vendredi 10 avril 2026

Toute bonne chose a une fin...

10 avril 2026...



Je ne me souviens pas de la dernière fois où j'ai porté ce coupe-vent aux couleurs de mon alma mater, l'Université d'Ottawa. La seule autre photo de moi ainsi vêtu remonte à 1973, alors que j'apportais une caisse de 24 bières à la salle des nouvelles du Droit pour célébrer la conclusion des négociations en vue du renouvellement de la convention collective des journalistes.

À mesure qu'approche la date de notre déménagement (début juillet) vers un appartement nettement plus exigu que la maison familiale où nous vivons depuis 1988, les bacs de recyclage et les boîtes d'objets à donner ou à offrir à une éventuelle vente de garage s'accumulent. Je n'ai aucun talent pour élaguer. J'aimerais tout conserver. Chaque livre, magazine ou disque arraché à mes collections risque d'effacer quelque souvenir de ma jeunesse ou de la vie adulte qui y soit rattaché. Plus l'objet est vieux, plus il a tendance à devenir précieux.

La redécouverte de cette veste aux couleurs de l'Université d'Ottawa (grenat et gris) ne pouvait me laisser insensible. Acheté en 1964 alors que j'entreprenais ma deuxième année à la faculté des sciences sociales, ce coupe-vent d'allure sportive arbore les lettres UO sous l'épaule gauche, le chiffre 68 (l'année où j'aurais mon bac) au bras gauche et l'écusson «science sociale» (deux fautes en deux mots avec l'absence des «s») au bras droit.

Tout y était pour identifier votre faculté et votre ancienneté sur le campus à une époque où les plus âgés imposaient leur droit d'aînesse. Parfois le chiffre sur un coupe-vent grenat et gris indiquait le numéro du gilet porté par l'athlète d'une des équipes sportives - toutes appelées Gee-Gees pour grenat et gris - de l'Université. Mon 68 aurait pu laisser croire que je faisais partie de la ligne offensive ou défensive de l'équipe de football, mais il suffisait de jeter un coup d'oeil à mon absence de muscles et mes lunettes pour comprendre que c'était l'année de ma collation des grades...

On aurait sans doute deviné, par ailleurs, que si j'étais francophone, j'étais aussi Ontarien. Mes souvenirs du détail de la mi-années 60 s'embrouillent mais les étudiants québécois qui formaient plus de 80% des effectifs aux sciences sociales s'intéressaient bien plus à la politique qu'aux couleurs de cette université bilingue hors-Québec où ils séjournaient le temps d'un ou deux diplômes. De mémoire ils étaient pour la plupart indépendantistes et je n'imagine pas un jeune séparatiste du RIN en train de se pavaner en 1964 avec une veste UO...

Reste que je l'aimais bien ce coupe-vent, léger et chaud à la fois, preuve que celui qui l'enfilait fréquentait une institution de haut-savoir. Dans mon quartier ouvrier de la capitale fédérale, les jeunes qui se rendaient à l'université étaient bien plus l'exception que la règle. Pour mes parents et grands-parents, c'était sans doute une source de grande fierté. Enfin, je voyais dans ce coupe-vent à la fois un vêtement commode par temps frais et un symbole de mon accession à un univers bien plus grand que les rues de la paroisse Saint-François d'Assise.

Cette veste m'a accompagné dans mon militantisme franco-ontarien croissant, dans ces rencontres étudiantes où francophones de l'Ontario et Québécois discutaient vivement de la montée de l'indépendance, dans cet automne turbulent de 1968 où nous avions occupé la faculté des sciences sociales pendant plus d'une semaine, durant mon virage à gauche pendant la guerre du Vietnam. Ce vêtement grenat et gris m'a suivi au moment de mon adhésion au PQ fin 1968 comme bien d'autres Franco-Ontariens, et je l'enfilais toujours durant mes premières années comme journaliste au quotidien Le Droit.

Mais depuis une cinquantaine d'années il reposait bien seul dans une garde-robe sombre au sous-sol, voyant la lumière occasionnellement quand j'allais y jeter un coup d'oeil, de plus en plus vieillissant. Ce matin, nous avons vidé cette pièce du sous-sol et j'ai enfilé de nouveau mon coupe-vent universitaire des années 1960. Surprise! Il me va toujours même si j'ai pris du poids depuis ma jeune vingtaine. J'avais dû me procurer une taille extra-grande à l'époque.

Ginette a pris quelques photos de moi habillé en universitaire, ces années de jeunesse passant devant mes yeux scintillants à la vitesse de la lumière. Les poches sont trouées, la fermeture éclair ne fonctionne plus, les couleurs ont perdu leur éclat. Ce soir, à l'âge de 62 ans, il a entrepris dans un sac de vidanges sa dernière semaine près de moi. Je résiste de peine et de misère à la tentation de le récupérer et de lui épargner une fin en site d'enfouissement. 

C'est comme ça à chaque fois que je dois me séparer d'une petite tranche de vie conservée depuis des décennies sur une tablette de bibliothèque, dans une boîte de disques, dans un tiroir ou dans une garde-robe. Puis je vois les dimensions de l'appartement qui nous attend et les 80 ans que j'atteindrai à la fin de juillet. Et je me dis: toute bonne chose a une fin...


 


jeudi 9 avril 2026

Impossible d'inventer un lien entre laïcité et droits linguistiques quand ce lien n'existe pas!

9 avril 2026...

capture d'écran, 9 avril 2028, Le Droit


Bizarre de titre sur le site Web Le Droit ce matin: «Loi 21: la cause pourrait menacer l'autonomie scolaire des Franco-Ontariens»... Comment une contestation judiciaire de la laïcité de l'État québécois peut-elle avoir des répercussions en Ontario? Mystère... Curieux d'en savoir plus, j'ai lu le texte et à la fin, je ne comprenais pas davantage quel effet une décision de la Cour suprême pourrait avoir sur les droits de gestion des écoles françaises par les Franco-Ontariens...

La sonnette d'alarme est tirée par la Commission nationale des parents francophones (vivant en milieu minoritaire, hors Québec), et elle n'y va pas de main morte, allant jusqu'à évoquer des scénarios découlant d'un jugement de la Cour suprême qui pourraient menacer les curriculums voire la survie d'écoles françaises, augmenter la difficulté de faire valoir des préoccupations linguistiques à l'embauche d'enseignants, entraver l'épanouissement culturel des minorités et, même, causer l'érosion et l'assimilation au sein de ces minorités!

Tout ça à cause d'une loi établissant des normes de laïcité au sein de l'État et des institutions publiques (y compris les écoles) du Québec? On peut à la limite comprendre les commissions scolaires anglo-québécoises de s'en plaindre, étant directement touchées par la Loi 21 avec l'interdiction de signes religieux. Elles ont tenté en vain de démontrer que des vêtements comme le hijab, le kippa ou autres avaient un lien avec les protections linguistiques de l'article 23 de la Charte des longs couteaux. Impossible d'inventer un lien entre laïcité et langue d'enseignement quand ce lien n'existe pas!

Alors, si l'article 23 sur les droits linguistiques minoritaires n'est pas en cause au Québec dans un régime de laïcité, comment pourrait-il l'être en Ontario, par exemple, où les écoles publiques non confessionnelles côtoient les écoles publiques catholiques? La Loi 21 n'a aucune portée extra-provinciale. Et même si le gouvernement Ford adoptait une laïcité similaire à celle du Québec, elle ne mettrait aucunement en péril le droit de gestion linguistique des francophones sur leurs écoles, publiques ou confessionnelles, tel que garanti par l'article 23 depuis la décision Mahé en 1990.

Les anglos du Québec ont cherché par les tribunaux, à élargir la portée de l'article 23 au-delà des considérations linguistiques, en tentant de nous faire croire au moyen de détours indigestes que le port du hijab est non seulement un signe religieux mais aussi une manifestation culturelle, et que le port d'un signe culturel dans une école anglaise devient par la bande un droit linguistique. Plus tordu que ça tu meurs. Le débat en Cour suprême porte donc sur un potentiel élargissement de l'article 23 et non un quelconque rétrécissement.

La Commission nationale des parents francophones dit craindre que la Cour suprême puisse «adopter une lecture plus étroite que ce que protège réellement l'article 23» et donner ainsi «plus de poids au pouvoir des provinces». Les adversaires de la Loi 21 cherchent à réduire la portée de la clause dérogatoire (article 33 de la Charte), ce qui, advenant leur victoire, réduirait les pouvoirs des provinces, et notamment ceux du Québec. Une victoire québécoise ne ferait que confirmer la portée actuelle des pouvoirs consentis par la Charte des longs couteaux en 1982.

Le véritable ennemi des écoles françaises en milieu minoritaire n'est pas la laïcité québécoise, mais une maltraitance systémique par les majorités anglo-canadiennes depuis la Confédération. C'est aussi le déclin démographique dramatique des francophones de souche et l'assimilation rapide de l'ensemble des francophones, y compris ceux issus de l'immigration de langue française. Se ranger avec les Anglo-Québécois dans cette cause est une erreur. Ces derniers participent au déclin du français au Québec, en collaboration avec Ottawa, et si un jour ils en sortent victorieux, ils n'auront aucune pitié pour ce qui reste de la francophonie hors Québec.

Je peux comprendre que certains groupes franco-canadiens en veulent au Québec, qui s'est rangé avec l'oppresseur dans certaines de leurs revendications judiciaires, comme celle des Franco-Yukonnais il y a une dizaine d'années. Le gouvernement québécois s'était tiré dans le pied en croyant qu'un victoire des francophones du Yukon en vertu de l'article 23 aurait pu renforcer la position constitutionnelle des Anglo-Québécois. La Cour suprême, malgré tous ses défauts, reconnaît depuis 1982 que la francophones hors Québec ont droit à plus de protection que les Anglo-Québécois. Quoiqu'il en soit, en s'opposant à la Loi 21, c'est au tour des parents francophones hors Québec de se tirer dans le pied...

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Lien au texte du Droit - https://www.ledroit.com/actualites/education/2026/04/09/loi-21-la-cause-pourrait-menacer-lautonomie-scolaire-des-franco-ontariens-4QOPCXXN5JGLVN256UULWRLDJM/


mercredi 8 avril 2026

Campagne «bleisure»... Après 11 jours, un silence assourdissant...

8 avril 2026...

capture d'écran du site Web Le Devoir ce mercredi 8 avril 2026...

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Depuis le 28 mars (au moins), Tourisme Outaouais nous fait passer pour une bande de colonisés anglicisés avec sa campagne médiatique «Les affaires bleisure en Outaouais!». Une campagne axée sur un néologisme anglais peu connu et sur une photo panoramique qui fait de Gatineau une protubérance de la ville d'Ottawa!

(Voir mes textes de blogue du 28 et 30 mars aux adresses ci-dessous   https://lettresdufront1.blogspot.com/2026/03/deux-claques-en-pleine-face.html et https://lettresdufront1.blogspot.com/2026/03/le-francais-gatineau-motus-et-bouche.html)

L'image en haut de page a été captée sur la page Web du quotidien montréalais Le Devoir cet après-midi, 8 avril. Cette horreur est toujours en ligne après 11 jours!!!

Je n'ai lu ou entendu AUCUN commentaire des dirigeants de Tourisme Outaouais, des élus de la région et notamment ceux de Gatineau, ou des rédactions médiatiques. Je veux bien croire que mon petit blogue a assez peu d'influence mais mon texte du 28 mars et mon suivi du 30 mars ont touché au moins quelques milliers d'internautes.

J'ai peine à croire que les bonzes médiatiques, politiques et touristiques de Gatineau et de l'Outaouais n'aient pas pris connaissance de la campagne bleisure et de la photo du centre-ville d'Ottawa pour l'illustrer. Que dois-je conclure?

Où sont passées toutes ces personnes qui avaient sourcillé d'indignation devant le slogan On passe au BOLD de la ville de Gatineau il y a deux ans? Devant les protestations contre l'emploi du mot anglais bold, la ville avait dû reculer.

Se peut-il que personne n'ait vu la pub bleisure de Tourisme Outaouais parce qu'elle circule à l'extérieur de la région? C'est toujours possible mais j'en doute. Ce genre de campagne aurait certainement été validé auprès d'un éventail de décideurs régionaux.

Alors si nos dirigeants, nos élus et nos journalistes sont au courant de l'image régionale transmise par Tourisme Outaouais, il faut conclure qu'ils l'approuvent, qu'ils y sont indifférents, ou que personne n'ose élever la voix dans un coin du Québec où le vivre-à-genoux est incrusté.

Les indifférents ne méritent pas d'occuper des fonctions de direction ou des postes électifs.

Les partisans de la campagne bleisure n'ont manifestement aucun respect pour le caractère francophone de notre région québécoise.

Les peureux, sans doute très nombreux, incarnent encore plus que les autres l'esprit de colonisé qui afflige notre bord des cinq ponts reliant Gatineau à la capitale fédérale.

Même les défenseurs de la langue française, qui se raréfient d'année en année, se font collectivement discrets, parfois...

Alors je m'adresse directement à mon conseiller municipal Luc Chénier et à la mairesse Maude Marquis-Bissonnette, élue avec un programme d'affirmation de Gatineau comme ville francophone. Dites-moi si vous avez vu cette publicité et ce que vous en pensez!

Quant à la population, je désespère. Son silence est assourdissant. La moindre amorce de débat médiatique ou politique aurait obligé Tourisme Outaouais à défendre la campagne bleisure sur la place publique. Mais il n'y a rien. Rien!

Alors venez venez, gens d'affaires et businessmen. Vous voyez? Ici on est plus bilingues que francophones. Plus bonjour-hi que bonjour... Plus Ottawa que Gatineau... Plus à genoux qu'ailleurs pour quêter vos dollars de voyages d'affaires et d'agrément...

Pas surprenant que notre saint patron soit Jean-Baptiste... Lui aussi criait dans le désert...

mardi 7 avril 2026

Mettons les sondages à la poubelle et retroussons nos manches!

7 avril 2026...

capture d'écran d'un statut mis en ligne sur Facebook le 6 avril 2026


Depuis longtemps, les sondages l'opinion publique ont cessé d'être un moyen d'informer la population. L'ont-ils jamais été? Aujourd'hui, la publication de données sur les grands enjeux politiques (électoraux, référendaires et autres) est immédiatement transformée en munitions sur le champ de bataille. Et les combats médiatiques qui en découlent réussissent le plus souvent à brouiller les cartes ou pire, accentuer les tendances déjà en hausse au sein des électorats.

Le statut Facebook ci-haut du Forum Angus Reid (associé à la maison de sondage du même nom), publié ce 6 avril 2026 à partir de données cueillies deux mois plus tôt, au début de février, n'annonce rien de neuf. Mais les adversaires de la souveraineté, au Canada anglais comme au Québec, ne manqueront pas de s'en servir pour laisser entendre que la question est désormais entendue, qu'un troisième référendum consacrerait de nouveau le «Non» et que les petits séparatistes n'ont qu'à rentrer chez eux et acheter des unifoliés...

Et à n'en pas douter, la publication de résultats semblables, comme les plus récents de la maison Léger (janvier 2026), auront l'effet d'un coup de masse pour plusieurs de ceux et celles qui se sont ralliés autour de Paul St-Pierre Plamondon pour une ultime tentative de transformer le Québec en pays indépendant. Ce doit être plutôt décourageant de découvrir qu'en ce début de 2026, à sept ou huit mois des élections d'octobre, 63% des Québécois voteraient «Non» à un référendum du PQ. Pire, les appuis au «Oui» oscillent autour de 26%...

Comment faudra-t-il s'y prendre pour convaincre la population, et particulièrement les souverainistes, du caractère tendancieux de l'information véhiculée dans les sondages, et de l'importance de prendre en compte qu'une date de péremption presque immédiate est collée à chacun d'entre eux. Ce ne sont que des instantanés, valables seulement à la date de leur capture. Deux semaines, deux mois plus tard, l'opinion a déjà évolué.

Les données d'Angus Reid, présentées comme dans le tableau en haut de page, ne tiennent pas compte des divergences au sein des groupes linguistiques. Chez les anglos, l'appui au «Non» se situe aux environs de 85%! Cela ne devrait surprendre personne. Le vote anglophone est le plus souvent libéral et Canadian. Le véritable débat démocratique se joue au sein de la majorité francophone et là, les choses restent plus fluides.

Le bloc d'irréductibles partisans du «Non» formerait (en février 2026) 45% de l'électorat de langue française. Si l'on additionne les «Oui» inconditionnels (17%), les «Oui» probables (13%) et les indécis (11%), on atteint le seuil des 40% et cela, à un moment où les pro-Canada ont réussi à transformer le débat sur l'indépendance en débat sur la tenue d'un référendum. Les questions des sondeurs portent d'ailleurs sur le vote référendaire, et non sur les opinions au sujet de la souveraineté du Québec.

Le Parti québécois doit assumer sa part de responsabilité pour les difficultés actuelles. Durant les quatre partielles que le PQ a gagnées depuis 2022, occasions rêvées pour promouvoir les avantages de la souveraineté, on s'en est tenu aux enjeux locaux et régionaux. Quelles chances ratées. Par ailleurs, en promettant un référendum au premier mandat, on s'est trouvé à tasser ce qui aurait pu devenir une élection axée sur le thème de l'indépendance et sur les moyens d'y parvenir. À la place, le public aura les yeux fixés sur une échéance référendaire impopulaire un peu partout, même au sein du PQ.

Je serais prêt à parier qu'après un débat intelligent sur le sort du Québec comme province ou comme pays, plus de la moitié des francophones seraient disposés à donner un mandat fort au Parti québécois, ce qui suffirait amplement pour mener le PQ vers un gouvernement majoritaire à l'Assemblée nationale. Le problème, c'est qu'en insérant la variable référendaire, un véritable boulet, les fédéraux ont beau jeu pour torpiller un dialogue qui aurait autrement mis en valeur les multiples désavantages de «l'unité canadienne» pour les Québécois.

Les dirigeants et partisans du PQ n'ont pas beaucoup de temps pour changer de cap, d'ajuster la thématique pour d'abord assurer l'élection en octobre du vaisseau amiral de la souveraineté. Même avec un appui de 26 ou 30% au «Oui» référendaire, le Parti québécois peut convaincre suffisamment d'électeurs de la valeur de l'indépendance, notamment chez les jeunes, pour enrayer la machine électorale anglo-libérale. À partir de là, Paul St-Pierre Plamondon et ses députés ont quatre ans pour adopter des mesures qui donneront un élan au mouvement souverainiste. Cela suffira-t-il pour atteindre un 50% +1 de «Oui» à un référendum en 2030? J'en doute...

Mais une accumulation de petites victoires pendant quatre ans de pouvoir créera un nouvel élan, peut-être le dernier qui nous sera offert. Et rien n'empêchera alors un gouvernement du Parti Québécois de reporter le boulet référendaire au mandat suivant pour maintenir cet élan. Un public francophone bien informé fera toujours ce qu'il faut pour assurer l'autonomie voire la souveraineté d'un Québec français et laïc.

Quant au sondage Angus Reid et les autres, ils ne nous apprennent rien que ne sachions déjà. Mettons-les à la poubelle et retroussons nos manches!

lundi 6 avril 2026

Le tout-numérique, suicide des médias...

6 avril 2026...

encadré dans le magazine papier Le monde diplomatique, mars 2026

Les thuriféraires du tout-numérique, avides de tuer la presse imprimée, nous annonçaient un quasi-paradis de l'information dans un univers virtuel où les médias de plus en plus privés de revenus publicitaires retrouveraient leur aplomb financier. Ce scénario ne s'est pas réalisé et tout indique qu'il ne se réalisera pas. Le siphonnage des revenus de pub par les géants Google et Meta n'aura été finalement que le premier acte d'une dégénérescence médiatique impossible à freiner.

Avec les autres acteurs du Web (p. ex. Amazon, Microsoft, Apple), Google et Meta «détiennent un contrôle quais absolu sur les infrastructures matérielles du numérique, que ce soient les centre de données, les réseaux ou les appareils», expliquent les professeurs français Olivier Koch et Nikos Smyrnaios, dans l'article intitulé Ce que l'IA inflige au journalisme, publié dans l'édition de mars 2026 du magazine Le Monde diplomatique.

Désormais, avec l'omniprésence des intelligences artificielles (IA), «ils imposent aux internautes leur propre hiérarchie de l'information: leurs algorithmes décident quels titres citer comme source fiable et quelle information mérite d'être lue. Ce qui pousse les rédactions à redéfinir leur organisation et leurs objectifs en conséquence».

Depuis le lancement de ChatGPT en 2022 et la prolifération des robots conversationnels (chatbot), et surtout depuis l'arrivée de AI Overview de Google en 2024, ces «moteurs de réponses» ont arraché aux sites de presse états-uniens environ 25% de leur trafic. Et pendant ce temps, plus des deux tiers des recherches de nouvelles au moyen de robots conversationnels «n'occasionnent aucun clic vers des sites de presse».

Cela a eu pour effet de fragiliser davantage les modèles économiques des médias et agences de presse. Les journalistes humains, même avec le tout-numérique, coûtent apparemment trop cher. Mais que reste-t-il à faire quand on a effectué toutes les coupes imaginables depuis quelques décennies? On se tourne à son tour vers l'IA, aux robots journalistes, pour remplacer les scribes traditionnels. Avec l'intelligence artificielle, le populaire magazine allemand Bild prévoyait réduire ses effectifs de rédaction de 20%...

L'Association mondiale des éditeurs de presse organise déjà des formations en IA pour éditeurs et journalistes, qu'elle exhorte «à embrasser un futur façonné par l'intelligence artificielle». Celle-ci, expliquent les auteurs du texte du Monde diplomatique, augmente la productivité en délestant les journalistes de tâches à faible valeur, conçoit des contenus originaux et personnalisés, contribue à fidéliser les publics volatiles et il lui arrive même de «remédier au manque de créativité des journalistes».

Le groupe de presse allemand Springer cherche avec l'IA à mieux adapter son offre aux «besoins individuels» de ses lecteurs, et prévoit même que bientôt, les robots seront plus efficaces que les humains «pour rapporter les informations et les faits». L'idée d'un «grand remplacement» par les robots noircit déjà les horizons des grandes (et petites) salles de rédaction. Une statistique intéressante: en 2024, 17% des journalistes de la planète avouaient utiliser l'IA régulièrement; un an plus tard, c'était 53%! Trois fois plus! Ls principales tâches confiées à l'IA, pour le moment, sont la recherche d'information, la transcription et la traduction.

La dépendance aux IA des géants du numérique s'accroît. Or, ces derniers privilégient un noyau restreint de sources, principalement de langue anglaise. «La presse indépendante et/ou rédigée dans une autre langue que l'anglais n'a pas les faveurs des algorithmes», ajoutent MM. Koch et Smyraios. On note d'ailleurs l'absence de l'Agence France-Presse (AFP) dans les sources qui alimentent les robots conversationnels. Par ailleurs, selon le groupe Le Monde, qui a conclu une entente avec Open AI, les citations du Monde sur ChatGPT se transforment en abonnements additionnels bien plus qu'avec Facebook et Google.

Avec l'IA, le paradis numérique se transforme rapidement en enfer pour les journalistes et les médias. «Au fond, concluent les auteurs, l'intrusion des géants de l'IA dans les rédactions constitue moins une rupture que le prolongement du processus amorcé dans les années 2000 avec le choix du tout-numérique». En laissant tomber la presse papier, les éditeurs se sont fait hara-kiri. Sur les écrans de nos tablettes, ordis, portables et montres, le volume des contenus générés par l'IA dépassait 55% à la fin de 2024. «Des sites d'information dépourvus de toute rédaction humaine se multiplient tandis que des images artificielles de médiocre facture saturent les réseaux sociaux

Dans ce cercle vicieux qui ne nous permettra pas, bientôt, de distinguer le vrai du faux, des magazines papier comme Le Monde diplomatique incarnent «une certains résistance à l'air du temps». Un «moteur de curiosité» plutôt qu'un moteur de réponses sans âme.

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Lien au Monde diplomatique - https://www.monde-diplomatique.fr/
mais achetez l'édition papier en kiosque. Je trouve la mienne à mon IGA de la montée Paiement, à Gatineau. Ça vaut le coût.

dimanche 5 avril 2026

«Open the Fuckin’ Strait, you crazy bastards»...

5 avril 2026...

images du Vatican


Les deux États-Uniens les plus influents du monde ont profité de Pâques pour livrer à la planète des messages diamétralement opposés.

À Rome, Robert Francis Prevost (Léon XIV) a prononcé sa première homélie pascale sur la place Saint-Pierre depuis son élection l'an dernier. Et nul ne doute que son message visait directement le déchet humain qui trône à la Maison Blanche, Donald J. Trump.

S'adressant à ceux qui «alimentent les conflits», le pape des catholiques a déclaré: «Que ceux qui ont des armes en main les déposent! Que ceux qui ont le pouvoir de déclencher des guerres choisissent la paix! Non pas une paix imposée par la force, mais par le dialogue! Non pas avec la volonté de dominer l'autre, mais de le rencontrer!»

S'adressant à tous les humains, Léon XIV a déploré la banalisation de la violence, à laquelle on finit par s'habituer, qui nous rend «indifférents à la mort de milliers de personnes, indifférents aux répercussions de haines et de divisions que les conflits sèment, indifférents aux conséquences économiques et sociales qu'ils engendrent et que chacun ressent pourtant».

Pendant ce temps, aux États-Unis, ceux et celles qui espéraient une salutation pascale d'un président qui se croit un envoyé du Dieu chrétien ont dû déchanter. Trump a profité de la journée de Pâques pour livrer sur son réseau Truth Social un message guerrier et criminel contre l'Iran que même ses partisans ont dû avoir de la difficulté à digérer.
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capture d'écran de France24


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Ces paroles sont sans aucun doute celles d'un détraqué, au point où le sénateur démocrate du Connecticut Chris Murphy a déclaré: «Si j'étais membre du cabinet de Trump, j'aurais passé ma journée de Pâques à téléphoner à des experts en droit au sujet de l'invocation du 25e amendement», la disposition constitutionnelle qui permet de destituer un président inapte à occuper sa fonction.

Son ancienne alliée à la Chambre des représentants, Marjorie Taylor Greene, n'y est pas allée de main morte: «Tous les membres de cette administration qui se prétendent chrétiens doivent s'agenouiller et demander pardon à Dieu, cesser de vénérer le président et intervenir contre la folie de Trump.»

Si j'ai laissé les menaces de Trump ci-haut dans la langue originale, l'anglais, c'est que la traduction française que j'ai vue (dans Le Devoir, La Presse et le Journal de Montréal, provenant de l'Agence France-Presse) ne leur rend pas justice. Le langage est aseptisé, et on pourrait presque croire, à la limite, qu'on a affaire à un président sain d'esprit (voir l'image ci-dessous).
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Traduire «fuckin'» par «putain»? Peut-être à Paris, mais certainement pas au Québec. Un de nos sacres les plus juteux aurait davantage rendu la force du terme en anglais. Et remplacer «crazy bastards» par «tarés» n'a absolument aucun sens. Même le «vous vivrez en enfer» ne rend pas en français tout l'impact du message original. «Votre vie deviendra un enfer» aurait été plus juste sans être idéal.

Jusqu'à maintenant, Trump et ses bandits se sont largement contentés de commettre des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité, ce qui leur vaudra un jour, souhaitons-le, une série de procès genre Nuremberg suivis d'une incarcération à vie dans les geôles du Salvador ou à Alligator Alcatraz. Mais l'ensemble de son intervention pascale constitue aussi un blasphème. Dans mon petit catéchisme d'enfance, on appelait cela «un péché mortel». Si Dieu existe...

En tout cas, Joyeuses Pâques!

samedi 4 avril 2026

Faire ses Pâques?

4 avril 2026...

pages de mon missel quand j'étais enfant de choeur, il y a 70 ans


Il y a 70 ans, en 1956, Pâques a été célébré le dimanche 1er avril. J'avais neuf ans et depuis peu, j'étais enfant de choeur à l'église toute neuve de la paroisse Notre-Dame-des-Anges, dans un petit quartier francophone d'Ottawa appelé Mechanicsville.

Je me souviens des grandes cérémonies religieuses des Jeudi et Vendredi Saint, ainsi que la longue et tardive Veillée pascale. Église bondée, prières latines apprises. C'était le chemin de Croix, puis la résurrection. Le sommet du calendrier liturgique dans l'Église catholique. C'était aussi la fin du carême, le festif repas familial du dimanche de Pâques et... les chocolats Laura Secord. 

Qu'en reste-t-il, en ce début d'avril 2026??? Les hauts points religieux de ma semaine pascale auront été la réception d'une lettre d'invitation des Témoins de Jéhovah, une heure ou deux de visionnement de Jésus de Nazareth et de Ben-Hur sur la chaîne Prise2 de TVA (commandités par les vendeurs du temple aux 15 minutes...), et une brève pensée à la crucifixion vers 15 h 30. Une demi-heure en retard...

Suis-je seul à avoir abandonné la pratique religieuse, sans pour autant renier les fondements de mes croyances d'enfant? Sans doute pas, au rythme où les clochers qui marquaient nos territoires jadis tombent sous le pic des démolisseurs ou se transforment en résidences pour personnes âgées, en centres communautaires ou même en commerces.

Encore cette semaine, Radio-Canada Ottawa-Gatineau présentait un reportage sur les dix années d'efforts des citoyens de Montebello (Petite-Nation) pour sauver l'église Notre-Dame-de-Bonsecours au coeur de l'ancienne seigneurie de Louis-Joseph Papineau. Réussiront-ils où tant d'autres ont échoué? Prions en choeur...

La valeur historique ou patrimoniale des églises québécoises et canadiennes-françaises a permis d'en protéger un certain nombre, parfois envers et contre les volontés de l'Église catholique comme ce fut le cas pour les églises Saint-François d'Assise et St-Joseph d'Orléans, dans la capitale fédérale. Mais cela me semble davantage l'exception que la règle.

Les Franco-Ontariens ont perdu depuis 2010 l'église Ste-Anne, épicentre de la lutte des Franco-Ontariens contre le Règlement 17 dans la Basse-Ville d'Ottawa, et l'église St-Charles de Vanier, lieu de fondation de l'Ordre de Jacques-Cartier. Sur la rive outaouaise, les deux co-cathédrales de l'archidiocèse de Gatineau, une dans le secteur Hull, l'autre dans l'ancienne ville de Gatineau, ont été converties en résidences privées pour personnes âgées.

La religion catholique aura été pendant plus de 300 ans l'un des ciments de notre petite nation francophone d'Amérique du Nord. Désormais, il ne reste que la langue française, ainsi que les braises, parfois fumantes, des valeurs chrétiennes d'antan, transformées et polies dans notre transition vers une société et un État laïc. Cette rupture a toutefois laissé des cicatrices qui ne guérissent pas...

Tout de même, ce Samedi Saint, nos enfants, leurs conjoints et les petits-enfants seront rassemblés sous le toit familial une dernière fois (nous avons vendu la maison) pour célébrer Pâques. Cela prendra, pour les plus jeunes (qui ne sont presque plus des enfants), la forme de la traditionnelle chasse aux oeufs de Pâques. Pour les adultes ce sera toute la joie des trop rares retrouvailles et d'un grand souper pascal en famille. Et bien sûr les chocolats Giacomo (et Laura Secord)!

Un temps pour oublier, quelques heures, avec les proches, les malheurs qui assaillent notre petite planète et qui semblent parfois noircir l'horizon à l'infini. Je laisse, pour conclure, ce beau message pascal de l'archevêque de Gatineau, Paul-André Durocher, que je trouve fort opportun:

«Pâques annonce qu'un monde nouveau est en train de naître. Ce n'est pas le temps de laisser vaciller la lumière des petites étoiles que nous sommes. Ensemble, semons sa lumière malgré les ténèbres qui nous assaillent. Que ce temps de fête soit un temps d'espérance et d'engagement renouvelé à la suite du Christ.»

«Joyeuses Pâques!»


Amen!