18 mai 2026...
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| Joseph Costisella avant les controverses de 1963. Choisi personnalité de l'année par Le Droit pour son libre Le scandale des écoles séparées en Ontario |
Fascinantes, ces trouvailles qui font découvrir des moments d'histoire depuis longtemps oubliés ou, plus souvent, inconnus. Ce Jour des Patriotes, pendant que je feuilletais mes vieux dossiers franco-ontariens, je suis tombé sur le plus ancien d'entre eux, remontant au début de l'été 1963. Je fêterais bientôt mes 17 ans.
J'avais conservé quelques pages de «Vérité», un journal publié par le Comité de vigilance canadien-français d'Ottawa, dont le mandat était de «lutter contre le colonialisme et le racisme dont sont victimes les Canadiens français à Ottawa et au Canada». Sa devise faisait peur aux élites traditionnelles: «Vérité, justice, quoiqu'il en coûte»...
L'auteur Yves Frenette, dans une analyse du mensuel, écrit: «Dirigé par Joseph Costisella et proche du mouvement indépendantiste québécois, Vérité fustige tous ceux qui s'accommodent de la majorité anglophone, y compris l'Association canadienne-française d'éducation de l'Ontario (ACFEO) et l'Ordre de Jacques-Cartier (La Patente), dont les chefs sont ridiculisés dans des articles et des caricatures.»
Une semaine après la parution du premier numéro de Vérité, M. Costisella avait perdu son emploi de professeur au Collège Marie Médiatrice (à Hull). Il s'agissait, selon Vérité, d'une revanche de La Patente, à laquelle appartenait le supérieur du collège. «D'autres personnes, soupçonnées d'appartenir au Comité de vigilance, ont été brimées, ont failli perdre leur emploi. On propage sur elles des calomnies et des propos diffamatoires», écrit le journal.
Je me souviens de cette époque et après relecture d'un ou deux textes de Vérité, je peux comprendre pourquoi les élites franco-ontariennes conservatrices frémissaient d'horreur. À preuve ce petit entrefilet intitulé La Gestapo à Montréal où l'on reproche à la police de Montréal de se conduire d'une façon «brutale et illégale» contre les patriotes québécois et notamment contre les membres du FLQ.
Pour appuyer leurs dires, ils citent une source que j'aurais à prime abord crue improbable: Gérard Pelletier, futur ministre de Pierre Elliot Trudeau mais éditorialiste au journal La Presse en 1963. Voici la citation attribuée à Pelletier dans son éditorial du 6 juin 1963: «Au mépris des lois, les agents montréalais, sous la direction du chef Robert, se conduisent aujourd'hui comme s'ils habitaient la Russie ou l'Espagne franquiste».
Il fallait que j'en vérifie l'authenticité, ce que j'ai fait en consultant les archives de La Presse conservées sur le site Web de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ). Et voilà que je la trouve, très exactement, dans un édito signé Gérard Pelletier intitulé La police contre la loi (voir image ci-dessous).
Je me demande si M. Pelletier a cru bon de relire son commentaire en octobre 1970 alors que son patron Trudeau père suspendait les droits démocratiques du pays tout entier pour permettre à la police de commettre les mêmes abus qu'en 1963 contre le FLQ, mais légalement cette fois...
L'éditorialiste, après avoir fermement pris position contre toute forme de violence, reproche à la police de Montréal de piétiner les libertés personnelles des citoyens pour mettre fin aux attentats felquistes: «Au moment où l'action contre les attentats se corsaient, on a eu l'impression que la violence et l'illégalité avaient changé de camp. C'est aujourd'hui la police qui s'en rend coupable, sans vergogne ni aucun malaise apparent.»
Retour au journal Vérité. Celui-ci reproche enfin à certains bonzes franco-ontariens de «quêter» des permissions «chez les Anglais» et félicite le ministère québécois des Affaires culturelles de vouloir envisager l'unilinguisme français au Québec. Des membres du Comité de vigilance «déplorent chez certains de leurs compatriotes une mentalité d'esclaves et de colonisés».
Je cherchais un sujet opportun pour la Journée nationale des Patriotes. Finalement, je l'ai trouvé dans une boîte de documents que je conserve depuis plus de 60 ans...










