samedi 20 juin 2026

Mon papa méconnu...

20 juin 2026...



En cette veille de la fête des Pères, je songe à mon papa. Je n'ai pas visité sa tombe à Orléans (Ontario) très souvent depuis sa mort en septembre 1998. Mais je ne l'ai pas oublié. J'entends toujours sa voix. Il me visite, parfois, dans mes rêves. Je l'aime comme il était, comme la vie l'a façonné.

Aurèle Allard est né à Ottawa en mai 1924. Une époque difficile pour les Franco-Ontariens sous la coupe du Règlement 17. Deux ans après sa naissance, une des trois réunions de fondation de l'Ordre de Jacques-Cartier (la Patente) avait lieu dans notre église paroissiale, St-François d'Assise. Mon grand-père Joseph Allard s'y joindrait, comme mon père quelques décennies plus tard.

La famille de mon papa vivait dans un quartier canadien-français ouvrier d'Ottawa appelé Mechanicsville. Son père et sa mère étaient épiciers. Les tâches abondaient et les gars devaient rapidement abandonner leurs études pour donner un coup de main. Papa n'a pas dépassé la 9e année à l'école, ce qui, je crois, fut pour lui une grande tragédie.

De ses six pieds, tout en muscles, avec ses mains de bûcheron, il pouvait affronter toutes les tâches manuelles. Mais il aimait la musique classique, et la jouait au piano, ce qui lui a valu les railleries de ses amis. J'ai la conviction qu'avoir pu étudier, Aurèle Allard aurait décroché facilement le diplôme universitaire de son choix. Ses ambitions déçues, il les a reportées sur ses enfants.

Pendant toute notre jeunesse, alors qu'il apprenait tout seul l'algèbre, la géométrie et la trigonométrie dans ses cours par correspondance, en anglais, pour obtenir un meilleur emploi, mon papa nous répétait ad nauseam qu'un jour, tous ses enfants fréquenteraient l'université. Ce choix qui lui avait été refusé nous serait imposé. Il a vécu assez longtemps pour assister à toutes nos collations des grades.

Papa n'a jamais beaucoup parlé de sa jeunesse ou de ses années de fréquentation avec ma mère durant la Deuxième Guerre mondiale. Nous avons vu des photos de lui avec son vélo, alors qu'il livrait des télégrammes. Je sais qu'il a tenté de s'enrôler dans l'armée à quelques reprises, jusqu'à ce qu'on l'accepte au début de 1945. Son entraînement n'était pas complété quand la guerre a pris fin. Heureusement parce que le connaissant il se serait lancé tête baissée contre les Nazis et et sa tombe serait quelque part en Europe.

Je suis né en juillet 1946. Un vrai baby boomer. Quelques années plus tard, mon père serait embauché par la ville d'Ottawa, où il passerait 33 années à travailler dans un milieu le plus souvent francophobe. Il a toujours eu des patrons anglais détestables, jusqu'à la fin. Parfois il se vengeait en douce. Durant le projet de rénovation urbaine de la Basse-Ville, dont il était le directeur, il aidait le comité de citoyens et a même signé leurs pétitions contre la municipalité. 

À sa dernière affectation municipale, fin années 70, malade, cardiaque, il dirigeait le Marché By dans la Basse-Ville. Encore dans des circonstances frustrantes. La mairesse néo-démocrate d'Ottawa a contribué à lui assurer une retraite hâtive sans pénalité. 

Mon papa était un homme de son époque. Comme dans la chanson Frédéric de Claude Léveillée, «papa nous aimait bien» pendant «que maman nous servait» aux repas. Mais je l'ai souvent vu refuser de se faire servir, alléguant qu'il n'avait pas d'appétit, et tout à coup changer d'idée une fois convaincu que tous avaient mangé à leur faim. Il n'aurait reculé devant rien pour nous défendre et aurait tout sacrifié pour notre bonheur. Comme ma mère.

Mon grand-papa Allard me disait parfois. «Mon petit gars, y'a rien que deux sortes de monde dans notre pays: les Canadiens et les Anglais». Il avait transmis cet héritage à ses enfants. Mon père, fier Franco-Ontarien, aurait bien voulu que nous partagions sa vision politique. Mais j'ai fréquenté les sciences sociales dans les années 60 avec une majorité de Québécois. Est arrivé ce qui devait arriver. Il était sûrement déçu.

Ses dernières années, je l'espère, auront été ses plus heureuses et ses plus calmes. Entre les terrains de golf, une résidence d'hiver à la frontière mexicaine du Texas et les rencontres familiales, il a eu tout le temps voulu pour se recadrer et plonger dans ses souvenirs. À la toute fin, il me paraissait serein. Je regrette que nous n'ayons pas plus souvent jasé de son enfance, de son adolescence et de sa vie adulte. Et surtout de tout ce qu'il aurait voulu devenir si les exigences de la vie n'avaient pas dressé d'obstacles.

Je l'imagine parfois professeur, politicien, entrepreneur. Avec son ardeur au travail et sa vive intelligence, il aurait pu ouvrir bien des portes. Mais il a choisi de fonder une famille et de devenir mon papa. 

Bonne fête des Pères!


vendredi 19 juin 2026

Jean-Baptiste et son mouton

19 juin 2026...

capture d'écran du site Web La Presse


À la fin des défilés d’antan de la fête nationale, un petit Jean-Baptiste aux cheveux bouclés trônait sur le dernier char allégorique, flanqué d’un mouton : symbole tout en douceur d’une nation sachant «porter la croix», ayant adopté comme saint patron un martyr qui criait dans le désert.

Sous les élans fleurdelisés des années 1960, le ton des célébrations a changé. Le 24 juin s’est transformé en fête patriotique, en affirmation laïque et vigoureuse de la langue française et la culture québécoise. Le PQ a été porté au pouvoir. La Loi 101 a été adoptée. Et en dépit des jambettes, nous sommes passés à un cheveu près de la souveraineté.

Mais sous notre éveil combatif, les anciennes docilités veillaient. Depuis quelques décennies, les envolées oratoires de la fête nationale cachent difficilement un déclin de militantisme chez les nôtres, une glissade de plus en plus apathique vers le confort du bilinguisme.

L’engouement de milliers de Québécois pour l’anglais intensif au primaire, la ruée de nos étudiants vers les cégeps de langue anglaise, la corruption de notre langue au travail, dans les commerces, dans les médias d’information et les réseaux sociaux, notre soumission gênante devant les bonjour-Hi et toutes manières de génuflexion devant les exigences de l’anglosphère rappellent la résignation des Jean-Baptiste d’antan et, pire, leurs moutons. 

Reste-t-il au sein de notre jeune génération (et chez leurs aînés) suffisamment d’étincelles de rébellion pour relancer l'esprit des luttes amorcées durant la Révolution tranquille ? Souhaitons-le. L’avenir de la nation québécoise en dépend! Bonne fête nationale!

jeudi 18 juin 2026

Entre Samuel de Champlain et les archives franco-canadiennes, l'impuissance...

18 juin 2026...



Qu'ont en commun le déboulonnement du monument de Samuel de Champlain à Orillia (Ontario) et l'effacement du programme de soutien federal à la conservation du patrimoine documentaire des collectivités francophones du Canada?

Que seuls les Canadiens français, les Québécois et les Acadiens s'intéressent vraiment à l'histoire des Canadiens français, Québécois et Acadiens. Pour les majorités anglo-canadiennes (à Ottawa comme dans chaque province), notre passé et ses vestiges ne sont guère plus qu'une nuisance.

Le monument à la mémoire de Champlain, premier explorateur européen à visiter l'ancienne patrie des Hurons, a été érigé en 1925. Indigeste pour les nations autochtones de la région, la statue a suscité une controverse qui a mené à des actes de vandalisme, puis à son transport dans un entrepôt gardé secret. Le maire d'Orillia parle d'expédier le monument de bronze à une fonderie si personne ne veut l'acquérir.

Ailleurs au pays, les sociétés historiques francophones comptent depuis une dizaine d'années sur quelques millions de dollars fédéraux par année pour assurer la pérennité des archives de la présence française dans les provinces anglaises. «Sans archives, croit Denis Perreaux, archiviste de l'Alberta, les communautés francophones du pays risquent de disparaître des récits historiques.»

À Orillia comme dans l'Ouest canadien, les vestiges d'une francophonie disparue, à l'agonie ou en péril ne préoccupent que les francophones eux-mêmes. Le problème, comme toujours, c'est qu'ils ont été, sont et resteront minoritaires. Très minoritaires mêmes. Et les cordons des bourses leur échappe. Les majorités anglaises prennent les décisions et les archives des Canadiens français de Gravelbourg, en Saskatchewan, les laissent indifférents.

Devant la controverse entourant la statue de Champlain à Orillia, le conseil municipal de cette ville à 99% anglophone a fait ce que font tous les conseils municipaux: former un groupe de travail et lancer des consultations. Dans les textes médiatiques, j'ai noté de nombreux échanges de la ville avec trois ou quatre nations autochtones, mais aucun effort de rencontrer les Franco-Ontariens de Penetanguishene, tout près, ou encore des historiens de langue française susceptibles de les renseigner davantage sur Champlain et son époque.

Le maire d'Orillia, Don McIsaac, voudrait bien que la statue retourne à son socle comme, croit-il, la majorité des résidents de cette ville de 30 000 habitants. Si la majorité des habitants avaient été francophones, le débat aurait sans doute pris une tournure différente, puisqu'il s'agit d'un monument honorant l'un des leurs. Un conseil municipal anglo-ontarien n'en fera pas une question de principe à défendre coûte que coûte. On préférera la fonderie à un affrontement avec des groupes d'Autochtones...

Le Bloc québécois a demandé de rapatrier la statue au Québec. «On ne peut pas forcer des gens en Ontario à avoir un respect et une déférence envers Samuel de Champlain», a déclaré le député Alexis Deschênes. Il résume bien la situation. La minorité francophone ne peut imposer quoi que ce soit à la majorité anglo-canadienne. Seul le Québec, fort de sa majorité de langue française, peut intervenir de manière efficace.

Quant aux archives franco-canadiennes, elles témoignent d'un passé qui mérite de ne pas disparaître de la mémoire collective. Dans mon ancien patelin, Ottawa, on peut retrouver des vestiges d'anciennes écoles et églises franco-ontariennes. ils ne sont ni identifiés ni documentés. Quand les derniers humains qui s'en souviennent mourront, il ne restera rien. Le directeur de la Société historique de la Saskatchewan, Alexandre Chartier, abonde dans le même sens: «Si on ne conserve pas les archives, dans 50 ans, on n'existe plus.»

Dans ce cas-ci, il ne s'agit pas d'une ville anglo-ontarienne, mais du bon vieux federal government qui, pour ceux qui ne s'en souviennent pas, a toujours été gouverné par une majorité de langue anglaise. S'il faut effectuer des coupes budgétaires, je vous garantis que les archives d'un passé franco-canadien marqué par la répression et l'injustice prendre très vite le chemin des poubelles.

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Lien au texte d'Orilliamatters.com - Controversial statue of Champlain has left Orillia park - https://www.orilliamatters.com/local-news/controversial-statue-of-champlain-has-left-orillia-park-12400974
  
Lien au texte du Journal de Montréal - Le monument de Champlain déboulonné en Ontario pourrait être fondu, dit le maire - https://www.journaldequebec.com/2026/06/18/le-monument-de-champlain-deboulonne-en-ontario-pourrait-etre-fondu-dit-le-maire

Lien au texte du Devoir - Les compressions budgétaires d'Ottawa mettent des archives franco-canadiennes à risque https://www.ledevoir.com/culture/medias/981584/archives-journaux-franco-canadiens-risque-etre-detruites

mercredi 17 juin 2026

Protection du français: l'effondrement libéral...

17 juin 2026...

capture d'écran du site Web Le Devoir


Si ce n'était pas si triste, on pourrait en rire. Ce cher Charles Milliard. Après s'être engagé à utiliser la clause dérogatoire pour protéger la Loi 96 (langue officielle et commune du Québec), le chef du Parti libéral du Québec s'est rétracté dès le lendemain après avoir été rappelé à l'ordre pas ses boss anglophones et anglophiles. Or voilà, fort de sa faiblesse, qu'il veut nous faire croire à sa volonté (et à celle de son parti) de renforcer la protection de la langue française.

Et cette volonté se traduit dans un plan qui a l'appui «unanime» au sein de son caucus. «Unanime» signifie donc que ses irréductibles défenseurs des Anglo-Québécois ont aussi donné leur accord. Une telle unanimité au sein du parti des Anglais ne pouvait être que suspecte. Et, de fait, du moins si je peux me fier à ce que rapportent les médias, ses propositions annoncent des années de vaches maigres pour le français au Québec.

Voyons ça de plus près ses mesures pour «protéger» la langue française:

* permettre aux nouveaux arrivants de communiquer en anglais avec l'État québécois pendant deux ans, au lieu de la limite actuelle de six mois. Un départ canon...

* réduire le fardeau réglementaire pour qu'une entreprise ou une municipalité puisse embaucher plus facilement des personnes maîtrisant l'anglais. Quel cran...

* faire en sorte qu'une ville qui achète des produits d'une entreprise ne soit pas obligée de vérifier si celle-ci est en règle avec ses obligations linguistiques. Hardi, les gars!

* abandonner les dispositions visant à réduire le nombre de places dans les cégeps de langue anglaise, manifester plus d'ouverture au désir des francophones d'étudier en anglais. Non, mais rien ne l'arrête...

* tendre la main (comprendre se mettre à genoux) aux commissions scolaires anglaises pour qu'elles mettent fin à leurs procédures judiciaires en cours. Allez dire ensuite qu'il manque de courage...

La finale, tout aussi croche que le reste: une fois toutes ces mesures de «protection» du français mises en oeuvre, Charles Milliard n'hésitera pas à invoquer la clause dérogatoire pour protéger ses mesures contre d'éventuelles contestations judiciaires. Ce qu'il néglige de dire, c'est que ces éventuelles contestations ne seraient pas lancées par des anglophones, mais par des Québécois de langue française ou francophiles, outrés par cette capitulation du Parti libéral du Québec devant les récriminations de la minorité linguistique la plus choyée au Canada...


mardi 16 juin 2026

Depuis quand Ottawa veut-il l'épanouissement des minorités francophones?

16 juin 2026...

capture d'écran du site Web Le Droit, 16 juin 2026


Vous voyez le titre ci-haut, publié dans Le Droit ce mardi 16 juin 2026? Il est trompeur. Nulle part dans le texte signé Lise Denis ne trouve-t-on une telle affirmation. Ni dans l'article de Pascal Vachon dans les pages d'ONFR-TFO. Pourquoi? Parce que ce serait faux.

En janvier 2026, le gouvernement du Canada a rendu public un avant-projet de règlement découlant de la modernisation de la Loi sur les langues officielles (LLO). Cet avant-projet avait pour but de mousser «la progression vers l'égalité de statut et d'usage du français et de l'anglais» au pays.

Pas besoin de faire de dessin. L'inégalité actuelle, reconnue explicitement, défavorise la langue française. Depuis 1867. Lisez l'histoire du Canada. Tout le monde, ou presque, peut se mettre d'accord là-dessus. Favoriser la progression vers l'égalité ne peut que signifier des mesures de promotion du français (ou de régression - impensable - de l'anglais).

Or, cet avant-projet de règlement annoncé en janvier n'aborde même pas l'alinéa 41(6) de la LLO, prévoyant des «mesures positives» pour octroyer au français un statut qui lui conférerait une «égalité réelle». Aucune référence, entre autres, aux mesures «pour assurer le rétablissement et l'accroissement du poids démographique des minorités francophones»...

L'avant-projet, ainsi que le rapport sénatorial qui le critique, s'en tiennent largement à cette sempiternelle symétrie fictive entre toutes les CLOSM (communautés de langue officielle en situation minoritaire). Les minorités de langue française et de langue anglaise y sont considérés sur un pied d'égalité alors que de toute évidence, les Anglo-Québécois sont choyés depuis toujours.

Les textes reflètent fidèlement ce refus de nommer l'infériorité du français et de parler de mesures conçues spécifiquement pour promouvoir l'égalité de la langue française. J'offre en exemple le premier paragraphe du texte du Droit :

La journaliste ne mentionne pas l'épanouissement des minorités francophones hors Québec, mais celui «des communautés de langue officielle en situation minoritaire». Les mesures d'épanouissement et de développement s'appliquent donc également la collectivité anglo-québécoise, ce qui, dans le cadre d'une recherche d'égalité «réelle», n'a absolument aucun sens.

La modernisation de la LLO a introduit pour la première fois une reconnaissance des menaces qui pèsent sur la langue française au Canada - et seulement sur la langue française. Clairement, l'avant-projet de règlement, qui devait passer du principe aux mesures positives, renie cette avancée. Et le Sénat du Canada ne lui en fait pas le reproche, quoiqu'en dise le titre du Droit...

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Lien au texte du Droit - https://www.ledroit.com/actualites/politique/2026/06/16/ottawa-manque-dambition-pour-lepanouissement-des-minorites-francophones-CMGF2XIW25D5VFGKPVV552AUUM/?utm_source=homepage-le-droit&utm_medium=internal-recirculation&utm_campaign=deux-manchettes-2-3

Lien au texte d'ONFR-TFO - https://onfr.tfo.org/langues-officielles-reglement-ottawa-federal-francophonie/


lundi 15 juin 2026

Le rituel obligé de la vente de garage...

15 juin 2026...

samedi 13 juin, vers 7 heures... avant la cohue


Ce matin, mon épouse et moi sommes allés pour la deuxième journée d'affilée à l'un des centres de dons Renaissance de Gatineau, la voiture chargée de vêtements, de linge de lit, et d'une variété d'objets qui ont habité la maison que nous quittons bientôt. Demain, nous emporterons un chargement à l'Éco-Centre, en plus d'offrir livres, vinyles et CD à une librairie d'occasion.

Samedi, 13 juin, nous avons transformé notre entrée en «vente de garage», le rituel consacré pour assurer une nouvelle vie à toutes les possessions auxquelles nous avons attaché une grande valeur, mais qui ne survivront pas au déménagement imminent. Toute la journée, des gens que nous ne connaissions pas, informés par nos affiches et nos annonces Internet, ont cherché les aubaines sur une dizaine de tables disposées devant la maison. Plusieurs ont trouvé.

Pour les voisins, ces ventes-débarras annoncent le départ imminent d'une famille qui a vécu dans le quartier depuis les années 1980. C'est le début des «au revoir», parfois émus. Plusieurs proches et amis sont aussi venus nous saluer, ajoutant une touche de bonheur à un événement qui alterne entre rires et nostalgie. Je songeais à la chanson Rue des souvenirs des Cowboys fringants:

«Les commerces et les gens ne sont que de passage
Le quartier lui traverse les âges
Conservant dans ses cours ses maisons et ses rues
L'âme de tous ceux qui y ont vécu.»

Les gens qui n'ont jamais organisé une vente de garage ne peuvent savoir la quantité de travail et de préparatifs requis pour en assurer la réussite. Depuis des mois, mon épouse Ginette a dépensé des dizaines et des dizaines d'heures à choisir et ranger des objets destinés à la vente de garage... et à confectionner, la veille, d'abondantes collations pour celles (Ginette, Véronique, Gabrielle, Catherine, Dominique) qui ont accueilli et servi plus d'une soixantaine de clients par une journée chaude sous un soleil ardent, et d'autres parents et amis qui nous ont donné un solide coup de main avant, pendant et après.

Ça me faisait un peu penser à Noël. De longues semaines de préparatifs et d'attente pour une journée intense qui passe en coup de vent. Entre le montage des tables à partir de 6 heures du matin et le démantèlement vers 15 heures, ce fut un tourbillon de salutations, de ventes, de jasettes, de café, de boissons froides, de sandwichs, de croustilles, de remerciements, jusqu'à épuisement. Le garage reste encombré (un peu moins qu'avant) et le noyau familial s'installe pour quelques heures de repos autour d'un repas de pizzas.

Puis, le lendemain, en plus de liquider ce qui n'a pas été vendu, c'est le retour à la tâche - apparemment sans fin - de s'assurer que la maison soit libérée pour le futur proprio. Déjà trois pièces de vides et ça continue. Boîte sur boîte se remplissent et sont scellées. Heureusement, nos trois filles et leurs conjoints ne sont jamais très loin pour les tâches les plus lourdes. Mon épouse a raison. S'il faut déménager, n'attendez pas trop longtemps. Nous sommes trop âgés pour relever aisément un tel défi...

dimanche 14 juin 2026

Bien vérifier ses chiffres...

14 juin 2026...


Depuis mon entrée en journalisme, en 1969, j'ai lu des milliers de textes portant sur la situation des francophones hors Québec, sur leurs luttes contre les mesures répressives des gouvernements, sur leurs revendications en matière linguistique, et bien plus. Mais dans toute cette encyclopédie médiatique, je peine à compter sur les doigts d'une main les reporters, chroniqueurs et éditorialistes qui ont osé brosser des tableaux réalistes, scientifiques, des collectivités canadiennes-françaises et acadiennes en situation minoritaire.

Confrontés à des représentants d'organisations franco-canadiennes qui lancent parfois (souvent?) des chiffres mirobolants pour exagérer la présence francophone, ou qui présentent un tableau optimiste de la croissance et du dynamisme de la population de langue française, ou qui contestent les affirmations voulant que l'assimilation atteigne des niveaux dramatiques, ou qui évitent tout simplement d'aborder de tels sujets, la presse a un devoir de rétablir les faits.

Et ces faits sont accessibles à tout reporter qui se donne la peine de consulter les données des recensements fédéraux, de faire les calculs (relativement faciles) des chiffres sur la connaissance des langues officielles, sur la langue maternelle et sur la langue la plus souvent parlée à la maison. Statistique Canada a aussi publié en 2011 des portraits détaillés (démographiques, sociaux, culturels) des minorités francophones et des Anglo-Québécois. Pour une raison que j'ignore, l'immense majorité des journalistes ne se donnent pas la peine de faire correctement leurs devoirs.

Je lisais aujourd'hui deux textes de Pascal Vachon, d'ONFR-TFO, sur les efforts de Franco-Manitobains qui voudraient arracher des excuses du gouvernement provincial pour la loi de 1916 interdisant les écoles françaises et mousser une campagne en faveur d'un Manitoba officiellement bilingue (comme lors de sa création à l'époque de Louis Riel en 1870). Dommage que je tombe sur l'un des textes de M. Vachon parce que j'ai beaucoup d'estime pour lui et pour sa plume. Un autre aurait sans doute agi de la même façon ou pire.

À un certain moment, il écrit sur Saint-Boniface, patrie de Gabrielle Roy et coeur historique de la francophone manitobaine. Je le cite: «C'est là que près de 30% des 60 000 habitants ont le français comme langue maternelle. À l'échelle du Manitoba, environ 3% de la population est francophone, mais plus de 10% des Manitobains anglophones connaissent aussi le français.» Première observation: ces chiffres ne sont attribués à aucune source. D'où proviennent-ils? Du gouvernement? D'un professeur? D'une personne interviewée? Impossible de le savoir avec certitude, mais je devinerais Wikipédia. 

J'ai fouillé de bord en bord et n'ai trouvé aucune source fédérale, provinciale ou locale qui offre des données officielles sur la démographie linguistique du quartier Saint-Boniface. Le recensement de 2021 propose un portrait de la circonscription Saint-Boniface-Saint-Vital, et indique une population de langue maternelle française de près de 10%... Cela fait un total d'un peu plus de 10 000 personnes pour l'ensemble de la circonscription de 95 000 habitants. Or, même si Saint-Boniface n'avait que 60 000 de ces habitants et abritait TOUS les francophones de la circonscription, 10 000 personnes de langue maternelle, c'est seulement 17% de la population...

Quant à la population totale du Manitoba, il est exact de dire que selon le plus récent recensement (2021), 3,1% des habitants sont de langue maternelle française (41 425). Cependant, ce chiffre est en baisse au moins depuis le recensement de 2006. Au recensement de 1971, on dénombrait plus de 60 000 Manitobains de langue maternelle française, soit 6,1% de la population totale. Cette évolution, facilement vérifiable, est essentielle pour la compréhension de la dynamique linguistique. Enfin, le nombre de Franco-Manitobains qui parlent surtout le français à la maison oscille autour de 17 000 (1,3% de la population du Manitoba).

Il est par ailleurs inexact d'affirmer que plus de 10% des Manitobains anglophones connaissent aussi le français. Selon le recensement fédéral de 2021, les rares unilingues français et tous les bilingues (francophones et anglophones) ne comptent que pour 8,4% de la population du Manitoba. Comme environ 40 000 des bilingues sont Franco-Manitobains, il doit rester autour de 70 000 anglos bilingues, soit tout au plus 6% de la population anglophone.

Ce n'est qu'un exemple, et pas l'un des pires. Un texte médiatique fait une affirmation sans donner de sources, et après vérification, elle contient des erreurs. Avoir connu ces statistiques du recensement de 2021, l'auteur de l'article aurait posé des questions de clarification et, faute de réponse, aurait cité lui-même les données irréfutables des recensements fédéraux.

Cela n'enlève rien à la valeur des causes défendues par les Franco-Manitobains - des excuses pour une loi répressive et un retour au statut officiel pour le français - mais des affirmations erronées entachent inévitablement (et injustement) la totalité d'un texte.