mardi 23 juin 2026

Une montée de lait...

23 juin 2026...



Je suis allé aujourd'hui à ma caisse jadis populaire de Gatineau. En entrant, le rituel obligatoire pour tous - prendre un numéro avant de pouvoir aller se faire servir par un humain au comptoir. E 102. C'était mon numéro. On servait le E 096. Seulement six personnes devant moi. Avec quatre guichets en service, je serai vite sorti, me dis-je.

Un guichet se libère. Personne n'est appelé. La caissière n'est plus à son poste. Bon... Ce sera un peu plus long que prévu. Une autre personne termine ses transactions et quitte la salle. Je regarde l'écran au-dessus de nos têtes. On appelle C 024 ou quelque chose du genre. Quatre têtes grises (comme moi) assises tout près font des blagues sur la lenteur du service et le fait que les billets commençant par C passent avant tout le monde...

Un autre dix-minutes et finalement E097 et E098 gagnent à la loterie des appels. Mais là, d'autres «C» se pointent et je vois leurs numéros apparaître presque aussitôt. Pire, quand l'un d'eux fait ses adieux à la caissière, celle-ci fait ses adieux à la salle d'attente. Plus que deux guichets accessibles. D'autres «E» se sont ajoutés à la file. J'espère qu'ils sont patients. Quand finalement le E099 obtient la permission de se rendre au comptoir, je suis là depuis près d'une vingtaine de minutes.

Personne n'aime attendre inutilement mais les vieux (à peu près tous les E cet après-midi) ont tendance à prendre leur mal en patience, acceptant qu'on les traite comme des membres (oui c'est une coop) de second ordre. Moi, j'en ai assez. Je retourne au kiosque d'accueil pour demander qu'on m'explique cette philosophie qui favorise les C au détriment de la masse des E. Je savais déjà la réponse mais je voulais qu'on me la répète...

Les codes C sont réservés aux personnes dont les transactions ne peuvent être complétées aux guichets automatiques. Ils ont la priorité. Donc, ai-je répliqué, vous voulez qu'on se serve de vos machines. Vous préférez ne pas nous voir à l'intérieur de la caisse jadis populaire à moins que ce ne soit absolument essentiel. Le message que vous nous donnez est le suivant: si vous n'écoutez pas nos consignes, et que vous insistez pour obtenir le service d'un humain, en bien attendez! Vous l'aurez voulu!

«Je vous comprends», répondent mes interlocutrices. La réponse la plus condescendante qui soit. Ce qu'on dit aux têtes grises pour les calmer. Mais j'insiste. Je suis membre de Desjardins depuis 70 ans et je n'accepte pas qu'on me tasse parce que je refuse de dialoguer avec un guichet automatique, parce que j'aime saluer le caissier ou la caissière, échanger des bonjour, ressentir une certaine continuité avec le passé coopératif même si on m'a enlevé mon livret de caisse et qu'on prend toutes sortes de décisions sans consulter les membres... comme servir les «C» avant tout le monde...

Le principe d'établir des priorités quand les salles sont bondées ne me rebute pas. Mais cela ne se produit pas souvent. La caisse jadis populaire de Gatineau propose sept ou huit guichets humains à ses membres mais quand je m'y rends, de moins en moins souvent, trop peu d'entre eux sont ouverts. On se retrouve avec l'obligation de favoriser les billets «C» parce qu'il manque de personnel caissier. Avec quatre ou cinq guichets ouverts, tout le monde aurait été servi rapidement. Quand on coupe le service aux guichets humains, on le fait en étant conscient que les seuls à en souffrir seront ceux et celles qui se plaindront le moins. Nous, les vieux membres de la coopérative.

J'ai enfin fini par déposer mon chèque en le remettant à une caissière humaine, au lieu de glisser une petite enveloppe dans une fente de guichet automatique au dialogue laconique. En sortant de ma caisse jadis populaire, le personnel à l'accueil (avec qui j'aurais pu être plus gentil... je m'en excuse...) a dû se féliciter de voir partir le vieux chiâleux qui se croyait toujours membre d'une coop et qui n'acceptait pas de se faire traiter en «client» très ordinaire... 

Certains jours, je m'ennuie de mon ancienne petite caisse pop paroissiale où tout le monde se connaissait, où le mot coopération avait un sens et une mission, où l'humain n'avait pas encore été remplacé par les machines et l'Internet. On voyait davantage la différence entre une coopérative et une banque...

lundi 22 juin 2026

Une autre étude non scientifique...

22 juin 2026...



Je suis toujours à l'affût de données crédibles sur la francophonie hors Québec. Elles ne courent pas les rues. Quand j'ai vu le titre ci-dessus, portant sur la langue de travail, j'ai épluché l'article signé par Mathilde Beaulieu-Lépine, qui se spécialise dans la cueillette d'information sur les Canadiens français et Acadiens en situation minoritaire.

Que les jeunes francophones aient de la difficulté à travailler dans leur langue en Ontario, au Manitoba ou en Nouvelle-Écosse ne surprendra personne. La question est toujours de savoir dans quelle proportion, d'une province à l'autre. Or, dès le début de l'article, on parle d'une «étude» de la Fédération de la jeunesse canadienne-française (FJCF), selon laquelle «seulement un tiers des jeunes francophones en situation minoritaire travaillent surtout dans leur langue».

Plusieurs s'étonneraient en clamant: c'est bien peu! Pour ma part, je trouvais ce pourcentage bien élevé. À cause du mot «surtout». J'ai vécu près de 30 ans de ma vie à Ottawa, à jet de pierre du Québec, et à moins de travailler dans les milieux scolaires francophones, ou à l'hôpital Montfort, ou dans une caisse populaire (et encore), les occasions sont plutôt rares de travailler «surtout» en français.

Je fais alors ce que tout journaliste devrait avoir le réflexe de faire: trouver cette étude et examiner de plus près sa méthodologie. Il s'agit d'une consultation effectuée pour la FJCF par la firme Sociopol, d'un sondage pancanadien appelé Baromètre, s'adressant aux jeunes de 14 à 25 ans et tenu à l'été 2025. On y a comptabilisé un total de 295 répondants provenant de tous les coins du pays (excepté le Québec). De quelle façon ont-ils été choisis? Ça je n'ai pas trouvé.

La caractère non scientifique de cette «étude» est vite suggéré par l'affirmation suivante: «Pour près du tiers des jeunes consultés, la consultation fut l'occasion de se familiariser avec la FJCF et avec l'éventail des activités et des services qu'elle offre.» Cela signifie que plus des deux tiers des répondants connaissaient bien l'organisation. C'est louche. Je serais prêt à gager que plus de 90% des francophones de 14 à 25 ans en situation minoritaire ne connaissent pas ou connaissent peu la FJCF. On ne tire pas les noms des participants au hasard...

La conclusion qui suit l'affirmation précédente renforce mes soupçons... «Les réponses permettent de faire le portrait d'une jeunesse forte, engagée et dynamique, qui a la langue française à coeur et qui souhaite la faire rayonner.» Je veux bien croire que l'immense majorité des 295 répondants correspond à ce profil, mais ce profil ne correspond pas aux données scientifiques collectées par Statistique Canada dans les recensements et les autres études démo-linguistiques.

Les taux d'assimilation (plus élevés chez les jeunes) dans la francophonie hors Québec - sauf au Nouveau-Brunswick et dans quelques coins de l'Ontario - brossent un tableau catastrophique, avec des transferts linguistiques vers l'anglais qui dépassent souvent les 50% et même 60% et plus. Je prends pour exemple mon ancien patelin: l'Ontario. Selon Baromètre, 70% des répondants utilisent surtout le français avec leur famille. Or, selon le recensement de 2021, cette proportion oscille autour de 55% pour l'ensemble des Franco-Ontariens. C'est sans doute moins chez les jeunes...

Plus j'avance, plus je m'interroge sur la méthodologie employée et sur sa valeur scientifique. Pire, sur sa valeur tout court. L'étude me semble un fidèle reflet des 295 répondants, mais pas de l'ensemble de la jeunesse francophone en situation minoritaire. Je m'arrête là. Je réserve mon jugement final en attendant d'obtenir les réponses à toutes les questions que je me suis posées en lisant cet article du Devoir et le rapport de la firme Sociopol.


dimanche 21 juin 2026

Pas de pitié!

21 juin 2026...

capture d'écran du Journal de Québec


Imaginez! L'an dernier, le Commissaire fédéral aux langues officielles a reçu de partout au Canada 1163 plaintes, principalement de francophones outrés par l'impossibilité de faire valoir leurs droits en vertu de la Loi sur les langues officielles.

Un total imposant, croirez-vous? Non, pantoute. Des pinottes!

L'Office québécois de la langue française a enregistré pas moins de 11 125 plaintes pour non respect de la Loi 101 (Charte de la langue française) en 2025-2026. On pourrait croire qu'à Ottawa par exemple, là où les francophones ont bien plus souvent de la difficulté à travailler en français ou à obtenir des services dans leur langue, le nombre de plaintes serait mirobolant. Eh bien non.

C'est au Québec, un État où le français est la seule langue officielle, où près de 95% de la population sait parler français, où les lois établissent de façon claire la prépondérance du français dans les milieux institutionnels et dans la société civile, que déferlent les plus grosses avalanches de plaintes... de francophones!

Les situations qui donnent naissance à ces plaintes sont évidemment concentrées dans quelques régions du Québec. Tout le monde aurait deviné lesquelles, sans que l'OQLF se donne la peine de les nommer: la grande région montréalaise (incluant Laval et la couronne) et l'Outaouais (Gatineau et la région).

L'Outaouais compte 4,7% de la population du Québec mais enregistre 9% de toutes les plaintes linguistiques - affichage en anglais seulement, impossibilité de se faire servir en français, documentation unilingue anglaise, etc. Évidemment, la majorité des plaintes (plus de 60%) émanent du bassin du Grand Montréal. 

Allez vois vous-même les chiffres sur le site Web de l'OQLF à https://www.oqlf.gouv.qc.ca/office/communiques/2026/20260618_11000_plaintes_2025-2026.aspx

Le plus humiliant dans toute cette affaire, c'est qu'on ne peut plaider l'impuissance d'une minorité comme les francophones ailleurs au Canada. Nous sommes majoritaires. Nous avons le droit de décider et d'imposer nos décisions en matière linguistique. Nous adoptons les lois. Alors comment se fait-il qu'après cinquante années de Loi 101, le nombre de plaintes contre l'unilinguisme anglais soit en hausse?

Peut-être, plutôt que de considérer les 11 000 plaignants, devrions-nous tourner les yeux vers ces milliers et millions de Québécois francophones qui acceptent sans rechigner de se faire servir en anglais à un Tim Hortons ou à un McDo, de recevoir des documents ou des messages en anglais sur le Web ou par la poste, ou de voir sans réagir des violations quotidiennes de la Loi 101 dans l'affichage, etc., etc.

Peut-être devrons-nous aussi en finir avec tous ces politiciens qui ne défendent le français dans leurs discours, puis se taisent ou battent en retraite quand vient le temps de prendre des mesures qui feront passer nos anglos et leurs nouveaux arrivants anglicisés comme des martyrs, et nous comme leurs tortionnaires, dans les médias anglo-canadiens.

Le non-respect de la Charte de langue française: voilà un problème que nous avons le pouvoir de régler, au lieu de nous contenter de pousser des hauts cris tous les ans quand l'OQLF publie ses statistiques de jérémiades.

Je suis né et j'ai grandi en Ontario. Je sais comment on nous a traités quand nous demandions de vivre en français dans nos petits quartiers. Je suis maintenant Québécois. Ne me demandez pas, chers anglophones et anglophiles, d'avoir de la pitié pour ceux qui refusent de respecter notre langue commune et officielle. 

samedi 20 juin 2026

Mon papa méconnu...

20 juin 2026...



En cette veille de la fête des Pères, je songe à mon papa. Je n'ai pas visité sa tombe à Orléans (Ontario) très souvent depuis sa mort en septembre 1998. Mais je ne l'ai pas oublié. J'entends toujours sa voix. Il me visite, parfois, dans mes rêves. Je l'aime comme il était, comme la vie l'a façonné.

Aurèle Allard est né à Ottawa en mai 1924. Une époque difficile pour les Franco-Ontariens sous la coupe du Règlement 17. Deux ans après sa naissance, une des trois réunions de fondation de l'Ordre de Jacques-Cartier (la Patente) avait lieu dans notre église paroissiale, St-François d'Assise. Mon grand-père Joseph Allard s'y joindrait, comme mon père quelques décennies plus tard.

La famille de mon papa vivait dans un quartier canadien-français ouvrier d'Ottawa appelé Mechanicsville. Son père et sa mère étaient épiciers. Les tâches abondaient et les gars devaient rapidement abandonner leurs études pour donner un coup de main. Papa n'a pas dépassé la 9e année à l'école, ce qui, je crois, fut pour lui une grande tragédie.

De ses six pieds, tout en muscles, avec ses mains de bûcheron, il pouvait affronter toutes les tâches manuelles. Mais il aimait la musique classique, et la jouait au piano, ce qui lui a valu les railleries de ses amis. J'ai la conviction qu'avoir pu étudier, Aurèle Allard aurait décroché facilement le diplôme universitaire de son choix. Ses ambitions déçues, il les a reportées sur ses enfants.

Pendant toute notre jeunesse, alors qu'il apprenait tout seul l'algèbre, la géométrie et la trigonométrie dans ses cours par correspondance, en anglais, pour obtenir un meilleur emploi, mon papa nous répétait ad nauseam qu'un jour, tous ses enfants fréquenteraient l'université. Ce choix qui lui avait été refusé nous serait imposé. Il a vécu assez longtemps pour assister à toutes nos collations des grades.

Papa n'a jamais beaucoup parlé de sa jeunesse ou de ses années de fréquentation avec ma mère durant la Deuxième Guerre mondiale. Nous avons vu des photos de lui avec son vélo, alors qu'il livrait des télégrammes. Je sais qu'il a tenté de s'enrôler dans l'armée à quelques reprises, jusqu'à ce qu'on l'accepte au début de 1945. Son entraînement n'était pas complété quand la guerre a pris fin. Heureusement parce que le connaissant il se serait lancé tête baissée contre les Nazis et et sa tombe serait quelque part en Europe.

Je suis né en juillet 1946. Un vrai baby boomer. Quelques années plus tard, mon père serait embauché par la ville d'Ottawa, où il passerait 33 années à travailler dans un milieu le plus souvent francophobe. Il a toujours eu des patrons anglais détestables, jusqu'à la fin. Parfois il se vengeait en douce. Durant le projet de rénovation urbaine de la Basse-Ville, dont il était le directeur, il aidait le comité de citoyens et a même signé leurs pétitions contre la municipalité. 

À sa dernière affectation municipale, fin années 70, malade, cardiaque, il dirigeait le Marché By dans la Basse-Ville. Encore dans des circonstances frustrantes. La mairesse néo-démocrate d'Ottawa a contribué à lui assurer une retraite hâtive sans pénalité. 

Mon papa était un homme de son époque. Comme dans la chanson Frédéric de Claude Léveillée, «papa nous aimait bien» pendant «que maman nous servait» aux repas. Mais je l'ai souvent vu refuser de se faire servir, alléguant qu'il n'avait pas d'appétit, et tout à coup changer d'idée une fois convaincu que tous avaient mangé à leur faim. Il n'aurait reculé devant rien pour nous défendre et aurait tout sacrifié pour notre bonheur. Comme ma mère.

Mon grand-papa Allard me disait parfois. «Mon petit gars, y'a rien que deux sortes de monde dans notre pays: les Canadiens et les Anglais». Il avait transmis cet héritage à ses enfants. Mon père, fier Franco-Ontarien, aurait bien voulu que nous partagions sa vision politique. Mais j'ai fréquenté les sciences sociales dans les années 60 avec une majorité de Québécois. Est arrivé ce qui devait arriver. Il était sûrement déçu.

Ses dernières années, je l'espère, auront été ses plus heureuses et ses plus calmes. Entre les terrains de golf, une résidence d'hiver à la frontière mexicaine du Texas et les rencontres familiales, il a eu tout le temps voulu pour se recadrer et plonger dans ses souvenirs. À la toute fin, il me paraissait serein. Je regrette que nous n'ayons pas plus souvent jasé de son enfance, de son adolescence et de sa vie adulte. Et surtout de tout ce qu'il aurait voulu devenir si les exigences de la vie n'avaient pas dressé d'obstacles.

Je l'imagine parfois professeur, politicien, entrepreneur. Avec son ardeur au travail et sa vive intelligence, il aurait pu ouvrir bien des portes. Mais il a choisi de fonder une famille et de devenir mon papa. 

Bonne fête des Pères!


vendredi 19 juin 2026

Jean-Baptiste et son mouton

19 juin 2026...

capture d'écran du site Web La Presse


À la fin des défilés d’antan de la fête nationale, un petit Jean-Baptiste aux cheveux bouclés trônait sur le dernier char allégorique, flanqué d’un mouton : symbole tout en douceur d’une nation sachant «porter la croix», ayant adopté comme saint patron un martyr qui criait dans le désert.

Sous les élans fleurdelisés des années 1960, le ton des célébrations a changé. Le 24 juin s’est transformé en fête patriotique, en affirmation laïque et vigoureuse de la langue française et la culture québécoise. Le PQ a été porté au pouvoir. La Loi 101 a été adoptée. Et en dépit des jambettes, nous sommes passés à un cheveu près de la souveraineté.

Mais sous notre éveil combatif, les anciennes docilités veillaient. Depuis quelques décennies, les envolées oratoires de la fête nationale cachent difficilement un déclin de militantisme chez les nôtres, une glissade de plus en plus apathique vers le confort du bilinguisme.

L’engouement de milliers de Québécois pour l’anglais intensif au primaire, la ruée de nos étudiants vers les cégeps de langue anglaise, la corruption de notre langue au travail, dans les commerces, dans les médias d’information et les réseaux sociaux, notre soumission gênante devant les bonjour-Hi et toutes manières de génuflexion devant les exigences de l’anglosphère rappellent la résignation des Jean-Baptiste d’antan et, pire, leurs moutons. 

Reste-t-il au sein de notre jeune génération (et chez leurs aînés) suffisamment d’étincelles de rébellion pour relancer l'esprit des luttes amorcées durant la Révolution tranquille ? Souhaitons-le. L’avenir de la nation québécoise en dépend! Bonne fête nationale!

jeudi 18 juin 2026

Entre Samuel de Champlain et les archives franco-canadiennes, l'impuissance...

18 juin 2026...



Qu'ont en commun le déboulonnement du monument de Samuel de Champlain à Orillia (Ontario) et l'effacement du programme de soutien federal à la conservation du patrimoine documentaire des collectivités francophones du Canada?

Que seuls les Canadiens français, les Québécois et les Acadiens s'intéressent vraiment à l'histoire des Canadiens français, Québécois et Acadiens. Pour les majorités anglo-canadiennes (à Ottawa comme dans chaque province), notre passé et ses vestiges ne sont guère plus qu'une nuisance.

Le monument à la mémoire de Champlain, premier explorateur européen à visiter l'ancienne patrie des Hurons, a été érigé en 1925. Indigeste pour les nations autochtones de la région, la statue a suscité une controverse qui a mené à des actes de vandalisme, puis à son transport dans un entrepôt gardé secret. Le maire d'Orillia parle d'expédier le monument de bronze à une fonderie si personne ne veut l'acquérir.

Ailleurs au pays, les sociétés historiques francophones comptent depuis une dizaine d'années sur quelques millions de dollars fédéraux par année pour assurer la pérennité des archives de la présence française dans les provinces anglaises. «Sans archives, croit Denis Perreaux, archiviste de l'Alberta, les communautés francophones du pays risquent de disparaître des récits historiques.»

À Orillia comme dans l'Ouest canadien, les vestiges d'une francophonie disparue, à l'agonie ou en péril ne préoccupent que les francophones eux-mêmes. Le problème, comme toujours, c'est qu'ils ont été, sont et resteront minoritaires. Très minoritaires mêmes. Et les cordons des bourses leur échappe. Les majorités anglaises prennent les décisions et les archives des Canadiens français de Gravelbourg, en Saskatchewan, les laissent indifférents.

Devant la controverse entourant la statue de Champlain à Orillia, le conseil municipal de cette ville à 99% anglophone a fait ce que font tous les conseils municipaux: former un groupe de travail et lancer des consultations. Dans les textes médiatiques, j'ai noté de nombreux échanges de la ville avec trois ou quatre nations autochtones, mais aucun effort de rencontrer les Franco-Ontariens de Penetanguishene, tout près, ou encore des historiens de langue française susceptibles de les renseigner davantage sur Champlain et son époque.

Le maire d'Orillia, Don McIsaac, voudrait bien que la statue retourne à son socle comme, croit-il, la majorité des résidents de cette ville de 30 000 habitants. Si la majorité des habitants avaient été francophones, le débat aurait sans doute pris une tournure différente, puisqu'il s'agit d'un monument honorant l'un des leurs. Un conseil municipal anglo-ontarien n'en fera pas une question de principe à défendre coûte que coûte. On préférera la fonderie à un affrontement avec des groupes d'Autochtones...

Le Bloc québécois a demandé de rapatrier la statue au Québec. «On ne peut pas forcer des gens en Ontario à avoir un respect et une déférence envers Samuel de Champlain», a déclaré le député Alexis Deschênes. Il résume bien la situation. La minorité francophone ne peut imposer quoi que ce soit à la majorité anglo-canadienne. Seul le Québec, fort de sa majorité de langue française, peut intervenir de manière efficace.

Quant aux archives franco-canadiennes, elles témoignent d'un passé qui mérite de ne pas disparaître de la mémoire collective. Dans mon ancien patelin, Ottawa, on peut retrouver des vestiges d'anciennes écoles et églises franco-ontariennes. ils ne sont ni identifiés ni documentés. Quand les derniers humains qui s'en souviennent mourront, il ne restera rien. Le directeur de la Société historique de la Saskatchewan, Alexandre Chartier, abonde dans le même sens: «Si on ne conserve pas les archives, dans 50 ans, on n'existe plus.»

Dans ce cas-ci, il ne s'agit pas d'une ville anglo-ontarienne, mais du bon vieux federal government qui, pour ceux qui ne s'en souviennent pas, a toujours été gouverné par une majorité de langue anglaise. S'il faut effectuer des coupes budgétaires, je vous garantis que les archives d'un passé franco-canadien marqué par la répression et l'injustice prendre très vite le chemin des poubelles.

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Lien au texte d'Orilliamatters.com - Controversial statue of Champlain has left Orillia park - https://www.orilliamatters.com/local-news/controversial-statue-of-champlain-has-left-orillia-park-12400974
  
Lien au texte du Journal de Montréal - Le monument de Champlain déboulonné en Ontario pourrait être fondu, dit le maire - https://www.journaldequebec.com/2026/06/18/le-monument-de-champlain-deboulonne-en-ontario-pourrait-etre-fondu-dit-le-maire

Lien au texte du Devoir - Les compressions budgétaires d'Ottawa mettent des archives franco-canadiennes à risque https://www.ledevoir.com/culture/medias/981584/archives-journaux-franco-canadiens-risque-etre-detruites

mercredi 17 juin 2026

Protection du français: l'effondrement libéral...

17 juin 2026...

capture d'écran du site Web Le Devoir


Si ce n'était pas si triste, on pourrait en rire. Ce cher Charles Milliard. Après s'être engagé à utiliser la clause dérogatoire pour protéger la Loi 96 (langue officielle et commune du Québec), le chef du Parti libéral du Québec s'est rétracté dès le lendemain après avoir été rappelé à l'ordre pas ses boss anglophones et anglophiles. Or voilà, fort de sa faiblesse, qu'il veut nous faire croire à sa volonté (et à celle de son parti) de renforcer la protection de la langue française.

Et cette volonté se traduit dans un plan qui a l'appui «unanime» au sein de son caucus. «Unanime» signifie donc que ses irréductibles défenseurs des Anglo-Québécois ont aussi donné leur accord. Une telle unanimité au sein du parti des Anglais ne pouvait être que suspecte. Et, de fait, du moins si je peux me fier à ce que rapportent les médias, ses propositions annoncent des années de vaches maigres pour le français au Québec.

Voyons ça de plus près ses mesures pour «protéger» la langue française:

* permettre aux nouveaux arrivants de communiquer en anglais avec l'État québécois pendant deux ans, au lieu de la limite actuelle de six mois. Un départ canon...

* réduire le fardeau réglementaire pour qu'une entreprise ou une municipalité puisse embaucher plus facilement des personnes maîtrisant l'anglais. Quel cran...

* faire en sorte qu'une ville qui achète des produits d'une entreprise ne soit pas obligée de vérifier si celle-ci est en règle avec ses obligations linguistiques. Hardi, les gars!

* abandonner les dispositions visant à réduire le nombre de places dans les cégeps de langue anglaise, manifester plus d'ouverture au désir des francophones d'étudier en anglais. Non, mais rien ne l'arrête...

* tendre la main (comprendre se mettre à genoux) aux commissions scolaires anglaises pour qu'elles mettent fin à leurs procédures judiciaires en cours. Allez dire ensuite qu'il manque de courage...

La finale, tout aussi croche que le reste: une fois toutes ces mesures de «protection» du français mises en oeuvre, Charles Milliard n'hésitera pas à invoquer la clause dérogatoire pour protéger ses mesures contre d'éventuelles contestations judiciaires. Ce qu'il néglige de dire, c'est que ces éventuelles contestations ne seraient pas lancées par des anglophones, mais par des Québécois de langue française ou francophiles, outrés par cette capitulation du Parti libéral du Québec devant les récriminations de la minorité linguistique la plus choyée au Canada...