L'élection du Parti Québécois, même minoritaire, offre au premier ministre Paul St-Pierre Plamondon l'occasion de bouleverser le vieil échiquier constitutionnel canadien avant même bricoler un nouvel échéancier référendaire. Le mode d'emploi d'une telle stratégie est apparu clairement avec les deux «chaises laissées vides» par l'absence du Québec au sommet fédéral-provincial-Autochtones, puis au Sommet Canada-Union européenne à Montréal.
Robert Bourassa l'avait érigé (brièvement) en dogme politique après l'échec de l'Accord du Lac Meech, en juin 1990. Refusant l'éternel piège du simple statut de province, le premier ministre libéral avait annoncé que le Québec quittait la table des négociations à onze pour traiter «d'égal à égal» avec le gouvernement du Canada. «Le Québec a la liberté de ses choix», avait-il proclamé.
Ce moment de lucidité n'a pas duré très longtemps, même si, à l'époque, environ 60% des Québécois s'étaient dits favorables à l'indépendance. Le rapport de forces, à n'en pas douter, est moins favorable en 2026 mais la stratégie de la «chaise vide», du refus de négocier à «1 contre 10», conserve tout son attrait. On vient de s'en rendre compte, même si le vocabulaire a évolué.
En refusant de prendre sa chaise «provinciale», le gouvernement du Parti Québécois affirme une réalité incontournable, que la Chambre des communes à Ottawa a elle-même reconnue: le Québec est bien plus qu'une province comme les autres. C'est aussi une nation! Et comme représentant d'une nation, le gouvernement des Québécois a droit à une reconnaissance «nationale».
Dans la Loi constitutionnelle de 1867 et dans la Charte des longs couteaux de 1982, comme dans les décisions constitutionnelles de la Cour suprême fédérale, fondées sur la Charte des longs couteaux, le Québec n'est qu'une province, un acteur essentiellement local, et le mot «national» est réservé aux enjeux fédéraux pan-canadiens. Le concept même de nation est réservé au gouvernement du Canada.
En faisant valoir les intérêts «nationaux» du Québec, le premier ministre St-Pierre Plamondon ne viole aucun élément de la soi-disant constitution canadienne. Il affirme une réalité qui n'en fait pas partie, qui n'en a jamais fait partie: le statut national du Québec. En tant que nation, le Québec a de facto un statut différent, supérieur même à celui des autres provinces, ces dernières acceptant leur rôle provincial, inférieur, tenant pour acquis que le gouvernement de «leur» nation siège au Parlement d'Ottawa.
Comme province à laquelle on a imposé le coup d'État des longs couteaux de 1982, le Québec-province reste en cage. Mais comme État-nation, il en va autrement. Les intérêts nationaux du Québec exigent qu'ils se négocient de nation à nation, d'égal à égal. Si la nation québécoise se veut française, laïque et républicaine, c'est son affaire, et puisque la nation québécoise n'est mentionnée nulle part dans la constitution canadienne, elle peut se permettre d'écrire de nouveaux chapitres constitutionnels à son image.
Réduire cette émancipation nationale à de vulgaires chicanes entre les gouvernements Carney et Plamondon, comme le font les ténors fédéraux et trop de journalistes, constitue un échappatoire simpliste et facile. Le gouvernement québécois doit continuer à gouverner comme État-nation, à poser des gestes de souveraineté nationale. Le statut provincial, dans la charte des longs couteaux, le place en situation de faiblesse. Revendiquer au nom de l'État-nation le met en position de force, et le reste du Canada n'a pas de réponse toute prête.
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Voir mon texte du 23 septembre 2016, Le gouvernement d'un peuple souverain - https://pierreyallard.blogspot.com/2016/09/le-gouvernement-dun-peuple-souverain.html








