jeudi 9 avril 2026

Impossible d'inventer un lien entre laïcité et droits linguistiques quand ce lien n'existe pas!

9 avril 2026...

capture d'écran, 9 avril 2028, Le Droit


Bizarre de titre sur le site Web Le Droit ce matin: «Loi 21: la cause pourrait menacer l'autonomie scolaire des Franco-Ontariens»... Comment une contestation judiciaire de la laïcité de l'État québécois peut-elle avoir des répercussions en Ontario? Mystère... Curieux d'en savoir plus, j'ai lu le texte et à la fin, je ne comprenais pas davantage quel effet une décision de la Cour suprême pourrait avoir sur les droits de gestion des écoles françaises par les Franco-Ontariens...

La sonnette d'alarme est tirée par la Commission nationale des parents francophones (vivant en milieu minoritaire, hors Québec), et elle n'y va pas de main morte, allant jusqu'à évoquer des scénarios découlant d'un jugement de la Cour suprême qui pourraient menacer les curriculums voire la survie d'écoles françaises, augmenter la difficulté de faire valoir des préoccupations linguistiques à l'embauche d'enseignants, entraver l'épanouissement culturel des minorités et, même, causer l'érosion et l'assimilation au sein de ces minorités!

Tout ça à cause d'une loi établissant des normes de laïcité au sein de l'État et des institutions publiques (y compris les écoles) du Québec? On peut à la limite comprendre les commissions scolaires anglo-québécoises de s'en plaindre, étant directement touchées par la Loi 21 avec l'interdiction de signes religieux. Elles ont tenté en vain de démontrer que des vêtements comme le hijab, le kippa ou autres avaient un lien avec les protections linguistiques de l'article 23 de la Charte des longs couteaux. Impossible d'inventer un lien entre laïcité et langue d'enseignement quand ce lien n'existe pas!

Alors, si l'article 23 sur les droits linguistiques minoritaires n'est pas en cause au Québec dans un régime de laïcité, comment pourrait-il l'être en Ontario, par exemple, où les écoles publiques non confessionnelles côtoient les écoles publiques catholiques? La Loi 21 n'a aucune portée extra-provinciale. Et même si le gouvernement Ford adoptait une laïcité similaire à celle du Québec, elle ne mettrait aucunement en péril le droit de gestion linguistique des francophones sur leurs écoles, publiques ou confessionnelles, tel que garanti par l'article 23 depuis la décision Mahé en 1990.

Les anglos du Québec ont cherché par les tribunaux, à élargir la portée de l'article 23 au-delà des considérations linguistiques, en tentant de nous faire croire au moyen de détours indigestes que le port du hijab est non seulement un signe religieux mais aussi une manifestation culturelle, et que le port d'un signe culturel dans une école anglaise devient par la bande un droit linguistique. Plus tordu que ça tu meurs. Le débat en Cour suprême porte donc sur un potentiel élargissement de l'article 23 et non un quelconque rétrécissement.

La Commission nationale des parents francophones dit craindre que la Cour suprême puisse «adopter une lecture plus étroite que ce que protège réellement l'article 23» et donner ainsi «plus de poids au pouvoir des provinces». Les adversaires de la Loi 21 cherchent à réduire la portée de la clause dérogatoire (article 33 de la Charte), ce qui, advenant leur victoire, réduirait les pouvoirs des provinces, et notamment ceux du Québec. Une victoire québécoise ne ferait que confirmer la portée actuelle des pouvoirs consentis par la Charte des longs couteaux en 1982.

Le véritable ennemi des écoles françaises en milieu minoritaire n'est pas la laïcité québécoise, mais une maltraitance systémique par les majorités anglo-canadiennes depuis la Confédération. C'est aussi le déclin démographique dramatique des francophones de souche et l'assimilation rapide de l'ensemble des francophones, y compris ceux issus de l'immigration de langue française. Se ranger avec les Anglo-Québécois dans cette cause est une erreur. Ces derniers participent au déclin du français au Québec, en collaboration avec Ottawa, et si un jour ils en sortent victorieux, ils n'auront aucune pitié pour ce qui reste de la francophonie hors Québec.

Je peux comprendre que certains groupes franco-canadiens en veulent au Québec, qui s'est rangé avec l'oppresseur dans certaines de leurs revendications judiciaires, comme celle des Franco-Yukonnais il y a une dizaine d'années. Le gouvernement québécois s'était tiré dans le pied en croyant qu'un victoire des francophones du Yukon en vertu de l'article 23 aurait pu renforcer la position constitutionnelle des Anglo-Québécois. La Cour suprême, malgré tous ses défauts, reconnaît depuis 1982 que la francophones hors Québec ont droit à plus de protection que les Anglo-Québécois. Quoiqu'il en soit, en s'opposant à la Loi 21, c'est au tour des parents francophones hors Québec de se tirer dans le pied...

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Lien au texte du Droit - https://www.ledroit.com/actualites/education/2026/04/09/loi-21-la-cause-pourrait-menacer-lautonomie-scolaire-des-franco-ontariens-4QOPCXXN5JGLVN256UULWRLDJM/


mercredi 8 avril 2026

Campagne «bleisure»... Après 11 jours, un silence assourdissant...

8 avril 2026...

capture d'écran du site Web Le Devoir ce mercredi 8 avril 2026...

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Depuis le 28 mars (au moins), Tourisme Outaouais nous fait passer pour une bande de colonisés anglicisés avec sa campagne médiatique «Les affaires bleisure en Outaouais!». Une campagne axée sur un néologisme anglais peu connu et sur une photo panoramique qui fait de Gatineau une protubérance de la ville d'Ottawa!

(Voir mes textes de blogue du 28 et 30 mars aux adresses ci-dessous   https://lettresdufront1.blogspot.com/2026/03/deux-claques-en-pleine-face.html et https://lettresdufront1.blogspot.com/2026/03/le-francais-gatineau-motus-et-bouche.html)

L'image en haut de page a été captée sur la page Web du quotidien montréalais Le Devoir cet après-midi, 8 avril. Cette horreur est toujours en ligne après 11 jours!!!

Je n'ai lu ou entendu AUCUN commentaire des dirigeants de Tourisme Outaouais, des élus de la région et notamment ceux de Gatineau, ou des rédactions médiatiques. Je veux bien croire que mon petit blogue a assez peu d'influence mais mon texte du 28 mars et mon suivi du 30 mars ont touché au moins quelques milliers d'internautes.

J'ai peine à croire que les bonzes médiatiques, politiques et touristiques de Gatineau et de l'Outaouais n'aient pas pris connaissance de la campagne bleisure et de la photo du centre-ville d'Ottawa pour l'illustrer. Que dois-je conclure?

Où sont passées toutes ces personnes qui avaient sourcillé d'indignation devant le slogan On passe au BOLD de la ville de Gatineau il y a deux ans? Devant les protestations contre l'emploi du mot anglais bold, la ville avait dû reculer.

Se peut-il que personne n'ait vu la pub bleisure de Tourisme Outaouais parce qu'elle circule à l'extérieur de la région? C'est toujours possible mais j'en doute. Ce genre de campagne aurait certainement été validé auprès d'un éventail de décideurs régionaux.

Alors si nos dirigeants, nos élus et nos journalistes sont au courant de l'image régionale transmise par Tourisme Outaouais, il faut conclure qu'ils l'approuvent, qu'ils y sont indifférents, ou que personne n'ose élever la voix dans un coin du Québec où le vivre-à-genoux est incrusté.

Les indifférents ne méritent pas d'occuper des fonctions de direction ou des postes électifs.

Les partisans de la campagne bleisure n'ont manifestement aucun respect pour le caractère francophone de notre région québécoise.

Les peureux, sans doute très nombreux, incarnent encore plus que les autres l'esprit de colonisé qui afflige notre bord des cinq ponts reliant Gatineau à la capitale fédérale.

Même les défenseurs de la langue française, qui se raréfient d'année en année, se font collectivement discrets, parfois...

Alors je m'adresse directement à mon conseiller municipal Luc Chénier et à la mairesse Maude Marquis-Bissonnette, élue avec un programme d'affirmation de Gatineau comme ville francophone. Dites-moi si vous avez vu cette publicité et ce que vous en pensez!

Quant à la population, je désespère. Son silence est assourdissant. La moindre amorce de débat médiatique ou politique aurait obligé Tourisme Outaouais à défendre la campagne bleisure sur la place publique. Mais il n'y a rien. Rien!

Alors venez venez, gens d'affaires et businessmen. Vous voyez? Ici on est plus bilingues que francophones. Plus bonjour-hi que bonjour... Plus Ottawa que Gatineau... Plus à genoux qu'ailleurs pour quêter vos dollars de voyages d'affaires et d'agrément...

Pas surprenant que notre saint patron soit Jean-Baptiste... Lui aussi criait dans le désert...

mardi 7 avril 2026

Mettons les sondages à la poubelle et retroussons nos manches!

7 avril 2026...

capture d'écran d'un statut mis en ligne sur Facebook le 6 avril 2026


Depuis longtemps, les sondages l'opinion publique ont cessé d'être un moyen d'informer la population. L'ont-ils jamais été? Aujourd'hui, la publication de données sur les grands enjeux politiques (électoraux, référendaires et autres) est immédiatement transformée en munitions sur le champ de bataille. Et les combats médiatiques qui en découlent réussissent le plus souvent à brouiller les cartes ou pire, accentuer les tendances déjà en hausse au sein des électorats.

Le statut Facebook ci-haut du Forum Angus Reid (associé à la maison de sondage du même nom), publié ce 6 avril 2026 à partir de données cueillies deux mois plus tôt, au début de février, n'annonce rien de neuf. Mais les adversaires de la souveraineté, au Canada anglais comme au Québec, ne manqueront pas de s'en servir pour laisser entendre que la question est désormais entendue, qu'un troisième référendum consacrerait de nouveau le «Non» et que les petits séparatistes n'ont qu'à rentrer chez eux et acheter des unifoliés...

Et à n'en pas douter, la publication de résultats semblables, comme les plus récents de la maison Léger (janvier 2026), auront l'effet d'un coup de masse pour plusieurs de ceux et celles qui se sont ralliés autour de Paul St-Pierre Plamondon pour une ultime tentative de transformer le Québec en pays indépendant. Ce doit être plutôt décourageant de découvrir qu'en ce début de 2026, à sept ou huit mois des élections d'octobre, 63% des Québécois voteraient «Non» à un référendum du PQ. Pire, les appuis au «Oui» oscillent autour de 26%...

Comment faudra-t-il s'y prendre pour convaincre la population, et particulièrement les souverainistes, du caractère tendancieux de l'information véhiculée dans les sondages, et de l'importance de prendre en compte qu'une date de péremption presque immédiate est collée à chacun d'entre eux. Ce ne sont que des instantanés, valables seulement à la date de leur capture. Deux semaines, deux mois plus tard, l'opinion a déjà évolué.

Les données d'Angus Reid, présentées comme dans le tableau en haut de page, ne tiennent pas compte des divergences au sein des groupes linguistiques. Chez les anglos, l'appui au «Non» se situe aux environs de 85%! Cela ne devrait surprendre personne. Le vote anglophone est le plus souvent libéral et Canadian. Le véritable débat démocratique se joue au sein de la majorité francophone et là, les choses restent plus fluides.

Le bloc d'irréductibles partisans du «Non» formerait (en février 2026) 45% de l'électorat de langue française. Si l'on additionne les «Oui» inconditionnels (17%), les «Oui» probables (13%) et les indécis (11%), on atteint le seuil des 40% et cela, à un moment où les pro-Canada ont réussi à transformer le débat sur l'indépendance en débat sur la tenue d'un référendum. Les questions des sondeurs portent d'ailleurs sur le vote référendaire, et non sur les opinions au sujet de la souveraineté du Québec.

Le Parti québécois doit assumer sa part de responsabilité pour les difficultés actuelles. Durant les quatre partielles que le PQ a gagnées depuis 2022, occasions rêvées pour promouvoir les avantages de la souveraineté, on s'en est tenu aux enjeux locaux et régionaux. Quelles chances ratées. Par ailleurs, en promettant un référendum au premier mandat, on s'est trouvé à tasser ce qui aurait pu devenir une élection axée sur le thème de l'indépendance et sur les moyens d'y parvenir. À la place, le public aura les yeux fixés sur une échéance référendaire impopulaire un peu partout, même au sein du PQ.

Je serais prêt à parier qu'après un débat intelligent sur le sort du Québec comme province ou comme pays, plus de la moitié des francophones seraient disposés à donner un mandat fort au Parti québécois, ce qui suffirait amplement pour mener le PQ vers un gouvernement majoritaire à l'Assemblée nationale. Le problème, c'est qu'en insérant la variable référendaire, un véritable boulet, les fédéraux ont beau jeu pour torpiller un dialogue qui aurait autrement mis en valeur les multiples désavantages de «l'unité canadienne» pour les Québécois.

Les dirigeants et partisans du PQ n'ont pas beaucoup de temps pour changer de cap, d'ajuster la thématique pour d'abord assurer l'élection en octobre du vaisseau amiral de la souveraineté. Même avec un appui de 26 ou 30% au «Oui» référendaire, le Parti québécois peut convaincre suffisamment d'électeurs de la valeur de l'indépendance, notamment chez les jeunes, pour enrayer la machine électorale anglo-libérale. À partir de là, Paul St-Pierre Plamondon et ses députés ont quatre ans pour adopter des mesures qui donneront un élan au mouvement souverainiste. Cela suffira-t-il pour atteindre un 50% +1 de «Oui» à un référendum en 2030? J'en doute...

Mais une accumulation de petites victoires pendant quatre ans de pouvoir créera un nouvel élan, peut-être le dernier qui nous sera offert. Et rien n'empêchera alors un gouvernement du Parti Québécois de reporter le boulet référendaire au mandat suivant pour maintenir cet élan. Un public francophone bien informé fera toujours ce qu'il faut pour assurer l'autonomie voire la souveraineté d'un Québec français et laïc.

Quant au sondage Angus Reid et les autres, ils ne nous apprennent rien que ne sachions déjà. Mettons-les à la poubelle et retroussons nos manches!

lundi 6 avril 2026

Le tout-numérique, suicide des médias...

6 avril 2026...

encadré dans le magazine papier Le monde diplomatique, mars 2026

Les thuriféraires du tout-numérique, avides de tuer la presse imprimée, nous annonçaient un quasi-paradis de l'information dans un univers virtuel où les médias de plus en plus privés de revenus publicitaires retrouveraient leur aplomb financier. Ce scénario ne s'est pas réalisé et tout indique qu'il ne se réalisera pas. Le siphonnage des revenus de pub par les géants Google et Meta n'aura été finalement que le premier acte d'une dégénérescence médiatique impossible à freiner.

Avec les autres acteurs du Web (p. ex. Amazon, Microsoft, Apple), Google et Meta «détiennent un contrôle quais absolu sur les infrastructures matérielles du numérique, que ce soient les centre de données, les réseaux ou les appareils», expliquent les professeurs français Olivier Koch et Nikos Smyrnaios, dans l'article intitulé Ce que l'IA inflige au journalisme, publié dans l'édition de mars 2026 du magazine Le Monde diplomatique.

Désormais, avec l'omniprésence des intelligences artificielles (IA), «ils imposent aux internautes leur propre hiérarchie de l'information: leurs algorithmes décident quels titres citer comme source fiable et quelle information mérite d'être lue. Ce qui pousse les rédactions à redéfinir leur organisation et leurs objectifs en conséquence».

Depuis le lancement de ChatGPT en 2022 et la prolifération des robots conversationnels (chatbot), et surtout depuis l'arrivée de AI Overview de Google en 2024, ces «moteurs de réponses» ont arraché aux sites de presse états-uniens environ 25% de leur trafic. Et pendant ce temps, plus des deux tiers des recherches de nouvelles au moyen de robots conversationnels «n'occasionnent aucun clic vers des sites de presse».

Cela a eu pour effet de fragiliser davantage les modèles économiques des médias et agences de presse. Les journalistes humains, même avec le tout-numérique, coûtent apparemment trop cher. Mais que reste-t-il à faire quand on a effectué toutes les coupes imaginables depuis quelques décennies? On se tourne à son tour vers l'IA, aux robots journalistes, pour remplacer les scribes traditionnels. Avec l'intelligence artificielle, le populaire magazine allemand Bild prévoyait réduire ses effectifs de rédaction de 20%...

L'Association mondiale des éditeurs de presse organise déjà des formations en IA pour éditeurs et journalistes, qu'elle exhorte «à embrasser un futur façonné par l'intelligence artificielle». Celle-ci, expliquent les auteurs du texte du Monde diplomatique, augmente la productivité en délestant les journalistes de tâches à faible valeur, conçoit des contenus originaux et personnalisés, contribue à fidéliser les publics volatiles et il lui arrive même de «remédier au manque de créativité des journalistes».

Le groupe de presse allemand Springer cherche avec l'IA à mieux adapter son offre aux «besoins individuels» de ses lecteurs, et prévoit même que bientôt, les robots seront plus efficaces que les humains «pour rapporter les informations et les faits». L'idée d'un «grand remplacement» par les robots noircit déjà les horizons des grandes (et petites) salles de rédaction. Une statistique intéressante: en 2024, 17% des journalistes de la planète avouaient utiliser l'IA régulièrement; un an plus tard, c'était 53%! Trois fois plus! Ls principales tâches confiées à l'IA, pour le moment, sont la recherche d'information, la transcription et la traduction.

La dépendance aux IA des géants du numérique s'accroît. Or, ces derniers privilégient un noyau restreint de sources, principalement de langue anglaise. «La presse indépendante et/ou rédigée dans une autre langue que l'anglais n'a pas les faveurs des algorithmes», ajoutent MM. Koch et Smyraios. On note d'ailleurs l'absence de l'Agence France-Presse (AFP) dans les sources qui alimentent les robots conversationnels. Par ailleurs, selon le groupe Le Monde, qui a conclu une entente avec Open AI, les citations du Monde sur ChatGPT se transforment en abonnements additionnels bien plus qu'avec Facebook et Google.

Avec l'IA, le paradis numérique se transforme rapidement en enfer pour les journalistes et les médias. «Au fond, concluent les auteurs, l'intrusion des géants de l'IA dans les rédactions constitue moins une rupture que le prolongement du processus amorcé dans les années 2000 avec le choix du tout-numérique». En laissant tomber la presse papier, les éditeurs se sont fait hara-kiri. Sur les écrans de nos tablettes, ordis, portables et montres, le volume des contenus générés par l'IA dépassait 55% à la fin de 2024. «Des sites d'information dépourvus de toute rédaction humaine se multiplient tandis que des images artificielles de médiocre facture saturent les réseaux sociaux

Dans ce cercle vicieux qui ne nous permettra pas, bientôt, de distinguer le vrai du faux, des magazines papier comme Le Monde diplomatique incarnent «une certains résistance à l'air du temps». Un «moteur de curiosité» plutôt qu'un moteur de réponses sans âme.

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Lien au Monde diplomatique - https://www.monde-diplomatique.fr/
mais achetez l'édition papier en kiosque. Je trouve la mienne à mon IGA de la montée Paiement, à Gatineau. Ça vaut le coût.

dimanche 5 avril 2026

«Open the Fuckin’ Strait, you crazy bastards»...

5 avril 2026...

images du Vatican


Les deux États-Uniens les plus influents du monde ont profité de Pâques pour livrer à la planète des messages diamétralement opposés.

À Rome, Robert Francis Prevost (Léon XIV) a prononcé sa première homélie pascale sur la place Saint-Pierre depuis son élection l'an dernier. Et nul ne doute que son message visait directement le déchet humain qui trône à la Maison Blanche, Donald J. Trump.

S'adressant à ceux qui «alimentent les conflits», le pape des catholiques a déclaré: «Que ceux qui ont des armes en main les déposent! Que ceux qui ont le pouvoir de déclencher des guerres choisissent la paix! Non pas une paix imposée par la force, mais par le dialogue! Non pas avec la volonté de dominer l'autre, mais de le rencontrer!»

S'adressant à tous les humains, Léon XIV a déploré la banalisation de la violence, à laquelle on finit par s'habituer, qui nous rend «indifférents à la mort de milliers de personnes, indifférents aux répercussions de haines et de divisions que les conflits sèment, indifférents aux conséquences économiques et sociales qu'ils engendrent et que chacun ressent pourtant».

Pendant ce temps, aux États-Unis, ceux et celles qui espéraient une salutation pascale d'un président qui se croit un envoyé du Dieu chrétien ont dû déchanter. Trump a profité de la journée de Pâques pour livrer sur son réseau Truth Social un message guerrier et criminel contre l'Iran que même ses partisans ont dû avoir de la difficulté à digérer.
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capture d'écran de France24


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Ces paroles sont sans aucun doute celles d'un détraqué, au point où le sénateur démocrate du Connecticut Chris Murphy a déclaré: «Si j'étais membre du cabinet de Trump, j'aurais passé ma journée de Pâques à téléphoner à des experts en droit au sujet de l'invocation du 25e amendement», la disposition constitutionnelle qui permet de destituer un président inapte à occuper sa fonction.

Son ancienne alliée à la Chambre des représentants, Marjorie Taylor Greene, n'y est pas allée de main morte: «Tous les membres de cette administration qui se prétendent chrétiens doivent s'agenouiller et demander pardon à Dieu, cesser de vénérer le président et intervenir contre la folie de Trump.»

Si j'ai laissé les menaces de Trump ci-haut dans la langue originale, l'anglais, c'est que la traduction française que j'ai vue (dans Le Devoir, La Presse et le Journal de Montréal, provenant de l'Agence France-Presse) ne leur rend pas justice. Le langage est aseptisé, et on pourrait presque croire, à la limite, qu'on a affaire à un président sain d'esprit (voir l'image ci-dessous).
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Traduire «fuckin'» par «putain»? Peut-être à Paris, mais certainement pas au Québec. Un de nos sacres les plus juteux aurait davantage rendu la force du terme en anglais. Et remplacer «crazy bastards» par «tarés» n'a absolument aucun sens. Même le «vous vivrez en enfer» ne rend pas en français tout l'impact du message original. «Votre vie deviendra un enfer» aurait été plus juste sans être idéal.

Jusqu'à maintenant, Trump et ses bandits se sont largement contentés de commettre des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité, ce qui leur vaudra un jour, souhaitons-le, une série de procès genre Nuremberg suivis d'une incarcération à vie dans les geôles du Salvador ou à Alligator Alcatraz. Mais l'ensemble de son intervention pascale constitue aussi un blasphème. Dans mon petit catéchisme d'enfance, on appelait cela «un péché mortel». Si Dieu existe...

En tout cas, Joyeuses Pâques!

samedi 4 avril 2026

Faire ses Pâques?

4 avril 2026...

pages de mon missel quand j'étais enfant de choeur, il y a 70 ans


Il y a 70 ans, en 1956, Pâques a été célébré le dimanche 1er avril. J'avais neuf ans et depuis peu, j'étais enfant de choeur à l'église toute neuve de la paroisse Notre-Dame-des-Anges, dans un petit quartier francophone d'Ottawa appelé Mechanicsville.

Je me souviens des grandes cérémonies religieuses des Jeudi et Vendredi Saint, ainsi que la longue et tardive Veillée pascale. Église bondée, prières latines apprises. C'était le chemin de Croix, puis la résurrection. Le sommet du calendrier liturgique dans l'Église catholique. C'était aussi la fin du carême, le festif repas familial du dimanche de Pâques et... les chocolats Laura Secord. 

Qu'en reste-t-il, en ce début d'avril 2026??? Les hauts points religieux de ma semaine pascale auront été la réception d'une lettre d'invitation des Témoins de Jéhovah, une heure ou deux de visionnement de Jésus de Nazareth et de Ben-Hur sur la chaîne Prise2 de TVA (commandités par les vendeurs du temple aux 15 minutes...), et une brève pensée à la crucifixion vers 15 h 30. Une demi-heure en retard...

Suis-je seul à avoir abandonné la pratique religieuse, sans pour autant renier les fondements de mes croyances d'enfant? Sans doute pas, au rythme où les clochers qui marquaient nos territoires jadis tombent sous le pic des démolisseurs ou se transforment en résidences pour personnes âgées, en centres communautaires ou même en commerces.

Encore cette semaine, Radio-Canada Ottawa-Gatineau présentait un reportage sur les dix années d'efforts des citoyens de Montebello (Petite-Nation) pour sauver l'église Notre-Dame-de-Bonsecours au coeur de l'ancienne seigneurie de Louis-Joseph Papineau. Réussiront-ils où tant d'autres ont échoué? Prions en choeur...

La valeur historique ou patrimoniale des églises québécoises et canadiennes-françaises a permis d'en protéger un certain nombre, parfois envers et contre les volontés de l'Église catholique comme ce fut le cas pour les églises Saint-François d'Assise et St-Joseph d'Orléans, dans la capitale fédérale. Mais cela me semble davantage l'exception que la règle.

Les Franco-Ontariens ont perdu depuis 2010 l'église Ste-Anne, épicentre de la lutte des Franco-Ontariens contre le Règlement 17 dans la Basse-Ville d'Ottawa, et l'église St-Charles de Vanier, lieu de fondation de l'Ordre de Jacques-Cartier. Sur la rive outaouaise, les deux co-cathédrales de l'archidiocèse de Gatineau, une dans le secteur Hull, l'autre dans l'ancienne ville de Gatineau, ont été converties en résidences privées pour personnes âgées.

La religion catholique aura été pendant plus de 300 ans l'un des ciments de notre petite nation francophone d'Amérique du Nord. Désormais, il ne reste que la langue française, ainsi que les braises, parfois fumantes, des valeurs chrétiennes d'antan, transformées et polies dans notre transition vers une société et un État laïc. Cette rupture a toutefois laissé des cicatrices qui ne guérissent pas...

Tout de même, ce Samedi Saint, nos enfants, leurs conjoints et les petits-enfants seront rassemblés sous le toit familial une dernière fois (nous avons vendu la maison) pour célébrer Pâques. Cela prendra, pour les plus jeunes (qui ne sont presque plus des enfants), la forme de la traditionnelle chasse aux oeufs de Pâques. Pour les adultes ce sera toute la joie des trop rares retrouvailles et d'un grand souper pascal en famille. Et bien sûr les chocolats Giacomo (et Laura Secord)!

Un temps pour oublier, quelques heures, avec les proches, les malheurs qui assaillent notre petite planète et qui semblent parfois noircir l'horizon à l'infini. Je laisse, pour conclure, ce beau message pascal de l'archevêque de Gatineau, Paul-André Durocher, que je trouve fort opportun:

«Pâques annonce qu'un monde nouveau est en train de naître. Ce n'est pas le temps de laisser vaciller la lumière des petites étoiles que nous sommes. Ensemble, semons sa lumière malgré les ténèbres qui nous assaillent. Que ce temps de fête soit un temps d'espérance et d'engagement renouvelé à la suite du Christ.»

«Joyeuses Pâques!»


Amen!




vendredi 3 avril 2026

Les histoires du Canada...

3 avril 2026...

numérisation de la page 4 du Devoir du 26 mars 2026

Au mois de mai 1964, à l'âge de 17 ans, j'ai mis les pieds pour la première fois dans la bibliothèque du Bureau fédéral de la statistique (ancien nom de Statistique Canada), sur la rue Parkdale à Ottawa, à une centaine de mètres de la maison où j'avais grandi, et de l'école franco-ontarienne que j'avais fréquentée jusqu'en 1959.

Quel rapport, direz-vous, avec la photo ci-dessus et le sujet qu'elle aborde? Attendez... ça viendra.

Toujours est-il qu'ayant complété mon année pré-universitaire en sciences sociales à l'Université d'Ottawa, j'avais décroché un emploi d'été dans la fonction publique fédérale. Et on m'affecta, curieusement, à l'organisme dont l'édifice principal avait été construit sur un pâturage (celui de M. Tunney) qui nous avait servi de terrain de jeux depuis notre enfance.

Dès ma première semaine de travail à «DBS» - acronyme de Dominion Bureau of  Statistics (personne n'employait le nom français, Bureau fédéral de la statistique) - j'ai découvert un monde qui, pour la première fois de ma vie, m'obligeait à interagir tous les jours avec des Anglo-Canadiens, rarement bilingues.

Statistique Canada avait embauché deux étudiants à la bibliothèque centrale: moi, Ottavien francophone, et un étudiant anglophone en droit de l'Université de Toronto, de trois ou quatre ans mon aîné. Après seulement quelques discussions avec mon «collègue» torontois, j'ai compris que nous n'avions à peu près rien en commun: ni la langue, ni les antécédents sociaux, ni l'éducation, ni les repères culturels, ni le même pays (et j'étais Ontarien...).

Comme de raison, les étincelles ont jailli dès qu'on s'est mis à parler d'histoire du Canada. Voilà le lien avec le texte du Devoir. Ne me demandez pas comment on en était venu à évoquer les combats de Louis Riel et des Métis de l'Ouest, mais tout de go, il traita Riel de «meurtrier» ou d'«assassin». Non, me suis-je dit, mais d'où sort ce type? «Louis Riel est un héros et un martyr», lui ai-je répondu.

Nous ne nous sommes jamais vraiment entendus là-dessus, mais il apparaissait clair que l'histoire du Canada enseignée à Steve n'était pas celle que j'avais apprise. Dans les écoles franco-ontariennes catholiques, comme sans doute dans les écoles québécoises de langue française, on mettait davantage l'accent sur la présence française en Amérique du Nord - le régime français d'abord, puis l'évolution de la «nation canadienne-française» au sein de la Confédération.

Je ne sais pas ce que Steve et ses ami(e)s engrangeaient dans les cours d'histoires des écoles anglaises, mais le résultat n'était pas de nature à lui faire apprécier l'apport des francophones à l'histoire d'un Canada qu'ils voyaient essentiellement comme un prolongement Canadian de la monarchie britannique. Notre conquête était leur victoire. L'histoire faisait d'eux des impérialistes et de nous (les francos) des colonisés...

Nous n'avons jamais eu besoin de savantes études professorales pour savoir que «les Canadiens n'apprennent pas tous la même histoire». et que les différences tenaient bien plus à la langue et à la culture des historiens et des enseignants qu'à la province d'origine. À l'intérieur même de mon ancienne province, l'Ontario, l'histoire enseignée aux francophones avait sans doute plus en commun avec l'histoire dispensée aux autres francophones minoritaires (peut-être même celle enseignée au Québec) qu'avec le curriculum des anglos.

Le bibliothécaire en chef de Statistique Canada à l'époque, Bernard A. Ower, avait vécu en Alberta avant d'emménager à Ottawa. Il avait passé sa vie dans les livres. Il était passionné par l'histoire du pays, et avait réussi à assimiler les points de vue des deux nations qui se chamaillaient depuis 200 ans au Canada. Il sympathisait avec les francophones, je crois. Il était fier d'une lettre qu'il avait écrite au Globe and Mail dans laquelle il proposait de fusionner la fleur de lys et la feuille d'érable, pour créer une «maple fleur»... 

Un des bibliothécaires était originaire de la Pologne, docteur en histoire, devenu réfugié pour échapper aux armées hitlériennes. Il m'a raconté pendant de longues heures l'écartèlement historique de sa chère patrie polonaise et les nombreux malheurs qui s'abattent sur les nations incapables de se défendre contre des ennemis supérieurs en force. Je ne sais pas ce qu'il aurait enseigné aux jeunes Québécois (il parlait français) mas je soupçonne que le RIN aurait eu des tas de recrues...

J'ai rencontré aussi à Statistique Canada un autre employé dont le caractère avait été façonné par son apprentissage de l'histoire du Canada anglais et de la Grande-Bretagne. Sa francophobie se manifestait par une aversion pour le général de Gaulle (et ça c'est trois ans avant le Vive le québec libre). La plus lourde croix que Churchill a dû porter durant la 2e Guerre mondiale, disait-il, c'était la Croix de Lorraine... Nous n'avons jamais osé parler du Québec...

En règle générale, dans mon patelin natal (Ottawa), les anglos étaient sortis de leurs cours d'histoire du Canada avec un net sentiment de supériorité envers les Franco-Canadiens, vaincus en 1760 et tenus en laisse depuis. En 1964, à Statistique Canada (et encore aujourd'hui), la langue de travail était l'anglais. Les patrons étaient anglophones. Beaucoup de commis et de secrétaires parlaient français... 

Les auteurs de l'étude sur les curriculums d'histoire à travers le Canada semblent croire que les variations contribuent à alimenter les tensions entre provinces. Peut-être, mais j'en doute. Alimenter les tensions entre francophones et anglophones, entre le Québec et le reste du pays? C'est déjà mieux comme hypothèse. Quand j'entends un anglo parler de l'histoire du Canada, je ne saurais vous dire s'il est originaire du Yukon, du Manitoba ou de la Nouvelle-Écosse...

Il m'apparaissait clair quand j'avais 17 ans qu'on enseignait deux histoires nationales, la nôtre et la leur. Peut-être trois si on ajoute la nation acadienne. Les différences entre les curriculums d'histoire des provinces anglaises sont-elles significatives? Peut-être bien, mais pas au point d'occulter la dimension bi-nationale du problème. Évidemment, avec l'affirmation constitutionnelle et sociétale du multiculturalisme contemporain, le débat traditionnel sur l'histoire du Canada risque bientôt d'être relégué aux livres... d'histoire.

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