mardi 9 août 2022

Gatineau s'anglicise. Quoi faire?


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Gatineau, quatrième ville du Québec, s'anglicise à vue d'oeil. N'importe quel résident le constatera s'il ouvre ses yeux et ses oreilles. Ceux et celles qui préfèrent des preuves plus scientifiques n'ont qu'à consulter les données linguistiques implacables des recensements fédéraux.

Dans un texte récent, le quotidien La Presse (bit.ly/3P5GNJF) évoquait l'arrivée massive d'Ontariens, unilingues anglophones pour la plupart, en territoire gatinois. Attirés par les prix plus modestes des maisons et autres avantages bien québécois, ils s'installent à Gatineau comme s'ils étaient toujours en Ontario, en banlieue de la national capital...

Mais surtout n'en parlez pas. Le caractère français de la ville de Gatineau, pourtant consacré par la Loi 101, et son déclin sont des sujets tabous. Les francophones d'ici ont des générations d'empreintes de bottes anglaises dans le derrière, et peinent à se défendre même quand ils ont la majorité. Les autorités municipales? Quand elles ne nuisent pas, elles brillent par leur absence...

Alors nous assistons, impuissants, à l'érosion de la langue française dans de nombreux quartiers de la ville. Ayant soumis le texte de La Presse sur Twitter en y ajoutant un commentaire à l'effet que la Ville ne fait rien pour protéger le français, un internaute a posé la question qui tue:


Excellent commentaire, M. Tremblay. En effet, les gens sont libres de s'installer où ils veulent. Mais quand ils sont arrivés «où ils veulent», ils ne sont plus où ils étaient. Ils sont désormais au Québec. Ils doivent changer leurs plaques d'immatriculation, payer leurs impôts ailleurs. Ils ont aussi emménagé sur un territoire où la français est la seule langue officielle et commune. Cela doit signifier quelque chose, quelque part, même à Gatineau.

Le gouvernement québécois fanfaronne avec sa Loi 96, censée bonifier la Charte de la langue française, mais frappe un mur quand il sonne à la porte de Gatineau. Notre conseil municipal (je suis Gatinois) a démoli à lui seul un pan entier de la Loi 101 en portant jusqu'à la Cour suprême du Canada son droit (confirmé d'ailleurs) de déterminer elle-même la nécessité de l'anglais dans la fonction publique municipale.

Le vaste projet immobilier Ontario-Québec «Zibi» est en voie d'effacer les frontières «provinciales» au pont des Chaudières sous les yeux en signes de piastres de nos édiles. La maire actuelle de Gatineau, France Bélisle, est même favorable à mettre sous juridiction fédérale une partie riveraine du centre-ville gatinois.

Pendant ce temps, les autorités municipales ne peuvent ignorer que l'anglais fait des gains dans 15 des 21 quartiers de la ville (selon le recensement 2011) et que dans certains coins plus anglophones de Gatineau, ce sont les francophones qui se font assimiler.  Comment cela finira-t-il? On en saura un peu plus le 17 août quand les données linguistiques du recensement de 2021 deviendront disponibles. 

Certains auraient avantage à revisiter les événements qui ont causé l'ethnocide des Franco-Ontariens dans la Basse-Ville d'Ottawa dans les années 1970. Sous la bannière de la rénovation urbaine, la très anglophone Ville d'Ottawa a détruit le tissu linguistique et culturel de la principale collectivité francophone de la capitale. Quand le Comité de citoyens de la Basse-Ville a crié SOS il était trop tard. La proportion de francophones y est passée de 80% à 20% en une génération...

Bien sûr on rétorquera que cela se passait en Ontario et que les francophones n'avaient aucun pouvoir politique. Ils étaient condamnés à subir. Mais la question aurait été la même. Qu'aurait pu faire la ville, en supposant qu'elle fut francophile? Les gens peuvent s'installer où ils le veulent, à Ottawa aussi. Mais le résultat est là: la collectivité phare des Franco-Ontariens à Ottawa s'est éteinte pour toujours...

Revenons à Gatineau. Le problème existe. Le français est en danger. Que peut faire la ville? Peut-être, d'abord, ouvrir un dossier et l'étoffer. Cueillir les données, aller voir ce qui se passe sur le terrain, d'un quartier à l'autre. Compiler les demandes en anglais à l'hôtel de ville. Déterminer l'ampleur du danger que court la langue française dans la quatrième ville du Québec.

Constituer une banque de données bien étoffée serait un bon point de départ et servirait sans doute à secouer la torpeur du conseil municipal. Cela permettrait aussi aux autorités, dans la mesure où la santé de la langue et de la culture française leur apparaît prioritaire, de prendre des décisions plus éclairées. Quelles décisions? 

Il me semble, tout au moins, qu'il existe une responsabilité d'accueillir les nouveaux arrivants ontariens (et d'ailleurs) en les sensibilisant au fait que le Québec et Gatineau ont le français comme seule langue officielle et commune. En leur proposant des moyens de s'intégrer, y compris, en premier lieu, d'apprendre le français. Cet effort de la Ville doit aussi s'étendre aux francophones qui, trop souvent, étant pour la plupart bilingues, passent automatiquement à l'anglais pour communiquer avec les nouveaux Ontariens.

On pourrait muscler davantage les mesures mais ici, dans l'état actuel des choses à Gatineau, une prise de conscience suffirait pour le moment. Elle pourrait servir de tremplin à la constitution d'une banque de données municipales et de fondement pour les débats qui s'imposeront au conseil, en attendant une politique d'intervention.

Mais il y a urgence d'agir. Quand, un jour, des quartiers de la ville de Gatineau auront subi le sort des Franco-Ontariens de la Basse-Ville d'Ottawa, il sera trop tard...


lundi 8 août 2022

D'où viendra la relève franco-ontarienne?

Gisèle Lalonde (photo YouTube)

Dans son commentaire sur les funérailles récentes de la militante franco-ontarienne Gisèle Lalonde, le journaliste Sébastien Pierroz (ONFR+, Le Droit) a évoqué la relative absence de représentants de la relève de l'Ontario français à la cérémonie, tenue à Ottawa (voir bit.ly/3d3SDXu).

La question sous-entendue n'était pas seulement: «pourquoi ne sont-ils pas venus»... À l'arrière-plan flottait, entre les lignes, une interrogation plus sombre: existe-t-il toujours chez les Franco-Ontariens une relève pour remplacer les Gisèle Lalonde sur les barricades?

Mes anciens compatriotes de l'Ontario français seront sans doute en désaccord, mais tout me porte à croire que la francophonie ontarienne, comme collectivité du moins, se dirige vers les soins palliatifs. À l'époque de ma jeunesse, années 1950 et 1960, à Ottawa, j'aurais sans doute porté un jugement plus optimiste.

Mais voilà, le monde était différent, et davantage propice à la formation d'une dynamique relève en Ontario français. Comme la plupart des Franco-Ontariens des années 1950 (et même des 1960), j'ai grandi dans une collectivité essentiellement francophone.

Bien sûr, on parlait français à la maison, mais aussi dans la rue. Le quartier était très majoritairement de langue française. L'école primaire était franco-ontarienne, l'église paroissiale aussi. Des associations canadiennes-françaises locales de tous genres offraient des activités et lieux de rencontres aux jeunes et moins jeunes.

Des quartiers comme le nôtre permettaient aux francophones d'Ottawa (et à ceux et celles d'autres villes de l'Ontario y compris Vanier, Sudbury, Cornwall, Welland) de survivre et de vivre dans leur langue. Ce sont de tels milieux, ainsi que des nombreux villages et petites municipalités franco-ontariennes, qu'ont jailli les Gisèle Lalonde et de nombreux éléments de la relève francophone, de génération en génération.

Mais depuis cette époque, le plancher s'est dérobé sous les pieds de la Franco-Ontarie urbaine. Tous les quartiers urbains francophones, sans exception, ont disparu. Dans la Basse-Ville d'Ottawa, château-fort de la francophonie dans la capitale, près de 80% des résidants parlaient français jusqu'au début des années 1970. Aujourd'hui c'est 20%...

La communauté canadienne-française de mon ancien quartier, St-François d'Assise, s'est disloquée. Au cours du dernier demi-siècle, les taux d'assimilation ont doublé et parfois triplé dans des localités comme Cornwall, Sudbury et Welland. Et l'expansion de la capitale fédérale vers l'est anglicise à vue d'oeil des villages et municipalités jadis franco-ontariens.

La conséquence? La langue de la rue, dans les villes, est partout l'anglais. Les jeunes parlent français (quand ils le parlent) avec un accent de plus en plus anglais. La plupart des associations canadiennes-françaises de l'époque ne sont que des souvenirs. La majorité des mariages (deux tiers?) sont désormais exogames, et les trois quarts des enfants issus de ces unions auront l'anglais comme langue maternelle. Les écoles françaises résistent tant bien que mal à une vague qu'elles qu'elles peinent à endiguer.

Faute de faire face à cette réalité, on gonfle les effectifs pour faire croire au dynamisme de la langue française en Ontario. La FCFA, qui compte tous les anglos bilingues comme francophones, lance le chiffre farfelu de 1 390 000... L'AFO propose 744 000, l'Ontario 622 000, le fédéral 550 600 avec sa PLOP (première langue officielle parlée), tandis que le dernier recensement dénombre 529 000 Ontariens de langue maternelle française ou, chiffre plus réaliste, 310 000 Ontariens ayant le français comme langue d'usage (langue la plus souvent parlée à la maison).

Selon l'ancienne Commission B-B, la langue d'usage constituait le critère le plus opportun pour mesurer la santé linguistique des collectivités. Sauf exception, un francophone qui n'utilise jamais ou peu le français ne deviendra pas le successeur de Gisèle Lalonde. Or, selon une étude de Statistique Canada de 2010, à peine 20% des Franco-Ontariens écoutent la télé ou la radio ou lisent des livres surtout en français. Pour la presse écrite c'est 13% et seulement 8% des francophones de l'Ontario consomment l'Internet en français.

Les milieux urbains qui ont produit les militants actuels de 60 ans et plus n'existent tout simplement plus. Et une majorité de Franco-Ontariens vivent dans des villes. Au lieu d'être des pépinières de combattants pour l'avenir, les anciens quartiers francophones des grandes villes seront des foyers d'assimilation.

Bien sûr il y aura toujours des militants, des centaines, des milliers même, venus des localités toujours franco-ontariennes ou même du Québec, pour défendre les barricades en cas de crise. Un vieux fond de combat, des braises toujours chaudes.

On les admirera. On les appuiera. Ils brilleront comme des étoiles dans la nuit. Mais ce sera, de plus en plus, la nuit. Les Gisèle Lalonde, les Séraphin Marion, les Jean Poirier, les Yves Saint-Denis et semblables ont grandi et combattu en plein jour, au soleil.

D'où viendra-t-elle, la relève?


mardi 28 juin 2022

Un véritable coffre au trésor...

Depuis 1969, le 9 juin occupe une place spéciale dans ma vie. Ce lundi matin, il y a de cela 53 ans, j'ai mis les pieds pour la première fois dans une salle des nouvelles... comme journaliste!

Le quotidien Le Droit d'Ottawa était à cette époque un journal d'après-midi. Il était largement livré à domicile par des écoliers, après la fin des classes. On y trouvait donc des nouvelles du jour même.

En entrant dans la salle de rédaction, j'ai entendu une voix forte crier «Allard!». Un photographe m'attendait impatiemment. Je devais me rendre à la première pelletée de terre de la future autoroute 417. Et on attendait un texte de deux feuillets pour la dernière édition...

Je venais d'achever ma scolarité de maîtrise en science politique à l'Université d'Ottawa, je n'avais aucune expérience journalistique et je tapais à deux doigts sur une machine à écrire. J'étais quelque peu stressé dans la voiture du photographe, en revenant au journal vers 11 heures. Je craignais de voir ma nouvelle carrière se terminer le jour même...

Puis tout devient flou. J'ai vague souvenir du chef des nouvelles dans mon dos pendant que je tapais à la machine. Me dire qu'on n'avait pas le temps de corriger ou recommencer, qu'il fallait raturer la faute et poursuivre la rédaction. Pas beau à voir, mais efficace. Le premier jet devait être le bon pour respecter la tombée de l'édition d'après-midi... 

Le texte, non signé, a paru. Dans le tintamarre des machines à écrire doublé de cris et conversations de toutes parts, les yeux irrités par le nuage de fumée de cigarette qui flottait dans la salle bondée, j'avais découvert le paradis. Et je voulais y rester. Je me souviens d'avoir reçu une copie toute chaude du journal fraîchement imprimé vers 15 heures pour y lire mon avant-midi...

Mon tout premier texte, en page 9, dernière édition, 9 juin 1969

Je n'ai malheureusement pas conservé ce numéro du Droit et 53 ans plus tard, je n'avais pas gardé le moindre souvenir des manchettes et nouvelles proposées dans les autres pages du journal du 9 juin 1969. Mais elle existe toujours, cette édition, sur le site Web de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ). Alors je suis allé voir et franchement, cela valait le détour!

En plus de revoir mon périple jusqu'au chantier de la future 417, j'ai redécouvert l'époque. Ces 30 pages (grand format) de textes, photos et publicités constituent un excellent mini-cours d'histoire de la région, du pays, du monde! Voici, en images, quelques faits saillants de ce quelconque lundi de la fin des années 1960...


Cette déclaration du premier ministre ontarien John Robarts, publiée en page une, était typique du climat de l'époque au Canada anglais, et n'a pas vraiment évolué un demi-siècle plus tard... Un avis ferme aux Québécois qui, comme René Lévesque, souhaitaient une forme de souveraineté-association: choisissez la souveraineté si vous voulez, mais vous n'aurez jamais d'association. Si jamais le mouvement souverainiste retrouve sa vigueur, d'autres titres comme celui-ci surgiront...

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L'année 1969 était celle de l'adoption de la Loi fédérale sur les langues officielles et du débat aigu sur le bilinguisme qui l'a accompagnée. Le dossier avait soulevé les passions partout - au Canada anglais où l'on savait que bilinguisme voulait dire encore plus de français, et au Québec où on commençait à comprendre que le bilinguisme était devenu un outil d'assimilation. Pierre Trudeau y voyait «une étape fondamentale dans l'histoire de la Confédération», et accusait la presse d'avoir mal expliqué «les implications profondes du bilinguisme». Du déjà vu...

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En 1969, Eric Kierans, ancien ministre de Jean Lesage devenu ministre des Postes et Communications dans le gouvernement Trudeau, annonce le lancement prochain d'un satellite canadien de communication. «Nous serons le premier pays au monde à posséder un satellite domestique de communications», dit-il. M. Kierans promet que l'engin spatial contribuera à faire du Canada «une nation bilingue». Cinquante ans plus tard, il y a des satellites partout mais il n'y a pas de «nation bilingue»...

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Avec le recul, on comprend à quel point ce titre et le contenu qu'il coiffe étaient prophétiques. Après la mort de John (1963) et Robert (1968), Ted Kennedy devenait le dernier de la dynastie et se voyait déjà auréolé d'une candidature du Parti démocrate à la présidence. Hésitant à faire le grand saut, Edward Kennedy annonçait qu'il passerait l'été 1969 dans son patelin du Massachusetts pour tracer son avenir, pour «laisser venir le sort». Dans la nuit du 18 au 19 juillet 1969, Mary Jo Kopechne mourrait noyée, passagère dans l'auto conduite par le jeune Kennedy...

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Au cours de la fin de semaine qui venait de s'achever, sept membres du Régiment de la Chaudière étaient retournés aux plages de Normandie pour commémorer le débarquement du 6 juin 1944, dont c'était le 25e anniversaire. On y parle de leurs exploits et de la présence d'un correspondant de guerre québécois, Marcel Ouimet, devenu par la suite directeur de Radio-Canada. Certains de ces soldats avaient à peine dépassé la mi-quarantaine à la fin des années 1960. Aujourd'hui, s'il en reste, ils sont quasi-centenaires... J'ai visité le cimetière qu'on voit dans la photo du Droit. C'est émouvant, pour dire le moins.

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Voilà un colloque impossible à envisager en 2022! Un colloque «public et apolitique» sur le développement économique de l'Ouest du Québec, organisé par le Parti québécois et mettant en vedette quatre conférenciers n'ayant aucun lien avec le Parti, y compris le maire de Hull Marcel D'Amour, et un futur député libéral, Gilles Rocheleau (qui serait aussi candidat de l'Union nationale en 1970, et deviendrait député bloquiste en 1990). Je n'ai jamais entendu parler d'autres événements du genre depuis ce temps, du moins pas en Outaouais...

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Existant depuis le 19e siècle, les sociétés St-Jean-Baptiste défendaient les intérêts des Québécois et des Canadiens français, en plus d'organiser les fêtes du 24 juin un peu partout... Faut croire qu'avec le fracas de l'année précédente lors du défilé de la St-Jean à Montréal, et le déclin du petit bonhomme frisé avec un mouton comme symbole, le temps était mûr pour un renouvellement de l'appellation. C'est ainsi qu'on annonce une résolution visant à renommer la Société Saint-Jean-Baptiste du Québec, qui deviendrait le «Mouvement national des Québécois». Les SSJB regroupaient environ 180 000 membres et nombre d'entre elles, y compris celle de Montréal, ont conservé l'appellation originale.

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Même en vertu des normes de la fin des années 1960, ce genre de page aurait dû avoir disparu de nos quotidiens. Comme si, au-delà du contenu souvent insipide inséré sous l'entête «Pour vous mesdames», le reste du journal n'intéressait que les hommes... Celle du 9 juin 1969 est particulièrement repoussante. Au-delà des photos habituelles de comités «féminins» où la vedette est le plus souvent un homme (le député libéral Oswald Parent cette fois), la principale manchette est un historique de la fête des Pères... suivie d'une nouvelle dénuée d'intérêt sur le rappel de l'ambassadeur autrichien au Canada... Une page embarrassante...

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Fascinant de voir de voir qu'une vingtaine de cinémas d'Ottawa, Hull et Gatineau (dont cinq ciné-parcs) annoncent leurs films dans les pages du Droit en ce 9 juin 1969. TOUS ces cinéma, sans exception, ont fermé leurs portes au fil des décennies au profit des complexes de 10, 12 ou 16 salles... D'autres rappels sympathiques d'une époque révolue: il était possible d'aller au cinéma, de manger un maïs soufflé et une boisson gazeuse pour moins d'un dollar... On s'en tire avec peine sous les 20 $ aujourd'hui... Mieux encore, on pouvait en 1969 payer l'admission et s'installer bien confortablement pour plus d'un film. Le cinéma Cartier de Hull offrait trois longs métrages pour le modique prix de 50 cents.... Le bon vieux temps...

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Et une petite dernière... Le maire Jean Drapeau était à Varsovie, en Pologne, pour soutenir la candidature de Montréal pour la tenue des Jeux Olympiques d'été de 1976... La métropole québécoise n'avait qu'une concurrente, Los Angeles, mais la candidature de cette dernière était jugée inférieure. À noter que la ville de Vancouver était aussi en lice pour l'organisation des Jeux d'hiver de 1976. On connaît le dénouement...

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Allez faire un tour à BAnQ à l'adresse (https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/4144153) et relisez un vieux numéro du quotidien Le Droit. Ça vaut la peine. C'est intéressant et instructif. Et ça nous rappelle le temps où nous avions de vrais journaux imprimés...


mercredi 15 juin 2022

Quémander, c'est l'humiliation permanente!


À peu près personne ne lit le rapport annuel 2021-2022 du Commissaire fédéral aux langues officielles (CLO), Raymond Théberge (voir bit.ly/3HpUwsC). Et pourtant ce document terne en langue bureaucratique nous met en pleine face, chiffres à l'appui, l'hypocrisie du Canada anglais à l'endroit de ses collectivités de langue française, y compris la nation québécoise.

Au-delà de la petite (parfois minuscule) manchette annuelle que le rapport suscite, les médias de langue française peinent à gratter sous la surface. Quant à la presse anglo-canadienne, c'est l'indifférence totale. Et si parfois la population anglo-canadienne en entend parler, elle réagit le plus souvent avec un mélange d'ignorance et d'incompréhension, avec une pointe d'hostilité.

Les grands quotidiens du Canada anglais, à Toronto, Winnipeg, Calgary ou Vancouver, ont toujours plus d'appétit pour dénigrer et calomnier les lois linguistiques du Québec, en particulier la Loi 96, que pour éplucher avec soin les données du Commissariat aux langues officielles et d'avoir ainsi à informer leurs auditoires que les véritables racistes au Canada, ce sont peut-être les anglophones...

Évidemment, vous ne trouverez pas dans le rapport de M. Théberge la rhétorique engagée d'Impératif français. Si vous tentez de le lire tard le soir, bien étendu sur un canapé dans votre salon, vous tomberez endormi  avant d'avoir franchi l'introduction. Un exemple? Plus de 4000 plaintes ont été reçues pour protester contre le discours unilingue anglais de Michael Rousseau (Air Canada) et la nomination d'une gouverneure générale qui ne connaît pas le français. Le titre du chapitre? Bilinguisme officiel et postes clés de l'appareil fédéral... Un titre choc...

Comme pour la modernisation de la Loi sur les langues officielles, le rapport annuel du CLO tente, sous un vocabulaire empreint de neutralité, de nous faire croire à une certaine symétrie entre la situation du français et de l'anglais au fédéral, ainsi qu'entre les minorités franco-canadiennes et les Anglo-Québécois.  Des exemples? En voici deux.

Au chapitre 2, le Commissaire écrit: «En 2021-2022, deux événements ont montré à quel point la nomination de personnes unilingues à des postes de haute responsabilité peut causer du tort à l’avancement des langues officielles au Canada.» Pourquoi ne pas avoir écrit «unilingues anglais»? Peut-on vraiment imaginer, dans ce pays, la nomination d'une ou d'un unilingue français comme Gouverneur général? Comme président d'Air Canada? Poser la question, c'est y répondre.

Encore au chapitre 2, on lit: «Ces incidents (la nomination de Mary Simon et le discours de Michael Rousseau) ont suscité des réactions très vives dans l’ensemble de la population canadienne.» Là on passe de la dissimulation au mensonge. Que ces affaires aient suscité «de vives réactions» ne fait pas de doute. Mais ces «vives réactions» émanent en quasi-totalité de francophones outrés. Des quelque 4000 plaintes reçues au sujet de l'unilinguisme anglais, combien, pensez-vous, provenaient d'anglophones de l'Ontario, du Manitoba ou de la Nouvelle-Écosse? Le rapport de M. Théberge ne le dit pas. On devine pourquoi... Alors, pour ce qui est de «l'ensemble de la population canadienne», on repassera...

De fait, des 5409 plaintes reçues en 2021-2022 au Commissariat fédéral des langues officielles, quelle proportion provenait de francophones? 80%? 90%? 95%? 99,4%? Ça non plus, ce rapport qui traite en principe de deux langues officielles n'indique pas de façon précise la répartition des doléances entre francophones et anglophones. Y a-t-il eu un seul Anglo qui s'est plaint de ne pas avoir été servi en anglais au fédéral? Si tel cas existe, ça mériterait une manchette au bulletin de nouvelles!

Le Commissaire Théberge, qui donne l'impression de nier les menaces qui pèsent sur le français au Québec, s'acharne dans son rapport à défendre la minorité anglo-québécoise comme si elle en avait besoin. Elle ferait face, selon le rapport annuel «à des défis qui menacent son épanouissement». Voilà une déclaration qui fait fi de la réalité! Le Commissaire, qui semble juger cette minorité exemplaire, note qu'elle est désormais bilingue à 66% alors que les Franco-Québécois ne le sont qu'à 42%. Mais c'est grossier comme commentaire!

Traversez la rivière des Outaouais et faites la comparaison avec l'Ontario. M. Théberge ne mentionne pas qu'à peine 10% des Anglo-Ontariens sont bilingues (français-anglais), alors que 90% des Franco-Ontariens le sont (et deviennent unilingues anglais de génération en génération dans une proportion de plus du tiers). S'il est normal que les anglophones ontariens ne connaissent pas le français, il devrait être aussi normal que la majorité des Franco-Québécois ne connaissent pas l'anglais sur un territoire où la langue officielle et la langue commune sont le français! 

Je note en passant que même selon les compilations du CLO, plus du tiers des Anglos du Québec sont unilingues anglais ou ne connaissent pas le français. C'est moins qu'avant mais c'est quand même beaucoup. Comparez encore avec l'Ontario, où moins de 10% des francophones ne connaissent pas l'anglais. M. le Commissaire Théberge, voilà la réalité et elle contredit la fiction que vous propagez au sujet d'une quelconque symétrie entre l'anglais au Québec et le français ailleurs au Canada.

Si on se donne la peine de lire toutes les pages, toutes les lignes (et entre les lignes) du rapport annuel du Commissariat aux langues officielles, on comprend très bien que seul le français se fait massacrer dans ce pays et que les francophones, tant ceux du Québec que des autres provinces, ne peuvent rien y changer. La majorité est anglophone et c'est elle qui prend les décisions. Elle contrôle le gouvernement fédéral et par extension, le Commissariat aux langues officielles.

Les minorités de langue française, victimes de leurs majorités anglophones provinciales depuis la Confédération, s'adressent à la majorité anglophone canadienne (!!!) pour réparer les torts et rétablir l'égalité du français dans la fédération. Les chances de victoire sont à peu près nulles, sauf quand la menace de sécession du Québec donne un peu plus de muscle politique à la francophonie canadienne. Et présentement, cette menace est quasi inexistante. 

Il y a des leçons à tirer de tout cela. Ne sommes-nous pas «tannés» de quémander à une majorité indifférente ou hostile des droits qui auraient dû être consacrés depuis fort longtemps? Le temps n'est-il pas venu de prendre ce qui nous revient là où nous sommes majoritaires? Tapez-vous quelques rapports du Commissaire aux langues officielles... Si vous voulez continuer à vivre dans un tel régime, tant pis... Si vous voulez le changer, vous verrez que cela se fera seulement là ou nous avons le droit de décider. Se satisfaire du droit de quémander, c'est se condamner à l'humiliation permanente!



dimanche 12 juin 2022

Montréal, 1966: de St-Henri au métro...

J'écoute souvent la compilation «Salut Québec» (bit.ly/3HgGkl) et en entendant « J’ai souvenir encore » de Claude Dubois, mon esprit me ramène invariablement à Montréal. À un jour de novembre 1966. Entre la grisaille de Saint-Henri et l’étincelant métro, tout neuf, j’avais compris. Qu’à 20 ans, même si j’avais toujours vécu à Ottawa, j’étais déjà Québécois dans l’âme. Que ce grand « nous » en ébullition était aussi le mien. Je savais d’où nous venions. Et surtout, où nous allions!

Si nos choix éclairent, l’imprévu peut éblouir. Une enfance vécue dans un quartier ouvrier canadien-français de la capitale fédérale, trois années de science politique et mes expériences de militantisme franco-ontarien ne m’avaient pas préparé pour ce jour pluvieux de fin d’automne dans la métropole. Comment auraient-elles pu?

Dans notre petite association de francophones du quartier St-François d’Assise, à Ottawa, nous avions un membre montréalais. Apprenti chez un horloger du coin, M. Lavoie, il avait trouvé chez nous d’autres jeunes qui parlaient français comme lui. De solides amitiés se sont nouées.puis, un bon jour, il est rentré chez lui, à Saint-Henri, où il allait se marier et ouvrir sa petite bijouterie.

Peu après, en novembre 1966, nous apprîmes qu’il était mort, tué à 21 ans par un voleur. Avec mon frère et un ami de Hull, nous avions décidé d’aller offrir nos condoléances à sa famille et faire nos derniers adieux à notre camarade. Je n’avais jamais vraiment visité Montréal et ne connaissais rien du quartier Saint-Henri. Si seulement j’avais lu « Bonheur d’occasion » de Gabrielle Roy…

Les souvenirs me reviennent pêle-mêle. L’accueil plus que chaleureux, je dirais aimant, des proches de notre ami décédé, surpris que des étrangers venus de la région d’Ottawa aient voyagé 200 kilomètres pour les saluer. On nous a invités à passer la nuit, comme des membres de la famille. Ambiance de solidarité. Pauvreté du quartier. Maisons tassées les unes contre les autres. Des rues que je revois sans couleur. Beaucoup de gris. Un gris novembre…

Nous avons marché jusqu’à la petite boutique de notre copain horloger, désormais déserte. Sur la rue Notre-Dame ou St-Jacques, je ne me souviens plus. Des commerces sympathiques, modestes, à l’image du quartier ouvrier. Monochromes. L’envers des devantures colorées de Sainte-Catherine West… Les braises d'une colère sourde.

Le métro flambant neuf de Montréal roulait depuis à peine quelques semaines. Il fallait voir. Un contraste saisissant. Les couleurs. Le bleu des rames. Les stations conçues par des artistes. La modernité. L’avenir. Un des grands chantiers en route vers la grande vitrine mondiale de Montreal et du Québec: Expo 67. La fébrilité de l’époque vivait ce jour-là dans le plus beau métro du monde. Le nôtre. Oui le nôtre. J’étais chez moi. Et on y bâtissait quelque chose d’important, de collectif.

J’étais parmi les miens sur la rue St-Philippe, dans Saint-Henri. Je l’étais tout autant dans ces stations de métro que Montréal étrennait... Mais pour ce jeune Franco-Ontarien d’Ottawa, futur Québécois, passer des rues de Saint-Henri au rutilant métro fut une épiphanie. Je savais d'où nous venions. Qui nous étions. Et où nous allions! Les images de ce jour de novembre sont fixées dans mon subconscient.

Elles refont surface avec une urgence renouvelée en 2022 alors que piétine ce projet de pays issu, années 60, de nos enracinements et de nos ouvertures sur un monde nouveau. 

Je revis ce Montréal de novembre 1966. L'ébullition. La solidarité. L’espoir. La volonté de se retrousser les manches. Collision du passé et de l'avenir. Ces images me hantent, alors que le passé s'éloigne et que les portes de l'avenir restent hors d'atteinte. Prendrons-nous enfin, un jour, la place qui nous revient au concert des nations? Où resterons-nous une « page blanche de l’histoire »?



samedi 4 juin 2022

Cesser de procrastiner!

Procrastiner: tendance à ajourner, à remettre systématiquement au lendemain. (Synonymes: ajourner, différer, temporiser et, par extension, tergiverser). Et on pourrait ajouter une seconde définition : maladie chronique des indépendantistes québécois.

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Le vaisseau-amiral de l'indépendance du Québec, comme la cause qu'il défend, survivra-t-il? Le Parti québécois tangue, prend l'eau, balloté par des vents contraires. Les départs se multiplient. Les désertions aussi. La plus récente, celle de Bernard Drainville, fait mal quoiqu'en dise le chef du PQ. Mais elle offre à tous, toutes, une nouvelle occasion de réflexion sur le parcours qui nous a menés à cet apparent cul-de-sac.

L'horizon qui recule sans cesse, au point d'être devenu à peine visible, résulte d'une tare endémique: la procrastination. Il faut remonter aux Patriotes de 1837 pour trouver un élan collectif vers la prise en charge entière et immédiate du pays par la majorité qui l'habite. Depuis, nous procrastinons. Depuis plus de 180 ans, nous remettons le projet de pays à un lendemain de plus en plus lointain...

Avec l'Acte d'union de 1840, alors que les francophones étaient toujours majoritaires au Canada, on nous a greffés contre notre gré à l'Ontario. En 1867, devenus vraiment minoritaires, la Confédération nous a laissé le Québec, un quasi-demi-pays sous surveillance fédérale constante, pendant que le reste du Canada passait le français au hachoir. Trop occupés que nous étions à ne pas disparaître, l'idée d'un pays bien à nous a été reléguée aux écrits et aux beaux discours pendant près d'un siècle. La revanche des berceaux offrait davantage de lendemains. Un jour, peut-être...

La révolution dite tranquille des années 1960 a provoqué un éveil. Un vrai cette fois. Le projet d'indépendance du Québec, rafraîchi par un contenu social progressiste, paraissait tout à coup réalisable. Mais on peut toujours compter sur nos «élites» pour rappeler au peuple qu'il faut diluer, temporiser, museler les «trop pressés», trouver des compromis susceptibles de rallier à moyen ou long terme cette majorité beaucoup trop silencieuse, voire hésitante. Quand on a procrastiné depuis tant de générations, on ne peut plus s'en empêcher.

La souveraineté est devenue la souveraineté-association. Qu'arrivera-t-il si le Canada anglais refuse l'association? Sais pas. On verra demain. Un jour. Et comme si ce n'était pas suffisant, on ajoute dans les années 1970 une étape : le passage référendaire. L'élection du PQ ne suffit plus pour aller de l'avant: le projet doit rallier une majorité dans un processus semé d'embûches face à un gouvernement fédéral tricheur et violent, et pire, avec une question que personne ne comprend et qui, selon toute vraisemblance, ne fait qu'amorcer de nouvelles négociations.

Après la déconfiture souverainiste de 1980, les fédéraux en position de force déclenchent la nuit des longs couteaux et imposent au Québec une nouvelle constitution contre son gré. Pas de procrastination ici. Pas de question complexe. Pas de référendum. Le bulldozer. Aujourd'hui. Maintenant. Que fait le Québec? Le beau risque en 1984, le lac Meech en 87, Charlottetown en 92. On tente de grignoter quelques concessions (ce qui n'est pas mauvais en soi), mais pas comme tremplin pour agir. Pour assurer d'autres lendemains.

Au référendum de 1995, en dépit des coups bas fédéraux et de la puissance du bloc francophobe d'anglos-assimilés, le Québec est passé à un cheveu près de joindre le concert mondial des nations indépendantes, pour aussitôt retomber dans la tergiversation. Plutôt que de proposer une gouvernance souverainiste immédiate, le PQ s'accroche à l'étape d'un référendum dont plus personne ne veut, repoussant de plus en plus un projet d'indépendance qui rallie de moins en moins les générations d'après révolution tranquille.

Les vieux réflexes s'enclenchent, à gauche et à droite, avec l'apparition de la CAQ autonomiste et Québec solidaire soi-disant indépendantiste. Il n'y a plus que l'ennemi qui tire sur le vaisseau amiral, désormais. Les autonomistes proposent d'augmenter les pouvoirs du Québec à l'intérieur du Canada. Mission impossible. On se heurtera à des «non» à chaque demande importante. Les solidaires assujettissent l'indépendance à leur idéologie faussement gauchiste et au multiculturalisme. Dans un cas comme dans l'autre, on procrastine. On pousse le Québec vers des impasses avec l'espoir d'autres lendemains.

Aujourd'hui, François Legault a très mauvaise presse au Canada anglais avec la Loi 21 sur la laïcité de l'État et la Loi 96 sur la langue française. Les accusations de racisme et de xénophobie, une véritable obsession chez les francophobes Canadian, pleuvent. Les contestations judiciaires s'amorcent et Ottawa entend s'opposer aux lois québécoises devant SA Cour suprême à l'aide de la Constitution qu'il a imposée au Québec. D'appel en appel, on reporte au lendemain le jugement ultime de cette tour de Pise judiciaire fédérale. Mais elle viendra. Que fera alors la CAQ devant un NON suprême? Que feront les indépendantistes de Québec solidaire quand l'aile fédéraliste les tassera un jour dans un coin comme de vieux débris identitaires et indésirables?

Je ne doute pas de la bonne foi de toutes ces gens qui cherchent, chacun à sa façon, de faire avancer la cause du Québec sans trop brusquer la majorité francophone, sans trop effaroucher les multiples franges de la francophobie canadienne. Mais le résultat, sur le fond, sera nul. Peu importe l'effort et la valeur de l'argument, tant que nous resterons dans ce pays nous serons minoritaires. Quand il y aura conflit, et que nos petites lois se trouveront au banc des accusés devant des juges nommés par la majorité anglaise du Canada, ou que le Parlement fédéral à forte majorité anglo-canadienne décidera de mettre son poids dans la balance, la décision ne nous appartiendra plus. Nous aurons procrastiné aussi longtemps que possible, pour heurter un mur de béton.

Quand le Parti québécois, quand les indépendantistes se décideront-ils enfin de poser la question comme il se doit à la majorité francophone du Québec? Sommes-nous ou non un peuple? Sommes-nous ou non une nation? Sommes-nous prêt, comme peuple, comme nation, à confier à une majorité anglo-canadienne le plus souvent hostile le droit de prendre pour nous des décisions essentielles pour le présent, pour notre avenir surtout? Quand l'ambassadeur du Canada aux Nations unies dénonce des lois québécoises sur la laïcité, qui va se lever pour défendre la nation québécoise à la tribune de l'ONU? Si la Cour suprême décide de charcuter la Loi 21 et la Loi 96, comme elle l'a fait pour la Loi 101, que fera le gouvernement québécois? Il n'y aura plus de lendemain possible.

Il faudra accepter que nous ne sommes pas maîtres chez nous, accepter notre sort de minoritaires, accepter aussi de sombrer lentement dans l'oubli de l'histoire. Ou, enfin, cesser de procrastiner, reconnaître que notre survie et notre avenir comme nation dépendent de l'indépendance. Assumer notre droit de décider seuls de notre avenir collectif sans avoir à demander des permissions à Ottawa ou aux autres provinces. Pas demain. Pas après-demain. Tout de suite. Voilà le message que le Parti québécois doit livrer aux indécis et aux récalcitrants. Il n'y aura plus de référendums, de négociations à 1 contre 11, de demandes à Ottawa ou de comparutions devant les cours fédérales. Au pouvoir, le PQ sera le gouvernement d'une nation souveraine. Vous me demandez où cela mènera? Je n'en sais rien. On verra au jour le jour.

Ce que je sais, c'est où procrastiner nous mènera. Nulle part!


mercredi 1 juin 2022

J'suis pas économiste, mais...

J'suis pas économiste mais j'suis pas niaiseux non plus... Et franchement, j'en ai raz-le-bol de voir à l'écran toutes ces platitudes qu'on nous raconte pour expliquer les hausses de prix vertigineuses et les savantes manoeuvres du taux directeur de la Banque du Canada.

Je sais ce que c'est, l'inflation. Elle vide mon portefeuille à chaque fois que je me rends à l'épicerie ou faire le plein, entre autres. Et ce que je sais, c'est que les sommes additionnelles qu'on nous arrache finissent dans les poches de quelqu'un. Probablement des gens déjà riches qui deviendront encore plus riches avec mes modestes revenus.

On vit dans un système de vol légalisé. Les pétrolières peuvent empocher des milliards de façon tout à fait abusive et immorale sans violer une seule loi, et surtout sans être importunées par nos gouvernements (qui sont d'ailleurs leurs copains). Ça, ça s'appelle le capitalisme. La propriété privée des biens et des moyens de production pour le profit et la puissance que la richesse confère.

Tout le monde se doutait, quand l'essence montait en flèche vers les 2 $ le litre, que les grandes pétrolières agissaient comme des criminels à notre endroit. Un hold-up à la pompe. Et pourtant de savants analystes nous parlaient des effets de la pandémie, de l'invasion de l'Ukraine et d'autres facteurs sans évoquer une seule fois de possibles abus des multinationales du pétrole. Je me demande parfois s'ils croient eux-mêmes les sornettes qu'ils nous font avaler.

Quand je paie tout à coup plus cher le pain, le café, les fruits, les légumes, le jus d'orange, la viande, un peu tout quoi, je me demande pourquoi. Je ne suis pas économiste. Mais à ma connaissance, les orangers donnent toujours des oranges. Les champs livrent toujours leurs récoltes. Les exportateurs de café ne sont pas aux prises avec les armées de Poutine. Alors où vont les 20 ou 30$ par semaine qui se sont ajoutés à ma facture?

Au supermarché? À la chaîne de supermarchés? Aux producteurs? Aux transporteurs? Au grand capital qui contrôle trop souvent la production et les échanges? Je n'en sais rien même si j'ai mes soupçons. Ce que je sais, c'est qu'on s'enrichit quelque part à mes dépens et que je n'ai rien à dire. Nos élus sont pire qu'impuissants, ils sont complices. Et quand, comme bien des gens à mon âge, il faut vivre avec un revenu fixe, notre niveau de vie baisse. Ça, je le comprends.

Et que font au juste nos dirigeants, ceux et celles qu'on a élus pour nous représenter? Selon ce que je peux voir, ils sont assis sur leur..., n'osant surtout pas utiliser leur force politique pour heurter les sensibilités des milieux d'affaires. Pourquoi l'État - nos élus - ne contrôle-t-il pas les prix quand les grandes entreprises d'ici et d'ailleurs gonflent leurs coffres déjà remplis à nos dépens? Il l'a déjà fait, et en a pleinement le pouvoir. Craint-on de se faire traiter de socialistes? Ô horreur!

Ah! Mais il y a la Banque du Canada, qui vient de hausser son taux directeur d'un demi-point aujourd'hui. Apparemment la banque centrale hausse les taux d'intérêt pour contrer l'inflation. Je n'ai jamais compris ça. Hausser le coût des emprunts, et notamment des hypothèques, pour diminuer les prix? Je ne suis pas économiste mais j'ai la conviction que les taux hypothécaires plus élevés qui en résulteront vont pousser à la faillite et à la rue des milliers de famille déjà trop endettées, pendant que les banques et autres prêteurs hypothécaires seront morts de rire.

Les pauvres vont continuer de s'appauvrir pendant que les riches et super-riches vont engranger des milliards additionnels. L'inflation et les moyens qu'on utilise pour la combattre ne profiteront pas au monde ordinaire. Je voyais aux nouvelles ce couple vieillissant voulant quitter leur grand domicile pour un plus petit. Le marché surchauffé avait donné une valeur accrue à leur propriété, mais la petite demeure qu'ils lorgnaient coûtait plus cher que le prix de vente de leur maison. Alors dites-moi. Où vont les centaines de milliers de dollars qui se sont ajoutés aux prix de vente et d'achat des propriétés urbaines? Ouais...

Le plus frustrant dans tout cela, c'est notre impuissance. Il est impossible de mettre ces voleurs hors d'état de nuire un à la fois. C'est tout le système qu'il faut changer. Ce système qui rend légitime et légal, au nom de la sacro-sainte propriété privée, le droit de voler en toute impunité, d'appauvrir, de guerroyer, d'exterminer les espèces, de détruire l'environnement, de s'enrichir au point d'amasser des fortunes colossales pendant que des centaines de millions d'être humains sont affamés.

Ce système s'appelle le capitalisme, et ses tentacules étouffent la planète entière. Y compris mon portefeuille...

Si seulement j'étais économiste, je comprendrais sans doute mieux...