mercredi 23 septembre 2026

Une «job de bras» à la une...



Ce matin, 23 septembre 2026, en manchette de la page une de l'édition papier, Le Devoir titrait: «Le PQ ciblé par une enquête d'Amnistie internationale». Bizarre de titre, parce que nulle part dans le texte évoquait-on une enquête d'Amnistie internationale sur le Parti québécois. Bien pire, l'article reposait sur un filet fort mince d'information, amplifié par son traitement rédactionnel ainsi que par sa position en haut de la toute première page du quotidien.

Après avoir décortiqué la nouvelle, on s'aperçoit qu'elle se fonde sur un seul fait: un avis juridique produit par des avocats du service juridique d'Amnesty International à Mexico. Dans leur analyse, ces juristes concluent que quatre plaintes déposées contre la Dre Marie-Ève Cotton - du fait qu'elles émanent de personnes liées au PQ et portent sur des critiques du parti - constituent «une preuve manifeste de ciblage et d'un schéma de harcèlement». 

Le reste est fait de réactions et d'interprétations. Quand l'avis juridique a-t-il été rédigé? Hier? Avant? Pour quelle raison? Sait pas. Pourquoi Amnistie internationale Canada francophone, adversaire connu de la laïcité québécoise, a-t-il jeté de l'huile sur le feu en fin de campagne électorale? Sais pas. Aucun journaliste ne semble avoir jugé utile de poser la question à la directrice générale France-Marie Langlois.

Mais revenons au texte. Si je comprends bien, des avocats d'Amnesty International à Mexico croient que le PQ a «manifestement» ciblé et harcelé Mme Cotton. À partir de quelle information ont-ils rendu cet avis? Quelques documents de Mme Langlois? Sont-ils venus vérifier sur place, au Québec? Qui sont-ils, de fait? Sais pas. Aucun journaliste n'a cru bon de s'en informer. Les membres de la presse ont-ils vu cet avis? Le communiqué officiel d'Amnistie internationale Canada francophone n'évoque même pas l'existence d'un avis juridique...

Les plaintes du Parti québécois avaient été rendues publiques en manchette de la une du Devoir la semaine dernière, jeudi 18 septembre, avec la précision qu'aucune d'entre elles n'avait été retenue par le Collège des médecins. Si ce dernier avait jugé bon d'émettre un communiqué et d'intervenir publiquement à la suite de la publication de cet article, ou si Dre Cotton avait répliqué, j'aurais pu comprendre que la réaction soit publiée à la une. Mais Amnistie internationale Canada francophone est un acteur marginal dans cette affaire, un peu loin de sa mission, et son intervention aurait dû être placée dans une page qui reflète son rôle d'intervenant secondaire.

Ce qui rend ce texte si toxique, ce sont les commentaires de la directrice générale France-Marie Langlois. Celle-ci est allée jusqu'à déclarer que les soi-disant pratiques «de harcèlement et d'intimidation» (!!!) du PQ annoncent une «dérive autoritaire» si le parti vinent à gouverner après le 5 octobre. Le Devoir a bu goulument ces paroles provocantes, les ajoutant sous le titre de la une, sans demander à Mme Langlois sur quoi elle se fonde pour affirmer une pareille ineptie.

Les journalistes du Devoir et des autres médias québécois connaissent le Parti québécois depuis assez longtemps pour savoir qu'il n'agit d'un parti démocratique, respectueux de la démocratie québécoise, et qu'il n'a jamais par le passé fait le moindrement preuve de «dérive autoritaire». Un journaliste responsable ne laisse pas un intervenant déverser son fiel publiquement sans lui demander des comptes. On a donné ici à Mme Langlois un chèque en blanc. 

Elle en a rajouté, affirmant qu'une dizaine d'autres personnes (aucune nommée!) disaient avoir subi de «l'intimidation» «de la part de membres du PQ» (ils sont près de 40 000...) par des publications sur des réseaux sociaux. Ce n'est pas très fort, vu l'Impossibilité contrôler les agissements de milliers d'individus. Aucun journaliste n'a approfondi. Les réseaux sociaux sont un milieu d'intimidation constante. À peu près tout le monde qui ose y naviguer en abordant des enjeux partisans lu controversés en a été victime. Je parle en connaissance de cause, ayant été à l'occasion ciblé par d'intenses attaques, parfois haineuses, de trolls fédéralistes.

L'article du Devoir aborde les réactions du Parti québécois mais les intègre à la manchette principale, dans la seconde moitié de l'article, sans même daigner ajouter un sous-titre. Professionnellement, un texte et un titre séparés auraient été indiqués, compte tenu de la nature incendiaire des propos d'Amnistie internationale Canada francophone et de la faiblesse de leur dossier contre le PQ.

Je suis déçu et en colère. Nous sommes en droit de nous attendre au respect des plus hautes normes professionnelles à notre quotidien national, Le Devoir. Au lieu de ça, aujourd'hui, on a eu droit à une «job de bras». Rien de plus.

J'oubliais. Dans le titre de l'édition numérique, le titre parle du comportement «des troupes du PQ».... Il ne manque que l'uniforme et l'armement, compte tenu du contexte...




mardi 22 septembre 2026

Les non-francophones, des zombies politiques....

Un tableau révélateur...


À quelques semaines de l'élection du 5 octobre, l'avenir de la langue française au Québec - gravement menacé - reste un sujet tabou. Je n'y comprends rien. Les ravages de l'assimilation, qui se font cruellement sentir dans la région de la métropole ainsi qu'en Outaouais, ont pourtant une incidence directe sur les intentions de vote.

Les non-francophones voteront à 60% pour le parti des Anglais (le PLQ) selon le plus récent sondage Léger, publié à la mi-septembre. Ils se comportent davantage comme une extension de la majorité anglo-canadienne en sol québécois qu'en citoyens intéressés à participer aux débats à caractère identitaire (langue, laïcité entre autres). Ils sont ni plus ni moins un boulet pour notre démocratie.

Ne comptez pas sur une ouverture d'esprit chez cette majorité d'anglophones et d'allophones anglicisés. Leur seul souci est de bloquer tout élan visant à renforcer le caractère français du Québec et son autonomie politique. La majorité d'entre eux ne discutent pas de l'indépendance. Ils se contentent de se présenter aux bureaux de scrutin pour voter contre le PQ aux élections, et NON aux référendums.

Ne participent à la grande discussion sur notre avenir que les 80% (chiffre en baisse) de francophones. Pour mettre en branle le projet de création d'un État souverain, français et laïc, il faudra au moins les deux tiers de ce 80%, l'autre 20% ayant comme seule mission de tout bloquer. Pas question évidemment de leur retirer leur droit de vote, mais il est bon de rappeler à l'occasion leur mauvaise foi collective.

Le déclin du français dans les régions en voie d'anglicisation a un effet certain sur les intentions de vote. Le vote «soviétique» des anglos assure aux libéraux anglophiles 25 ou 30 circonscriptions même quand ils n'amassent que 20 ou 25% du vote populaire. Ce nombre augmente sous l'impulsion d'une immigration débridée et de l'assimilation d'un nombre croissant de francophones dans les régions où la langue anglaise s'impose de plus en plus.

Si on prend pour exemple l'Outaouais, avec de fortes concentrations anglaises dans les circonscriptions de Pontiac, Hull et Gatineau, on s'aperçoit que la proportion de francophones favorables au PLQ est plus élevée qu'ailleurs au Québec. Le même phénomène se constate probablement dans le West Island. Côtoyant constamment des anglos plus Canadian que québécois dans des milieux intensément bilingues, leur identité francophone s'effrite. Aux élections, ils votent de plus en plus comme les Anglais.

Avez-vous entendu beaucoup de candidats et candidates parler de ça durant cette campagne électorale? Moi non. On se tient loin d'évocations semblables, pas du tout politiquement correctes. Crainte collective de se faire traiter de xénophobes ou de racistes, pendant que des centaines de milliers d'anglophones et d'allophones anglicisés se comportent à notre endroit comme des xénophobes et des racistes.

Selon le dernier sondage Léger, 37% des francophones du Québec appuient le Parti Québécois. Chez moi, en Outaouais, c'est sans doute moins de 30%. L'omniprésence de l'anglais (la proximité d'Ottawa, la fonction publique fédérale, la domination traditionnelle de l'anglais dans le Pontiac et la Basse-Gatineau) a massivement bilinguisé la population francophone, jusque dans son identité.

Aux deux dernières élections (2018 et 2022), la CAQ de François Legault a réussi à ébranler et même à démolir quelques pans des châteaux forts libéraux. La campagne de 2026 voit réapparaître peu à peu les vieilles habitudes. Alors que le reste du Québec francophone a mis les libéraux à la poubelle, l'Outaouais est de nouveau tenté de s'y accrocher. Pourquoi? Faut surtout pas en parler. Il faudrait aborder la question linguistique et ça c'est tabou...

mercredi 16 septembre 2026

Deux sociétés unilingues...

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«Si nous voulons avoir un pays, nous devons comprendre que le Canada comprend deux sociétés unilingues, très bien structurées, et qu'il faut les unir dans quelques institutions bilingues.» Keith Spicer, premier Commissaire fédéral aux langues officielles, septembre 1976

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Il y a une dizaine d'années, quand le gouvernement libéral de Philippe Couillard, de connivence avec l'Université McGill, essayait d'imposer aux étudiants francophones de l'Outaouais une faculté de médecine où les cours seraient tous donnés en anglais, notre bon premier ministre anglophile avait exprimé le voeu que tous les jeunes Québécois de langue française puissent apprendre aussi l'anglais.

Cinq années auparavant, en 2011, le tout aussi anglophile John James Charest, premier ministre tout aussi libéral, avait lancé les programmes d'anglais intensif dans les écoles élémentaires de langue française. L'objectif était clairement de «bilinguiser» les élèves francophones du Québec dès l'enfance. Aujourd'hui, les jeunes Québécois francophones sont majoritairement bilingues et le processus s'accélère.

L'attitude de ces deux premiers ministres québécois, assez typique chez les politiciens francophones (du Québec ou d'ailleurs au Canada), démontre une incompréhension fondamentale de la dynamique linguistique nord-américaine, ainsi que des intentions des «Pères» de la Confédération en 1867.

Je n'ai pas l'intention de reprendre l'argumentaire de la dynamique linguistiques. Je l'ai fait déjà trop souvent. Il se résume ainsi. Dans le contexte d'une société francophone très minoritaire, assiégée par un océan anglophone, l'apprentissage massif de l'anglais par les locuteurs du français est un indicateur incontournable d'assimilation, de transferts linguistiques vers l'anglais d'une génération à la suivante. Promouvoir un bilinguisme collectif chez les francophones dans une telle situation est un geste tout à fait suicidaire, sur le plan culturel.

Mais revenons à 1867. L'Acte de l'Amérique du Nord britannique ne suggérait d'aucune façon que la population doive devenir bilingue. Tout ce qu'on y trouve, ce sont des garanties d'un statut officiel pour l'anglais et le français dans les institutions québécoises et dans les institutions du gouvernement fédéral (Parlement, tribunaux). On y protège aussi les écoles confessionnelles existantes (surtout pour les Anglo-Québécois protestants).

Ce régime ne consacrait d'aucune façon une égalité linguistique à l'extérieur du Québec et des institutions fédérales. En échange d'un blindage des droits de l'anglais au Québec, on offrait aux Franco-Québécois l'assurance de pouvoir de communiquer en français au Parlement d'Ottawa et devant les tribunaux fédéraux. Le reste du pays était unilingue anglais sur le plan constitutionnel, et sauf pour l'intermède manitobaine (1870 à 1890), l'est demeuré jusqu'à ce que la Charte des longs couteaux de 1982 consacre le caractère bilingue du Nouveau-Brunswick.

Avec la promulgation de la Loi fédérale sur les langues officielles en 1969, suivie de la Loi constitutionnelle de 1982, le bilinguisme - jusque là essentiellement institutionnel - s'est transformé en idéal de société. En religion, presque, pour certains de nos politiciens. En valeur identitaire fondatrice d'un nouveau Canada où les esprits les plus farfelus imaginaient un pays où la majorité des habitants seraient bilingues. Ce rêve s'est transformé en cauchemar pour les francophones, seuls acheteurs de cette chimère.

En 1951, les unilingues français (langues officielles) représentaient près de 20% de la population totale du Canada (19,6% plus précisément). En 2021, cette proportion oscille autour de 11% et baissera sous le seuil des 10% au cours des deux prochains recensements fédéraux. La part des bilingues s'est accrue (de 12,3% en 1951 à 18% en 2021), tout comme la proportion des unilingues anglais (de 67% à 69%). Il ne faudra pas creuser beaucoup pour découvrir que la majorité des nouveaux bilingues proviennent des collectivités francophones.

À 90% bilingue, la francophonie hors Québec agonise avec des taux d'assimilation dépassant souvent les 40%. Dans les régions les plus bilingues du Québec - région de Montréal et Laval, Gatineau - les transferts linguistiques vers l'anglais sont à la hausse à mesure que le nombre d'unilingues français diminue et que celui des unilingues anglais augmente. Le bilinguisme collectif est toujours synonyme d'anglicisation chez les francophones.

Keith Spicer, premier Commissaire fédéral aux langues officielles, avait bien flairé la menace dès le début. «Le mot bilinguisme est ambigu, disait-il. Signifie-t-il que 23 millions de Canadiens (la population totale en 1976) doivent parler deux langues? Ou est-ce plutôt que dans la mesure du possible, tout citoyen a le droit de choisir la langue qu'il veut, français ou anglais, dans ses rapports avec le gouvernement fédéral?»

Pour lui, ainsi que pour Graham Fraser, son successeur dans les années 2010, le Canada était essentiellement formé de deux grandes sociétés unilingues - le Québec français et le Canada anglais. «Si nous voulons avoir un pays, ajoutait M. Spicer, nous devons comprendre que le Canada comprend deux sociétés unilingues, très bien structurées, et qu'il faut les unir dans quelques institutions bilingues.»

Ainsi, suggèrent-ils, toute menace au caractère unilingue français de la société québécoise aurait pour conséquence la destruction du Canada bilingue, par la disparition de la nation française ou par une rébellion qui la mènerait à l'indépendance. Nous en sommes là. Il faut choisir tout de suite entre la poursuite d'un bilinguisme de masse qui entraînera à terme notre disparition comme nation, ou l'affirmation d'un unilinguisme français perpétuel pour le territoire québécois.

Cela pourrait théoriquement se faire dans le cadre du régime fédéral, mais rien n'indique une parcelle de bonne volonté chez les anglos, de plus en plus unilingues à travers le pays. Le bilinguisme, pour la plupart d'entre eux, se limite à la capacité des francophones à communiquer en anglais avec une masse anglo-canadienne unilingue. Pour sauver ce qui reste de notre société unilingue française, il n'y a désormais qu'une solution: l'indépendance du Québec. Vite. Très vite!


lundi 14 septembre 2026

Contester la Charte des longs couteaux? Oui!



Après avoir reconnu «que nous sommes devant le pire déclin du français des cinquante dernières années» et que nous faisons désormais «face à une véritable urgence linguistique», le chef du Parti Québécois a proposé cinq mesures (voir image ci-dessous), opportunes certes, mais qui ne renverseront pas grand chose à court terme et envoient, par surcroit, un message bien plus faible que la prémisse.
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Paul St-Pierre Plamondon ajoute d'ailleurs à la fin de son message, publié le 30 août: «Nous vous présentons aujourd'hui des mesures ambitieuses. Jamais un gouvernement n'est allé si loin pour renverser le déclin du français. Mais je me dois d'être franc; avec cette annonce, nous atteignons la limite de ce que nous pouvons accomplir en tant que province. L'ultime outil qu'il nous manque, et sans doute le plus déterminant, c'est de faire du Québec un pays.»

Je dois avouer que je m'attendais à plus du PQ. C'est mieux que les autres partis, mais ça manque de muscle, surtout s'il s'agit d'une «véritable urgence». En 2022, quand les trois mousquetaires - PSPP, Joël Arseneau et Pascal Bérubé - se sont présentés à l'Assemblée nationale, ils ont refusé de prêter serment au roi Charles III. Un geste selon toutes apparences inconstitutionnel. Ils n'ont pas cédé en disant avoir atteint «la limite de ce que nous pouvons faire» en tant que citoyens d'une simple province. Leur obstination a rallié la totalité de l'Assemblée nationale, qui a modifié unilatéralement la constitution canadienne!

J'aurais souhaité que le PQ s'engage à rétablir la pleine force de la Loi 101 d'origine, celle de 1977, et d'affirmer une fois pour toutes qu'il ne permettra plus au Canada anglais majoritaire - par son Parlement, par sa Cour suprême - de dicter au Québec français ce qu'il doit faire ou ne pas faire quand l'identité nationale est en jeu; que Québec n'a jamais entériné la Charte des longs couteaux de 1982, et qu'un gouvernement du Parti Québécois ne laissera pas les juges suprêmes nommés par Ottawa piétiner la langue française et les valeurs québécoises, y compris la laïcité; qu'il ne respectera pas l'invalidation des lois 96 et 21 en vertu d'une constitution imposée par le gouvernement de la majorité anglo-canadienne et ceux des neuf provinces à majorité anglophone.

Le débat qu'un tel engagement aurait suscité au sein des autres partis (et au Canada tout entier) aurait ramené «l'urgence linguistique» au coeur de la campagne électorale, là où elle aurait dû être dès le départ. Tout le monde veut en principe un Québec français (sauf peut-être le parti des Anglais, le PLQ) mais personne ne conteste que les règles du jeu aient été fixées en pleine nuit dans la cuisine du Château Laurier, à Ottawa, en novembre 1981. Si les juges suprêmes d'Ottawa invalident la Loi 21 ou la Loi 96, la CAQ grimacera mais se pliera à la décision. Les dirigeants du PQ doivent se tenir debout, comme ses trois élus l'ont fait à l'automne 2022.

Les conséquences de céder devant le Canada anglais? Le précipice est droit devant... Il ne faut surtout pas attendre la souveraineté pour poser des gestes efficaces.

dimanche 13 septembre 2026

Le PQ en Outaouais - la longue traversée du désert...

Trois candidats du PQ en Outaouais - Meixia Maltais (Chapleau), Marcela Cazas (Pontiac) et Raphaël Déry (Gatineau)


L'Outaouais a élu - de justesse - deux députés du Parti Québécois en 1976. Jocelyne Ouellette dans la circonscription de Hull et Jean Alfred dans Papineau (maintenant Chapleau). Ce furent les seules victoires péquistes. Depuis 50 ans, la longue traversée du désert se poursuit. Les chances d'élire un indépendantiste à Gatineau et dans les vallées environnantes sont plus que minces, et il n'y a jamais de file d'attente quand vient le temps de trouver des candidats ou des candidates prêts à porter les couleurs du PQ en terrain si hostile...

Et pourtant, quelque chose a changé. Jusqu'au scrutin de 2018, la forteresse libérale semblait inébranlable. Choisir le candidat du PLQ, c'était choisir le prochain député. Puis la vague caquiste de François Legault réalisa ce qui paraissait jusque là impossible: détrôner trois députés libéraux en 2018, puis un quatrième en 2022. Seul le fief du Pontiac, où le PLQ obtient parfois près de 100% des voix dans les villages anglophones, est resté fidèle aux rouges.

Après huit années de gouvernement de la CAQ et un changement de chef, le vote caquiste chancelle après être passé près de l'effondrement. Mais en Outaouais, les pertes caquistes ne se sont pas transformées automatiquement en gains libéraux, si l'on peut de fier aux extrapolations de sondages dans le site Web QC125. Le public, jadis acquis aux rouges anti-séparatistes, semble hésiter à retomber dans ses anciennes ornières. 

En date du 13 septembre, QC 125 annonce des victoires sûres ou probables du PLQ dans trois des cinq circonscriptions outaouaises: Pontiac (bien sûr), la reprise de Hull et le retour au bercail de Gatineau. La CAQ, qui semblait rayée de la carte avant le début de la campagne, conserverait Chapleau et Papineau. Ce ne sont pas là des bonnes nouvelles pour le PQ, direz-vous. Et pourtant...

Un exemple. Dans la circonscription de Chapleau (est de la ville de Gatineau), l'ancien député libéral Marc Carrière, qui se considérait vissé à son siège de député presque à vie, avait obtenu près de 58% des voix en 2014. En 2022, le PLQ n'a obtenu que 13,4% des suffrages. Cette année, même avec la chute de la CAQ, la cote libérale ne dépasse pas les 25%. Le PQ a fait un aussi un bond considérable avec une hausse de 11% pour atteindre 20% en cette mi-septembre.

Dans les quatre circonscriptions (j'exclus Papineau) où vomir sur les séparatistes est considéré socialement acceptable - et ce, même après les interventions de PSPP sur une probable perte d'emplois dans la fonction publique fédérale et la reprise des campagnes de peur pré-référendaires - la PQ grignote partout des points dans les sondages. Une hausse de 10 points dans Papineau, 11 dans Chapleau et Gatineau, 8% de plus dans Hull et même 5% dans l'enfer pontissois. Une bonne performance du chef du PQ dans les débats et le vaisseau amiral de l'indépendance pourrait peut-être embêter les meneurs dans Papineau, Chapleau et Gatineau.

La faiblesse locale du PQ ne tient pas à la qualité de ses candidats et candidates, mais à leur manque de notoriété. À part Raphaël Déry dans Gatineau et Isabelle Millette dans Papineau, on a l'impression d'avoir affaire à des parachutages. Cela ne serait guère surprenant. Les candidats au suicide politique ne courent pas les rues. Je ne crois que le Parti Québécois ait investi de grands efforts dans notre région frontalière peu accueillante. Je n'ai aucune preuve, mais quand je regarde le nombre de pancartes sur les poteaux j'en conclus qu'ou bien le PQ n'a pas imprimé beaucoup d'affiches, ou le parti n'a pas grand bénévoles pour les poser aux endroits stratégiques.

Si je n'étais pas si vieux (j'ai 80 ans) j'aurais aimé avoir de franches discussions sur la façon dont le PQ aborde les électeurs de Gatineau et de l'Outaouais. Je ne proposerais pas de cacher l'option souverainiste ou même l'imminence d'un référendum, au contraire, mais de tenir compte de l'impossibilité en quelques semaines de convertir à l'indépendance des gens qui ne veulent absolument rien savoir de cette option. Il existe cependant des dossiers identitaires où le Parti Québécois peut se démarquer de ses adversaires, des dossiers importants où il ferait cavalier seul contre les autres formations politiques.

Les candidats du PQ n'auraient aucune difficulté à attaquer les autres partis sur le plan linguistique. Les postes «français essentiel» tombent comme des mouches dans la fonction publique fédérale, milieu de travail de milliers de Gatinois, et le candidat péquiste dans Hull est ancien fonctionnaire fédéral aux Affaires extérieures. Il connaît ça.

De plus, les francophones sont en voie de devenir minoritaires dans le Vieux Hull (centre-ville), avec la complicité de la ville de Gatineau qui n'a aucun plan de protection d'un français en déclin rapide depuis des décennies. Le parti de la Loi 101 se trouve ici en terreau fertile. Il serait grand temps que Québec se penche sur la situation du français à Gatineau!

Les candidats péquistes peuvent attaquer de front le fédéral qui dépense tous les ans des dizaines de millions $ pour angliciser le Québec, y compris l'Outaouais. Ils pourraient s'en prendre aux libéraux qui, en plus de s'allier constamment aux Anglo-Québécois, ont tenté d'imposer à Gatineau une faculté de médecine où l'enseignement aurait été donné en anglais sous la tutelle de McGill, entre autres. Ils pourraient revendiquer l'intervention de Québec pour faire pression sur l'église catholique afin que le Pontiac québécois cesse d'être intégré au diocèse ontarien anglo-dominant de Pembroke. Ils pourraient dénoncer les multiples violations de la Loi 101 et l'inaction des municipalités. On pourrait dresser une liste longue comme le bras.

Le PQ pourrait reprendre avec vigueur l'abandon historique de l'Outaouais par le gouvernement québécois, trop souvent considéré même à Québec comme une banlieue d'Ottawa plutôt que la porte d'entrée du Québec. Cet abandon se manifeste dans plusieurs secteurs, la santé notamment, mais aussi l'éducation et le transport. À Gatineau, le réseau routier et le transport en commun est conçu d'abord en fonction d'un arrimage avec Ottawa, un entonnoir vers l'Ontario plutôt qu'un carrefour urbain essentiel pour le Québec, situé presque à mi-chemin entre la métropole et l'Abitibi-Témiscamingue. Mais après 100 ans de demandes, il n'y a toujours pas de projet de route entre le Pontiac et la pointe sud du Témiscamingue.

Sur le plan de l'Immigration et de ses effets sur la langue française et l'identité québécoise, le PQ a la chance d'avoir dans la circonscription de Pontiac une candidate d'origine bolivienne qui a appris à comprendre et à valoriser le Québec et la langue française. 

En y mettant un peu d'effort, les candidats et candidates du Parti québécois n'auraient aucune difficulté à ajouter aux thèmes communs de la campagne (santé, éducation, fiscalité, environnement, etc.) une promotion agressive de la langue et de la culture françaises ainsi que des valeurs québécoises (démocratie, égalité des sexes, laïcité). Ils mettraient leurs adversaires en mode défensif et marqueraient des points essentiels au sein de l'opinion publique.

Peut-être pourraient-ils conclure en rappelant que les libéraux, sur leur ancien trône outaouais, ont toujours misé sur la peur pour éloigner les électeurs du Parti Québécois. Pourquoi? Parce qu'ils croyaient avoir affaire à une bande de peureux... Avaient-ils raison? Le temps n'est-il pas venu de relever la tête?

vendredi 11 septembre 2026

Laïcité: la décision de la Cour suprême est prête? Ou pas?

capture d'écran du site Web Le Devoir


Je suis tombé par hasard sur une coupure de presse du Devoir que j'avais conservée depuis sa publication, le 10 juin dernier. Un gros titre dans l'édition papier: «Une décision sur la loi 21 (laïcité) pourrait être rendue avant les élections québécoises».

L'affirmation venait de nul autre que le juge en chef de la Cour suprême fédérale, Richard Wagner. Dans son allocution annuelle de fin de session judiciaire, il avait affirmé que le jugement pouvait «être rendu n'importe quand». Un peu flou. Peut-être dès la semaine suivante, avait-il ajouté, ou avant le scrutin du 5 octobre, ou plus tard.

Les adversaires - nombreux - et les défenseurs de la Loi 21 sur la laïcité de l'État québécois avaient paradé devant la Cour suprême pendant quatre jours, vers la fin de mars 2026, les premiers espérant que les juges utilisent la Charte des longs couteaux pour déclarer la loi québécoise inconstitutionnelle.

La déclaration du juge en chef Wagner, surprenante, suggérait l'existence d'un certain consensus à la Cour. Sinon, pourquoi évoquer la possibilité d'une décision quelques jours après? Les juges avaient en main deux décisions des cours inférieures. Ils avaient eu un mois et demi pour se parler et échanger après les audiences du 23 au 26 mars.

Nous sommes maintenant à la mi-septembre, quatre mois plus tard, et rien n'a été annoncé. Ou la chicane est «pognée» pour je ne sais quelles raisons, ou la Cour a décidé - pour des motifs inconnus - de ne pas voir sa décision enflammer les débats électoraux au Québec. Cela serait inhabituel pour un tribunal suprême qui se dit indépendant et qui se targue de suivre son propre horaire.

Choisir de retarder une décision après l'élection constitue une ingérence électorale autant que de l'annoncer avant le scrutin. La publier en septembre risque bien sûr d'orienter les débats entre les partis, selon qu'ils soient ou non en accord avec le jugement. Mais s'assoir sur la décision jusqu'à la mi-octobre ou novembre prive la population québécoise d'une information peut-être essentielle au choix final de milliers d'électeurs qui se diront: avoir su...

Si la Cour suprême fédérale a en mains une décision, unanime ou majoritaire, et qu'elle la range sur une tablette pour des motifs autres que judiciaires, elle devient un tribunal politique et se discrédite. La Charte des longs couteaux lui confère de réels pouvoirs. Les juges suprêmes peuvent abroger les lois d'élus fédéraux et provinciaux, et leur décision est sans appel! La Cour n'a surtout pas à faire de calculs électoraux...

Alors, cher juge en chef, annoncez votre jugement s'il est prêt. De toute façon, la campagne manque de mordant.


jeudi 10 septembre 2026

Ils auraient été horrifiés...

Le tout premier programme du PQ, publié au début de 1969


Dans le programme que les délégués ont adopté lors du congrès de fondation du Parti Québécois, du 11 au 14 octobre 1968, le tout premier article portait sur la langue française. Je cite:

«La langue est le facteur premier d'identité, la base et l'expression de la culture d'une nation. Nous devons nous donner les motivations culturelles, économiques et sociales qui rendront à notre langue le statut auquel elle a droit. Le Québec sera le pays d'un peuple parlant français.»

La situation du français était certes préoccupante. Le Constitution de 1867 avait fait du Québec une province officiellement bilingue et blindé les privilèges des anglophones. Le choix massif de l'école anglaise chez les nouveaux arrivants s'était transformé en crise scolaire à Saint-Léonard. L'affichage unilingue anglais ou bilingue était omniprésent dans les rues de Montréal et ailleurs au Québec. Au travail, l'anglais dominait souvent aux échelons supérieurs.

On avait compris que pour assurer l'avenir du français, «le Québec souverain devait être un État où la langue française sera la seule langue officielle». Le mouvement lancé par cette génération de Québécois aura donné l'élection du PQ en 1976 et la Loi 101 en 1977. Pour quelques années, tout semblait possible, jusqu'à ce que le Canada anglais impose sa charte des longs couteaux. Celle-ci deviendrait un mode d'emploi pour les tribunaux désireux de déconstruire la Charte de la langue française.

Cinquante ans après l'élection du premier gouvernement Lévesque, la situation est pire qu'elle l'était en 1968 (mais moins pire qu'elle pourrait l'être). Le français reste la règle - poreuse - dans l'affichage public et la grande majorité des enfants d'immigrants fréquentent l'école française au primaire et au secondaire. Et pourtant l'anglicisation du Québec progresse à une vitesse accélérée.

Sur l'île de Montréal, les francophones seront bientôt minoritaires. La jeune génération de Québécois de langue française est massivement bilingue. La proportion d'unilingues français a chuté de près de 20% depuis le recensement de 1971. Ottawa dépense des dizaines de millions $ tous les ans pour renforcer l'anglais au Québec. Le précipice se pointe droit devant. Tous les rapports, publiés année après année, soulignent l'urgence d'agir.

Confrontés à la situation actuelle, les Québécois de la fin des années 1960 seraient montés aux barricades avant qu'il ne soit trop tard. Ils auraient été horrifiés. La langue française, l'âme de la nation, aurait dominé les débats durant la campagne électorale. Les générations d'aujourd'hui ont perdu cette ferveur, et oublié la base. Ce n'est pas l'indépendance qui nous fera gagner notre combat pour le français. C'est le combat pour le français qui nous fera gagner l'indépendance. 

Hier soir, au premier débat des chefs, la situation alarmante de la langue française, en plein déclin, a été occultée. Il nous reste moins de quatre semaines pour faire de l'urgence linguistique l'un des thèmes dominants de cette campagne. Si le PQ est élu avec un gouvernement majoritaire, on pourra toujours espérer. S'il ne l'est pas, après quatre années de plus d'inaction sous la tutelle des juges des longs couteaux, je crains qu'il ne soit trop tard...