samedi 28 mars 2026

Deux claques en pleine face...

28 mars 2026...

Deux claques en pleine face ce matin... Ça part mal la journée...

publicité dans Le Devoir du 28 mars 2026

L'anglicisation dans la région de l'Outaouais, notamment dans son coeur urbain, la ville de Gatineau, prend depuis quelques décennies des proportions alarmantes. On ne peut même plus espérer que nos institutions fassent au moins de petits efforts pour renforcer l'image et le caractère français de notre territoire frontalier.

Après la MRC de Pontiac et son mélange à vomir de franglais en 2022 (image en bas de page) et le slogan honteux On passe au BOLD de Gatineau en 2024 (image en bas de page), voilà que Tourisme Outaouais nous offre en 2026 une nouvelle identité pour attirer les gens d'affaires de l'extérieur: un lieu de bleisure... J'ai été obligé d'en vérifier le sens et l'origine même s'il apparaissait évident. Il s'agit d'une contraction des mots anglais business et leisure (affaires et loisirs)...

Et regardez bien la photo, rassurante pour les entreprises ou organisations qui voudraient tenir un congrès dans une localité où les anglos et bilingues se sentent chez eux: on voit bien le Parlement canadien et des ponts qui mènent à Ottawa! Pire, la seule bâtisse d'importance située sur la rive québécoise, c'est le Musée canadien de l'histoire, pour bien faire comprendre que le centre-ville de Gatineau est devenu depuis un demi-siècle un prolongement de la capitale fédérale. Pour effacer toute trace d'un Québec français, on n'aurait pu faire mieux!

Il n'y a aucune gêne chez ces gens. L'esprit de colonisé règne en maître en ce pays du vivre-à-genoux. Venez voir. Venez voir. Venez! Nous avons démoli le vieux centre-ville francophone pour en faire une banlieue d'Ottawa, qui sera bientôt à majorité anglaise. Nous avons conservé quelques maisons allumettes pour les touristes. Si même cela vous effarouche, traversez l'un des cinq ponts, les anglos parmi vous seront chez eux. Vous pouvez sans crainte vous rendre sur des pentes de ski, des terrains de golf, et plusieurs localités de la vallée de la Gatineau où l'anglais prend plus que sa place. Les plus sportifs pourront visiter la région du Pontiac, tout près, où la chasse aux francophones est légalisée depuis le 19e siècle. Et que dire de Gatineau, où on peine à compter les violations à la Loi 101, où il arrive de ne pas pouvoir se faire servir en français, où il est même arrivé qu'on expulse d'un restaurant un client qui insistait pour parler la langue de Molière.

Alors pourquoi, me direz-vous, perdre son temps à chercher un slogan, un terme ou une expression accrocheurs en français quand quand des néologismes anglais exotiques comme bleisure apparaissent dans le décor? Quelle honte! Et on propose cette expression dégradante sur une page entière de publicité dans le premier cahier du Devoir ce 28 mars 2026. Décidément, à Tourisme Outaouais, on passe au BOLD... On témoigne, pour rappeler le franglais éloquent de la MRC Pontiac, d'une communauté strong and committed, une municipalité de coutumes, de cultures... 

En passant, comment prononce-t-on bleisure en français? Blè-jure ? Blè-jeur? Blè-chure? Blè-zure? Ou doit-on le dire avec l'accent anglais qu'on tient pour acquis ici, à l'ombre d'Ottawa?

Nous devrions tous avoir honte!

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capture d'écran sur YouTube d'une pub du gouvernement du Canada

En mangeant mes céréales ce matin, vers 6 heures, j'ai ouvert la chaîne YouTube pour passer en revue ce que les algorithmes numériques m'ont préparé comme menu du jour, et j'ai noté tout en haut de l'écran, à gauche, cette petite publicité du gouvernement du Canada qui devrait, à mon avis, soulever l'indignation des Québécois.

Depuis plusieurs mois, le gouvernement fédéral de Mark Carney investit sans doute des dizaines (centaines?) de millions de dollars du trésor public pour mousser ses priorités, notamment pour la militarisation où l'on dépense sans compter, mais aussi pour les grands projets économiques louches qui feront du Canada UNE économie (celle du Québec? Bof...). Mais là on change de registre. On s'aventure sur le concept de nation.

«Nous sommes une nation de bâtisseurs.» Qui est ce nous? Le Canada? J'ose croire qu'il s'agit là du syndrome Google translate. Les anglos emploient couramment le mot nation dans le sens d'État ou de pays. Pour les Québécois (et les francophones ailleurs au Canada), «nation» est un terme sociologique pour définir l'appartenance linguistique, culturelle et historique d'un peuple ayant ses propres institutions nationales (p. ex. Assemblée nationale du Québec, capitale nationale du Québec, fête nationale du Québec, etc.).

Même le Parlement canadien a reconnu que le Québec forme une nation. Lancer en français une publicité indiquant que notre nous - les francophones québécois - faisons partie de la nation canadienne, si telle chose existe, témoigne tout au moins d'une méconnaissance du français, au pire une intention et/ou insulte. Depuis son élection, Mark Carney démontre son peu d'intérêt pour la langue française et pour les compétences constitutionnelles du Québec.

Si notre nation était le Canada, alors Ottawa serait notre capitale nationale, le Parlement d'Ottawa serait notre législature nationale et le 1er juillet (pas le 24 juin) serait notre fête nationale... Peu importe ce qu'on puisse en penser, le choix des mots a une grande importance. Croyez-vous vraiment que le fédéral dépenses ses millions pour rien? Ils visent à convaincre, à manipuler, à rallier, à changer les mentalités. C'est, diraient les Anglais, une forme de nation-building...

Alors je dirais: qu'ils la forment, leur nation Canadian. Le projet a du mérite. Mais qu'ils nous laissent en paix. Nous avons déjà la nôtre depuis des centaines d'années. Nous aussi, au Québec, sommes une nation de bâtisseurs !


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pub de 2022 de la MRC Pontiac



projet de slogan de 2024 de la ville de Gatineau


vendredi 27 mars 2026

L'apprentissage de la résistance...

27 mars 2026...



Est-ce parce qu'ai un faible pour Catherine Dorion depuis son combat contre les règles vestimentaires à l'Assemblée nationale, ou parce que j'ai adoré son livre Les têtes brûlées, criant de vérités, ou encore parce que j'ai étudié en science politique pendant six ans dans les années 1960? Enfin, peu importe les motifs, je me suis pointé avec mon épouse hier soir (26 mars) à la Maison du citoyen de Gatineau pour assister à sa présentation Sciences Po 101.

J'avais quelques hésitations, n'étant pas amateur de théâtre, et craignant que ma conjointe réfractaire aux choses politiques revienne à la maison déçue et me fasse passer la nuit sur le divan. Ni l'une ni l'autre ne savait trop à quoi s'attendre dans la rangée A, collés contre la scène spartiate et entourés d'un auditoire beaucoup plus jeune que ceux remplis de têtes blanches auxquels nous sommes habitués. À l'oeil il y avait sans doute là une centaine d'étudiants du Cégep de l'Outaouais.

Après 100 minutes de spectacle et 15 minutes de discussion à la fin, Ginette et moi sommes sortis enchantés de notre soirée. Ouf, pas de divan. Animée par Catherine Dorion et son complice Vincent Massé-Gagné, cette pédagogie scénique, à la fois magistrale et interactive, a filé à la vitesse grand V, sans que je songe à regarder ma montre, sans que je me tortille sur mon siège.

Comme je suis engagé depuis mon adolescence dans une variété de combats sociaux et politiques, ce spectacle que l'on aurait pu aussi bien baptiser Résistance 101 avait tout pour me plaire: rappel des années de Catherine Dorion comme députée à l'Assemblée nationale; évocation de l'acharnement médiatique, parfois méprisant, contre ses Doc Martin et ses cotons ouatés; étalement des méthodes de répression, banales et tragiques, du vécu quotidien au travail jusqu'au drame de l'holocauste; alternances des discours entre l'humour, l'émotion et la réflexion.

Le rappel des écrits de la philosophe Hannah Arendt après le procès d'Adolf Eichmann, architecte de la solution finale sous Hitler, ne pouvait tomber mieux alors que les dérives autoritaires se propagent autour du globe, à commencer par nos voisins du sud. Eichmann présentait les horreurs qu'il avait commises comme étant le travail banal d'un bureaucrate exécutant les ordres de ses supérieurs. N'y a-t-il pas en chacun de nous un petit Eichmann qui sommeille, et qu'il faut combattre à chaque fois que la société tente de l'éveiller?

Pour moi, l'enregistrement vidéo d'une foule chantant l'hymne de rébellion catalan L'Estaca (Le pieu) composé par un étudiant universitaire de Barcelone en 1968 et interdit par le régime Franco partout en Espagne aura été l'un des points forts de la soirée. Cet appel à la solidarité contre l'oppression évoque un pieu (Franco à l'époque) auquel nous sommes tous enchaînés: «Si je tire fort il doit bouger, et si tu tires fort à mes côtés, c'est sûr qu'il tombe, tombe, tombe et nous aurons la liberté». (lien en bas de page)

L'appel aux opinions de la salle en utilisant les téléphones intelligents - je n'en ai pas - permet à l'auditoire de participer directement à Sciences Po 101 et assure, j'imagine, une certaine originalité à chacune de ses présentations. Le quantité impressionnante d'interventions des spectateurs, toutes opportunes, laisse croire qu'il s'agit là d'une méthode efficace d'interaction avec le public. Je n'ai pas intention d'acheter de cellulaire pour autant. Cela fait partie de ma Résistance 101 à l'envahissement numérique.

À la fin, les quelques centaines de jeunes et moins jeunes venus entendre Catherine Dorion ont été divertis, mais ils sont sans doute partis du «cours» Sciences Po 101 avec des tas de devoirs de réflexion sur la répression, sur la solidarité, sur la liberté et sur le sort de la planète si les tendances actuelles se maintiennent. Je ne crois pas nous avions besoin du serment solennel qui termine le spectacle (auquel j'ai refusé de participer) pour dire tout haut notre intention d'affirmer nos valeurs et de passer à l'action. Tous debout en train de réciter à l'unisson le même serment? Ça me faisait penser à la prière à l'école quand j'étais petit. Je n'aimais pas ça quand j'avais 8 ans; je n'aime pas plus ça à l'aube de mes 80 ans...

Enfin... Quel spectacle intelligent! Bravo Mme Dorion!

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L'Estaca (Le pieu) en français - https://www.youtube.com/watch?v=VQmY9i1xgMo

jeudi 26 mars 2026

Devant l'hésitation du PQ, je dis bravo!

26 mars 2026...

capture d'écran du Devoir

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L'Assemblée nationale du Québec a adopté à la quasi-unanimité ce matin une motion demandant la démission du président d'Air Canada, Michael Rousseau. Le message de condoléances unilingue anglais (sauf pour «bonjour» et «merci») après le décès du pilote québécois Antoine Forest à l'aéroport La Guardia de New York a évidemment suscité l'indignation générale chez les francophones d'ici.

La motion de condamnation de l'Assemblée nationale était prévisible. Comme d'habitude, dans des circonstances où le français est attaqué, la nation fait corps, peu importe les allégeances politiques. Cette fois, cependant, le Parti québécois a presque fait faux bond, son chef Paul St-Pierre Plamondon ayant annoncé la veille que les députés péquistes enregistreraient leur abstention au moment du vote.

Ils se sont finalement ralliés aujourd'hui, craignant que leur abstention soit interprétée comme un vote contre la motion de blâme. C'était sans doute la seule issue pour le PQ, sur le plan stratégique. Mais son hésitation était pleinement justifiée. M. St-Pierre Plamondon avait entièrement raison d'affirmer qu'une motion même unanime de l'Assemblée nationale ne donnerait aucun résultat.

Cela n'a pas été formulé aussi clairement que je l'aurais souhaité, mais tout de même. Le message est convaincant. Dans un contexte où ces demandes restent toujours sans effet, peu importe le gouvernement qui les formule, le PQ conclut que «le Canada est irréformable», tout comme Air Canada que le Commissaire aux langues officielles blâme tous les ans depuis des décennies.

Le député Joël Arseneau a poussé cet argument à sa conclusion logique aujourd'hui. Les hauts cris justifiés des Québécois resteront des hauts cris et rien de plus dans un Canada où ils sont et resteront minoritaires. «Alors on en tire les conclusions, dit M. Arseneau. C'est pour ça qu'on est ici pour promouvoir l'indépendance, c'est la raison de notre engagement politique

La porte ouverte par M. St-Pierre Plamondon dans ce débat doit devenir la clé de l'argumentaire du Parti québécois (et du Bloc) sans tarder. Il faut insister: si nous avions notre pays français, nous pourrions prendre nos propres décisions au lieu de devoir s'indigner sans succès à coups de motions unanimes contre des situations crées et défendues par la majorité anglo-canadienne.

Si un Québec souverain avait son propre transporteur aérien, son président parlerait français. Le Québec n'aurait pas à s'agenouiller devant une Cour suprême nommée par Ottawa. Il adopterait sa propre constitution, au lieu de se faire imposer une Charte des longs couteaux. Chialer en choeur dans un régime où les décisions se prennent toujours ailleurs ne donne rien. Il faut en sortir. Il n'y a pas d'autre moyen.

Les Michael Rousseau, il y en aura bien d'autres. Mark Carney et ses rédacteurs anglophones de Toronto continueront de nous faire croire que c'est pour notre bien. Les motions unanimes de l'Assemblée nationale ne doivent pas cesser comme moyen de formuler nos protestations et nos aspirations, mais avouons-le: elles restent aussi une expression de notre impuissance collective.

À l'hésitation du PQ devant la motion Michael Rousseau, je dis bravo! À son ralliement de dernière minute, je dis bravo! Nous voilà sur la bonne voie...

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Voir aussi mon texte de blogue Vous êtes pas tannés de chialer... - https://lettresdufront1.blogspot.com/2026/03/vous-etes-pas-tannes-de-chialer.html

mercredi 25 mars 2026

Vous êtes pas tannés de chialer???

25 mars 2026...



Vous êtes pas tannés de chialer, bande de caves? Cette adaptation libre du cri du coeur du poète Claude Péloquin me semblait de mise, ce mercredi 25 mars, après la cacophonie de protestations contre les affronts à la langue française commis par le président d'Air Canada, Michael Rousseau, et le premier ministre du Canada Mark Carney.

Commençons par Michael Rousseau qui, après plus de 300 heures de cours de français, n'a pas réussi à prononcer plus de deux mots dans la langue de Molière - «bonjour» et «merci» - dans son message de condoléances à la famille du pilote québécois Antoine Forest, décédé dans l'accident d'avion survenu à l'aéroport La Guardia de New York.

C'est ce même Michael Rousseau qui, cinq ans plus tôt, avait déclaré qu'il avait pu vivre 14 ans à Montréal sans avoir à apprendre la seule langue officielle du Québec. Air Canada étant soumise à la Loi sur les langues officielles du Canada, le tollé qui a suivi cette déclaration a poussé M. Rousseau à promettre de s'amender. Ce qu'il n'a pas fait.

Et voilà que le même jour, les bulletins de nouvelles révèlent que le premier ministre Carney, souffrant sans doute du «manque de compassion» qu'il reproche à Michael Rousseau, fait rédiger tous ses discours, même ceux en français, par trois rédacteurs anglophones de Toronto. On comprend mieux l'origine de sa réinvention de l'histoire du pays dans son allocution des Plaines d'Abraham. Au bureau du premier ministre, le français demeure une langue de traduction...

Ces deux incidents viennent s'ajouter à une liste interminables d'affronts récents à la langue française et au Québec. La nomination de Mary Simon, aussi incompétente en français que M. Rousseau, au poste de Gouverneure générale et celle de l'unilingue Brenda Murphy au poste lieutenante-gouverneure du Nouveau-Brunswick en 2019 ne sont que la pointe d'un iceberg gargantuesque.

Dans tous ces cas, les médias ont été inondés de déclarations intempestives, provenant principalement de francophones. Après quelques manchettes et débats publics (principalement au sein de la francophonie), le calme revient très vite. Pourquoi? Parce que les Québécois et les Franco-Canadiens, très minoritaires au Canada, peuvent chialer, manifester, porter plainte, quémander, tout sauf décider. Les décisions appartiennent à la majorité anglo-canadienne à Ottawa et dans neuf provinces.

Que peut faire le Québec français pour contraindre Michael Rousseau à apprendre le français? Rien. Ou obliger le président d'air Canada à démissionner, comme le réclame François Legault? Rien. Ou forcer Mark Carney à embaucher un rédacteur francophone? Rien. Ou nommer un gouverneur général capable de parler français? Rien. Ou, Loi 21 oblige, empêcher la Cour suprême du Canada de charcuter des lois québécoises? Rien.

À moins de faire l'indépendance, ce qui ne semble pas imminent, les Québécois doivent accepter leur rôle de chialeurs éternels et abdiquer leur droit de prendre en main leur propre destinée. La majorité québécoise restera pour toujours une minorité au Canada, avec tout ce que cela entraîne: les Michael Rousseau, les Mark Carney, les Mary Simon, la Constitution des longs couteaux, le déclin du français, accéléré hors Québec, s'accélérant au Québec même. Alouette!

Je deviens de moins en moins sensible aux hauts cris qu'on entend à chaque fois que la langue français et/ou le Québec subissent un affront. Ces protestations ne sont guère que l'expression de notre impuissance collective. Verra-r-on le jour où on se tannera de chialer, le jour où on dira «Assez!», le jour où on passera des jérémiades à l'action? Je l'espère. Très bientôt! À quelques mois de mes 80 ans, pour moi, le long terme n'existe plus...  

mardi 24 mars 2026

Cher juge en chef de la Cour suprême du Canada...

24 mars 2026...

La Cour suprême du Canada

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Avoir été l'avocat du gouvernement québécois, ce 24 mars 2026, j'aurais proposé aux juges de la Cour suprême du Canada un préambule, une mise en contexte, plutôt que d'entreprendre immédiatement l'argumentaire sur la constitutionnalité de la Loi 21. Voici, en gros, le message que j'aurais livré:

«M. le juge en chef, Messieurs et Mesdames les juges,

En vertu de la Constitution du Canada, nous sommes tenus de défendre la Loi 21 sur la laïcité de l'État du Québec devant la Cour suprême du Canada, un tribunal dont nous contestons la légitimité quand les droits constitutionnels du Québec sont en cause.

Permettez-nous d'être bien clairs. Nous avons le plus grand respect pour la compétence et l'intégrité des juges ici présents. Ce que nous mettons en doute, c'est la neutralité de l'institution elle-même, de cette Cour, et des textes constitutionnels qu'elle a l'obligation de faire respecter.

Le Québec forme une nation dont l'existence est reconnue par le Parlement canadien. Notre nation a une histoire distincte, sa langue officielle est le français et notre régime juridique est fondé sur le droit civil. Notre société a évolué pendant quatre siècles avec ses valeurs propres. Elle constitue aujourd'hui un peuple moderne et démocratique.

Le Québec forme cependant une nation minoritaire dans le contexte fédéral canadien. Ce statut nous prive du droit de décider dès que l'ensemble du pays est en cause. Advenant un conflit de priorités entre le Canada anglais et le Québec, la démocratie a toujours joué et jouera toujours en faveur de la majorité anglo-canadienne.

Le seul État où une majorité de langue française peut gouverner dans sa langue et selon ses valeurs, c'est le Québec. Au cours du dernier demi-siècle, la nation québécoise a cherché à raffermir le statut du français et la laïcité de ses institutions. Ces valeurs sont partagées par la majorité des Québécois et sont des piliers de notre cohésion nationale.

Le Canada anglais a choisi pour sa part de façonner une Constitution fondée «sur des principes qui reconnaissent la suprématie de Dieu», de continuer d'avoir comme chef d'État un monarque qui soit aussi chef de l'Église anglicane, et d'avoir comme objectif de promouvoir un multiculturalisme à caractère anglo-dominant.

Nous ne contestons pas le droit du Canada anglais de faire de tels choix, nous nous opposons à son droit constitutionnel d'imposer ses choix à la nation québécoise, ce que le gouvernement fédéral et les neuf provinces à majorité anglaise ont décidé de faire durant la nuit des longs couteaux.

Dans la Loi constitutionnelle de 1982 que le Québec n'a jamais entérinée peu importe l'allégeance des gouvernements, ces valeurs sont devenues officielles au Canada et votre Cour, MM. et Mmes les juges, avez comme mandat de les faire respecter.

Pour plusieurs, la nation québécoise, dans son affirmation du français et de la laïcité, a clairement violé certains principes de la Constitution canadienne, et ce, même si les lois mises en cause se situent dans les champs de compétence dévolus au Québec.

Aujourd'hui, sept juges nommés par le gouvernement canadien, qui intervient lui-même contre la Loi 21, vont utiliser des textes constitutionnels imposés au Québec par le Canada anglais pour juger de la légalité des choix de société de la seule majorité francophone dans son propre État, des choix exercés par surcroit dans ses champs de compétence.

Utilisant comme arme la Loi constitutionnelle de 1982, le Canada menace aujourd'hui notre droit démocratique de prendre des décisions nationales sur le seul territoire où ce droit de décider existe toujours: le Québec.

Notre gouvernement a accepté malgré tout de se soumettre au jugement de cette Cour. Si votre décision nous oblige à conclure que les valeurs de la seule majorité francophone au pays sont désormais soumises à la tutelle multiculturelle et religieuse de la Charte de 1982, la nation québécoise devra en tirer les conclusions qui s'imposent.»

Il me semble qu'un tel préambule aurait conféré un peu plus de solennité et de dignité à la présentation du gouvernement du Québec. Enfin, c'est ce que je pense... mais je ne suis pas juriste...

lundi 23 mars 2026

La cause la plus fondamentale de notre génération???

23 mars 2026...

capture d'écran de la Cour suprême du Canada



Le débat sur la laïcité de l'État du Québec s'est transporté lundi matin (23 mars) à Ottawa, rue Wellington, à quelques pas du Parlement, où la Cour suprême du Canada entamait quatre journées complètes d'audiences. La meute d'adversaires parfois virulents de la Loi 21 semblait s'être donné rendez-vous, sans doute heureuse de se retrouver en terrain ami, à quelques pas du Parlement fédéral, du côté ontarien de la rivière des Outaouais.

Le ton était donné avant même le début des audiences par le président du Conseil national des musulmans canadiens, Stephen Brown pour lequel la contestation juridique de la laïcité québécoise est «la cause la plus fondamentale de notre génération». Rien de moins! Écoutez ça: selon lui, si la Cour suprême entérine la décision du Québec d'avoir recours à la clause nonobstant pour mettre en péril les libertés des Québécois, les droits des citoyens des autres provinces en matière de liberté d'expression et de religion pourraient être compromis.

Que cet argument farfelu soit pris ou non au sérieux importe peu. Les ennemis de la Loi 21 savent qu'ils peuvent se permettre de dire à peu près n'importe quoi à Ottawa, où ils sont entourés et appuyés par une armée médiatique. On trouvera ici à tous les coins de rue et dans toutes les salles de rédaction des chroniqueurs ou commentateurs prêts à vomir sur la laïcité québécoise au nom d'une moralité soi-disant supérieure drapée d'une bonne couche de venin. Ici, les bibittes anti-québécoises ont toujours le droit de sortir du placard.

Les porte-parole des Anglo-Québécois, des musulmans, des sikhs, des organisations de libertés civiles, et des autres parties engagées dans la contestation de la Loi savent aussi que la bataille de la Cour suprême déterminera l'issue de la guerre. Il n'y aura pas d'appel ici. Et ils sont parfaitement conscients que le gouvernement de la CAQ, en acceptant de se rendre devant la Cour suprême pour se faire juger en vertu de la Constitution des longs couteaux de 1982 (devant des juges nommés par Ottawa), a aussi accepté de capituler advenant la condamnation de la laïcité et du recours à la clause dérogatoire.

Je n'ai pu écouter les audiences qu'en matinée, mais déjà les coups pleuvaient. La Commission scolaire English-Montréal a de nouveau prétendu que l'interdiction du port de signes religieux dans les écoles et administrations scolaires portaient atteinte aux droits «linguistiques» de la minorité anglo-québécoise, protégés par l'article 23 de la Constitution des longs couteaux. Lier le hijab à la langue anglaise? Faut le faire... Je ne suis pas sûr, cependant, que tous les juges se soient laissés emberlificoter par cette plutôt faible allégation.

Le Conseil national des Musulmans canadiens a pour sa part utilisé un argument que j'ai trouvé fort original... et bizarre. Selon leur procureur, La Loi 21 est motivée par des considérations morales, et seul le gouvernement fédéral serait autorisé à légiférer en matière de moralité. Elle est bien bonne celle-là... Il me semble d'ailleurs qu'un juge ait mentionné en réplique ce qui devrait apparaître évident à tous et toutes: en général les lois, qu'elle soient fédérales ou provinciales, portent toutes en elles des éléments de moralité publique. Et que dire de voir ces protecteurs de la «moralité» défendre le port d'un symbole d'oppression des femmes au nom d'une constitution imposée au Québec après de louches négociations dans une cuisine du Château Laurier à Ottawa?

Un autre opposant à la Loi 21 a dénoncé la laïcité québécoise pour sa soi-disant persécution des minorités. Il a notamment affirmé, sans sourciller, que la protection des minorités avait été un élément fondamental de l'Acte de l'Amérique du Nord de 1867. Il n'a évidemment lu aucun livre sur l'histoire du Canada. Parlez-en à TOUTES les minorités francophones hors Québec, persécutées dès le lendemain de 1867, et jamais protégées par Ottawa. Celle-là, je l'ai trouvé grossière.

Et que penser de l'avocat de la Fédération autonome de l'enseignement (FAE) du Québec, qui a dit, dans son plaidoyer contre la Loi 21 en Cour suprême, qu'il fallait revenir à l'essence du Canada, «une démocratie saine et riche»... Un grand nombre des membres de cette centrale syndicale se seraient étouffés. On se souvient à quel point la démocratie canadienne était «saine et riche» en octobre 1970 quand on a emprisonné près de 500 innocents (dont plusieurs syndicalistes), quand on nous a bourrés de faussetés en 1980, quand on nous a plantés dans le dos la Constitution des longs couteaux en 1982, quand on a érigé la tricherie en système pour gagner en 1995...

L'impression laissée après avoir écouté les audiences du lundi matin en Cour suprême, c'est le degré d'ignorance de l'histoire de ce pays, du sort réservé depuis le 19e siècle à la langue et à la culture française, d'une domination anglo-canadienne trop souvent haineuse, de l'évolution fulgurante de la société québécoise et canadienne-française, de son passage de l'ultra-catholicisme à la laïcité, de l'utilisation de l'État québécois comme seul véhicule du nationalisme progressiste et respectueux de l'unique majorité de langue française. Les opposants à la Loi 21 arrivent le plus souvent avec leurs gros sabots pour faire avaler à notre tribu arriérée que la véritable civilisation passe par le multiculturalisme de leur Constitution des longs couteaux.

Tous les Québécois auraient avantage à suivre ces audiences sur le site Web de la Cour suprême. Ils passeraient quelques jours fort instructifs devant leur petit écran à écouter les jérémiades des ennemis de la laïcité québécoise. Et j'ai confiance que la plupart d'entre eux finiraient par en tirer les conclusions qui s'imposent...

dimanche 22 mars 2026

Les voix et les pieds des Charbonniers de l'enfer...

22 mars 2026...

Les Charbonniers de l'enfer


Jusqu'au jeudi 19 mars 2026, ma connaissance des Charbonniers de l'enfer se limitait à leur courte prestation au spectacle de clôture de la tournée Break syndical des Cowboys fringants, au Centre Bell. Je n'y étais pas mais j'ai écouté à plusieurs reprises avec un de mes petits-fils, Cédric, le DVD de cette soirée mémorable du 30 décembre 2003...

Ce que je savais cependant, c'est que ce groupe de musique traditionnelle issu des années 1990 chante sans instruments. À capella, le rythme non vocal étant assuré par les deux podorythmistes (tapeux de pieds) des Charbonniers, Michel Bordeleau et André Marchand. Étant depuis toujours amateur de violons, guitares et claviers, je craignais que cette absence d'accompagnements instrumentaux ne laisse un certain vide sur scène.

Il n'a fallu qu'une ou deux chansons pour me convaincre que la podorythmie (tapage de pieds) amplifiée par des planches et des micros pouvait propulser les harmonies vocales des quatre Charbonniers et soulever l'enthousiasme d'une salle bondée où les amateurs de tous âges avaient peine à rester assis. Tout au long de la prestation, j'avais les yeux rivés sur le tape-tape magique des pieds, devenu à lui seul un redouble instrument de percussion.

Assis sur mon siège à la salle Jean-Després de la Maison du Citoyen de Gatineau, j'essayais désespérément de copier le mouvement et le son des pieds pendant les chansons. Sans succès. Les genoux des «tapeux de pied» semblaient monter et descendre au même rythme, mais le pied droit et le pied gauche touchaient différemment la planche, l'un frappant deux fois, l'autre une (à ce qu'il me semble)... et ce, pendant toute la durée du spectacle, sans apparemment se fatiguer. Cela m'épuisait rien que de les regarder...

Après une centaine de minutes époustouflantes, j'étais à la fois enchanté par la puissance des voix des Charbonniers de l'enfer, et un peu découragé de ne pas avoir pu maîtriser, même quelques secondes, la podorythmie. Me disant que ce devait être un don inné, réservé à un groupe sélect de talents musicaux, j'ai quand même plongé dans l'Internet à mon retour pour voir s'il était possible de guérir ma médiocrité rythmique. Et voilà, tout n'est pas perdu. Il existe maintenant des cours et des ateliers, suivis par des centaines de personnes,  ainsi que des tutoriels vidéos pour encourager l'apprentissage et la transmission de ce «tapage de pieds» québécois aux générations futures.

Voici, pour ceux que cela intéresse, un lien à une vidéo de Philippe Jetté destinée à vous apprendre à taper du pied : https://www.youtube.com/watch?v=7NQx2LNZ76Q&t=116s

Croyez-le ou non, après une dizaine de minutes à suivre les instructions du tutoriel, il m'arrive de temps en temps de réussir la podorythmie. Alleluia! Trêve d'exercice, il est également intéressant de s'informer de l'origine de ce tapage de pieds inventé au Québec. La technique remonte certainement à quelques centaines d'années mais on ne l'a pas documentée avant le début du 20e siècle. Certains croient que d'anciens violonneux ont commencé à taper du pied pour permettre aux danseurs de mieux discerner le rythme. D'autres avancent que les Québécois ont commencé à taper du pied pour accompagner les chansons quand l'Église catholique interdisait la danse. On ne saura jamais avec précision d'où a jailli la première étincelle.

Toujours est-il que jusqu'aux années 1970, il n'existait dans les dictionnaires aucun mot français pour désigner l'art québécois de taper du pied en musique. Le conteur et harmoniciste Alain Lamontagne a alors inventé le néologisme «podorythmie» à partir du mot grec podo (pied) et de rythme. Le terme est aujourd'hui accepté partout.

Selon le Répertoire du patrimoine culturel du Québec, «la podorythmie demande quelques qualités physiques. Le corps entier est sollicité, tout particulièrement du dos jusqu'aux pieds. La position du corps et la manière de taper du pied permettent d'éviter les blessures et réduire la fatigue. Il est alors possible de taper du pied durant des heures». Je peux certifier qu'après trois minutes de tapage de pieds en essayant d'imiter l'expert à l'écran, j'ai dû me reposer... Quand je pense que les Charbonniers ont tapé furieusement sur leurs planches pendant plus d'une heure et demie, je me dis que j'ai des croutes à manger...

Je salue avec grande admiration les quatre Charbonniers, Michel Bordeleau, Michel Faubert, André Marchand et Normand Miron, tant pour leur répertoire musical que pour leur podorythmie. Si un jour je réussis à chanter en tapant du pied, et je ferais mieux de me dépêcher à l'âge de 79 ans, ce sera un peu grâce à eux...