vendredi 15 mai 2026

PSPP espionné? Bien sûr!

15 mai 2026...



Paul St-Pierre Plamondon et le Parti québécois espionnés par le SCRS ou la GRC? Mais bien sûr! À toutes les vierges offensées qui présument de l'innocence fédérale et à tous les psychiatres amateurs voudraient y voir du délire ou un complexe de persécution, je dirais d'abord: renseignez-vous sur les mauvais coups et les illégalités commises par Ottawa contre les indépendantistes depuis les années 1960. Si le passé est garant du présent, la méfiance est tout à fait justifiée.

Mais je leur dirais aussi. Tentez de voir les choses du point de vue de Mark Carney, ou des ministres dont le mandat touche à la sécurité du pays ou l'identité canadienne. Vous avez devant vous la résurgence d'un parti qui est passé à un cheveu près de casser la fédération avec son projet de souveraineté en 1995. Les sondages ne favorisent pas une victoire du Oui (pour le moment) mais laissent croire à la possibilité d'un gouvernement péquiste après octobre 2026. Que faites-vous?

Il est hors de question d'attendre les bras croisés ou d'espérer que les réalisations et les promesses du gouvernement fédéral attirent, sans aide, une majorité de Québécois au camp du Non. Carney n'a pas hésité à passer immédiatement aux menaces avec les Albertains qui, affirme-t-il, devront respecter la loi fédérale sur la clarté référendaire ou voir leur démarche de souveraineté annulée. Le précédent est donc créé. Il doit prendre la même position face au Québec.

Le problème, c'est que l'Assemblée nationale a adopté en 2000 sa Loi 99 affirmant que le Québec peut décider seul de son avenir politique et constitutionnel, quoiqu'en dise la loi fédérale sur la clarté. Les députés fédéraux auront beau juger que la question référendaire n'est pas assez claire, ou qu'une majorité de 50% +1 ne suffit pas, le gouvernement québécois ne tiendra pas compte de l'avis d'Ottawa. Que fera alors le gouvernement canadien? Porter l'affaire en Cour suprême, devant ses propres juges, en invoquant la Charte des longs couteaux de 1982, adoptée contre la volonté du Québec? Cul-de-sac total!

Carney a fait de l'unité canadienne son cheval de bataille: UNE économie, UNE identité canadienne, UN Canada fort, UN gouvernement qui lance et contrôle de grands projets «nationaux». Enfin, vous comprenez. Devant une nouvelle menace de sécession du Québec qui risque de torpiller sa mission et le Canada du même coup, face à un parti (le PQ) qui refuse toute intervention fédérale en matière d'autonomie référendaire, Mark Carney n'a pas une tonne d'options. Ou il fait comme Trudeau père en octobre 1970 en invoquant la Loi des mesures d'urgence (enfant illégitime des mesures de guerre) et en sortant l'artillerie lourde des casernes militaires pour envahir le Québec, ou il choisit la lutte politique en utilisant TOUS les atouts à sa disposition.

Vous conviendrez que pour peaufiner la meilleure stratégie, il devra être le mieux informé possible des agissements et plans de «l'ennemi», déjà coupable aux yeux du Canada anglais de subversion et de trahison. Difficile à croire qu'il n'aura pas recours au SCRS, l'agence canadienne d'espionnage, pour étoffer son carnet de lutte. Aux dires même du site Web du Gouvernement du Canada, «les enquêteurs du SCRS utilisent diverses méthodes pour collecter des informations sur les personnes et les groupes dont les activités pourraient représenter une menace pour la sécurité nationale».

Le projet d'indépendance du Québec est-il une «menace pour la sécurité nationale»? Sans aucun doute. C'est LA menace. L'existence du pays est en jeu. Pour arriver à ses fins, le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) a de larges pouvoirs pouvant le mener bien au-delà des «sources ouvertes» comme les médias. Les enquêteurs peuvent interroger des gens, infiltrer des groupes et même «intercepter des communications». J'imagine que dans certaines circonstances, la GRC pourrait même mettre l'épaule à la roue.

Du point de vue anglo-canadien, il serait impensable de ne pas pousser jusqu'à la limite, et un peu au-delà, un réseau d'espionnage en règle contre ceux et celles qui veulent briser leur pays. Si on n'agit pas ainsi et que les indépendantistes sortent victorieux de leur référendum, les tacticiens fédéraux seront écartelés sur la place publique. Je ne crois pas que Mark Carney et sa garde rapprochée soient des imbéciles. Ils prendront les moyens nécessaires, légaux ou pas, pour préserver l'unité du pays. Y compris espionner.

Paul St-Pierre Plamondon le sait. Lui non plus n'est pas un imbécile. La campagne référendaire vient de démarrer et ça ne va pas bien pour le camp du Oui. Mais attention. Une étincelle suffit parfois pour tout changer. Si, à quelques mois du référendum, vers 2030, les sondages donnent le Oui en avance, le SCRS, la GRC et l'armée seront sur un pied d'alerte et les dirigeants du PQ seraient bien avisés de trouver des tas de cages de Faraday... Les patrons des services de renseignement du Canada auront le pied à fond sur l'accélérateur.

Mark Carney n'aura pas le choix s'il est toujours premier ministre... Son successeur non plus... On n'est plus en 1837, mais...

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«Quand les bulldozers d'octobre entraient dans les maisons...
à cinq heures du matin» (poème de Gérard Godin sur la nuit des mesures de guerre, 16 octobre 1970)

jeudi 14 mai 2026

Hors Québec, le français devient inutile...

14 mai 2026...

capture d'écran du site Web ONFR-TFO, 13 mai 2026


Je suis né et j'ai grandi en Ontario. À Ottawa. J'ai compris très vite, dès l'enfance, le sens pratique du mot bilinguisme dans mon petit quartier franco-ontarien. Être bilingue, c'était avoir le droit de parler français entre francophones, et l'obligation de parler anglais aux anglophones. Je regarde ce qui se passe en 2026 et à l'extérieur du Québec, et à bien des égards, les choses ont peu changé.

Sauf pour la péninsule acadienne ou le Madawaska au Nouveau-Brunwick, et quelques îlots dans l'Est et le Nord ontariens, les francophones hors Québec sont bilingues dans une proportion dépassant les 90%. Ils comprennent l'anglais, s'en servent tous les jours. Pour la plupart, ils acceptent de communiquer en anglais même quand ils ont le droit de s'exprimer en français.

La conséquence, c'est que la langue française devient plus ou moins inutile en société quand tous les francophones (ou presque) ont la capacité de fonctionner en anglais. À la longue, à l'usure, ils cessent de réclamer leurs droits ou d'exprimer leurs préférence pour le français, ou pire, s'en excusent. Et les anglophones, déjà habitués à vivre en anglais seulement, en profitent pour accentuer l'érosion de ce qui reste du «bilinguisme»...

Au cours des derniers jours, j'ai cueilli dans les médias quelques nouvelles qui en font la démonstration: Mélanie Joly qui s'excuse de dire quelques mots en français, les fédéraux qui offrent des contrats en anglais seulement à Ottawa, l'abandon du français comme langue de travail au Collège militaire royal, le refus d'appliquer le régime linguistique bilingue dans les entreprises de compétence fédérale hors Québec, l'obligation de stages en anglais pour les étudiantes francophones en sciences infirmières à Sudbury.

Voici les renvois:

1. Dans la région d'Ottawa, la Commission de la capitale nationale (celle du Canada) met de côté les appels d'offres en français pour des travaux de moins de 250 000 $ quand la traduction vers le français du texte original en anglais risque d'occasionner des délais.


2. Le Collège militaire royal du Canada à Kingston (Ontario) change sa politique de bilinguisme et désigne l'anglais comme langue de travail principale au sein de l'administration.

Voir le texte de Pascal Vachon sur le réseau ONFR-TFO:

3. L'Université Laurentienne de Sudbury régularise officiellement l'obligation pour les étudiantes francophones en sciences infirmières de suivre des stages qui, même dans des institution soi-disant bilingues, se font essentiellement en anglais.

Voir le texte de Sébastien Pierroz sur le site Web Le Droit :

4. En Ontario, la ministre fédérale Mélanie Joly s'excuse auprès de ses interlocuteurs de quitter l'anglais pour quelques secondes, question de dire le boniment obligatoire dans la langue de Molière, avant de revenir à la langue d'usage du Canada...

Voir le discours sur YouTube:

5. Ottawa édicte de nouvelles règles linguistiques pour les entreprise privées de compétence fédérale mais ne fait rien pour les faire respecter, sauf attendre les plaintes des francophones suffisamment ulcérés pour porter plainte...

Voir le texte de Pascal Vachon sur le réseau ONFR-TFO:

La morale de cette histoire, c'est qu'à l'extérieur du Québec, seul l'anglais est vraiment essentiel. On en vit les conséquences et on doit en tirer les enseignements qui s'imposent. Il faut faire en sorte qu'au Québec, seul le français soit essentiel, même pour les anglos. L'unilinguisme français doit être la règle. Partout.

Aux anglophones du Québec, je souhaite l'expérience du bilinguisme telle qu'on me l'a apprise à Ottawa, en Ontario. Inversée, cependant. Ainsi, pour les Anglo-Québécois, le bilinguisme deviendra le droit de communiquer en anglais entre anglophones, et l'obligation de communiquer en français avec la majorité francophone et les institutions d'un État français, espérons-le, souverain.

mercredi 13 mai 2026

Francophonie à l'Université d'Ottawa... Encore des platitudes...

13 mai 2026...

capture d'écran du communiqué de l'Université d'Ottawa


Le 13 juin 2025, il y a près d'un an, Julie Cafley (alors directrice générale de Catalyst Canada), a salué dans la Section Idées du quotidien Le Devoir la nomination de Marie-Ève Sylvestre au poste de Rectrice et Vice-chancelière de l'Université d'Ottawa. Son texte louangeur était coiffé du titre Une première historique pour la francophonie et pour les femmes (voir lien en bas de page).

Aujourd'hui, 13 mai 2026, Mme Sylvestre annonce la nomination de Julie Cafley au nouveau poste de Vice-rectrice à la francophonie et aux relations externes et communautaires de l'Université d'Ottawa. Selon le communiqué officiel, Mme Cafley s'est démarquée parmi les «nombreuses candidatures remarquables» au cours d'un «processus rigoureux». Tout indique cependant que la rectrice a trouvé une âme soeur qui, de plus, connaît bien l'institution, ayant oeuvré comme chef de cabinet de deux anciens recteurs (on ne dit pas lesquels).

Le site Web de l'université ottavienne précise que son mandat l'amènera à s'intéresser en priorité aux «principaux enjeux relevés par les francophones dans les diverses sphères de la vie, des études et du travail en français sur le campus». Les grands objectifs ont été définis en 2018 dans un rapport intitulé Renouveau de la francophonie à l'Université d'Ottawa (voir illustration ci-dessous).
Clairement, huit ans plus tard, ces objectifs n'ont pas été atteints. La proportion d'étudiants de langue française, jadis majoritaire, stagne autour de 30%. La gouvernance de la francophonie à l'Université reste entre les mains d'une administration complice d'un bilinguisme anglo-dominant. La présence et le rayonnement de la francophonie sur le campus est au mieux anémique. Quant à la «mission francophone» de l'institution, il doit être difficile de la communiquer aux «publics cibles» (lesquels?) quad on n'atteint même pas ses propres cibles à l'interne.

Quoiqu'il en soit, l'annonce d'une nouvelle vice-rectrice qu'on dit «créative, stratégique et profondément engagée» semble porteuse d'espoir. On se dit que l'Université prend enfin la situation du français au sérieux (Mme Sylvestre s'y était engagée) et que le temps d'une action énergique approche. Alors on cherche dans le communiqué de l'Université d'Ottawa des engagements fermes et précis liés à cette nomination prestigieuse, et on n'en trouve pas! C'est, pour tout dire, un tas de platitudes du genre que l'IA régurgiterait après avoir mangé une bio, quelques textes d'info et des citations soigneusement fabriquées.

Vous voulez un exemple? Voici!

La citation suivante (la seule de Mme Cafley) est tirée du communiqué de l'Université d'Ottawa. Mme Cafley affirme: «Je reviens à l’Université d’Ottawa avec une conviction profonde: la francophonie se construit dans l’écoute, les relations et les partenariats. Ensemble, avec nos communautés, nous bâtirons des ponts et renforcerons le sentiment d’appartenance afin de faire avancer une francophonie inclusive, ancrée dans l’équité et tournée vers l’avenir.» Quoi?

Elle parle d'écoute, alors que tout a été dit et redit depuis des décennies. Elle évoque des relations et des partenariats. Bien oui, c'est évident. Ça se fait déjà. «Ensemble, avec nos communautés», une autre formulation vide de sens. Bâtir des ponts, renforcer le sentiment d'appartenance? Personne ne brûle des ponts. Quant au sentiment d'appartenance, expliquez-moi ce que cela signifie.

Mais le clou, c'est «faire avancer une francophonie inclusive, ancrée dans l'équité et tournée vers l'avenir». Quelle horreur. Ça mange quoi en hiver, une francophonie «inclusive»? Une francophonie sans discrimination, ou quelque chose du genre? Y'a là un message caché? On y revient tout de suite en la voulant «ancrée dans l'équité». La francophonie actuelle serait inéquitable? Quant à «tournée vers l'avenir», on a vu cette formulation trop souvent comme rejet du passé et des «vieilles chicanes» entre anglophones et francophones. Il y a là des relents de l'affaire Lieutenant-Duval...

Il n'y a rien dans le communiqué sur le triste état du français, les doléances de la population étudiante de langue française, ou les priorités d'action pour remédier aux carences les plus flagrantes. On ajoute à la fin une citation de Madeleine Meilleur, ancienne ministre ontarienne des Affaires francophones et l'une des artisanes du sabotage du projet original d'université franco-ontarienne en 2015. Mme Meilleur se réjouit que Julie Cafley ait «une connaissance approfondie de la communauté franco-ontarienne». J'ai eu beau chercher, je n'ai pas trouvé sur le Web de référence aux antécédents franco-ontariens de la nouvelle vice-rectrice. Si elle connaît bien l'Ontario français, ce n'est pas évident ici. D'ailleurs, selon Mme Sylvestre, son expertise est ailleurs.

On ajoute enfin une citation de Dominic Giroux, PDG de l'hôpital Montfort d'Ottawa, seul hôpital universitaire de langue française en Ontario et étroitement associé avec l'Université d'Ottawa. Il se réjouit bien sûr de son partenariat avec la faculté de médecine, sachant sans doute que Mme Cafley deviendra un interlocuteur, mais l'apport de M. Giroux ne concerne en rien la situation du français sur le campus ou la gouvernance francophone de l'Université. 

J'aimerais bien savoir de quels recteurs Mme Cafley a été chef de cabinet. J'espère que ce n'est pas Jacques Frémont, qui s'est révélé ennemi des francophones dans l'affaire Lieutenant-Duval, ou Allan Rock, qui a combattu bec et ongles le projet initial d'université de l'Ontario français où l'ensemble des programmes français de l'Université d'Ottawa aurait été placé sous gouvernance francophone. Vous n'avez pas besoin d'une nouvelle université franco-ontarienne, avait-il déclaré en 2014. Vous l'avez déjà, votre université: c'est l'Université d'Ottawa. C'était effronté, mais ses propos ont passé comme un couteau dans le beurre et douze ans plus tard, l'immense majorité des étudiants universitaires franco-ontariennes fréquentent toujours des institutions bilingues anglo-dominantes. Principalement... l'Université d'Ottawa.

Nous ne sommes vraiment plus à l'heure des platitudes...

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Lien au texte de Julie Cafley dans Le Devoir du 13 juin 2025 - https://www.ledevoir.com/opinion/idees/890710/idees-premiere-historique-francophonie-femmes

mardi 12 mai 2026

Victoria contre les Patriotes.....

12 mai 2026...

Drapeau des Patriotes à Saint-Denis-sur-Richelieu


S'il faut trouver le jour de l'année qui marque l'opposition la plus fondamentale entre le Québec et le Canada, mon choix se porterait sur le lundi avant le 25 mai (c'est le 18 mai en 2026). Partout au Canada anglais, cette journée s'appelle la Fête de Victoria (la reine, s'entend) et a pour but de célébrer «l'anniversaire du souverain». Au Québec, on y fête la Journée nationale des Patriotes, ceux-là mêmes qui se sont rebellés contre la monarchie répressive de Victoria en 1837-1838.

À preuve, le gouvernement québécois vient d'honorer comme «personnages historiques» le médecin patriote Jean-Olivier Chénier, tombé sous les balles britanniques en 1837 à St-Eustache, et les patriotes cruellement pendus en 1838-1839 par des militaires au service de la Reine Victoria et de son empire. Pendant qu'à Ottawa et ailleurs au pays, on rend hommage à la mémoire de Victoria et de ses habits rouges, au Québec on commémore l'héroïsme de ses victimes!

Alors que le Canada anglais souligne toujours l'allégeance au monarque, les élus québécois veulent «abolir le lien entre l'État du Québec et la monarchie britannique» (voir image ci-dessous). 

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capture d'écran du Devoir du 27 mai 2025

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Sur le site officiel du ministère québécois de la Culture, on peut lire: «La Journée nationale des patriotes honore la mémoire des patriotes qui ont lutté (en 1837-38) pour la reconnaissance nationale du peuple québécois, sa liberté politique et l'obtention d'un système de gouvernement démocratique». De nombreuses célébrations ont lieu à travers le Québec, et le drapeau tricolore vert-blanc-rouge est bien en évidence, même sur des édifices publics.

Sur le site officiel des «journées importantes et commémoratives» du gouvernement canadien, on ne parle que de la Fête de Victoria. Aucune référence à la Journée nationale des patriotes, pourtant essentielle si l'on veut comprendre l'évolution vers la démocratie au Québec et dans l'ensemble du Canada. Ottawa feint d'ignorer que le Haut-Canada (Ontario) a aussi eu ses rebelles en 1837-38 et que certains d'entre eux ont été pendus par l'armée de Victoria...

Il n'y a que deux autres «journées importantes et commémoratives» en mai au calendrier du gouvernement du Canada: la Journée du patrimoine néerlandais (5 mai) et la Journée internationale contre l'homophobie, la transphobie et la biphobie (17 mai). Et pour tourner le fer dans la plaie, on célèbre toujours la Journée Sir John A. Macdonald le 11 janvier. Heureusement on inclut La Saint-Jean-Baptiste le 24 juin, sans toutefois mentionner qu'il s'agit de la Fête nationale du Québec.

On indique par ailleurs que mars est le Mois du patrimoine irlandais. C'est aussi le Mois de la francophonie, mais vous ne le trouverez pas dans la liste fédérale... Le gouvernement canadien mentionne cependant le Mois du patrimoine hindou (novembre), le Mois du patrimoine libanais (novembre), le Mois du patrimoine allemand (octobre), le Mois canadien de l'histoire islamique (octobre), le Mois du patrimoine latino-américain (octobre), le Mois du patrimoine polonais (mai), et j'en passe... etc... etc...

J'ai scruté la liste fédérale et déniché une journée commémorative qui pourrait servir à honorer les Patriotes: le 23 juin, Journée nationale du souvenir des victimes de terrorisme. Les troupes britanniques qui ont brûlé des villages, pillé des demeures, violé des femmes et pendu nos patriotes étaient auteurs d'actes terroristes. Les anciens Québécois du Bas-Canada qui ont goûté à la médecine des troupes de Victoria étaient des victimes de terrorisme!


lundi 11 mai 2026

C'est-y assez «clair»?

11 mai 2026...



Mark Carney s'adressait aux cowboys «séparatistes» de l'Ouest, mais son message visait tout autant les Québécois quand il a affirmé, la semaine dernière, que les règles établies par la Loi fédérale de clarification (clarté référendaire) devront être suivies à la lettre si un référendum sur la sécession de l'Alberta finit par avoir lieu.

Le premier ministre canadien sait que le mouvement indépendantiste albertain ne constitue pas une menace sérieuse à l'unité du pays. Le mécontentement là-bas est réel mais ne repose aucunement sur l'affirmation d'une identité «nationale» de l'Alberta. La rancune est idéologique, en provenance de la droite du spectre politique. Cette poussée autonomiste ne sera jamais majoritaire.

La situation du Québec est toute autre. Au dernier référendum, une forte majorité de francophones a voté oui et n'eut été des anglos et anglicisés, l'indépendance de la nation québécoise serait chose faite depuis 30 ans. Ottawa a eu la frousse en 1995 et pris depuis ce temps les moyens jugés nécessaires pour empêcher cette récidive que la Constitution des longs couteaux de 1982 n'avait pas réussi à éviter.

Le gouvernement Chrétien a soumis la dynamique d'une sécession possible du Québec à sa Cour suprême, s'attendant à renforcer ses armes politiques et constitutionnelles. Mais ses propres chiens de garde judiciaires lui ont mordu la main avec une conclusion tout à fait inattendue dans leur Renvoi sur la sécession de 1998: «Le rejet clairement exprimé par le peuple du Québec de l'ordre constitutionnel existant conférerait clairement légitimité aux revendications sécessionnistes», obligeant Ottawa à «respecter cette expression de la volonté démocratique en engageant des négociations».

Après leur indigestion, Jean Chrétien et son ministre des Affaires intergouvernementales Stéphane Dion ont régurgité en l'an 2000 une réplique effrontée: une loi donnant au fédéral le droit exclusif de juger de la «clarté» de toute nouvelle question référendaire québécoise, et aussi, le droit de définir ce qui constitue une majorité suffisamment «claire» pour reconnaître une victoire sécessionniste. Une loi cadenas!

L'Assemblée nationale du Québec, sous Lucien Bouchard, a répondu du tac au tac, la même année, avec la bouche de ses canons. La Loi 99 disait clairement à Ottawa de se mêler de ses affaires:


À cette déclaration de principe s'ajoutait une disposition décrétant que la majorité «claire» à un référendum serait de 50% + 1. Cette loi, déclarée valide par les tribunaux, a pour effet d'invalider la loi Chrétien-Dion, du moins en ce qui concerne le Québec. Si l'Alberta ne s'est pas donné sa propre Loi 99, cependant, un bras de fer est à prévoir entre les séparatistes western et les fédéraux d'Ottawa sur le libellé de leur question référendaire et sur la définition d'une majorité acceptable. Ça va être rigolo.

Sauf que Mark Carney, lui, est tout sauf rigolo... Il ne plaisante pas quand vient le temps de bâtir UNE économie canadienne, UNE identité canadienne, UN Canada fort. Et il a désormais sa majorité aux Communes. Il piétinera allègrement les compétences provinciales, y compris celles du Québec, pour réaliser ses grands projets politiques, économiques et identitaires. Avec sa Constitution des longs couteaux, ses tribunaux, sa majorité anglo-dominante multiculturelle, rien ne sera laissé au hasard ou à la chance.

Le premier ministre vient d'indiquer à l'Alberta que ses lois provinciales en matière de référendums sont en tutelle. Sans l'approbation de la Chambre des communes, les résultats - peu importe - seront considérés comme nuls. Il doit savoir qu'Edmonton va éventuellement plier devant le rouleau compresseur fédéral. Mais ce qu'il veut surtout, c'est mettre le Québec à genoux. Sa déclaration, rapportée par le Globe and Mail, ne visait pas seulement l'Alberta:


Mark Carney vient de dénoncer très clairement la Loi 99, ce qui fera sans doute plaisir à tous les collabos centralisateurs du Québec, qu'ils siègent aux Communes ou à l'Assemblée nationale. Pour le moment, toute cette bande ne s'énerve pas trop. Les sondages leur sont favorables depuis des années. Et le Parti québécois n'a pas encore gagné l'élection d'octobre prochain. Mais au sein de chaque Québécois de langue française sommeille un souverainiste. Les braises sont plus chaudes que l'on pense et il suffirait d'une étincelle pour rallumer la flamme du Oui.

Qu'attendent les défenseurs du Québec pour envoyer promener Mark Carney? Le silence des milieux officiels à Québec inquiète... Qu'on rappelle aux fédéraux qu'Ottawa a participé aux référendums de 1980 et de 1995 dans le camp du Non. Participer, c'était déjà reconnaître la légitimité du processus, de la majorité à 50% + 1 et du droit du Québec à s'autodéterminer sans ingérence de la majorité anglo-canadienne et de son gouvernement à Ottawa.

dimanche 10 mai 2026

Le combat n'est pas perdu ici, mais au cas où...

10 mai 2026…



Devrait-on commencer à documenter tout de suite l’état du déclin de la langue française au Canada et au Québec pour les chercheurs des prochains siècle, comme ceux des années 1930 l’ont fait pour les anciennes collectivités francophones aux États-Unis, notamment en Nouvelle-Angleterre, au pays des Illinois et en Louisiane?

En relisant les mémoires au Deuxième grand congrès de la langue française tenu à Québec en 1937, je me rends compte des similitudes dans les processus d’anglicisation, peu importe où l’on se trouve. La vie française d’origine devient graduellement bilingue avant que l’affirmation de la dominance de l’anglais réduise ce qui reste du français en créole ou en jargon fait de structures anglaises avec l’occasionnelle expression française.

À preuve l'université Notre-Dame (prononcer aujourd'hui Nôteur-Dayme), anciennement appelée Notre-Dame-du-Lac, fondée vers 1840, la seule «aux États-Unis qui ait reçu un commission française». Depuis l'arrivée de Cavalier de La Salle dans la région de South Bend, en Indiana, en 1679, le pays des Illinois et la Haute-Louisiane avaient été sous l'influence française, et le sont demeurés par endroits (Ste-Geneviève, St-Louis) jusqu'au milieu du 19e siècle.

Aux débuts de l'université Notre-Dame, le français avait été la première langue enseignée mais, de noter l'auteur du mémoire, B.-J. Dubois, de la localité de Notre-Dame (Indiana), «notre langue céda peu à peu sa place à la langue anglaise». Par la suite, on se contenta d'exiger que les étudiants suivent des cours de français pendant quatre ans, et ce, jusque vers 1900. Rendu en 1937, la francophonie se résume à l'existence d'une «Maison française» où les participants parlent, jouent et chantent en français une fois la semaine. On y entendait toujours chanter O Canada et La Marseillaise...

Dans les années 1930, le français était largement réduit à l'état de souvenir, sauf chez les rares personnes assez vieilles pour avoir assisté à l'agonie des anciennes bourgades francophones. Il restait cependant la localité de Vieilles-Mines, dans le Missouri, une anomalie à cause de son isolement. Peu avant le Second conflit mondial, on y dénombrait toujours quelque 600 familles franco-créoles dans la région.

Il s'agit, dit l'auteur, «d'une colonie française peu connue où la langue, les traditions et les coutumes de l'ancienne division administrative au pays des Illinois se sont conservées jusqu'à la génération actuelle». Ces descendants de pionniers canadiens-français ont pu, dit-il, conserver pendant plus d'un siècle et demi des coutumes qui ont disparu depuis longtemps ailleurs. Une des plus charmantes, selon lui, est celle de la Guignolée, qu'on appelle là-bas guillonnée.

Les habitants de Vieilles-Mines avaient appris par cœur les vieilles chansons apportées du Canada au 18e siècle. J.-M. Carrière, d’Evanston, Illinois, en avait recueilli une trentaine sur d’anciens cylindres Ediphone. La langue paraît étrange, écrit-il, parce que la parler populaire y a évolué librement « faute d’influences littéraires qui l’ont empêché de déchoir ». 

Sans école française, sans clergé francophone, entouré partout de collectivités de langue anglaise, « il est donc tout naturel que le vocabulaire se soit appauvri et que la grammaire se soit singulièrement simplifiée ». Et, ajoute-t-il, « l’infiltration anglaise affecte non seulement le vocabulaire en substituant un mot anglais à un mot français mais donne souvent au parler de la région un aspect très étrange en y introduisant des constructions anglaises ». On dira par exemple « tenir ein œil sus lui » (keep an eye on him en anglais)…

Ce travail de documentation offert au congrès de la langue française de 1937 a aujourd’hui une valeur inestimable parce que les humains dont il est question n’existent plus. Or, le processus actuel d’envahissement de l’anglais au Canada hors-Québec et d’infiltration accélérée au Québec n’est pas sans rappeler ce qui s’est passé au sein des collectivités franco-américaines disparues.

Ici au Québec le combat n’est pas perdu mais il s’intensifie. J’ai bon espoir que nous vaincrons en dépit des obstacles mais au cas où… le temps est-il venu de préparer une encyclopédie numérique de notre aventure française de quatre siècles en Amérique du Nord? Cela pourrait servir en 2200 ou en 2300 à ceux et celles qui se demanderont pourquoi il subsiste tant de vestiges visuels d’une ancienne civilisation non anglophone dans le bassin du Saint-Laurent…

samedi 9 mai 2026

Maman avait tout conservé...

9 mai 2026...

Trouvaille en cette veille de la fête des Mères... Faut croire qu'elle pense à moi dans l'au-delà...

Ma mère, Germaine Jubinville-Allard, décédée le jour de son 99e anniversaire (28 juillet 2023), avait conservé des boîtes pleines de souvenirs, y compris une grande enveloppe blanche contenant huit coupures de presse - sept du Droit, une du Ottawa Citizen - où je suis le sujet plutôt que l'auteur. Par crainte de les égarer, ce que je pourrais bien faire, j'ai choisi de les numériser et de les conserver sur mon blogue. Chacune rappelle une époque bien précise...


1. Les deux photos identiques ci-dessus ont été prises en 1968 pour ma collation des grades (bac en science po à l'Université d'Ottawa). Celle de droite annonce que j'ai reçu une bourse de l'Ontario pour poursuivre mes études de maîtrise en fédéralisme canadien et comparé. Celle de gauche a été utilisée au printemps 1969 pour annoncer ma candidature au conseil régional d'Ottawa-Carleton de l'Association canadienne-française de l'Ontario (j'ai été élu le 4 juin, cinq jours avant de devenir journaliste au Droit). Celle du milieu, avec barbe et cheveux longs, annonce ma nomination comme éditorialiste aux affaires québécoises (j'étais franco-ontarien) en 1974. À cette époque, pour accéder à l'équipe éditoriale du Droit, il fallait parader devant le conseil d'administration du journal, où je les avais averti que j'étais socialiste et indépendantiste. Aucun problème, m'a-t-on répondu, à condition que tu respectes la politique éditoriale du journal... ce que je fis.



2. Le début des années 1970, mon époque la plus intense de militantisme syndical. En plus de siéger à l'exécutif syndical des journalistes, j'avais été élu à l'exécutif du Conseil central de l'Outaouais de la CSN avec un de mes collègues du Droit, Norman Dugas. De grands bouleversements ont marqué ces années y compris le douloureux schisme à la CSN en 1972, le premier grand front commun intersyndical du secteur public québécois et l'emprisonnement des chefs syndicaux. À ne pas oublier, la grande manif d'octobre 1971 à Montréal pour sauver La Presse, menacée par Power Corp. Mon souvenir le plus précieux de l'époque syndicale: une caricature de moi dessinée par l'auteur et militant Pierre Vadeboncoeur durant une session du conseil confédéral de la CSN, à Québec je crois.
 

3. Cette bizarre photo de moi, prise en 1973, a été publiée par Le Droit en 2013 à l'occasion du centenaire du journal. L'article portait sur une rencontre genre retrouvailles d'anciens et actuels membres du personnel de la salle de rédaction. La photo elle-même, celle où je tiens deux téléphones, a été prise la nuit durant les négociations en vue du renouvellement de la convention collective des journalistes. Je parlais peut-être aux deux autres membres du comité de négociations mais je n'en suis pas sûr. Il n'y avait pas de Zoom ou de Messenger à l'époque... On utilisait les moyens du bord... Évidemment, les deux autres ne pouvaient parler qu'à moi...


4. Cette photo a été prise et publiée en 2008 ou 2009, peut-être aussi tardivement que 2013, dans le cadre d'un cahier spécial où il était question du fonctionnement des différents services du quotidien. En tout cas, c'était avant qu'on me mette à la porte en mai 2014. On voit, de gauche à droite, Pierre Jury, moi, Adrien Cantin et Guy Badeaux.


5. La plus ancienne des photos conservée dans cette enveloppe par ma maman. elle remonte au mois d'avril 1964, alors qu'un groupe d'étudiants de pré-universitaire de l'Université d'Ottawa avaient décidé de former une équipe dans le cadre d'un tournoi de quilles à Ottawa (5 quilles). Nous avions gagné le tournoi et la photo de la présentation du trophée par un animateur de la station de radio CFRA avait été publiée dans les pages de l'Ottawa Citizen. Je suis au centre à l'arrière, avec lunettes et chemise rayée. À ma gauche (à ma droite quand on regarde la photo), deux de mes bons amis, Pierre Brisson et Pierre de Champlain. Les trois Pierre de l'équipe. Je ne joue plus aux quilles. Si j'essayais de nouveau de m'élancer sur une allée avec une boule, j'ai la certitude absolue que je finirais ma journée à l'urgence d'un hôpital...

Bon voilà. Les souvenirs de ma mère sont sains et saufs dans l'univers numérique. Euh, non pas tous... Maman a aussi conservé dans une grande boîte tous les éditoriaux que j'ai signés au Droit en 1974-75, puis entre 2002 et 2014. Je vais tâcher de ne pas les expédier par erreur au bac de recyclage...