29 mai 2026...
Quand trois médias de langue française envoient chacun un journaliste au même événement, vous vous attendez à lire trois comptes rendus ayant plus de similitudes que de divergences. Les faits ne sont-ils pas, après tout, les mêmes pour chacun des reporters? Réponse facile: oui. Et pourtant, parfois, on se demande ce que les scribes ont bien pu voir pour remettre des textes si différents.
Cela tient-il aux connaissances et aux intérêts du journaliste? Au fait qu'ils ou elles n'aient pas couvert la totalité de l'événement pour une ou plusieurs raisons, y compris les heures de tombée? À des attentes ou des préjugés thématiques? À un simple mal de tête ou une mauvaise humeur passagère? Au monde des humains, tout est possible, et après cinquante années de journalisme, peu de choses me surprennent.
Cette semaine, pour en venir au vif du sujet, Le Droit, Radio-Canada et ONFR-TFO ont délégué un de leurs rédacteurs de nouvelles à la rencontre d'Ottawa des États généraux de l'Ontario français organisés par l'Assemblée de la francophonie de l'Ontario (AFO). Ces réunions de consultation ont lieu un partout dans la province et visent à prendre le pouls de la population franco-ontarienne.
Celle d'Ottawa se déroulait à l'Université d'Ottawa. Les titres des trois textes suggèrent déjà un contenu différent. L'article du Droit (voir lien en bas de page) cible «l'appartenance à la francophonie» comme coeur du débat; l'offrande d'ONFR-TFO (voir lien en bas de page) évoque un plaidoyer «pour une francophonie visible partout à Ottawa»; enfin, Radio-Canada (voir lien en bas de page) se contente d'un titre sans trop de contenu: Les États généraux s'invitent à Ottawa.
Tous les journalistes ont bien sûr rapporté quelques déclarations des porte-parole des organisateurs, Peter Hominuk, directeur général de l'AFO, et Anik Larivière, directrice générale de l'Association des communautés francophones d'Ottawa (ACFO. C'est de mise. Mais le plus intéressant dans ce type de rencontre, ce sont les échanges entre les participants, et les conclusions issues des débats. Ici, les trois reporters donnent l'impression de ne pas avoir eu les mêmes yeux et les mêmes oreilles.
1. Le texte de Sébastien Pierroz dans Le Droit
Son choix est clair: «si les débats ont largement porté sur la vitalité francophone, un mot s'est imposé au fil des échanges: l'appartenance.» À en juger par son choix d'interlocuteurs, on parle davantage ici du sentiment d'appartenance des immigrants de tous âges à la francophonie ontarienne. Le texte met en vitrine seulement trois participants à la rencontre de 135 personnes: Ahdithya Visweswaran, employé de Canadian Parents for French; Dan Ngenzi Ya Ruty, étudiant à l'Université d'Ottawa; et Olivier Hussein, qui se définit comme «Canadien d'origine congolaise».
Les lecteurs doivent conclure que les autres thèmes abordés à la rencontre, s'il y en avait, avaient moins d'importance, et que les Franco-Ontariens historiques et leurs organisations (il y en avait sûrement) n'avaient pas grand chose de percutant à dire.
2. Le texte de Tom Chazelle Schulze sur le site Web de Radio-Canada
L'introduction - les cinq premiers paragraphes de l'article - reflète bien le titre. On apprend ce que sont les États généraux et l'objectif de la rencontre du 27 mai sur le campus de l'Université d'Ottawa. Pour ce qui est des débats, le reporter a présenté les propos de Marie-Claude Bisson, présidente de la Fédération de la jeunesse franco-ontarienne (FESFO), et de Céline Gaboriault, résidente du quartier de la Côte-de-Sable, près de l'Université d'Ottawa.
Seuls deux thèmes en ressortent: le besoin d'une meilleure inclusion des jeunes au sein de la francophonie ontarienne, et l'espoir de voir francophonie ottavienne rayonner. Les lecteurs ne saurait pas qu'il y avait eu des échanges importants sur l'appartenance et l'immigration.
3. Le texte d'Inès Rebei, d'ONFR-TFO
L'entrée en matière diffère également. Cet article (voir lien en bas de page), le plus complet des trois, indique au premier paragraphe que «l'événement a permis de cibler les priorités de la région de la capitale fédérale, où les participants ont notamment réclamé une meilleure visibilité et un accès accru aux services en français».
Au-delà de Mme Larivière et de M. Hominuk, Mme Rebei a cité pas moins de cinq participants: Gilles Marleau, ancien bibliothécaire et résident d'Ottawa; Pier Rodier, directeur artistique de Vox Théâtre; Michelet Joseph, étudiant d'origine haïtienne; Carole Breton, directrice des communications au Diocèse anglican d'Ottawa; et Chantal Nadeau, directrice générale du Rendez-vous des aînés francophones d'Ottawa (RAFO).
Les thèmes abordés sont plus variés: l'affichage unilingue anglais des autobus scolaires, l'affichage en français dans les commerces et institutions, le manque de personnel bilingue dans les commerces, l'accueil des immigrants francophones, et la présence déficiente des francophones au sein des structures et comités municipaux.
Alors pourquoi trois journalistes qui assistaient à la même rencontre ont-ils rédigé des articles si différents? J'ai ma petite idée mais je vous laisse avec cette interrogation...
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Lien au texte de Sébastien Pierroz dans Le Droit - https://www.ledroit.com/actualites/actualites-locales/ottawa/2026/05/28/etats-generaux-a-ottawa-lappartenance-a-la-francophonie-au-coeur-du-debat-2ZFUHFPA4JH2LBJURYPZEIOP7I/
Lien au texte de Tom Chazelle Schulze de Radio-Canada - https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2257378/acfo-afo-etat-generaux-francophone
Lien au texte d'Inès Rebei sur la page d'ONFR-TFO - https://onfr.tfo.org/etats-generaux-la-communaute-plaide-pour-une-francophonie-visible-partout-a-ottawa/





