dimanche 17 mai 2026

Combien de temps jouerons-nous les quêteux?

17 mai 2026...



En feuilletant les nouvelles des dernières semaines sur le site Web ONFR-TFO (Ontario), je suis tombé sur un texte de l'excellent journaliste Pascal Vachon portant sur les efforts pour augmenter le financement de la recherche scientifique en français au Canada.

En quelques minutes de lecture, l'auteur illustre (ce n'était sans doute pas son intention) parfaitement le rôle perpétuel de quêteux assigné à la minorité francophone du pays. Le mot clef ici est bien «minorité».

Le gouvernement fédéral a toujours été et demeure l'expression de la majorité anglo-canadienne. Quand vous avez près de 80% des votes, vous prenez 100% des décisions. L'autre 20% a le droit de se faire entendre, de protester, de recommander, de se mettre en colère, de se lamenter... enfin, tout sauf gouverner.

Tout le monde sait que les chercheurs scientifiques francophones sont défavorisés. Sur le plan du financement, ils ramassent les miettes de la table fédérale. Dans le processus décisionnel, ils n'ont aucun poids substantiel. Les revendications s'accumulent, et à un certain moment, pour calmer le jeu, Ottawa doit au moins sembler écouter...

Comme il n'est pas question de laisser à 20% de la population la gouvernance de milliards en fonds publics, on fait ce qu'on fait toujours en pareilles circonstances. On nomme un comité chargé d'étudier la situation et de faire rapport aux vrais «boss».

Le gouvernement fédéral, par le biais de Patrimoine canadien, annonce donc en octobre 2024 la formation d'un comité au titre interminable : le Groupe consultatif externe sur la création et la diffusion d'information scientifique en français. Essayez de dire ça sans vous essouffler...

Évidemment, il faut lui donner un mandat, le plus inoffensif possible pour ne pas trop exciter la francophobie latente au Canada anglais. On demandera ainsi au Groupe consultatif (!) «de formuler des avis et des recommandations au ministre responsable des Langues officielles, en vue de guider l'élaboration d'une stratégie fédérale visant à assurer la viabilité à long terme de l'écosystème de la recherche scientifique en français au Canada

C'est à peu près comme créer un comité pour étudier la possibilité de former un autre comité qui étudiera l'utilité des comités... On demande à une dizaine de profs d'universités québécoise et canadiennes de formuler des opinions et des recommandations. Voilà, d'un seul coup, on vient de reporter de quelques années une décision financière qui pourrait fort bien se prendre aujourd'hui.

Et comme d'habitude, réflexe d'un peuple trop longtemps colonisé, nos universitaires acceptent de se prêter à un tel jeu en sachant fort bien qu'au moment décisif, ils n'auront aucun droit de vote. La minorité ne décide rien. Dans ce cas-ci, c'est encore pire.

Le rapport des membres du Groupe consultatif ne servira pas à une prise de décision rapide en matière de financement. Non, leur année et demie de travaux aidera à «guider l'élaboration d'une stratégie fédérale»... Silence dans la salle...

La stratégie ne sera pas élaborée à partir du rapport. Non, le Groupe consultatif contribuera à guider (!!!) une future élaboration. Et c'est pas fini... Élaboration de quoi? De mesures de financement? Non, juste l'élaboration d'une «stratégie». Combien de temps, pensez-vous, durera la période de guidage? Et en quelle année verrons-nous l'adoption d'une stratégie?

J'espère qu'à ce stade, je serai encore vivant. Bon! Disons qu'après avoir passé l'étape du ministère des Langues officielles et du cabinet, une stratégie est enfin adoptée. Une stratégie, ce n'est toujours pas une décision de financement. C'est le sentier qu'on trace pour arriver un jour à une décision sur le financement de la recherche universitaire en français.

Mais il y a plus. Il ne s'agit pas d'une stratégie ordinaire, visant l'immédiat ou le court terme. Ce qu'on veut (vraiment?), c'est «assurer la viabilité à long terme de l'écosystème de la recherche scientifique en français au Canada». J'entrevois déjà des discussions prolongées sur la définition même de l'«écosystème»... 

Retour au début. Dans le texte de Pascal Vachon, on indique que sur le plan financier le Groupe consultatif recommande à Ottawa ne verser 40 millions $ par année à la recherche en français. C'est 1% du budget fédéral de recherche. Pas 20%... 1%. Des pinottes.

Et c'est une recommandation. Les francophones devront s'en remettre à la majorité anglo-canadienne pour obtenir leurs pinottes. On joue une fois de plus les quêteux. À genoux devant une administration anglo-dominante où la recherche en français ne suscite absolument aucun intérêt. Après une série d'échanges humiliants (pour nous), ce bon vieux Canada crachera quelques millions en nous rappelant de dire merci et de voter non au référendum.

Je pourrais pardonner à ces éminents universitaires de plaider pour un meilleur financement de la recherche scientifique en français. Faut parfois accepter de s'agenouiller pour ramasser les miettes de la table.

Mais de là à demander le «leadership» d'Ottawa, il y a un pas que les francophones - peu importe qu'ils soient Québécois, Canadiens français ou Acadiens - ne doivent pas franchir. Demander au gouvernement de la majorité anglo-canadienne d'exercer un leadership en matière de francophonie n'a absolument aucun sens. Tant qu'à y être, pourquoi ne pas confier l'avenir de la recherche en français à Michael Rousseau ou Mary Simon?

Quêter? Oui, s'il le faut, tant qu'on est coincé dans cette fédération à sens unique. Mais faisons-le en assumant notre identité de quêteux, d'humiliés, de minoritaires sans pouvoir décisionnel. Ne nous berçons pas d'illusions sur la nature de la démocratie Canadian. On pourrait commencer par cesser de participer à ces groupes «consultatifs» qui ne font que retarder nos décisions identitaires urgentes.

Pour avoir le droit de décider, nous devons être majoritaires. Où sommes-nous majoritaires? Au Québec. Que faut-il faire pour récupérer les millions en recherche scientifique entre les mains de la majorité anglo-canadienne? Pas besoin de faire un dessin...

samedi 16 mai 2026

Du sang à la une? Non. Du sang sur la une...

16 mai 2026...

capture d'écran de Reporter sans frontières


Cueillir un journal papier à la porte, tôt le matin, constitue pour moi un geste sacré. Parce que j'ai été journaliste et que j'ai toujours l'encre dans mon sang? Oui, sans doute. Mais il y a plus. Cette compilation quotidienne de nouvelles, de chroniques et de commentaires nous est transmise par une armée d'artisans de l'information. Elle est au coeur de nos démocraties qui, sans presse libre, étouffent.

Depuis toujours, les journalistes foncent dans les murs et les défoncent pour renseigner le public. Mais aujourd'hui, leur univers médiatique est attaqué et menace de crouler sous les coups de boutoir de régimes autoritaires, d'étranglements financiers, de concentrations entre les mains de l'oligarchie des riches et puissants, d'indifférence des élus, de l'envahissement de l'IA... et, plus souvent qu'on pense, de la violence.

Reporters sans frontières vient de dévoiler son Classement mondial de la liberté de presse (voir lien en bas de page) et il y a beaucoup de sang sur la une. «Les journalistes sont toujours tués ou emprisonnés en raison de leur travail, précise RSF, mais les tactiques de prédation de la liberté de la presse se muent: c'est aussi le journalisme qui se meurt, asphyxié par une parole politique hostile aux reporters, fragilisé par une économie des médias en berne et pressurisée par l'instrumentalisation de lois contre la presse.»

En 2025, selon l'organisation, 67 journalistes ont été tués en raison de leur métier à travers le monde: près de la moitié sous les balles israéliennes à Gaza, une brochette d'autres assassinés par le crime organisé au Mexique. Ce chiffre est conservateur; d'autres groupes le situent à plus de 120 morts. RSF fait aussi état de 503 journalistes emprisonnés ou tenus en otage dans 47 pays du monde (Russie, Chine, Birmanie, etc.). Les journalistes ont de tout temps été détestés par les dictateurs et les criminels. «Voilà où mène la haine des journalistes, voilà où mène l'impunité», de dire Anne Bocandé, directrice éditoriale de Reporters sans frontières.

En se fondant sur les indicateurs qui permettent de mesurer l'état de la liberté de la presse dans le monde (économique, légal, sécuritaire, politique et social), RSF conclut que «le score moyen de l'ensemble des pays du monde n'a jamais été aussi bas. Plus de la moitié des pays du monde sot en situation "difficile" ou "grave" pour la première fois dans l'histoire du classement - soit de puis 25 ans». Les États-Unis, notamment, perdent sept places et chutent au 64e rang mondial. On sait pourquoi avec les attaques incessantes de Trump et de sa bande contre les médias qui osent le critiquer...

Une statistique frappante qui ne devrait laisser personne indifférent. RSF affirme qu'en 2002, environ «20% de la population mondiale vivait dans un pays où la situation de la presse était perçue comme "bonne". Vingt-cinq ans plus tard, moins de 1% de la population mondiale bénéficie de cette bonne situation». Le Canada n'y est plus, même si - à la 20e place mondiale - il se porte encore mieux que tous les autres pays d'Amérique. Qu'en sera-t-il dans cinq ou dix ans au rythme où déclinent nos médias traditionnels et où l'Internet étouffe sous la désinformation humaine et numérique (IA)?

Ce matin, je pense au mérite des journalistes d'ici, qui continuent de piocher pour nous informer en dépit des coupes budgétaires, de la disparition du papier, de la fragmentation des auditoires dans la jungle de l'Internet. Je salue encore davantage l'héroïsme des reporters qui enfilent des vestes pare-balles pour documenter les conflits armés ou enquêter sur les cartels de la drogue. Sans leur sueur et leur sang sur la une de nos journaux, notre démocratie s'écroule. Elle titube déjà...

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Classement mondial de la liberté de presse - https://rsf.org/fr/classement


vendredi 15 mai 2026

PSPP espionné? Bien sûr!

15 mai 2026...



Paul St-Pierre Plamondon et le Parti québécois espionnés par le SCRS ou la GRC? Mais bien sûr! À toutes les vierges offensées qui présument de l'innocence fédérale et à tous les psychiatres amateurs voudraient y voir du délire ou un complexe de persécution, je dirais d'abord: renseignez-vous sur les mauvais coups et les illégalités commises par Ottawa contre les indépendantistes depuis les années 1960. Si le passé est garant du présent, la méfiance est tout à fait justifiée.

Mais je leur dirais aussi. Tentez de voir les choses du point de vue de Mark Carney, ou des ministres dont le mandat touche à la sécurité du pays ou l'identité canadienne. Vous avez devant vous la résurgence d'un parti qui est passé à un cheveu près de casser la fédération avec son projet de souveraineté en 1995. Les sondages ne favorisent pas une victoire du Oui (pour le moment) mais laissent croire à la possibilité d'un gouvernement péquiste après octobre 2026. Que faites-vous?

Il est hors de question d'attendre les bras croisés ou d'espérer que les réalisations et les promesses du gouvernement fédéral attirent, sans aide, une majorité de Québécois au camp du Non. Carney n'a pas hésité à passer immédiatement aux menaces avec les Albertains qui, affirme-t-il, devront respecter la loi fédérale sur la clarté référendaire ou voir leur démarche de souveraineté annulée. Le précédent est donc créé. Il doit prendre la même position face au Québec.

Le problème, c'est que l'Assemblée nationale a adopté en 2000 sa Loi 99 affirmant que le Québec peut décider seul de son avenir politique et constitutionnel, quoiqu'en dise la loi fédérale sur la clarté. Les députés fédéraux auront beau juger que la question référendaire n'est pas assez claire, ou qu'une majorité de 50% +1 ne suffit pas, le gouvernement québécois ne tiendra pas compte de l'avis d'Ottawa. Que fera alors le gouvernement canadien? Porter l'affaire en Cour suprême, devant ses propres juges, en invoquant la Charte des longs couteaux de 1982, adoptée contre la volonté du Québec? Cul-de-sac total!

Carney a fait de l'unité canadienne son cheval de bataille: UNE économie, UNE identité canadienne, UN Canada fort, UN gouvernement qui lance et contrôle de grands projets «nationaux». Enfin, vous comprenez. Devant une nouvelle menace de sécession du Québec qui risque de torpiller sa mission et le Canada du même coup, face à un parti (le PQ) qui refuse toute intervention fédérale en matière d'autonomie référendaire, Mark Carney n'a pas une tonne d'options. Ou il fait comme Trudeau père en octobre 1970 en invoquant la Loi des mesures d'urgence (enfant illégitime des mesures de guerre) et en sortant l'artillerie lourde des casernes militaires pour envahir le Québec, ou il choisit la lutte politique en utilisant TOUS les atouts à sa disposition.

Vous conviendrez que pour peaufiner la meilleure stratégie, il devra être le mieux informé possible des agissements et plans de «l'ennemi», déjà coupable aux yeux du Canada anglais de subversion et de trahison. Difficile à croire qu'il n'aura pas recours au SCRS, l'agence canadienne d'espionnage, pour étoffer son carnet de lutte. Aux dires même du site Web du Gouvernement du Canada, «les enquêteurs du SCRS utilisent diverses méthodes pour collecter des informations sur les personnes et les groupes dont les activités pourraient représenter une menace pour la sécurité nationale».

Le projet d'indépendance du Québec est-il une «menace pour la sécurité nationale»? Sans aucun doute. C'est LA menace. L'existence du pays est en jeu. Pour arriver à ses fins, le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) a de larges pouvoirs pouvant le mener bien au-delà des «sources ouvertes» comme les médias. Les enquêteurs peuvent interroger des gens, infiltrer des groupes et même «intercepter des communications». J'imagine que dans certaines circonstances, la GRC pourrait même mettre l'épaule à la roue.

Du point de vue anglo-canadien, il serait impensable de ne pas pousser jusqu'à la limite, et un peu au-delà, un réseau d'espionnage en règle contre ceux et celles qui veulent briser leur pays. Si on n'agit pas ainsi et que les indépendantistes sortent victorieux de leur référendum, les tacticiens fédéraux seront écartelés sur la place publique. Je ne crois pas que Mark Carney et sa garde rapprochée soient des imbéciles. Ils prendront les moyens nécessaires, légaux ou pas, pour préserver l'unité du pays. Y compris espionner.

Paul St-Pierre Plamondon le sait. Lui non plus n'est pas un imbécile. La campagne référendaire vient de démarrer et ça ne va pas bien pour le camp du Oui. Mais attention. Une étincelle suffit parfois pour tout changer. Si, à quelques mois du référendum, vers 2030, les sondages donnent le Oui en avance, le SCRS, la GRC et l'armée seront sur un pied d'alerte et les dirigeants du PQ seraient bien avisés de trouver des tas de cages de Faraday... Les patrons des services de renseignement du Canada auront le pied à fond sur l'accélérateur.

Mark Carney n'aura pas le choix s'il est toujours premier ministre... Son successeur non plus... On n'est plus en 1837, mais...

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«Quand les bulldozers d'octobre entraient dans les maisons...
à cinq heures du matin» (poème de Gérard Godin sur la nuit des mesures de guerre, 16 octobre 1970)

jeudi 14 mai 2026

Hors Québec, le français devient inutile...

14 mai 2026...

capture d'écran du site Web ONFR-TFO, 13 mai 2026


Je suis né et j'ai grandi en Ontario. À Ottawa. J'ai compris très vite, dès l'enfance, le sens pratique du mot bilinguisme dans mon petit quartier franco-ontarien. Être bilingue, c'était avoir le droit de parler français entre francophones, et l'obligation de parler anglais aux anglophones. Je regarde ce qui se passe en 2026 et à l'extérieur du Québec, et à bien des égards, les choses ont peu changé.

Sauf pour la péninsule acadienne ou le Madawaska au Nouveau-Brunwick, et quelques îlots dans l'Est et le Nord ontariens, les francophones hors Québec sont bilingues dans une proportion dépassant les 90%. Ils comprennent l'anglais, s'en servent tous les jours. Pour la plupart, ils acceptent de communiquer en anglais même quand ils ont le droit de s'exprimer en français.

La conséquence, c'est que la langue française devient plus ou moins inutile en société quand tous les francophones (ou presque) ont la capacité de fonctionner en anglais. À la longue, à l'usure, ils cessent de réclamer leurs droits ou d'exprimer leurs préférence pour le français, ou pire, s'en excusent. Et les anglophones, déjà habitués à vivre en anglais seulement, en profitent pour accentuer l'érosion de ce qui reste du «bilinguisme»...

Au cours des derniers jours, j'ai cueilli dans les médias quelques nouvelles qui en font la démonstration: Mélanie Joly qui s'excuse de dire quelques mots en français, les fédéraux qui offrent des contrats en anglais seulement à Ottawa, l'abandon du français comme langue de travail au Collège militaire royal, le refus d'appliquer le régime linguistique bilingue dans les entreprises de compétence fédérale hors Québec, l'obligation de stages en anglais pour les étudiantes francophones en sciences infirmières à Sudbury.

Voici les renvois:

1. Dans la région d'Ottawa, la Commission de la capitale nationale (celle du Canada) met de côté les appels d'offres en français pour des travaux de moins de 250 000 $ quand la traduction vers le français du texte original en anglais risque d'occasionner des délais.


2. Le Collège militaire royal du Canada à Kingston (Ontario) change sa politique de bilinguisme et désigne l'anglais comme langue de travail principale au sein de l'administration.

Voir le texte de Pascal Vachon sur le réseau ONFR-TFO:

3. L'Université Laurentienne de Sudbury régularise officiellement l'obligation pour les étudiantes francophones en sciences infirmières de suivre des stages qui, même dans des institution soi-disant bilingues, se font essentiellement en anglais.

Voir le texte de Sébastien Pierroz sur le site Web Le Droit :

4. En Ontario, la ministre fédérale Mélanie Joly s'excuse auprès de ses interlocuteurs de quitter l'anglais pour quelques secondes, question de dire le boniment obligatoire dans la langue de Molière, avant de revenir à la langue d'usage du Canada...

Voir le discours sur YouTube:

5. Ottawa édicte de nouvelles règles linguistiques pour les entreprise privées de compétence fédérale mais ne fait rien pour les faire respecter, sauf attendre les plaintes des francophones suffisamment ulcérés pour porter plainte...

Voir le texte de Pascal Vachon sur le réseau ONFR-TFO:

La morale de cette histoire, c'est qu'à l'extérieur du Québec, seul l'anglais est vraiment essentiel. On en vit les conséquences et on doit en tirer les enseignements qui s'imposent. Il faut faire en sorte qu'au Québec, seul le français soit essentiel, même pour les anglos. L'unilinguisme français doit être la règle. Partout.

Aux anglophones du Québec, je souhaite l'expérience du bilinguisme telle qu'on me l'a apprise à Ottawa, en Ontario. Inversée, cependant. Ainsi, pour les Anglo-Québécois, le bilinguisme deviendra le droit de communiquer en anglais entre anglophones, et l'obligation de communiquer en français avec la majorité francophone et les institutions d'un État français, espérons-le, souverain.

mercredi 13 mai 2026

Francophonie à l'Université d'Ottawa... Encore des platitudes...

13 mai 2026...

capture d'écran du communiqué de l'Université d'Ottawa


Le 13 juin 2025, il y a près d'un an, Julie Cafley (alors directrice générale de Catalyst Canada), a salué dans la Section Idées du quotidien Le Devoir la nomination de Marie-Ève Sylvestre au poste de Rectrice et Vice-chancelière de l'Université d'Ottawa. Son texte louangeur était coiffé du titre Une première historique pour la francophonie et pour les femmes (voir lien en bas de page).

Aujourd'hui, 13 mai 2026, Mme Sylvestre annonce la nomination de Julie Cafley au nouveau poste de Vice-rectrice à la francophonie et aux relations externes et communautaires de l'Université d'Ottawa. Selon le communiqué officiel, Mme Cafley s'est démarquée parmi les «nombreuses candidatures remarquables» au cours d'un «processus rigoureux». Tout indique cependant que la rectrice a trouvé une âme soeur qui, de plus, connaît bien l'institution, ayant oeuvré comme chef de cabinet de deux anciens recteurs (on ne dit pas lesquels).

Le site Web de l'université ottavienne précise que son mandat l'amènera à s'intéresser en priorité aux «principaux enjeux relevés par les francophones dans les diverses sphères de la vie, des études et du travail en français sur le campus». Les grands objectifs ont été définis en 2018 dans un rapport intitulé Renouveau de la francophonie à l'Université d'Ottawa (voir illustration ci-dessous).
Clairement, huit ans plus tard, ces objectifs n'ont pas été atteints. La proportion d'étudiants de langue française, jadis majoritaire, stagne autour de 30%. La gouvernance de la francophonie à l'Université reste entre les mains d'une administration complice d'un bilinguisme anglo-dominant. La présence et le rayonnement de la francophonie sur le campus est au mieux anémique. Quant à la «mission francophone» de l'institution, il doit être difficile de la communiquer aux «publics cibles» (lesquels?) quad on n'atteint même pas ses propres cibles à l'interne.

Quoiqu'il en soit, l'annonce d'une nouvelle vice-rectrice qu'on dit «créative, stratégique et profondément engagée» semble porteuse d'espoir. On se dit que l'Université prend enfin la situation du français au sérieux (Mme Sylvestre s'y était engagée) et que le temps d'une action énergique approche. Alors on cherche dans le communiqué de l'Université d'Ottawa des engagements fermes et précis liés à cette nomination prestigieuse, et on n'en trouve pas! C'est, pour tout dire, un tas de platitudes du genre que l'IA régurgiterait après avoir mangé une bio, quelques textes d'info et des citations soigneusement fabriquées.

Vous voulez un exemple? Voici!

La citation suivante (la seule de Mme Cafley) est tirée du communiqué de l'Université d'Ottawa. Mme Cafley affirme: «Je reviens à l’Université d’Ottawa avec une conviction profonde: la francophonie se construit dans l’écoute, les relations et les partenariats. Ensemble, avec nos communautés, nous bâtirons des ponts et renforcerons le sentiment d’appartenance afin de faire avancer une francophonie inclusive, ancrée dans l’équité et tournée vers l’avenir.» Quoi?

Elle parle d'écoute, alors que tout a été dit et redit depuis des décennies. Elle évoque des relations et des partenariats. Bien oui, c'est évident. Ça se fait déjà. «Ensemble, avec nos communautés», une autre formulation vide de sens. Bâtir des ponts, renforcer le sentiment d'appartenance? Personne ne brûle des ponts. Quant au sentiment d'appartenance, expliquez-moi ce que cela signifie.

Mais le clou, c'est «faire avancer une francophonie inclusive, ancrée dans l'équité et tournée vers l'avenir». Quelle horreur. Ça mange quoi en hiver, une francophonie «inclusive»? Une francophonie sans discrimination, ou quelque chose du genre? Y'a là un message caché? On y revient tout de suite en la voulant «ancrée dans l'équité». La francophonie actuelle serait inéquitable? Quant à «tournée vers l'avenir», on a vu cette formulation trop souvent comme rejet du passé et des «vieilles chicanes» entre anglophones et francophones. Il y a là des relents de l'affaire Lieutenant-Duval...

Il n'y a rien dans le communiqué sur le triste état du français, les doléances de la population étudiante de langue française, ou les priorités d'action pour remédier aux carences les plus flagrantes. On ajoute à la fin une citation de Madeleine Meilleur, ancienne ministre ontarienne des Affaires francophones et l'une des artisanes du sabotage du projet original d'université franco-ontarienne en 2015. Mme Meilleur se réjouit que Julie Cafley ait «une connaissance approfondie de la communauté franco-ontarienne». J'ai eu beau chercher, je n'ai pas trouvé sur le Web de référence aux antécédents franco-ontariens de la nouvelle vice-rectrice. Si elle connaît bien l'Ontario français, ce n'est pas évident ici. D'ailleurs, selon Mme Sylvestre, son expertise est ailleurs.

On ajoute enfin une citation de Dominic Giroux, PDG de l'hôpital Montfort d'Ottawa, seul hôpital universitaire de langue française en Ontario et étroitement associé avec l'Université d'Ottawa. Il se réjouit bien sûr de son partenariat avec la faculté de médecine, sachant sans doute que Mme Cafley deviendra un interlocuteur, mais l'apport de M. Giroux ne concerne en rien la situation du français sur le campus ou la gouvernance francophone de l'Université. 

J'aimerais bien savoir de quels recteurs Mme Cafley a été chef de cabinet. J'espère que ce n'est pas Jacques Frémont, qui s'est révélé ennemi des francophones dans l'affaire Lieutenant-Duval, ou Allan Rock, qui a combattu bec et ongles le projet initial d'université de l'Ontario français où l'ensemble des programmes français de l'Université d'Ottawa aurait été placé sous gouvernance francophone. Vous n'avez pas besoin d'une nouvelle université franco-ontarienne, avait-il déclaré en 2014. Vous l'avez déjà, votre université: c'est l'Université d'Ottawa. C'était effronté, mais ses propos ont passé comme un couteau dans le beurre et douze ans plus tard, l'immense majorité des étudiants universitaires franco-ontariennes fréquentent toujours des institutions bilingues anglo-dominantes. Principalement... l'Université d'Ottawa.

Nous ne sommes vraiment plus à l'heure des platitudes...

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Lien au texte de Julie Cafley dans Le Devoir du 13 juin 2025 - https://www.ledevoir.com/opinion/idees/890710/idees-premiere-historique-francophonie-femmes

mardi 12 mai 2026

Victoria contre les Patriotes.....

12 mai 2026...

Drapeau des Patriotes à Saint-Denis-sur-Richelieu


S'il faut trouver le jour de l'année qui marque l'opposition la plus fondamentale entre le Québec et le Canada, mon choix se porterait sur le lundi avant le 25 mai (c'est le 18 mai en 2026). Partout au Canada anglais, cette journée s'appelle la Fête de Victoria (la reine, s'entend) et a pour but de célébrer «l'anniversaire du souverain». Au Québec, on y fête la Journée nationale des Patriotes, ceux-là mêmes qui se sont rebellés contre la monarchie répressive de Victoria en 1837-1838.

À preuve, le gouvernement québécois vient d'honorer comme «personnages historiques» le médecin patriote Jean-Olivier Chénier, tombé sous les balles britanniques en 1837 à St-Eustache, et les patriotes cruellement pendus en 1838-1839 par des militaires au service de la Reine Victoria et de son empire. Pendant qu'à Ottawa et ailleurs au pays, on rend hommage à la mémoire de Victoria et de ses habits rouges, au Québec on commémore l'héroïsme de ses victimes!

Alors que le Canada anglais souligne toujours l'allégeance au monarque, les élus québécois veulent «abolir le lien entre l'État du Québec et la monarchie britannique» (voir image ci-dessous). 

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capture d'écran du Devoir du 27 mai 2025

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Sur le site officiel du ministère québécois de la Culture, on peut lire: «La Journée nationale des patriotes honore la mémoire des patriotes qui ont lutté (en 1837-38) pour la reconnaissance nationale du peuple québécois, sa liberté politique et l'obtention d'un système de gouvernement démocratique». De nombreuses célébrations ont lieu à travers le Québec, et le drapeau tricolore vert-blanc-rouge est bien en évidence, même sur des édifices publics.

Sur le site officiel des «journées importantes et commémoratives» du gouvernement canadien, on ne parle que de la Fête de Victoria. Aucune référence à la Journée nationale des patriotes, pourtant essentielle si l'on veut comprendre l'évolution vers la démocratie au Québec et dans l'ensemble du Canada. Ottawa feint d'ignorer que le Haut-Canada (Ontario) a aussi eu ses rebelles en 1837-38 et que certains d'entre eux ont été pendus par l'armée de Victoria...

Il n'y a que deux autres «journées importantes et commémoratives» en mai au calendrier du gouvernement du Canada: la Journée du patrimoine néerlandais (5 mai) et la Journée internationale contre l'homophobie, la transphobie et la biphobie (17 mai). Et pour tourner le fer dans la plaie, on célèbre toujours la Journée Sir John A. Macdonald le 11 janvier. Heureusement on inclut La Saint-Jean-Baptiste le 24 juin, sans toutefois mentionner qu'il s'agit de la Fête nationale du Québec.

On indique par ailleurs que mars est le Mois du patrimoine irlandais. C'est aussi le Mois de la francophonie, mais vous ne le trouverez pas dans la liste fédérale... Le gouvernement canadien mentionne cependant le Mois du patrimoine hindou (novembre), le Mois du patrimoine libanais (novembre), le Mois du patrimoine allemand (octobre), le Mois canadien de l'histoire islamique (octobre), le Mois du patrimoine latino-américain (octobre), le Mois du patrimoine polonais (mai), et j'en passe... etc... etc...

J'ai scruté la liste fédérale et déniché une journée commémorative qui pourrait servir à honorer les Patriotes: le 23 juin, Journée nationale du souvenir des victimes de terrorisme. Les troupes britanniques qui ont brûlé des villages, pillé des demeures, violé des femmes et pendu nos patriotes étaient auteurs d'actes terroristes. Les anciens Québécois du Bas-Canada qui ont goûté à la médecine des troupes de Victoria étaient des victimes de terrorisme!


lundi 11 mai 2026

C'est-y assez «clair»?

11 mai 2026...



Mark Carney s'adressait aux cowboys «séparatistes» de l'Ouest, mais son message visait tout autant les Québécois quand il a affirmé, la semaine dernière, que les règles établies par la Loi fédérale de clarification (clarté référendaire) devront être suivies à la lettre si un référendum sur la sécession de l'Alberta finit par avoir lieu.

Le premier ministre canadien sait que le mouvement indépendantiste albertain ne constitue pas une menace sérieuse à l'unité du pays. Le mécontentement là-bas est réel mais ne repose aucunement sur l'affirmation d'une identité «nationale» de l'Alberta. La rancune est idéologique, en provenance de la droite du spectre politique. Cette poussée autonomiste ne sera jamais majoritaire.

La situation du Québec est toute autre. Au dernier référendum, une forte majorité de francophones a voté oui et n'eut été des anglos et anglicisés, l'indépendance de la nation québécoise serait chose faite depuis 30 ans. Ottawa a eu la frousse en 1995 et pris depuis ce temps les moyens jugés nécessaires pour empêcher cette récidive que la Constitution des longs couteaux de 1982 n'avait pas réussi à éviter.

Le gouvernement Chrétien a soumis la dynamique d'une sécession possible du Québec à sa Cour suprême, s'attendant à renforcer ses armes politiques et constitutionnelles. Mais ses propres chiens de garde judiciaires lui ont mordu la main avec une conclusion tout à fait inattendue dans leur Renvoi sur la sécession de 1998: «Le rejet clairement exprimé par le peuple du Québec de l'ordre constitutionnel existant conférerait clairement légitimité aux revendications sécessionnistes», obligeant Ottawa à «respecter cette expression de la volonté démocratique en engageant des négociations».

Après leur indigestion, Jean Chrétien et son ministre des Affaires intergouvernementales Stéphane Dion ont régurgité en l'an 2000 une réplique effrontée: une loi donnant au fédéral le droit exclusif de juger de la «clarté» de toute nouvelle question référendaire québécoise, et aussi, le droit de définir ce qui constitue une majorité suffisamment «claire» pour reconnaître une victoire sécessionniste. Une loi cadenas!

L'Assemblée nationale du Québec, sous Lucien Bouchard, a répondu du tac au tac, la même année, avec la bouche de ses canons. La Loi 99 disait clairement à Ottawa de se mêler de ses affaires:


À cette déclaration de principe s'ajoutait une disposition décrétant que la majorité «claire» à un référendum serait de 50% + 1. Cette loi, déclarée valide par les tribunaux, a pour effet d'invalider la loi Chrétien-Dion, du moins en ce qui concerne le Québec. Si l'Alberta ne s'est pas donné sa propre Loi 99, cependant, un bras de fer est à prévoir entre les séparatistes western et les fédéraux d'Ottawa sur le libellé de leur question référendaire et sur la définition d'une majorité acceptable. Ça va être rigolo.

Sauf que Mark Carney, lui, est tout sauf rigolo... Il ne plaisante pas quand vient le temps de bâtir UNE économie canadienne, UNE identité canadienne, UN Canada fort. Et il a désormais sa majorité aux Communes. Il piétinera allègrement les compétences provinciales, y compris celles du Québec, pour réaliser ses grands projets politiques, économiques et identitaires. Avec sa Constitution des longs couteaux, ses tribunaux, sa majorité anglo-dominante multiculturelle, rien ne sera laissé au hasard ou à la chance.

Le premier ministre vient d'indiquer à l'Alberta que ses lois provinciales en matière de référendums sont en tutelle. Sans l'approbation de la Chambre des communes, les résultats - peu importe - seront considérés comme nuls. Il doit savoir qu'Edmonton va éventuellement plier devant le rouleau compresseur fédéral. Mais ce qu'il veut surtout, c'est mettre le Québec à genoux. Sa déclaration, rapportée par le Globe and Mail, ne visait pas seulement l'Alberta:


Mark Carney vient de dénoncer très clairement la Loi 99, ce qui fera sans doute plaisir à tous les collabos centralisateurs du Québec, qu'ils siègent aux Communes ou à l'Assemblée nationale. Pour le moment, toute cette bande ne s'énerve pas trop. Les sondages leur sont favorables depuis des années. Et le Parti québécois n'a pas encore gagné l'élection d'octobre prochain. Mais au sein de chaque Québécois de langue française sommeille un souverainiste. Les braises sont plus chaudes que l'on pense et il suffirait d'une étincelle pour rallumer la flamme du Oui.

Qu'attendent les défenseurs du Québec pour envoyer promener Mark Carney? Le silence des milieux officiels à Québec inquiète... Qu'on rappelle aux fédéraux qu'Ottawa a participé aux référendums de 1980 et de 1995 dans le camp du Non. Participer, c'était déjà reconnaître la légitimité du processus, de la majorité à 50% + 1 et du droit du Québec à s'autodéterminer sans ingérence de la majorité anglo-canadienne et de son gouvernement à Ottawa.