problème pour les notables chargés d'attribuer l'Ordre du Canada et un débat public qui résonnera jusqu'à la Chambre des communes. Dans un article de la Presse canadienne, publié dans Le Droit, le chef conservateur Pierre Poilievre affirme sans sourciller que «Don Cherry incarne ce que cela signifie d'être un fier Canadien». Enfin, je n'ai vu ce commentaire qu'en anglais sur le réseau social X-Twitter, où il employait le mot Canadian, sans doute plus juste.
Comme il fallait s'y attendre, le statut de M. Poilievre sur X-Twitter a attiré des centaines de commentaires, le plus souvent hostiles, mais plus de 7000 mentions «J'aime». Le vrai baromètre sera sans doute le nombre de citoyens prêts à signer la pétition en faveur de M. Cherry. Je soupçonne que derrière les cris d'indignation d'intervenants plus militants, des millions d'Anglo-Canadiens raffolaient de ses sorties acérées et s'ennuient de lui. N'oubliez pas que Don Cherry a déjà reçu l'ordre de l'Ontario de Doug Ford, a été honoré publiquement par la Légion canadienne et l'Association des policiers de l'Ontario. L'an dernier, le Gouverneur général lui a décerné la médaille du couronnement de Charles III pour ses contributions exceptionnelles au Canada. Et surtout, souvenez-vous qu'il y a une vingtaine d'années, quand CBC avait orchestré un concours pour identifier les «Greatest Canadians», il avait terminé au 7e rang à travers le pays!
Ils sont très nombreux à estimer que M. Cherry avait raison quand il tenait des propos cassants envers les immigrants, les francophones, les femmes dans le sport, et bien d'autres. J'ai toujours eu la conviction qu'il disait tout haut que des millions d'Anglo-Canadiens originaires des îles britanniques pensaient tout bas. Ses sorties à l'emporte-pièce m'ont souvent rappelé l'ambiance inhospitalière de l'Ottawa anglophone que j'ai connu dans ma jeunesse. Peut-être MM. Lawton et Poilievre ont-ils flairé l'opportunité de soulever un enjeu susceptible d'éveiller les braises culturelles britanniques qui couvent toujours sous les excès d'un multiculturalisme à la woke.
Il y aura des partielles le 13 avril dans la région de Toronto dans deux circonscriptions qui, si l'on se fie aux résultats des quatre ou cinq dernières élections, sont très peu favorables au PCC. Pourrait-on croire que pour quelques cerveaux conservateurs, se porter à la défense d'une personnalité ontarienne comme Don Cherry pourrait détourner - ne fut-ce qu'un moment - l'électorat de l'interminable conflit avec Donald Trump, où les libéraux auront toujours l'avantage? Parfois, dans des situations désespérées, on s'accroche à n'importe quoi, on prie St-Jude, on achète un Lotto Max... Enfin, cette fois, j'avoue que l'initiative du PC en faveur de Don Cherry me déroute.
Et puis, en fin de compte, pourquoi pas? Offrez-lui donc l'Ordre du Canada. À bien des égards, il l'a mérité en exprimant sur la place publique les craintes, les colères et les haines historiques d'une grande partie de son auditoire. La francophobie et le racisme ne font-ils pas partie de l'histoire du Canada depuis la Conquête? Il y a 100 ans, dans ma province natale (l'Ontario) et même à Ottawa, il aurait eu droit aux plus grands honneurs pour plusieurs des propos qu'on lui reproche aujourd'hui. Don Cherry incarne le Canada que les Québécois combattent avec raison depuis toujours. Pourquoi ne pas le laisser pavoiser ses intolérances en épinglant sur son veston l'insigne rouge et blanc de l'Ordre du Canada?
Le débat qui en résulterait serait salutaire...
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| capture d'écran du site Web de Radio-Canada |
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| capture d'écran de Radio-Canada |
9 mars 2026...
Quelque 100 000 membres du Nouveau parti démocratique (NPD) ont commencé aujourd'hui à voter en ligne, à travers le Canada, pour élire le remplaçant de Jagmeet Singh, défait dans sa propre circonscription aux élections d'avril 2025. Les résultats ont été catastrophiques pour le NPD, qui a vu ses appuis chuter à 17,8% en 2021 à 6,3% et le nombre de ses députés aux Communes s'effondrer, passant de 25 à sept.
J'entends déjà les bâillements... Au Québec, à l'exception de la vague orange signée Jack Layton, le NPD a toujours été vu comme un corps étranger, un pur produit du Canada anglais associé à l'Ouest du pays et à l'Ontario, traduit en français pour la forme aux élections générales parce que la fédération est officiellement bilingual.
Par le passé, les néo-démocrates ont même eu de la difficulté à trouver des candidats pour l'ensemble des circonscriptions québécoises. On lançait dans la mêlée des «poteaux» pour la forme. C'est ainsi qu'en 2011, avant que Jack ne participe à l'émission Tout le monde en parle et que tout chamboule, le parti avait présenté l'Ottavienne anglophone Ruth Ellen Brosseau dans Berthier-Maskinongé. Cette dernière avait été élue avec la vague sans même avoir fait campagne...
Pendant les quatre années suivant l'élection de 2011, la majorité des députés néo-démocrates aux Communes étaient québécois (59 sur 103) mais le parti ne s'est pas québécisé pour autant. L'effet Jack s'est vite dissipé. Le seul survivant, Alexandre Boulerice, doit bien s'ennuyer ces jours-ci, le Québec ayant retrouvé son statut marginal au sein du NPD. Le député de Rosemont-La petite patrie songe d'ailleurs à sauter la clôture pour se présenter aux élections québécoises d'octobre 2026 sour la bannière de Québec Solidaire.
Dans son édition papier d'aujourd'hui, Le Devoir a publié des interviews avec les deux favoris à la succession de Jagmeet Singh et il est apparent que ni un ni l'autre ne comprend le Québec (en plus de ne pas comprendre le français). Aucun des cinq candidats à la direction du parti ne maîtrise la langue française. Je me demande si l'un d'entre eux s'est donné la peine de lire la Déclaration de Sherbrooke, adoptée par leur parti en 2005. À les entendre, j'en doute, alors je me permets de la citer en espérant qu'ils finissent par y jeter un coup d'oeil:
«La construction de l'État moderne et d'un projet de société pour les Québécoises et Québécois s'est fait principalement autour de l'État québécois. (…) Cette vision contraste évidemment avec celle portée par une majorité des gens des autres provinces, qui voient le gouvernement fédéral comme étant leur gouvernement "national", avec un rôle secondaire aux provinces.»
Le NPD avait ainsi adopté une vision asymétrique du fédéralisme canadien. La centralisation à outrance, mode néo-démocrate, mais s'appliquant seulement aux neuf provinces à majorité anglophone. Le gouvernement d'Ottawa serait devenu sous ce régime le gouvernement «national» du Canada anglais, tandis que Québec conserverait ou raffermirait ses compétences, étant reconnu comme gouvernement «national» des Québécois. Un peu comme le principe de la souveraineté-association, sans la souveraineté...
Les candidats actuels à la direction du NPD, comme Jagmeet Singh avant eux, proposent une centralisation mur à mur, y compris au Québec. Au diable les compétences, au diable la constitution. Ottawa continuera de s'engager à plein en santé, dans les garderies, de laisser sa lourde empreinte sur les priorités provinciales (donc du Québec) en tirant ses énormes ficelles budgétaires. Sans compter la volonté néo-démocrate d'imposer un multiculturalisme débridé faisant fi des valeurs québécoises. Voilà une recette sûre pour perdre la seule circonscription québécoise restée fidèle aux néo-démocrates.
Si le parti mis au monde par Tommy Douglas doit avoir un avenir au Canada anglais (oubliez le Québec), il devra attaquer de front les libéraux et les conservateurs sur le plan idéologique. Proposer une idéologie progressiste, voire socialiste. S'imposer comme défenseur du «monde ordinaire» contre les partis de Carney et Poilievre, asservis au grand capital. Incarner et sauver l'âme du Canada anglais (si telle chose existe) sans l'imposer aux Québécois. Laisser le Québec au Bloc, un parti tout aussi progressiste (même plus), et collaborer avec les indépendantistes aux Communes dans un esprit d'asymétrie fidèle à leur propre Déclaration de Sherbrooke.
À force de lutter contre toutes velléités autonomistes ou souverainistes du Québec français, le Canada anglais a perdu des pans entiers de sa conscience historique. Il s'est américanisé au point d'avoir peine à se distinguer culturellement des voisins du Sud. Il y reste cependant un profond sentiment anti-états-unien (ravivé par Trump) et un profond attachement à l'idée que les Anglo-Canadiens se font du pays. Si le NPD doit faire oeuvre utile et espérer un jour déloger du pouvoir les serviteurs du capitalisme nord-américain, il doit retrouver ses racines qui sont dans les Prairies, qui se sont étendues sur la côte ouest et dans les milieux ouvriers de l'Ontario. Pas au Québec.
Pour pouvoir offrir au Canada anglais une ultime chance de se ressourcer et reprendre son élan, le Nouveau parti démocratique devra une fois pour toutes l'incarner, et accepter du même coup que ce Canada anglais, avec ses valeurs, ne pourra pas englober un Québec de plus en plus différent, autonome, et peut-être un un jour souverain s'il choisit cette voie. Les candidats actuels à la direction du NPD ne comprennent pas ou peu le français. Mais leur plus grave lacune, c'est qu'ils ne comprennent pas suffisamment leur propre «nation» anglo-canadienne. Enfin, c'est ma perception...