mercredi 11 février 2026

Mon seul éditorial censuré au Droit... C'était le 29 avril 2013...

11 février 2026...

Couillard au pays des merveilles...

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Notre déménagement approche et tout devient plus urgent. Le passage de la maison familiale à un appartement avec deux fois moins d'espace signifie que la moitié (ou plus) de tout ce que j'ai conservé depuis un demi-siècle ne survivra pas à la date fatidique du 1er juillet 2026.

Depuis quelques jours, je tente d'alléger la masse de documentation dans le classeur de mon ancien bureau à domicile. Des tas de coupures de presse et de textes, brochés ou annotés, jonchent le plancher en attendant de se frayer un chemin jusqu'au grand bac bleu de recyclage (déjà empli à ras bord).

Il arrive cependant qu'une trouvaille me rappelle quelque aventure journalistique. Cette fois il s'agit d'un incident survenu durant mon séjour comme éditorialiste au quotidien Le Droit entre 2002 et 2014. Durant ces 12 années, j'ai pu écrire assez librement sans trop égratigner les murs d'une politique éditoriale relaxe. De mémoire, on avait refusé de publier un seul de mes textes, et j'ai tombé ce matin sur la chemise où j'avais conservé l'ébauche remise au rédacteur en chef.

En le relisant, j'ai toujours de la difficulté à comprendre ce qu'on lui reprochait, sauf peut-être de s'attaquer trop aux libéraux (et à la CAQ) et pas assez au PQ de Pauline Marois (alors au pouvoir mais en minorité). Il m'apparaissait clair en cette fin d'avril 2013 que devant l'intransigeance du parti de Philippe Couillard et l'opposition pointilleuse de la formation de François Legault, le projet de loi 14 du gouvernement Marois visant à renforcer la Loi 101 était à toutes fins utiles mort. J'ai donc soumis au quotidien le commentaire ci-dessous.

On m'a indiqué qu'avec certaines modifications, le texte pourrait devenir publiable. J'ai refusé. La feuille de papier sur laquelle je l'ai imprimé repose dans mon classeur depuis près de 13 ans. J'ai aussi retrouvé dans la même chemise mon éditorial du 20 novembre 2013, rédigé quatre jours après le sabordage officiel du projet de loi 14 par la ministre Diane de Courcy. Celui-là a été publié, et il me semble, en le relisant, qu'il reprend le même argumentaire que le texte refusé en avril... Enfin...

Numérisation du début de l'édito du 20 novembre 2013





mardi 10 février 2026

Pourquoi pas un sac sur la tête et une canne blanche, tant qu'à y être?

10 février 2026...

Capture d'écran d'un texte du Devoir. Lien en bas de page.



Dans le préambule de la Charte des droits et libertés de la personne on peut lire qu'au Québec, «l'égalité entre les hommes et les femmes» constitue l'un des fondements «de la justice, de la liberté et de la paix».

L'article 10 ajoute que les droits et libertés garantis par la Charte québécoise doivent être exercés «en pleine égalité», «sans distinction, exclusion ou préférence» fondée sur la religion.

C'est clair, non?

Comment la Fédération des cégeps peut-elle alors demander qu'on tolère dans les institutions collégiales le port du voile intégral (le niqab ou la burqa)?

Selon les bonzes de la Fédération, l'obligation de découvrir son visage, mesure prévue dans la Loi 9 sur le renforcement de la laïcité, risque de «priver certaines femmes d'accès à des services et à des activités éducatives» en plus de menacer «l'autonomie des cégeps».

Décidément, les bonzes de nos collèges ne se sont pas donnés la peine de consulter la Charte des droits et libertés de la personne. L'égalité des hommes et des femmes est la base, le fondement de l'édifice.

À cet égard le voile intégral, au-delà du fait qu'il s'agisse d'un signe religieux, constitue d'abord et avant tout une démonstration publique de l'oppression et de l'infériorisation de la femme musulmane.

On pourrait affirmer que le même principe devrait s'appliquer aux étudiantes coiffées d'un hijab ou d'un foulard. mais le gouvernement québécois continue pour le moment de les tolérer, ainsi que d'autres signes religieux portant moins atteinte à l'égalité homme-femme.

Aucun argument de la Fédération des cégeps ne peut annuler ou réduire l'égalité entre les hommes et les femmes. L'autonomie que les collèges réclament ne confère par le droit de violer la Charte, qui a une valeur quasi constitutionnelle.

Il y a de quoi s'étouffer quand on entend la directrice générale de la Fédération des cégeps, Marie Montpetit, prétendre que l'obligation du visage découvert menace «les valeurs d'inclusion» que prône le réseau collégial. 

Il faudra un jour que ces prédicateurs de la tolérance multiculturelle m'expliquent comment le fait pour une femme musulmane de se cacher le visage, par choix ou le plus souvent par obligation, constitue un geste d'inclusion. C'est plutôt un geste de soumission aux règles imposées par des hommes intégristes et obscurantistes.

La Fédération des cégeps veut même continuer d'avoir le droit d'aménager des salles de prière où certaines religions (l'islam, notamment) dictent qu'on sépare les hommes et les femmes. Comme en Alabama, jadis, on l'on expédiait les Noirs au fond des autobus...

Si j'ai bien compris, nos augustes dirigeants des cégeps, des lieux par excellence de liberté et de haut savoir, demandent de permettre qu'on bafoue en milieu scolaire le droit des femmes à l'égalité et, par conséquent, toutes les libertés fondamentales qui en découlent. Permettraient-ils à quelque imam d'obliger des étudiantes à se promener avec un sac sur la tête et une canne blanche?

En interdisant le voile intégral, on ne limite pas l'accès aux études supérieures aux femmes musulmanes. Pas du tout. On y limite l'accès des signes d'inégalité et d'oppression qu'elles doivent ou qu'elles choisissent de porter. Laïcité 101.

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lundi 9 février 2026

Francophobie? Oui, mais...

9 février 2026...




Quand il s'agit de rapports entre francophones et anglophones, tant au Québec que dans l'ensemble du Canada, il me semble parfois que les éditorialistes et chroniqueurs médiatiques succombent à la tentation de sculpter les faits pour les accorder à leurs points de vue. À la fin de ce texte on m'accusera peut-être d'avoir agi de façon similaire, mais enfin, je prends le risque.

En lisant aujourd'hui (9 février 2026) l'éditorial de Marie Vastel intitulé La francophobie officielle (voir lien en bas de page), dans Le Devoir, quelque chose clochait.

D'un côté le gouvernement albertain ainsi que le quotidien torontois Globe and Mail, et de l'autre Mme Vastel, jettent un regard sur deux enjeux très factuels: l'obligation de connaître les deux langues officielles pour les juges de la Cour suprême, et la proportion croissante d'immigrants de langue française en Ontario (et ailleurs au Canada anglais).

J'ai toujours eu la conviction que l'assemblage le plus complet possible de données factuelles vérifiées permet de mieux comprendre une situation, et que cette compréhension bonifiée suscite des prises de position pondérées, à moins bien sûr de donner libre cours à des préjugés ou des sentiments. A-t-on procédé de cette façon dans ces deux dossiers? Je ne crois pas.

Commençons par le second: l'immigration francophone hors Québec. Les critiques du Globe and Mail sont-elles une manifestation de la francophobie historique d'Anglo-Canadiens, comme le conclut l'éditorial du Devoir. Peut-être bien. Probablement, même. Le nombre d'exemples de l'oppression des francophones abonde, et a été fort bien documenté. Que la position du Globe en porte les séquelles se défend, mais que peut-on déduire des conséquences réelles de l'arrivée de 15 580 immigrants économiques francophones en Ontario en 2024, soit environ 8% de l'immigration totale (197 000)?

D'abord, à moins d'une étude exhaustive des qualifications de chaque immigrant accepté, on n'a aucune certitude de favoritisme à l'avantage des francophones. Si telle étude existe, elle n'est pas mentionnée. Une recherche historique en Ontario (et au Canada) démontrerait cependant que l'allégation de refus d'anglophones «plus qualifiés» a été invoqué des milliers de fois pour contester le choix d'un francophone ou d'un bilingue, notamment au fédéral. Ce serait sans doute un puissant argument pour appuyer l'accusation de francophobie du Devoir.

Le second argument du Globe est plus difficile à réfuter et l'éditorialiste du Devoir semble fautive ici. L'éditorial du quotidien torontois s'interroge sur l'utilité d'augmenter l'immigration francophone parce que les immigrants de langue française se retrouveront surtout dans des milieux urbains, tous à forte majorité anglaise en Ontario (Toronto, plus particulièrement), où ils seront «rapidement assimilés» dans comme les Franco-Ontariens de souche. Là-dessus le Globe and Mail a raison.

Des études déjà réalisées font état chez les nouveaux arrivants de taux d'anglicisation se rapprochant de ceux des francophones de souche, et ce, dès la seconde génération. Les petits-enfants des immigrants s'assimileront à l'anglais à peu près autant que les Franco-Ontariens historiques. Quand Mme Vastel estime possible - et essentiel - de faire grossir les minorités francophones ou ralentir leur déclin par une telle politique migratoire, elle exprime une opinion qui ne tient pas compte des faits. Elle-même cite des données du recensement faisant état d'une anglicisation catastrophique collectivités franco-canadiennes qui luttent pour leurs droits depuis 150 ans, mais n'en tire pas les conclusions que cette réalité impose.

L'autre dossier, celui du bilinguisme des juges à la Cour suprême fédérale, ne met pas en scène un journal de langue anglaise. C'est la première ministre de l'Alberta qui demande d'assouplir (on sait ce que cela veut dire) la règle de bilinguisme pour la nomination au siège vacant réservé à un magistrat de l'Ouest canadien. On ne s'attend pas de Mme Smith qu'elle fasse une démarche journalistique avant d'émettre ses opinions. Elle peut donner libre cours aux préjugés et à la francophobie historique documentée des majorités anglophones de l'Ouest. Mme Vastel, par contre, doit s'y assujettir.

Au-delà des questions strictement linguistiques, elle reproche à la première ministre Smith de vouloir prendre part au processus de nomination judiciaire pour s'assurer que le candidat ou la candidate choisi représente les «valeurs albertaines». Cette dernière souhaite par ailleurs «pourvoir diriger les juges», laissant paraître ses réels et préoccupants motifs politiques et idéologiques». Pour l'éditorialiste du Devoir, les compétences judiciaires sont prioritaires et incluent la capacité de suivre des plaidoiries dans les deux langues officielles.

Les faits démontrent cependant que l'Alberta désire simplement faire ce que le premier ministre fédéral fait depuis toujours. Pense-t-on vraiment que les nominations fédérales sont libres de motifs politiques ou idéologiques? Quand Ottawa nomme un juge opposé à la Loi 21 sur la laïcité pour juger de la constitutionnalité de cette loi québécoise, c'est du Danielle Smith tout craché. Et avec les gouvernements libéraux à Ottawa, surtout depuis l'arrivée de Mark Carney, rien ne garantit que la connaissance du français restera obligatoire. Même sous Trudeau, le fédéral a nommé une gouverneure-générale qui ne connaît pas le français, et une lieutenant-gouverneur unilingue anglaise au Nouveau-Brunswick, la seule province officiellement bilingue du pays.

La francophobie anglo-canadienne existe depuis la conquête et n'a jamais été extirpée. Mais cela ne signifie pas qu'on puisse répliquer à cette francophobie en tortillant une réalité déjà suffisamment accablante.

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Marie Vastel, La francophobie officielle, dans Le Devoir - https://www.ledevoir.com/opinion/editoriaux/954495/francophobie-officielle

dimanche 8 février 2026

Le Diable à Cinq... un baume pour l'âme...

8 février 2026...


capture d'écran de la page Facebook du Diable à Cinq, photo prise avant le spectacle à Gatineau


À mon grand regret, je ne connaissais pas Le Diable à Cinq, un groupe de musique traditionnelle québécoise (trad comme on dit maintenant) de la Petite-Nation, en Outaouais. Après avoir assisté hier soir (7 février) à leur spectacle explosif dans l'intimité du cabaret La Basoche à Gatineau, je suis devenu accroc en moins de 24 heures !

Le groupe existe depuis une dizaine d'années et lancera d'ici le printemps son quatrième album. Je m'en veux d'avoir perdu pendant une décennie l'occasion de nourrir mon âme et mes tripes au son des voix, des instruments (violon, guitare, banjo, accordéon, clavier, basse) et de la podorythmie (tapage de pied à la québécoise) du Diable à Cinq.

Frissonnant après une courte marche dans l'air glacial (ressenti de -32 degrés) entre la voiture et l'entrée du cabaret, j'espérais de cet ensemble - inconnu pour moi - une prestation qui me réchaufferait vite les mains. Dire que je n'ai pas été déçu serait un euphémisme. Les premières notes au rythme d'un tapage de pied qui fait partie de notre ADN collective m'ont convaincu d'avoir devant moi un groupe capable de concurrencer des vedettes mondiales comme Vent du Nord.

À l'époque tout-numérique où la culture musicale traditionnelle paraît menacée, j'ai souvent l'impression que nos rythmes ancestraux sont davantage portés par des artistes chevronnés qui, sans être vieux, commencent à grisonner. Mais voilà, avec Le Diable à Cinq, l'arrivée spectaculaire d'une relève jeune et enthousiaste. Deux des cinq membres du groupe, les jumeaux identiques Félix (accordéon) et Samuel Sabourin (banjo et violon), de Ripon, ont à peine 29 ans. 

En plus de maîtriser l'art de bien livrer des chansons à répondre, une merveilleuse et authentique façon d'intégrer l'auditoire vite acquis, et d'adapter à leur style quelques chansons du répertoire traditionnel, les membres du groupe sont aussi d'excellents compositeurs qui ont déjà et continuent d'enrichir le vaste réservoir de chansons et gigues qui forment un élément essentiel et original de notre contribution à l'héritage culturel mondial.

Et comme d'autres avant eux, leur musique est ancrée dans le territoire de leur enfance. Les artistes québécois nous ont toujours fait voyager d'un bout à l'autre de notre demi-pays. Entre Sur le bord de la Petite-Nation (voir lien en bas de page), Richer #44 (hommage au hockeyeur Stéphane Richer) et Jos Montferrand pour ne nommer que les pistes de leur plus récent album Tempête, les cinq bardes du Diable à Cinq nous promènent de Ripon à travers l'Outaouais, le long des rivières Petite-Nation et Gatineau, jusqu'aux chutes Chaudière. Dans leur spectacle d'hier, j'ai aussi entendu chanter St-André-Avellin et Montebello.

Un tour rapide sur le Web, ce matin, et j'ai dû reconnaître toute l'étendue de mon ignorance impardonnable à leur sujet. Leurs albums ont déjà été primés sur différentes tribunes nord-américaines, dont l'ADISQ, et le groupe a à son actif des tournées internationales qui les a menés depuis 2022 au Portugal, en Espagne, en Angleterre, en Lettonie, en Estonie, en Suisse, en Belgique, en Finlande et en France. À La veillée de l'avant-veille au Club Soda, à Montréal, le 30 décembre dernier, ils ont partagé la scène avec Vent du Nord. Et dire que jusqu'à hier, je ne les avais jamais entendus... J'ai honte.

Une chose est sûre. Si l'occasion se représente, je reverrai Le Diable à Cinq sur scène. À travers leur musique, avec l'énergie et l'authenticité qu'ils dégagent en spectacle, j'ai vu dans ces jeunes bardes un nouveau pont, si essentiel, entre la musique de nos générations des siècles précédents et les auditoires de demain. Un baume pour l'âme de la nation... et la mienne!

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Lien à la chanson Sur le bord de la Petite-Nation - https://www.youtube.com/watch?v=vuVMsyK0K2o


samedi 7 février 2026

«Ma queue et mon coeur s'emballent»...

7 février 2026...


Parfois elles nous font grincer. Parfois elles nous mettent en colère. Parfois elles nous découragent. Heureusement, elles nous font rire à l'occasion. Je veux parler bien sûr des erreurs ou des coquilles de traduction. De tous les peuples de la planète, les francophones du Québec et du reste du Canada en sont le plus souvent victimes. Les cyniques aiment dire (et il y a un fond de vérité) que les deux langues officielles du Canada sont l'anglais et la traduction de l'anglais. Et avec l'envahissement de la stupidité artificielle (certains disent «intelligence»), on peut s'attendre au pire.

Le message de la Saint-Valentin du Commissariat fédéral aux langues officielles se classe dans la catégorie «fait sourire» mais illustre du même coup à quel point le français au Canada est partout à la merci des outils de traduction, humains ou machines. S'il existe au palier fédéral une seule organisation où la langue de communication, de travail et de création pourrait (devrait) être le français, c'est bien le bureau du Commissaire aux langues officielles. Son travail d'enquête et ses communications avec les plaignants doit se dérouler à plus de 80% en français. Ce ne sont pas les anglos qui se plaignent le plus des services linguistiques au fédéral.  




Alors, à prime abord, j'aurais cru qu'au Commissariat aux langues officielles, une publicité en français - peu importe l'occasion - a plus de chances qu'ailleurs d'être conçue en français par des francophones. Clairement ce n'est pas le cas ici. À voir l'image et le texte, il y a de fortes chances que cette campagne soit davantage dirigée vers les Anglo-Canadiens pour les inciter à communiquer davantage en français, entre eux ou avec un francophone. Une intention louable étant donné qu'à peine 10% des anglophones connaissent suffisamment de français pour se dire bilingues et que cette proportion régresse, selon les données du dernier recensement.

Aux anglos, le Commissariat propose, avec son image de deux chiens saucisse dont les queues se croisent autour d'un coeur, à peu près ceci comme message de Saint-Valentin: ma queue s'agite et mon coeur s'emballe quand tu me parles dans ta seconde langue officielle («seconde langue officielle», c'est le français en langue bureaucratique). On voit que même en anglais, le message est ambigu. On peut facilement comprendre: tu m'excites quand tu me parles en français. Dis-moi des mots doux in French et on saute dans la couchette. Chez les anglos, traditionnellement, la langue française a des vertus érotiques. Enfin ça, c'est le problème des anglos, qui ne semblent pas avoir beaucoup réagi à cette pub publiée sur Facebook. À peine 4200 Anglo-Canadiens suivent la page du Commissariat sur Facebook (contre près de 7000 francophones). C'est beaucoup dire.

Le message français doit sûrement être une traduction. Le ministre Marc Miller, responsable des langues officielles, l'a laissé entendre aux journalistes qui l'ont questionné à ce sujet. Les chances que cette carte de la Saint-Valentin soit issue d'un cerveau franco-québécois ou franco-canadien sont nulles, à moins que l'auteur(e) ait fait exprès pour déclencher des éclats de rires au sein de l'auditoire francophone. «Ma queue et mon coeur d'emballent» quand tu me parles en anglais ou quand on se parle en anglais ne laisse rien à l'imagination. Entre ça et dire que ma queue est en érection quand tu t'exerces en français avec moi, les nuances sont fort minces. Si les personnes appelées à donner l'approbation officielle à cette pub avaient été francophones, elles auraient immédiatement hissé le drapeau rouge.

Peut-être un Franco-Québécois ou un Franco-Canadien aurait-il (elle) pu avoir le bon sens de rappeler à ces nonos du Commissariat que plus de la moitié des francophones au Canada sont déjà bilingues; que le problème chez eux, c'est qu'ils parlent déjà trop souvent l'anglais, et que le français est en déclin, même au Québec. On aurait pu se demander s'il n'aurait pas été plus opportun d'inventer pour les francos une publicité de la Saint-Valentin qui fait la promotion du français tout court. Mais ce serait trop demander aux bureaucrates du bilinguisme à Ottawa.

N'oubliez jamais que toutes les agences fédérales, y compris le Commissariat aux langues officielles, émanent d'un gouvernement qui obéit à la volonté de la majorité anglo-canadienne. Le français y sera toujours minoritaire et une minorité n'a jamais le droit de prendre de décisions en fonction de ses priorités, à moins d'avoir la permission de la majorité. Alors les deux langues officielles resteront l'anglais et la traduction de l'anglais. Pire, l'an dernier, le gouvernement Carney a annoncé la suppression de 340 postes de traducteurs. Notre langue sera de plus en plus soumise aux délires de l'intelligence (mal nommée) artificielle... Bonne Saint-Valentin...

vendredi 6 février 2026

Jeux de 2026: «in Italia» ou «in Italy»?

6 février 2026...

capture d'écran de Radio-Canada


N'ayant jamais été un grand amateur de sports (autres que le hockey et le golf), je ne suis pas vraiment porté à suivre les Jeux Olympiques, ni ceux d'hiver, ni ceux d'été. Et pourtant je ne manquerais pour rien au monde les cérémonies d'ouvertures, l'entrée des athlètes en particulier.

En plus de renouer avec les noms et les drapeaux d'une centaine de pays, d'apprécier les modes colorées des athlètes et accompagnateurs, de s'émouvoir à l'embrasement de la flamme olympique, on y découvre des éléments culturels de la nation hôtesse, tant par le spectacle que par les discours officiels.

Les Jeux de Paris en 2024 m'avaient déçu par l'excès d'anglais, en commençant par le slogan Made for Sharing. J'ai tout de même visionné le défilé d'ouverture sur la Seine et à ma grande stupeur, les noms des pays étaient écrits en anglais sur les bateaux transportant les délégations d'athlètes. Ça, dans la capitale de la francophonie mondiale! Aux Jeux d'été de Montréal en 1976, seuls les noms français avaient été utilisés: États-Unis d'Amérique et non United States of America...

Pour les Jeux d'hiver de Milan Cortina, j'avais bon espoir que les Italiens ne soient pas aussi colonisés que les voisins français. Mauvais départ avec Mariah Carey (pourquoi elle?) dans le spectacle d'ouverture mais au défilé des athlètes, ingénieusement présenté à quatre endroits différents, les noms des pays étaient affichés en italien, et suivaient l'ordre alphabétique italien. Ainsi, la Hongrie arrivait à la fin de la procession d'athlètes parce que les Italiens écrivent Ungheria.

C'était par moments difficile à suivre, Radio-Canada interrompant souvent la couverture de la cérémonie avec des publicités trop longues, m'obligeant à syntoniser le réseau anglais CBC pour ne pas manquer des pays, ça et là. On aurait aussi pu, par ailleurs, se passer de Serge Denoncourt, qui n'ajoutait pas grand chose au commentaire et qui, de loin, semblait s'ennuyer...

Les choses se sont gâtées au moment des discours officiels. Le premier orateur, Govanni Malago, président du comité national olympique de l'Italie et du comité d'organisation des Jeux de Milan Cortina, a parlé presque uniquement en anglais. Devant les siens, la dignité la plus élémentaire exigeait qu'une portion importante de son allocution soit prononcée en italien, émaillant le reste d'anglais et de français, les deux langues officielles des Olympiques. Le pire, au milieu du discours, il a déclaré qu'il n'avait jamais été aussi fier d'être Italien. Et il l'a dit en anglais seulement! C'était honteux.

L'autre discours appartenait à Kirsty Coventry, présidente du Comité international olympique. Originaire du Zimbabwe, on comprend que sa langue maternelle soit l'anglais mais est-il possible qu'au poste qu'elle occupe, Mme Coventry n'ait pas appris quelques bribes de français pour au moins marmonner l'autre langue officielle des Jeux? Ou encore un peu d'Italien en témoignage de respect pour ses hôtes? Plus tard on a eu droit à une prestation de Charlize Theron, encore en anglais... Une parcelle d'honneur a été sauvée quand le président de l'Italie, Sergio Mattarella, a déclaré les Jeux ouverts en italien. 

Et qu'a fait Radio-Canada pendant ces quelques dizaines de minutes d'anglais ininterrompu? Serge Denoncourt semblait traduire ce qu'il pouvait en français, soit parce qu'il avait en main une copie des discours, soit parce qu'il a du talent en interprétation simultanée. J'ai peine à croire que Radio-Canada n'ait pu prévoir un service professionnel d'interprétation pour un événement mondial qui paralyse l'ensemble de sa programmation pour deux semaines complètes. C'était lamentable.

Sur une note positive, la magnifique prestation d'Andrea Bocelli avant l'arrivée de la flamme olympique aura été le moment le plus émouvant des cérémonies d'ouverture. Sa voix portait en elle l'âme de l'Italie. Frissons, mouchoir à la main. Et que dire de la vasque olympique, assurément la plus belle et la plus spectaculaire que j'aie vu au fil des décennies. Chapeau aussi aux Italiens pour la coordination quasi parfaite de quatre emplacements différents à l'ouverture des Jeux.


jeudi 5 février 2026

Médias d'information: «le papier l'emporte haut la main» sur le numérique

5 février 2026...

À la une du numéro de janvier 2026 du Monde diplomatique


Quand j'arrive devant la caisse à mon IGA de la montée Paiement, à Gatineau, je jette toujours un coup d'oeil au kiosque de magazines, au cas où j'aperçoive autre chose que du commérage sur les vedettes du cinéma, de la télé ou de je ne sais quoi. Surprise, ce matin, mon regard se fixe sur le plus récent numéro de la revue française Le Monde diplomatique, publication que j'aime bien mais qu'on trouve rarement de nos jours avec la désespérante décote des journaux imprimés.

En prime, à la une, un titre qui a tout pour me séduire: Éloge du papier. Ayant publié depuis une douzaine d'années pas moins de 60 textes de blogue à la défense des journaux papier, je me suis rué sur cet article en arrivant à la maison, café fumant en main. Je n'ai pas été déçu. Voilà un texte étoffé, riche en enseignements, qui nécessite un bon 15 minutes de lecture et une attention constante. Le genre de lecture que les bouffeurs de sites Web et de médias sociaux ignorent.

J'en reproduis ici quelques extraits que je trouve opportuns à cette époque où la jungle de l'Internet et du tout-numérique a créé une gibelotte douce-amère d'information et de désinformation qui menace la cohésion sociale et même la démocratie. Je laisse donc le lutrin aux deux rédacteurs du Monde diplomatique, Benoît Bréville et Pierre Rimbert:

«Ses vertus stupéfient les usagers; son pouvoir affole Silicon Valley.»

«Toutes les études qui comparent depuis 30 ans les vertus de la lecture sur écran et sur papier, menées aux États-Unis, en Autriche, en Allemagne, en Israël ou en Espagne, convergent vers la même conclusion: les lecteurs manifestent une concentration plus soutenue, une meilleure compréhension et une mémorisation plus durable des textes complexes lorsqu'ils sont imprimés.»

«Qu'il s'agisse de la mémoire spatiale, qui facilite la possibilité de revenir en arrière pour vérifier et que perturbe la réorganisation permanente des écrans selon leur format, du confort et de la fatigue oculaire, de la faculté d'annoter, souligner, cocher, corner pour mieux assimiler, de la distraction induite par le support lui-même, le papier l'emporte haut la main.»

Et d'ajouter le texte de Bréville et Rimbert: «Ouvrir un journal comme le nôtre à la terrasse d'un café, recevoir le sourire complice d'un voisin dans un train, laisser traîner un exemplaire dans un lieu public ou le brandir dans un cortège: ces gestes, ces engagements ne s'envisagent pas sous une forme dématérialisée.

«C'est peut-être que le papier ouvre un imaginaire infiniment plus profond que la simple fonction de support d'écriture. Le journal imprimé symbolise la reconquête de la curiosité, la maîtrise de notre concentration, une disposition à "se hâter lentement", une résistance au vol des informations personnelles et aux effractions de la vie privée qu'implique en régime de marché l'usage des appareils connectés.

«À l'ère de l'information algorithmique, le papier ne contrôle pas son lecteur, ne capture pas son temps, ne pirate pas ses émotions. Il ne se fraye pas un chemin statistique à contre-courant de votre volonté: il exige au contraire un effort, la manipulation de sa maquette demande parfois quelques contorsions. Quand sa lecture inspire une idée, une analogie, une mise en perspective, une colère, une action, on le pose, on s'arrête, on réfléchit. C'est le support d'une souveraineté recouvrée sur les objets de notre attention et, partant, de nos mobilisations. Ainsi l'éloge du papier ne traduit-il pas une réaction conservatrice, mais un mouvement rationnel et une nécessité politique.»

Et de conclure ce magnifique texte: «Le destin d'une presse libre repose plus que jamais sur une refonte globale capable de soustraire l'information à l'enclume du marché comme au marteau de l'État. En attendant qu'un gouvernement manifeste pareille volonté, les réfractaires peuvent ouvrir sur le monde la fenêtre de papier que vous tenez entre les mains.»

N'hésitez pas à vous procurer l'édition de janvier 2026 du Monde diplomatique (image ci-dessous). Vous y lirez entre autres L'éloge du papier et vous reposerez du capharnaüm numérique...