mardi 3 février 2026

Ça val mal icitte à Gatineau !

3 février 2026...

La malheureuse identité gatinoise proposée en 2024... La prochaine fois, ce sera On passe à l'anglais...

L'érosion du français à Gatineau s'accélère d'année en année. Le vieux centre-ville de Hull, jadis francophone à 90%, atteindra bientôt le point de bascule vers l'anglo-dominance.

Des milliers d'Ontariens de langue anglaise traversent la rivière, attirés par une plus grande abordabilité du logement à Gatineau. La plupart exigent d'être servis en anglais, y compris par la Ville, et se comportent comme s'ils vivaient dans une banlieue d'Ottawa. Plusieurs conservent même illégalement, leurs plaques d'immatriculation de l'Ontario.

Avec la proximité de l'Ontario et l'omniprésence du gouvernement fédéral, la forte attraction de l'anglais entraîne inévitablement l'anglicisation de nombreux immigrants, et même de Québécois francophones. Les violations de la Loi 101 sont légion. Bref, consultez les recensements. Ça va mal icitte!

Durant la campagne électorale de l'automne 2025, les candidats et candidates ont soulevé des tas d'enjeux et de priorités. Le déclin du français n'en faisait pas partie. Ce sujet demeure tabou depuis des années dans une région qui ne s'est jamais vraiment défait de sa mentalité de colonisé. Faut surtout pas énerver les Anglais et les multiculturels, qui nous traiteraient vite de racistes.

Une fois l'élection du 2 novembre terminée, le parti Action-Gatineau s'est amené au conseil municipal avec une majorité absolue de conseillers, y compris la mairie avec la victoire de Maude Marquis-Bissonnette. Or, dans son programme électoral, cette formation désormais au pouvoir proposait:

* que la ville de Gatineau s'affirme comme ville francophone; et

* que la ville de Gatineau bonifie ses activités existantes de francisation selon la démographie des secteurs.

Nous sommes maintenant en février 2026 et les élus ont participé à plus d'une vingtaine de réunions (conseil municipal, comité exécutif, étude du budget, etc.). La question de l'érosion du français a-t-elle été soulevée? Probablement pas. Je n'ai rien vu aux nouvelles et rien trouvé dans les procès-verbaux. Et je suis prêt à parier que personne n'osera soulever cette question avant d'apprendre les résultats catastrophiques du prochain recensement fédéral (cette année), dont les données seront rendues publiques à l'automne 2027.

Entre-temps, et au risque de crier de nouveau dans le désert, je reprends le programme d'Action-Gatineau pour demander: que fera Gatineau pour «s'affirmer comme ville francophone» et «bonifier les activités municipales de francisation selon la démographie des secteurs»? D'ailleurs existe-t-il de telles activités? Dans les bibliothèques peut-être? Ailleurs? Serait-il possible d'en parler avant que le centre-ville et le secteur Aylmer soient anglicisés au point de non-retour? J'écoute. Bruits de criquets...

Il y a 50 ans, j'ai quitté l'Ontario parce que j'en avais assez de lutter quotidiennement pour vivre en français dans un milieu très majoritairement anglais - la ville d'Ottawa. Je voulais vivre dans un milieu francophone au Québec. À Gatineau, PQ, plus précisément. Et voilà que je risque maintenant d'être obligé de reprendre mes vieux combats pour pouvoir continuer à vivre en français dans une ville que la Loi 101 dit française mais qui devient tous les jours de plus en plus bilingue. Qu'en dites-vous, mesdames et messieurs du conseil municipal de Gatineau?


lundi 2 février 2026

Abonnements aux médias tout-numériques... La désinformation au menu...

2 février 2026...



Jadis, pour savoir combien de personnes lisaient un journal quotidien, on n'avait qu'à consulter les chiffres de l'abonnement, en y ajoutant le nombre de copies imprimées pour la vente en kiosque. En calculant en moyenne trois lecteurs par journal imprimé, on pouvait estimer dans les années 1970 qu'avec un tirage de 50 000 exemplaires, un quotidien comme Le Droit pouvait être lu par 150 000 personnes.

Aujourd'hui, avec l'effondrement planifié de la presse imprimée et la prolifération du tout-numérique, bonne chance! Les six ex-journaux de la Coopérative nationale de l'information indépendante (CN2i), dont Le Droit, n'ont même plus d'édition numérique quotidienne. Depuis avril 2023, ils ont pris la forme d'immenses babillards mis à jour en temps réel. Et ils ne dévoilent surtout pas le nombre d'abonnés à leur média. L'autre tout-numérique, La Presse, pour sa part, a conservé son édition quotidienne mais ne dit rien elle non plus de son abonnement.

Sur le site Web du Centre d'études sur les médias, à l'Université Laval, on présente un tableau du lectorat des journaux québécois, imprimés et numériques. La Presse, par exemple, affirme avoir 3 144 000 lecteurs. Le nombre d'abonnés? Sais pas. Comment arrive-t-on à ce chiffre de trois millions? Ces données précise-t-on, «comprennent le nombre de personnes ayant feuilleté ou lu au moins une édition en format papier, en ligne ou par l'intermédiaire d'une application pour tablette ou téléphone intelligent pendant une semaine de publication».

Du côté des coopératives, Le Soleil dit avoir plus d'un million de lecteurs... Le Droit environ 171 000... Ces chiffres incluent les abonnés (combien?) mais aussi tous ceux qui visitent régulièrement - ou une seule fois - le média durant une semaine. C'est suspect. Même dans ses années les plus prospères, Le Droit n'a jamais prétendu avoir plus de 170 000 lecteurs. Alors aujourd'hui, avec un gros babillard peu convivial et des effectifs journalistiques plutôt réduits dans une jungle numérique fragmentée, j'ai de la difficulté à croire que les données des médias numériques ont le même lien avec la réalité que le tirage vérifié et comptabilisé des quotidiens papier.

Une seconde donnée publiée par le Centre d'études sur les médias jette un peu de lumière. Elle propose, pour chaque média, sa part de l'auditoire franco-canadien (donc à 95% québécois), en pourcentages. Ainsi on apprend que La Presse rejoint tous les jours 25% de l'ensemble des francophones (autour de sept millions au Québec). Ce 25% se traduit par un lectorat de 1 750 000 personnes, bien en-dessous du chiffre déclaré de 3 144 000, mais à l'oeil bien plus crédible pour cerner le bassin de lecteurs réguliers. Cet exercice, appliqué au Soleil de Québec, réduit le lectorat allégué d'un million à 184 760, et celui du Droit de 171 000 à près de 32 000.  En effet, selon les données du Centre d'études, les six médias coopératifs régionaux ne rejoignent que 4% de l'auditoire francophone, soit environ 280 000 lecteurs.

Les chiffres des journaux de Québecor et du Devoir se compilent à partir d'une base plus solide. Plus de 520 000 exemplaires papier du Journal de Montréal et du Journal de Québec sont imprimés du lundi au samedi. Le Devoir distribue quotidiennement près de 100 000 copies du journal. Au moins ces données sont vérifiables. Il y a de fortes chances que la personne qui achète son exemplaire ou s'abonne à l'année ne se contentera pas de lire une nouvelle ou deux par semaine. Le lectorat total déclaré par ces trois journaux, qui inclut leurs publications numériques, est bien plus élevé (trop élevé?): 2 736 000 pour le Journal de Montréal, 1 597 000 pour le Journal de Québec et 1 569 000 pour Le Devoir.

Le Centre d'études sur les médias précise que les deux quotidiens de Québecor rejoignent 30% de la population francophone, ce qui donnerait au total 2 100 000 personnes. Cela semble plus raisonnable. Quant au Devoir, on lui accorde 12% des la francophonie québécoise, soit environ 840 000 lecteurs. Des chiffres moins mirobolants mais même là, on ne sait rien de la quantité d'abonnements numériques.

Ma question est la suivante, et je n'ai toujours pas de réponse claire. Les journaux papier rejoignent-ils le public lecteur plus efficacement que les quotidiens et/ou babillards numériques? Je crois que oui mais suis incapable de le démontrer. J'aimerais bien connaître le nombre d'abonnements à mon ancien journal, Le Droit, depuis son passage au babillard tout-numérique. Est-ce 5000? 10 000? 15 000? Quand on divulgue pas de tels chiffres, il y a de fortes chances qu'on cache de mauvaises nouvelles.

Les baisses de lectorat pour les publications préparées au quotidien par des journalistes professionnels constituent une menace pour l'avenir du Québec et pour la démocratie. Dans une ère de propagande de plus en plus déguisée en information, un public mal informé devient vite un mets de choix au menu des vrais décideurs.


dimanche 1 février 2026

Je suis inquiet...

1er février 2026...

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Être chef du PQ quand le parti mène dans les sondages à moins de neuf mois d'une élection générale, cela doit parfois ressembler à l'enfer sur terre. Paul St-Pierre Plamondon est exposé tous les jours à de viles attaques, haineuses au besoin, provenant de tous les ennemis d'un Québec indépendant, français et laïc. Ces derniers sont omniprésents, et leurs tribunes médiatiques nombreuses.

Dans une lutte comme celle de la souveraineté du Québec, les combattants succombent le plus souvent à l'usure. À force de se faire égratigner, les cicatrices s'accumulent et peuvent finir par miner même les plus braves des militants. Après la nuit des longs couteaux et la trahison du Canada anglais, René Lévesque n'avait plus la fougue du début des années 1970. Depuis l'échec de Meech, la crise d'Oka et référendum de 1995, les chefs du Parti québécois ont dû affronter des coups bas incessants (accusations de racisme, de xénophobie) auxquels se sont ajoutées les campagnes de peur à répétition. Épuisant.

Mais voilà qu'enfin, en 2022, avec le PQ sous la barre des 10% dans les sondages d'opinion publique, les ennemis de toujours célèbrent trop vite la mort du vieil ennemi et achètent déjà des gerbes de fleurs pour le cercueil du vaisseau amiral de l'indépendance du Québec. Un terreau idéal pour le plus récent chef de la formation, dynamique et compétent, Paul St-Pierre Plamondon, qui peut relancer le parti sans effaroucher les autres formations, bien en selle dans les sondages et savourant déjà leur part des dépouilles du PQ. 

L'excellente performance de PSPP aux débats des chefs durant la campagne électorale de 2022 a éveillé l'intérêt de ses adversaires et du public, mais une montée à 15% dans l'opinion publique ne lui a valu que trois sièges à l'Assemblée nationale. Un levier plutôt faible sur l'échiquier politique. L'enterrement du Parti québécois reste toujours à l'ordre du jour. Le refus de prêter serment d'allégeance au roi Charles III par les trois péquistes a renforcé l'image revendicatrice du PQ, surtout que la CAQ - sur la même longueur d'ondes cette fois - a légiféré pour amender l'exigence du serment dans la constitution canadienne. Coup d'éclat pour les trois mousquetaires péquistes.

Et voilà tout à coup que la cote du Parti québécois se remet à grimper dans les sondages médiatiques. On range le cercueil et les adversaires tendent l'oreille. À la veille des élections de 2022, le public estimait déjà que Paul St-Pierre Plamondon avait mené la meilleure campagne, devant les autres chefs de parti. L'ascension du PQ se poursuit depuis 2023 et dans les meilleurs sondages de la dernière année, la cote de popularité du parti a frôlé les 40%. Avec sa large avance au sein de l'électorat francophone, de tels résultats lui vaudraient facilement un gouvernement majoritaire à l'Assemblée nationale.

Les adversaires sont désormais aux abois. Le Parti québécois, qui hisse depuis quelques années l'indépendance au mat principal du vaisseau, est de nouveau l'ennemi à abattre. Après trois victoires dans des partielles, et une quatrième possible à Chicoutimi en février 2026, le PQ est devenu, dans la tête de tous, l'opposition officielle à Québec en dépit de son faible nombre d'élus. La CAQ s'effondre (jusqu'à maintenant), les libéraux consolident leur emprise sur l'électorat anglais et anglicisé, Québec Solidaire stagne hors de Montréal et le PCQ défriche le vieux terroir conservateur au sud de Québec et dans la grande région de la capitale nationale. Une situation confortable pour le PQ mais tout peut changer très vite.

Rien n'est joué d'avance et pour naviguer le labyrinthe électoral de 2026, Paul St-Pierre Plamondon devra réussir un sans-faute, ou presque. Or, ces derniers temps, peut-être grisé par son avance dans les sondages, le chef du PQ semble s'être écarté du sentier qui lui a attiré une faveur croissante au sein de l'opinion publique, et même chez les jeunes qui logeaient jadis à l'enseigne de QS. Le besoin de convaincre l'électorat de l'urgence de la souveraineté pour assurer la survie de la nation française d'Amérique n'a pas diminué. Au contraire. Avec la présence perturbante de Donald Trump et ses effets immédiats sur la vie politique du Canada et du Québec, les yeux du public sont davantage rivés sur Ottawa et le gouvernement Carney, pour qui les valeurs québécoises et la langue françaises ont moins d'importance.

Il ne faudrait surtout pas vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué (mes excuses aux protecteurs de la faune). Se décrire comme «le gouvernement en attente» quand on n'a que six députés, c'est tenir pour acquis que l'opinion publique chèrement grignotée depuis trois ans restera fidèle au PQ peu importe, jusqu'en octobre. C'est un pari risqué sur des résultats électoraux qui n'ont rien de sûrs. Qui sait quel effet durable pourrait résulter du choix de Christine Fréchette comme chef de la CAQ et première ministre du Québec? Si, tout à coup, son parti reprend du galon au sein de l'opinion publique et qu'elle décide de déclencher un scrutin général avant la date prévue par la loi pour en profiter, que pourra répondre le Parti québécois? En décembre, Paul St-Pierre Plamondon avait lui-même invité le premier ministre François Legault à tenir des élections générales précipitées, faisant fi de la loi sur les élections à date fixe. Le PQ s'est menotté.

Quant à l'intervention malhabile du premier ministre ontarien Doug Ford, qui voyait dans l'élection du PQ un désastre et jugeait inacceptable la tenue d'un référendum sur l'indépendance, Paul St-Pierre Plamondon a manqué une excellente occasion de faire la leçon à M. Ford en matière de droits linguistiques (son traitement des Franco-Ontariens) et de respect des compétences du Québec, y compris celle de décider de son propre avenir, droit reconnu par le gouvernement fédéral et par la Cour suprême du Canada. Il aurait pu le relancer sur le sens du mot «inacceptable» employé par le premier ministre ontarien en ce qui a trait au référendum promis par le PQ? Derrière ce mot semblent se profiter des menaces qui devraient être précisées. Se moquer de M. Ford n'avance en rien la cause du PQ.

Si la tendance se maintient, la nation québécoise, sa langue, sa culture et ses valeurs seront bientôt au bord du précipice. Une belle occasion de se ressaisir se présente en octobre, peut-être pour la dernière fois. Nous devons absolument la saisir au bond pendant que nous sommes toujours majoritaires sur le territoire québécois. Seul le Parti québécois a les ressources et la volonté de nous extirper du bourbier fédéral. Mais avant de plonger dans les hostilités référendaires, il faut convaincre les Québécois de confier un mandat majoritaire au PQ à l'automne. Ne mettons pas en péril l'excellent travail accompli depuis le scrutin de 2022. Ne mettons pas la charrue devant les boeufs...

samedi 31 janvier 2026

Nipissing Ouest Blues

31 janvier 2026...

Capture d'écran du Devoir (9 septembre 1971). Sturgeon Falls, aujourd'hui dans West Nipissing/Nipissing Ouest, Ontario, le «St-Léonard des Franco-Ontariens en 1971...

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Dans les agglomérations ontariennes où les francophones sont minoritaires, les taux d'assimilation des Franco-Ontariens sont désormais catastrophiques. Cela est amplement documenté. Dans des villes comme Cornwall, plus de la moitié des personnes de langue maternelle française parlent surtout l'anglais à la maison. L'anglais devient ainsi la langue majoritairement transmise à la génération suivante. Dans quelques générations, tout sera fini.

Mais jusqu'à récemment, dans certaines régions de l'Ontario (Est, Moyen Nord et Nord), des majorités francophones historiques étaient moins touchées par cette débandade linguistique. Cela est en train de changer. Même dans les zones considérées comme francophones, l'érosion jadis lente s'accélère. À plusieurs endroits, on est au point de bascule, les anciennes majorités franco-ontariennes étant sur le point d'être mises en minorité.

Dans certaines villes et villages immédiatement à l'est d'Ottawa, autrefois à 90% francophones, on peut toujours blâmer l'étalement urbain de la capitale qui a rendu ces banlieues attrayantes pour des dizaines de milliers de personnes, à forte proportion anglophones. Un village comme Rockland, qui avait jadis quelques milliers d'habitants, est maintenant une ville avec une population de plus de 25 000 où près de la moitié des gens parlent le plus souvent l'anglais à domicile. Au prochain recensement, celui de cette année, attendez-vous à de très mauvaises nouvelles.

Ce qui inquiète le plus, cependant, c'est l'assimilation galopante des Franco-Ontariens dans des régions où ils étaient (ou sont toujours) majoritaires mais isolés de grandes régions urbaines comme Ottawa qui pourraient déverser chez eux leur trop-plein. C'est notamment le cas de la ville de West Nipissing/Nipissing Ouest et de son centre de population principal, Sturgeon Falls, situés entre Sudbury et North Bay dans le Moyen Nord ontarien. Depuis une vingtaine d'années, ces localités n'ont pas connu de croissance démographique appréciable, la population étant passée de 13 190 en 2006 à 14 365 en 2021. L'apport extérieur est donc minime, somme toute.

Le bilinguisme massif des Franco-Ontariens, là ou ailleurs (cela vaut aussi pour les Acadiens et les Québécois) ne trompe pas. C'est toujours un sentier qui mène droit à l'anglicisation. Le nombre d'unilingues compte parmi les bons indicateurs de la situation linguistique, y compris à Nipissing Ouest, qui compte un centre semi-urbain, Sturgeon Falls, et des villages comme Verner, à forte tradition française. Au recensement de 2021, on dénombre seulement 195 unilingues français (0,4% de la population) contre 4 500 unilingues anglais (31,4% de la population), auxquels s'ajoutent 9300 bilingues (65%), très majoritairement de langue maternelle française.

Cela signifie que l'ancienne minorité anglaise n'avait pas du tout besoin d'apprendre la langue de la majorité franco-ontarienne. Ces derniers, devenus bilingues à plus de 90% par nécessité autant que par choix, faisaient ainsi savoir aux anglos que leur langue suffisait pour vivre normalement à Nipissing Ouest. Autrefois, les francophones pouvaient y passer une vie entière en français, ce qui n'est de toute évidence plus le cas. Au recensement de 2006, sur un total d'un peu plus de 13 000 habitants, il y avait 1360 unilingues français (plus de 10% de la population): surtout des vieux, partis ou morts au cours des deux dernières décennies, qui n'ont pas été remplacés.

Au recensement de 2016, environ 52% des résidents de Nipissing Ouest conservaient le français comme lange d'usage (la plus souvent parlée à la maison). Cinq ans plus tard, malgré une majorité de langue maternelle française (58%), le nombre de personnes parlant le plus souvent français chez eux est tombé à 47,4%. Désormais, dans ces localités traditionnellement francophones du Moyen Nord ontarien, près de 52% des gens parlent normalement l'anglais à la maison, et ce, même si les anglophones de langue maternelle ne représentent que 38% de la population.

Je sais que les gens trouvent les chiffres plates et ennuyeux, mais souvenez-vous que derrière chaque chiffre se cache une vraie personne humaine, avec sa langue et sa culture. Le drame vécu par les collectivités franco-ontariennes est décrit avec une précision chirurgicale dans les pages des recensements quinquennaux, que personne ne lit et que tout un chacun interprète à son avantage.  Les yeux de la francophonie entière devraient se tourner vers Nipissing Ouest pour décortiquer l'écroulement linguistique en cours. Mais personne ne le fera. On se contentera un jour d'ériger un monument de la francophonie à Sturgeon Falls pour les touristes...

vendredi 30 janvier 2026

Des américanismes aux montréalismes...

30 janvier 2026... 



Je ne sais pas s'il y a une leçon à retenir ou une conclusion à tirer de ça mais depuis mon enfance et mon adolescence en Ontario, quand j'écoutais du rock'n roll américain sur les ondes des stations de radio à Buffalo, New York, Boston et Chicago, j'avais noté le grand nombre de succès au palmarès qui portaient ou mentionnaient le nom d'une ou de plusieurs villes ou localités des États-Unis.

Dans la seule chanson Back in the USA de Chuck Berry, on entend les noms des villes de Los Angeles, New York, St. Louis, Détroit, Chicago, Chattanooga et Baton Rouge... Et la plupart de ceux qui écoutaient les stations rock des années 1950 et 1960 se souviendront de Memphis (chantée et instrumentale), San Francisco (époque des hippies), Galveston et El Paso (villes texanes) ou encore Kansas City. On pourrait dresser une liste de centaines, voire de milliers de références musicales à la géographie des États-Unis.

Je ne me souviens pas cependant d'avoir entendu sur les ondes des stations anglaises d'ici (celles d'Ottawa en tout cas) des succès rock d'artistes anglophones qui évoquaient ou louangeaient Ottawa, Toronto, Winnipeg, Calgary, Edmonton ou Vancouver, ou quelque autre localité des Maritimes, de l'Ontario, des Prairies ou des Rocheuses. L'exception qui confirme la règle? «Runnin' Back to Saskatoon du groupe Guess Who, mais là on navigue dans la musique des années 1970... Je me souviens aussi, dans le genre folk, d'avoir entendu Ian and Sylvia mentionner l'Alberta, et Buffy Sainte-Marie s'ennuyer des Piney Wood Hill, que je croyais être situées en Saskatchewan.

En 2013, la chaîne CBC avait publié le Top 100 des albums Canadian, et en toute première position il y avait le disque Harvest de Neil Young, qui contient la chanson Heart of Gold. Dans ce grand succès nord-américain, Young ne mentionne qu'une ville: Hollywood. Et aucun titre ne reflète l'origine canadienne de l'artiste. Même chose pour le numéro 3 du palmarès, l'album Blue de Joni Mitchell, où seule la Californie est mentionnée. J'ai toujours cru qu'à cette époque, les artistes anglo-canadiens de la musique pop-rock tentaient le plus possible de se fondre dans le melting pot américain pour assurer leur succès en ondes et aux palmarès. On ne se risquera pas à parler de Fredericton ou Regina dans un tube destiné au marché américain.

Est-ce toujours la situation aujourd'hui? Je n'en sais rien. Ma fréquentation des stations de musique contemporaine a cessé vers la fin des années 1980 et j'avoue mon ignorance relativement totale de ce que sont devenus les palmarès Canadian au 21e siècle. Peut-être entend-on ces jours-ci des tas de chansons dans les Top 40 au sujet du Nouveau-Brunswick, du Manitoba ou du Yukon, mais j'en doute. Non, pour trouver des chansons populaires qui parlent du Canada anglais, il faut presque invariablement se tourner vers le répertoire des artistes québécois de langue française.

J'écoutais hier Les chemins d'été de Steve Fiset (1970) et entendu: «Sur la Trans-Canada, entre les arbres verts, nous filerons vers Vancouver.» Et qui ne souvient pas de la référence à Regina dans le grand succès Saskatchewan des Trois Accords? Ou d'À Winnipeg les nuits sont longues de Pierre Lalonde. Ou encore de Robert Charlebois parlant d'Ottawa et Toronto dans Les ailes d'un ange et de Jean Leloup évoquant Hawkesbury dans I Lost my Baby. Ou le récent Sudbury de JF  Pauzé, ex-Cowboy Fringant? Pourquoi, au Canada anglais, sur les chaînes rétro, entend-on toujours Surfin' USA des Beach Boys mais rien qui pourrait même ressembler un peu à Skating Canada? Le Canada anglais est-il américanisé au point d'être gêné de parler de lui-même en chanson?

Une chose est sûre. Le Québec francophone ne souffre pas d'un déni d'existence musicale. Au cours des 60 dernières années, grâce aux chansonniers autant qu'aux groupes rock, la géographie québécoise a été décortiquée de A à Z dans nos palmarès. Montréal en premier lieu bien sûr. Les albums de Beau Dommage contiennent tellement de «montréalismes» (22 en tout, de 7760 St-Vallier à l'île Perrot) qu'on en fait une carte illustrée dans la version remastérisée du premier album éponyme. Mais le reste du territoire québécois y passe aussi. De Ste-Adèle PQ (Jean-Pierre Ferland) à Val d'Or (Raoul Duguay), d'Ungava à Manicouagan (Claude Gauthier), de Natashquan (Gilles Vigneault) à Chibougamau (Robert Charlebois), de Montmagny (Cowboys fringants) à Gatineau (Mommy, Daddy), jusqu'à Notre-Dame-de Stanbridge (les soeurs McGarrigle), tout le Québec y passe. Les identités géographiques québécoises sont devenues l'une des marques de commerce de notre univers musical.

Pourquoi chez nous et pas chez nos voisins anglo-canadiens? Voilà une question que le Canada anglais devrait se poser. Et, de Halifax à Victoria, on n'aimera peut-être pas la réponse.


jeudi 29 janvier 2026

Doug Ford fustige le PQ... Silence des Franco-Ontariens...

29 janvier 2026...

Doug Ford, premier ministre de l'Ontario

Après la tentative du premier ministre fédéral Mark Carney de réécrire en rose l'histoire des rapports entre francophones et anglophones au Canada, voici que le pas très subtil premier ministre ontarien Doug Ford avertit les Québécois de ne pas nuire à l'«unité» canadienne en élisant le Parti québécois (un «désastre», dit-il) et en tenant un référendum rapide («inacceptable», selon lui) sur l'indépendance.

Personne ne nie à M. Ford le droit d'exprimer une opinion sur les choix constitutionnels des Québécois. Mais disons qu'elle serait mieux reçue si son gouvernement avait démontré plus d'ouverture envers les francophones dans sa propre province. On se souviendra qu'après son élection en 2018, il avait salué les Franco-Ontariens en annulant le projet de création d'un micro-campus universitaire de langue française à Toronto (la soi-disant Université de l'Ontario français) et en supprimant le poste de Commissaire aux services en français. He loves frogs. Il a dû faire marche arrière par la suite après un tollé au sein de l'opinion publique francophone mais le ton était donné. Son seul député franco-ontarien, Amanda Simard, a claqué la porte.

En tant que chef d'une province qui a longtemps persécuté sa minorité de langue française, et qui ne l'a JAMAIS choyée par la suite, Doug Ford s'aventure en terrain miné quand il garroche des conseils simili menaces aux Québécois francophones. Son choix du mot «désastre», et particulièrement du mot «inacceptable», laisse entendre un appui potentiel à quelque mesure de répression pour empêcher la réalisation du projet de souveraineté du Parti québécois. Quand on dit inacceptable, cela signifie qu'on n'acceptera pas. Ça veut dire quoi au juste? Quelque chose comme des mesures de guerre?

Comme il fallait s'y attendre, le parti des Anglais au Québec, le Parti libéral, a applaudi M. Ford. Les répliques du PQ, de la CAQ et de QS ont été unanimes dans leur condamnation du premier ministre de l'Ontario, le message central étant, au-delà des variantes partisanes, que les Québécois peuvent décider de leur avenir seuls, sans jambettes du Canada anglais.

Il est curieux, cependant, qu'aucun son de cloche ne se soit fait entendre au sein des organisations francophones de l'Ontario, qui ont souvent eu maille à partir avec M. Ford en matière de droits linguistiques. Est-ce à cause de leur alliance des dernières années avec les Anglo-Québécois dans certaine dossiers de langues officielles, ou parce que l'essentiel de leur financement arrive tous les ans du Trésor fédéral, ou encore une manifestation du sentiment anti-québécois présent en Ontario français depuis les années 1960? Difficile à dire, mais le silence de l'Assemblée de la francophonie de l'Ontario, qui aurait dû mettre Doug Ford à sa place, laisse un goût amer.

On est loin de l'attitude plus énergique prise par la Fédération des francophones hors-Québec (FFHQ) en 1977 après l'élection du premier gouvernement Lévesque, qui lui aussi promettait un référendum à la fin de son premier mandat. Je cite le rapport Les héritiers de Lord Durham: «En face du choix du Québec, les communautés francophones hors Québec éprouvent tout d'abord un profond respect à l'égard de la population québécoise. Le Québec a décidé de participer activement à l'élaboration de son destin. En ce sens, son attitude est exemplaire et les francophones hors Québec la respectent et veulent s'en inspirer.»

La dignité la plus élémentaire exigerait des dirigeants franco-ontariens de rappeler au premier ministre Ford que sa crédibilité augmenterait face au Québec s'il avait tout au moins contribué à réparer les injustices historiques infligées par les gouvernements ontariens depuis 1912 aux collectivités de langue française de l'Ontario. Injustices dont les séquelles ont laissé des traces jusqu'à aujourd'hui. Avec un peu plus de courage, les organisations de l'Ontario français auraient pu de nouveau défendre le droit des Québécois à l'autodétermination, même si l'éventuelle tenue d'un référendum devait entraîner leur adhésion au camp du «Non». 

Nous sommes à l'écoute... Bruits de criquets...


mercredi 28 janvier 2026

Le colonialisme, vieux comme le monde...

28 janvier 2026...

Pierre Bourgault en 1940, tenant un drapeau britannique... (photo publiée dans le livre «Le colonialisme au Québec» d'André d'Allemagne)

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«Le colonialisme (moderne) n'est pas un phénomème nouveau mais la forme actuelle d'un phénomène vieux comme le monde: celui de la domination d'une société par une autre», écrivait André d'Allemagne (voir lien en bas de page) dans son livre Le colonialisme au Québec, publié en 1966. Soixante ans très exactement.

Appliquer cette définition à la société québécoise ou franco-canadienne relève de l'évidence même. En 1760, nous sommes devenus un peuple conquis. La Grande-Bretagne nous l'a rappelé violemment en 1837-38. Lord Durham a réaffirmé la suprématie et la supériorité des conquérants et de leur langue dans son rapport de 1839. On nous a fusionné à l'Ontario (Haut-Canada) en 1840 pour nous réduire à un état de minorité permanente. La Confédération de 1867 a confié au gouvernement fédéral, celui contrôlé par la majorité anglo-canadienne, les pouvoirs qu'ils jugeaient les plus importants à l'époque. Le français a été réprimé un peu partout. Les compétences exécutives et judiciaires qu'avait conservé la Grande-Bretagne ont été accaparés au fil des décennies par la majorité anglo-canadienne à Ottawa. Encore aujourd'hui, même dans les domaines constitutionnels relevant du Québec, l'appareil judiciaire fédéral impose sa tutelle en se fondant sur une constitution adoptée contre la volonté des Québécois.

La domination d'une société par une autre? Cela crève les yeux, au Canada et au Québec. Ce n'est plus une domination par les armes, quoiqu'Ottawa n'ait pas hésité en octobre 1970 à imposer une occupation militaire du Québec pour réprimer une insurrection fictive et, du même, coup mettre en prison sans mandat près de 500 Québécois indépendantistes. Non, le colonialisme contemporain prend davantage la forme d'une domination de l'esprit des colonisés, qui s'habituent à être gouvernés - même contre leurs propres valeurs - par une société qui poursuit contre le Québec et le Canada français une domination politique, économique et linguistique en utilisant sa supériorité démographique, désormais permanente, et un mode d'emploi hérité de l'empire britannique.

À cet égard, le Québec se retrouve dans une situation semblable à celles vécues dans d'autres anciennes colonies britanniques. Gandhi l'avait bien compris en Inde. André d'Allemagne affirmait en 1966: «Vivant dans une société dominée à tous les paliers, le Québécois est soumis dès son enfance et tout au long de son existence à un conditionnement qui provoque chez lui, à quelques variantes près, tous les réflexes typiques des colonisés à travers le monde actuel (il écrit en 1966).»

Poursuivant son argumentaire, le cofondateur du Rassemblement pour l'indépendance nationale (RIN) écrit: «La psychologie de toute société colonisée est profondément complexe. Parallèlement à la résignation, on observe au Québec de multiples formes de résistance traditionnelles et symboliques. N'ayant confiance ni en lui-même, ni en les siens, le colonisé québécois, encouragé en cela par les dirigeants et même par le colonisateur, engage sa révolte dans des voies sans issue, ce qui lui donne l'illusion de l'action, voire de la puissance. (...) Le colonisé se confectionne ainsi un micro-monde où son action prend la teinte d'un nationalisme d'attente. Se donnant l'impression de lutter, il rêve que d'autres feront plus tard plus que lui.»

C'est pourquoi, écrit André d'Allemagne, la libération des colonisés doit se faire collectivement. «Ce qui inquiète le plus le colonisateur c'est toute manifestation d'un sentiment collectif chez le colonisé, que ce sentiment prenne une forme nationale, sociale ou idéologique.» D'ailleurs simplement parler de colonialisme, on l'a vu ces derniers jours, suscite des mouvements d'indignation au sein du Parti libéral du Québec et d'autres milieux fédéralistes. Mentionner l'esclavage, même au sens psychologique, suffit pour qu'on crie au scandale.

André d'Allemagne offre cette conclusion opportune qui conserve toute sa valeur 60 ans après sa publication. «Rien ne se fait tout seul, dans l'histoire, et on n'a jamais résolu de problèmes en évitant de les poser.»

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Qui est André d'Allemagne? - https://fr.wikipedia.org/wiki/Andr%C3%A9_d%27Allemagne