dimanche 28 juin 2026

Entre la planète Mars et les îles Seychelles

28 juin 2026...

Quand les sujets d'actualité que j'affectionne manquent à l'appel, je retourne inévitablement vers le passé. Disons 50 ans: le 28 juin 1976. Dans mon ancien quotidien, Le Droit. Avec la numérisation tous azimuts de l'information, cela sera bientôt impossible mais pour le moment, on peut toujours entreprendre des incursions ciblées vers des époques révolues.



À la une, en manchette, le célèbre conflit des Gens de l'air, autour du droit d'utiliser le français, au Québec, dans les échanges entre pilotes et contrôleurs aériens. Le ministre fédéral Otto Lang cède devant l'opposition de la Canadian Air Pilots Association, pour qui «il est plus dangereux de travailler dans deux langues» qu'en anglais seulement... En page 3, Robert Bourassa, alors premier ministre du Québec, appuie les contrôleurs francophones.

À la une aussi, on parle encore de l'implantation possible d'un conseil scolaire homogène pour les francophones d'Ottawa. Jusque là, les écoles françaises et anglaises étaient dirigées par un seul conseil scolaire où la gouvernance francophone n'était jamais assurée. Une partie du litige tourne autour de la protection des droits religieux catholiques, protégés par la Constitution.

En page 2, on annonce qu'une délégation gatinoise se rendra à Québec pour présenter au gouvernement Bourassa une pétition de 36 000 noms en faveur de la construction d'un hôpital à Gatineau (distinct à cette époque de Hull-Aylmer). L'hôpital devait être construit sous le gouvernement Lévesque, dans les années 1980.

En manchette internationale, on parle de la course présidentielle en vue de l'élection de novembre 1976 aux États-Unis. Après la démission de Nixon en 1974, Gerald Ford avait assumé la présidence pour la durée du mandat et voulait se mesurer avec son adversaire démocrate après ses deux années à la Maison Blanche. Mais Ronald Reagan (qui devait être élu en 1980) se présente contre lui et ses victoires dans les primaires de plusieurs États resserrent la course. Ford devait l'emporter mais le démocrate Jimmy Carter a remporté l'élection.

Toujours en Amérique, le département états-unien de la Défense nie que la CIA et le Pentagone aient essayé d'altérer le climat pour causer des sécheresses à Cuba et ainsi ruiner la récolte de canne à sucre. On aurait atteint ce but en crevant les nuages au large de Cuba. Cela avait été tenté au Vietnam.

L'ancien empereur Hailé Sélassié d'Éthiopie a été assassiné par la junte militaire qui avait pris le pouvoir deux années plus tôt. Les militaires auraient ensuite brûlé son corps. Celui qu'on appelait le Négus avait été empereur éthiopien de 1930 à 1974, sauf durant l'occupation avant et pendant la Deuxième Guerre mondiale. 

Au Québec, on annonce que le gouvernement Bourassa a cédé au fédéral près de 75 000 acres des meilleures terres agricoles de la région de Mirabel. Ce sont des terres expropriées pour la construction de l'aéroport, mais qui n'ont pas été utilisées. Le chef parlementaire du PQ Jacques-Yvan Morin crie au «coup d'État».

La NASA annonce que l'atterrissage de la sonde automatique Viking 1, qui devait avoir lieu le 4 juillet 1976 (jour du 200e anniversaire des États-Unis) a été ajourné. La sonde devait y faire des prélèvements pour trouver des signes que la vie existe toujours à la surface de la planète rouge... Viking 1 devait finalement atterrir le 20 juillet mais n'a pas trouvé de trace de petits hommes verts...

Enfin, les îles Seychelles, colonie britannique au large de Madagascar, proclament leur indépendance et deviennent une république où un «bilinguisme équilibré» doit assurer un meilleur partage entre l'anglais et le français... Tiens tiens...

samedi 27 juin 2026

Multiculturalisme 1, Saint Jean-Baptiste 0

27 juin 2026...




On sait désormais à quelle enseigne loge l'Assemblée de la francophonie de l'Ontario (AFO). Comparez les messages de l'organisme parapluie de l'Ontario français à l'occasion de la Saint-Jean Baptiste et de la Journée canadienne du multiculturalisme. (Longue pause pour vous laisser le temps de les lire, ci-dessus) Avez-vous compris les mêmes choses que moi?

D'abord, la longueur des textes et l'effort de rédaction. À peine 149 mots pour le message plate et laconique du 24 juin, fête nationale historique des Canadiens français y compris ceux de l'Ontario, mais 251 mots pour la Journée du multiculturalisme, avec des exemples d'activités régionales et des remerciements ciblés. Clairement, si l'on s'en tient aux messages officiels, le 27 juin l'emporte haut la main.

Pire, ce que suggérait l'AFO le 24 juin devient explicite dans son plaidoyer multiculturel. Les Franco-Ontariens sont de plus en plus relégués - par ceux mêmes qui disent les représenter - au statut de «communauté» parmi les autres dans la «diversité» canadienne. Pas de mention du statut officiel et national de la langue française, des luttes contre des décennies de répression francophobe, de solidarité avec le Québec, porte-étendard de la langue et de la culture française au Canada et en Amérique du Nord.

Lisez ce paragraphe des voeux multiculturels du 27 juin. Il donne la frousse. «Le Canada est avant tout un pays qui a pour fondement la diversité, là où chaque héritage culturel telle que la langue et les coutumes enrichissent notre identité collective. En Ontario, cette riche diversité culturelle est encore plus riche grâce aux implications diverses des francophones.» Où est passé le pacte fondateur entre les nations française et anglaise du pays qu'on nous a enseignés pendant si longtemps? Il ne reste que la «diversité». Incroyable!

Et pas n'importe quelle diversité... Pas une diversité qui apporte ses contributions aux cultures nationales et officielles du pays, mais une diversité qui inclut les Franco-Ontariens, devenus une composante parmi d'autres d'une «identité collective» sortie tout droit de la Charte des longs couteaux et du multiculturalisme débridé (et anglo-dominant) qui essaime depuis trois ou quatre décennies.

Les dirigeants franco-ontariens, historiquement, ont considéré avec raison les francophones de la province comme membres d'une grande nation de langue française, ayant en Ontario et au Canada un statut officiel et supérieur à celui des nouveaux arrivants d'autres pays. Les anglos, par contre, ont souvent eu tendance à voir les francophones comme une communauté linguistique indissociée dans les provinces où ils sont très majoritaires. Or, à lire le message multiculturel de l'AFO en 2026, le ver est dans la pomme.

Pour la Journée multiculturelle, le message de l'Assemblée de la francophonie de l'Ontario énumère des activités au Niagara, à Mississauga, à North Bay et exprime sa gratitude à nombre d'organismes, y compris l'ensemble des associations ethnoculturelles ontariennes. Dans le message dénudé de la Saint Jean-Baptiste, aucune mention d'activités et aucun remerciement aux organisateurs d'événements pour la fête nationale. Il y a certainement dû y en avoir...

Si j'étais toujours Franco-Ontarien, j'aurais rugi en prenant connaissance de ces deux communiqués de l'AFO. Mais je n'ai entendu aucune protestation, aucune prise de conscience. Peut-être parce que peu de gens en ont pris connaissance, peut-être parce que la perte d'identité nationale est en train de réduire à zéro la résistance historique. Vu du Québec, il me semble que le discours public des dirigeants franco-ontariens trahit leur passé, sabote le présent et laisse l'avenir à l'abandon.


vendredi 26 juin 2026

Et l'apparence de neutralité des journalistes?

26 juin 2026...

capture d'écran du Journal de Montréal

Intéressant de voir le débat sur la laïcité se transporter à l'extérieur du Québec. Chez nous, la question a été tournée, retournée dans tous les sens et même s'il y a toujours des étincelles, le débat fait partie du quotidien. Nous nous y sommes habitués. Mais voilà que la chicane pogne au coeur des Prairies, à Regina, capitale de la Saskatchewan.

Eux, sont habitués à jeter un regard sévère sur les élans de laïcité québécois style Loi 21, poussant à l'occasion des cris d'indignation devant ce qu'ils perçoivent comme des formes de xénophobie, d'islamophobie ou de racisme. Mais voilà que Regina vient de permettre un appel public à la prière de la mosquée locale, lancé d'un haut-parleur sur le sommet d'un édifice en plein centre-ville.

Pensez-vous que les élus municipaux ont été couverts de félicitations et de gerbes de fleurs? Non, les réseaux sociaux ont pris feu sous une accumulation de protestations, de propos souvent haineux et même de menaces, au point où la police de Regina fait enquête. Selon le Journal de Montréal, qui cite Global News, une présence policière accrue est prévue aux alentours des rassemblements musulmans. 

Des médias locaux et canadiens ont fini par s'emparer de l'affaire et consacrer quelques reportages que j'ai trouvés plutôt doucereux. Mais de mon point de vue de journaliste, ce qui surprend le plus dans cette couverture médiatique, c'est que CBC et Global News aient affecté à cette nouvelle des femmes musulmanes voilées: Aishah Ashraf (CBC) et Sania Ali (Global). Je trouve cela plutôt inquiétant, sur le plan de l'intégrité de l'information, de confier une affectation portant sur la religion musulmane à des reporters qui portent des signes religieux musulmans.

Allez faire un tour dans les médias (CBC, Global, Regina Leader Post, plusieurs pages Facebook) et renseignez-vous. Suffit de dire que nombre de commentaires sont d'une violence verbale qui fait sursauter. Voir par exemple ci-dessous:



Des médias locaux et canadiens ont fini par s'emparer de l'affaire et consacrer quelques reportages que j'ai trouvés plutôt doucereux. Mais de mon point de vue de journaliste, ce qui surprend le plus dans cette couverture médiatique, c'est que CBC et Global News aient affecté à cette nouvelle des femmes musulmanes voilées: Aishah Ashraf (CBC) et Sania Ali (Global). Je trouve cela plutôt inquiétant, sur le plan de l'intégrité de l'information, de confier une affectation portant sur la religion musulmane à des reporters qui portent des signes religieux musulmans.

Si la neutralité religieuse de l'État se défend, celle de la presse s'impose. Neutralité religieuse bien sûr. Neutralité tout court! Les médias professionnels doivent non seulement être neutres, ils doivent en donner l'apparence. Je ne dis pas que les reportages de Mmes Ashraf et Ali ont souffert de leur engagement religieux mais le public qu'elles rejoignent (ainsi que les personnes qu'elles interviewent) seraient en droit de s'interroger sur leur neutralité en les voyant.

Qu'aurait pensé le directeur de la mosquée de Régina s'il avait vu arriver un reporter juif portant kippa, ou un chrétien zélé avec une croix au cou? Se serait-il méfié? Voyait-il donc ces deux journalistes voilées comme des amies, des alliées, ou des fidèles sur lesquelles il pouvait exercer une influence? Global News et CBC auraient-ils osé envoyer Mmes Ali et Ashraf couvrir une manif de Juifs militants appuyant les agressions israéliennes, ou même un rassemblement de gens de Regina opposés aux appels musulmans à la prière?

La seule quête d'un journaliste, ce sont les faits. Rien que les faits. Si on réussit à présenter tous les faits au lectorat, ce dernier sera bien placé pour comprendre ce qui se passe et former une opinion. Tout ce qui nuit à la collecte des faits, et cela inclut la tenue vestimentaire du journaliste, doit être banni. On n'arbore pas une épinglette «Je suis athée» à une manifestation d'intégristes religieux. On ne porte pas un t-shirt «Je suis indépendantiste» au congrès libéral. Et on ne porte pas un hijab pour couvrir une réunion du Mouvement laïque local.

Je dois conclure que dans certaines grandes salles de rédaction au Canada anglais, le multiculturalisme débridé est devenu un dogme, au détriment de la neutralité de la cueillette d'information. Comme chef des nouvelles ou rédacteur en chef, j'aurais volontiers embauché ces deux journalistes, mais à la condition qu'elles ne portent pas de signes religieux (ou politiques, ou militants) ostentatoires à l'ouvrage. Si elles choisissent leur religion avant leur emploi, elles s'excluent de la neutralité journalistique. Et quant à moi, elles s'excluent de la profession.





jeudi 25 juin 2026

La grande tablée de notre Saint-Jean…

25 juin 2026...



C’est déjà le 25 juin et la fête nationale est passée en coup de vent… Dans le tourbillon des activités et des préparatifs de notre déménagement imminent, j’ai manqué de temps pour rédiger un message opportun en 2026. En revenant sur mes plus de 1000 textes de blogue de la dernière décennie, je suis tombé sur cet écrit du 23 juin 2016. Il y a 10 ans, presque au jour le jour. Je l’aime bien, et le propose de nouveau pour 2026.
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« En ce 24 juin, la nation se dit à nouveau «Bonne fête»!

La table est mise partout, et tous, toutes y sont bienvenus.

Notre hospitalité est légendaire...

Il y a plus de 400 ans, arrivant de France, nous étions accueillis par les peuples d'Amérique.

La liberté, le partage, les grands espaces font partie de l'héritage commun.

Notre présence - française et métissée - aura marqué à jamais les rives et les affluents du «fleuve géant».

Elle mérite d'être conservée, appréciée, enseignée.

Même conquis, nous avons su porter l'épée. Nous avons, surtout, porté la croix.

Pacifiques, rebelles à notre façon, nous avons jeté l'épée, puis remisé la croix.

Le coeur de la nation, s'éloignant de l'ancienne mère-patrie, restait français cependant...

Ces derniers siècles, d'autres ont pris place à notre table…

Des Européens, Africains, Antillais, Asiatiques, Américains…

Plusieurs ont voulu cheminer avec nous et sont maintenant chez eux, à notre table.

Notre aventure en Amérique est devenue la leur…

Ils ont compris ce que trop des nôtres semblent avoir oublié:

   - l'importance et l'attrait de notre petite nation encerclée… de son passé, son présent et son avenir...

   - l'actualité des valeurs de survivance, résistance, rébellion, liberté, laïcité, indépendance…

   - la beauté de la langue française, bien vivante dans notre riche répertoire musical et littéraire…

Ces anciens étrangers ont compris qu'ils étaient invités à notre table, pas nous à la leur.

Que les bras tendus en accueil étaient les nôtres…

Ils ont saisi ce que les «multiculturels» semblent incapables de saisir…

S'ouvrir collectivement à l'autre, c'est l'inviter à venir vers soi.

On ne fait pas preuve d'ouverture en souscrivant aux coutumes des autres, mais en conviant les autres à notre table…

Leur présence enrichira la nôtre et modifiera peu à peu la texture de la nation, sans en altérer le coeur et les valeurs.

Alors je leur lance cette intitiation: venez casser la croute à la grande tablée de la Saint-Jean!

À la fin du repas et de la fête, si vous désirez toujours participer à notre aventure nationale, si vous choisissez de la faire vôtre, nous chanterons tous, toutes, sur un air connu:

«Ils sont des nôtres»… »

mercredi 24 juin 2026

Je suis bouche bée!

24 juin 2026...

le message lamentable de l'Assemblée de la francophonie de l'Ontario en 2026

Dans le quotidien Le Droit du 23 juin 1913, la direction franco-ontarienne du journal qui n'avait que trois mois d'existence publia à la une un éditorial sur la fête de la Saint Jean-Baptiste. En voici le début: «Demain, 24 juin, le peuple canadien-français célèbre sa fête nationale, la Saint-Jean-Baptiste. C'est la fête du peuple; c'est le jour des grands enthousiasmes, des manifestations joyeuses et des viriles résolutions. En ce jour, on aime à voir les drapeaux claquer à la brise; le son des fanfares nous paraît plus joyeux et l'on redit avec plus d'entrain les chansons du jeune âge. Tout cela est bon, tout cela est même nécessaire, c'est le souffle de l'âme nationale qui passe dans les foules, ranime les courages et inspire de fortes et solides résolutions.» 

Cette Saint Jean-Baptiste se déroulait sur fond de crise scolaire alors que les Franco-Ontariens luttaient pour conserver leurs écoles françaises. Le 22 juin, un grand ralliement canadien-français avait eu lieu à Ottawa en solidarité avec les collectivités francophones de l'Ontario. Douze mille manifestants avaient paradé dans les rues de la capitale. La crise suscitée par l'ignoble Règlement 17 devait durer jusqu'à la fin des années 1920 et les séquelles se faisaient encore sentir dans mon enfance et même après, jusque dans les années 1990. Et à tous les ans, la Saint Jean-Baptiste était l'occasion de célébrer les combats historiques des Franco-Ontariens et de l'ensemble de la nation canadienne-française.

Que ces chapitres ontariens de l'histoire nationale aient été oubliés ou mis au rancart au Québec, dans l'Ouest ou en Acadie est bien regrettable. Mais il est scandaleux que cela se produise en Ontario même, au sein de l'Assemblée de la francophonie de l'Ontario, l'organisme parapluie de l'Ontario français. Quand revient tous les ans la Saint Jean-Baptiste, comment ne peut-on pas faire revivre, tout au moins dans un texte officiel, l'héritage laissé par des générations de militants franco-ontariens? Ce passé pas si lointain n'est-il pas le socle sur lequel se dresseront les résistances de l'avenir? 

l'éloquente page une du Droit du 23 juin 1913


J'ai vu ce matin le message annuel de la Saint Jean-Baptiste de l'AFO et même si je suis Québécois depuis plus de 50 ans, mes vieilles tripes franco-ontariennes ont sursauté. Comment l'association qui dit représenter les Franco-Ontariens peut-elle publier un texte aussi plate et aussi insipide? On croirait, à la lire, que ses auteurs et les dirigeants qui leur ont donné le feu vert ignorent tout de l'histoire de l'Ontario français. J'en ai eu le souffle coupé. Lisez: «L'Assemblée de la francophonie de l'Ontario souhaite une excellente fête de la Saint Jean-Baptiste à tou.te.s (!!) les canadien.nes (!!!) francophones en Ontario et dans tout le Canada. C'est une période joviale pour la communauté francophone canadienne qui se commémore (sic) ses aboutissements dans le maintien du français

Ne cherchez pas le mot «national». Il n'y est pas, même s'il s'agit depuis toujours de la fête nationale (des Québécois, mais aussi des Canadiens français). Les Franco-Ontariens et les francophones des autres provinces (y compris le Québec) ne sont plus, à croire l'AFO, qu'une «communauté francophone canadienne». Comme les autres «communautés»... Vérifiez le sens du mot communauté quelqu'un! Quant à l'existence d'une «période joviale» pour commémorer les «aboutissements dans le maintien du français», on peut à juste titre se demander de quoi l'AFO parle... Peut-être s'agit-il d'une nouvelle langue de bois pour éviter de raconter la véritable histoire des Franco-Ontariens...

Si Doug Ford ou quelque représentant du gouvernement de l'Ontario avait pondu un tel message, on aurait pu comprendre et attribuer les faiblesses du texte à leur ignorance de l'histoire des francophones de leur province. Mais venant de l'AFO, je suis bouche bée...


mardi 23 juin 2026

Une montée de lait...

23 juin 2026...



Je suis allé aujourd'hui à ma caisse jadis populaire de Gatineau. En entrant, le rituel obligatoire pour tous - prendre un numéro avant de pouvoir aller se faire servir par un humain au comptoir. E 102. C'était mon numéro. On servait le E 096. Seulement six personnes devant moi. Avec quatre guichets en service, je serai vite sorti, me dis-je.

Un guichet se libère. Personne n'est appelé. La caissière n'est plus à son poste. Bon... Ce sera un peu plus long que prévu. Une autre personne termine ses transactions et quitte la salle. Je regarde l'écran au-dessus de nos têtes. On appelle C 024 ou quelque chose du genre. Quatre têtes grises (comme moi) assises tout près font des blagues sur la lenteur du service et le fait que les billets commençant par C passent avant tout le monde...

Un autre dix-minutes et finalement E097 et E098 gagnent à la loterie des appels. Mais là, d'autres «C» se pointent et je vois leurs numéros apparaître presque aussitôt. Pire, quand l'un d'eux fait ses adieux à la caissière, celle-ci fait ses adieux à la salle d'attente. Plus que deux guichets accessibles. D'autres «E» se sont ajoutés à la file. J'espère qu'ils sont patients. Quand finalement le E099 obtient la permission de se rendre au comptoir, je suis là depuis près d'une vingtaine de minutes.

Personne n'aime attendre inutilement mais les vieux (à peu près tous les E cet après-midi) ont tendance à prendre leur mal en patience, acceptant qu'on les traite comme des membres (oui c'est une coop) de second ordre. Moi, j'en ai assez. Je retourne au kiosque d'accueil pour demander qu'on m'explique cette philosophie qui favorise les C au détriment de la masse des E. Je savais déjà la réponse mais je voulais qu'on me la répète...

Les codes C sont réservés aux personnes dont les transactions ne peuvent être complétées aux guichets automatiques. Ils ont la priorité. Donc, ai-je répliqué, vous voulez qu'on se serve de vos machines. Vous préférez ne pas nous voir à l'intérieur de la caisse jadis populaire à moins que ce ne soit absolument essentiel. Le message que vous nous donnez est le suivant: si vous n'écoutez pas nos consignes, et que vous insistez pour obtenir le service d'un humain, en bien attendez! Vous l'aurez voulu!

«Je vous comprends», répondent mes interlocutrices. La réponse la plus condescendante qui soit. Ce qu'on dit aux têtes grises pour les calmer. Mais j'insiste. Je suis membre de Desjardins depuis 70 ans et je n'accepte pas qu'on me tasse parce que je refuse de dialoguer avec un guichet automatique, parce que j'aime saluer le caissier ou la caissière, échanger des bonjour, ressentir une certaine continuité avec le passé coopératif même si on m'a enlevé mon livret de caisse et qu'on prend toutes sortes de décisions sans consulter les membres... comme servir les «C» avant tout le monde...

Le principe d'établir des priorités quand les salles sont bondées ne me rebute pas. Mais cela ne se produit pas souvent. La caisse jadis populaire de Gatineau propose sept ou huit guichets humains à ses membres mais quand je m'y rends, de moins en moins souvent, trop peu d'entre eux sont ouverts. On se retrouve avec l'obligation de favoriser les billets «C» parce qu'il manque de personnel caissier. Avec quatre ou cinq guichets ouverts, tout le monde aurait été servi rapidement. Quand on coupe le service aux guichets humains, on le fait en étant conscient que les seuls à en souffrir seront ceux et celles qui se plaindront le moins. Nous, les vieux membres de la coopérative.

J'ai enfin fini par déposer mon chèque en le remettant à une caissière humaine, au lieu de glisser une petite enveloppe dans une fente de guichet automatique au dialogue laconique. En sortant de ma caisse jadis populaire, le personnel à l'accueil (avec qui j'aurais pu être plus gentil... je m'en excuse...) a dû se féliciter de voir partir le vieux chiâleux qui se croyait toujours membre d'une coop et qui n'acceptait pas de se faire traiter en «client» très ordinaire... 

Certains jours, je m'ennuie de mon ancienne petite caisse pop paroissiale où tout le monde se connaissait, où le mot coopération avait un sens et une mission, où l'humain n'avait pas encore été remplacé par les machines et l'Internet. On voyait davantage la différence entre une coopérative et une banque...

lundi 22 juin 2026

Une autre étude non scientifique...

22 juin 2026...



Je suis toujours à l'affût de données crédibles sur la francophonie hors Québec. Elles ne courent pas les rues. Quand j'ai vu le titre ci-dessus, portant sur la langue de travail, j'ai épluché l'article signé par Mathilde Beaulieu-Lépine, qui se spécialise dans la cueillette d'information sur les Canadiens français et Acadiens en situation minoritaire.

Que les jeunes francophones aient de la difficulté à travailler dans leur langue en Ontario, au Manitoba ou en Nouvelle-Écosse ne surprendra personne. La question est toujours de savoir dans quelle proportion, d'une province à l'autre. Or, dès le début de l'article, on parle d'une «étude» de la Fédération de la jeunesse canadienne-française (FJCF), selon laquelle «seulement un tiers des jeunes francophones en situation minoritaire travaillent surtout dans leur langue».

Plusieurs s'étonneraient en clamant: c'est bien peu! Pour ma part, je trouvais ce pourcentage bien élevé. À cause du mot «surtout». J'ai vécu près de 30 ans de ma vie à Ottawa, à jet de pierre du Québec, et à moins de travailler dans les milieux scolaires francophones, ou à l'hôpital Montfort, ou dans une caisse populaire (et encore), les occasions sont plutôt rares de travailler «surtout» en français.

Je fais alors ce que tout journaliste devrait avoir le réflexe de faire: trouver cette étude et examiner de plus près sa méthodologie. Il s'agit d'une consultation effectuée pour la FJCF par la firme Sociopol, d'un sondage pancanadien appelé Baromètre, s'adressant aux jeunes de 14 à 25 ans et tenu à l'été 2025. On y a comptabilisé un total de 295 répondants provenant de tous les coins du pays (excepté le Québec). De quelle façon ont-ils été choisis? Ça je n'ai pas trouvé.

La caractère non scientifique de cette «étude» est vite suggéré par l'affirmation suivante: «Pour près du tiers des jeunes consultés, la consultation fut l'occasion de se familiariser avec la FJCF et avec l'éventail des activités et des services qu'elle offre.» Cela signifie que plus des deux tiers des répondants connaissaient bien l'organisation. C'est louche. Je serais prêt à gager que plus de 90% des francophones de 14 à 25 ans en situation minoritaire ne connaissent pas ou connaissent peu la FJCF. On ne tire pas les noms des participants au hasard...

La conclusion qui suit l'affirmation précédente renforce mes soupçons... «Les réponses permettent de faire le portrait d'une jeunesse forte, engagée et dynamique, qui a la langue française à coeur et qui souhaite la faire rayonner.» Je veux bien croire que l'immense majorité des 295 répondants correspond à ce profil, mais ce profil ne correspond pas aux données scientifiques collectées par Statistique Canada dans les recensements et les autres études démo-linguistiques.

Les taux d'assimilation (plus élevés chez les jeunes) dans la francophonie hors Québec - sauf au Nouveau-Brunswick et dans quelques coins de l'Ontario - brossent un tableau catastrophique, avec des transferts linguistiques vers l'anglais qui dépassent souvent les 50% et même 60% et plus. Je prends pour exemple mon ancien patelin: l'Ontario. Selon Baromètre, 70% des répondants utilisent surtout le français avec leur famille. Or, selon le recensement de 2021, cette proportion oscille autour de 55% pour l'ensemble des Franco-Ontariens. C'est sans doute moins chez les jeunes...

Plus j'avance, plus je m'interroge sur la méthodologie employée et sur sa valeur scientifique. Pire, sur sa valeur tout court. L'étude me semble un fidèle reflet des 295 répondants, mais pas de l'ensemble de la jeunesse francophone en situation minoritaire. Je m'arrête là. Je réserve mon jugement final en attendant d'obtenir les réponses à toutes les questions que je me suis posées en lisant cet article du Devoir et le rapport de la firme Sociopol.