samedi 14 février 2026

«L'Ontario français est gravement menacé» (Gérard Pelletier, 1969)

14 février 2026...

Notez l'erreur... c'est bien L'Assemblée et non L'Association...


Pour les besoins de la cause (celle de l'unité canadienne bien sûr), les dirigeants fédéraux ne parlent à peu près jamais de l'agonie du français dans la majorité des provinces à majorité anglaise, et même dans plusieurs régions limitrophes du Québec, en Ontario notamment.

Quiconque jette un sérieux coup d'oeil aux données des recensements fédéraux comprendra qu'en 2026, la situation des Franco-Ontariens a dépassé le stade d'alarmant pour atteindre le seuil du catastrophique, quoiqu'en disent les gouvernements fédéral ou ontarien et les organismes de l'Ontario français.

Chaque année, Ottawa débourse le sourire aux lèvres, l'optimisme hissé bien haut, des millions de dollars pour assurer ce qu'on appelle «la vitalité» ou la «pérennité» de la «communauté» franco-ontarienne et pour montrer «sa volonté de préserver la langue et la culture des Franco-Ontariens ainsi que d'en appuyer le développement».

Pas pour éviter l'abime de l'assimilation totale, pas pour réparer les injustices historiques et actuelles, pas comme réponse à une analyse objective du vécu des collectivités ontaroises... Ce serait avouer un péril susceptible de miner l'adhésion des Québécois à la fédération... Donc, langue de bois et pays des merveilles sont toujours au menu...

Mais le verbe fédéral n'a pas toujours été si doucereux. J'ai retrouvé dans ma documentation un discours prononcé le 8 mars 1969 à Toronto par Gérard Pelletier, ministre dans le premier gouvernement de Pierre Elliot Trudeau, M. Pelletier s'adressait à l'Assemblée provinciale des mouvements de jeunes de l'Ontario français (APMJOF) «pour dire ce que ce que le gouvernement fédéral avait l'intention de faire pour les Franco-Ontariens».

J'ai assisté en personne à ce discours, étant Franco-Ontarien à l'époque et, aussi, membre de l'équipe de direction de l'APMJOF. Et, le relisant, j'y ai trouvé une franchise enterrée depuis longtemps dans les milieux politiques et bureaucratiques de la capitale fédérale. La conférence de M. Pelletier avait eu lieu moins d'un an après l'annonce, par le gouvernement ontarien, de la création d'un réseau primaire et secondaire d'écoles françaises à travers la province. Une première pelletée de terre sur le cercueil du règlement 17, si l'on peut dire...

«Mais ces mesures sont encore toutes récentes, elles restent timides alors que s'imposerait un rattrapage massif et rapide», déclare le Secrétaire d'État fédéral. «Des cours de langue pour hauts fonctionnaires, quelques écoles secondaires, voilà certes des initiatives louables mais elles ne peuvent être comparées qu'à des mesures d'urgence. L'Ontario français est gravement menacé.»

Évoquant les données du recensement de 1961, les plus récentes disponibles en 1969, M. Pelletier poursuit: «Le taux d'anglicisation, pour la génération (de Franco-Ontariens) née en 1901, est de 23,6%; chez les Franco-Ontariens nés entre 1941 et 1946, c'est-àa-dire âgés aujourd'hui d'environ 25 ans, il est de 34,6%. Puis ce taux d'anglicisation passe à 42,2 et 45,9%, pour finalement atteindre 49% chez les citoyens d'origine française nés en 1956.»

«C'est-à-dire que la moitié de la population francophone de l'Ontario se trouve aujourd'hui en voie de s'angliciser. Face à cette réalité, je comprends que certains désespèrent et doutent que l'épanouissement du français en dehors du Québec soit encore possible», conclut le ministre Pelletier.

Ce diagnostic était posé à la fin des années 1960, alors que les taux d'anglicisation n'avaient pas encore atteint le point de non-retour dans nombre de régions. Les recensements subséquents ont permis de documenter l'accélération du phénomène d'anglicisation chez les Franco-Ontariens, en partie causé par la disparition de tous les quartiers francophones urbains de la province. Si Gérard Pelletier s'était adressé aux Ontariens de langue française en 2026, il aurait été complètement horrifié.

Ses successeurs à la tête des ministères responsables des langues officielles vivent dans un monde où les statistiques linguistiques sont tripotées (par leur propre personnel et par les organisations de la francophonie hors Québec) pour dissimuler l'ampleur du déclin de la langue française, partout au Canada y compris au Québec. Parfois, à les entendre, on pourrait croire que la francophonie se porte bien d'un océan à l'autre...

On n'a qu'à ouvrir les yeux et les oreilles pour se convaincre du contraire...


vendredi 13 février 2026

Terrebonne... Les enjeux...

13 février 2026...



La décision d'annuler la victoire de la candidate libérale à l'élection de 2025 dans la circonscription fédérale de Terrebonne, prise aujourd'hui par la Cour suprême du Canada, n'ouvre pas la porte à une élection partielle comme les autres.

Les partis politiques se jetteront à corps perdu dans cette lutte que le Bloc québécois avait échappé l'an dernier par un seul vote. On sait que Mark Carney demandera aux électeurs québécois de l'aider à se rapprocher du mandat majoritaire qu'il juge nécessaire pour mener à bien la résistance contre la bande à Trump, et que cet appel à l'unité pan-canadienne servira à roder le sabotage fédéral de la campagne péquiste à l'automne et d'un éventuel référendum.

Si la menace américaine devient le principal enjeu de l'élection dans Terrebonne, les libéraux ont de meilleures chances de gagner. Le Bloc et les autres oppositions auront beau faire valoir avec raison que la statut minoritaire du gouvernement actuel n'a pas nui à ses négociations avec le fou de la Maison Blanche, Trump continue d'énerver tout le monde avec ses menaces récurrentes d'annexer ou d'envahir le Canada (et donc le Québec).

Non, le talon d'Achille du Parti libéral, et des autres partis fédéralistes, réside ailleurs. Au-delà des solides taloches que devra asséner le Bloc québécois dans le débat sur les rapports avec les États-Unis et le reste de la planète, les ténors indépendantistes à Ottawa devront porter à l'avant-plan les priorités québécoises, notamment en matière de défense de la langue française et de laïcité.

Il faudra rappeler tous les jours que chaque vote libéral est un vote pour une candidate qui soutiendra le gouvernement Carney dans ses efforts pour contrer la loi 21 sur la laïcité de l'État et la loi 96 sur le français langue commune du Québec. Et souligner que les juges de la Cour suprême appelés à statuer sur la validité constitutionnelle de ces lois québécoises sont nommés par le premier ministre du Canada et que leurs jugements seront fondés sur les valeurs Canadian de la Charte de 1982, imposée au Québec par le Canada anglais après la nuit des longs couteaux.

Quand le temps viendra d'en découdre avec le Québec, Carney et ses collabos du Québec diront ce qu'ont toujours dit leurs prédécesseurs depuis les années 1960 et en particulier depuis la première victoire du PQ en 1976: que nos députés libéraux à Ottawa sont élus comme vos députés à l'Assemblée nationale par le peuple québécois, qu'ils ont la même légitimité et qu'ils sont tout aussi représentatifs de l'humeur de l'opinion publique du Québec.

Ce qu'on nous répète, essentiellement, c'est qu'en votant libéral (ou conservateur, ou NPD) l'électeur québécois appuie ce que ce parti représente, y compris l'unité Canadian, le multiculturalisme et le bilinguisme à la sauce fédérale. Une mixture parfaite pour accélérer le déclin du français partout, y compris au Québec, torpiller les valeurs québécoises qui contredisent la Charte canadienne, apaiser les craintes des Rhodésiens du West Island, et ultimement, sonner le glas du Québec français et laïc que la nation espère.

Quand on examine de près les 28 députés libéraux élus sur l'île de Montréal et dans la couronne, il n'y a pas rien pour rassurer les francophones. Le nombre d'élus de la majorité historique francophone est réduit à huit sur 28, avec cinq issus du Québec anglophone et une quinzaine de ce que les médias aiment appeler «la diversité». Plusieurs de ces députés sont de vibrants défenseurs des revendications anglo-québécoises. Anthony Housefather a été le seul député fédéral à voter contre la nouvelle Loi fédérale sur les langues officielles. Aucun de ces 28 députés n'est monté au front pour défendre les mesures québécoises de promotion de la langue française.

Les électeurs francophones de Vaudreuil et de St-Léonard-St-Michel, en majorité francophones, ont élu des députés qui donnent l'anglais comme langue première à la Chambre des communes. Si l'on passe en revue les antécédents scolaires des 28 élus libéraux, on recensera plus de 20 diplômes des universités McGill et Concordia, contre huit ou neuf de l'Université de Montréal et de l'UQAM.

Non, l'élection partielle de Terrebonne ne doit pas être monopolisée par le conflit avec les États-Unis. Tous les partis peuvent s'entendre là-dessus, comme ils le font depuis le début de 2025. Il faut que les électeurs de Terrebonne s'interrogent sur les positions que prendra le nouveau ou la nouvelle élue dans les dossiers qui, de plus en plus, mettent l'existence même de la nation québécoise en jeu. Quand une majorité francophone élit un député libéral et que par la suite, ce dernier se range du côté des adversaires de la majorité francophone du Québec, il est trop tard. 


jeudi 12 février 2026

Il y a deux ans, le 12 février, à Greenstone...

12 février 2026...

les mats municipaux de Greenstone, Ontario, avant la décision du 12 février 2024.



Il y a deux ans très exactement, le 12 février 2024, en Ontario, sur la lointaine route 11, le conseil municipal de la petite ville de Greenstone a décidé de retirer le drapeau franco-ontarien vert et blanc du mat municipal où il était hissé en permanence depuis une dizaine d'années.

Les circonstances entourant ce geste méprisant auraient dû provoquer un bon tour de presse et un vif débat au Québec (et ailleurs au Canada) mais comme d'habitude, le sort de moins d'un millier de Franco-Ontariens perdus dans le nord-ouest de la province voisine s'est largement buté à un mur d'indifférence et d'ignorance médiatique.

Pourtant ce qui s'est passé à Greenstone laisse présager ce qui arrivera un jour non seulement à l'ensemble de la francophonie canadienne, mais aussi à la nation québécoise, si le déclin du français se poursuit et si le Québec n'en tire pas, aux élections d'octobre 2026, les leçons qui s'imposent.

Greenstone, formé par les anciens villages, désormais fusionnés, de Geraldton et Longlac, c'est un microcosme du Canada. On y trouve depuis longtemps des collectivités de langue française, mais elles sont aujourd'hui minoritaires, soit environ 22% des 4700 habitants. Comme au Canada, avec ses 21,4% de francophones (selon le recensement 2021 de Statistique Canada)...

L'enseignement à retenir ici, comme partout dans ce pays, c'est qu'une minorité n'a aucun pouvoir décisionnel. Pour les anglos majoritaires au conseil municipal, les Franco-Ontariens n'étaient plus qu'un «groupe démographique» parmi les autres, et que lui accorder une reconnaissance spéciale pouvait être vu comme une «non-reconnaissance» des autres drapeaux communautaires.

La bonne vieille francophobie avec toute la condescendance et la supériorité anglo-dominantes. Les Franco-Ontariens connaissent ça depuis plus de 100 ans. Mais avec 22% de la population, il n'y a rien à faire. On peut demander, supplier, quêter, argumenter, on peut faire n'importe quoi sauf décider. La majorité anglaise pouvait, elle, décider de rendre son mépris officiel et elle l'a fait.

Les protestations des francophones n'ont rien donné. Impossible de faire accepter à ces têtes carrées que le français est une langue nationale, et non une langue communautaire comme les autres. Lettres, pétitions, interventions politiques, rien n'y fit. La décision de ranger le drapeau vert et blanc 51 semaines sur 52 était irrévocable. La majorité a toujours le droit de prendre de mauvaises décisions. Démocratie 101.

Le 25 septembre 2025, Jour des Franco-Ontariens, la municipalité de Greenstone a hissé à l'un des ses trois mats le drapeau vert et blanc (pour une semaine seulement) en dépit du boycottage de la cérémonie par les francophones de l'endroit, toujours ulcérés par la décision du 12 février 2024. Pour tourner le fer dans la plaie, le discours officiel a été prononcé en anglais seulement, le maire et son suppléant étant unilingues anglophones... 

Les événements de Greenstone sont un avertissement pour les municipalités où les Franco-Ontariens forment toujours des majorités. Un jour, les anglos seront plus nombreux qu'eux. Ce n'est qu'une question de temps vu les taux actuels d'assimilation. Alors un bon jour, pas si lointain, des conseils municipaux devenus majoritairement anglophones décideront eux aussi de ranger le drapeau franco-ontarien. Et les francos minoritaires seront impuissants...

Et pourquoi cela devrait-il intéresser les Québécois? Le Québec formera bientôt autour de 22% de la population du Canada et la moitié des compétences constitutionnelles sont entre les mains de la majorité anglo-canadienne à Ottawa, y compris les tribunaux supérieurs qui, forts de la Charte fédérale imposée au Québec en 1982, ont le droit de juger les lois québécoises en fonction des valeurs «canadiennes»...

Avec son pouvoir illimité de dépenser, le gouvernement de la majorité anglo-canadienne piétine les compétences du Québec, finance la promotion de l'anglais en territoire québécois, lance ses juristes à l'assaut de nos lois sur la laïcité et le renforcement du français, et fera tout pour dérailler un référendum advenant l'élection du PQ.

Un jour, si nous ne quittons pas cette fédération, la victoire d'Ottawa sera complète et le déclin du français irréversible. Je ne vivrai pas assez longtemps pour voir ça, mais imaginez le conseil municipal d'une ville de Montréal devenue majoritairement anglaise décidant de retirer le fleurdelisé du mat municipal. Juste y penser, n'est-ce pas suffisant pour enfin s'intéresser à ce qui se passe à Greenstone, où un autre avant-poste de la francophonie nord-américaine mène seul un combat inégal contre une majorité francophobe et intransigeante?

Ce combat, au train où vont les choses, sera celui que devront mener nos petits-enfants dans plusieurs régions du Québec...

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Lien au texte d'ONFR sur le boycottage de la cérémonie du drapeau le 25 septembre 2025 - https://onfr.tfo.org/lever-du-drapeau-franco-ontarien-la-municipalite-de-greenstone-encore-boycottee/

mercredi 11 février 2026

Mon seul éditorial censuré au Droit... C'était le 29 avril 2013...

11 février 2026...

Couillard au pays des merveilles...

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Notre déménagement approche et tout devient plus urgent. Le passage de la maison familiale à un appartement avec deux fois moins d'espace signifie que la moitié (ou plus) de tout ce que j'ai conservé depuis un demi-siècle ne survivra pas à la date fatidique du 1er juillet 2026.

Depuis quelques jours, je tente d'alléger la masse de documentation dans le classeur de mon ancien bureau à domicile. Des tas de coupures de presse et de textes, brochés ou annotés, jonchent le plancher en attendant de se frayer un chemin jusqu'au grand bac bleu de recyclage (déjà empli à ras bord).

Il arrive cependant qu'une trouvaille me rappelle quelque aventure journalistique. Cette fois il s'agit d'un incident survenu durant mon séjour comme éditorialiste au quotidien Le Droit entre 2002 et 2014. Durant ces 12 années, j'ai pu écrire assez librement sans trop égratigner les murs d'une politique éditoriale relaxe. De mémoire, on avait refusé de publier un seul de mes textes, et j'ai tombé ce matin sur la chemise où j'avais conservé l'ébauche remise au rédacteur en chef.

En le relisant, j'ai toujours de la difficulté à comprendre ce qu'on lui reprochait, sauf peut-être de s'attaquer trop aux libéraux (et à la CAQ) et pas assez au PQ de Pauline Marois (alors au pouvoir mais en minorité). Il m'apparaissait clair en cette fin d'avril 2013 que devant l'intransigeance du parti de Philippe Couillard et l'opposition pointilleuse de la formation de François Legault, le projet de loi 14 du gouvernement Marois visant à renforcer la Loi 101 était à toutes fins utiles mort. J'ai donc soumis au quotidien le commentaire ci-dessous.

On m'a indiqué qu'avec certaines modifications, le texte pourrait devenir publiable. J'ai refusé. La feuille de papier sur laquelle je l'ai imprimé repose dans mon classeur depuis près de 13 ans. J'ai aussi retrouvé dans la même chemise mon éditorial du 20 novembre 2013, rédigé quatre jours après le sabordage officiel du projet de loi 14 par la ministre Diane de Courcy. Celui-là a été publié, et il me semble, en le relisant, qu'il reprend le même argumentaire que le texte refusé en avril... Enfin...

Numérisation du début de l'édito du 20 novembre 2013





mardi 10 février 2026

Pourquoi pas un sac sur la tête et une canne blanche, tant qu'à y être?

10 février 2026...

Capture d'écran d'un texte du Devoir. Lien en bas de page.



Dans le préambule de la Charte des droits et libertés de la personne on peut lire qu'au Québec, «l'égalité entre les hommes et les femmes» constitue l'un des fondements «de la justice, de la liberté et de la paix».

L'article 10 ajoute que les droits et libertés garantis par la Charte québécoise doivent être exercés «en pleine égalité», «sans distinction, exclusion ou préférence» fondée sur la religion.

C'est clair, non?

Comment la Fédération des cégeps peut-elle alors demander qu'on tolère dans les institutions collégiales le port du voile intégral (le niqab ou la burqa)?

Selon les bonzes de la Fédération, l'obligation de découvrir son visage, mesure prévue dans la Loi 9 sur le renforcement de la laïcité, risque de «priver certaines femmes d'accès à des services et à des activités éducatives» en plus de menacer «l'autonomie des cégeps».

Décidément, les bonzes de nos collèges ne se sont pas donnés la peine de consulter la Charte des droits et libertés de la personne. L'égalité des hommes et des femmes est la base, le fondement de l'édifice.

À cet égard le voile intégral, au-delà du fait qu'il s'agisse d'un signe religieux, constitue d'abord et avant tout une démonstration publique de l'oppression et de l'infériorisation de la femme musulmane.

On pourrait affirmer que le même principe devrait s'appliquer aux étudiantes coiffées d'un hijab ou d'un foulard. mais le gouvernement québécois continue pour le moment de les tolérer, ainsi que d'autres signes religieux portant moins atteinte à l'égalité homme-femme.

Aucun argument de la Fédération des cégeps ne peut annuler ou réduire l'égalité entre les hommes et les femmes. L'autonomie que les collèges réclament ne confère par le droit de violer la Charte, qui a une valeur quasi constitutionnelle.

Il y a de quoi s'étouffer quand on entend la directrice générale de la Fédération des cégeps, Marie Montpetit, prétendre que l'obligation du visage découvert menace «les valeurs d'inclusion» que prône le réseau collégial. 

Il faudra un jour que ces prédicateurs de la tolérance multiculturelle m'expliquent comment le fait pour une femme musulmane de se cacher le visage, par choix ou le plus souvent par obligation, constitue un geste d'inclusion. C'est plutôt un geste de soumission aux règles imposées par des hommes intégristes et obscurantistes.

La Fédération des cégeps veut même continuer d'avoir le droit d'aménager des salles de prière où certaines religions (l'islam, notamment) dictent qu'on sépare les hommes et les femmes. Comme en Alabama, jadis, on l'on expédiait les Noirs au fond des autobus...

Si j'ai bien compris, nos augustes dirigeants des cégeps, des lieux par excellence de liberté et de haut savoir, demandent de permettre qu'on bafoue en milieu scolaire le droit des femmes à l'égalité et, par conséquent, toutes les libertés fondamentales qui en découlent. Permettraient-ils à quelque imam d'obliger des étudiantes à se promener avec un sac sur la tête et une canne blanche?

En interdisant le voile intégral, on ne limite pas l'accès aux études supérieures aux femmes musulmanes. Pas du tout. On y limite l'accès des signes d'inégalité et d'oppression qu'elles doivent ou qu'elles choisissent de porter. Laïcité 101.

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lundi 9 février 2026

Francophobie? Oui, mais...

9 février 2026...




Quand il s'agit de rapports entre francophones et anglophones, tant au Québec que dans l'ensemble du Canada, il me semble parfois que les éditorialistes et chroniqueurs médiatiques succombent à la tentation de sculpter les faits pour les accorder à leurs points de vue. À la fin de ce texte on m'accusera peut-être d'avoir agi de façon similaire, mais enfin, je prends le risque.

En lisant aujourd'hui (9 février 2026) l'éditorial de Marie Vastel intitulé La francophobie officielle (voir lien en bas de page), dans Le Devoir, quelque chose clochait.

D'un côté le gouvernement albertain ainsi que le quotidien torontois Globe and Mail, et de l'autre Mme Vastel, jettent un regard sur deux enjeux très factuels: l'obligation de connaître les deux langues officielles pour les juges de la Cour suprême, et la proportion croissante d'immigrants de langue française en Ontario (et ailleurs au Canada anglais).

J'ai toujours eu la conviction que l'assemblage le plus complet possible de données factuelles vérifiées permet de mieux comprendre une situation, et que cette compréhension bonifiée suscite des prises de position pondérées, à moins bien sûr de donner libre cours à des préjugés ou des sentiments. A-t-on procédé de cette façon dans ces deux dossiers? Je ne crois pas.

Commençons par le second: l'immigration francophone hors Québec. Les critiques du Globe and Mail sont-elles une manifestation de la francophobie historique d'Anglo-Canadiens, comme le conclut l'éditorial du Devoir. Peut-être bien. Probablement, même. Le nombre d'exemples de l'oppression des francophones abonde, et a été fort bien documenté. Que la position du Globe en porte les séquelles se défend, mais que peut-on déduire des conséquences réelles de l'arrivée de 15 580 immigrants économiques francophones en Ontario en 2024, soit environ 8% de l'immigration totale (197 000)?

D'abord, à moins d'une étude exhaustive des qualifications de chaque immigrant accepté, on n'a aucune certitude de favoritisme à l'avantage des francophones. Si telle étude existe, elle n'est pas mentionnée. Une recherche historique en Ontario (et au Canada) démontrerait cependant que l'allégation de refus d'anglophones «plus qualifiés» a été invoqué des milliers de fois pour contester le choix d'un francophone ou d'un bilingue, notamment au fédéral. Ce serait sans doute un puissant argument pour appuyer l'accusation de francophobie du Devoir.

Le second argument du Globe est plus difficile à réfuter et l'éditorialiste du Devoir semble fautive ici. L'éditorial du quotidien torontois s'interroge sur l'utilité d'augmenter l'immigration francophone parce que les immigrants de langue française se retrouveront surtout dans des milieux urbains, tous à forte majorité anglaise en Ontario (Toronto, plus particulièrement), où ils seront «rapidement assimilés» dans comme les Franco-Ontariens de souche. Là-dessus le Globe and Mail a raison.

Des études déjà réalisées font état chez les nouveaux arrivants de taux d'anglicisation se rapprochant de ceux des francophones de souche, et ce, dès la seconde génération. Les petits-enfants des immigrants s'assimileront à l'anglais à peu près autant que les Franco-Ontariens historiques. Quand Mme Vastel estime possible - et essentiel - de faire grossir les minorités francophones ou ralentir leur déclin par une telle politique migratoire, elle exprime une opinion qui ne tient pas compte des faits. Elle-même cite des données du recensement faisant état d'une anglicisation catastrophique collectivités franco-canadiennes qui luttent pour leurs droits depuis 150 ans, mais n'en tire pas les conclusions que cette réalité impose.

L'autre dossier, celui du bilinguisme des juges à la Cour suprême fédérale, ne met pas en scène un journal de langue anglaise. C'est la première ministre de l'Alberta qui demande d'assouplir (on sait ce que cela veut dire) la règle de bilinguisme pour la nomination au siège vacant réservé à un magistrat de l'Ouest canadien. On ne s'attend pas de Mme Smith qu'elle fasse une démarche journalistique avant d'émettre ses opinions. Elle peut donner libre cours aux préjugés et à la francophobie historique documentée des majorités anglophones de l'Ouest. Mme Vastel, par contre, doit s'y assujettir.

Au-delà des questions strictement linguistiques, elle reproche à la première ministre Smith de vouloir prendre part au processus de nomination judiciaire pour s'assurer que le candidat ou la candidate choisi représente les «valeurs albertaines». Cette dernière souhaite par ailleurs «pourvoir diriger les juges», laissant paraître ses réels et préoccupants motifs politiques et idéologiques». Pour l'éditorialiste du Devoir, les compétences judiciaires sont prioritaires et incluent la capacité de suivre des plaidoiries dans les deux langues officielles.

Les faits démontrent cependant que l'Alberta désire simplement faire ce que le premier ministre fédéral fait depuis toujours. Pense-t-on vraiment que les nominations fédérales sont libres de motifs politiques ou idéologiques? Quand Ottawa nomme un juge opposé à la Loi 21 sur la laïcité pour juger de la constitutionnalité de cette loi québécoise, c'est du Danielle Smith tout craché. Et avec les gouvernements libéraux à Ottawa, surtout depuis l'arrivée de Mark Carney, rien ne garantit que la connaissance du français restera obligatoire. Même sous Trudeau, le fédéral a nommé une gouverneure-générale qui ne connaît pas le français, et une lieutenant-gouverneur unilingue anglaise au Nouveau-Brunswick, la seule province officiellement bilingue du pays.

La francophobie anglo-canadienne existe depuis la conquête et n'a jamais été extirpée. Mais cela ne signifie pas qu'on puisse répliquer à cette francophobie en tortillant une réalité déjà suffisamment accablante.

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Marie Vastel, La francophobie officielle, dans Le Devoir - https://www.ledevoir.com/opinion/editoriaux/954495/francophobie-officielle

dimanche 8 février 2026

Le Diable à Cinq... un baume pour l'âme...

8 février 2026...


capture d'écran de la page Facebook du Diable à Cinq, photo prise avant le spectacle à Gatineau


À mon grand regret, je ne connaissais pas Le Diable à Cinq, un groupe de musique traditionnelle québécoise (trad comme on dit maintenant) de la Petite-Nation, en Outaouais. Après avoir assisté hier soir (7 février) à leur spectacle explosif dans l'intimité du cabaret La Basoche à Gatineau, je suis devenu accroc en moins de 24 heures !

Le groupe existe depuis une dizaine d'années et lancera d'ici le printemps son quatrième album. Je m'en veux d'avoir perdu pendant une décennie l'occasion de nourrir mon âme et mes tripes au son des voix, des instruments (violon, guitare, banjo, accordéon, clavier, basse) et de la podorythmie (tapage de pied à la québécoise) du Diable à Cinq.

Frissonnant après une courte marche dans l'air glacial (ressenti de -32 degrés) entre la voiture et l'entrée du cabaret, j'espérais de cet ensemble - inconnu pour moi - une prestation qui me réchaufferait vite les mains. Dire que je n'ai pas été déçu serait un euphémisme. Les premières notes au rythme d'un tapage de pied qui fait partie de notre ADN collective m'ont convaincu d'avoir devant moi un groupe capable de concurrencer des vedettes mondiales comme Vent du Nord.

À l'époque tout-numérique où la culture musicale traditionnelle paraît menacée, j'ai souvent l'impression que nos rythmes ancestraux sont davantage portés par des artistes chevronnés qui, sans être vieux, commencent à grisonner. Mais voilà, avec Le Diable à Cinq, l'arrivée spectaculaire d'une relève jeune et enthousiaste. Deux des cinq membres du groupe, les jumeaux identiques Félix (accordéon) et Samuel Sabourin (banjo et violon), de Ripon, ont à peine 29 ans. 

En plus de maîtriser l'art de bien livrer des chansons à répondre, une merveilleuse et authentique façon d'intégrer l'auditoire vite acquis, et d'adapter à leur style quelques chansons du répertoire traditionnel, les membres du groupe sont aussi d'excellents compositeurs qui ont déjà et continuent d'enrichir le vaste réservoir de chansons et gigues qui forment un élément essentiel et original de notre contribution à l'héritage culturel mondial.

Et comme d'autres avant eux, leur musique est ancrée dans le territoire de leur enfance. Les artistes québécois nous ont toujours fait voyager d'un bout à l'autre de notre demi-pays. Entre Sur le bord de la Petite-Nation (voir lien en bas de page), Richer #44 (hommage au hockeyeur Stéphane Richer) et Jos Montferrand pour ne nommer que les pistes de leur plus récent album Tempête, les cinq bardes du Diable à Cinq nous promènent de Ripon à travers l'Outaouais, le long des rivières Petite-Nation et Gatineau, jusqu'aux chutes Chaudière. Dans leur spectacle d'hier, j'ai aussi entendu chanter St-André-Avellin et Montebello.

Un tour rapide sur le Web, ce matin, et j'ai dû reconnaître toute l'étendue de mon ignorance impardonnable à leur sujet. Leurs albums ont déjà été primés sur différentes tribunes nord-américaines, dont l'ADISQ, et le groupe a à son actif des tournées internationales qui les a menés depuis 2022 au Portugal, en Espagne, en Angleterre, en Lettonie, en Estonie, en Suisse, en Belgique, en Finlande et en France. À La veillée de l'avant-veille au Club Soda, à Montréal, le 30 décembre dernier, ils ont partagé la scène avec Vent du Nord. Et dire que jusqu'à hier, je ne les avais jamais entendus... J'ai honte.

Une chose est sûre. Si l'occasion se représente, je reverrai Le Diable à Cinq sur scène. À travers leur musique, avec l'énergie et l'authenticité qu'ils dégagent en spectacle, j'ai vu dans ces jeunes bardes un nouveau pont, si essentiel, entre la musique de nos générations des siècles précédents et les auditoires de demain. Un baume pour l'âme de la nation... et la mienne!

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Lien à la chanson Sur le bord de la Petite-Nation - https://www.youtube.com/watch?v=vuVMsyK0K2o