Lettres du front
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mardi 17 mars 2026
Tous en choeur: «Ce n'est qu'un début, continuons le combat»!
17 mars 2026...
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| capture d'écran du site Web du Devoir |
Quand je siégeais au conseil confédéral de la CSN en 1972, on entendait souvent au début ou à la fin des réunions la chanson Québékiss (de l'album du même nom)... Un chant de ralliement, un hymne de champ de bataille... Vous l'avez déjà entendu: «Ce n'est qu'un début, continuons le combat»! Après quelques minutes de cet appel aux barricades de Marie Savard, nous étions solidaires, prêts à foncer contre les puissants de ce monde. Pour le socialisme, pour l'indépendance.
Puis, les discours terminés, les résolutions adoptées, nous retournions dans nos régions négocier nos petites conventions collectives en rêvant du grand soir d'une révolution plus imaginaire que réelle. Crier tous ensemble notre opposition au gouvernement ou au grand capital ou aux impérialismes planétaires pouvait bien nous attirer quelques manchettes dans les médias, mais le plus souvent, rien de plus. C'était partie remise jusqu'au prochain rassemblement syndical à Québec ou à Montréal, pour vibrer de nouveau aux rythmes martiaux de Ce n'est qu'un début, continuons le combat...
L'opposition, annoncée aujourd'hui, de 779 groupes et organisations (y compris la CSN et la FTQ) au projet de constitution québécoise du ministre Simon Jolin-Barrette m'a rappelé les luttes syndicales de ma jeunesse. L'époque n'était guère aux compromis ou aux concessions. La langage était agressif. Diluer le grand soir par des compromissions, même légères, avec les détenteurs du pouvoir politique était toujours suspect. Plusieurs préféraient l'échec à une victoire partielle. On pouvait recommencer à entonner Ce n'est qu'un début, continuons le combat sans avoir entaché la pureté idéologique des revendications.
La conséquence, c'était le risque de devoir revenir au point de départ, de repartir presque à zéro. Nous n'avons pas vaincu les pires excès du capitalisme, à mon grand désespoir. Nous espérons toujours l'indépendance. Il aurait fallu, à l'époque, qu'un plus grand nombre d'entre nous consente à se salir les mains, côte à côte avec des adversaires autour de projets nationaux où chacun engrangerait sa part de petites victoires. La participation de nombreux progressistes au sein du premier gouvernement du PQ sous René Lévesque en 1976 en a fait la preuve.
Évidemment, 50 ans plus tard, le Québec a bien changé. La situation est pire qu'au début des années 1970, où tous les espoirs étaient permis. Aujourd'hui, le déclin du français et le multiculturalisme anglo-dominant ont mené la nation québécoise au bord du gouffre. Il y a, bien plus qu'autrefois, urgence d'agir pour sauver les meubles. Mais de toute évidence, un élément du passé demeure: cette tendance irritante à agir collectivement, dramatiquement, unanimement, sans trop de nuances, en vue d'objectifs imprécis (question d'assurer la solidarité), contre un grand projet législatif sur l'avenir de la nation.
Il s'agit cette fois du projet de la loi 1 intitulé Loi constitutionnelle de 2025 sur le Québec, présenté à l'Assemblée nationale par le ministre Simon Jolin-Barrette. Je n'ai pas l'intention d'énumérer les défauts du processus de consultation ou les imperfection du texte. Il y en a. Beaucoup. Mais comme toujours, les milieux se disant populaires ou progressistes ont comme réflexe premier de rejeter le tout, en troupeau, pour divers motifs, au lieu d'envisager une constitution imparfaite pouvant laisser un goût amer à tous les «sans péché» de la société.
On me trouvera injuste mais dans la vie, y compris en politique, tout n'est jamais noir ou blanc. Il y a au moins cinquante nuances de gris. Mais naviguer le gris n'est jamais simple. Les marges d'erreur et les risques d'échec sont grands. Il est plus facile de voir «les effets désastreux», «un autoritarisme mal dissimulé», «une logique coloniale», une «attaque aux droits et libertés», tous des péchés mortels, ne pouvant conduire qu'à la seule solution pure et sans tache: «le retrait complet du projet de loi 1». Et que reste-t-il alors? Rien. Et tous peuvent continuer à chanter «Ce n'est qu'un début, continuons le combat»... On avance les mains vides, les mains propres...
Je veux bien croire qu'il serait mieux d'entreprendre un processus exhaustif de consultation populaire pour arriver à un projet de constitution, mais nous n'avons plus le temps. Il faudrait d'abord élire un parti (sans doute le PQ) qui s'engagerait à enclencher une telle démarche. Mais il est trop tard. Le Parti québécois a déjà promis un référendum au cours de son prochain mandat devant déboucher, s'il est gagnant, sur une déclaration d'indépendance. Il ne perdra pas deux ou trois ans à organiser des audiences pour une nouvelle constitution sur l'ensemble du territoire. Et si, en bout de ligne, le référendum est perdu, nous sommes encore une fois de retour à zéro.
J'aimerais rappeler à tous nos idéalistes sans doute bien intentionnés que ce n'est pas ainsi que la constitution canadienne, celle qui nous gouverne depuis 1867, a été créée. L'AANB n'était qu'une loi adoptée par le Parlement britannique, sans consultation du peuple québécois et anglo-canadien. Quant à la Loi constitutionnelle de 1982, celle qu'on nous a enfoncée dans la gorge, elle est issue de la célèbre des nuits des longs couteaux où un pacte québécophobe a été scellé entre Ottawa et les provinces anglaises. Contre cette tour de Pise constitutionnelle qui penche toujours du même bord, pas le nôtre, le Québec n'a aucune arme, à l'exception de la clause dérogatoire de la Constitution des longs couteaux. C'est insuffisant quand on sait que la Cour suprême fédérale peut s'arroger le pouvoir de fissurer ce «nonobstant».
La constitution proposée par Simon Jolin-Barrette (voir lien en bas de page) peut bien avoir des tas de défauts, mais une fois adoptée par l'Assemblée nationale elle n'aurait pas moins de valeur juridique - dans les champs de compétence du Québec - que la constitution fédérale de 1982, adoptée par le Parlement canadien et neuf assemblées législatives provinciales sans référendums, après des manigances qui ne ressemblaient en rien à de véritables consultations populaires. Cette constitution multiculturelle de 1982 régit aujourd'hui le Québec, que nous l'aimions ou pas. La Loi 21 sur la laïcité de l'État est entre les mains des juges fédéraux, une procédure à laquelle le gouvernement Legault a consenti. Si notre laïcité pouvait s'appuyer sur une constitution québécoise, même mal ficelée, son armure serait mieux protégée devant les tribunaux.
Mais voilà, 779 organismes ont décidé que le projet de loi 1 «est une attaque contre la démocratie et les droits humains»... Encore une fois, en choeur: «Ce n'est qu'un début, continuons le combat»...
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Lien à la chanson «Ce n'est qu'un début, continuons le combat» - la dernière chanson sur l'album - https://www.youtube.com/watch?v=1nnnuAOBPU8
Communiqué des 779 groupes qui demandent le retrait du projet de loi 1 - https://www.csn.qc.ca/actualites/pres-de-800-organisations-quebecoises-rejettent-le-projet-de-constitution-du-ministre-jolin-barrette/
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| capture d'écran du livre Tocqueville au Bas-Canada |
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13 mars 2026...
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| capture d'écran du site Web du Parti conservateur du Canada |
Bizarre, cette histoire... Les conservateurs fédéraux mènent une campagne pour que l'Ordre du Canada soit octroyé à l'ancien joueur, instructeur et commentateur controversé de hockey Don Cherry. Pourquoi bizarre? Parce qu'il devrait être évident qu'avec son passé émaillé de déclarations xénophobes, francophobes, frisant le racisme, l'ancienne vedette de CBC à Hockey Night in Canada n'a absolument aucune chance se se voir épingler l'insigne rouge et blanc avec feuille d'érable surmontée de la couronne royale britannique.
Évidemment, si la pétition en ligne du Parti conservateur récolte des centaines de milliers de signatures (un million?) d'un bout à l'autre du pays, cela posera un problème pour les notables chargés d'attribuer l'Ordre du Canada et un débat public qui résonnera jusqu'à la Chambre des communes. Dans un article de la Presse canadienne, publié dans Le Droit, le chef conservateur Pierre Poilievre affirme sans sourciller que «Don Cherry incarne ce que cela signifie d'être un fier Canadien». Enfin, je n'ai vu ce commentaire qu'en anglais sur le réseau social X-Twitter, où il employait le mot Canadian, sans doute plus juste.
Quoiqu'il en soit, je refuse de croire que le chef du PC et son député Andrew Lawton (auteur de la pétition et biographe de Pierre Poilievre) ne savaient pas qu'ils mettaient le pied sur un nid de guêpes en proposant d'honorer Cherry. La députée du Bloc québécois Christine Normandin, invoquant ses propos anti femmes et anti francophones, a immédiatement rétorqué que les critères d'admissibilité à l'Ordre du Canada «disqualifiaient» M. Cherry. Du côté gouvernemental, le ministre de l'Identité et de la Culture canadienne (?), Marc Miller, s'est dit agacé par cette campagne, évoquant les allusions racistes et xénophobes de l'ex-commentateur du réseau CBC.
Comme il fallait s'y attendre, le statut de M. Poilievre sur X-Twitter a attiré des centaines de commentaires, le plus souvent hostiles, mais plus de 7000 mentions «J'aime». Le vrai baromètre sera sans doute le nombre de citoyens prêts à signer la pétition en faveur de M. Cherry. Je soupçonne que derrière les cris d'indignation d'intervenants plus militants, des millions d'Anglo-Canadiens raffolaient de ses sorties acérées et s'ennuient de lui. N'oubliez pas que Don Cherry a déjà reçu l'ordre de l'Ontario de Doug Ford, a été honoré publiquement par la Légion canadienne et l'Association des policiers de l'Ontario. L'an dernier, le Gouverneur général lui a décerné la médaille du couronnement de Charles III pour ses contributions exceptionnelles au Canada. Et surtout, souvenez-vous qu'il y a une vingtaine d'années, quand CBC avait orchestré un concours pour identifier les «Greatest Canadians», il avait terminé au 7e rang à travers le pays!
Ils sont très nombreux à estimer que M. Cherry avait raison quand il tenait des propos cassants envers les immigrants, les francophones, les femmes dans le sport, et bien d'autres. J'ai toujours eu la conviction qu'il disait tout haut que des millions d'Anglo-Canadiens originaires des îles britanniques pensaient tout bas. Ses sorties à l'emporte-pièce m'ont souvent rappelé l'ambiance inhospitalière de l'Ottawa anglophone que j'ai connu dans ma jeunesse. Peut-être MM. Lawton et Poilievre ont-ils flairé l'opportunité de soulever un enjeu susceptible d'éveiller les braises culturelles britanniques qui couvent toujours sous les excès d'un multiculturalisme à la woke.
Il y aura des partielles le 13 avril dans la région de Toronto dans deux circonscriptions qui, si l'on se fie aux résultats des quatre ou cinq dernières élections, sont très peu favorables au PCC. Pourrait-on croire que pour quelques cerveaux conservateurs, se porter à la défense d'une personnalité ontarienne comme Don Cherry pourrait détourner - ne fut-ce qu'un moment - l'électorat de l'interminable conflit avec Donald Trump, où les libéraux auront toujours l'avantage? Parfois, dans des situations désespérées, on s'accroche à n'importe quoi, on prie St-Jude, on achète un Lotto Max... Enfin, cette fois, j'avoue que l'initiative du PC en faveur de Don Cherry me déroute.
Et puis, en fin de compte, pourquoi pas? Offrez-lui donc l'Ordre du Canada. À bien des égards, il l'a mérité en exprimant sur la place publique les craintes, les colères et les haines historiques d'une grande partie de son auditoire. La francophobie et le racisme ne font-ils pas partie de l'histoire du Canada depuis la Conquête? Il y a 100 ans, dans ma province natale (l'Ontario) et même à Ottawa, il aurait eu droit aux plus grands honneurs pour plusieurs des propos qu'on lui reproche aujourd'hui. Don Cherry incarne le Canada que les Québécois combattent avec raison depuis toujours. Pourquoi ne pas le laisser pavoiser ses intolérances en épinglant sur son veston l'insigne rouge et blanc de l'Ordre du Canada?
Le débat qui en résulterait serait salutaire...











