mardi 28 avril 2026

Les clémentines de la colère...

28 avril 2026...

La région de Souss-Massa, le «coeur battant» de l'agriculture au Maroc (photo officielle marocaine)

Quand vous achetez vos petites boîtes de clémentines du Maroc au supermarché local, vous arrive-t-il de penser à celles et ceux qui les ont cueillies ou emballées? Moi non, du moins jusqu'à ce matin. Après avoir lu l'article La colère rurale couve au Maroc dans l'édition de mars 2026 du mensuel Le Monde diplomatique, je ne pourrai me défaire de l'image que j'ai désormais de ces ouvrières et ouvriers agricoles qui peinent souvent 14 heures par jour, six jours par semaine, dans des conditions parfois dangereuses et pour des salaires dérisoires.

Imaginez vous à la «bourse du travail» dans la petite ville d'Ait Amira, située au sud-est d'Agadir. À 6 heures du matin, des dizaines de femmes attendent dans l'incertitude. Elles ont dû se lever au milieu de la nuit, laisser leurs enfants à une nourrice (payée) dans l'espoir d'être embauchées pour la journée par de grandes sociétés marocaines, françaises, espagnoles ou néerlandaises pour une maigre pitance de 6,5 à 8,5 euros (de 10$ à 14$ canadiens). Certaines trouveront du boulot, d'autres pas.

On est ici au royaume de l'indignité et de l'indignation. La journaliste du Monde diplomatique Eva Tapiero rapporte que l'une d'elles crie: «Nous ne sommes pas juste en colère, nous sommes furieuses!» Un homme émacié, fatigué, rappelle le soulèvement de la jeunesse à l'automne dernier. Trois jeunes hommes avaient abattus par les forces de l'ordre. «Ces jeunes, dit-il, ce sont leurs mères qui sont ici.» Leurs revendications portent aussi sur la santé et la justice sociale mais les conditions de travail des ouvrières et ouvriers agricoles restent au coeur de ces petites rébellions.

La région de Souss-Massa est dominante dans la production de fruits et légumes  au Maroc. Elle compte pour 85% des exportations de tomates et les deux tiers des exportations d'agrumes, y compris bien sûr nos petites clémentines. Le Monde diplomatique raconte la situation de Mme Touria Jaouhar, 47 ans, qui emballe des fruits et légumes à la machine, 14 heures par jour. «Je dois faire attention quand je suis sur la machine, dit-elle. Parfois, je tombe de sommeil et je risque de me couper un doigt.»

Elle doit louer une chambre près de son travail, parce que la société qui l'emploie ne fournit pas le transport jusqu'à son quartier, jugé trop éloigné. Le lundi, seul jour de la semaine où elle n'est pas au boulot, elle peut retrouver ses enfants gardés par leur grand-mère. Mais elle se bat. Il y a 10 ans elle a obtenu que son ancienneté soit reconnue. Au moyen de pressions et de grèves, elle et des dizaine de collègues ont obtenu une reconnaissance légale de leur travail et l'accès à la sécurité sociale.

Mme Jaouhar n'est pas seule. Dans plusieurs régions agricoles du Maroc, des actions collectives (manifs, sit-ins) ont lieu de façon régulière sans écho médiatique. Un représentant syndical fait état de victoires à certains endroits, dans la région d'Ait Amira: amélioration du transport des ouvriers (en minibus) et des journées de travail de huit heures. Mais pour des milliers d'ouvrières et ouvriers vieillissants, fatigués, malades, le calvaire quotidien se poursuit.

Nos grands médias trouvent de l'espace ou du temps pour toutes sortes de nouvelles d'ici et d'ailleurs. Mais le sort des travailleurs et travailleuses, même ceux d'ici, compte rarement dans leurs priorités. Alors imaginez quel rang marginal pourraient occuper les ouvrières journalières d'Ait Amira... Les médias se contenteront d'empocher les revenus publicitaires des grandes chaînes de supermarchés qui annoncent l'arrivée en magasins de nos clémentines marocaines...

Heureusement, il y a Le Monde diplomatique...

J'aimerais avoir de nouveau 20 ans... Aujourd'hui, mon arthrose m'empêcherait certains jours de me rendre aux manifs ou pire, de monter aux barricades...


lundi 27 avril 2026

Boulerice, Carney, Fréchette... Centripètes 2,5, centrifuges 0,5...

27 avril 2026...

capture d'écran de la télé de CBC



Aujourd'hui, deux - peut-être trois - événements ont légèrement perturbé le va-et-vient centrifuge-centripète qui tantôt menace, tantôt renforce la moins-fragile-qu'elle-ne-paraît Tour de Pise fédérale au Canada...

D'abord le seul député québécois du Nouveau Parti démocratique, Alexandre Boulerice, a fait ce que tout le monde attendait: il a officiellement annoncé son départ comme député fédéral pour se présenter comme candidat de Québec Solidaire aux prochaines élections québécoises.

Mais au-delà du coup de pied vous-savez-où au NPD, qui n'a plus que cinq députés aux Communes, M. Boulerice a profité de sa rentrée au Québec pour s'affirmer souverainiste! Il n'y est pas allé de main morte. Son expérience au Parlement canadien, affirme-t-il, a renforcé (?) sa conviction «de la nécessité de l'indépendance du Québec», ainsi que le besoin «d'avoir l'ensemble des outils pour être capable d'agir sans tout le temps se marcher sur les pieds».

Évidemment, il faut en prendre et en laisser. Alexandre Boulerice a siégé pendant une quinzaine d'années au sein d'un parti qui a constamment combattu la souveraineté du Québec, qui s'est opposé avec fermeté aux mesures visant à promouvoir au Québec français et laïc. Comme je refuse de mettre en doute sa bonne foi, je dois croire qu'il adhérait sincèrement à l'ensemble de l'action des néo-démocrates. C'est tout un revirement.

Par ailleurs, il passe à Québec Solidaire, un parti qui se dit indépendantiste mais dont la majorité des partisans ne le sont pas. On peut comprendre son attirance pour le programme de gauche de QS mais clairement - et il le sait - la seule formation qui peut de façon réaliste faire avancer la cause de l'indépendance, c'est le Parti québécois, un parti qui clairement - et il le sait - penche autant à gauche que le NPD fédéral.

Il y a aussi de fortes chances que dans le contexte actuel, son départ des Communes entraîne l'élection d'un autre libéral anti-québécois à la future partielle dans Rosemont-La Petite Patrie. La conversion d'Alexandre Boulerice à la cause souverainiste donne tout de même un demi coup de pouce aux forces centrifuges...

capture d'écran du site Web Le Devoir



Secundo, Mark Carney a fait des siennes en annonçant la création d'un fonds «souverain» (encore ce mot...) appelé Fonds pour un Canada fort. Avec une mise de fonds de 25 milliards$ en beaux billets du Dominion, y compris ceux en provenance du Québec, cette nouvelle société de la «Couronne» financera les grands projets fédéraux qui piétineront à la fois l'environnement et les compétences des provinces, y compris celles du Québec.

Autant le mot «souverain» est détesté quand il s'agit du projet québécois, autant il est adulé quand vient le temps d'affirmer la «souveraineté» du Canada face aux États-Unis ou de façonner «une seule économie» face aux provinces. Carney n'a pas créé un ministère de l'Identité canadienne pour rien. Ce nouveau fonds fédéral «souverain» deviendra un rouleau compresseur de l'anglophonie multiculturelle visant à aplatir toutes les identités nationales (Québec et Autochtones) et régionales. Un fort coup de Jarnac centripète! 

Enfin, la visite diplomatique de Christine Fréchette à Washington aurait pu être considérée comme l'affirmation d'une certaine souveraineté québécoise sur le plan international, jusqu'à ce qu'on apprenne que le tout avait la bénédiction de Mark Carney et de l'ambassadeur anti-québécois du Canada aux États-Unis. 

Cela vaut la peine de noter qu'il existe un lien entre ces trois événements. Leurs auteur(e)s ont un ennemi en commun: le Parti québécois!

Le score final de la journée. Centrifuges 2,5, Centripètes 0,5...

La satanée tour de Pise s'est légèrement redressée...

dimanche 26 avril 2026

L'IA remplace les journalistes... Scénario d'horreur...

26 avril 2026...

capture d'écran du journal Métro de Montréal, 26 avril 2026

Voilà, ci-haut, une image qui devrait faire frémir d'horreur tout journaliste digne de ce nom, et par ricochet, l'ensemble du public. Nos médias d'information sont désormais infectés par un virus qui risque de s'avérer mortel : l'intelligence artificielle (IA)!

(Voir un lien vers ce texte en bas de page.)

Notez la signature au début de cette nouvelle du journal montréalais Métro: «Agent IA Journal Métro». Ce qu'on vous propose de lire a été composé par un ordinateur! Expliquer à la fin de l'article que le texte a été «édité par un journaliste» n'est guère rassurant quand on apprend que le journal n'emploie désormais qu'un seul journaliste...

Je ne doute pas de la capacité de l'IA de synthétiser l'information d'un communiqué de presse, comme celui du ministère québécois des Transports portant sur l'annonce d'une fermeture de rue. Mais en se satisfaisant d'une telle synthèse, même si elle est conforme aux renseignements contenus dans le communiqué, le journal trahit sa mission de bien renseigner ses lecteurs.

L'intelligence artificielle est et restera incapable d'accomplir les tâches journalistiques essentielles à la rédaction et la publication des textes d'actualité qui seront publiés dans la presse imprimée ou électronique:

- l'IA n'a pas la capacité de déceler les erreurs potentiellement contenues dans ce communiqué. Si le ministère transmet des données erronées, le cerveau informatique les traitera comme vérité d'évangile. L'«Agent IA Journal Métro» n'ira pas chercher ailleurs ou, mieux, téléphoner à un responsable du ministère pour vérifier.

- l'IA n'est pas en mesure de bonifier le texte, d'ajouter de l'information pour le rendre plus complet, p. ex. indiquer le volume de circulation habituel dans cette zone, ou expliquer quel genre de conditions météorologiques ou contraintes opérationnelles pourraient perturber le calendrier des travaux.

- l'IA ne peut, d'aucune façon, si la chose est nécessaire, aller chercher des réactions de la ville de Montréal, de commerçants dans le secteur touché, ou d'organisations citoyennes intéressées. Le communiqué du ministère des Transports restera la seule source disponible.

- l'IA est incapable de formuler de jugement sur la pertinence ou l'importance d'une telle nouvelle, une étape essentielle dans une salle de rédaction. Aucune interaction professionnelle entre l'humain et la machine n'est possible ici. L'IA est un exécutant et rien de plus (pour le moment). 

(À lire aussi, le texte de Normand Baillargeon dans Le Devoir du 22 octobre 2025 sur le journalisme à l'ère de l'IA - https://www.ledevoir.com/culture/medias/926865/nouvelles-journalisme-ere-ia)

Voilà où nous en sommes. Les promoteurs du tout-numérique en information récoltent ce qu'ils ont semé. Les journaux papier tombent comme des mouches. Les journaux numériques ne nous ont pas conduits au paradis médiatique espéré, loin de là. Et maintenant, les effectifs décroissants des salles de rédaction sont menacés par l'intelligence artificielle. Scénario d'horreur!

L'horizon n'est plus sombre. Il est NOIR!

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samedi 25 avril 2026

Au Canada, une seule langue commune, l'anglais... Le français c'est comme le tagalog?

25 avril 2026...



Que le chroniqueur britanno-colombien J.J. McCullough trimbale sur la place publique son ignorance de l'histoire du pays et son dédain quasi-haineux pour les francophones me laisse indifférent. Il perpétue une vieille tradition de francophobie qui plait à un large auditoire au Canada anglais. Ce qui me dérange, c'est qu'un magazine qui se veut sérieux, Macleans en l'occurrence, offre une tribune à ses propos injurieux comme s'ils étaient crédibles et fondés!

Cette revue anglo-canadienne vient de publier un texte particulièrement fielleux de M. McCullough intitulé Official Bilingualism Has Failed Canada. En français, il aurait pu écrire Au Canada, le bilinguisme nous a laissés tomber ou quelque chose du genre. Jusque là, rien à redire, on entend régulièrement des points de vue semblables chez les francophones, au Québec et ailleurs au pays.

Mais toute similitude se termine là. Dès le première paragraphe, il enfonce son venin sans retenue en évoquant le drame survenu l'an dernier à Vancouver, quand le conducteur d'un VUS avait foncé dans la foule à un festival philippin, tuant 11 personnes. Le premier ministre n'a pas adressé ses condoléances en tagalog (langue des Philippins) mais en anglais. Suit un second paragraphe de deux mots aux allures de poignard: «And French.»

Le chroniqueur rapporte les propos de Mark Carney en français, «une langue que 25 millions de Canadiens ne comprennent pas». La plupart des gens de la collectivité philippine connaissent l'anglais, «comme 87% des Canadiens» (un chiffre qui inclut tous les francophones bilingues).  Depuis longtemps, écrit-il, les minorités linguistiques de ce pays acceptent que l'anglais soit devenu le pont qui permet de relier les éléments de cette diversité.

Toutes les minorités sauf une: les Canadiens français. Parce que pour M. McCullough, les francophones sont une minorité linguistique comme toutes les autres. Surtout pas une nation. Seuls les Franco-Canadiens, dit-il, possèdent ce droit unique, endossé par la Constitution et une phalange de politiciens, journalistes activistes et intellectuels, de recevoir les communications de l'État dans «la langue qu'ils préfèrent». Un seul Canadien, quelque part, aurait préféré entendre Carney déplorer la tragédie (de Vancouver) en français? Le premier ministre aurait obtempéré...

Pourquoi, se demande-t-il, faisant étalage de son ignorance, une seule minorité linguistique dans un pays aussi grand et multiculturel que le Canada a-t-elle le droit d'obtenir des choses dans sa langue préférée? Cela défie toute logique selon lui, estimant que le bilinguisme de l'État fédéral est une espèce de religion folklorique qui va à l'encontre de l'image d'une démocratie équitable et fondée sur le mérite (!!!) que projette le Canada. Clairement, pour lui, la seule langue commune au Canada, qui inclut le Québec, c'est l'anglais. C'est la seule langue qui n'est pas minoritaire...

Les écoles françaises dans l'Arctique, des émissions de Radio-Canada en français pour les Franco-Albertains, un premier ministre fédéral qui prononce quelques phrases en français devant le Parlement australien, voilà de toute évidence des absurdités. Et que seraient ses jérémiades sans la plainte sans cesse renouvelée d'une administration fédérale qui - bilinguisme officiel oblige - écartent des hauts échelons une grande partie des plus brillantes compétences unilingues anglaises du pays? Si M. McCullough se donnait la peine de s'informer, il trouverait une fonction publique fédérale largement unilingue anglaise, même pour les francophones...

Le statut officiel accordé au français lui apparaît ainsi en contradiction avec les objectifs de diversité, d'équité et d'inclusion du Canada qui, semble-t-il, ne peut se faire qu'en anglais... Le résultat aura été une concentration du pouvoir entre les mains d'une élite «laurentienne» bilingue de race blanche... et, comme par hasard, surtout québécoise... Et M. McCullough estime qu'il en résulte un pays où une réalité culturelle (française) est honorée plus que les autres. On voudrait nous faire croire qu'il existe un «fait français» au Canada, mais les nombres suggèrent que ce n'est qu'un «petit fait» parmi plusieurs...

Son analyse de la réalité socio-linguistique canadienne n'est pas entièrement erronée, mais la francophobie qui suinte partout exclut toute forme de dialogue rationnel sur la statut de l'anglais et du français, au fédéral comme au Québec comme ailleurs au Canada. S'il possède quelque connaissance de l'histoire des deux principales nations sur le territoire canadien, il l'a bien camouflée. S'il comprend les rouages et le partage des compétences propres à un régime fédéral, il le dissimule tout autant. Avec J.J. McCullough comme premier ministre canadien, le français serait vite réduit au rang du tagalog et le Québec proclamerait son indépendance en un clin d'oeil.  

J'espère que le magazine Macleans ne tire pas quelque fierté d'avoir publié une telle ordure. Lisez-la: le lien suit ci-dessous...



vendredi 24 avril 2026

Il y a 100 ans, le 24 avril 1926...

24 avril 2026...

Quoi faire quand l'inspiration n'est pas au rendez-vous?

Fatigué d'entendre parler de la menace américaine, des inondations printanières, du débat sur la laïcité; tanné des interminables publicités à la télé ou sur YouTube; ne désirant pas plonger dans les ragots qui embouteillent réseaux sociaux et tribunes médiatiques, j'ai décidé de me permettre un voyage dans le temps. De revenir cent ans en arrière, au 24 avril 1926 pour essayer de me dépayser.

Le haut de la page une du Droit du 24 avril 1926

Ça commence mal!

1. La principale manchette, à gauche, porte sur les effets de la crue printanière dans la région d'Ottawa-Hull et l'Est ontarien... Les eaux de la rivière Rideau, à près de trois mètres au-dessus de leur niveau normal, viennent de baisser d'une douzaine de centimètres... Le journal raconte «qu'une foule de personnes, automobilistes, cyclistes et même piétons ont longé hier soir les rives de la Rideau pour se rendre compte des progrès de l'inondation». Sur l'autre rive de la rivière Ottawa (comme on disait à l'époque), le ruisseau Brewery (on dirait aujourd'hui De la Brasserie), gonflé par la fonte des glaces, a débordé et emporté un pont sur le boulevard St-Joseph...

2. La menace états-unienne existait aussi il y a 100 ans. Constatez ce titre, également au haut de la page une: «Je nie aux Américains de venir ici et de légiférer sur notre morale.» La ligne de conduite que veulent tracer pour nous nos voisins du Sud n'a rien à voir avec les folies de leur président cependant. On s'inquiète plutôt de l'invasion des films de Hollywood qui souillent «l'âme de vos chers enfants». L'archevêque de Montréal est catégorique: «Les pellicules qui sont montrées dans nos théâtres ont besoin d'être amputées à cause des désastreuses conséquences qui peuvent en découler

3. En 1926, laïcité et Canadiens français ne faisaient pas bon ménage. Le catholicisme nous définissait comme peuple autant que la langue et la culture françaises. Le Droit rapporte la tenue d'un Congrès eucharistique à Chicago, événement très important à l'époque si on se fie à la marée humaine qui s'y rendra. Selon le journal, le délégué apostolique du pape au Canada et à Terre-Neuve (un pays jusqu'en 1949) s'y rendra à la tête d'une délégation d'au moins 25 000 Canadiens, la plupart de langue française! Le Chemins de fer nationaux ont retenu au moins vingt trains spéciaux pour le transport des pèlerins...

4. Vous savez sans doute que la ville d'Ottawa, jadis connue sous le nom de Bytown, célèbre en 2026 son 200e anniversaire. Dans Le Droit du 24 avril 1926, on parle du 100e! Certains problèmes n'ont pas changé. Le journaliste rapporte que la Société St-Jean Baptiste d'Ottawa a l'intention d'intervenir auprès du maire pour obtenir une plus grande représentation des Canadiens français au comité du centenaire de la capitale...

5. La question des tarifs secouait l'industrie automobile il y a 100 ans mais Washington n'était pas en cause. C'est le gouvernement canadien sous Wilfrid Laurier qui avait imposé un tarif de 35%, maintenu par les gouvernements subséquents. Mais le gouvernement libéral de Mackenzie King envisageait de les abaisser. Ottawa est envahie par 4000 représentants des ouvriers ontariens de l'automobile, venus dans la capitale pour s'opposer à cette baisse de tarifs. Le premier ministre fait valoir que sa décision a été prise après un examen approfondi des besoins de l'industrie automobile canadienne.

6. Sur la scène internationale, cette édition du Droit nous rappelle à quel point le fasciste Benito Mussolini était admiré au Québec à ses débuts. On lui sait gré d'avoir «réussi à se débarrasser de la pieuvre du communisme qui commençait à enserrer le gouvernement d'Italie dans ses tentacules». Ces jours-ci, cependant, il ne va pas bien et sa lutte contre la maladie «augmente encore sa popularité et lui donne une place de choix dans le coeur de tout le monde». On semble louer «son grand travail de reconstruction de l'empire romain»...

7. On annonce aussi à la une que le conseil municipal de Montréal vient d'adopter l'heure d'été. «Toutes les horloges devront être avancées d'une heure à partir du 2 mai jusqu'au 26 septembre.».

8. Côté technologie, le Canadien National annonce que sur le train d'après-midi entre Montréal et Québec, les passagers pourront entendre la radio. «Cela, dit-on «contribuera à votre récréation durant le voyage.»

9. Les nouvelles locales étaient parfois vraiment locales. Ainsi, le correspondant du Droit à Val-Gagné (Ontario) envoie l'information suivante: «MM. Lèmère Dumas et Alphonse Jacob, de St-Sébastien, étaient les hôtes de M. et Mme A. Boutin ainsi que de M. et Mme E. Lapierre. M. Et Mme Auger et M. A Labrèche sont allés à Iroquois Falls.» C'était le bon vieux temps...

10. En mai 1956, dans mon petit coin d'Ottawa, une vieille grange dans lequel on entreposait les blocs de glace pour ceux qui avaient toujours des glacières à la maison avait brûlé, arrosait de brin de scie enflammé plusieurs maisons du voisinage. Quelques années plus tard, presque tout le monde avait des frigos... Mais en 1926, les glacières régnaient toujours en maître. Ainsi cette publicité dans Le Droit du 24 avril:



11. Voici quelques autres publicités qui compléteront ce retour vers le passé, toutes du Droit du 24 avril 1926...


Pour femmes pâles et faibles... Ça guérit absolument tout...


Un concours de l'époque... Les prix: une berline Ford, un piano Pratte et une radio Marconi...


jeudi 23 avril 2026

Voilà ce que les libéraux du Québec ont élu...

23 avril 2026...



Depuis son arrivée au poste de premier ministre du Canada, Mark Carney fait «royalement» preuve d'indifférence, voire de négligence, quand vient le temps de protéger ou promouvoir la langue française, ou de respecter les droits et valeurs de la majorité québécoise.

La nomination de Mark Wiseman comme ambassadeur du Canada à Washington s'ajoute à la preuve. Unilingue anglais, hostile à la gestion de l'offre chère au Québec, partisan d'une immigration massive même si «ça fait hurler le Québec», M. Wiseman a invité les députés du comité parlementaire des Affaires étrangères à sa réception inaugurale à Washington en anglais seulement...

Invité à s'expliquer aujourd'hui devant ce même comité, le nouvel ambassadeur a doublé le tort d'un affront. Il s'est excusé de sa bourde, mais encore une fois en anglais seulement. À la Michael Rousseau. Le premier ministre a reconnu que la communication de M. Wiseman était «inacceptable», mais seulement après que les députés du Bloc et du Parti conservateurs se soient indignés sur la place publique.

Les députés libéraux francophones semblent bien à l'aise - publiquement du moins - de voir leur langue nationale malmenée jusque dans les hautes sphères de leur gouvernement. Après l'injurieux discours de Marc Carney sur les Plaines d'Abraham où la conquête était devenue l'acte fondateur d'un pacte biculturel imaginaire, on a découvert que les rédacteurs des textes du premier ministre étaient tous des Torontois anglophones...

En effet qui se ressemble s'assemble. On ne trouve aucun défenseur de la langue française dans la garde rapprochée de M. Carney. Quant à l'ambassadeur Wiseman, c'est un ami personnel du premier ministre. Difficile de croire que les deux hommes entretiennent des conflits de fond quant aux grandes orientations du pays, y compris en matière linguistique. M. Carney savait donc à quoi s'attendre quand il lui a confié le rôle de porte-parole du Canada au sein de l'empire Trump.

Dès ses premiers jours comme premier ministre, Mark Carney avait aboli le portefeuille des Langues officielles pour le remplacer par un ministère de l'Identité canadienne. C'était déjà un geste hostile à l'endroit de la langue française et de la nation québécoise. Et il n'a rien fait pour activer le nouveau mandat du Commissariat aux langues officielles de protéger le français partout au Canada, y compris au Québec.

Au contraire, le gouvernement libéral a l'intention de contester devant SA cour suprême l'utilisation par le Québec de la clause dérogatoire de la Constitution des longs couteaux pour mettre la Loi 96 (français langue commune et officielle) à l'abri des tribunaux. Et il continue de verser environ 80 millions $ par année à la collectivité anglo-québécoise et à l'anglicisation du Québec...

À Ottawa, les fonctionnaires fédéraux francophones continuent en très grande majorité à travailler en anglais. Dans la bureaucratie fédérale, la langue française demeure essentiellement une langue de traduction, et les choses risquent d'empirer avec les coupes annoncées chez les traducteurs. Le bilinguisme a toujours été une façade.

En matière de langue, Mark Carney restera une copie conforme de ses prédécesseurs, peu importe le parti. À chaque violation des droits de la langue française, il se confondra en excuses pour les médias et dès le lendemain, ce sera de nouveau business as usual... Jusqu'au prochain incident, qui ne saurait guère tarder...

mercredi 22 avril 2026

Comment ne pas couvrir une nouvelle importante...

22 avril 2026...


J'aime les journaux imprimés. J'aime Le Devoir. Alors, fidèle à la vieille expression Qui aime bien châtie bien, je monte de nouveau aux barricades pour accuser Le Devoir de négliger ses éditions papier, tant par les choix de contenu que par la présentation des sujets.

Cette critique peut paraître nébuleuse pour un grand nombre de lecteurs, mais elle est fondée sur des années d'observation aiguisées par une longue expérience en journalisme, y compris le montage de pages, la sélection de nouvelles et la direction d'une salle de rédaction.

La meilleure façon d'illustrer mon propos, c'est de trouver un bon exemple et de le décortiquer. Le Devoir me l'a offert sur un plateau d'argent avec sa couverture erratique des déclarations malhabiles du chef libéral Charles Milliard sur la protection de la Loi 96 au moyen de la clause dérogatoire.

Jeudi 16 avril: Charles Milliard, rompant avec les positions antérieures de son parti annonce qu'il mettrait de nouveau l'essentiel de la Loi 96 (français langue officielle et commune) à l'abri des tribunaux en renouvelant l'application de la clause nonobstant de la Charte des longs couteaux. Le sujet devient rapidement une manchette québécoise et Le Devoir publie sur son site Web un texte complet signé par son correspondant parlementaire François Carabin.

Vendredi 17 avril: J'ouvre mon Devoir papier et m'attends à lire un texte fouillé étant donné que l'anglosphère libérale gronde. Que vois-je? Une nouvelle brève d'une seule petite colonne, moins étoffée que le texte Web de la veille, en page 2 (voir image ci-haut) intitulée Charles Milliard protégerait la «loi 96». Ce reportage ne comporte aucun suivi auprès d'autres membres du caucus libéral ou de porte-parole de la collectivité anglo-québécoise. Très décevant!

Vendredi 17 avril: après une réunion sans doute houleuse des députés libéraux, Charles Milliard fait volte-face et ne promet plus d'avoir recours à la disposition dérogatoire de la Constitution pour protéger la Loi 96. Nouvelle manchette un peu partout, y compris sur les pages Web du Devoir qui publie un nouveau texte maison signé Sébastien Tanguay. Un article de 11 paragraphes!

Samedi 18 avril: Je m'attends à voir Le Devoir papier consacrer un espace généreux à la couverture de ce premier grand faux-pas du nouveau chef libéral, surtout qu'il porte sur l'avenir du français au Québec. Quoi? Il n'y a aucune nouvelle! Zéro. Rien. Surprenant pour un sujet qui est repris sur un tiers de page par le chroniqueur Michel David en page B5 (second cahier) de la même édition papier! C'est à n'y rien comprendre. Un manque de respect flagrant pour les lecteurs de l'imprimé.

Lundi 20 avril: Charles Milliard poursuit son cafouillage au sujet de la Loi 96 en tentant de clarifier sa position sur l'emploi ou pas de la clause de dérogation. Le sujet n'est pas couvert par un scribe du Devoir, qui publie un article de Thomas Laberge, de la Presse canadienne. Le Devoir n'avait-il pas délégué un journaliste au point de presse de M. Milliard à Laval? 

Mardi 21 avril: Dans Le Devoir papier (voir image ci-haut), reprise incomplète dans la page de nouvelles brèves (la page 2) du texte de la Presse canadienne sans mise à jour, sans ajouts à la non-couverture de la veille. Entre ça et dire que le sujet n'a à peu près aucune importance, la différence est fort mince...

Mercredi 22 avril: Encore une fois, il appartient à un chroniqueur de remettre les pendules à l'heure: un tiers de page consacré au texte Milliard dans le brouillard de Jean-François Lisée!

Expliquez-moi ça. Un sujet qui fait les manchettes un peu partout, y compris sur le site Web du Devoir, ne mérite que deux brèves d'une colonne dans les pages d'actualité de l'édition papier entre le 17 et le 22 avril. Par contre, on lui consacre deux longues chroniques dans les pages d'opinion.

Peut-être aurait-on pu pondre un édito maison sur les malheurs de Charles Milliard dans l'édition du lundi 20 avril, mais malheur de malheur, Le Devoir vient de supprimer sa page éditoriale les lundis... pour de bon...

Avoir été chef des nouvelles ou rédacteur en chef au Devoir, j'aurais piqué une crise dès le premier jour...