dimanche 24 mai 2026

Non mais, envoyez promener les Sénateurs et la LNH...

24 mai 2026...



Ainsi l'équipe des Sénateurs d'Ottawa peut, si elle le veut, empêcher les Québécois de la région de Gatineau de se rassembler à l'aréna de l'équipe gatinoise, les Olympiques (LHJMQ), pour voir ensemble, sur grand écran, les matches du Canadien de Montréal en séries éliminatoires. Et c'est exactement ce qu'a fait la direction des Senators.

L'explication tient au règlement de la LNH le plus stupide qui soit: une équipe de la Ligue nationale peut empêcher la tenue d'un événement de diffusion de grande envergure (on présume qu'il s'agit de hockey) dans un rayon de 80 km de sa ville, en l'occurrence Ottawa.

Je ne sais pas ce que cela donne dans des régions comme New York, où le principe même de cette disposition est inapplicable parce que trois équipes (Islanders, Rangers, Devils) jouent à l'intérieur d'un rayon de 80 kilomètres. Des exceptions doivent exister à la règle.

Ici, les bozos de la LNH regardent la carte géographique et voient que Gatineau et Ottawa se font face, chacune de son côté de la rivière des Outaouais. Pour eux (comme pour bien des gens de la capitale fédérale), Gatineau n'est guère plus qu'une banlieue d'Ottawa.

Personne ne songe, ou ne comprend, que les Gatinois vivent au Québec et que cela a de l'importance. Il y a une dizaine d'années, Radio-Canada avait sondé les amateurs de hockey de la région. Environ 68% des résidents d'Ottawa soutenaient les Sénateurs, pendant que 63% des Gatinois étaient partisans du Canadien.

La frontière Québec-Ontario n'est pas qu'une ligne tracée sur la carte. C'est une frontière nationale. Et l'équipe de la majorité des Québécois, y compris en Outaouais, c'est le Canadien de Montréal. La LNH et la direction des Sénateurs empêchent les Gatinois de visionner chez eux un match de leur équipe nationale.

Il est tout de même difficile de comprendre le raisonnement des Sénateurs, qui ne feront qu'irriter davantage un marché qu'ils convoitent ardemment depuis des décennies. Peut-être se vengent-ils de tous ces partisans du Canadien qui remplissent le Centre Canadian Tire d'Ottawa à chaque match des Sénateurs contre le Canadien...

Selon l'organisme Impératif français (pourquoi diable se mêle-t-il à cette affaire?), la LNH ferait une exception à sa règle si les Sénateurs donnaient leur accord à une diffusion du match des Canadiens contre les Hurricanes à l'aréna de Gatineau. Impératif français dit avoir communiqué avec les Sénateurs qui auraient refusé... 

«Nous empêcher de nous réunir derrière le symbole (des Canadiens), c'est une atteinte à notre culture», affirme le président d'impératif, Wassim Aboutanos. Enfin... peut-être, en prenant le mot culture au sens très large. Je soupçonne plutôt qu'il y a là une nième expression de l'ignorance des Anglos d'Ottawa, qui n'ont jamais compris grand chose à l'histoire et à la mentalité des Québécois francophones.

Peut-être les retombées d'une médiatisation de cette affaire feront-elles apparaître chez les bonzes des Sénateurs tous les «signes de piastre» qui risquent de se volatiliser dans le tourbillon d'un possible ressac au sein de la clientèle de langue française...

N'étant pas juriste, je me permets cependant de m'interroger sur la légalité de cette interdiction en vertu d'un règlement de la Ligue nationale. Des tas de bars sportifs et restos de la région d'Ottawa et Gatineau diffusent les matches des Canadiens sur grand écran pour un public payant. Quelle est la différence entre ça et une diffusion dans un aréna pour 3000 personnes?

S'il n'existe pas de loi québécoise ou de règlement municipal interdisant ce genre de rassemblement, sur quel principe juridique s'appuie-t-on pour empêcher dans un établissement privé la diffusion d'un match de hockey? Pourquoi les organisateurs de l'événement ne vont-ils pas de l'avant, tout simplement, en envoyant promener la LNH et les Sénateurs? 

Peut-on espérer une intervention des autorités municipales, du gouvernement québécois, ou même de la direction du CH pour dénoncer ces fiefs médiévaux d'un rayon de 80 km accordés aux équipes? Sur le plan du hockey, peu importe cette règle de la LNH, Gatineau est bien plus près de Montréal que d'Ottawa... 

Demander la permission à une équipe d'Ottawa pour voir les matches d'une équipe de Montréal... C'est humiliant... 

samedi 23 mai 2026

Le «vivre-ensemble»? À qui la faute?

23 mai 2026...



Au moment d'écrire ces lignes, je n'ai pas encore lu le rapport du groupe «OUI Québec» sur ses consultations avec une cinquantaine de grandes organisations de la société québécoise, rapport qui doit être rendu public le dimanche 24 mai. Tout ce que j'ai vu sur ma tablette, c'est la une du quotidien La Presse (voir lien en bas de page) qui cible le volet immigration pour «nous» donner de nouveau des airs de xénophobie.

On m'accusera de traiter La Presse injustement, puisque son texte ne se limite pas aux rapports des Québécois historiques avec les nouveaux arrivants. Loin de là. Mais c'est ce volet que le quotidien montréalais a choisi de propulser en manchette. Et le sens de cette image ne trompe personne. Ceux et celles qui brandissent les drapeaux québécois, les souverainistes, ne font pas bon ménage avec les immigrants. Et ce constat provient d'une organisation indépendantiste.

J'ai bien hâte de décortiquer les analyses et conclusions des OUI Québec pour voir si les propos de La Presse sont fondés. J'ai retenu une citation de Camille Goyette-Gingras, présidente des Oui Québec, sur les nouveaux arrivants. Il y aurait «une impression que le Québec a reculé en matière de vivre-ensemble et que nous avons remplacé la fierté par la fermeture. Des défis persistent entourant le vivre-ensemble et (il y a) des inquiétudes liées à la perception des enjeux identitaires envers le mouvement souverainiste».

Ma première réaction? Cette manchette semble accréditer toutes les accusations de xénophobie et de quasi racisme lancées à tort et à travers par les porte-parole des anglos et anglophiles, y compris les collectivités issues de l'immigration qui ont eu tendance à s'angliciser, au fil des décennies. Ils sont avant tout des Canadiens, le Canada est un pays à majorité anglaise, et le français est plus souvent qu'autrement une nuisance à leur intégration nord-américaine.

Les Québécois francophones n'ont jamais été maîtres de leur destinée depuis la conquête. Dès 1760 et ce, jusqu'à aujourd'hui, l'immigration a été une arme pour noyer les francophones dans une majorité anglophone. Je n'ai rien inventé. Lisez les manuels d'histoire. Nous avons totalement raison de nous méfier des vagues d'immigrants. De tout temps, les autorités britanniques puis fédérales (après 1867) s'en sont servis contre nous.

La société québécoise a pourtant, au fil des siècles, accueilli à bras ouverts les immigrants qui ont choisi de s'intégrer à la majorité de langue française. Ne vous attendez pas cependant à ce que la nation québécoise veuille «vivre ensemble» avec des individus, groupes et collectivités qui rejettent le caractère français du Québec, qui contestent nos valeurs (p. ex. la laïcité), ou qui nous méprisent sur la place publique. L'accueil a ses limites.

Le «vivre-ensemble» ne dépend pas de nous à prime abord. Nous sommes la société d'accueil. Nous souhaiterons la bienvenue à tous et toutes qui veulent s'associer à notre cheminement historique. Ceux et celles qui arrivent ici pour être Canadian et bloquer toute tentative de nous donner ici un pays français éliminent au départ la possibilité de vivre ensemble. Le refus du «vivre-ensemble» vient d'eux, pas de nous. Et quand la chicane pogne, ou qu'un référendum se pointe, Ottawa (siège de la majorité anglo-canadienne) ne manque pas sa chance d'accentuer les divisions.

Nous avons nos torts. Notre soumission aux évêques catholiques jusqu'à la Révolution tranquille a maintenu en place une société largement théocratique qui a écarté bon nombre de non-catholiques francophones. Mais nous avons largué les évêques et leurs mandements au cours des années 1960. Le Québec français s'est affranchi de ses ayatollahs romains. Ottawa n'a pas aimé cette ouverture du Québec sur le monde, ni son désir de contrôler sa propre immigration. On connaît la suite.

Dans les deux premiers siècles après la conquête, notre seule arme efficace contre une immigration trop souvent hostile a été notre taux de natalité exceptionnel. Il y a 100 ans, les familles québécoises de langue française avaient régulièrement 8, 9, 10 enfants, et plus. Cette époque est révolue. Depuis les années 1960, nous nous servons du seul levier efficace qui nous reste: l'État québécois. La Loi 101. La Loi 21. La Loi 96. Deux référendums. Etc. Avis à tous ceux, peu importe l'origine, qui voudront s'associer à nos projets collectifs: le «vivre-ensemble» ne posera aucun problème de fond.

Mais que ceux et celles qui s'acharnent à saboter la nation québécoise, peu importe l'origine, ne s'attendent pas à un accueil cordial et à des bras tendus. Ceux qui rejettent le «nous» québécois rejettent du même coup le «vivre-ensemble», et nous sommes pleinement justifiés de nous défendre. 

Awignahan!

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vendredi 22 mai 2026

École Bedford... Des médias trop discrets...

22 mai 2026...

Capture d'écran du site Web de Radio-Canada


L'affaire de l'école Bedford (quartier Côte-des-Neiges à Montréal) continue de défrayer les manchettes. Onze enseignants dont on ne connaît toujours pas l'identité ont été suspendus pour y avoir fait régner un climat d'intimidation envers les élèves autant que vers les autres membres du corps professoral. Tout le monde s'imagine qu'il s'agit de musulmans mais aucun média ne semble les avoir identifiés comme tels. Pourquoi? Par crainte de se faire taxer d'islamophobie? 

Le plus récent texte de la Presse canadienne, publié le 12 mai 2026, faisant d'état de la révocation des brevets des enseignants suspendus, rappelle que «des filles s'étaient vu interdire de jouer au soccer, des enfants autistes n'avaient pas reçu de services spécialisés et l'éducation à la sexualité étaient peu ou pas enseignés». La députée libérale de Mont-Royal-Outremont, Michele Setlakwe, était outrée: «Je trouve ça épouvantable ce qu'on a fait à des jeunes filles. Je trouve ça épouvantable qu'on n'ait pas offert tous les services à des élèves vulnérables. Leur brevet leur a été retiré de façon définitive? Parfait!»

Ces gens ont intimidé des élèves et des collègues pour des motifs qui apparaissent religieux. Pourquoi faut-il le taire? À cause du conflit entourant l'application et la contestation de la Loi 21 sur la laïcité? S'il s'agit de cela, c'est un cas flagrant d'autocensure de médias qui portent atteinte à leur propre liberté de presse. Tout au plus mentionne-t-on dans l'article de la Presse canadienne que cette «clique» d'enseignants est «surtout composée d'enseignants d'origine maghrébine». On suppose donc d'origine algérienne, marocaine ou tunisienne, où l'islam est la religion dominante.

Dans ces pays, et ici de plus en plus, les ressortissants à tendance islamiste de cette région de l'Afrique du Nord proposent une observance plus stricte de l'islam. Les femmes y sont traitées en inférieures et souvent tenues à des obligations vestimentaires (le voile, notamment) qu'on n'impose pas aux hommes. Trop souvent, ils ont peu de respect pour l'État laïc et la démocratie occidentale. Dans les cas plus extrêmes, comme à l'école Bedford, ils deviennent de sinistres prédateurs qu'on doit absolument éloigner des enfants.

Alors je répète. Pourquoi ne pas clairement mettre l'accent sur le caractère islamiste de ces abus de pouvoir à l'école? Dans son article maison du 12 mai, Le Devoir évoque uniquement un «clan dominant» d'enseignants... Autocensure... La Presse précise qu'ils sont «principalement maghrébins»... Radio-Canada itou... Tout le monde s'accorde qu'il existe un volet religieux à cette affaire, sans toutefois mentionner de quelle religion il s'agit...

En décembre 2024, en marge de cette histoire, François Legault, alors premier ministre, avait servi un avertissement aux «islamistes» qui tentent de forcer l'entrée de leur religion dans les écoles. Depuis ce temps, les médias se sont fendus en huit pour éviter de lier les incidents de Bedford à la religion musulmane. Je sais pourquoi: les thuriféraires de l'islamophobie-est-partout sont aux aguets. Pire, on en retrouve dans les salles de rédaction.

Insister sur le lien entre des enseignants suspendus et l'islamisme, s'il existe, ce n'est pas de l'islamophobie. C'est du journalisme honnête. Sur le plan sociétal, c'est de l'autodéfense contre des prédateurs. On devrait aller plus loin et avoir le droit de les identifier comme tels. Peut-être ne pourront-ils plus enseigner dans nos écoles, mais ils pourraient se trouver en situation d'autorité sur des enfants ailleurs. Les parents de ces enfants ont le droit de savoir à qui ils ont affaire.

Si, un jour, les congédiements sont judiciarisés, leurs noms seront publiés. Compte tenu de la nature des infractions reprochées à ces onze enseignements «principalement d'origine maghrébine», la société a le droit d'être mieux renseignée.

jeudi 21 mai 2026

À l'époque de Claude Ruel...

21 mai 2026...

photo du Magazine Maclean de septembre 1968


Avant de mettre au recyclage la plupart de mes éditions de l'ancien Magazine Maclean, j'ai jeté un ultime coup d'oeil aux reportages et, de façon opportune, compte tenu des performances du Canadien avec Martin St-Louis à la barre, je suis tombé sur un article de l'automne 1968 louangeant la «montée fulgurante» de Claude Ruel comme instructeur du Bleu-Blanc-Rouge.

Signé par Gérald Godin, auteur, journaliste et plus tard ministre au gouvernement de René Lévesque, le texte met en lumière à la fois la personnalité de Ruel, ses dures années comme éclaireur de l'équipe, ses opinions sur le style de jeu, ainsi que la pression que devaient subir les instructeurs de la dynastie CH à la fin des années 1960.

Âgé d'à peine 29 ans au moment de prendre les rênes du Canadien, Claude Ruel aurait peut-être eu un avenir prometteur comme défenseur sur la patinoire mais un accident le priva de l'usage d'un oeil. La direction du CH lui offrit un poste d'éclaireur, «métier mal connu» qui oblige son titulaire à manger, boire, fumer, regarder, rêver et vivre de hockey 24 heures par jour. «En hiver, dit Ruel, un éclaireur dispose d'environ 10 soirées libres. Le reste du temps, il va au hockey

Quand l'instructeur Toe Blake a décidé d'abandonner son poste en 1968, le choix du Canadien s'est porté sur le jeune Ruel, dont le style contrastait pourtant avec celui de son prédécesseur. Selon le texte de Gérald Godin, les journalistes craignaient «que les conférences de presse enflammées et les emportements légendaires de Toe Blake soient remplacés par des phrases sibyllines et comme préparées d'avance».

Dans une Ligue nationale «où tout le monde cherche à scorer, où c'est une partie de rapidité», on se demandait si le style du Canadien allait changer sous la férule de Claude Ruel. «Non, répond-il. De toute manière, le style, c'est pas l'instructeur qui le décide. C'est le style de l'équipe, de tous les joueurs.»

L'aspect le plus important, dans le sport, ajoute Ruel, «c'est la tension. La tension est très forte. Faut être calme même si le coeur bat plus vite de temps en temps. Un soir, tel joueur marche, tu le fais jouer plus souvent; un autre marche moins, tu le laisse sur le banc. Tout ça, ce sont des choses que tu sens

Le secret de la victoire? «C'est de compter des buts. C'est plus important que de donner des mises en échec. Tu peux donner 20 mises en échec dans une partie, ça ne te fera pas gagner. Tu score un but, ça peut te faire gagner», résume Ruel.

L'article a été écrit pour le numéro d'octobre 1968 du magazine, avant le début de sa première saison comme instructeur. Au printemps suivant, Claude Ruel et son équipe gagneraient la Coupe Stanley. Ce fut la seule pour celui qu'on appelait affectueusement «Piton». Deux ans plus tard, après que le Canadien eut raté les séries de fin d'année, il démissionna.

Autre temps, autres moeurs. Martin St-Louis a hérité d'une équipe en difficulté en 2022. Son mandat était de la reconstruire. N'ayant pas gagné la Coupe depuis 1993, la direction a fait preuve à l'endroit de St-Louis d'une patience qu'on ne connaissait pas à l'époque de la dynastie des années 1950, 1960 et 1970. On en récolte les fruits en 2026.

Autres temps, autres médias aussi. Nous n'avons plus de magazines sérieux d'intérêt général, grand format, comme l'ancien Maclean québécois des années 1960...

Bon, voilà. Claude Ruel et mes magazines Maclean, au bac bleu!


mercredi 20 mai 2026

La mort, un droit. La naissance, un choix...

20 mai 2026...



Mobiliser les gens pour blinder l'accès à l'avortement ou élargir l'aide médicale à mourir dans la dignité? Bien sûr! Mobiliser les gens ou l'État pour encourager la natalité? Silence gêné... Bruits de criquets...

De nos jours, la mort est un droit. La naissance, un choix parsemé d'obstacles. Un choix qui ne suscite guère d'enthousiasme dans le discours officiel et chez les défenseurs de libertés tous azimuts...

Je ne conteste pas les lois et règlements en vigueur sur l'avortement ou l'aide à mourir. Je reconnais leur nécessité. Ce que je ne comprends pas, c'est pourquoi les rares expressions de soutien à l'adoption de politiques natalistes sont vues avec autant de suspicion.

Nous avons pourtant besoin d'enfants. De beaucoup d'enfants. Le taux actuel de natalité de 8,6 naissances par 1000 personnes au Québec est largement insuffisant pour assurer une relève au moins aussi nombreuse que la précédente. Il faudrait, pour ce faire, remonter aux taux du milieu des années 1960, qui dépassaient 20 pour 1000...

Nous ne sommes plus à l'époque de C'est le début d'un temps nouveau, quand Renée Claude chantait, en 1970: «La moitié des gens n'ont pas 30 ans». Notre société vieillit de manière alarmante. Selon l'Institut de la statistique du Québec, la cohorte des plus de 65 ans et plus dépasse dorénavant celle des 0-19 ans. Les aînés de 85 ans et plus vont tripler d'ici quelques décennies.

La société québécoise dite de souche - le «nous» historique - vieillit à un rythme foudroyant et les jeunes générations dégarnies n'ont plus suffisamment d'effectifs pour assurer les services et les soins aux vieux. Il faut recourir à l'immigration, massivement, pour remplacer tous ces enfants que nous ne faisons plus depuis 60 ans.

Même en comptant les nouveaux arrivants, l'ISQ prévoit que dès 2027, l'an prochain, le nombre de décès dépassera celui des naissances au Québec! Cela s'est-il déjà produit dans l'histoire du Québec? J'aurais tendance à croire que non. Même avant les progrès de la médecine moderne, les taux de mortalité plus élevés étaient plus que compensés par des familles de 8, 10, 12 enfants.

Pour une sociologue de l'Université de Sherbrooke, Sophie Mathieu, le problème n'est pas l'augmentation des décès, mais la chute des naissances. «C'est normal qu'il y ait plus de décès parce qu'on vit plus vieux et que les baby boomers arrivent à des âges avancés. Le bout inquiétant, c'est qu'on n'a pas de naissances», déclarait-elle à La Presse.

Je peux comprendre ceux et celles qui craignent de voir la société québécoise submergée par des vagues d'immigrants langues et de cultures différentes. Historiquement, nous avons été accueillants envers les nouveaux venus qui, de génération en génération, s'intégraient à un «nous» québécois historique en croissance. Mais cela change. Dramatiquement. 

Cette grave pénurie de naissances jumelée à une mortalité en hausse due au vieillissement aura pour conséquence la disparition éventuelle du «nous» québécois de culture française qui a tissé et métissé depuis 400 ans cette nation et l'espoir de son indépendance.

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«Je suis de dix enfants à table...» (Claude Gauthier, Le plus beau voyage)

mardi 19 mai 2026

Université d'Ottawa... Effacer le passé franco-ontarien?

19 mai 2026...



L'Université d'Ottawa vient de se donner une vice-rectrice à la Francophonie, Julie Cafley, qui promet, à la mode du temps, de «faire avancer une francophonie inclusive, ancrée dans l’équité et tournée vers l’avenir». Cette déclaration n'augure rien de bon pour les Franco-Ontariens qui cherchent à voir dans cette institution depuis plus de 150 ans «leur» université.

Non seulement les étudiants de la francophonie historique (Québécois et Canadiens français), majoritaires jusque dans les années 1960, ont-ils été graduellement asphyxiés par une majorité anglophone oscillant autour de 70%, mais les «inclusifs» voudraient aujourd'hui en effacer l'identité. Sous l'étendard d'une francophonie désormais «plurielle», toute tentative d'affirmation des luttes de ceux qu'on appelle souvent avec mépris les «de souche» sont vues avec suspicion.

Tourner la francophonie «inclusive» uniquement vers l'avenir, c'est rejeter un riche passé de combats menés par ceux et celles dont les racines remontent à la vieille France. Jusqu'à un passé récent, ils ont porté le fardeau d'assurer la pérennité de la langue et de la culture française en Ontario. Et ce n'est pas parce qu'ils succombent de plus en plus à une assimilation presque inévitable que l'identité «canadienne-française» ontarienne doit être dissoute dans un contexte où les priorités portent de plus en plus sur les nouveaux arrivants.

La solidarité entre francophones de toutes origines - d'ici et d'autres pays - est en voie d'éroder les identités distinctes qui la forment, y compris la nôtre. L'Université d'Ottawa, dans son regard tourné vers l'avenir, doit aussi - et peut-être surtout - se pencher sur les revendications historiques des Franco-Ontariens qu'elle n'a jamais vraiment prises au sérieux. Peut-être Mme Cafley pourrait-elle commencer avec le mémoire présenté par l'Assemblée provinciale des mouvements de jeunes de l'Ontario français (APMJOF) en 1970 au Groupe de travail sur le bilinguisme de l'Université.

Intitulé «Francisation totale de l'Université d'Ottawa», ce mémoire était issu d'une année de consultations auprès des groupes de jeunes Franco-Ontariens à travers la province. En assemblée générale, ils avaient donné à l'APMJOF. le mandat d'étudier «le problème de la francisation totale d'une université en Ontario». Cette institution, bien sûr, ne pouvait être que l'Université d'Ottawa.

Le texte, d'une clarté exemplaire, soulève une problématique qui demeure tout à fait actuelle. «Une université, écrit l'APMJOF, doit non seulement permettre à l'étudiant canadien-français d'étudier dans sa langue mais, croyons-nous, lui assurer un milieu culturel qui lui soit propre, un milieu favorable à son épanouissement culturel.» Ce qui est impossible quand les francophones sont minoritaires.

L'APMJOF se dit convaincue «que seul l'unilinguisme français est viable et que seul l'unilinguisme français assurera une entière promotion académique et culturelle aux étudiants francophones qui voient en l'Université d'Ottawa une des seules institutions post-secondaires qui se rapproche quelque peu de leur culture

«Si, conclut-elle, une fois leurs études secondaires terminées, les jeunes Ontariens de langue française entrent dans une université entièrement française, dans un milieu homogène, dans un milieu favorable à leur épanouissement culturel, ces jeunes continueront de vivre et de travailler en français

Si l'Université d'Ottawa avait pris au sérieux ces revendications de la jeunesse franco-ontarienne alors que la moitié de la population étudiante était toujours francophone, elle n'en serait pas à essayer de sauver les meubles en 2026 avec son inclusion, son équité et son regard plutôt stérile vers l'avenir...

lundi 18 mai 2026

Vérité, justice, quoiqu'il en coûte!

18 mai 2026...

Joseph Costisella avant les controverses de 1963. Choisi personnalité de l'année par Le Droit pour son libre Le scandale des écoles séparées en Ontario


Fascinantes, ces trouvailles qui font découvrir des moments d'histoire depuis longtemps oubliés ou, plus souvent, inconnus. Ce Jour des Patriotes, pendant que je feuilletais mes vieux dossiers franco-ontariens, je suis tombé sur le plus ancien d'entre eux, remontant au début de l'été 1963. Je fêterais bientôt mes 17 ans.

J'avais conservé quelques pages de «Vérité», un journal publié par le Comité de vigilance canadien-français d'Ottawa, dont le mandat était de «lutter contre le colonialisme et le racisme dont sont victimes les Canadiens français à Ottawa et au Canada». Sa devise faisait peur aux élites traditionnelles: «Vérité, justice, quoiqu'il en coûte»...

L'auteur Yves Frenette, dans une analyse du mensuel, écrit: «Dirigé par Joseph Costisella et proche du mouvement indépendantiste québécois, Vérité fustige tous ceux qui s'accommodent de la majorité anglophone, y compris l'Association canadienne-française d'éducation de l'Ontario (ACFEO) et l'Ordre de Jacques-Cartier (La Patente), dont les chefs sont ridiculisés dans des articles et des caricatures.»

Une semaine après la parution du premier numéro de Vérité, M. Costisella avait perdu son emploi de professeur au Collège Marie Médiatrice (à Hull). Il s'agissait, selon Vérité, d'une revanche de La Patente, à laquelle appartenait le supérieur du collège. «D'autres personnes, soupçonnées d'appartenir au Comité de vigilance, ont été brimées, ont failli perdre leur emploi. On propage sur elles des calomnies et des propos diffamatoires», écrit le journal.

Je me souviens de cette époque et après relecture d'un ou deux textes de Vérité, je peux comprendre pourquoi les élites franco-ontariennes conservatrices frémissaient d'horreur. À preuve ce petit entrefilet intitulé La Gestapo à Montréal où l'on reproche à la police de Montréal de se conduire d'une façon «brutale et illégale» contre les patriotes québécois et notamment contre les membres du FLQ.

Pour appuyer leurs dires, ils citent une source que j'aurais à prime abord crue improbable: Gérard Pelletier, futur ministre de Pierre Elliot Trudeau mais éditorialiste au journal La Presse en 1963. Voici la citation attribuée à Pelletier dans son éditorial du 6 juin 1963: «Au mépris des lois, les agents montréalais, sous la direction du chef Robert, se conduisent aujourd'hui comme s'ils habitaient la Russie ou l'Espagne franquiste».

Il fallait que j'en vérifie l'authenticité, ce que j'ai fait en consultant les archives de La Presse conservées sur le site Web de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ). Et voilà que je la trouve, très exactement, dans un édito signé Gérard Pelletier intitulé La police contre la loi (voir image ci-dessous).

Je me demande si M. Pelletier a cru bon de relire son commentaire en octobre 1970 alors que son patron Trudeau père suspendait les droits démocratiques du pays tout entier pour permettre à la police de commettre les mêmes abus qu'en 1963 contre le FLQ, mais légalement cette fois...

L'éditorialiste, après avoir fermement pris position contre toute forme de violence, reproche à la police de Montréal de piétiner les libertés personnelles des citoyens pour mettre fin aux attentats felquistes: «Au moment où l'action contre les attentats se corsaient, on a eu l'impression que la violence et l'illégalité avaient changé de camp. C'est aujourd'hui la police qui s'en rend coupable, sans vergogne ni aucun malaise apparent.»

Retour au journal Vérité. Celui-ci reproche enfin à certains bonzes franco-ontariens de «quêter» des permissions «chez les Anglais» et félicite le ministère québécois des Affaires culturelles de vouloir envisager l'unilinguisme français au Québec. Des membres du Comité de vigilance «déplorent chez certains de leurs compatriotes une mentalité d'esclaves et de colonisés».

Je cherchais un sujet opportun pour la Journée nationale des Patriotes. Finalement, je l'ai trouvé dans une boîte de documents que je conserve depuis plus de 60 ans...