lundi 8 juin 2026

Dans l'bout de la rue Sainte-Catherine et d'la Main...

8 juin 2026...



C'était un moment parfait...

Peu importe ce que je puisse penser de la monarchie britannique ou du cérémonial anglo-vétuste qu'elle traîne jusque chez nous, la cérémonie d'installation de Louise Arbour comme gouverneure générale aura offert au Québec un moment bien spécial avec l'interprétation, par Sara Dufour, de la chanson La Reine des Cowboys fringants.

En l'écoutant avec émotion, murmurant presque les paroles de Jean-François Pauzé, Mme Arbour semblait traverser son pont des soupirs, jetant un ultime regard de liberté sur les rues et ruelles de Montréal avant de revêtir pour cinq longues années les habits de sa geôle royale.

La salle du Sénat au Parlement incarne parfaitement le legs de la royauté victorienne. Sa vocation même est anti-démocratique et vise à freiner les élans démocratiques des élus. C'est le refuge historique des riches et des nobles au service du monarque. Le protocole est rigide. Un univers de courbettes devant le roi ou la reine, ou la gouverneure générale en leur absence.

Il y a de fortes chances que le gratin anglo-canadien, majoritaire à la cérémonie, n'ait jamais entendu parler des Cowboys fringants et que le titre La Reine leur ait suggéré un thème en lien quelconque avec la monarchie. Les rares images face-de-bois de Mark Carney durant la prestation de Sara Dufour donnent l'impression d'un type qui ne comprend absolument rien au message de cette chanson.

Tirée de l'album La Grand-Messe de 2005, La Reine raconte l'engagement social d'une immigrante ayant vécu les horreurs de la guerre, que personne ne connaît vraiment. «Mais tout'le monde la surnommait la reine dans l'bout d'la rue Sainte-Catherine et d'la Main». Une reine des putains, des itinérants, des clochards et des junkies de fond de ruelle. Surtout pas Élizabeth II ou Charles III...

Pas une reine (ou vice-reine) bijoutée et couronnée dans les couloirs d'un palais mais «un ange gardien venu du ciel, qui serait atterri dans les poubelles». Louise Arbour, qui fredonnait avec Sara Dufour jusque là, a tourné son regard vers un lointain qu'elle avait connu. «S'occuper des pauvres et des plus démunis» pour «s'accrocher à la vie»... Une hésitation, peut-être, avant d'entreprendre une vie luxueuse dans l'entourage de riches et puissants...

Dans cette salle de dignitaires et parlementaires où Mme Arbour devait lire son premier discours comme gouverneure-générale, un texte où sa liberté serait désormais soumise à l'autorité de M. Carney, cette salle où peu de gens ont mis les pieds ou le coeur dans les ruelles mal famées, le drame de cette reine fictive retrouvée morte dans un banc de neige faisait l'effet d'une gifle bien sentie, assénée par Louise Arbour elle-même, qui avait expressément demandé qu'on la chante.

La fin de la chanson La Reine est tout à fait appropriée pour son accession au poste de représentante d'un roi qui occupe son trône de droit divin et d'une constitution qui consacre «la suprématie de Dieu». La reine des Cowboys était athée. «Et même si elle croyait pas en dieu, c'est sûr qu'elle vole quelque part où le ciel est bleu». Les monarchistes n'ont pas dû aimer s'ils se sont donné la peine d'écouter...

J'étais déçu qu'une femme de la stature de Louise Arbour accepte de jouer le monarque pendant quelques années, au service de Mark Carney et Charles III. Mais son choix de la chanson La Reine était comme une bouffée d'air frais dans une salle autrement étouffante. Au moment de s'embarquer dans un quinquennat de propagande fédérale, on aura vu un instant dans les yeux de Mme Arbour la détresse et la tristesse d'une combattante qui s'éloigne des naufragés dans l'bout de la Sainte-Catherine et d'la Main...

Je dois l'avouer. J'ai été ému.

dimanche 7 juin 2026

PLQ : à genoux tout le monde...

7 juin 2026...

capture d'écran du site Web Le Devoir (André Pratte)


Le 26 août 1977, quand vint le temps du vote final, tous les députés libéraux se sont levés pour voter contre l'adoption de la Loi 101 (Charte de la langue française) à l'Assemblée nationale. Il est bon de le rappeler à chaque fois qu'un élu ou un représentant du PLQ lance un sempiternel «oui, mais...» quand vient le temps de de se prononcer sur des mesures de protection ou de promotion de la langue française.

S'ils pouvaient agir à leur guise, les libéraux - tant les «provinciaux» que les fédéraux - feraient du Québec un État où, derrière quelques hypocrites engagements de principe en faveur du français, le Bonjour-Hi deviendrait la règle un peu partout. Les Anglo-Québécois et leurs collabos parfois colonisés charcuteraient volontiers ce qui reste du projet initial de Camil Laurin et René Lévesque.

À chaque fois que la société civile, la législature ou les tribunaux débattent d'un projet de francisation, on peut invariablement compter sur la présence d'éminents libéraux pour défendre les intérêts de l'anglais sous l'étendard toujours commode du bilinguisme. À son plus extrême, le député fédéral d'Alfred-Pellan (Laval) proposait en 2024 que le Québec devienne une province officiellement bilingue. Aucun de ses collègues du caucus libéral québécois n'a dénoncé ces propos.

Il y a une dizaine d'années, Philippe Couillard, alors premier ministre, souhaitait que tous les jeunes Québécois francophones puissent apprendre l'anglais. Son gouvernement avait même tenté, en Outaouais, de forcer les étudiants francophones en médecine de suivre leurs cours en anglais au campus satellite de l'université McGill à Gatineau. La députée libérale de Hull, Maryse Gaudreault, avait renchéri en appuyant le libre choix pour tous de l'école française ou anglaise, du primaire en montant...

La hausse inquiétante des inscriptions de francophones dans les cégeps anglais provoque un vif débat depuis des années. Le gouvernement de la CAQ, dans son projet de loi 96, s'est contenté de plafonner le nombre d'inscriptions dans les collèges anglais, mesure faible s'il en fut, mais que les libéraux jugent inacceptables. Rien de moins que le libre choix, bien sûr. Il  fallait donc s'attendre à ce que la troupe de Milliard s'oppose à l'extension de la Loi 101 à la formation professionnelle et l'éducation des adultes.

Le français décline au Québec, notamment comme langue de travail. Les étudiants francophones et leurs parents le savent. Québec lui-même accélère l'apprentissage de l'anglais au primaire depuis 15 ans avec les programmes d'anglais intensif de Jean Charest. Les députés libéraux anglophones et anglophiles de la région de Montréal jubilent. On entrevoit déjà le passage du Bonjour-Hi au Hi-Bonjour, en attendant Hi tout simplement, à la Michael Rousseau.

La bienveillante députée libérale de Westmount-Saint-Louis, le coeur sur la main, se fait l'avocate des jeunes adultes désireux de faire le plongeon vers l'anglais. «Rendu à 18 ans, dit-elle, si un jeune francophone désire apprendre l'anglais parce qu'il voit que ça fait partie des options pour le futur, mais pourquoi on ne va pas le lui laisser l'apprendre?» Décodez ça... C'est vénéneux... Sa collègue de Notre-Dame-de Grâce, Désirée McGraw, favorise elle aussi pour les francophones le libre choix de s'angliciser au cégep...

Sur la colline parlementaire fédérale, les députés libéraux de la métropole et des environs ne sont pas à la traîne. Dès sa nomination comme ministre des Langues officielles en décembre 2025, Marc Miller (Ville-Marie-Sud-Ouest-Île des Soeurs) se disait «tanné» du débat sur le déclin du français au Québec. Son collègue de Mount Royal Anthony Housefather, se sera distingué comme seul député fédéral à voter contre la modernisation de la Loi sur les langues officielles...

Charles Milliard affirme que son plan pour le français, attendu le 21 juin, sera meilleur que celui de la CAQ (Rires étouffés), avant de finir sa pensée avec une insulte à la nation québécoise. «Il faut avoir de l'ambition pour le Québec», lance-t-il... Si j'ai bien compris, cela signifie que franciser davantage le Québec traduit un manque d'ambition. «On est fiers de notre langue», conclut M. Milliard. Il aurait pu ajouter: dans la mesure ou les anglos de notre parti l'acceptent...

«Chose certains, on touche à des institutions (les cégeps) qui sont importantes pour la communauté anglophone», et cela doit «absolument» changer, affirme le président de la Commission politique nationale du PLQ, André Pratte.  À genoux tout le monde...

samedi 6 juin 2026

Une première pièce vide...

6 juin 2026...



Une première pièce vide... nos trois filles ont dormi dans cette chambre, il n'y a pas si longtemps il me semble... Nous avions gardé un lit, une table de nuit pour «la visite»... Partis aujourd'hui...

Dans une seconde chambre d'enfants, la commode manque désormais à l'appel... Reste le lit et la table de nuit... Leurs jours sont comptés...

Dans la cuisine, des chaises pliantes et une table improvisée... Nos chaises et notre table en chêne passent quelques semaines dans l'atelier d'un peintre...

Le divan et la causeuse du salon auront bientôt de nouveaux propriétaires, comme le mobilier du sous-sol... Deux autres pièces qu'on ne reconnaîtra plus...

Le mobilier de jardin n'a pas retrouvé sa place sur la terrasse dans la cour arrière cette année... On l'a transporté à sa nouvelle résidence au lac Sinclair...

Trois de nos huit bibliothèques seront bientôt vendues... Les 600 ou 700 livres qui ornaient les tablettes ont été donnés...

Des centaines de vinyles ont subi le même sort... Ma vieille table tournante et mes deux haut-parleurs Pioneer des années 80 ne nous suivront pas dans notre nouvelle demeure...

Dans quelques jours, une panoplie d'objets conservés depuis 38 ans dans cette demeure seront étalés pour les passants à notre toute première (et dernière) vente garage...

La maison familiale se démantèle sous nos yeux...

Heureusement, on peut compter sur l'appui de nos enfants, de leurs conjoints, de petits-enfants, de proches et d'amis, et de bras plus jeunes et plus forts que les nôtres...

Le jour du déménagement vers notre nouvelle vie en appartement approche à grands pas. La maison que nous avons fait construire, où nos enfants ont grandi, où nous avons vécu et vieilli, ne sera alors qu'un souvenir.

Chaque jour qui reste sera précieux.

vendredi 5 juin 2026

Charles Milliard... l'innocent...

5 juin 2026...



Ce chef du Parti libéral du Québec qui s'agenouille devant les bonzes anglophones quand vient le temps de protéger la langue française* fait maintenant l'éloge des étudiants qui choisissent de poursuivre leurs études supérieures en anglais... au Québec!

Durant son séjour récent comme cadre supérieur à l'université Bishop's, dans le secteur Lennoxville de Sherbrooke, Charles Milliard «dit avoir été charmé par la cohabitation des deux langues officielles du Canada», rapporte le quotidien Le Devoir.

Apparemment inconscient du lien démontré entre la langue des études et la langue de travail, l'innocent chef libéral croit que fréquenter l'université en anglais agit «comme un outil de développement linguistique» pour les jeunes francophones.

Pire, M. Milliard estime que dans ses classes, à l'automne 2025 «60 à 65% des étudiants étaient des francophones qui voulaient apprendre dans une deuxième langue». De jeunes Québécois déjà bilingues qui avaient le choix de se perfectionner en anglais...

Il y a deux ans, en mai 2024, deux chercheurs québécois s'étaient fait traiter de «pleins de marde» par un député libéral, Francis Drouin, pour avoir tenté de démontrer le lien de cause à effet entre les études supérieures en anglais et l'assimilation des étudiants francophones.

Sans nier les effets positifs, pour certains jeunes, de développer des habiletés bilingues et plurilingues, les recherches démontrent que la langue des études au collégial et à l'universitaire a davantage tendance à devenir, en tout ou en partie, la langue de travail.

Si le chef libéral ne connaît rien à la dynamique linguistique dans notre enclave francophone d'Amérique, il gagnerait se renseigner auprès d'experts dans une institution de langue française. On lui apprendrait comment, pour un peuple entouré d'anglophones, la croissance excessive du bilinguisme est une étape vers l'anglicisation collective.

Charmé par l'université anglaise Bishop's, M. Milliard l'est tout autant par la municipalité de North Hatley où il a élu résidence. Selon lui, il s'agit d'un village où 350 résident parlent français, et 350 autres parlent l'anglais. Tout le monde est bilingue, estime le chef libéral.

J'ai vérifié. Selon le recensement de 2021 de Statistique Canada, sur les 675 habitants de North Hatley, 61% sont francophones et 39% anglophones. Si on a l'impression que c'est moitié-moitié, c'est peut-être parce que les francophones parlent plus souvent en anglais, et les anglos un peu moins souvent en français.

J'ai vérifié. Selon le recensement de 2021 de Statistique Canada, seul l'anglais est en croissance comme langue d'usage (langue la plus souvent parlée à la maison) à North Hatley. Une comparaison de la langue maternelle et de la langue d'usage montre un gain de 12% pour l'anglais, et une perte de 3% pour le français.

En se fondant sur la langue d'usage (la langue transmise à la génération suivante), North Hatley compte environ 55% de francophones et 42% d'anglophones. Si la tendance se maintient, ce pourrait effectivement devenir le 50-50 de M. Milliard. Enfin, selon Statistique Canada, le taux de bilinguisme est de 65%... Environ 38% des anglos sont unilingues, contre 32% des francos...

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https://lettresdufront1.blogspot.com/2026/04/comment-ne-pas-couvrir-une-nouvelle.html

jeudi 4 juin 2026

Cuba à l'agonie... Assez!

4 juin 2026...

capture d'écran, La Presse, image d'une rue cubaine



Tous les jours, le mégalomane cruel et dément qui trône sur la Maison Blanche se rend coupable de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité, en plus de violer presque impunément les lois et la constitution de son propre pays.

Seuls les citoyens américains, soutenus par leurs législatures et leur système judiciaire, ont le pouvoir de mettre fin au régime autoritaire et corrompu de Donald Trump. Avec l'appui de son club de milliardaires, les occasionnelles défaites aux urnes et en cours de justice n'ont pas réussi à freiner la descente aux enfers des États-Uniens.

Les crimes de guerre et les crimes contre l'humanité, cependant, interpellent le monde entier, y compris les Québécois et les Canadiens. Les procès de Nuremberg ont établi une fois pour toutes l'obligation planétaire de punir ces criminels, autant ceux qui commandent que ceux qui exécutent les ordres.

Clairement, les grandes puissances ont renié les idéaux sur lesquels l'ONU a été fondée dans le carnage de la Deuxième Guerre mondiale. La Russie envahit l'Ukraine et y bombarde les civils. Les États-Unis se font complices du génocide entrepris par Netanyahou à Gaza; violent la souveraineté du Vénézuela; attaquent militaires et civils en Iran (que Trump menace d'anéantissement); envisagent d'annexer le Canada et le Groenland. La Chine zieute Taiwan comme un vautour.

Toutes ces actions se déroulent dans un monde beaucoup trop immobile. Les résistances occasionnelles ciblent les effets économiques des conflits et des chimères tarifaires du mégalomane. Aucun pays n'a osé confronter directement les Américains pour mettre frein à leurs pires excès. Ni à Gaza, ni au Vénézuela, ni en Iran. Tout au plus a-t-on envoyé quelques soldats au Groenland au cas où...

Mais là, à Cuba, une urgence oblige la planète à décider jusqu'où l'estomac collectif peut tolérer la crapulerie de la plus grande puissance militaire du monde contre un peuple démuni et sans défense. Combien de temps pourra-t-on sans vomir endurer l'asphyxie de l'île rebelle? Arrivera-t-on au point où il deviendra insupportable de voir des Cubains souffrir de la faim, mourir sans soins de santé, subir les effets catastrophiques du blocus américain?

Les États-Unis menacent tous ceux qui oseraient forcer son blocus pour apporter du pétrole, ou renflouer l'économie blessée. On vient d'annoncer que les compagnies Visa et Mastercard y ont suspendu leurs services. Trump et ses milliardaires ne reculeront devant rien pour mettre le grappin sur l'île tropicale. L'exploitation de la misère des gens, leur spécialité, y deviendra la source de nouveaux milliards.

Alors la question se pose. Les pays qui ont les moyens de voler au secours du peuple cubain le feront-ils, ou continueront-ils de se faire complices des crimes contre l'humanité de Donald Trump? Nous en sommes là. Chacun de nous devra décider s'il veut, dans les livres d'histoire de l'avenir, qu'on nous classe parmi les déchets de l'humanité pour ne pas s'être opposés à l'indécence armée du locataire actuel de la Maison Blanche?

Je ne m'aventure pas souvent sur le terrain de la religion, mais je crois que l'inaction des démocraties est un péché mortel. Dans l'évangile de Saint-Jean, l'apôtre rapporte ces paroles de Jésus aux pharisiens. «Si vous étiez aveugles, vous n'auriez pas de péché.» En juin 2026, nous voyons. Tous les jours. Sur nos écrans. Si nous détournons les yeux pour éviter de combattre l'injustice, il y a faute grave, que nous finirons par regretter dans cette vie ou dans l'au-delà.

Bruits de criquets...

mercredi 3 juin 2026

Rien qu'à ouère on oué ben...

3 juin 2026...

capture d'écran du site Web Le Devoir


Quand j'étudiais en science politique au milieu des années 1960, j'avais un prof qui, parfois découragé qu'on ne voie pas ce qui lui apparaissait évident, nous lâchait: «Non, mais, rien qu'à ouère on oué ben!»

Il avait plus souvent qu'autrement raison. Il arrive que la réalité nous regarde en pleine face et qu'on ne la voie pas...

Tiens, prenez les images de Christine Fréchette et Mark Carney, hier, devant le panneau «Bâtir un Canada fort / Building Canada Strong».

La quasi-totalité des médias ont titré à peu près ce que vous voyez ci-dessus dans Le Devoir: «Ottawa versera 10 milliards de dollars à Québec pour le financement d'infrastructures».

En langage simple, ça veut dire exactement ce que ça dit: le Canada donne 10 milliards $ au Québec pour la construction d'infrastructures - des routes, des hôpitaux, des écoles, des logements.

Ô merci, M. Carney. Le Canada est si gentil pour le Québec, faudrait réélire la CAQ, à la limite les libéraux mais surtout pas le PQ, sans oublier de voter non au prochain référendum s'il a lieu.

C'est là que mon ancien prof aurait crié. Vous êtes dans le champ! Mettez vos lunettes! Rien qu'à ouère on oué ben...

Commençons pas le commencement. Oussé qu'Ottawa a pris les 10 milliards? Dans les puits de pétrole de l'Alberta? Chez les riches financiers de Toronto? Ben voyons...

Les Québécois ont versé ces milliards (et bien plus) au gouvernement du Canada en impôts, supposément pour payer ce dont le fédéral est censé s'occuper. Ça, c'est écrit dans la constitution...

Ces 10 milliards $ sortent donc de nos poches. On les a payés à Ottawa, où le Parlement et l'administration sont entre les mains de la majorité anglo-canadienne qui forme plus de 75% de la population au Canada. C'est la démocratie.

Alors le fédéral a pris 10 de nos milliards et décidé de les redonner au Québec. C'est pas un cadeau. C'est un remboursement. Mais attention, on nous a remis nos dollars à condition de s'en servir selon les instructions du gouvernement du Canada.

Mark Carney veut un Canada fort et uni, et utiliser notre part d'impôts pour y arriver. Son problème, c'est qu'il n'a pas d'autorité pour bâtir des infrastructures au Québec. Ça, c'est dans la constitution.

Il a cependant le droit de prendre nos impôts et de les garder dans les coffres fédéraux tant qu'il le voudra. Alors, pour ravoir ces milliards payés par les Québécois, Christine Fréchette doit promettre de respecter les priorités d'Ottawa. Ce qu'elle a fait.

Résumons. Ottawa n'a pas donné 10 milliards au Québec. Le gouvernement fédéral a remis au Québec dix des milliards en impôts et taxes qu'il avait collectés des Québécois et gardait dans ses coffres.

Pour ravoir notre argent, Christine Fréchette a dû s'incliner devant le premier ministre anglo-canadien et promettre de suivre ses instructions. En souriant, bien sûr, et en disant merci. Colonialisme 101.

Et nos médias québécois pas très critiques ou fouineurs ont annoncé à leurs auditoires que le Canada nous avait fait un beau cadeau de 10 milliards. Tiens, PSPP, prends ça!

Y'é-tu beau, y'é-tu fin, le beau et grand bilingue pays où la majorité anglo-fédérale prend nos sous comme un bon maître, pour nous les remettre en allocations trop souvent conditionnelles, comme à des subalternes... 

Une nation fière n'accepte pas d'être ainsi traitée. Rien qu'à ouère on oué ben...


mardi 2 juin 2026

Les églises de La Patente... 100 ans plus tard...

2 juin 2026...

capture d'écran du site Web Le Droit



Le 22 octobre 1926, à Eastview (devenue Vanier, aujourd'hui un quartier d'Ottawa), au sous-sol du presbytère de l'église Saint-Charles, une vingtaine de Canadiens français ont tenu l'assemblée de fondation de l'Ordre de Jacques-Cartier, aussi appelée La Patente. Une deuxième réunion eut lieu au même endroit le 25 novembre, suivie d'une troisième à l'église Saint-François d'Assise, à Ottawa. Cette société secrète pour hommes seulement s'étendrait par la suite à l'ensemble du Canada français et marquerait l'histoire de la francophonie québécoise et canadienne jusqu'à son éclatement au milieu des années 1960.
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Pour savoir tout de La Patente, il suffit de lire le livre de Hugues Théorêt,  L'Ordre de Jacques-Cartier, le dernier bastion du Canada français aux Éditions Septentrion (2024).
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Pourquoi cette organisation a-t-elle vu le jour à Ottawa et non à Montréal ou à Québec? Le coeur canadien-français, à l'époque, battait avec une grande intensité dans la capitale canadienne où les Franco-Ontariens luttaient depuis près de 15 ans contre le Règlement 17 de l'Ontario qui interdisait les écoles françaises. Et Ottawa abritait le Parlement canadien où finissaient par aboutir tous les combats entre anglophones et francophones.

Confrontés aux succès politiques des groupes occultes anglo-canadiens comme l'Ordre d'Orange et les loges maçonniques, les catholiques de langue française sentaient le besoin de riposter. Et ceux d'Ottawa ressentaient ce besoin plus que d'autres. Quoi de plus normal que de tenir de petites réunions secrètes à l'église St-Charles, au coeur des quartiers francophones de la capitale. Avec les rues ouvrières franco-ontariennes de la Basse-Ville et d'Eastview comme sentinelles, le clocher de St-Charles semblait un refuge naturel.

Les deux grands clochers de l'église St-François d'Assise, quelques kilomètres à l'ouest du Parlement fédéral, trônaient sur un véritable village de quatre ou cinq milles Franco-Ontariens et offrait un point de rassemblement parfait pour les premiers militants de La Patente. Unis par la langue française (le tiers des Ottaviens étaient francophones) et par la religion catholique (ceux qui ont vécu avant 1960 savent de quoi je parle), les élites civiles et le clergé diocésain pouvaient comploter en toute sécurité.

La Patente s'est étendue à l'ensemble du Québec et atteint un sommet de 40 000 membres dans les années 1950. Puis vint la Révolution pas-si-tranquille, une pandémie de laïcité et une chute radicale des naissances. La montée du souverainisme a sapé les bases mêmes de l'Ordre de Jacques-Cartier, le rejet massif de la pratique religieuse a vidé les églises et modifié en profondeur le tissu social, au Québec comme au Canada français.

À Ottawa, à partir des années 1960, les quartiers franco-ontariens de la Basse-Ville et de St-François d'Assise ont été charcutés par l'expansion de la fonction publique fédérale dans l'ouest de la ville et une rénovation urbaine municipale plus que suspecte dans la Basse-Ville francophone. Les églises de la résistance avaient perdu leurs appuis dans les quartiers qui les entouraient. L'église St-Charles a été fermée en 2010, mais sa désignation patrimoniale a éloigné les démolisseurs. L'église St-François d'Assise, récemment désignée patrimoniale, demeure ouverte mais ses hauts clochers surplombent une coquille vide.

Hier, 2 juin, Le Droit a annoncé que l'église St-Charles, achetée en 2014 par des promoteurs immobiliers, est de nouveau à vendre... Belle façon de célébrer les 100 ans de La Patente. Ces églises monuments d'une francophonie aujourd'hui à l'agonie méritent un meilleur sort. Mais la population qui aurait pu les protéger n'existe plus. La langue de la rue, partout, est désormais l'anglais. Comme le dit l'ancien archiviste en chef de l'Université d'Ottawa, Michel Prévost: «je trouve ça triste quand même»...

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