jeudi 14 octobre 2021

Élections Calgary et le rejet du français...

Dans son guide à l'intention des électeurs municipaux, Élections Calgary avait inclus - au-delà de l'anglais - des renseignements en dix langues: le chinois simplifié, le chinois traditionnel, l'arabe, le persan, le coréen, le vietnamien, le pendjabi, l'espagnol, l'ourdou (Pakistan) et la tagalog philippin. Pas un mot de français...

À quelques francophones qui s'en étaient plaints au début d'octobre, la ville a répondu: «Nous aurions voulu inclure plusieurs autres langues dans le guide, mais l'objectif principal était de communiquer avec la majorité des communautés calgariennes qui n'ont pas l'anglais comme langue première. Pour la plupart, les personnes qui parlent le français parlent aussi l'anglais et seront donc capables d'obtenir l'information contenue dans le guide.»

Je n'en reviens pas. Quelle clarté. Quelle concision. Toute la dynamique anglo-canadienne résumée en un paragraphe! Je n'aurais pu faire mieux. Tout, vraiment tout y est! Ce petit message d'Élections Calgary illustre à merveille le rejet fondamental du fait français au Canada anglais, et clarifie le besoin de freiner la «bilinguisation» collective du Québec qui mine l'esprit de la Loi 101. Passons en revue les deux éléments de l'argument avancé par Élections Calgary:

1. «Nous aurions voulu inclure plusieurs autres langues dans le guide, mais l'objectif principal était de communiquer avec la majorité des communautés calgariennes qui n'ont pas l'anglais comme langue première.»

On aurait voulu inclure «plusieurs autres langues»... Ainsi le français fait partie, au-delà de l'anglais langue commune et des dix autres précitées,  de ces «plusieurs autres langues» qui traînent ça et là dans le décor linguistique calgarien. Rien de plus. Une langue étrangère, lointaine, que l'on compte de la même manière que celles de toutes les minorités n'ayant pas l'anglais pour langue maternelle ou d'usage.

Par ailleurs, le critère déterminant pour le choix des langues tierces dans le guide électoral était «le souci de communiquer avec la majorité des communautés calgariennes qui n'ont pas l'anglais comme langue première». Ainsi on doit comprendre que l'on choisit les langues (autres que l'anglais) ayant le plus grand nombre de locuteurs, jusqu'à ce qu'on atteigne ou dépasse la majorité des électeurs. Comme on a identifié dix langues dont le français ne fait pas partie, on doit supposer que le français ne fait pas partie du palmarès des 10 langues «premières» à Calgary...

S'ils sont de bonne foi, ils ont commis ici une erreur. S'ils ne sont pas de bonne foi, alors ils ont fait exprès. Parce que le français, peu importe le critère, langue maternelle ou langue d'usage à la maison, fait partie des 10 langues les plus parlées après l'anglais à Calgary selon le recensement fédéral de 2016 (le plus récent disponible). Au chapitre de la langue maternelle, le français, avec plus de 20 000 locuteurs, occupe la 7e position, devant le persan et le coréen qui sont incluses dans le guide électoral. Pour ce qui est de la langue d'usage, le français fait moins bonne figure mais s'accroche toujours à la 9e place, devançant encore le persan et le coréen.

Une chose est sûre. Les Franco-Albertains, pourtant membres d'une collectivité de langue officielle du Canada, se retrouvent sur le même pied que les locuteurs de l'ourdou ou du tagalog. Cela se produit également dans d'autres grandes villes anglo-canadiennes y compris Toronto, Vancouver, Windsor et bien d'autres. On se souvient du maire de Windsor, Ontario, en 2016, laissant entendre que la connaissance de l'arabe pouvait avoir plus d'importance que le français dans sa ville...

2. «Pour la plupart, les personnes qui parlent le français parlent aussi l'anglais et seront donc capables d'obtenir l'information contenue dans le guide.»

Cet argument est le plus insidieux, et si on l'accepte, sa portée est catastrophique, même pour le Québec. D'abord il est vrai qu'à Calgary, l'immense majorité des francophones parlent aussi l'anglais. Mais attendons. Cela est aussi vrai pour l'ensemble des collectivités linguistiques autres que française et anglaise. Il y a à Calgary environ 380 000 personnes ayant une langue maternelle non officielle, et seulement 30 000 d'entre elles ne connaissent pas l'anglais. C'est moins de 10%. Sans aucune traduction, Élections Calgary aurait facilement rejoint plus de 90% des électeurs allophones. Mais c'est un argument qu'on a réservé aux seuls francophones... Hmmm...

Le message central est odieux, et dangereux. On nous dit que le fait pour un francophone d'être bilingue français-anglais constitue une justification pour lui offrir des services en anglais seulement. Il comprend l'anglais. Alors de quoi se plaint-il? C'est un argument difficile à contrer, surtout quand le bilinguisme collectif devient une simple étape vers l'assimilation totale à l'anglais. Il y a de plus en plus d'acceptation, de moins en moins de résistance dans la collectivité.

S'il se répandait, cet argument justifierait l'abolition des services en français dans des villes comme Ottawa, Sudbury, Moncton, Cornwall où des minorités francophones plus nombreuses sont bilingues à plus de 90%. Selon Statistique Canada, Ottawa compte à peine 12 000 unilingues français sur une population de 925 000 (chiffres de 2016). Et les Franco-Ontariens s'assimilent à la vitesse grand V. De l'autre côté de la rivière des Outaouais, à Gatineau, 4e ville du Québec, la majorité des francophones sont bilingues aussi. Peut-être bien à Montréal, également, et la proportion de bilingues y augmente sans cesse. Quand les Franco-Québécois seront bilingues à 90% - et cela viendra - l'argument de Calgary refera surface... chez nous! Et nous n'y pourrons rien!

Voilà pourquoi ce qui se passe à Calgary doit intéresser le Québec. Un jour, peut-être pas si lointain, nos Rhodésiens s'en serviront contre nous si nous n'établissons pas fermement au Québec un territoire où il est possible, pour la majorité des citoyens, de vivre en français seulement. Si on laisse progresser cette idée (fausse) que l'anglais est essentiel pour tous les Québécois, on se retrouvera un jour en train de lutter pour figurer parmi les 10 langues à traduire dans un dépliant électoral de langue anglaise...

-----------------------------------------------

NB Élections Calgary a mis en ligne une traduction française de son guide électoral il y a quelques jours. La situation était embarrassante.


mardi 5 octobre 2021

Racisme systémique. Ça veut dire quoi?

Capture d'écran, La Presse, octobre 2021

Définition de «racisme systémique» dans l'édition 2021 du «Multi dictionnaire de la langue française» de Marie-Éva de Villers, le seul grand dictionnaire québécois et, de ce fait, bien documenté sur l'usage qu'on fait de cette expression en terre nord-américaine:

«Racisme systémique»: Discrimination à fondement racial résultant des objectifs, des procédures ou des pratiques des organisations, des institutions ou des États.»

--------------------------------------------------

Pour ceux et celles qui voient du racisme partout sans vraiment savoir ce que c'est, «racisme systémique» est devenu l'expression passe-partout servant à débusquer tous ces racistes qui refusent de l'avouer et en particulier ceux et celles qui persistent à contester l'application mur à mur du concept de «racisme systémique».

Cet acharnement est particulièrement agaçant quand il vient du Canada anglais et s'adresse au Québec. On a vu récemment, avec le débat fédéral en anglais et ses séquelles, qu'une vaste majorité des Anglo-Canadiens considèrent (de toute évidence) le Québec raciste et certaines de ses lois, discriminatoires. Alors on n'a pas fini de harceler François Legault dans l'espoir de lui arracher le mot «systémique»...

Dans un climat médiatique et sociétal injurieux où n'importe quoi devient n'importe quoi, revenir au dictionnaire constitue un excellent moyen de ramener le débat au rang de dialogue sensé. Et si je propose le Multi dictionnaire, c'est parce qu'il a bonne réputation dans l'ensemble de la francophonie et qu'il est conçu ici, au Québec.

Il s'agit donc, en acceptant la définition ci-haut, d'une discrimination à base raciale «résultant des objectifs, des procédures ou des pratiques des organisations, des institutions ou des États». Pas d'une infirmière ou d'un groupe d'infirmières. Pas d'un policier ou d'un groupe de policiers. Pas d'un prof ou d'un groupe de profs. «Des organisations, des institutions ou des États». Des systèmes, quoi. On dit bien «systémique»...

Un exemple facile? L'esclavage aux États-Unis et les lois «Jim Crow» qui l'ont remplacé jusqu'aux années 1960 dans les États du Sud, c'est du racisme systémique. La discrimination résulte «des objectifs, des procédures ou des pratiques» des États.

Au Canada, les injustices découlant de la Loi sur les Indiens, ou encore l'enlèvement des jeunes Autochtones pour les placer dans des pensionnats où plusieurs ont été maltraités, c'est du racisme systémique. Elles résultent de l'application de décisions gouvernementales fédérales.

Au sens élargi (mais accepté) du mot racisme, les persécutions des minorités canadiennes-françaises et acadiennes dans les provinces à majorité anglaise constituent une forme de «racisme systémique». Elles émanent de lois, ou encore de directives ou règlements organisationnels et institutionnels.

Mais de nos jours, sauf pour la Loi sur les Indiens qui tarde à être abrogée ou modifiée, nos constitutions et lois interdisent formellement le racisme et la discrimination raciale. Nous «systèmes» sont même devenus officiellement antiracistes. Après la mort de Joyce Echaquan à Joliette, le «système» a condamné les comportements, réprimandé les coupables, mis en place des enquêtes et des mesures pour éviter qu'une telle tragédie se reproduise.

Personne ne peut nier l'existence du racisme ou la présence de racistes dans nos sociétés, ainsi que l'urgence de les dénoncer et de mettre fin à leurs pratiques. Mais la présence de racistes au sein d'une organisation, d'une institution ou d'un État ne rend pas l'ensemble raciste. Dans la mesure où les «systèmes» combattent le racisme, on ne peut les taxer de racisme systémique.

À force d'employer l'expression racisme systémique comme synonyme de racisme tout court, ou de discrimination, ou de xénophobie, ou d'autre chose, le débat n'a plus de sens. Quand on ne s'entend plus sur la définition des mots, il n'y a plus de dialogue possible. On peut être antiraciste et refuser l'application ad nauseam de «racisme systémique». 

Alors à la soi-disant gauche qui nous sermonne et aux Anglos qui nous jugent de très, très haut, je dis: assoyons-nous devant un dictionnaire. Après, nous parlerons.


jeudi 30 septembre 2021

On s'écroule ou on résiste?



Quand, en octobre 2020, la professeure Verushka Lieutenant-Duval a voulu expliquer et contextualiser l'insulte raciste nigger dans un cours en anglais à la faculté des Arts de l'Université d'Ottawa - un incident somme toute banal en milieu universitaire - la baraque a sauté: hauts cris, médias sociaux enflammés, pétition de 10 000 signatures, interventions publiques à répétition du recteur Jacques Frémont, manifestations de francophobie, enquête... Alouette...

Mais quand, en août 2021, le cabinet du Vice-recteur (International et Francophonie) de l'Université ottavienne a produit un rapport officiel faisant, entre autres, état de discrimination et d'hostilité face au fait français sur l'ensemble du campus... RIEN!... Le rapport n'a même pas été communiqué aux médias et n'a fait l'objet d'aucune annonce par les autorités universitaires...

Finalement, le réseau franco-ontarien ONFR+ a mis la patte sur le document et rendu le tout public le 28 septembre(1). Diffusée le lendemain par Radio-Canada(2), la nouvelle a pris de l'ampleur et commencé à faire des vagues sur Facebook et Twitter. Et qu'en est-il deux jours plus tard? RIEN! Pas de déclaration publique du recteur ou du vice-recteur à la Francophonie, Sanni Yaya(3), des associations de profs ou d'étudiants, ou d'organisations franco-ontariennes(4). Même pas un article dans le quotidien Le Droit, qui aurait pourtant dû mordre à pleines dents dans ce dossier... La poussière est-elle déjà retombée?

C'est comme ça à l'Université d'Ottawa ces jours-ci... Un incident jugé raciste survient, qu'il le soit réellement ou pas, et on sort l'escouade anti-émeute! Mais pour un rapport d'enquête faisant état de «l'émergence d'une francophobie qui semble prendre ses aises» un peu partout, c'est le silence... À la limite, quelques bruits de criquets...

Quand, au début du secondaire, j'ai mis les pieds pour la première fois dans le grand pavillon Tabaret (l'édifice principal) de l'Université d'Ottawa, en septembre 1959, les francophones formaient près de 65% de la population étudiante. Quand j'ai quitté l'Université après ma scolarité de maîtrise en science politique en 1969, la proportion de francophones dépassait de justesse 50%. En 2021, c'est à peine 29%...

À la fin des années 1960, avant d'être mis en minorité sur le campus, des étudiants de l'Université, ainsi que deux importantes associations franco-ontariennes(5), ont demandé que l'institution devienne unilingue française. Dirigée par un bilingue fanatique, le père Roger Guindon, l'Université a vite repoussé telle horreur. Après, c'était trop tard. La dégringolade s'est accélérée.

Quand deux de mes filles ont étudié en génie à mon ancienne alma mater, années 1990 et 2000, elles ont dû circuler des pétitions pour tenter d'obtenir, en vain, certains cours en français... Quand j'ai assisté, en mars 2016, à un colloque sur le bilinguisme canadien au pavillon Desmarais de l'Université d'Ottawa, on a semblé éberlué au café Starbucks du campus que je veuille commander un breuvage en français... J'en a conclu que l'unilinguisme anglais à cet endroit était accepté de tous... Ce ne sont que deux exemples mais il y en a sûrement des milliers d'autres...

Mais revenons au rapport(6), qui concerne l'ensemble des 43 000 étudiants de l'Université, mais surtout les 15 000 francophones. Les consultations et les recommandations appelleront des gestes concrets et surtout, des changements de mentalités. Des décisions devront être prises et appliquées. Qui aura le plus d'influence sur la prise de décision? 71% de non-francophones (surtout anglophones) ou 29% de francophones? Même si la totalité du 29% était mobilisée, ce qu'elle n'est pas, elle demeurerait une minorité (décroissante) et, tout le monde le sait, les minorités subissent les décisions de la majorité. Avec les structures actuelles, les francophones n'obtiendront à l'Université d'Ottawa rien de plus que ce que la majorité anglo voudra bien leur concéder... La minorité ne décide jamais. Elle subit.

Depuis près de 10 ans, le Regroupement étudiant franco-ontarien (étudiants collégiaux et universitaires), la FESFO (élèves du secondaire), et l'Assemblée de la francophonie de l'Ontario demandent que la gestion de tous les programmes universitaires ontariens en français soit regroupée sous la gouvernance d'une université de langue française. Qu'a-t-on obtenu? Une claque en pleine face avec la création d'un micro-campus à Toronto, là où les étudiants francophones ne sont pas... La grande majorité continue de fréquenter le milieu anglo-dominant de l'Université d'Ottawa, où la situation empire dans l'indifférence... On n'en est pas encore aux coups de sabre de la Laurentian University, mais un jour ça viendra, et il sera trop tard.

À l'Université d'Ottawa comme dans l'ensemble du Canada, les francophones n'auront pas droit à leur moment de «vérité et réconciliation». La majorité anglo-canadienne ne connaît pas la vérité et ne veut pas de réconciliation avec nous. L'élection fédérale du 20 septembre en fait foi. Alors quoi? On s'écroule ou on résiste. Et ces jours-ci, je ne vois pas beaucoup de résistance...

---------------------------------------------------------

(1) voir bit.ly/3AQFw2S

(2) voir bit.ly/3kMDiMj

(3) Sanni Yaya, qui s'identifiait sur sa page Twitter comme «Vice-Recteur International and Francophonie» dans une présentation toute en anglais. Quand je l'ai souligné, il m'a bloqué...

(4) Après rédaction de ce texte de blogue, cette réaction du Regroupement étudiant franco-ontarien (RÉFO) est apparue sur mon fil Facebook: bit.ly/39TJBYo

(5) l'Assemblée provinciale des mouvements de jeunes de l'Ontario français (APMJOF) et l'Association canadienne-française de l'Ontario (ACFO)

(6) voir bit.ly/2WrIqw5



lundi 27 septembre 2021

À l'université, des francophones ou des «bilingues»?



Chez les Franco-Ontariens, comme au Québec ou dans toute société, les masses ne manifestent sur la place publique qu'en temps de crise... Pour le reste, plus souvent qu'autrement, des franges militantes traînent comme un boulet une majorité qui rame même, parfois, à contre-courant de ses propres intérêts... 

Le projet d'université franco-ontarienne en fait foi. Ce qui au début, en 2012, devait aboutir un jour à une gestion «par et pour» les francophones de l'ensemble des programmes universitaires ontariens de langue française s'est transformé au fil des ans, faute de mobilisation, en mini-campus universitaire à Toronto qu'on a pompeusement baptisé Université de l'Ontario français.

En Ontario, l'immense majorité des étudiants universitaires inscrits à des programmes en français fréquentent l'Université d'Ottawa, où il ne semble y avoir aucun intérêt chez les francophones pour une quelconque remise en question du statut bilingue de l'institution ou pour la création à Ottawa d'un campus de langue française sous la gouverne d'une université franco-ontarienne.

Ces derniers mois, après que l'Université Laurentienne eut mis la hache dans de nombreux programmes d'études de langue française, on a pu croire que quelque chose bougeait vraiment dans la région de Sudbury. L'annonce de la transformation de l'Université (bilingue) de Sudbury en institution franco-ontarienne, et son intention de mettre le grappin sur les programmes en français de la Laurentienne, ont fait le tour des actualités.

Mais entre la force d'inertie des deux monstres bilingues (Ottawa et Laurentienne) et l'inertie des collectivités étudiantes de langue française, la poussée risque de s'essouffler vite. On a dévoilé récemment les résultats d'un sondage réalisé en juin 2021 par l'Association des étudiants francophones (AEF) de l'Université Laurentienne, révélant que près de 70% des étudiants francophones à cette institution disent préférer s'inscrire à une université bilingue... même s'ils appuient le concept d'une université de langue française...

Faut-il s'en surprendre dans une province où, sauf quelques régions, les élèves franco-ontariens au primaire et au secondaire se retrouvent trop souvent dans des écoles où l'enseignement est donné en français mais où l'anglais domine dans les couloirs et la cour d'école. Rendus au post-secondaire, près de la moitié sont en voie d'assimilation. Un sondage Léger et Léger de l'ancienne ACFO régionale Ottawa-Carleton démontrait  en 1993 que dans le groupe des 18-24 ans, près de 40% des francophones de la région d'Ottawa s'identifiaient comme «bilingues» et seulement 27% «franco-ontariens»... La situation ne s'est sans doute pas améliorée depuis...

Sur le campus de l'Université d'Ottawa, qui se veut l'Université des Franco-Ontariens et que de nombreux francophones de l'Ontario considèrent comme «leur» université, on n'a pas besoin de tendre l'oreille très longtemps pour comprendre que plus des deux tiers des étudiants ont l'anglais comme langue commune... Or, dans cette ambiance anglo-dominante et clairement anglicisante, on entend chez les francophones un silence assourdissant... Si le sondage de l'AEF de Laurentienne était réalisé à Ottawa, on peut raisonnablement croire qu'une forte proportion de francophones opteraient eux aussi pour une institution universitaire bilingue.

Et surtout n'allez pas croire qu'en tant qu'ex-Franco-Ontarien, aujourd'hui fier Québécois, je veuille dénigrer ou condamner qui que ce soit. Ce qui se passe aujourd'hui en Ontario a de forts échos dans le bassin du Saint-Laurent. Quand le gouvernement Charest a introduit l'anglais intensif au primaire en 2011 (rendait la 6e année bilingue), une immense majorité de la population et des médias a applaudi. Et tous les ans, des milliers de parents franco-québécois veulent que leurs enfants étudient dans un cégep anglais ou à l'université anglaise. Il va falloir légiférer pour endiguer la vague. Le français au Québec est menacé autant par la complaisance des francophones que par la progression parfois agressive de l'anglais. Alors, chers Franco-Ontariens, ne comptez surtout pas sur les milliers de Québécois inscrits dans vos universités bilingues pour mener le combat en faveur d'une gestion universitaire «par et pour» les Franco-Ontariens.

Le recteur de l'Université Laurentienne, Robert Haché, et le porte-parole de la Coalition nord-ontarienne pour une université de langue française, Denis Constantineau, ont touché au coeur du problème en reconnaissant, tous deux, que «c'est bel et bien l'identité de toute une communauté qui est en jeu». La question, c'est de savoir si les futures générations de Franco-Ontariens seront, sur le plan identitaire, des francophones ou des «bilingues». S'ils auront une identité ou une double identité. Individuellement et collectivement. La glissade vers un bilinguisme identitaire collectif, prélude à la perte du français, est amorcée depuis le Règlement 17, il y a plus de cent ans.

Dans son Histoire de la province de Québec, l'auteur Robert Rumilly rappelle les débats de 1938 entourant la participation éventuelle du Canada à une guerre européenne, mettant aux prises un Canada anglais largement participationniste et un Canada français majoritairement abstentionniste. L'Assemblée législative de l'Ontario avait adopté une résolution guerrière et Rumully écrit: «Les députés franco-ontariens votèrent la motion comme les autres (...) car l'école bilingue, les journaux de langue anglaise, l'atmosphère ontarienne et le zèle officieux des chefs avaient développé parmi les Franco-Ontariens une mentalité différente de l'esprit québécois», différente de celle qui prévalait «lors de la résistance héroïque au Règlement 17».

Avance rapide à l'automne 2021. Ce qu'on a appelé l'Université de l'Ontario français et qui ne l'est pas vient d'ouvrir ses portes avec quelques centaines d'étudiants dont la majorité n'est pas originaire de l'Ontario. L'Université française de Sudbury vient de débuter avec aucun étudiant, pour le moment. La quasi-totalité des effectifs étudiants francophones inscrits dans des universités ontariennes fréquentent des universités bilingues ou anglaises. Et à peu près personne, sauf quelques voix dissidentes et/ou militantes, ne semble s'en offusquer. Le combat de l'Ontario français à l'universitaire est clairement identitaire. Comme il l'est au Québec, où la victoire est loin d'être acquise même si nous sommes majoritaires.

La bataille est perdue dans le sud de l'Ontario où, sauf  pour le vieux quarter français de Welland, les collectivités francophones ne sont plus qu'une note en bas de page. Les yeux sont maintenant tournés vers Sudbury, où la plus récente «coalition» franco-ontarienne ne semble pas avoir perdu de vue l'objectif de regrouper les programmes de langue française sous une seule bannière, avec une gestion «par et pour» les francophones. La question, c'est de savoir si le nouveau recteur Serge Miville (Université de Sudbury) et ses troupes peuvent compter sur l'appui des étudiants franco-ontariens, et notamment ceux et celles de la Laurentienne. En Ontario, les dés politiques sont pipés en faveur des deux monstres bilingues, et sans un appui massif des collectivités étudiantes et citoyennes de l'Ontario français, les chances de succès sont quasi nulles.

Si les Franco-Ontariens ne réussissent pas à compléter leur pyramide scolaire avec une université digne de la relève que s'efforcent de préparer les collèges, les écoles secondaires et les écoles primaires de langue française, à quoi auront servi toutes ces luttes depuis un siècle? Le drapeau franco-ontarien flottera-t-il un jour sur des universités de langue française à Ottawa et à Sudbury? Demandez aux Acadiens quelles auraient été les conséquences de ne pas avoir obtenu leur Université de Moncton. C'était là aussi, essentiellement, une question d'identité. 



vendredi 24 septembre 2021

LA question... Ignorance, hostilité, mépris...

Capture d'écran du Journal de Montréal

Si l'élan vers l'indépendance du Québec ne retrouve pas un peu de sa vigueur après la campagne électorale fédérale de 2021, nous sommes cuits. Jamais les enjeux n'ont-ils été aussi clairs. «LA» question d'ouverture de l'animatrice Schachi Kurl au débat anglais des chefs de parti a étalé au grand jour, une fois pour toutes, l'ignorance, l'hostilité et le mépris de la majorité anglo-canadienne à l'endroit de la nation québécoise.

Cette fameuse question (voir photo ci-haut) m'a fait sursauter quand je l'ai entendue le soir du débat, le 9 septembre. J'ai d'abord cru avoir mal compris. Puis je me suis dit que l'animatrice s'était laissée emporter par ses propres préjugés. Mais non... Dès le lendemain, on a su que les questions avaient été préparées par un consortium médiatique et la société de sondages Angus Reid, dont Mme Kurl est la présidente. Elle avait lu un texte vénéneux sur lequel tous s'étaient mis d'accord!

Et les auteurs de cette question n'étaient pas des deux de pique... Le consortium du débat en anglais était formé de représentants des réseaux CBC, CTV, Global et APTN, en collaboration avec la direction d'Angus Reid. Que ces gens aient rédigé eux-mêmes ou pas le libellé des questions, ils en étaient directement responsables. Ils ne se sont d'ailleurs jamais excusés... Ils ne semblent même pas comprendre pourquoi les Québécois pourraient être offusqués...

Alors voici, pour ces bonzes médiatiques et savants sondeurs d'opinion publique, un cours 101 de décorticage de mensonges. D'abord l'intro à la question: «Vous niez que le Québec a des problèmes avec le racisme», dit Mme Kurl à Yves-François Blanchet. Première fausseté: M. Blanchet a reconnu (comme tout le monde) qu'il existe des problèmes de racisme au Québec. Racisme «systémique»? Ça, c'est autre chose. Mais toujours est-il que l'animatrice établit des le départ qu'on parle de racisme dans sa question.

Poursuivons. Mme Kurl dit: «mais vous défendez des lois comme les lois 96 et 21 qui marginalisent les minorités religieuses, les anglophones et les allophones». L'animatrice n'a pas dit ces lois «racistes». Elle n'avait pas besoin de le faire, ayant déclaré au départ que le thème de la question était le racisme. Les lois 96 (défense du français) et 21 (laïcité) étaient donc nécessairement des manifestations de ce «problème de racisme» au Québec... Et elle le savait...

Provenant de personnalités médiatiques pan-canadiennes et d'une maison de sondage nationale, ces affirmations témoignent d'une ignorance crasse de la réalité québécoise et reflètent sans doute les préjugés (pour ne pas dire le racisme) que véhicule la presse anglo-canadienne à l'endroit du Québec depuis plus de deux siècles. Sinon ces gens auraient su que la langue française, étant menacée même au Québec, a besoin de protection et de promotion, et que la laïcité de l'État, loin d'être discriminatoire, favorise l'égalité de tous les humains et constitue un rempart contre l'intrusion abusive des religions. Et qu'à cet égard, les lois 96 et 21 sont fort modérées, pour ne pas dire faibles.

Quoiqu'il en soit, le consortium ne dit pas dans sa question que ces lois sont vues par plusieurs Anglo-Canadiens comme des instruments de marginalisation des minorités religieuses, anglophones et allophones, mais bien qu'elles SONT des instruments de marginalisation des minorités religieuses, des anglophones et des allophones. Cela contrevient à tous les principes journalistiques que j'ai appris et démontre que même chez les journalistes, à force de dire des mensonges on finit par les croire et les énoncer comme des évidences.

Finalement, la question se termine par une proposition aussi venimeuse dans sa formulation que fausse dans sa conclusion. D'abord ce ton condescendant: aidez-nous, s'il vous plaît, à expliquer aux Anglo-Canadiens pourquoi vous êtes comme vous êtes. À notre altitude morale, nous sommes incapables de voir ce qui se passe si bas, dans vos ruelles tribales. Puis le coup de massue: pourquoi votre parti (le Bloc québécois) soutient-il ces lois discriminatoires? Pas des lois vues comme étant discriminatoires par le public anglo-canadien, mais bien des lois qui SONT, de toute évidence, discriminatoires. De la part d'un consortium médiatique qui se veut sérieux et professionnel, ce type d'agression est impardonnable!

Bon! Voilà pour le décorticage... On aurait pu espérer, à la suite du tollé de protestations en provenance du Québec et même, sur le tard, des autres chefs de parti fédéraux, un examen de conscience de l'animatrice et des membres du consortium médiatique. Mais non! On persiste et on signe. Dès le lendemain, Mme Kurl joue presque à la victime: «Je voulais que M. Blanchet puisse informer (les Canadiens à l'extérieur du Québec) sur le "pourquoi" derrière l'appui à ces lois. Il s'est froissé: ainsi soit-il.» L'opportunité de s'expliquer, d'informer? Je connais la différence entre une attaque et un dialogue, et quiconque lit la question originale sait qu'il ne s'agissait pas ici d'une amicale ouverture à l'information. Si Mme Kurl ne voit pas cette différence, elle ne la verra jamais...

Le Groupe de diffusion des débats en a rajouté! (voir bit.ly/3yWrr2l) «La question de Mme Kurl concernant la Loi 21 et le projet de loi 96 du Québec a été posée à M. Blanchet pour lui donner l'occasion d'expliquer le point de vue de son parti sur ces lois. La question portait explicitement sur ces lois. La question n'affirmait pas que les Québécois sont racistes.» C'est vrai. Ce  n'est pas dit ainsi. Mais le sens est là. La question porte sur le racisme. On affirme le caractère discriminatoire des lois qui marginalisent les minorités religieuses, les anglophones et les allophones. Et après, on demande à M. Blanchet d'expliquer pourquoi il appuie des lois que l'animatrice a déjà taxées de discriminatoires (par extension, racistes) et qui, tout le monde le sait, sont soutenues par une forte majorité de francophones au Québec. Un plus un égalent deux...

Enfin, la cerise sur le gâteau... Six jours après le débat, la firme Léger publie un sondage transcanadien (voir bit.ly/3o3IVYx) sur la célèbre question de Mme Kurl et on découvre que l'attitude injurieuse du consortium des débats anglais à l'endroit du Québec est partagée par plus de deux tiers de la population anglo-canadienne. En effet, quelque 69% des Canadiens hors Québec ont trouvé la question «appropriée», alors que 65% des Québécois sont en désaccord. Les deux nations se contredisent aussi quant à l'effet des lois 21 et 96. Et enfin, 73% des Canadiens hors Québec croient que la langue française n'est pas menacée «au Canada»!!! 73% des Québécois estiment qu'elle l'est. Les recensements successifs de Statistique Canada donnent raison aux Québécois. Mais comme les médias anglo-canadiens n'en parlent à peu  près jamais...

Alors voilà! La question empoisonnée n'était pas une erreur ou un moment de folie. Elle était murie, réfléchie, voulue. Ils nous regardent de très haut depuis des générations. Ils se voient supérieurs, et n'hésitent pas à nous le faire savoir. Hors Québec, ils ont persécuté la langue française pour notre bien... Pour nous élever, comme aurait dit Durham, au même niveau que les anglophones... S'ils le pouvaient, ils mettraient la hache dans toutes ces lois 101, 21, 96 et autres. Et peut-être le peuvent-ils. Ils ont historiquement eu Ottawa et ses tribunaux comme alliés. Ils sont la majorité. Nous sommes la minorité. Une minorité décroissante, en plus. Dans ce pays, nous perdrons toujours. Et maintenant nous savons ce qu'ils pensent de certaines de nos lois à caractère identitaire. Nos valeurs d'égalité, de laïcité, de protection et promotion du français frapperont toujours un mur avec notre demi-État le plus souvent à genoux.

Et, comme disait Angus Reid lui-même, cette semaine (voir bit.ly/2XVEqoq), «tant pis pour l'hystérie entourant la question de la discrimination dans le débat anglais!» Vous avez bien lu: hystérie! Pas d'acte de contrition, pas d'excuses, pas de remise en question. En plus d'être racistes, nous voilà hystériques...

Sans un pays à notre image, nous savons ce qui nous attend. Le débat anglais n'était pas très subtil à cet égard. Le Québec-bashing se porte et se portera très, très bien...


mercredi 22 septembre 2021

«Le Bloc rate sa cible». Et les autres?

Dans le monde médiatique anglo-canadien, on s'y attend. «LA» question controversée au débat anglais n'est que la pointe d'un iceberg géant et permanent. Mais même au sein de la presse francophone, on a parfois tendance, il me semble, à se montrer plus sévères et exigeants envers le Bloc québécois qu'avec les autres partis. Combien de fois, depuis 2011, a-t-on quasiment effacé le BQ de la carte ou remis en question sa pertinence?

Durant la campagne électorale qui vient de prendre fin, tous nos scribes ont noté que le Bloc espérait décrocher une quarantaine de circonscriptions.  J'espère qu'ils ont aussi consigné dans leurs calepins ou tablettes que les trois autres grands partis - les libéraux de Justin Trudeau, les conservateurs d'Erin O'Toole et le NPD de Jagmeet Singh - avaient comme objectif de former le prochain gouvernement. Le Parti libéral voulait désespérément 170 sièges ou plus - la majorité. Le PCC et le NPD voulaient tous les deux engranger plus de sièges que leurs adversaires, et ainsi gouverner le pays... Des cibles bien plus ambitieuses que celle du Bloc québécois...

Or, voici (dans les 4 photos ci-dessous) les titres que propose La Presse sur son site Web dans la nuit suivant le scrutin. Le Bloc a-t-il raté sa cible? Bien sûr! Aux dernières nouvelles, il avait élu 34 députés, deux de plus qu'en 2019 mais six de moins que les 40 espérés. Alors quand on écrit «Le Bloc rate sa cible», on n'a pas tort. Mais il manque 12 députés aux libéraux de Justin Trudeau pour devenir majoritaires. Ils ont aussi raté leur cible. Et que dire des conservateurs et du NPD, auxquels il manque des dizaines et des dizaines d'élus additionnels pour clamer réussite. Eux aussi ont magistralement raté leur cible.

L'excellent Joël-Denis Bellavance, de La Presse aussi, a offert une solide analyse des résultats intitulée Le début de la fin de l'ère Trudeau (bit.ly/3AyfVvn), mais elle n'apparaît pas sur la première page de la couverture électorale du journal. Faut dire qu'en l'absence de journaux imprimés, mieux ficelés sur le plan de la présentation de l'actualité, il n'est plus toujours facile de faire la part des choses dans la jungle Internet sur nos écrans...

Enfin, seul le Bloc Québécois a eu droit au titre de nouvelles super négatif, à l'affirmation en gros caractères de son échec. On aurait pu titrer «Trudeau rate sa cible», «O'Toole rate sa cible» et «Singh rate sa cible». Ils les ont ratées encore plus que le Bloc québécois... Enfin... Au surlendemain des élections, les médias s'interrogent sur sur la possibilité de contestations du leadership de Trudeau, O'Toole et Singh... Personne ne remet en question la chefferie du Bloc. Voilà peut-être le meilleur indicateur de l'atteinte ou de la non-atteinte des objectifs électoraux de chacun des principaux partis...

....................................................................

Le Bloc

Le PLC

Le PCC

Le NPD

Titres du site Web de La Presse du 22 septembre 2021

mardi 21 septembre 2021

À chaque jour, un mot de plus...

Désirant me renseigner davantage sur le Québec des années 1930 et 1940, j'ai ressorti ma collection (malheureusement incomplète) de l'Histoire de la province de Québec, rédigée par le vieil historien conservateur Robert Rumilly, et couvrant, en 41 volumes, la période entre 1867 et 1945.

J'ai lu, coupe-papier à la main, les 257 pages non coupées du volume XXXVII, portant sur les années 1938-1939 du premier gouvernement Duplessis. Je reviendrai dans un autre texte de blogue sur les actualités de l'époque qui, sous certains aspects (litiges constitutionnels, sort de la langue française, laïcité de l'État, rapports gauche-droite, situation mondiale), demeurent fort instructifs pour les débats de l'heure en 2021.

Cette redécouverte d'une époque révolue en amena une autre, tout aussi agréable: le plaisir de retrouver ou d'apprendre des mots qu'on ne voit plus au 21e siècle dans le vocabulaire de plus en plus mince de nos salles de rédaction. Il me semble que certains de ces mots méritent de retrouver leur place dans les médias d'aujourd'hui. En voici trois qui ont capté mon attention.

rogaton

Je cite Rumilly à la page 127:

«Un député (du parti au pouvoir) peut, à la rigueur, se conduire en automate à la législature, voter des lois sans les comprendre; il ne peut absolument pas perdre ses rogatons de patronage!»

Le mot signifie des bribes de nourriture, les restes d'un repas, un peu comme les miettes de la table. Le sens est clair ici.  De nombreux députés ministériels accordaient plus d'importance aux outils de réélection (notamment le patronage) qu'à leurs devoirs législatifs...

Quand Trudeau se promenait, pendant des mois avant la campagne électorale, distribuant des bonbons pré-électoraux d'un bout à l'autre du pays avec les deniers publics dans un but évident de réélection, il me semble que le mot «rogaton» aurait pu servir quelque part...

trigauder

Le débat sur l'attitude que prendra le Canada en cas de guerre européenne fait rage en 1938. De nombreuses pétitions réclament la neutralité du pays. Rumilly commente, à la page 211: «Certaines déclarations ministérielles (du gouvernement de Mackenzie King) semblent le promettre. D'autres déclarations ministérielles l'écartent nettement. Le gouvernement trigaude ainsi depuis trois ans.»

Le verbe «trigauder» signifie agir avec duplicité, de manquer de franchise, se servir de détours.

Durant la campagne électorale fédérale qui vient de se terminer, dans certains dossiers comme les vaccins obligatoires, l'interdiction des armes à feu ou le racisme et la laïcité au Québec, trigauder aurait pu enjoliver de nombreux comptes rendus médiatiques...

morigéner

En 1939, la situation financière de Montréal est tragique. Voici ce qu'écrit Rumilly à la page 244: «La Ville ne pourra peut-être pas payer ses fonctionnaires, ni secourir les chômeurs. Les banquiers morigènent le maire de Montréal: "La ville emploie trop de fonctionnaires. Quand nous avons des employés en trop, nous les renvoyons." "Oui, réplique le maire Camilien Houde, vous les renvoyez et c'est nous qui les nourrissons."»

Le verbe «morigéner» signifie réprimander, sermonner.

Il me semble que le soir du débat anglais de la campagne électorale, les journalistes auraient pu affirmer que l'animatrice Schachi Kurl et la cheffe des Verts, "Ennemie" Paul, avaient morigéné le chef bloquiste et, par extension, la nation québécoise...

...........................

J'oserais lancer un défi à notre classe journalistique: utiliser l'un (ou l'ensemble) de ces mots dans un reportage. On les trouvera étrange(s) la première fois. Un peu moins la deuxième. Un jour, peut-être, seront-ils couramment employés... et notre vocabulaire s'enrichira.