Lettres du front
dimanche 15 février 2026
Ma grammaire latine de 1961...
samedi 14 février 2026
«L'Ontario français est gravement menacé» (Gérard Pelletier, 1969)
14 février 2026...
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| Notez l'erreur... c'est bien L'Assemblée et non L'Association... |
Pour les besoins de la cause (celle de l'unité canadienne bien sûr), les dirigeants fédéraux ne parlent à peu près jamais de l'agonie du français dans la majorité des provinces à majorité anglaise, et même dans plusieurs régions limitrophes du Québec, en Ontario notamment.
Quiconque jette un sérieux coup d'oeil aux données des recensements fédéraux comprendra qu'en 2026, la situation des Franco-Ontariens a dépassé le stade d'alarmant pour atteindre le seuil du catastrophique, quoiqu'en disent les gouvernements fédéral ou ontarien et les organismes de l'Ontario français.
Chaque année, Ottawa débourse le sourire aux lèvres, l'optimisme hissé bien haut, des millions de dollars pour assurer ce qu'on appelle «la vitalité» ou la «pérennité» de la «communauté» franco-ontarienne et pour montrer «sa volonté de préserver la langue et la culture des Franco-Ontariens ainsi que d'en appuyer le développement».
Pas pour éviter l'abime de l'assimilation totale, pas pour réparer les injustices historiques et actuelles, pas comme réponse à une analyse objective du vécu des collectivités ontaroises... Ce serait avouer un péril susceptible de miner l'adhésion des Québécois à la fédération... Donc, langue de bois et pays des merveilles sont toujours au menu...
Mais le verbe fédéral n'a pas toujours été si doucereux. J'ai retrouvé dans ma documentation un discours prononcé le 8 mars 1969 à Toronto par Gérard Pelletier, ministre dans le premier gouvernement de Pierre Elliot Trudeau, M. Pelletier s'adressait à l'Assemblée provinciale des mouvements de jeunes de l'Ontario français (APMJOF) «pour dire ce que ce que le gouvernement fédéral avait l'intention de faire pour les Franco-Ontariens».
J'ai assisté en personne à ce discours, étant Franco-Ontarien à l'époque et, aussi, membre de l'équipe de direction de l'APMJOF. Et, le relisant, j'y ai trouvé une franchise enterrée depuis longtemps dans les milieux politiques et bureaucratiques de la capitale fédérale. La conférence de M. Pelletier avait eu lieu moins d'un an après l'annonce, par le gouvernement ontarien, de la création d'un réseau primaire et secondaire d'écoles françaises à travers la province. Une première pelletée de terre sur le cercueil du règlement 17, si l'on peut dire...
«Mais ces mesures sont encore toutes récentes, elles restent timides alors que s'imposerait un rattrapage massif et rapide», déclare le Secrétaire d'État fédéral. «Des cours de langue pour hauts fonctionnaires, quelques écoles secondaires, voilà certes des initiatives louables mais elles ne peuvent être comparées qu'à des mesures d'urgence. L'Ontario français est gravement menacé.»
Évoquant les données du recensement de 1961, les plus récentes disponibles en 1969, M. Pelletier poursuit: «Le taux d'anglicisation, pour la génération (de Franco-Ontariens) née en 1901, est de 23,6%; chez les Franco-Ontariens nés entre 1941 et 1946, c'est-àa-dire âgés aujourd'hui d'environ 25 ans, il est de 34,6%. Puis ce taux d'anglicisation passe à 42,2 et 45,9%, pour finalement atteindre 49% chez les citoyens d'origine française nés en 1956.»
«C'est-à-dire que la moitié de la population francophone de l'Ontario se trouve aujourd'hui en voie de s'angliciser. Face à cette réalité, je comprends que certains désespèrent et doutent que l'épanouissement du français en dehors du Québec soit encore possible», conclut le ministre Pelletier.
Ce diagnostic était posé à la fin des années 1960, alors que les taux d'anglicisation n'avaient pas encore atteint le point de non-retour dans nombre de régions. Les recensements subséquents ont permis de documenter l'accélération du phénomène d'anglicisation chez les Franco-Ontariens, en partie causé par la disparition de tous les quartiers francophones urbains de la province. Si Gérard Pelletier s'était adressé aux Ontariens de langue française en 2026, il aurait été complètement horrifié.
Ses successeurs à la tête des ministères responsables des langues officielles vivent dans un monde où les statistiques linguistiques sont tripotées (par leur propre personnel et par les organisations de la francophonie hors Québec) pour dissimuler l'ampleur du déclin de la langue française, partout au Canada y compris au Québec. Parfois, à les entendre, on pourrait croire que la francophonie se porte bien d'un océan à l'autre...
On n'a qu'à ouvrir les yeux et les oreilles pour se convaincre du contraire...
vendredi 13 février 2026
Terrebonne... Les enjeux...
13 février 2026...
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La décision d'annuler la victoire de la candidate libérale à l'élection de 2025 dans la circonscription fédérale de Terrebonne, prise aujourd'hui par la Cour suprême du Canada, n'ouvre pas la porte à une élection partielle comme les autres.
Les partis politiques se jetteront à corps perdu dans cette lutte que le Bloc québécois avait échappé l'an dernier par un seul vote. On sait que Mark Carney demandera aux électeurs québécois de l'aider à se rapprocher du mandat majoritaire qu'il juge nécessaire pour mener à bien la résistance contre la bande à Trump, et que cet appel à l'unité pan-canadienne servira à roder le sabotage fédéral de la campagne péquiste à l'automne et d'un éventuel référendum.
Si la menace américaine devient le principal enjeu de l'élection dans Terrebonne, les libéraux ont de meilleures chances de gagner. Le Bloc et les autres oppositions auront beau faire valoir avec raison que la statut minoritaire du gouvernement actuel n'a pas nui à ses négociations avec le fou de la Maison Blanche, Trump continue d'énerver tout le monde avec ses menaces récurrentes d'annexer ou d'envahir le Canada (et donc le Québec).
Non, le talon d'Achille du Parti libéral, et des autres partis fédéralistes, réside ailleurs. Au-delà des solides taloches que devra asséner le Bloc québécois dans le débat sur les rapports avec les États-Unis et le reste de la planète, les ténors indépendantistes à Ottawa devront porter à l'avant-plan les priorités québécoises, notamment en matière de défense de la langue française et de laïcité.
Il faudra rappeler tous les jours que chaque vote libéral est un vote pour une candidate qui soutiendra le gouvernement Carney dans ses efforts pour contrer la loi 21 sur la laïcité de l'État et la loi 96 sur le français langue commune du Québec. Et souligner que les juges de la Cour suprême appelés à statuer sur la validité constitutionnelle de ces lois québécoises sont nommés par le premier ministre du Canada et que leurs jugements seront fondés sur les valeurs Canadian de la Charte de 1982, imposée au Québec par le Canada anglais après la nuit des longs couteaux.
Quand le temps viendra d'en découdre avec le Québec, Carney et ses collabos du Québec diront ce qu'ont toujours dit leurs prédécesseurs depuis les années 1960 et en particulier depuis la première victoire du PQ en 1976: que nos députés libéraux à Ottawa sont élus comme vos députés à l'Assemblée nationale par le peuple québécois, qu'ils ont la même légitimité et qu'ils sont tout aussi représentatifs de l'humeur de l'opinion publique du Québec.
Ce qu'on nous répète, essentiellement, c'est qu'en votant libéral (ou conservateur, ou NPD) l'électeur québécois appuie ce que ce parti représente, y compris l'unité Canadian, le multiculturalisme et le bilinguisme à la sauce fédérale. Une mixture parfaite pour accélérer le déclin du français partout, y compris au Québec, torpiller les valeurs québécoises qui contredisent la Charte canadienne, apaiser les craintes des Rhodésiens du West Island, et ultimement, sonner le glas du Québec français et laïc que la nation espère.
Quand on examine de près les 28 députés libéraux élus sur l'île de Montréal et aux alentours (y compris Terrebonne), il n'y a pas rien pour rassurer les francophones. Le nombre d'élus de la majorité historique est réduit à huit sur 28, avec cinq issus du Québec anglophone et une quinzaine de ce que les médias aiment appeler «la diversité». Plusieurs de ces députés sont de vibrants défenseurs des revendications anglo-québécoises. Anthony Housefather a été le seul député fédéral à voter contre la nouvelle Loi fédérale sur les langues officielles. Aucun de ces 28 députés n'est monté au front pour défendre les mesures québécoises de promotion de la langue française.
Les électeurs francophones de Vaudreuil et de St-Léonard-St-Michel, en majorité francophones, ont élu des députés qui donnent l'anglais comme langue première à la Chambre des communes. Si l'on passe en revue les antécédents scolaires des 28 élus libéraux, on recensera plus de 20 diplômes des universités McGill et Concordia, contre huit ou neuf de l'Université de Montréal et de l'UQAM.
Non, l'élection partielle de Terrebonne ne doit pas être monopolisée par le conflit avec les États-Unis. Tous les partis peuvent s'entendre là-dessus, comme ils le font depuis le début de 2025. Il faut que les électeurs de Terrebonne s'interrogent sur les positions que prendra le nouveau ou la nouvelle élue dans les dossiers qui, de plus en plus, mettent l'existence même de la nation québécoise en jeu. Quand une majorité francophone élit un député libéral et que par la suite, ce dernier se range du côté des adversaires de la majorité francophone du Québec, il est trop tard.
jeudi 12 février 2026
Il y a deux ans, le 12 février, à Greenstone...
mercredi 11 février 2026
Mon seul éditorial censuré au Droit... C'était le 29 avril 2013...
11 février 2026...
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| Couillard au pays des merveilles... |
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Notre déménagement approche et tout devient plus urgent. Le passage de la maison familiale à un appartement avec deux fois moins d'espace signifie que la moitié (ou plus) de tout ce que j'ai conservé depuis un demi-siècle ne survivra pas à la date fatidique du 1er juillet 2026.
Depuis quelques jours, je tente d'alléger la masse de documentation dans le classeur de mon ancien bureau à domicile. Des tas de coupures de presse et de textes, brochés ou annotés, jonchent le plancher en attendant de se frayer un chemin jusqu'au grand bac bleu de recyclage (déjà empli à ras bord).
Il arrive cependant qu'une trouvaille me rappelle quelque aventure journalistique. Cette fois il s'agit d'un incident survenu durant mon séjour comme éditorialiste au quotidien Le Droit entre 2002 et 2014. Durant ces 12 années, j'ai pu écrire assez librement sans trop égratigner les murs d'une politique éditoriale relaxe. De mémoire, on avait refusé de publier un seul de mes textes, et j'ai tombé ce matin sur la chemise où j'avais conservé l'ébauche remise au rédacteur en chef.
En le relisant, j'ai toujours de la difficulté à comprendre ce qu'on lui reprochait, sauf peut-être de s'attaquer trop aux libéraux (et à la CAQ) et pas assez au PQ de Pauline Marois (alors au pouvoir mais en minorité). Il m'apparaissait clair en cette fin d'avril 2013 que devant l'intransigeance du parti de Philippe Couillard et l'opposition pointilleuse de la formation de François Legault, le projet de loi 14 du gouvernement Marois visant à renforcer la Loi 101 était à toutes fins utiles mort. J'ai donc soumis au quotidien le commentaire ci-dessous.
On m'a indiqué qu'avec certaines modifications, le texte pourrait devenir publiable. J'ai refusé. La feuille de papier sur laquelle je l'ai imprimé repose dans mon classeur depuis près de 13 ans. J'ai aussi retrouvé dans la même chemise mon éditorial du 20 novembre 2013, rédigé quatre jours après le sabordage officiel du projet de loi 14 par la ministre Diane de Courcy. Celui-là a été publié, et il me semble, en le relisant, qu'il reprend le même argumentaire que le texte refusé en avril... Enfin...
Numérisation du début de l'édito du 20 novembre 2013







