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vendredi 26 juin 2026
Et l'apparence de neutralité des journalistes?
26 juin 2026...
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| capture d'écran du Journal de Montréal |
Intéressant de voir le débat sur la laïcité se transporter à l'extérieur du Québec. Chez nous, la question a été tournée, retournée dans tous les sens et même s'il y a toujours des étincelles, le débat fait partie du quotidien. Nous nous y sommes habitués. Mais voilà que la chicane pogne au coeur des Prairies, à Regina, capitale de la Saskatchewan.
Eux, sont habitués à jeter un regard sévère sur les élans de laïcité québécois style Loi 21, poussant à l'occasion des cris d'indignation devant ce qu'ils perçoivent comme des formes de xénophobie, d'islamophobie ou de racisme. Mais voilà que Regina vient de permettre un appel public à la prière de la mosquée locale, lancé d'un haut-parleur sur le sommet d'un édifice en plein centre-ville.
Pensez-vous que les élus municipaux ont été couverts de félicitations et de gerbes de fleurs? Non, les réseaux sociaux ont pris feu sous une accumulation de protestations, de propos souvent haineux et même de menaces, au point où la police de Regina fait enquête. Selon le Journal de Montréal, qui cite Global News, une présence policière accrue est prévue aux alentours des rassemblements musulmans.
Des médias locaux et canadiens ont fini par s'emparer de l'affaire et consacrer quelques reportages que j'ai trouvés plutôt doucereux. Mais de mon point de vue de journaliste, ce qui surprend le plus dans cette couverture médiatique, c'est que CBC et Global News aient affecté à cette nouvelle des femmes musulmanes voilées: Aishah Ashraf (CBC) et Sania Ali (Global). Je trouve cela plutôt inquiétant, sur le plan de l'intégrité de l'information, de confier une affectation portant sur la religion musulmane à des reporters qui portent des signes religieux musulmans.
Allez faire un tour dans les médias (CBC, Global, Regina Leader Post, plusieurs pages Facebook) et renseignez-vous. Suffit de dire que nombre de commentaires sont d'une violence verbale qui fait sursauter. Voir par exemple ci-dessous:
Des médias locaux et canadiens ont fini par s'emparer de l'affaire et consacrer quelques reportages que j'ai trouvés plutôt doucereux. Mais de mon point de vue de journaliste, ce qui surprend le plus dans cette couverture médiatique, c'est que CBC et Global News aient affecté à cette nouvelle des femmes musulmanes voilées: Aishah Ashraf (CBC) et Sania Ali (Global). Je trouve cela plutôt inquiétant, sur le plan de l'intégrité de l'information, de confier une affectation portant sur la religion musulmane à des reporters qui portent des signes religieux musulmans.
Si la neutralité religieuse de l'État se défend, celle de la presse s'impose. Neutralité religieuse bien sûr. Neutralité tout court! Les médias professionnels doivent non seulement être neutres, ils doivent en donner l'apparence. Je ne dis pas que les reportages de Mmes Ashraf et Ali ont souffert de leur engagement religieux mais le public qu'elles rejoignent (ainsi que les personnes qu'elles interviewent) seraient en droit de s'interroger sur leur neutralité en les voyant.
Qu'aurait pensé le directeur de la mosquée de Régina s'il avait vu arriver un reporter juif portant kippa, ou un chrétien zélé avec une croix au cou? Se serait-il méfié? Voyait-il donc ces deux journalistes voilées comme des amies, des alliées, ou des fidèles sur lesquelles il pouvait exercer une influence? Global News et CBC auraient-ils osé envoyer Mmes Ali et Ashraf couvrir une manif de Juifs militants appuyant les agressions israéliennes, ou même un rassemblement de gens de Regina opposés aux appels musulmans à la prière?
La seule quête d'un journaliste, ce sont les faits. Rien que les faits. Si on réussit à présenter tous les faits au lectorat, ce dernier sera bien placé pour comprendre ce qui se passe et former une opinion. Tout ce qui nuit à la collecte des faits, et cela inclut la tenue vestimentaire du journaliste, doit être banni. On n'arbore pas une épinglette «Je suis athée» à une manifestation d'intégristes religieux. On ne porte pas un t-shirt «Je suis indépendantiste» au congrès libéral. Et on ne porte pas un hijab pour couvrir une réunion du Mouvement laïque local.
Je dois conclure que dans certaines grandes salles de rédaction au Canada anglais, le multiculturalisme débridé est devenu un dogme, au détriment de la neutralité de la cueillette d'information. Comme chef des nouvelles ou rédacteur en chef, j'aurais volontiers embauché ces deux journalistes, mais à la condition qu'elles ne portent pas de signes religieux (ou politiques, ou militants) ostentatoires à l'ouvrage. Si elles choisissent leur religion avant leur emploi, elles s'excluent de la neutralité journalistique. Et quant à moi, elles s'excluent de la profession.
jeudi 25 juin 2026
La grande tablée de notre Saint-Jean…
La table est mise partout, et tous, toutes y sont bienvenus.
Notre hospitalité est légendaire...
Il y a plus de 400 ans, arrivant de France, nous étions accueillis par les peuples d'Amérique.
La liberté, le partage, les grands espaces font partie de l'héritage commun.
Notre présence - française et métissée - aura marqué à jamais les rives et les affluents du «fleuve géant».
Elle mérite d'être conservée, appréciée, enseignée.
Même conquis, nous avons su porter l'épée. Nous avons, surtout, porté la croix.
Pacifiques, rebelles à notre façon, nous avons jeté l'épée, puis remisé la croix.
Le coeur de la nation, s'éloignant de l'ancienne mère-patrie, restait français cependant...
Ces derniers siècles, d'autres ont pris place à notre table…
Des Européens, Africains, Antillais, Asiatiques, Américains…
Plusieurs ont voulu cheminer avec nous et sont maintenant chez eux, à notre table.
Notre aventure en Amérique est devenue la leur…
Ils ont compris ce que trop des nôtres semblent avoir oublié:
- l'importance et l'attrait de notre petite nation encerclée… de son passé, son présent et son avenir...
- l'actualité des valeurs de survivance, résistance, rébellion, liberté, laïcité, indépendance…
- la beauté de la langue française, bien vivante dans notre riche répertoire musical et littéraire…
Ces anciens étrangers ont compris qu'ils étaient invités à notre table, pas nous à la leur.
Que les bras tendus en accueil étaient les nôtres…
Ils ont saisi ce que les «multiculturels» semblent incapables de saisir…
S'ouvrir collectivement à l'autre, c'est l'inviter à venir vers soi.
On ne fait pas preuve d'ouverture en souscrivant aux coutumes des autres, mais en conviant les autres à notre table…
Leur présence enrichira la nôtre et modifiera peu à peu la texture de la nation, sans en altérer le coeur et les valeurs.
Alors je leur lance cette intitiation: venez casser la croute à la grande tablée de la Saint-Jean!
À la fin du repas et de la fête, si vous désirez toujours participer à notre aventure nationale, si vous choisissez de la faire vôtre, nous chanterons tous, toutes, sur un air connu:
«Ils sont des nôtres»… »
mercredi 24 juin 2026
Je suis bouche bée!
24 juin 2026...
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| le message lamentable de l'Assemblée de la francophonie de l'Ontario en 2026 |
Dans le quotidien Le Droit du 23 juin 1913, la direction franco-ontarienne du journal qui n'avait que trois mois d'existence publia à la une un éditorial sur la fête de la Saint Jean-Baptiste. En voici le début: «Demain, 24 juin, le peuple canadien-français célèbre sa fête nationale, la Saint-Jean-Baptiste. C'est la fête du peuple; c'est le jour des grands enthousiasmes, des manifestations joyeuses et des viriles résolutions. En ce jour, on aime à voir les drapeaux claquer à la brise; le son des fanfares nous paraît plus joyeux et l'on redit avec plus d'entrain les chansons du jeune âge. Tout cela est bon, tout cela est même nécessaire, c'est le souffle de l'âme nationale qui passe dans les foules, ranime les courages et inspire de fortes et solides résolutions.»
Cette Saint Jean-Baptiste se déroulait sur fond de crise scolaire alors que les Franco-Ontariens luttaient pour conserver leurs écoles françaises. Le 22 juin, un grand ralliement canadien-français avait eu lieu à Ottawa en solidarité avec les collectivités francophones de l'Ontario. Douze mille manifestants avaient paradé dans les rues de la capitale. La crise suscitée par l'ignoble Règlement 17 devait durer jusqu'à la fin des années 1920 et les séquelles se faisaient encore sentir dans mon enfance et même après, jusque dans les années 1990. Et à tous les ans, la Saint Jean-Baptiste était l'occasion de célébrer les combats historiques des Franco-Ontariens et de l'ensemble de la nation canadienne-française.
Que ces chapitres ontariens de l'histoire nationale aient été oubliés ou mis au rancart au Québec, dans l'Ouest ou en Acadie est bien regrettable. Mais il est scandaleux que cela se produise en Ontario même, au sein de l'Assemblée de la francophonie de l'Ontario, l'organisme parapluie de l'Ontario français. Quand revient tous les ans la Saint Jean-Baptiste, comment ne peut-on pas faire revivre, tout au moins dans un texte officiel, l'héritage laissé par des générations de militants franco-ontariens? Ce passé pas si lointain n'est-il pas le socle sur lequel se dresseront les résistances de l'avenir?
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| l'éloquente page une du Droit du 23 juin 1913 |
J'ai vu ce matin le message annuel de la Saint Jean-Baptiste de l'AFO et même si je suis Québécois depuis plus de 50 ans, mes vieilles tripes franco-ontariennes ont sursauté. Comment l'association qui dit représenter les Franco-Ontariens peut-elle publier un texte aussi plate et aussi insipide? On croirait, à la lire, que ses auteurs et les dirigeants qui leur ont donné le feu vert ignorent tout de l'histoire de l'Ontario français. J'en ai eu le souffle coupé. Lisez: «L'Assemblée de la francophonie de l'Ontario souhaite une excellente fête de la Saint Jean-Baptiste à tou.te.s (!!) les canadien.nes (!!!) francophones en Ontario et dans tout le Canada. C'est une période joviale pour la communauté francophone canadienne qui se commémore (sic) ses aboutissements dans le maintien du français.»
Ne cherchez pas le mot «national». Il n'y est pas, même s'il s'agit depuis toujours de la fête nationale (des Québécois, mais aussi des Canadiens français). Les Franco-Ontariens et les francophones des autres provinces (y compris le Québec) ne sont plus, à croire l'AFO, qu'une «communauté francophone canadienne». Comme les autres «communautés»... Vérifiez le sens du mot communauté quelqu'un! Quant à l'existence d'une «période joviale» pour commémorer les «aboutissements dans le maintien du français», on peut à juste titre se demander de quoi l'AFO parle... Peut-être s'agit-il d'une nouvelle langue de bois pour éviter de raconter la véritable histoire des Franco-Ontariens...
Si Doug Ford ou quelque représentant du gouvernement de l'Ontario avait pondu un tel message, on aurait pu comprendre et attribuer les faiblesses du texte à leur ignorance de l'histoire des francophones de leur province. Mais venant de l'AFO, je suis bouche bée...
mardi 23 juin 2026
Une montée de lait...
lundi 22 juin 2026
Une autre étude non scientifique...
22 juin 2026...
Je suis toujours à l'affût de données crédibles sur la francophonie hors Québec. Elles ne courent pas les rues. Quand j'ai vu le titre ci-dessus, portant sur la langue de travail, j'ai épluché l'article signé par Mathilde Beaulieu-Lépine, qui se spécialise dans la cueillette d'information sur les Canadiens français et Acadiens en situation minoritaire.
Que les jeunes francophones aient de la difficulté à travailler dans leur langue en Ontario, au Manitoba ou en Nouvelle-Écosse ne surprendra personne. La question est toujours de savoir dans quelle proportion, d'une province à l'autre. Or, dès le début de l'article, on parle d'une «étude» de la Fédération de la jeunesse canadienne-française (FJCF), selon laquelle «seulement un tiers des jeunes francophones en situation minoritaire travaillent surtout dans leur langue».
Plusieurs s'étonneraient en clamant: c'est bien peu! Pour ma part, je trouvais ce pourcentage bien élevé. À cause du mot «surtout». J'ai vécu près de 30 ans de ma vie à Ottawa, à jet de pierre du Québec, et à moins de travailler dans les milieux scolaires francophones, ou à l'hôpital Montfort, ou dans une caisse populaire (et encore), les occasions sont plutôt rares de travailler «surtout» en français.
Je fais alors ce que tout journaliste devrait avoir le réflexe de faire: trouver cette étude et examiner de plus près sa méthodologie. Il s'agit d'une consultation effectuée pour la FJCF par la firme Sociopol, d'un sondage pancanadien appelé Baromètre, s'adressant aux jeunes de 14 à 25 ans et tenu à l'été 2025. On y a comptabilisé un total de 295 répondants provenant de tous les coins du pays (excepté le Québec). De quelle façon ont-ils été choisis? Ça je n'ai pas trouvé.
La caractère non scientifique de cette «étude» est vite suggéré par l'affirmation suivante: «Pour près du tiers des jeunes consultés, la consultation fut l'occasion de se familiariser avec la FJCF et avec l'éventail des activités et des services qu'elle offre.» Cela signifie que plus des deux tiers des répondants connaissaient bien l'organisation. C'est louche. Je serais prêt à gager que plus de 90% des francophones de 14 à 25 ans en situation minoritaire ne connaissent pas ou connaissent peu la FJCF. On ne tire pas les noms des participants au hasard...
La conclusion qui suit l'affirmation précédente renforce mes soupçons... «Les réponses permettent de faire le portrait d'une jeunesse forte, engagée et dynamique, qui a la langue française à coeur et qui souhaite la faire rayonner.» Je veux bien croire que l'immense majorité des 295 répondants correspond à ce profil, mais ce profil ne correspond pas aux données scientifiques collectées par Statistique Canada dans les recensements et les autres études démo-linguistiques.
Les taux d'assimilation (plus élevés chez les jeunes) dans la francophonie hors Québec - sauf au Nouveau-Brunswick et dans quelques coins de l'Ontario - brossent un tableau catastrophique, avec des transferts linguistiques vers l'anglais qui dépassent souvent les 50% et même 60% et plus. Je prends pour exemple mon ancien patelin: l'Ontario. Selon Baromètre, 70% des répondants utilisent surtout le français avec leur famille. Or, selon le recensement de 2021, cette proportion oscille autour de 55% pour l'ensemble des Franco-Ontariens. C'est sans doute moins chez les jeunes...
Plus j'avance, plus je m'interroge sur la méthodologie employée et sur sa valeur scientifique. Pire, sur sa valeur tout court. L'étude me semble un fidèle reflet des 295 répondants, mais pas de l'ensemble de la jeunesse francophone en situation minoritaire. Je m'arrête là. Je réserve mon jugement final en attendant d'obtenir les réponses à toutes les questions que je me suis posées en lisant cet article du Devoir et le rapport de la firme Sociopol.











