En feuilletant les nouvelles des dernières semaines sur le site Web ONFR-TFO (Ontario), je suis tombé sur un texte de l'excellent journaliste Pascal Vachon portant sur les efforts pour augmenter le financement de la recherche scientifique en français au Canada.
En quelques minutes de lecture, l'auteur illustre (ce n'était sans doute pas son intention) parfaitement le rôle perpétuel de quêteux assigné à la minorité francophone du pays. Le mot clef ici est bien «minorité».
Le gouvernement fédéral a toujours été et demeure l'expression de la majorité anglo-canadienne. Quand vous avez près de 80% des votes, vous prenez 100% des décisions. L'autre 20% a le droit de se faire entendre, de protester, de recommander, de se mettre en colère, de se lamenter... enfin, tout sauf gouverner.
Tout le monde sait que les chercheurs scientifiques francophones sont défavorisés. Sur le plan du financement, ils ramassent les miettes de la table fédérale. Dans le processus décisionnel, ils n'ont aucun poids substantiel. Les revendications s'accumulent, et à un certain moment, pour calmer le jeu, Ottawa doit au moins sembler écouter...
Comme il n'est pas question de laisser à 20% de la population la gouvernance de milliards en fonds publics, on fait ce qu'on fait toujours en pareilles circonstances. On nomme un comité chargé d'étudier la situation et de faire rapport aux vrais «boss».
Le gouvernement fédéral, par le biais de Patrimoine canadien, annonce donc en octobre 2024 la formation d'un comité au titre interminable : le Groupe consultatif externe sur la création et la diffusion d'information scientifique en français. Essayez de dire ça sans vous essouffler...
Évidemment, il faut lui donner un mandat, le plus inoffensif possible pour ne pas trop exciter la francophobie latente au Canada anglais. On demandera ainsi au Groupe consultatif (!) «de formuler des avis et des recommandations au ministre responsable des Langues officielles, en vue de guider l'élaboration d'une stratégie fédérale visant à assurer la viabilité à long terme de l'écosystème de la recherche scientifique en français au Canada.»
C'est à peu près comme créer un comité pour étudier la possibilité de former un autre comité qui étudiera l'utilité des comités... On demande à une dizaine de profs d'universités québécoise et canadiennes de formuler des opinions et des recommandations. Voilà, d'un seul coup, on vient de reporter de quelques années une décision financière qui pourrait fort bien se prendre aujourd'hui.
Et comme d'habitude, réflexe d'un peuple trop longtemps colonisé, nos universitaires acceptent de se prêter à un tel jeu en sachant fort bien qu'au moment décisif, ils n'auront aucun droit de vote. La minorité ne décide rien. Dans ce cas-ci, c'est encore pire.
Le rapport des membres du Groupe consultatif ne servira pas à une prise de décision rapide en matière de financement. Non, leur année et demie de travaux aidera à «guider l'élaboration d'une stratégie fédérale»... Silence dans la salle...
La stratégie ne sera pas élaborée à partir du rapport. Non, le Groupe consultatif contribuera à guider (!!!) une future élaboration. Et c'est pas fini... Élaboration de quoi? De mesures de financement? Non, juste l'élaboration d'une «stratégie». Combien de temps, pensez-vous, durera la période de guidage? Et en quelle année verrons-nous l'adoption d'une stratégie?
J'espère qu'à ce stade, je serai encore vivant. Bon! Disons qu'après avoir passé l'étape du ministère des Langues officielles et du cabinet, une stratégie est enfin adoptée. Une stratégie, ce n'est toujours pas une décision de financement. C'est le sentier qu'on trace pour arriver un jour à une décision sur le financement de la recherche universitaire en français.
Mais il y a plus. Il ne s'agit pas d'une stratégie ordinaire, visant l'immédiat ou le court terme. Ce qu'on veut (vraiment?), c'est «assurer la viabilité à long terme de l'écosystème de la recherche scientifique en français au Canada». J'entrevois déjà des discussions prolongées sur la définition même de l'«écosystème»...
Retour au début. Dans le texte de Pascal Vachon, on indique que sur le plan financier le Groupe consultatif recommande à Ottawa ne verser 40 millions $ par année à la recherche en français. C'est 1% du budget fédéral de recherche. Pas 20%... 1%. Des pinottes.
Et c'est une recommandation. Les francophones devront s'en remettre à la majorité anglo-canadienne pour obtenir leurs pinottes. On joue une fois de plus les quêteux. À genoux devant une administration anglo-dominante où la recherche en français ne suscite absolument aucun intérêt. Après une série d'échanges humiliants (pour nous), ce bon vieux Canada crachera quelques millions en nous rappelant de dire merci et de voter non au référendum.
Je pourrais pardonner à ces éminents universitaires de plaider pour un meilleur financement de la recherche scientifique en français. Faut parfois accepter de s'agenouiller pour ramasser les miettes de la table.
Mais de là à demander le «leadership» d'Ottawa, il y a un pas que les francophones - peu importe qu'ils soient Québécois, Canadiens français ou Acadiens - ne doivent pas franchir. Demander au gouvernement de la majorité anglo-canadienne d'exercer un leadership en matière de francophonie n'a absolument aucun sens. Tant qu'à y être, pourquoi ne pas confier l'avenir de la recherche en français à Michael Rousseau ou Mary Simon?
Quêter? Oui, s'il le faut, tant qu'on est coincé dans cette fédération à sens unique. Mais faisons-le en assumant notre identité de quêteux, d'humiliés, de minoritaires sans pouvoir décisionnel. Ne nous berçons pas d'illusions sur la nature de la démocratie Canadian. On pourrait commencer par cesser de participer à ces groupes «consultatifs» qui ne font que retarder nos décisions identitaires urgentes.
Pour avoir le droit de décider, nous devons être majoritaires. Où sommes-nous majoritaires? Au Québec. Que faut-il faire pour récupérer les millions en recherche scientifique entre les mains de la majorité anglo-canadienne? Pas besoin de faire un dessin...











