samedi 4 avril 2026

Faire ses Pâques?

4 avril 2026...

pages de mon missel quand j'étais enfant de choeur, il y a 70 ans


Il y a 70 ans, en 1956, Pâques a été célébré le dimanche 1er avril. J'avais neuf ans et depuis peu, j'étais enfant de choeur à l'église toute neuve de la paroisse Notre-Dame-des-Anges, dans un petit quartier francophone d'Ottawa appelé Mechanicsville.

Je me souviens des grandes cérémonies religieuses des Jeudi et Vendredi Saint, ainsi que la longue et tardive Veillée pascale. Église bondée, prières latines apprises. C'était le chemin de Croix, puis la résurrection. Le sommet du calendrier liturgique dans l'Église catholique. C'était aussi la fin du carême, le festif repas familial du dimanche de Pâques et... les chocolats Laura Secord. 

Qu'en reste-t-il, en ce début d'avril 2026??? Les hauts points religieux de ma semaine pascale auront été la réception d'une lettre d'invitation des Témoins de Jéhovah, une heure ou deux de visionnement de Jésus de Nazareth et de Ben-Hur sur la chaîne Prise2 de TVA (commandités par les vendeurs du temple aux 15 minutes...), et une brève pensée à la crucifixion vers 15 h 30. Une demi-heure en retard...

Suis-je seul à avoir abandonné la pratique religieuse, sans pour autant renier les fondements de mes croyances d'enfant? Sans doute pas, au rythme où les clochers qui marquaient nos territoires jadis tombent sous le pic des démolisseurs ou se transforment en résidences pour personnes âgées, en centres communautaires ou même en commerces.

Encore cette semaine, Radio-Canada Ottawa-Gatineau présentait un reportage sur les dix années d'efforts des citoyens de Montebello (Petite-Nation) pour sauver l'église Notre-Dame-de-Bonsecours au coeur de l'ancienne seigneurie de Louis-Joseph Papineau. Réussiront-ils où tant d'autres ont échoué? Prions en choeur...

La valeur historique ou patrimoniale des églises québécoises et canadiennes-françaises a permis d'en protéger un certain nombre, parfois envers et contre les volontés de l'Église catholique comme ce fut le cas pour les églises Saint-François d'Assise et St-Joseph d'Orléans, dans la capitale fédérale. Mais cela me semble davantage l'exception que la règle.

Les Franco-Ontariens ont perdu depuis 2010 l'église Ste-Anne, épicentre de la lutte des Franco-Ontariens contre le Règlement 17 dans la Basse-Ville d'Ottawa, et l'église St-Charles de Vanier, lieu de fondation de l'Ordre de Jacques-Cartier. Sur la rive outaouaise, les deux co-cathédrales de l'archidiocèse de Gatineau, une dans le secteur Hull, l'autre dans l'ancienne ville de Gatineau, ont été converties en résidences privées pour personnes âgées.

La religion catholique aura été pendant plus de 300 ans l'un des ciments de notre petite nation francophone d'Amérique du Nord. Désormais, il ne reste que la langue française, ainsi que les braises, parfois fumantes, des valeurs chrétiennes d'antan, transformées et polies dans notre transition vers une société et un État laïc. Cette rupture a toutefois laissé des cicatrices qui ne guérissent pas...

Tout de même, ce Samedi Saint, nos enfants, leurs conjoints et les petits-enfants seront rassemblés sous le toit familial une dernière fois (nous avons vendu la maison) pour célébrer Pâques. Cela prendra, pour les plus jeunes (qui ne sont presque plus des enfants), la forme de la traditionnelle chasse aux oeufs de Pâques. Pour les adultes ce sera toute la joie des trop rares retrouvailles et d'un grand souper pascal en famille. Et bien sûr les chocolats Giacomo (et Laura Secord)!

Un temps pour oublier, quelques heures, avec les proches, les malheurs qui assaillent notre petite planète et qui semblent parfois noircir l'horizon à l'infini. Je laisse, pour conclure, ce beau message pascal de l'archevêque de Gatineau, Paul-André Durocher, que je trouve fort opportun:

«Pâques annonce qu'un monde nouveau est en train de naître. Ce n'est pas le temps de laisser vaciller la lumière des petites étoiles que nous sommes. Ensemble, semons sa lumière malgré les ténèbres qui nous assaillent. Que ce temps de fête soit un temps d'espérance et d'engagement renouvelé à la suite du Christ.»

«Joyeuses Pâques!»


Amen!




vendredi 3 avril 2026

Les histoires du Canada...

3 avril 2026...

numérisation de la page 4 du Devoir du 26 mars 2026

Au mois de mai 1964, à l'âge de 17 ans, j'ai mis les pieds pour la première fois dans la bibliothèque du Bureau fédéral de la statistique (ancien nom de Statistique Canada), sur la rue Parkdale à Ottawa, à une centaine de mètres de la maison où j'avais grandi, et de l'école franco-ontarienne que j'avais fréquentée jusqu'en 1959.

Quel rapport, direz-vous, avec la photo ci-dessus et le sujet qu'elle aborde? Attendez... ça viendra.

Toujours est-il qu'ayant complété mon année pré-universitaire en sciences sociales à l'Université d'Ottawa, j'avais décroché un emploi d'été dans la fonction publique fédérale. Et on m'affecta, curieusement, à l'organisme dont l'édifice principal avait été construit sur un pâturage (celui de M. Tunney) qui nous avait servi de terrain de jeux depuis notre enfance.

Dès ma première semaine de travail à «DBS» - acronyme de Dominion Bureau of  Statistics (personne n'employait le nom français, Bureau fédéral de la statistique) - j'ai découvert un monde qui, pour la première fois de ma vie, m'obligeait à interagir tous les jours avec des Anglo-Canadiens, rarement bilingues.

Statistique Canada avait embauché deux étudiants à la bibliothèque centrale: moi, Ottavien francophone, et un étudiant anglophone en droit de l'Université de Toronto, de trois ou quatre ans mon aîné. Après seulement quelques discussions avec mon «collègue» torontois, j'ai compris que nous n'avions à peu près rien en commun: ni la langue, ni les antécédents sociaux, ni l'éducation, ni les repères culturels, ni le même pays (et j'étais Ontarien...).

Comme de raison, les étincelles ont jailli dès qu'on s'est mis à parler d'histoire du Canada. Voilà le lien avec le texte du Devoir. Ne me demandez pas comment on en était venu à évoquer les combats de Louis Riel et des Métis de l'Ouest, mais tout de go, il traita Riel de «meurtrier» ou d'«assassin». Non, me suis-je dit, mais d'où sort ce type? «Louis Riel est un héros et un martyr», lui ai-je répondu.

Nous ne nous sommes jamais vraiment entendus là-dessus, mais il apparaissait clair que l'histoire du Canada enseignée à Steve n'était pas celle que j'avais apprise. Dans les écoles franco-ontariennes catholiques, comme sans doute dans les écoles québécoises de langue française, on mettait davantage l'accent sur la présence française en Amérique du Nord - le régime français d'abord, puis l'évolution de la «nation canadienne-française» au sein de la Confédération.

Je ne sais pas ce que Steve et ses ami(e)s engrangeaient dans les cours d'histoires des écoles anglaises, mais le résultat n'était pas de nature à lui faire apprécier l'apport des francophones à l'histoire d'un Canada qu'ils voyaient essentiellement comme un prolongement Canadian de la monarchie britannique. Notre conquête était leur victoire. L'histoire faisait d'eux des impérialistes et de nous (les francos) des colonisés...

Nous n'avons jamais eu besoin de savantes études professorales pour savoir que «les Canadiens n'apprennent pas tous la même histoire». et que les différences tenaient bien plus à la langue et à la culture des historiens et des enseignants qu'à la province d'origine. À l'intérieur même de mon ancienne province, l'Ontario, l'histoire enseignée aux francophones avait sans doute plus en commun avec l'histoire dispensée aux autres francophones minoritaires (peut-être même celle enseignée au Québec) qu'avec le curriculum des anglos.

Le bibliothécaire en chef de Statistique Canada à l'époque, Bernard A. Ower, avait vécu en Alberta avant d'emménager à Ottawa. Il avait passé sa vie dans les livres. Il était passionné par l'histoire du pays, et avait réussi à assimiler les points de vue des deux nations qui se chamaillaient depuis 200 ans au Canada. Il sympathisait avec les francophones, je crois. Il était fier d'une lettre qu'il avait écrite au Globe and Mail dans laquelle il proposait de fusionner la fleur de lys et la feuille d'érable, pour créer une «maple fleur»... 

Un des bibliothécaires était originaire de la Pologne, docteur en histoire, devenu réfugié pour échapper aux armées hitlériennes. Il m'a raconté pendant de longues heures l'écartèlement historique de sa chère patrie polonaise et les nombreux malheurs qui s'abattent sur les nations incapables de se défendre contre des ennemis supérieurs en force. Je ne sais pas ce qu'il aurait enseigné aux jeunes Québécois (il parlait français) mas je soupçonne que le RIN aurait eu des tas de recrues...

J'ai rencontré aussi à Statistique Canada un autre employé dont le caractère avait été façonné par son apprentissage de l'histoire du Canada anglais et de la Grande-Bretagne. Sa francophobie se manifestait par une aversion pour le général de Gaulle (et ça c'est trois ans avant le Vive le québec libre). La plus lourde croix que Churchill a dû porter durant la 2e Guerre mondiale, disait-il, c'était la Croix de Lorraine... Nous n'avons jamais osé parler du Québec...

En règle générale, dans mon patelin natal (Ottawa), les anglos étaient sortis de leurs cours d'histoire du Canada avec un net sentiment de supériorité envers les Franco-Canadiens, vaincus en 1760 et tenus en laisse depuis. En 1964, à Statistique Canada (et encore aujourd'hui), la langue de travail était l'anglais. Les patrons étaient anglophones. Beaucoup de commis et de secrétaires parlaient français... 

Les auteurs de l'étude sur les curriculums d'histoire à travers le Canada semblent croire que les variations contribuent à alimenter les tensions entre provinces. Peut-être, mais j'en doute. Alimenter les tensions entre francophones et anglophones, entre le Québec et le reste du pays? C'est déjà mieux comme hypothèse. Quand j'entends un anglo parler de l'histoire du Canada, je ne saurais vous dire s'il est originaire du Yukon, du Manitoba ou de la Nouvelle-Écosse...

Il m'apparaissait clair quand j'avais 17 ans qu'on enseignait deux histoires nationales, la nôtre et la leur. Peut-être trois si on ajoute la nation acadienne. Les différences entre les curriculums d'histoire des provinces anglaises sont-elles significatives? Peut-être bien, mais pas au point d'occulter la dimension bi-nationale du problème. Évidemment, avec l'affirmation constitutionnelle et sociétale du multiculturalisme contemporain, le débat traditionnel sur l'histoire du Canada risque bientôt d'être relégué aux livres... d'histoire.

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jeudi 2 avril 2026

À 11 jours du scrutin dans Terrebonne...

2 avril 2026...

capture d'écran du site Web Le Devoir - voir lien en bas de page



J'ai suivi avec une certaine inquiétude les campagnes du Parti québécois dans les quatre partielles tenues depuis le scrutin de 2022. En glanant l'information transmise au compte-goutte par les médias, il semblait que le PQ les ait toutes gagnées en privilégiant des thèmes locaux et régionaux.

Je ne suis pas expert, mais j'estimais cette stratégie erronée, la remontée péquiste depuis quatre ans s'étant largement appuyée sur une relance musclée du projet d'indépendance nationale, désormais hissé au grand mat du vaisseau amiral des souverainistes.

En tête dans les sondages, le parti de Paul St-Pierre Plamondon a remisé l'audace, craignant peut-être que la cause de l'indépendance, et surtout un horizon référendaire redouté, fasse chuter sa popularité. L'arôme du pouvoir a tendance à calmer la rhétorique électorale.

Ces jours-ci, l'avance du PQ fond comme neige au soleil et rien ne garantit que dans une nouvelle partielle, miser sur des débats locaux aurait les mêmes résultats, surtout dans des circonscription avec une proportion appréciable d'anglophones ou d'anglicisés.

Les anglos et les électeurs en voie d'anglicisation, peu importe l'origine géographique, raciale ou ethnique, voteront en grande majorité pour les libéraux. Pour la plupart d'entre eux, le PQ sera toujours le parti des séparatistes, et aucun enjeu local, si puissant soit-il, ne leur fera cocher la case d'un candidat de PSPP au bureau de scrutin.

L'occasion manquée par le PQ de porter le débat électoral sur le terrain des valeurs québécoises et de la souveraineté dans ses partielles semble en voie de se répéter ces jours-ci au fédéral avec l'élection partielle de Terrebonne, qui a lieu dans 11 jours!

Contrairement à la situation durant les partielles québécoises, le Bloc québécois ne mène pas dans ls sondages. Libéraux et bloquistes ont terminé à égalité le 28 avril 2025, et depuis ce temps la cote du parti de Carney semble avoir grimpé de quelques points. Selon les sondeurs de QC 125, Le Parti libéral détient une micro-avance...

Or, selon les plus récentes informations, le Bloc semble croire que le projet de TGV d'Alto sera la question de l'urne. Il en fera donc son enjeu principal. J'espère que les troupes d'Yves-François Blanchet ont raison et que cet enjeu peut les transporter à la victoire, mais dans des débats régionaux, seul le parti gouvernemental a l'avantage de pouvoir réaliser ses promesses et de délier les cordons de la bourse.

Encore une fois, je ne suis pas expert, mais de mon réduit frontalier à Gatineau, il m'apparaît que la défense du projet souverainiste et des grands chantiers de la langue et de la laïcité doivent être propulsés à l'avant-plan. C'est là qu'on trouve les points faibles de la bande à Carney et de ses candidats et candidates au Québec.

Au programme du Bloc, dans la section intitulée Choisir le Québec, on écrit: «Choisir le Québec, c'est choisir des femmes et des hommes qui partagent nos aspirations, nos ambitions et nos rêves». C'est «choisir la langue française, sa culture, son identité». Voilà la cible à viser dans la circonscription de Terrebonne.

Le gouvernement libéral à Ottawa dépense près de 100 millions $ tous les ans pour angliciser le Québec, combat jusqu'en Cour suprême nos lois sur la langue française et la laïcité, notre utilisation de la clause dérogatoire de la Constitution des longs couteaux, et envahit sans gêne les compétences constitutionnelles québécoises, notamment en santé et en éducation.

Il faudra talonner la candidate libérale en l'obligeant à répondre sur ses engagements envers le Québec, comme représentante québécoise à Ottawa. Appuie-t-elle ou non la laïcité de l'État québécois? Appuie-t-elle ou non les mesures de renforcement de la langue française? Appuie-t-elle les dizaines de millions offerts tous les ans aux Anglo-Québécois alors que le français est en déclin?

Au-delà du projet de TGV, majeur certes, le Bloc doit faire comprendre aux électeurs francophones (près de 90% de la population) qu'élire une libérale, c'est envoyer à Ottawa une ennemie de «nos aspirations, de nos ambitions et de nos rêves».  C'est voter contre soi-même! 

Quand les avocats du gouvernement Carney se présentent devant la Cour suprême pour torpiller notre seul droit de véto constitutionnel et saboter les Lois 21 et 96, ils affirment parler au nom des Québécois qui ont élu des représentants libéraux à Ottawa. Cette fois, ils ne doivent pas pouvoir dire: regardez, les Terrebonniens sont des nôtres... 

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mercredi 1 avril 2026

Les poissons d'avril dans notre coin...

1er avril 2026...

L'origine du «poisson d'avril» se perd dans la nuit des temps mais sa première apparition dans les dictionnaires remonterait à 1718 dans le Dictionnaire de l'Académie française. On y mentionne la locution «donner du poisson d'avril», dont la signification serait d'«obliger quelqu'un à faire quelque démarche inutile pour avoir lieu de se moquer de lui». Si vous voulez en savoir davantage allez lire Wikipédia (lien en bas de page) ou d'autres sources abondantes sur le Web.

Toujours est-il que le 1er avril est devenu dans les médias un jour de canulars provenant d'institutions publiques, d'organisations privées ou d'individus, chacun se surpassant pour tenter d'attraper des lecteurs ou auditeurs crédules, ou tout simplement de faire rire. J'en ai fait une petite collection à conserver sur mon blogue, toutes provenant de la région de Gatineau et d'Ottawa. Deux d'entre eux, cependant, ne sont pas des «poissons d'avril»...

1. Le Festival Outaouais en fête, principal organisateur des spectacles de la Fête nationale du Québec (St-Jean) dans la région de Gatineau, n'y est pas allé de main morte. Pas de péché véniel ici, on y va tout droit au pire des péchés mortels...


2. La Ville de Gatineau n'a pas trouvé le temps d'annoncer un plan d'action pour endiguer le déclin du français dans la métropole outaouaise durant le Mois de la francophonie, mais elle a mis en ligne sur sa page Facebook cette invitation fantaisiste de venir nager avec des tortues...



3. Le Cégep de l'Outaouais annonçait ce 1er avril que désormais, les étudiants et étudiantes porteraient des uniformes bleus en denim,, «conçus et assemblés ici même à Gatineau». Pantalons, jupes, shorts, casquettes, tout y est! L'avenir, semble-t-il, est au denim...



4. La ville d'Ottawa en a apparemment attrapé plus d'un avec cette annonce de la découverte d'un «enregistrement» du colonel John By remontant aux années 1830, l'époque de la construction du canal Rideau. On ne dit pas s'il s'agissait d'un ruban magnétique, d'un disque, d'un CD ou ou d'une clé USB des temps anciens...


5. La Société de transport de l'Outaouais, pas reconnue pour son sens de l'humour, a proposé cette solution de rechange aux carburants traditionnels. Elle a mal choisi son année... les érables n'ont à peu près pas coulé durant un mois de mars neigeux et gris... En digne représentant d'une région allergique au fleurdelisé, elle a pavoisé sa pub avec pas moins de neuf feuilles d'érable rouges...


6. Le Bloc québécois, carburant sur le départ quelque peu précipité de Michael Rousseau, a proposé cette blague opportune en ce premier jour d'avril: la nomination de son porte-parole en langues officielles, Mario Beaulieu, comme président et chef de la direction d'Air Canada. Ce dernier promet d'apprendre l'anglais d'ici cinq ans... Bien pensé!



7. Tourisme Outaouais a décidé de lancer un message obscur avec un mot que personne ne connaît pour vanter l'Outaouais. Et pour bien ajouter à la confusion de langage une égale confusion de l'image, elle fait croire que l'Outaouais se trouve sur la colline parlementaire et quelque part dans le centre-ville d'Ottawa. C'aurait pu être un poisson d'avril, mais ce ne l'est pas...


8. L'Université du Québec en Outaouais propose pour sa part un thème digne des hautes sphères intellectuelles dans lesquelles elle navigue. Elle annonce un nouveau programme comprenant des thérapies de groupe pour «intelligences artificielles» souffrant «d'épuisement»... Après tout, si j'étais «Grok», je serais déprimé d'avoir Elon Musk comme grand patron...


9. La Cité collégiale d'Ottawa en a trouvé une bonne. Un étudiant aurait déplacé les grandes lettres du logo extérieur (LA CITÉ) du collège franco-ontarien pour déclarer son amour à une certaine ALICE... Et comme le dit ce canular Facebook, «on veut la suite de l'histoire»...


10. Les Jeux du Québec - région Outaouais y sont allés avec leur propre blague en modifiant les couleurs des uniformes des athlètes pour cesser de partager le bleu et or avec Chaudière-Appalaches. Comme agencement de couleurs, c'est le summum du mauvais goût... Pas sûr que ça pognerait... 


11. La Municipalité régionale de comté du Pontiac, bien connue comme prolongement d'une région où les francophones sont depuis longtemps sacrifiés sur l'autel d'une bonne entente qui ne profite qu'aux anglos, a inventé une nouvelle langue publicitaire pour les ex-francophones qui baragouinent toujours quelques mots de leur héritage... Tristement, cette image de 2022 n'est pas un poisson d'avril...




À l'an prochain!!!

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mardi 31 mars 2026

Cher Avi Lewis...


31 mars 2026...




Cher Avi Lewis,

J'ai lu avec grand intérêt les reportages sur votre élection au poste de chef du Nouveau Parti démocratique du Canada, ce 29 mars. Vous pourriez sans doute être étonné de recevoir ce courrier d'un Québécois péquiste jusqu'à la moelle, mais je pense que vous auriez intérêt à méditer mes réflexions sur l'avenir de votre parti, et du Canada.

Surprise, surprise, j'ai déjà été membre du NPD en 1968, alors que vous étiez bébé. La carte de membre (voir image) fait toujours partie de mes souvenirs de l'époque. Âgé de 22 ans, Ottavien de naissance, j'étais à la fois militant franco-ontarien, partisan de l'indépendance du Québec, et bien sûr, socialiste.

Les libéraux fédéraux venaient d'élire comme chef - et premier ministre - un ennemi juré du Québec, Pierre Elliot Trudeau. Le NPD m'apparaissait sympathique aux francophones et davantage ouvert au dialogue avec la gauche québécoise. De plus j'aimais bien Tommy Douglas. Alors me voilà membre du NPD-Ontario...

L'année suivante, devenu journaliste et membre de la presse parlementaire à Ottawa, j'ai laissé tomber mes affiliations politiques, celle du NPD et, aussi, la carte du Parti québécois auquel j'avais cotisé à la fin de 1968. Des centaines de Franco-Ontariens avaient joint les rangs du PQ, qui a dû créer une section hors-Québec...

En 1970, durant la crise d'octobre, au moment du vote officiel sur l'adoption de la Loi sur les mesures de guerre, j'étais fier de voir 16 néo-démocrates, y compris votre grand-père David Lewis, refuser de se lever aux Communes pour entériner les affirmations mensongères au sujet d'une soi-disant insurrection appréhendée au Québec. 

Pour ce seul geste, les 16 néo-démocrates qui ont bravé l'arrogance de Trudeau et enduré la condamnation de l'opinion publique occuperont une place d'honneur dans l'histoire du Canada. Je m'en souviens comme si c'était hier.

Et pourtant, en dépit de son ouverture historique à la francophonie et de sa défense courageuse des droits humains, le NPD n'a jamais réussi à devenir une partie intégrante de l'ADN politique québécoise. La vague orange de 2011 fut l'affaire d'un seul homme, Jack Layton, adopté par le Québec tout entier après son interview à l'émission Tout le monde en parle de Radio-Canada. Partout les gens votaient pour Jack en cochant la case des candidats néo-démocrates.

Au fil des décennies, le NPD fédéral a démontré son ignorance systématique de l'histoire et de la culture nationale du Québec. Une exception: la déclaration de Sherbrooke de 2005, dépoussiérée parfois pour séduire les Québécois mais ignorée pour le reste du pays. De fait, les priorités néo-démocrates sont souvent celles qui tiennent le moins compte des particularités québécoises.

La langue française d'abord. Malgré l'abondante bonne volonté des dirigeants du NPD, l'âme du parti reste essentiellement anglo-canadienne, forgée dans les Prairies, renforcée par son expansion au-delà des Rocheuses et en Ontario. La greffe québécoise a échoué. Vous faites des efforts, mais justement, ça reste des efforts, et ça paraît. Le seul député québécois qui vous reste, Alexandre Boulerice, s'est dit «déçu» de la place du français dans votre course à la chefferie.

Votre programme ensuite. Vos priorités reflètent celles du Canada anglais, davantage porté à voir son gouvernement «national» à Ottawa et à accepter de centraliser des pouvoirs constitutionnellement dévolus aux provinces - soins de santé, garde d'enfants, logements, transport en commun, contrôle des loyers, etc. La nation québécoise voit depuis toujours ces priorités comme étant du ressort de son gouvernement national, Québec.

À l'exception de la Déclaration de Sherbrooke, restée lettre morte même durant la vague orange de 2011, le NPD n'a jamais compris ce concept de deux nations vivant côte à côte sous le même parapluie constitutionnel. Je ne sais pas combien de temps M. Boulerice restera député néo-démocrate mais clairement il perçoit cette lacune. C'est peut-être pour cette raison qu'il vous a invité à «venir parler aux Québécois» pour «mieux comprendre le Québec».

Ne croyez-vous pas le temps venu, pour le NPD, de scruter son ADN et d'accepter le fait que dans sa nature même, il incarne le Canada anglais dans ce qu'il a de plus progressiste. S'il faut, pour préserver la majorité anglo-canadienne de son propre déclin culturel, de son américanisation accélérée, lancer de grands chantiers pan-canadiens sous un leadership «national» à Ottawa, alors que le NPD s'assume comme défenseur et porte-parole du Canada anglais. Qu'il laisse le Québec gérer seul, en français, en collaboration, ses propres chantiers.

Le Bloc québécois représente au Québec une force politique tout aussi progressiste, sinon plus, que le NPD sur le plan fédéral. Il est mieux placé que le NPD pour concurrencer les deux grands partis de droite, les libéraux et les conservateurs, de plus en plus indissociables. Le Québec est désormais perdu pour les néo-démocrates et à force d'essayer de satisfaire le pays tout entier, le NPD risque de rater son ultime chance de rallier au Canada anglais les forces de progrès social, menacées à la fois par les vieux partis capitalistes et par l'ombre sinistre de Donald Trump.

Je vous souhaite, M. Lewis, à vous et à votre parti, de retrouver la vigueur qui animait la gauche Canadian à l'époque de Tommy Douglas et de votre grand-père. Mais si vous tentez d'imposer vos visées centralisatrices au Québec, si vous méprisez nos valeurs, notamment la laïcité, vous allez frapper un mur. Alors M. Boulerice a raison. Venez rencontrer les Québécois (améliorez votre français un peu, d'abord). Si vous arrivez à comprendre la dynamique nationale québécoise et que vous en tirez les conclusions qui s'imposent, alors... Tiens, je vous laisse terminer cette phrase...


lundi 30 mars 2026

Le français à Gatineau... Motus et bouche cousue...

30 mars 2026...

capture d'écran du site Web du journal Le Devoir


Avant-hier, j'ai publié sur mon blogue un texte dénonçant l'emploi du néologisme anglais bleisure (contraction de business et pleasure) dans le titre d'une publicité de Tourisme Outaouais en page 5 du Devoir du samedi 28 mars. Voir le lien à ce billet en bas de page.

Mon commentaire a été vu par près de 2000 abonnés de Facebook et X-Twitter et a suscité des centaines de réactions d'internautes, dans la région et un peu partout au Québec. Je m'attendais à une mini-levée de boucliers, un peu comme ce fut le cas pour le slogan On passe au BOLD de la ville de Gatineau en 2024, mais après 48 heures c'est le silence total.

Je n'au vu au sein du public aucun élan de protestation contre cette insulte à la langue française. Aucune explication ne semble avoir été fournie par Tourisme Outaouais pour ce massacre linguistique. Et bien sûr, comme d'habitude, aucun membre de notre anémique conseil municipal n'a élevé la voix pour remettre les pendules à l'heure...

Faut-il s'en désoler. Oui! Faut-il s'en surprendre? Non!

Il y a quelques semaines, la ville de Dieppe, au Nouveau-Brunswick avait adopté une stratégie détaillée pour contrer la diminution du nombre de résidents ayant le français comme langue maternelle. L'objectif était de créer un environnement propice à la vitalité du français dans cette municipalité majoritairement acadienne.

La semaine dernière, le 25 mars, reconnaissant que la situation du français s'était détériorée dans la métropole, la mairesse Soraya Martinez Ferrada a profité du Mois de la francophonie pour dévoiler un plan d'action quinquennal (2026-2030) ayant pour objectif de valoriser la langue française à Montréal. 

Le Mois de la francophonie se termine demain 31 mars et à Gatineau, où la détérioration du français atteint des proportions alarmantes, presque catastrophiques au centre-ville, la mairesse Maude Marquis-Bissonnette et son conseil municipal ont annoncé... rien! RIEN! Pas de constat de l'existence d'un problème, pas de mesures de francisation, pas de conférence de presse... RIEN!

S'étant fait taper sur les doigts pour l'utilisation du mot anglais BOLD dans leur slogan municipal il y a deux ans, les dirigeants de la métropole de l'Outaouais auraient dû être les premiers à intervenir pour rappeler à Tourisme Outaouais que bleisure est non seulement un mot anglais, mais aussi un mot quasi inconnu pour la quasi-totalité de la population, y compris les anglophones.

J'ai cherché sur le site Web de la ville de Gatineau pour trouver une mention du Mois de la francophonie ou des mesures récentes en réaction à l'anglicisation rapide du centre-ville. Je n'ai rien trouvé. Peut-être ai-je cherché avec mes yeux d'homme, comme on dit... Une des pages Web de la ville explique cependant que le centre-ville est «un lieu qui s'inscrit en tant que composante francophone du centre de l'agglomération d'Ottawa-Gatineau»!!!

Avec-vous bien lu? Le centre-ville de Gatineau est devenu une composante de «l'agglomération d'Ottawa-Gatineau». C'est-à-dire une composante du centre-ville d'Ottawa!!! Au rythme du déclin actuel du français dans ce secteur, on pourra bientôt rayer le mot «francophone» de la phrase. Dans notre petit royaume frontalier du vivre-à-genoux, l'idée d'effacer l'appartenance québécoise du coeur de Gatineau trouverait des milliers d'adeptes.

Verra-t-on au moins quelques organismes de défense de la langue française intervenir sur la place publique pour rappeler à la ville de Gatineau ses obligations linguistiques (les mêmes qu'à Montréal) et aussi pour reprocher à Tourisme Outaouais de nous faire passer pour des colonisés avec leur pub anglicisée?

Ah... si Jean-Paul Perreault était toujours président d'Impératif français, les médias se feraient chauffer les oreilles...
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dimanche 29 mars 2026

Le Droit... De 27 mars en 27 mars...

29 mars 2026...

capture d'écran du journal Le Droit du 27 mars 1976, site Web de la BAnQ. Le Droit a été fondé le 27 mars 1913.

À chaque 27 mars, je songe à mon ancien quotidien, Le Droit. Je revois l'édifice de la rue Rideau, (aujourd'hui démoli) dans la Basse-Ville d'Ottawa, où je suis entré par hasard un matin de mai 1969 dans l'espoir d'y cueillir un emploi d'été avant de terminer ma maîtrise en science politique, et d'où je suis sorti une heure plus tard comme journaliste, un métier que je n'avais jamais envisagé auparavant et avec lequel je suis spontanément tombé en amour.

Je repense à cette salle des nouvelles bruyante et enfumée qui abritait plus d'une trentaine de journalistes, jour et nuit; à la frénésie en fin de matinée, alors qu'approchait l'heure de tombée de l'édition d'après-midi; aux vieilles machines à écrire noires de marque Underwood, qu'aucun clavier d'ordinateur ne saurait rivaliser; à l'arôme encre et papier des premières copies encore chaudes du journal, vers 14 heures; au bonheur indéfinissable de zieuter sa signature au début d'un article qui serait vu par 150 000 lecteurs.

Nous étions au paradis et nous ne le savions pas. Aujourd'hui quand je constate que Le Droit papier n'existe plus, disparu en semaine le 24 mars 2020 au début de la pandémie, que le quotidien numérique a lui aussi sombré en avril 2023 un mois après la dissolution de l'entreprise, et qu'il ne reste qu'un babillard Web peu convivial ayant conservé la bannière Le Droit avec une équipe réduite de vaillants et braves journalistes, je m'ennuie et je vais fouiner dans les vieilles éditions conservées sur le site Web de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ).

En ce début de printemps 2026, j'ai décidé de reculer d'un demi-siècle et de consulter l'édition de 92 pages grand format du samedi 27 mars 1976. «64e année, No. 1», peut-on lire en haut de la page une sous le prix d'achat au kiosque: 35 cents. J'étais à l'époque chef du «Bureau de Hull», une petite salle des nouvelles du Droit située sur la rive québécoise où travaillaient cinq journalistes et une secrétaire. Notre territoire de chasse comprenait essentiellement les villes de Hull, Gatineau et Aylmer avant les ultimes fusions de 2002.

Dans les pages du 27 mars 1976, j'ai retrouvé trois textes portant ma signature, dont un reportage pleine page sur un ancien curé (1910-1918) de la paroisse Notre-Dame (vieux Hull), le père oblat Arthur Guertin. Je ne me souviens plus du tout d'avoir préparé ce papier, mais j'ai pris beaucoup de plaisir à le relire, tellement les propos de cet ancien curé se sont avérés prophétiques. Il y a 50 ans, en 1976, on aurait pu croire qu'il s'agissait d'un observateur contemporain. Même en 2026, les commentaires du père Guertin au sujet de ce qu'on appelle désormais centre-ville à Gatineau demeurent brûlants d'actualité.

Brève mise en contexte. Le projet d'incorporer Hull-Gatineau-Aylmer à un district fédéral englobant la ville d'Ottawa circule depuis plus d'un siècle. Il ne s'est jamais réalisé mais les braises fument parfois. Par contre, au début des années 1970, le gouvernement fédéral a envahi le centre-ville de Hull, y bâtissant des tours pour fonctionnaires (surtout anglais) après avoir rasé trois ou quatre rues ouvrières francophones. C'était le début. Expropriations. Démolitions. L'église Notre-Dame a flambé. Les quartiers riverains ont vu champignonner des tours d'habitation parfois luxueuses à mesure qu'on rasait les maisons allumettes. Le Vieux Hull sera bientôt à majorité anglaise alors que les francophones sont refoulés vers le nord et l'est de la ville. En 2026, les ouvriers francophones ne sont plus chez eux à l'ombre des tours...

Retour vers le passé à 1912, l'année où, sur l'autre rive, le Règlement 17 interdisant les écoles franco-ontariennes entrait en vigueur. L'année précédente, la population d'Ottawa avait appuyé très majoritairement le projet de création d'un district fédéral. Et bien sûr les partisans affirmaient qu'en y ajoutant un petit coin du Québec, «il serait possible de faire plus grand et plus beau». C'est alors qu'intervient le curé Guertin en publiant une lettre ouverte dans le quotidien anglais The Citizen d'Ottawa. Rappelons que Le Droit ne serait fondé que l'année suivante, le 27 mars 1913.

Son message contre toute forme de district fédéral est clair. «Si la ville de Hull entre dans le district fédéral dans quelques années, écrit-il, nos gens seront forcés d'émigrer ailleurs. Pourquoi? Il suffit d'observe ce qui se passe dans les grandes villes du Canada pour voir la population ouvrière irrésistiblement refoulée vers les faubourgs. À mesure que la richesse envahit le centre, la pauvreté doit reculer.» Et ce déplacement, lent ailleurs, se fera ici à grande vitesse, prédit-il.

Par ailleurs, poursuit le père Guertin, évoquant la choquante répression des Franco-Ontariens, «une cruelle expérience nous a appris que le seul écrin capable de protéger nos droits contre la haine des fanatiques et la lâcheté des politiciens, ce n'est ni le fameux "fair play" des Britanniques, ni l'équité naturelle, ni même le sens commun, c'est la force brutale d'une majorité compacte. Cette majorité favorable pour nous n'existe que dans notre très chère province de Québec. Restons-y et vivons en paix!»

«Nous avons un bon gâteau à manger et bous aimerions le partager avec vous», avait lancé un des promoteurs ottaviens du district fédéral. Le père Guertin lui a répondu avec des mots que j'aurais aimé moi-même écrire: «Le monsieur est fort aimable, mais puisqu'il nous met dans la position du pauvre chien maigre, mais libre, qu'un chien aristocrate et dodu voudrait endoctriner, je lui répondrai, moi, que j'ai peur du collier et que j'aime mieux ma liberté

Enfin, le curée de la paroisse Notre-Dame estime que les exigences d'une «ville modèle» comme celle qu'on voudrait bâtir dans un district fédéral rendraient le logement trop coûteux pour les ouvriers hullois. «La hausse du coût de la ville rendra impossible la construction de maisons pour eux. Vous ne pourrez même pas résider ici comme locataires», dit-il, comme s'il pouvait voir ce qui commençait déjà en 1976 et qui se concrétise en 2026.

Mon reportage était annoncé à la une, à côté de la manchette du jour intitulée La CCN est un obstacle au développement de Hull. La CCN, c'est la Commission de la capitale nationale, un organisme canadien qui s'appelait autre fois Commission du district fédéral... En 1976, l'acquisition de parcelles de territoire et l'invasion de spéculateurs immobiliers faisaient déjà obstacle à toute tentative de développement rationnel de l'ancienne ville de Hull. C'est bien pire en 2026.

Mon dernier texte comme syndiqué serait signé dans l'édition des fêtes de la Saint-Jean de 1977. La semaine suivante, je me retrouverais chef des nouvelles et une nouvelle aventure débuterait... J'y reviendrai un jour...