Lettres du front
mercredi 22 juillet 2026
À la prochaine génération, le néant...
lundi 20 juillet 2026
Du 6e étage au rez-de-chaussée pour cueillir mon Devoir...
Voilà! Le 8 juillet, Ginette et moi avons quitté la maison que nous avions fait construire en 1988 pour habiter au 6e étage du nouveau complexe Cinq23 dans l'est de Gatineau. Nous déballons toujours des boîtes, des meubles n'ont pas encore été livrés, et dans certains couloirs, des appartements conservent l'allure de chantiers de construction. Mais un lent retour à la normale, si telle chose existe, semble s'amorcer.
Mon premier rite matinal: m'habiller, enfiler mes espadrilles, marcher sur les tapis neufs des couloirs jusqu'aux ascenseurs et descendre au rez-de-chaussée pour cueillir mon exemplaire du Devoir, à l'entrée principale. Je le trouve au sol, bien seul, mon numéro d'appartement écrit au marqueur en haut de la une. Jusqu'à maintenant, personne ne me l'a piqué...
Le plus désolant, cependant, c'est que je ne voie à côté de mon Devoir aucun autre journal papier. Pas de Journal de Montréal, pourtant populaire ici, ni même d'exemplaire d'un des deux quotidiens de langue anglaise d'Ottawa. Il y a un demi-siècle, six jours sur sept, mon ancien journal, Le Droit, était livré par camelot à plus de la moitié des foyers de langue française du grand Gatineau. Aujourd'hui, il prend la forme d'un babillard numérique en temps réel.
J'ai vérifié avec la direction de l'entreprise propriétaire des 144 appartements du Cinq23. Ils ont confirmé que je suis le seul locataire à recevoir un journal papier. Sur mon ancienne rue résidentielle, ces dernières années, je crois bien que le camelot du Devoir et du Journal de Montréal ne s'arrêtait qu'à notre adresse, vers les 4 heures du matin.
On me répondra que la plupart des gens s'informent aujourd'hui au moyen d'un écran et j'en conviens, même si j'ai la conviction que le numérique n'a pas les qualités requises pour remplacer la fiabilité des journaux imprimés. Mais l'existence numérique du Droit à Gatineau, ou de tout autre média d'information, ne garantit en rien la présence d'autant de lecteurs qu'auparavant. Dans la jungle fragmentée de l'Internet, aucun camelot virtuel ne sonne à votre porte.
Il était jadis possible de vérifier, pour tous les quotidiens, les chiffres exacts de l'abonnement. Ainsi, vers la fin des années 1970, on savait qu'environ 50 000 résidents de l'Outaouais et de l'Est ontarien payaient pour recevoir Le Droit à domicile. En multipliant par trois, on pouvait estimer le nombre de lecteurs à 150 000, plus ou moins. Selon les données les plus récentes du Centre d'études sur les médias (voir lien en bas de page), Le Droit déclare 171 000 lecteurs numériques en 2023-2024, mais cela ne semble pas vérifié de façon indépendante et ne correspond aucunement au nombre d'abonnements payants, qui n'est pas divulgué.
Si la moitié des foyers francophones de Gatineau payaient pour s'abonner au média numérique Le Droit, celui-ci le claironnerait sur tout les toits. Il en va de même pour les autres anciens quotidiens de Gesca-Capitales Médias-CN2i à Québec, Saguenay, Trois-Rivières, Sherbrooke et Granby. Je suis fortement tenté de conclure que l'abandon du papier a entraîné, pour des centaines de milliers d'anciens abonnés, un abandon des habitudes de lecture traditionnelles et leur remplacement par des visites plus souvent qu'autrement irrégulières (et gratuites) sur les sites Web des médias d'information.
J'espère avoir tort mais mon solitaire petit Devoir matinal laissé près de la porte d'entrée n'augure rien de bon.
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Lien au Centre d'études sur les médias de l'Université Laval - https://www.cem.ulaval.ca/economie/nature-de-loffre/presse-quotidienne/
dimanche 5 juillet 2026
Congé de blogue
samedi 4 juillet 2026
La table près de la fenêtre…
vendredi 3 juillet 2026
Rue des souvenirs, maison des souvenirs…
Cet après-midi, après nous avoir donné un fier coup de main dans nos préparatifs de déménagement, ma fille Véronique se préparait à reculer sa voiture. Elle s’est arrêtée net, sortant de l’auto avec son cellulaire pour prendre la photo ci-dessus…Elle avait sans doute la conviction qu’il fallait immortaliser ce moment…
À voir le résultat, je crois que son réflexe était opportun. J’ai eu beau fouiller dans mes souvenirs, je ne crois pas que Ginette et moi ayons posé seuls auparavant devant cette maison - le 16 Brazeau - que nous habitons depuis sa construction en 1988. Et là, nous la quitterons dans cinq jours. Il était grand temps qu’on croque ce cliché…
J’ai pensé à la chanson Rue des souvenirs des Cowboys fringants, faite sur mesure pour cette rue et ce quartier de Gatineau. Les maisons, chantent-ils, « conservent l’âme de tous ceux qui y ont vécu ». En regardant le garage vidé derrîère nous, en devinant les pièces dénudées et les boîtes empilées attendant un nouveau chez-soi, je me demande s’il y restera un peu de nos âmes…
Je devrai y penser, en regardant cette image d’un vieux couple devant une maison qui n’est plus tout à fait la leur…
jeudi 2 juillet 2026
La manchette est un questionnaire…
mercredi 1 juillet 2026
Les livres d'histoire ne servent plus à grand-chose...
1er juillet 2026...
La trilogie est complète. Avec la publication, aujourd'hui, de son message de la Fête du Canada, succédant à ceux de la Journée du multiculturalisme (27 juin) et de la Saint Jean-Baptiste (24 juin), l'Assemblée de la francophonie de l'Ontario (AFO) vient d'étaler en trois versements un aperçu de sa vision de l'Ontario français au sein du Canada de 2026. Et de mon point de vue, elle est inquiétante.À la fin de mon texte de blogue du 27 juin (voir lien en bas de page), je concluais, après lecture des communiqués officiels sur la Journée du multiculturalisme et de la Saint Jean-Baptiste, que «le discours public des dirigeants franco-ontariens trahit leur passé, sabote le présent et laisse l'avenir à l'abandon». Le message ci-haut de l'AFO à l'occasion de la Fête du Canada (le meilleur des trois) vient malheureusement confirmer mes perceptions.
Après un début prometteur visant à souligner 411 ans de présence française en Ontario, l'AFO dit: «Depuis des générations, les francophones participent à la construction, au développement et à l'enrichissement de notre société.» On aurait pu écrire quelque chose comme: depuis plus d'un siècle, les Franco-Ontariens (aujourd'hui on préfére francophones, ça fait plus inclusif...) luttent pour leur droit d'étudier, de travailler et de vivre en français, et ainsi pouvoir, dans leur langue (officielle), participer à la construction, au développement et à l'enrichissement de la société.
La Fête du Canada ne doit pas occulter l'histoire des combats passés et actuels des Franco-Ontariens. Si, comme l'AFO l'écrit avec raison, «le français parlé en Ontario demeure l'un des plus précieux héritage que nous transmettons aux générations futures», elle a aussi le devoir de toujours rappeler à l'ensemble du pays et aux nouveaux arrivants que cet héritage a été acquis de haute lutte. Par des mamans avec des épingles à chapeau, par des collectes de fonds pour la survie des écoles françaises, par des mouvements et grèves d'étudiants pour obtenir une gouvernance franco-ontarienne de leurs institutions. Et bien plus.
Le communiqué de l'AFO ajoute: «En le valorisant (le français), en le protégeant et en le faisant rayonner, nous contribuons à bâtir un Canada plus inclusif, plus fort et plus fidèle à sa dualité linguistique.» On ouvre ici, tant soit peu, une fenêtre sur la réalité en évoquant le besoin de valoriser et de protéger le français en Ontario. Et, par la bande, le statut officiel du français au Canada qui lui confère primauté sur les langues non officielles, même quand les ressortissants de ces autres langues dépassent en nombre les francophones. Faudrait insister davantage.
Cette dualité fondamentale est par ailleurs absente du titre du message: «La fête du Canada: l'Ontario français, au coeur de notre identité nationale». NOTRE identité nationale? Ai-je bien compris? Les Franco-Ontariens participent à une identité nationale pan-canadienne? Telle chose n'a jamais existé. La fête nationale des Franco-Canadiens, y compris en Ontario, a toujours été la Saint Jean-Baptiste. Peut-être peut-on concocter une identité canadienne, mais pas une identité nationale. Deux, peut-être, une anglaise, une française (non je n'oublie pas les Autochtones).
Historiquement, et même aujourd'hui, seuls les Anglo-Canadiens ont vu le Canada comme leur «nation». Ottawa est leur capitale nationale. Avec près de 80% de la population, après tout, c'est leur pays. Ce sont eux qui gouvernent, qui décident. Toujours. La nation française du Canada, concentrée au Québec (lui-même devenu nation), a toujours été minoritaire, et jamais égale en dépit de son statut officiel. Les Franco-Ontariens en savent quelque chose! Alors quand l'organisation représentant la plus importante minorité de langue française au Canada demande de célébrer la fête de «notre cher pays» les 1er juillet, je me dis que les livres d'histoire ne servent plus à grand chose.
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Lien à mon texte de blogue du 27 juin sur la Journée du multiculturalisme - https://lettresdufront1.blogspot.com/2026/06/multiculturalisme-1-saint-jean-baptiste.html
Lien à mon texte de blogue du 24 juin sur la Saint Jean-Baptiste https://lettresdufront1.blogspot.com/2026/06/je-suis-bouche-bee.html
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Épilogue...
Rappel de mon texte de blogue du 11 décembre 2014, portant sur les fêtes du 1er juillet 1967 (centenaire du Canada) et des objections d'un groupe de jeunes Franco-Ontariens dont j'étais, ainsi que de la réaction des dirigeants franco-ontariens.







