8 mars 2026...
«L’immigration de travailleurs de la santé francophones qualifiés ne donne pas les résultats espérés dans les milieux linguistiques minoritaires au Canada, révèle une étude publiée jeudi. Ceux-ci font face à de nombreuses barrières qui les empêchent de s’intégrer adéquatement dans les environnements pour lesquels ils ont été recrutés.» Ainsi débute le texte de la journaliste Mathilde Beaulieu-Lépine dans l'édition numérique du 5 mars du quotidien Le Devoir.
Pour lire cet article, voyez le lien en bas de page.
L'étude évoquée par Le Devoir ne fera pas les manchettes des médias et ne soulèvera pas de frénésie dans les réseaux sociaux, mais elle met le doigt sur deux problèmes qui aident à comprendre l'agonie des minorités francophones dans plusieurs provinces (et la situation que risquent de vivre la majorité francophone du Québec si la tendance actuelle se maintient).
Pour une raison que je peine à m'expliquer, on semble croire dans plusieurs milieux que le redressement du français hors Québec passe par une forte augmentation de l'immigration francophone, y compris dans les milieux de la santé. Ceux qui préconisent cette solution croient-ils que les nouveaux arrivants, placés dans des milieux anglo-dominants, seront plus résistants à l'assimilation que les Canadiens français et les Acadiens de souche? J'en doute.
Trop souvent, les analyses des effets de l'immigration francophone, y compris dans ce rapport, n'abordent pas ou peu la dynamique de l'anglicisation. Ni ses causes, ni ses conséquences, ni son évolution dans le temps, ni les projections vers l'avenir. On effleure le problème parfois, sans trop le nommer. Par exemple, dans le rapport dont il est question dans ce texte, on mentionne à quelques reprises le vieillissement de la population francophone de souche, y compris celle des professionnels de la santé.
On ne dit pas cependant pourquoi le vieillissement est si alarmant. Ce phénomène touche après tout l'ensemble du Canada et du Québec. Le problème additionnel chez les collectivités de langue française à l'extérieur du Québec, c'est que l'anglicisation gruge une proportion croissante de chaque nouvelle génération. Prenons le cas de l'Ontario, qui abrite la plus importante minorité francophone hors Québec. Avec la disparition de tous les quartiers urbains franco-ontariens et la prédominance des foyers exogames, la langue française est de moins en moins transmise aux jeunes. D'ici quelques années, la situation sera catastrophique et rien, même des milliers de nouveaux arrivants, ne pourra enrayer la chute.
Le texte du Devoir évoque aussi, pour les soignants étrangers francophones, l'obligation d'apprendre d'abord l'anglais. Les ordres professionnels l'exigent mais sur un plan plus général, à l'exception de petites municipalités et villages à majorité francophone (ou dans les régions acadiennes du Nouveau-Brunswick), il est presque impossible de vivre uniquement en français à l'extérieur du Québec. Ce n'est pas par hasard si plus de 90% des Franco-Ontariens sont bilingues, et si plus de 40% d'entre eux perdent leur langue. Une génération ou deux et les immigrants francophones feront de même.
Il devrait paraître évident aux analystes sérieux que le seul territoire où des immigrants formés en santé pourront travailler et vivre en français, sauf exception, c'est au Québec. Et en tirer les conclusions qui s'imposent.
Les milieux de la santé hors Québec sont «mal préparés» à l'accueil de soignants francophones étrangers? Oui. Mais rien ne changera. De fait, la situation va empirer.
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Lien au texte du Devoir - https://www.ledevoir.com/actualites/immigration/961392/ailleurs-canada-milieu-sante-est-mal-prepare-soignants-francophones-ailleurs
L'étude dont il est question ci-dessus a été préparée pour le le Réseau de développement économique et d’employabilité (RDÉE Canada), qui œuvre depuis 25 ans pour favoriser le développement économique des communautés francophones et acadienne.










