Lettres du front
mercredi 23 septembre 2026
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mardi 22 septembre 2026
Les non-francophones, des zombies politiques....
mercredi 16 septembre 2026
Deux sociétés unilingues...
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«Si nous voulons avoir un pays, nous devons comprendre que le Canada comprend deux sociétés unilingues, très bien structurées, et qu'il faut les unir dans quelques institutions bilingues.» Keith Spicer, premier Commissaire fédéral aux langues officielles, septembre 1976
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Il y a une dizaine d'années, quand le gouvernement libéral de Philippe Couillard, de connivence avec l'Université McGill, essayait d'imposer aux étudiants francophones de l'Outaouais une faculté de médecine où les cours seraient tous donnés en anglais, notre bon premier ministre anglophile avait exprimé le voeu que tous les jeunes Québécois de langue française puissent apprendre aussi l'anglais.
Cinq années auparavant, en 2011, le tout aussi anglophile John James Charest, premier ministre tout aussi libéral, avait lancé les programmes d'anglais intensif dans les écoles élémentaires de langue française. L'objectif était clairement de «bilinguiser» les élèves francophones du Québec dès l'enfance. Aujourd'hui, les jeunes Québécois francophones sont majoritairement bilingues et le processus s'accélère.
L'attitude de ces deux premiers ministres québécois, assez typique chez les politiciens francophones (du Québec ou d'ailleurs au Canada), démontre une incompréhension fondamentale de la dynamique linguistique nord-américaine, ainsi que des intentions des «Pères» de la Confédération en 1867.
Je n'ai pas l'intention de reprendre l'argumentaire de la dynamique linguistiques. Je l'ai fait déjà trop souvent. Il se résume ainsi. Dans le contexte d'une société francophone très minoritaire, assiégée par un océan anglophone, l'apprentissage massif de l'anglais par les locuteurs du français est un indicateur incontournable d'assimilation, de transferts linguistiques vers l'anglais d'une génération à la suivante. Promouvoir un bilinguisme collectif chez les francophones dans une telle situation est un geste tout à fait suicidaire, sur le plan culturel.
Mais revenons à 1867. L'Acte de l'Amérique du Nord britannique ne suggérait d'aucune façon que la population doive devenir bilingue. Tout ce qu'on y trouve, ce sont des garanties d'un statut officiel pour l'anglais et le français dans les institutions québécoises et dans les institutions du gouvernement fédéral (Parlement, tribunaux). On y protège aussi les écoles confessionnelles existantes (surtout pour les Anglo-Québécois protestants).
Ce régime ne consacrait d'aucune façon une égalité linguistique à l'extérieur du Québec et des institutions fédérales. En échange d'un blindage des droits de l'anglais au Québec, on offrait aux Franco-Québécois l'assurance de pouvoir de communiquer en français au Parlement d'Ottawa et devant les tribunaux fédéraux. Le reste du pays était unilingue anglais sur le plan constitutionnel, et sauf pour l'intermède manitobaine (1870 à 1890), l'est demeuré jusqu'à ce que la Charte des longs couteaux de 1982 consacre le caractère bilingue du Nouveau-Brunswick.
Avec la promulgation de la Loi fédérale sur les langues officielles en 1969, suivie de la Loi constitutionnelle de 1982, le bilinguisme - jusque là essentiellement institutionnel - s'est transformé en idéal de société. En religion, presque, pour certains de nos politiciens. En valeur identitaire fondatrice d'un nouveau Canada où les esprits les plus farfelus imaginaient un pays où la majorité des habitants seraient bilingues. Ce rêve s'est transformé en cauchemar pour les francophones, seuls acheteurs de cette chimère.
En 1951, les unilingues français (langues officielles) représentaient près de 20% de la population totale du Canada (19,6% plus précisément). En 2021, cette proportion oscille autour de 11% et baissera sous le seuil des 10% au cours des deux prochains recensements fédéraux. La part des bilingues s'est accrue (de 12,3% en 1951 à 18% en 2021), tout comme la proportion des unilingues anglais (de 67% à 69%). Il ne faudra pas creuser beaucoup pour découvrir que la majorité des nouveaux bilingues proviennent des collectivités francophones.
À 90% bilingue, la francophonie hors Québec agonise avec des taux d'assimilation dépassant souvent les 40%. Dans les régions les plus bilingues du Québec - région de Montréal et Laval, Gatineau - les transferts linguistiques vers l'anglais sont à la hausse à mesure que le nombre d'unilingues français diminue et que celui des unilingues anglais augmente. Le bilinguisme collectif est toujours synonyme d'anglicisation chez les francophones.
Keith Spicer, premier Commissaire fédéral aux langues officielles, avait bien flairé la menace dès le début. «Le mot bilinguisme est ambigu, disait-il. Signifie-t-il que 23 millions de Canadiens (la population totale en 1976) doivent parler deux langues? Ou est-ce plutôt que dans la mesure du possible, tout citoyen a le droit de choisir la langue qu'il veut, français ou anglais, dans ses rapports avec le gouvernement fédéral?»
Pour lui, ainsi que pour Graham Fraser, son successeur dans les années 2010, le Canada était essentiellement formé de deux grandes sociétés unilingues - le Québec français et le Canada anglais. «Si nous voulons avoir un pays, ajoutait M. Spicer, nous devons comprendre que le Canada comprend deux sociétés unilingues, très bien structurées, et qu'il faut les unir dans quelques institutions bilingues.»
Ainsi, suggèrent-ils, toute menace au caractère unilingue français de la société québécoise aurait pour conséquence la destruction du Canada bilingue, par la disparition de la nation française ou par une rébellion qui la mènerait à l'indépendance. Nous en sommes là. Il faut choisir tout de suite entre la poursuite d'un bilinguisme de masse qui entraînera à terme notre disparition comme nation, ou l'affirmation d'un unilinguisme français perpétuel pour le territoire québécois.
Cela pourrait théoriquement se faire dans le cadre du régime fédéral, mais rien n'indique une parcelle de bonne volonté chez les anglos, de plus en plus unilingues à travers le pays. Le bilinguisme, pour la plupart d'entre eux, se limite à la capacité des francophones à communiquer en anglais avec une masse anglo-canadienne unilingue. Pour sauver ce qui reste de notre société unilingue française, il n'y a désormais qu'une solution: l'indépendance du Québec. Vite. Très vite!
lundi 14 septembre 2026
Contester la Charte des longs couteaux? Oui!
dimanche 13 septembre 2026
Le PQ en Outaouais - la longue traversée du désert...
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| Trois candidats du PQ en Outaouais - Meixia Maltais (Chapleau), Marcela Cazas (Pontiac) et Raphaël Déry (Gatineau) |
vendredi 11 septembre 2026
Laïcité: la décision de la Cour suprême est prête? Ou pas?
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| capture d'écran du site Web Le Devoir |
Je suis tombé par hasard sur une coupure de presse du Devoir que j'avais conservée depuis sa publication, le 10 juin dernier. Un gros titre dans l'édition papier: «Une décision sur la loi 21 (laïcité) pourrait être rendue avant les élections québécoises».
L'affirmation venait de nul autre que le juge en chef de la Cour suprême fédérale, Richard Wagner. Dans son allocution annuelle de fin de session judiciaire, il avait affirmé que le jugement pouvait «être rendu n'importe quand». Un peu flou. Peut-être dès la semaine suivante, avait-il ajouté, ou avant le scrutin du 5 octobre, ou plus tard.
Les adversaires - nombreux - et les défenseurs de la Loi 21 sur la laïcité de l'État québécois avaient paradé devant la Cour suprême pendant quatre jours, vers la fin de mars 2026, les premiers espérant que les juges utilisent la Charte des longs couteaux pour déclarer la loi québécoise inconstitutionnelle.
La déclaration du juge en chef Wagner, surprenante, suggérait l'existence d'un certain consensus à la Cour. Sinon, pourquoi évoquer la possibilité d'une décision quelques jours après? Les juges avaient en main deux décisions des cours inférieures. Ils avaient eu un mois et demi pour se parler et échanger après les audiences du 23 au 26 mars.
Nous sommes maintenant à la mi-septembre, quatre mois plus tard, et rien n'a été annoncé. Ou la chicane est «pognée» pour je ne sais quelles raisons, ou la Cour a décidé - pour des motifs inconnus - de ne pas voir sa décision enflammer les débats électoraux au Québec. Cela serait inhabituel pour un tribunal suprême qui se dit indépendant et qui se targue de suivre son propre horaire.
Choisir de retarder une décision après l'élection constitue une ingérence électorale autant que de l'annoncer avant le scrutin. La publier en septembre risque bien sûr d'orienter les débats entre les partis, selon qu'ils soient ou non en accord avec le jugement. Mais s'assoir sur la décision jusqu'à la mi-octobre ou novembre prive la population québécoise d'une information peut-être essentielle au choix final de milliers d'électeurs qui se diront: avoir su...
Si la Cour suprême fédérale a en mains une décision, unanime ou majoritaire, et qu'elle la range sur une tablette pour des motifs autres que judiciaires, elle devient un tribunal politique et se discrédite. La Charte des longs couteaux lui confère de réels pouvoirs. Les juges suprêmes peuvent abroger les lois d'élus fédéraux et provinciaux, et leur décision est sans appel! La Cour n'a surtout pas à faire de calculs électoraux...
Alors, cher juge en chef, annoncez votre jugement s'il est prêt. De toute façon, la campagne manque de mordant.
jeudi 10 septembre 2026
Ils auraient été horrifiés...
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| Le tout premier programme du PQ, publié au début de 1969 |
Dans le programme que les délégués ont adopté lors du congrès de fondation du Parti Québécois, du 11 au 14 octobre 1968, le tout premier article portait sur la langue française. Je cite:
«La langue est le facteur premier d'identité, la base et l'expression de la culture d'une nation. Nous devons nous donner les motivations culturelles, économiques et sociales qui rendront à notre langue le statut auquel elle a droit. Le Québec sera le pays d'un peuple parlant français.»
La situation du français était certes préoccupante. Le Constitution de 1867 avait fait du Québec une province officiellement bilingue et blindé les privilèges des anglophones. Le choix massif de l'école anglaise chez les nouveaux arrivants s'était transformé en crise scolaire à Saint-Léonard. L'affichage unilingue anglais ou bilingue était omniprésent dans les rues de Montréal et ailleurs au Québec. Au travail, l'anglais dominait souvent aux échelons supérieurs.
On avait compris que pour assurer l'avenir du français, «le Québec souverain devait être un État où la langue française sera la seule langue officielle». Le mouvement lancé par cette génération de Québécois aura donné l'élection du PQ en 1976 et la Loi 101 en 1977. Pour quelques années, tout semblait possible, jusqu'à ce que le Canada anglais impose sa charte des longs couteaux. Celle-ci deviendrait un mode d'emploi pour les tribunaux désireux de déconstruire la Charte de la langue française.
Cinquante ans après l'élection du premier gouvernement Lévesque, la situation est pire qu'elle l'était en 1968 (mais moins pire qu'elle pourrait l'être). Le français reste la règle - poreuse - dans l'affichage public et la grande majorité des enfants d'immigrants fréquentent l'école française au primaire et au secondaire. Et pourtant l'anglicisation du Québec progresse à une vitesse accélérée.
Sur l'île de Montréal, les francophones seront bientôt minoritaires. La jeune génération de Québécois de langue française est massivement bilingue. La proportion d'unilingues français a chuté de près de 20% depuis le recensement de 1971. Ottawa dépense des dizaines de millions $ tous les ans pour renforcer l'anglais au Québec. Le précipice se pointe droit devant. Tous les rapports, publiés année après année, soulignent l'urgence d'agir.
Confrontés à la situation actuelle, les Québécois de la fin des années 1960 seraient montés aux barricades avant qu'il ne soit trop tard. Ils auraient été horrifiés. La langue française, l'âme de la nation, aurait dominé les débats durant la campagne électorale. Les générations d'aujourd'hui ont perdu cette ferveur, et oublié la base. Ce n'est pas l'indépendance qui nous fera gagner notre combat pour le français. C'est le combat pour le français qui nous fera gagner l'indépendance.
Hier soir, au premier débat des chefs, la situation alarmante de la langue française, en plein déclin, a été occultée. Il nous reste moins de quatre semaines pour faire de l'urgence linguistique l'un des thèmes dominants de cette campagne. Si le PQ est élu avec un gouvernement majoritaire, on pourra toujours espérer. S'il ne l'est pas, après quatre années de plus d'inaction sous la tutelle des juges des longs couteaux, je crains qu'il ne soit trop tard...








