samedi 10 octobre 2026

Pour siéger à l'Assemblée nationale, prêter serment à Charles III est désormais illégal

Le projet de loi 4, adopté par l'Assemblée nationale le 9 décembre 2022 pour permettre aux trois mousquetaires du PQ de pouvoir siéger sans prêter serment au roi Charles III
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capture d'écran du site des textes constitutionnels du ministère fédéral de la Justice indiquant que l'AANB a été modifié par la Loi 4

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Ce que dit la Loi de l'Assemblée nationale de 1982 au sujet du serment d'allégeance d'un député élu

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Le chef libéral Charles Milliard a annoncé quelques jours avant l'élection qu'à l'assermentation des députés, il déclarerait son allégeance au peuple québécois, plutôt qu'au roi Charles III. Comme s'il avait le choix... Je ne suis pas juriste mais il me semble que depuis l'adoption de la Loi 4 en décembre 2022 (voir image ci-haut), le seul serment qui soit désormais permis est celui prévu à la Loi de 1982 sur l'Assemblée nationale (voir texte ci-dessus).

On aura beau rappeler que cette loi - celle qui a permis aux trois mousquetaires du PQ de siéger après le scrutin d'octobre 2022 - est contestée devant les tribunaux par l'avocat Lawrence David, elle ne l'est pas par le ministère fédéral de la Justice qui l'a intégrée à son texte officiel de la Loi constitutionnelle de 1967 (voir 2e image du haut). Ottawa indique bien dans son propre texte que l'article 128 sur le serment d'allégeance au monarque britannique ne s'applique pas au Québec, conformément à la Loi 4 de l'Assemblée nationale.

Le seul serment obligatoire - je dirais même plus le seul serment permis - pour un député élu est celui énoncé par l'Assemblée nationale, étant donné que l'article 128 de l'ancienne AANB ne s'applique plus au Québec. Cet article n'existe plus au Québec. Personne ne peut l'invoquer pour continuer de prêter serment au roi Charles III. C'est maintenant illégal. L'élu(e) qui ne respecte pas le serment ci-dessous n'a plus le droit de siéger à l'Assemblée nationale: 

«Je déclare sous serment que je serai loyal envers le peuple du Québec et que j'exercerai mes fonctions de député avec honnêteté et justice dans le respect de la constitution du Québec.»

Les textes fédéraux et québécois concordent. Le vieil article 128 de la Constitution canadienne de 1867 fait maintenant partie des livres d'histoire. Au Québec, il n'existe pas. Il n'y a plus de choix entre le serment de 1867 et celui de la Loi québécoise de 1982. Au regard de la Loi 4, le serment de la Loi sur l'Assemblée nationale est le seul qui soit obligatoire. Au regard de la Loi de 1982 il est tout simplement le seul. Prêter serment à Charles III n'est plus permis.

Un premier pas en attendant de se débarrasser des autres vestiges de la monarchie britannique...

vendredi 9 octobre 2026

Dans un scrutin serré, 23 majorités massives...

Au centre, le West Island (capture d'écran de Rasio-Canada)


Je m'amuse depuis quelques jours à analyser les résultats parfois rocambolesques de l'élection québécoise du 5 octobre. Dans les médias, chacun commente à sa façon la répartition parfois serrée du vote entre cinq formations, le pouvoir ayant été arraché par le PQ avec seulement 28% des voix. Mais en regardant de près, on se rend compte que ce portrait ne traduit pas la réalité de toutes les régions du Québec.

Dans 23 des 107 circonscriptions, la candidate ou le candidat vainqueur a amassé plus de 50% des voix exprimées, laissant loin derrière tous ses adversaires.

Évidemment, le bloc le plus spectaculaire de victoires massives se situe dans le West Island (voir tableau ci-dessous), où les anglophones votent de façon quasi soviétique pour la formation qui leur ressemble le plus, le Parti libéral du Québec/Québec Liberal Party. Dans les 10 circonscriptions de l'ouest de l'île de Montréal, la part du vote libéral oscille entre 51% et 73%!!!

Le champion, Gregory Kelley, réélu dans Jacques-Cartier, la circonscription la plus anglophone du Québec, a engrangé à lui tout seul 73,2% des voix, pour une majorité de près de 20 000 votes (numéro 1 au palmarès des majorités). À noter que dans le West Island, on retrouve 10 des 15 circonscriptions les plus anglophones au Québec. Quatre des cinq autres (Vaudreuil, Saint-Henri-Sainte-Anne, LaFontaine et Soulanges) sont situées à proximité.

Dans la dernière, Pontiac (Outaouais), 7e circonscription la plus anglophone du Québec, les libéraux obtiennent 48% des voix. 
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Jacques-Cartier - 73,2% des votes au PLQ (majorité de 19147)
Robert-Baldwin - 65% des votes au PLQ (majorité 15334)
D'Arcy-McGee - 60,8% des votes au PLQ (majorité 11119)
Notre-Dame-de-Grâce - 61,1% des votes au PLQ (majorité 11594)
Westmount-Saint-Louis - 59,9% des votes au PLQ (majorité 10 803)
Nelligan - 63,3% des votes au PLQ (majorité 16580)
Marguerite-Bourgeois - 52,6% des votes au PLQ (majorité 10372)
Saint-Laurent - 54,5% des votes au PLQ (majorité 11614)
Marquette - 55,3% des votes au PLQ (majorité 10651)
Mont-Royal-Outremont - 50,9% des votes au PLQ (majorité 9519)
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On ne peut passer sous silence un autre bloc de victoires très décisives, celles des conservateurs d'Éric Duhaime, dans la grande région autour et au sud de la ville de Québec. Compte tenu de la montée spectaculaire des appuis au PCQ dans les derniers jours de la campagne, on peut se demander ce qui serait advenu si le scrutin avait eu lieu une semaine plus tard... 

Quoiqu'il en soit, dans cinq circonscriptions, le PCQ a récolté des majorités à faire rêver avec plus de 50% des voix exprimées (voir tableau ci-dessous). Ça ressemble à une vague en formation et tout porte à croire qu'elle aurait pu s'amplifier. Malheureusement...

À noter: les victoires les plus massives de la troupe d'Éric Duhaime ont été enregistrées dans le groupe des 20 circonscriptions les plus francophones du Québec (entre 98 et 99%...)

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Bellechasse - 63,8% des votes au PCQ (majorité de 17221)
Beauce-Nord - 61.9% des votes au PCQ (majorité de 16724)
Beauce-Sud - 58,2% des votes au PCQ (majorité de 13499)
Lotbinière-Frontenac - 54,4% des votes au PCQ (majorité de 15859)
Portneuf - 51,6% des votes au PCQ (majorité de 14272)
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Aussi digne de mention: les victoires sans appel des candidats de Québec Solidaire (Alexandre Boulerice, Ruba Ghazal, Alexandre Leduc et Andrés Frontecilla) dans leurs châteaux-forts de l'île de Montréal. Un signe très clair que leurs appuis transgressent les frontières linguistiques. La circonscription de Laurier-Dorion, par exemple, compte 43% de non-francophones. Un exploit dans le contexte d'une élection si serrée...
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Gouin - 62,6% des votes à QS (majorité 14419)
Mercier - 59,2% des votes à QS (majorité de 11930)
Hochelaga-Maisonneuve - 51,9% des votes à QS (majorité de 7391)
Laurier-Dorion - 50,7% des votes à QS (majorité de 6544)
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Enfin, le champion des luttes plus contestées, le Parti Québécois, a tout de même raflé des majorités impressionnantes en Gaspésie et aux Îles-de-la-Madeleine, ainsi que sur la Côte-Nord (voir tableau). Comme d'habitude, c'est Pascal Bérubé qui a amassé la plus forte majorité, la quatrième plus importante du Québec après Gregory Kelley, Éric Duhaime et Patricia Drouin (PCQ). L'est du Québec semble pour le moment vouloir demeurer une valeur sûre pour le PQ.
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Matane-Matapédia-Mitis - 67,8% des votes au PQ (majorité de 15934)
Îles-de-la-Madeleine - 66,5% des votes au PQ (majorité de 3501)
René-Lévesque - 50,7% des votes au PQ (majorité de 6202)
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Il y a enfin le cas d'Ungava où le PQ a remporté l'élection avec 63,3% des voix exprimées. La proportion de non-francophones est l'une des plus élevées du Québec (plus des deux tiers) mais la présence de 55% d'Autochtones (Inuits) qui ne semblent pas beaucoup voter explique la domination du Parti Québécois.

samedi 3 octobre 2026

Un ultime élan... ou le début de la fin?

capture d'écran des sondages Léger, 3 octobre 2026


Au surlendemain du scrutin du 3 octobre 2022, j'ai écris que les prochaines élections, celles du 5 octobre 2026, constitueraient sans doute la dernière véritable chance de prendre l'ultime élan vers un Québec français et souverain. Je le répète depuis quatre ans. Et nous y voilà, à la fin d'une campagne électorale somme toute désastreuse. 

Le froid pinceau des recensements brosse depuis longtemps le tableau d'une langue et d'une culture françaises en chute. Médias et politiciens continuent de faire fi de cette réalité qui risque de mettre fin à notre aventure de 400 ans dans le grand bassin du Saint-Laurent. Au cours d'une quarantaine de jours de campagne, notre combat pour le français a à peine été effleuré...

À deux jours du vote, les partis ont laissé aux pieds d'une nation sceptique une monstrueuse empilade de promesses destinées à séduire l'électorat. Comme des marionnettes animées par les mains invisibles de sondeurs et d'experts en marketing, ils ont tissé leurs toiles dans une jungle médiatique largement irresponsable. Qu'en reste-t-il, au-delà de l'éternelle peur référendaire et des perceptions superficielles de l'idéologie des partis et la personnalité de leurs chefs?

Nous sommes désormais devant le pire scénario. La majorité des anglos reste solidement collée aux libéraux, le parti qui leur ressemble. En face, les Québécois de langue française se retrouvent éparpillés entre cinq partis - le PQ, le PCQ, la CAQ, QS et le PLQ. L'avance du PQ chez les francophones paraît à peine suffisante pour l'obtention d'un mandat majoritaire, essentiel si l'on veut espérer redresser la situation du français et relancer le mouvement indépendantiste.

Au moment où l'urgence d'agir devient incontournable, la remontée malheureuse d'un vieux fond conservateur dans la Beauce, la capitale nationale et sa rive sud risque de torpiller le tout. Un PQ minoritaire ne trouvera pas d'alliés. Ses jours au pouvoir seront comptés et PSPP pourrait avoir à revivre le cauchemar de Pauline Marois. Si le Parti Québécois finit par échapper le ballon et qu'il nous faut attendre quatre autres années pour reprendre la pouvoir, ce sera probablement la fin.

La nation québécoise entamera pour de bon une lente et douloureuse désintégration. Ça va fêter fort dans le West Island et dans la cuisine du Château Laurier, à Ottawa...

vendredi 2 octobre 2026

Monarchie: volte-face des libéraux?

Capture d'écran de La Presse


Quand Paul St-Pierre Plamondon a promis «d'abolir la monarchie au Québec», il y a quelques jours, les principaux reproches sont venus du camp libéral. Charles Milliard a accusé le chef péquiste d'être «chicanier» et de vouloir amorcer une guerre fratricide avec le gouvernement de Mark Carney.

Encore une fois, nos médias ont raté la chance de poser à M. Milliard quelques questions qui s'imposaient. L'an dernier, le 27 mai 2025, pendant la visite de Charles III au Canada, l'Assemblée nationale du Québec avait adopté à l'unanimité une motion (voir ci-dessous) en faveur de l'abolition du «lien entre l'État du Québec et la monarchie britannique».
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La motion avait été co-présentée par Paul St-Pierre Plamondon et Ruba Ghazal mais tous les députés présents - et ils étaient 106 - ont voté en faveur, y compris ceux de la CAQ de François Legault et du Parti libéral, alors dirigé par Marc Tanguay.

Aucun député du PLQ ne s'est levé pour s'opposer - ou même s'abstenir - lors de l'appel du vote. Si on se donne la peine de lire les débats de l'Assemblée nationale on verra que même le quatuor représentant le coeur de l'ancienne Rhodésie royaliste anglo-montréalaise - Désirée McGraw, Jennifer Maccarone, Michelle Setlakwe et Elisabeth Prass - ont officiellement appuyé l'abolition de la monarchie au Québec!

Ces députés (voir liste ci-dessous) représentent les circonscriptions de Notre-Dame-de-Grace, Westmount-Saint-Louis, Mount-Royal-Outremont et Darcy-McGee et sont toutes candidates au scrutin du 5 octobre. Pourquoi nos intrépides représentants des médias n'ont-ils pas demandé à ces braves gens pourquoi leur parti s'attaquent à PSPP pour une prise de position qu'elles avaient appuyé solennellement à titre de députées à l'Assemblée nationale? 
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Évidemment, nous sommes rendus à la dernière semaine d'une campagne où le «tous contre le PQ» est devenu le mot d'ordre, au Québec comme à Ottawa. Les jambettes. Faire peur au monde. Référendum... Instabilité... Affrontements... Les mots qui font peur, à répétition... L'Halloween avant l'heure...

Des chicanes avec Ottawa, il y en a toujours eu et il y en aura toujours, peu importe le parti qui gouverne, tant que le Québec reste pris dans le carcan de la Charte des longs couteaux. La différence, c'est que le PQ se tient debout alors que les autres partis ont l'habitude de s'écraser.

Enfin, retour à la case départ. Un journaliste d'un de nos grands médias demandera-t-il à M. Milliard de justifier sa prise de position sur l'abolition de la monarchie à la lumière du vote unanime du 27 mai de l'an dernier à l'Assemblée nationale?

dimanche 27 septembre 2026

Souvenirs d'espoirs et de barricades...



Je me souviens, à l'automne 1968, durant l'occupation étudiante de la faculté des sciences sociales de l'Université d'Ottawa (québécoise à 80%), des nuits passées à jaser d'avenir, d'indépendance du Québec, en écoutant sur un vieux tourne-disque des albums de Pauline Julien (La suite québécoise), Robert Charlebois, Gilles Vigneault...

Je me souviens, en avril 1970, alors que je couvrais la campagne électorale québécoise comme journaliste du Droit dans la région montréalaise, de l'effervescence patriotique d'une jeunesse sur laquelle le Parti québécois de René Lévesque se hissait pour donner des sueurs froides aux vieux partis et au Canada anglais...

Je me souviens, après la crise d'octobre, de l'élan socialiste et indépendantiste de la CSN où, aux réunions du conseil confédéral, les délégués de tous les coins du Québec - jeunes et moins jeunes - vibraient au rythme combatif et aux paroles mobilisantes de la chanson Québékiss (ce n'est qu'un début, continuons le combat)...

Je me souviens, en novembre 1976, de frissons de fierté en voyant cette foule de 10 000 partisans en liesse au Centre Paul-Sauvé, à Montréal, acclamant l'élection d'un premier gouvernement du Parti québécois. Ce soir-là, j'ai cru que rien ne pourrait nous arrêter. Je voyais déjà le Québec pays.

L'hymne de Stéphane Venne me trotte toujours dans la tête. Il restera toujours pour moi l'hymne du PQ. «À partir d'aujourd'hui, demain nous appartient»*... 

Cinquante ans plus tard, ma génération se dépeuple. Nous avons 75, 80, 85 ans... Je regarde les 20, les 25 ans, et je ne reconnais plus la ferveur du pays, la flamme de libération, la fierté de la langue et de la culture qui nous animaient... Le feu est-il éteint, où suffit-il d'une étincelle pour rallumer les braises?

Où sont passés les chansonniers? Les artistes? Les bardes-poètes? Il y a 60 ans, Paul Chamberland nous fouettait («en la ruelle Saint-Christophe s'achève un peuple jamais né une histoire à dormir debout un conte qui finit par le début»). Gilles Vigneault nous pressait (Je vous entends gronder comme chute en montagne; je vous entends demain parler de liberté). On disait, on écrivait, on chantait le Québec.

À l'aube de la quatre-vingtaine, je porte toujours le vécu de cette époque d'espoir et de barricades. Il doit bien en rester quelque chose. Je lis les journaux, regarde la télé, scrute les réseaux du grand Internet, cherchant quelque fruit de nos racines. Peut-être demain... Comme le chantait Jacques Michel, «un nouveau jour va se lever»...

Mais le 5 octobre vient vite. Très vite.

«Vienne! Vienne! Le temps des victoires!»

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* Lien à la chanson Demain nous appartient - https://www.youtube.com/watch?v=4gikf7oQOwI


samedi 26 septembre 2026

Le 8 septembre 2027: notez cette date!

Source: Statistique Canada, recensement 2026


Si seulement on avait pu savoir le 8 septembre 2026... le Parti québécois aurait facilement élu 80 députés. Ou plus. Mais nous devrons attendre au 8 septembre 2027 pour enfin prendre connaissance des données linguistiques du récent recensement fédéral. Et à moins que Statistique Canada ne tripote les chiffres, ce dont je doute, les résultats seront plus catastrophiques qu'en 2021 pour la langue française, au Québec et encore davantage dans le reste du Canada.

Entre 2021 et 2026, la population du Canada est passée de 36 600 000 à plus de 41,5 millions, soit une augmentation de plus de 13%. De 8,4 millions en 2021, le Québec a dépassé le cap des 9 millions en 2026 (9% de plus). La seule province à majorité française ne représentera plus que 21,6% de la population du Canada (contre 28,7% en 1951). Cela est préoccupant en soi, mais bien moins que l'évolution (disons plutôt déclin) de la langue française.

Historiquement, le Canada se compose de deux majorités unilingues, l'une anglaise, l'autre (principalement au Québec) française. Depuis le recensement de 2021, tout a changé. Les unilingues français sont en minorité même au Québec et leur nombre (en chiffres réels) décline. Alors que les unilingues français représentaient près de 20% de la population du Canada au milieu du 20e siècle, ils n'étaient plus que 11% en 2021. Et si l'accélération de cette chute se poursuit, à peine 9,5% de la population canadienne (et moins de 45% des Québécois) n'aura coché «français seulement» à la question du recensement sur la connaissance des langues officielles.

Pensez-y. Sur plus de 41 millions d'habitants au Canada, le français deviendra une absolue nécessité pour à peine 4 millions (peut-être moins) de personnes situées à près de 98% au Québec. Le gros bon sens dicte que quelqu'un, quelque part, à Ottawa et dans les provinces à majorité anglophone, commencera à s'interroger sur la nécessité d'un bilinguisme mur à mur au gouvernement fédéral. Et à mesure que la jeune génération de Franco-Québécois se «bilinguise» (contrairement aux jeunes anglos-hors-Québec), la pression augmentera en faveur d'une réaffirmation des ex-droits de la langue anglaise au Québec.

Le tableau que les données linguistiques du recensement 2026 nous peindront avec une précision chirurgicale, au-delà de l'agonie de la francophonie historique hors Québec (on la voyait venir celle-là), c'est celui d'un cancer bientôt terminal pour la langue et de la culture françaises dans son seul réduit nord-américain, le Québec. Au recensement de 2021, le nombre d'unilingues français a chuté de 50 000 au Québec, pendant qu'on enregistrait une hausse d'environ 73 000 unilingues anglophones. Cela vous effraie? Ce sera bien pire le 8 septembre 2027...

La dislocation de notre nation française et laïque ne sera pas belle à voir. Le recensement de 2026 écrira en colonnes de chiffres ce que tous et toutes peuvent voir et entendre dans la rue, dans les réseaux sociaux, dans les médias, un peu partout. Pierre Falardeau l'avait bien saisi: «Un peuple qui meurt, ça meurt longtemps.»

Vous savez, comme moi, qu'il n'existe pas une gamme infinie de solutions. Ou on se laisse mourir - lentement - parce que c'est plus facile que prendre en mains sa destinée politique, ou on prend son courage à deux mains pour se libérer enfin d'un carcan constitutionnel qui nous étouffera à coup sûr. Nous serons français et indépendants, ou ne serons pas...

Statistique Canada nous en fera la preuve le 8 septembre, l'an prochain... Espérons que la balle puisse être saisie au bond par un gouvernement péquiste majoritaire...

mercredi 23 septembre 2026

Une «job de bras» à la une...



Ce matin, 23 septembre 2026, en manchette de la page une de l'édition papier, Le Devoir titrait: «Le PQ ciblé par une enquête d'Amnistie internationale». Bizarre de titre, parce que nulle part dans le texte évoquait-on une enquête d'Amnistie internationale sur le Parti québécois. Bien pire, l'article reposait sur un filet fort mince d'information, amplifié par son traitement rédactionnel ainsi que par sa position en haut de la toute première page du quotidien.

Après avoir décortiqué la nouvelle, on s'aperçoit qu'elle se fonde sur un seul fait: un avis juridique produit par des avocats du service juridique d'Amnesty International à Mexico. Dans leur analyse, ces juristes concluent que quatre plaintes déposées contre la Dre Marie-Ève Cotton - du fait qu'elles émanent de personnes liées au PQ et portent sur des critiques du parti - constituent «une preuve manifeste de ciblage et d'un schéma de harcèlement». 

Le reste est fait de réactions et d'interprétations. Quand l'avis juridique a-t-il été rédigé? Hier? Avant? Pour quelle raison? Sait pas. Pourquoi Amnistie internationale Canada francophone, adversaire connu de la laïcité québécoise, a-t-il jeté de l'huile sur le feu en fin de campagne électorale? Sais pas. Aucun journaliste ne semble avoir jugé utile de poser la question à la directrice générale France-Marie Langlois.

Mais revenons au texte. Si je comprends bien, des avocats d'Amnesty International à Mexico croient que le PQ a «manifestement» ciblé et harcelé Mme Cotton. À partir de quelle information ont-ils rendu cet avis? Quelques documents de Mme Langlois? Sont-ils venus vérifier sur place, au Québec? Qui sont-ils, de fait? Sais pas. Aucun journaliste n'a cru bon de s'en informer. Les membres de la presse ont-ils vu cet avis? Le communiqué officiel d'Amnistie internationale Canada francophone n'évoque même pas l'existence d'un avis juridique...

Les plaintes du Parti québécois avaient été rendues publiques en manchette de la une du Devoir la semaine dernière, jeudi 18 septembre, avec la précision qu'aucune d'entre elles n'avait été retenue par le Collège des médecins. Si ce dernier avait jugé bon d'émettre un communiqué et d'intervenir publiquement à la suite de la publication de cet article, ou si Dre Cotton avait répliqué, j'aurais pu comprendre que la réaction soit publiée à la une. Mais Amnistie internationale Canada francophone est un acteur marginal dans cette affaire, un peu loin de sa mission, et son intervention aurait dû être placée dans une page qui reflète son rôle d'intervenant secondaire.

Ce qui rend ce texte si toxique, ce sont les commentaires de la directrice générale France-Marie Langlois. Celle-ci est allée jusqu'à déclarer que les soi-disant pratiques «de harcèlement et d'intimidation» (!!!) du PQ annoncent une «dérive autoritaire» si le parti vient à gouverner après le 5 octobre. Le Devoir a bu goulument ces paroles provocantes, les ajoutant sous le titre de la une, sans demander à Mme Langlois sur quoi elle se fonde pour affirmer une pareille ineptie.

Les journalistes du Devoir et des autres médias québécois connaissent le Parti québécois depuis assez longtemps pour savoir qu'il n'agit d'un parti démocratique, respectueux de la démocratie québécoise, et qu'il n'a jamais par le passé fait le moindrement preuve de «dérive autoritaire». Un journaliste responsable ne laisse pas un intervenant déverser son fiel publiquement sans lui demander des comptes. On a donné ici à Mme Langlois un chèque en blanc. 

Elle en a rajouté, affirmant qu'une dizaine d'autres personnes (aucune nommée!) disaient avoir subi de «l'intimidation» «de la part de membres du PQ» (ils sont près de 40 000...) par des publications sur des réseaux sociaux. Ce n'est pas très fort, vu l'impossibilité de contrôler les agissements de milliers d'individus. Aucun journaliste n'a approfondi. Les réseaux sociaux sont un milieu d'intimidation constante. À peu près tout le monde qui ose y naviguer en abordant des enjeux partisans ou controversés en a été victime. Je parle en connaissance de cause, ayant été à l'occasion ciblé par d'intenses attaques, parfois haineuses, de trolls fédéralistes.

L'article du Devoir aborde les réactions du Parti québécois mais les intègre à la manchette principale, dans la seconde moitié de l'article, sans même daigner ajouter un sous-titre. Professionnellement, un texte et un titre séparés auraient été indiqués, compte tenu de la nature incendiaire des propos d'Amnistie internationale Canada francophone et de la faiblesse de leur dossier contre le PQ.

Je suis déçu et en colère. Nous sommes en droit de nous attendre au respect des plus hautes normes professionnelles à notre quotidien national, Le Devoir. Au lieu de ça, aujourd'hui, on a eu droit à une «job de bras». Rien de plus.

J'oubliais. Dans l'édition numérique, le titre parle du comportement «des troupes du PQ».... Il ne manque que l'uniforme et l'armement, compte tenu du contexte...