samedi 3 octobre 2026

Un ultime élan... ou le début de la fin?

capture d'écran des sondages Léger, 3 octobre 2026


Au surlendemain du scrutin du 3 octobre 2022, j'ai écris que les prochaines élections, celles du 5 octobre 2026, constitueraient sans doute la dernière véritable chance de prendre l'ultime élan vers un Québec français et souverain. Je le répète depuis quatre ans. Et nous y voilà, à la fin d'une campagne électorale somme toute désastreuse. 

Le froid pinceau des recensements brosse depuis longtemps le tableau d'une langue et d'une culture françaises en chute. Médias et politiciens continuent de faire fi de cette réalité qui risque de mettre fin à notre aventure de 400 ans dans le grand bassin du Saint-Laurent. Au cours d'une quarantaine de jours de campagne, notre combat pour le français a à peine été effleuré...

À deux jours du vote, les partis ont laissé aux pieds d'une nation sceptique une monstrueuse empilade de promesses destinées à séduire l'électorat. Comme des marionnettes animées par les mains invisibles de sondeurs et d'experts en marketing, ils ont tissé leurs toiles dans une jungle médiatique largement irresponsable. Qu'en reste-t-il, au-delà de l'éternelle peur référendaire et des perceptions superficielles de l'idéologie des partis et la personnalité de leurs chefs?

Nous sommes désormais devant le pire scénario. La majorité des anglos reste solidement collée aux libéraux, le parti qui leur ressemble. En face, les Québécois de langue française se retrouvent éparpillés entre cinq partis - le PQ, le PCQ, la CAQ, QS et le PLQ. L'avance du PQ chez les francophones paraît à peine suffisante pour l'obtention d'un mandat majoritaire, essentiel si l'on veut espérer redresser la situation du français et relancer le mouvement indépendantiste.

Au moment où l'urgence d'agir devient incontournable, la remontée malheureuse d'un vieux fond conservateur dans la Beauce, la capitale nationale et sa rive sud risque de torpiller le tout. Un PQ minoritaire ne trouvera pas d'alliés. Ses jours au pouvoir seront comptés et PSPP pourrait avoir à revivre le cauchemar de Pauline Marois. Si le Parti Québécois finit par échapper le ballon et qu'il nous faut attendre quatre autres années pour reprendre la pouvoir, ce sera probablement la fin.

La nation québécoise entamera pour de bon une lente et douloureuse désintégration. Ça va fêter fort dans le West Island et dans la cuisine du Château Laurier, à Ottawa...

vendredi 2 octobre 2026

Monarchie: volte-face des libéraux?

Capture d'écran de La Presse


Quand Paul St-Pierre Plamondon a promis «d'abolir la monarchie au Québec», il y a quelques jours, les principaux reproches sont venus du camp libéral. Charles Milliard a accusé le chef péquiste d'être «chicanier» et de vouloir amorcer une guerre fratricide avec le gouvernement de Mark Carney.

Encore une fois, nos médias ont raté la chance de poser à M. Milliard quelques questions qui s'imposaient. L'an dernier, le 27 mai 2025, pendant la visite de Charles III au Canada, l'Assemblée nationale du Québec avait adopté à l'unanimité une motion (voir ci-dessous) en faveur de l'abolition du «lien entre l'État du Québec et la monarchie britannique».
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La motion avait été co-présentée par Paul St-Pierre Plamondon et Ruba Ghazal mais tous les députés présents - et ils étaient 106 - ont voté en faveur, y compris ceux de la CAQ de François Legault et du Parti libéral, alors dirigé par Marc Tanguay.

Aucun député du PLQ ne s'est levé pour s'opposer - ou même s'abstenir - lors de l'appel du vote. Si on se donne la peine de lire les débats de l'Assemblée nationale on verra que même le quatuor représentant le coeur de l'ancienne Rhodésie royaliste anglo-montréalaise - Désirée McGraw, Jennifer Maccarone, Michelle Setlakwe et Elisabeth Prass - ont officiellement appuyé l'abolition de la monarchie au Québec!

Ces députés (voir liste ci-dessous) représentent les circonscriptions de Notre-Dame-de-Grace, Westmount-Saint-Louis, Mount-Royal-Outremont et Darcy-McGee et sont toutes candidates au scrutin du 5 octobre. Pourquoi nos intrépides représentants des médias n'ont-ils pas demandé à ces braves gens pourquoi leur parti s'attaquent à PSPP pour une prise de position qu'elles avaient appuyé solennellement à titre de députées à l'Assemblée nationale? 
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Évidemment, nous sommes rendus à la dernière semaine d'une campagne où le «tous contre le PQ» est devenu le mot d'ordre, au Québec comme à Ottawa. Les jambettes. Faire peur au monde. Référendum... Instabilité... Affrontements... Les mots qui font peur, à répétition... L'Halloween avant l'heure...

Des chicanes avec Ottawa, il y en a toujours eu et il y en aura toujours, peu importe le parti qui gouverne, tant que le Québec reste pris dans le carcan de la Charte des longs couteaux. La différence, c'est que le PQ se tient debout alors que les autres partis ont l'habitude de s'écraser.

Enfin, retour à la case départ. Un journaliste d'un de nos grands médias demandera-t-il à M. Milliard de justifier sa prise de position sur l'abolition de la monarchie à la lumière du vote unanime du 27 mai de l'an dernier à l'Assemblée nationale?

dimanche 27 septembre 2026

Souvenirs d'espoirs et de barricades...



Je me souviens, à l'automne 1968, durant l'occupation étudiante de la faculté des sciences sociales de l'Université d'Ottawa (québécoise à 80%), des nuits passées à jaser d'avenir, d'indépendance du Québec, en écoutant sur un vieux tourne-disque des albums de Pauline Julien (La suite québécoise), Robert Charlebois, Gilles Vigneault...

Je me souviens, en avril 1970, alors que je couvrais la campagne électorale québécoise comme journaliste du Droit dans la région montréalaise, de l'effervescence patriotique d'une jeunesse sur laquelle le Parti québécois de René Lévesque se hissait pour donner des sueurs froides aux vieux partis et au Canada anglais...

Je me souviens, après la crise d'octobre, de l'élan socialiste et indépendantiste de la CSN où, aux réunions du conseil confédéral, les délégués de tous les coins du Québec - jeunes et moins jeunes - vibraient au rythme combatif et aux paroles mobilisantes de la chanson Québékiss (ce n'est qu'un début, continuons le combat)...

Je me souviens, en novembre 1976, de frissons de fierté en voyant cette foule de 10 000 partisans en liesse au Centre Paul-Sauvé, à Montréal, acclamant l'élection d'un premier gouvernement du Parti québécois. Ce soir-là, j'ai cru que rien ne pourrait nous arrêter. Je voyais déjà le Québec pays.

L'hymne de Stéphane Venne me trotte toujours dans la tête. Il restera toujours pour moi l'hymne du PQ. «À partir d'aujourd'hui, demain nous appartient»*... 

Cinquante ans plus tard, ma génération se dépeuple. Nous avons 75, 80, 85 ans... Je regarde les 20, les 25 ans, et je ne reconnais plus la ferveur du pays, la flamme de libération, la fierté de la langue et de la culture qui nous animaient... Le feu est-il éteint, où suffit-il d'une étincelle pour rallumer les braises?

Où sont passés les chansonniers? Les artistes? Les bardes-poètes? Il y a 60 ans, Paul Chamberland nous fouettait («en la ruelle Saint-Christophe s'achève un peuple jamais né une histoire à dormir debout un conte qui finit par le début»). Gilles Vigneault nous pressait (Je vous entends gronder comme chute en montagne; je vous entends demain parler de liberté). On disait, on écrivait, on chantait le Québec.

À l'aube de la quatre-vingtaine, je porte toujours le vécu de cette époque d'espoir et de barricades. Il doit bien en rester quelque chose. Je lis les journaux, regarde la télé, scrute les réseaux du grand Internet, cherchant quelque fruit de nos racines. Peut-être demain... Comme le chantait Jacques Michel, «un nouveau jour va se lever»...

Mais le 5 octobre vient vite. Très vite.

«Vienne! Vienne! Le temps des victoires!»

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* Lien à la chanson Demain nous appartient - https://www.youtube.com/watch?v=4gikf7oQOwI


samedi 26 septembre 2026

Le 8 septembre 2027: notez cette date!

Source: Statistique Canada, recensement 2026


Si seulement on avait pu savoir le 8 septembre 2026... le Parti québécois aurait facilement élu 80 députés. Ou plus. Mais nous devrons attendre au 8 septembre 2027 pour enfin prendre connaissance des données linguistiques du récent recensement fédéral. Et à moins que Statistique Canada ne tripote les chiffres, ce dont je doute, les résultats seront plus catastrophiques qu'en 2021 pour la langue française, au Québec et encore davantage dans le reste du Canada.

Entre 2021 et 2026, la population du Canada est passée de 36 600 000 à plus de 41,5 millions, soit une augmentation de plus de 13%. De 8,4 millions en 2021, le Québec a dépassé le cap des 9 millions en 2026 (9% de plus). La seule province à majorité française ne représentera plus que 21,6% de la population du Canada (contre 28,7% en 1951). Cela est préoccupant en soi, mais bien moins que l'évolution (disons plutôt déclin) de la langue française.

Historiquement, le Canada se compose de deux majorités unilingues, l'une anglaise, l'autre (principalement au Québec) française. Depuis le recensement de 2021, tout a changé. Les unilingues français sont en minorité même au Québec et leur nombre (en chiffres réels) décline. Alors que les unilingues français représentaient près de 20% de la population du Canada au milieu du 20e siècle, ils n'étaient plus que 11% en 2021. Et si l'accélération de cette chute se poursuit, à peine 9,5% de la population canadienne (et moins de 45% des Québécois) n'aura coché «français seulement» à la question du recensement sur la connaissance des langues officielles.

Pensez-y. Sur plus de 41 millions d'habitants au Canada, le français deviendra une absolue nécessité pour à peine 4 millions (peut-être moins) de personnes situées à près de 98% au Québec. Le gros bon sens dicte que quelqu'un, quelque part, à Ottawa et dans les provinces à majorité anglophone, commencera à s'interroger sur la nécessité d'un bilinguisme mur à mur au gouvernement fédéral. Et à mesure que la jeune génération de Franco-Québécois se «bilinguise» (contrairement aux jeunes anglos-hors-Québec), la pression augmentera en faveur d'une réaffirmation des ex-droits de la langue anglaise au Québec.

Le tableau que les données linguistiques du recensement 2026 nous peindront avec une précision chirurgicale, au-delà de l'agonie de la francophonie historique hors Québec (on la voyait venir celle-là), c'est celui d'un cancer bientôt terminal pour la langue et de la culture françaises dans son seul réduit nord-américain, le Québec. Au recensement de 2021, le nombre d'unilingues français a chuté de 50 000 au Québec, pendant qu'on enregistrait une hausse d'environ 73 000 unilingues anglophones. Cela vous effraie? Ce sera bien pire le 8 septembre 2027...

La dislocation de notre nation française et laïque ne sera pas belle à voir. Le recensement de 2026 écrira en colonnes de chiffres ce que tous et toutes peuvent voir et entendre dans la rue, dans les réseaux sociaux, dans les médias, un peu partout. Pierre Falardeau l'avait bien saisi: «Un peuple qui meurt, ça meurt longtemps.»

Vous savez, comme moi, qu'il n'existe pas une gamme infinie de solutions. Ou on se laisse mourir - lentement - parce que c'est plus facile que prendre en mains sa destinée politique, ou on prend son courage à deux mains pour se libérer enfin d'un carcan constitutionnel qui nous étouffera à coup sûr. Nous serons français et indépendants, ou ne serons pas...

Statistique Canada nous en fera la preuve le 8 septembre, l'an prochain... Espérons que la balle puisse être saisie au bond par un gouvernement péquiste majoritaire...

mercredi 23 septembre 2026

Une «job de bras» à la une...



Ce matin, 23 septembre 2026, en manchette de la page une de l'édition papier, Le Devoir titrait: «Le PQ ciblé par une enquête d'Amnistie internationale». Bizarre de titre, parce que nulle part dans le texte évoquait-on une enquête d'Amnistie internationale sur le Parti québécois. Bien pire, l'article reposait sur un filet fort mince d'information, amplifié par son traitement rédactionnel ainsi que par sa position en haut de la toute première page du quotidien.

Après avoir décortiqué la nouvelle, on s'aperçoit qu'elle se fonde sur un seul fait: un avis juridique produit par des avocats du service juridique d'Amnesty International à Mexico. Dans leur analyse, ces juristes concluent que quatre plaintes déposées contre la Dre Marie-Ève Cotton - du fait qu'elles émanent de personnes liées au PQ et portent sur des critiques du parti - constituent «une preuve manifeste de ciblage et d'un schéma de harcèlement». 

Le reste est fait de réactions et d'interprétations. Quand l'avis juridique a-t-il été rédigé? Hier? Avant? Pour quelle raison? Sait pas. Pourquoi Amnistie internationale Canada francophone, adversaire connu de la laïcité québécoise, a-t-il jeté de l'huile sur le feu en fin de campagne électorale? Sais pas. Aucun journaliste ne semble avoir jugé utile de poser la question à la directrice générale France-Marie Langlois.

Mais revenons au texte. Si je comprends bien, des avocats d'Amnesty International à Mexico croient que le PQ a «manifestement» ciblé et harcelé Mme Cotton. À partir de quelle information ont-ils rendu cet avis? Quelques documents de Mme Langlois? Sont-ils venus vérifier sur place, au Québec? Qui sont-ils, de fait? Sais pas. Aucun journaliste n'a cru bon de s'en informer. Les membres de la presse ont-ils vu cet avis? Le communiqué officiel d'Amnistie internationale Canada francophone n'évoque même pas l'existence d'un avis juridique...

Les plaintes du Parti québécois avaient été rendues publiques en manchette de la une du Devoir la semaine dernière, jeudi 18 septembre, avec la précision qu'aucune d'entre elles n'avait été retenue par le Collège des médecins. Si ce dernier avait jugé bon d'émettre un communiqué et d'intervenir publiquement à la suite de la publication de cet article, ou si Dre Cotton avait répliqué, j'aurais pu comprendre que la réaction soit publiée à la une. Mais Amnistie internationale Canada francophone est un acteur marginal dans cette affaire, un peu loin de sa mission, et son intervention aurait dû être placée dans une page qui reflète son rôle d'intervenant secondaire.

Ce qui rend ce texte si toxique, ce sont les commentaires de la directrice générale France-Marie Langlois. Celle-ci est allée jusqu'à déclarer que les soi-disant pratiques «de harcèlement et d'intimidation» (!!!) du PQ annoncent une «dérive autoritaire» si le parti vient à gouverner après le 5 octobre. Le Devoir a bu goulument ces paroles provocantes, les ajoutant sous le titre de la une, sans demander à Mme Langlois sur quoi elle se fonde pour affirmer une pareille ineptie.

Les journalistes du Devoir et des autres médias québécois connaissent le Parti québécois depuis assez longtemps pour savoir qu'il n'agit d'un parti démocratique, respectueux de la démocratie québécoise, et qu'il n'a jamais par le passé fait le moindrement preuve de «dérive autoritaire». Un journaliste responsable ne laisse pas un intervenant déverser son fiel publiquement sans lui demander des comptes. On a donné ici à Mme Langlois un chèque en blanc. 

Elle en a rajouté, affirmant qu'une dizaine d'autres personnes (aucune nommée!) disaient avoir subi de «l'intimidation» «de la part de membres du PQ» (ils sont près de 40 000...) par des publications sur des réseaux sociaux. Ce n'est pas très fort, vu l'impossibilité de contrôler les agissements de milliers d'individus. Aucun journaliste n'a approfondi. Les réseaux sociaux sont un milieu d'intimidation constante. À peu près tout le monde qui ose y naviguer en abordant des enjeux partisans ou controversés en a été victime. Je parle en connaissance de cause, ayant été à l'occasion ciblé par d'intenses attaques, parfois haineuses, de trolls fédéralistes.

L'article du Devoir aborde les réactions du Parti québécois mais les intègre à la manchette principale, dans la seconde moitié de l'article, sans même daigner ajouter un sous-titre. Professionnellement, un texte et un titre séparés auraient été indiqués, compte tenu de la nature incendiaire des propos d'Amnistie internationale Canada francophone et de la faiblesse de leur dossier contre le PQ.

Je suis déçu et en colère. Nous sommes en droit de nous attendre au respect des plus hautes normes professionnelles à notre quotidien national, Le Devoir. Au lieu de ça, aujourd'hui, on a eu droit à une «job de bras». Rien de plus.

J'oubliais. Dans l'édition numérique, le titre parle du comportement «des troupes du PQ».... Il ne manque que l'uniforme et l'armement, compte tenu du contexte...




mardi 22 septembre 2026

Les non-francophones, trop souvent des zombies politiques....

Un tableau révélateur...



À quelques jours de l'élection du 5 octobre, l'avenir de la langue française au Québec - gravement menacé - reste un sujet tabou. Je n'y comprends rien. Les ravages de l'assimilation, qui se font cruellement sentir dans la région de la métropole ainsi qu'en Outaouais, ont pourtant une incidence directe sur les intentions de vote.

Les non-francophones voteront à plus de 60% pour le parti des Anglais (le PLQ) selon le plus récent sondage Léger, publié à la mi-septembre. Ils se comportent davantage comme une extension de la majorité anglo-canadienne en sol québécois qu'en citoyens intéressés à participer aux débats à caractère identitaire (langue, laïcité entre autres). Ils sont ni plus ni moins un boulet pour notre démocratie. 

Ne comptez pas sur une ouverture d'esprit chez cette majorité d'anglophones et d'allophones anglicisés. Leur seul souci est de bloquer tout élan visant à renforcer le caractère français du Québec et son autonomie politique. La majorité d'entre eux ne discutent pas de l'indépendance. Ils se contentent le plus souvent de voter pour les libéraux aux élections, et bien sûr NON aux référendums.

Ne participent à la grande discussion sur notre avenir que les 80% (chiffre en baisse) de francophones. Pour mettre en branle le projet de création d'un État souverain, français et laïc, il faudra au moins les deux tiers de ce 80%, l'autre cinquième ayant comme seule mission de tout bloquer. Pas question évidemment de mettre en question leur droit d'agir ainsi, mais il est bon de rappeler à l'occasion cette mauvaise foi collective.

Le déclin du français dans les régions en voie d'anglicisation a un effet certain sur les intentions de vote. Le vote «soviétique» des anglos assure aux libéraux, toujours anglophiles, 25 ou 30 circonscriptions même quand ils n'amassent que 20 ou 25% de la totalité du vote populaire. Ce nombre augmente sous l'impulsion d'une immigration débridée et de l'assimilation d'un nombre croissant de francophones dans les régions où la langue anglaise s'impose de plus en plus.

Si on prend pour exemple l'Outaouais, avec de fortes concentrations anglaises dans les circonscriptions de Pontiac, Hull et Gatineau, on s'aperçoit que la proportion de francophones favorables au PLQ est plus élevée qu'ailleurs au Québec. Le même phénomène se constate probablement dans le West Island. Côtoyant constamment des anglos plus Canadian que québécois dans des milieux intensément bilingues, leur identité francophone s'effrite. Aux élections, ils votent de plus en plus comme les Anglais.

Avez-vous entendu beaucoup de candidats et candidates parler de ça durant cette campagne électorale? Moi non. On se tient loin d'évocations semblables, pas du tout politiquement correctes. Crainte collective de se faire traiter de xénophobes ou de racistes, pendant que des centaines de milliers d'anglophones et d'allophones anglicisés se comportent à notre endroit comme des xénophobes et des racistes.

Selon le dernier sondage Léger, 37% des francophones du Québec appuient le Parti Québécois. Chez moi, en Outaouais, c'est sans doute moins de 30%. L'omniprésence de l'anglais (la proximité d'Ottawa, la fonction publique fédérale, la domination traditionnelle de l'anglais dans le Pontiac et la Basse-Gatineau) a massivement bilinguisé la population francophone, jusque dans son identité.

Aux deux dernières élections (2018 et 2022), la CAQ de François Legault a réussi à ébranler et même à démolir quelques pans des châteaux forts libéraux. La campagne de 2026 voit réapparaître peu à peu les vieilles habitudes. Alors que le reste du Québec francophone a mis les libéraux à la poubelle, l'Outaouais est de nouveau tenté de s'y accrocher. Pourquoi? Faut surtout pas en parler. Il faudrait aborder la question linguistique et ça c'est tabou...

mercredi 16 septembre 2026

Deux sociétés unilingues...

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«Si nous voulons avoir un pays, nous devons comprendre que le Canada comprend deux sociétés unilingues, très bien structurées, et qu'il faut les unir dans quelques institutions bilingues.» Keith Spicer, premier Commissaire fédéral aux langues officielles, septembre 1976

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Il y a une dizaine d'années, quand le gouvernement libéral de Philippe Couillard, de connivence avec l'Université McGill, essayait d'imposer aux étudiants francophones de l'Outaouais une faculté de médecine où les cours seraient tous donnés en anglais, notre bon premier ministre anglophile avait exprimé le voeu que tous les jeunes Québécois de langue française puissent apprendre aussi l'anglais.

Cinq années auparavant, en 2011, le tout aussi anglophile John James Charest, premier ministre tout aussi libéral, avait lancé les programmes d'anglais intensif dans les écoles élémentaires de langue française. L'objectif était clairement de «bilinguiser» les élèves francophones du Québec dès l'enfance. Aujourd'hui, les jeunes Québécois francophones sont majoritairement bilingues et le processus s'accélère.

L'attitude de ces deux premiers ministres québécois, assez typique chez les politiciens francophones (du Québec ou d'ailleurs au Canada), démontre une incompréhension fondamentale de la dynamique linguistique nord-américaine, ainsi que des intentions des «Pères» de la Confédération en 1867.

Je n'ai pas l'intention de reprendre l'argumentaire de la dynamique linguistiques. Je l'ai fait déjà trop souvent. Il se résume ainsi. Dans le contexte d'une société francophone très minoritaire, assiégée par un océan anglophone, l'apprentissage massif de l'anglais par les locuteurs du français est un indicateur incontournable d'assimilation, de transferts linguistiques vers l'anglais d'une génération à la suivante. Promouvoir un bilinguisme collectif chez les francophones dans une telle situation est un geste tout à fait suicidaire, sur le plan culturel.

Mais revenons à 1867. L'Acte de l'Amérique du Nord britannique ne suggérait d'aucune façon que la population doive devenir bilingue. Tout ce qu'on y trouve, ce sont des garanties d'un statut officiel pour l'anglais et le français dans les institutions québécoises et dans les institutions du gouvernement fédéral (Parlement, tribunaux). On y protège aussi les écoles confessionnelles existantes (surtout pour les Anglo-Québécois protestants).

Ce régime ne consacrait d'aucune façon une égalité linguistique à l'extérieur du Québec et des institutions fédérales. En échange d'un blindage des droits de l'anglais au Québec, on offrait aux Franco-Québécois l'assurance de pouvoir de communiquer en français au Parlement d'Ottawa et devant les tribunaux fédéraux. Le reste du pays était unilingue anglais sur le plan constitutionnel, et sauf pour l'intermède manitobaine (1870 à 1890), l'est demeuré jusqu'à ce que la Charte des longs couteaux de 1982 consacre le caractère bilingue du Nouveau-Brunswick.

Avec la promulgation de la Loi fédérale sur les langues officielles en 1969, suivie de la Loi constitutionnelle de 1982, le bilinguisme - jusque là essentiellement institutionnel - s'est transformé en idéal de société. En religion, presque, pour certains de nos politiciens. En valeur identitaire fondatrice d'un nouveau Canada où les esprits les plus farfelus imaginaient un pays où la majorité des habitants seraient bilingues. Ce rêve s'est transformé en cauchemar pour les francophones, seuls acheteurs de cette chimère.

En 1951, les unilingues français (langues officielles) représentaient près de 20% de la population totale du Canada (19,6% plus précisément). En 2021, cette proportion oscille autour de 11% et baissera sous le seuil des 10% au cours des deux prochains recensements fédéraux. La part des bilingues s'est accrue (de 12,3% en 1951 à 18% en 2021), tout comme la proportion des unilingues anglais (de 67% à 69%). Il ne faudra pas creuser beaucoup pour découvrir que la majorité des nouveaux bilingues proviennent des collectivités francophones.

À 90% bilingue, la francophonie hors Québec agonise avec des taux d'assimilation dépassant souvent les 40%. Dans les régions les plus bilingues du Québec - région de Montréal et Laval, Gatineau - les transferts linguistiques vers l'anglais sont à la hausse à mesure que le nombre d'unilingues français diminue et que celui des unilingues anglais augmente. Le bilinguisme collectif est toujours synonyme d'anglicisation chez les francophones.

Keith Spicer, premier Commissaire fédéral aux langues officielles, avait bien flairé la menace dès le début. «Le mot bilinguisme est ambigu, disait-il. Signifie-t-il que 23 millions de Canadiens (la population totale en 1976) doivent parler deux langues? Ou est-ce plutôt que dans la mesure du possible, tout citoyen a le droit de choisir la langue qu'il veut, français ou anglais, dans ses rapports avec le gouvernement fédéral?»

Pour lui, ainsi que pour Graham Fraser, son successeur dans les années 2010, le Canada était essentiellement formé de deux grandes sociétés unilingues - le Québec français et le Canada anglais. «Si nous voulons avoir un pays, ajoutait M. Spicer, nous devons comprendre que le Canada comprend deux sociétés unilingues, très bien structurées, et qu'il faut les unir dans quelques institutions bilingues.»

Ainsi, suggèrent-ils, toute menace au caractère unilingue français de la société québécoise aurait pour conséquence la destruction du Canada bilingue, par la disparition de la nation française ou par une rébellion qui la mènerait à l'indépendance. Nous en sommes là. Il faut choisir tout de suite entre la poursuite d'un bilinguisme de masse qui entraînera à terme notre disparition comme nation, ou l'affirmation d'un unilinguisme français perpétuel pour le territoire québécois.

Cela pourrait théoriquement se faire dans le cadre du régime fédéral, mais rien n'indique une parcelle de bonne volonté chez les anglos, de plus en plus unilingues à travers le pays. Le bilinguisme, pour la plupart d'entre eux, se limite à la capacité des francophones à communiquer en anglais avec une masse anglo-canadienne unilingue. Pour sauver ce qui reste de notre société unilingue française, il n'y a désormais qu'une solution: l'indépendance du Québec. Vite. Très vite!