Mais là, Le Devoir dépasse les bornes. Sa couverture des cérémonies d'assermentation des quatre partis à l'Assemblée nationale, entre le 15 et le 22 octobre, laisse planer de sérieux doutes sur la valeur du processus de choix des nouvelles dans le journal imprimé, ou pire, sur la valeur du journal imprimé lui-même pour la direction actuelle.
Les cérémonies d'assermentation à la suite du scrutin du 5 octobre revêtaient clairement une importance historique. Pour la première fois depuis 1867, les députés élus avaient le droit de prêter serment au peuple du Québec plutôt qu'au roi Charles III. On pouvait se demander si tous le feraient, en français, en anglais, en bilingue, ou même si certains anglophones oseraient y ajouter le serment monarchique.
J'ai vu en direct les quatre cérémonies à la télé, sur la chaîne de l'Assemblée nationale, et à titre de journaliste, je peux vous assurer qu'il y avait abondamment matière à nouvelle à chacune d'entre elles. L'absence du drapeau du Canada aux cérémonies du PQ, de QS et du PCQ, sa présence à celle des libéraux. La prestation bilingue de 17 députés libéraux. Les discours des chefs. L'ambiance dans la salle.
Bref, de quoi dresser un bon plan de match pour les pages une et trois du quotidien papier, avec texte principal, réactions et une ou deux ou même trois photos. Comme directeur de l'information, j'aurais réservé ces espaces à l'avance dans le journal imprimé, et veillé à ce que la mise en page reflète l'importance réelle, immédiate et historique, de ces événements.
Or, à quoi a-t-on eu droit?
- Dans le journal du 16 octobre, aucun texte à la une, aucune photo à la une de l'assermentation de 57 députés du Parti québécois, la veille. On avait réservé la moitié de la page trois pour une photo et un texte qui mentionnait comme élément secondaire le serment au peuple sous le seul fleurdelisé.
- Dans l'édition du 20 octobre, une nouvelle brève au bas de la page 2 pour le serment de 39 députés libéraux. Pourquoi? Sais pas.
- Le 21 octobre, absolument rien sur l'assermentation des neuf députés de Québec Solidaire!
- Et enfin, ce 23 octobre, seulement une photo avec légende pour la cérémonie des députés conservateurs de la journée précédente.
Ces moments précieux de la démocratie québécoise méritaient d'être immortalisés sur papier, autant pour le lectorat d'aujourd'hui que pour les générations futures qui voudront revenir sur ce jalon historique dans les archives du Devoir. Chacune des assermentations comportait de l'excellent visuel et amplement de matière pour la rédaction de quelques textes étoffés. Pour un quotidien comme Le Devoir, cela aurait dû aller de soi.
À la place, dans le journal papier, on a eu du n'importe quoi. De l'incohérence. Jamais trop. Le plus souvent trop peu. C'est même à se demander s'il y avait un reporter du Devoir aux assermenterions de QS et du PLQ, ou si on s'est fié aux textes de la Presse canadienne. Il y a là, en tout cas, une négligence professionnelle que je ne parviens pas à comprendre, à moins que la version imprimée du Devoir ait tout simplement de moins en moins d'importance pour la direction.
J'ai déjà surveillé le montage des pages d'un quotidien durant mes deux décennies comme chef de pupitre, chef des nouvelles et rédacteur en chef du Droit. Rien n'empêchait Le Devoir de planifier et de réaliser une couverture importante et cohérente de ces quatre cérémonies au Salon rouge de l'Assemblée nationale. Le résultat est lamentable.
Que se passe-t-il au Devoir?
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