Lettres du front
dimanche 21 juin 2026
Pas de pitié!
samedi 20 juin 2026
Mon papa méconnu...
20 juin 2026...
En cette veille de la fête des Pères, je songe à mon papa. Je n'ai pas visité sa tombe à Orléans (Ontario) très souvent depuis sa mort en septembre 1998. Mais je ne l'ai pas oublié. J'entends toujours sa voix. Il me visite, parfois, dans mes rêves. Je l'aime comme il était, comme la vie l'a façonné.
Aurèle Allard est né à Ottawa en mai 1924. Une époque difficile pour les Franco-Ontariens sous la coupe du Règlement 17. Deux ans après sa naissance, une des trois réunions de fondation de l'Ordre de Jacques-Cartier (la Patente) avait lieu dans notre église paroissiale, St-François d'Assise. Mon grand-père Joseph Allard s'y joindrait, comme mon père quelques décennies plus tard.
La famille de mon papa vivait dans un quartier canadien-français ouvrier d'Ottawa appelé Mechanicsville. Son père et sa mère étaient épiciers. Les tâches abondaient et les gars devaient rapidement abandonner leurs études pour donner un coup de main. Papa n'a pas dépassé la 9e année à l'école, ce qui, je crois, fut pour lui une grande tragédie.
De ses six pieds, tout en muscles, avec ses mains de bûcheron, il pouvait affronter toutes les tâches manuelles. Mais il aimait la musique classique, et la jouait au piano, ce qui lui a valu les railleries de ses amis. J'ai la conviction qu'avoir pu étudier, Aurèle Allard aurait décroché facilement le diplôme universitaire de son choix. Ses ambitions déçues, il les a reportées sur ses enfants.
Pendant toute notre jeunesse, alors qu'il apprenait tout seul l'algèbre, la géométrie et la trigonométrie dans ses cours par correspondance, en anglais, pour obtenir un meilleur emploi, mon papa nous répétait ad nauseam qu'un jour, tous ses enfants fréquenteraient l'université. Ce choix qui lui avait été refusé nous serait imposé. Il a vécu assez longtemps pour assister à toutes nos collations des grades.
Papa n'a jamais beaucoup parlé de sa jeunesse ou de ses années de fréquentation avec ma mère durant la Deuxième Guerre mondiale. Nous avons vu des photos de lui avec son vélo, alors qu'il livrait des télégrammes. Je sais qu'il a tenté de s'enrôler dans l'armée à quelques reprises, jusqu'à ce qu'on l'accepte au début de 1945. Son entraînement n'était pas complété quand la guerre a pris fin. Heureusement parce que le connaissant il se serait lancé tête baissée contre les Nazis et et sa tombe serait quelque part en Europe.
Je suis né en juillet 1946. Un vrai baby boomer. Quelques années plus tard, mon père serait embauché par la ville d'Ottawa, où il passerait 33 années à travailler dans un milieu le plus souvent francophobe. Il a toujours eu des patrons anglais détestables, jusqu'à la fin. Parfois il se vengeait en douce. Durant le projet de rénovation urbaine de la Basse-Ville, dont il était le directeur, il aidait le comité de citoyens et a même signé leurs pétitions contre la municipalité.
À sa dernière affectation municipale, fin années 70, malade, cardiaque, il dirigeait le Marché By dans la Basse-Ville. Encore dans des circonstances frustrantes. La mairesse néo-démocrate d'Ottawa a contribué à lui assurer une retraite hâtive sans pénalité.
Mon papa était un homme de son époque. Comme dans la chanson Frédéric de Claude Léveillée, «papa nous aimait bien» pendant «que maman nous servait» aux repas. Mais je l'ai souvent vu refuser de se faire servir, alléguant qu'il n'avait pas d'appétit, et tout à coup changer d'idée une fois convaincu que tous avaient mangé à leur faim. Il n'aurait reculé devant rien pour nous défendre et aurait tout sacrifié pour notre bonheur. Comme ma mère.
Mon grand-papa Allard me disait parfois. «Mon petit gars, y'a rien que deux sortes de monde dans notre pays: les Canadiens et les Anglais». Il avait transmis cet héritage à ses enfants. Mon père, fier Franco-Ontarien, aurait bien voulu que nous partagions sa vision politique. Mais j'ai fréquenté les sciences sociales dans les années 60 avec une majorité de Québécois. Est arrivé ce qui devait arriver. Il était sûrement déçu.
Ses dernières années, je l'espère, auront été ses plus heureuses et ses plus calmes. Entre les terrains de golf, une résidence d'hiver à la frontière mexicaine du Texas et les rencontres familiales, il a eu tout le temps voulu pour se recadrer et plonger dans ses souvenirs. À la toute fin, il me paraissait serein. Je regrette que nous n'ayons pas plus souvent jasé de son enfance, de son adolescence et de sa vie adulte. Et surtout de tout ce qu'il aurait voulu devenir si les exigences de la vie n'avaient pas dressé d'obstacles.
Je l'imagine parfois professeur, politicien, entrepreneur. Avec son ardeur au travail et sa vive intelligence, il aurait pu ouvrir bien des portes. Mais il a choisi de fonder une famille et de devenir mon papa.
Bonne fête des Pères!
vendredi 19 juin 2026
Jean-Baptiste et son mouton
19 juin 2026...
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| capture d'écran du site Web La Presse |
À la fin des défilés d’antan de la fête nationale, un petit Jean-Baptiste aux cheveux bouclés trônait sur le dernier char allégorique, flanqué d’un mouton : symbole tout en douceur d’une nation sachant «porter la croix», ayant adopté comme saint patron un martyr qui criait dans le désert.
Sous les élans fleurdelisés des années 1960, le ton des célébrations a changé. Le 24 juin s’est transformé en fête patriotique, en affirmation laïque et vigoureuse de la langue française et la culture québécoise. Le PQ a été porté au pouvoir. La Loi 101 a été adoptée. Et en dépit des jambettes, nous sommes passés à un cheveu près de la souveraineté.
Mais sous notre éveil combatif, les anciennes docilités veillaient. Depuis quelques décennies, les envolées oratoires de la fête nationale cachent difficilement un déclin de militantisme chez les nôtres, une glissade de plus en plus apathique vers le confort du bilinguisme.
L’engouement de milliers de Québécois pour l’anglais intensif au primaire, la ruée de nos étudiants vers les cégeps de langue anglaise, la corruption de notre langue au travail, dans les commerces, dans les médias d’information et les réseaux sociaux, notre soumission gênante devant les bonjour-Hi et toutes manières de génuflexion devant les exigences de l’anglosphère rappellent la résignation des Jean-Baptiste d’antan et, pire, leurs moutons.
Reste-t-il au sein de notre jeune génération (et chez leurs aînés) suffisamment d’étincelles de rébellion pour relancer l'esprit des luttes amorcées durant la Révolution tranquille ? Souhaitons-le. L’avenir de la nation québécoise en dépend! Bonne fête nationale!
jeudi 18 juin 2026
Entre Samuel de Champlain et les archives franco-canadiennes, l'impuissance...
mercredi 17 juin 2026
Protection du français: l'effondrement libéral...
mardi 16 juin 2026
Depuis quand Ottawa veut-il l'épanouissement des minorités francophones?
16 juin 2026...
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| capture d'écran du site Web Le Droit, 16 juin 2026 |
Vous voyez le titre ci-haut, publié dans Le Droit ce mardi 16 juin 2026? Il est trompeur. Nulle part dans le texte signé Lise Denis ne trouve-t-on une telle affirmation. Ni dans l'article de Pascal Vachon dans les pages d'ONFR-TFO. Pourquoi? Parce que ce serait faux.
En janvier 2026, le gouvernement du Canada a rendu public un avant-projet de règlement découlant de la modernisation de la Loi sur les langues officielles (LLO). Cet avant-projet avait pour but de mousser «la progression vers l'égalité de statut et d'usage du français et de l'anglais» au pays.
Pas besoin de faire de dessin. L'inégalité actuelle, reconnue explicitement, défavorise la langue française. Depuis 1867. Lisez l'histoire du Canada. Tout le monde, ou presque, peut se mettre d'accord là-dessus. Favoriser la progression vers l'égalité ne peut que signifier des mesures de promotion du français (ou de régression - impensable - de l'anglais).
Or, cet avant-projet de règlement annoncé en janvier n'aborde même pas l'alinéa 41(6) de la LLO, prévoyant des «mesures positives» pour octroyer au français un statut qui lui conférerait une «égalité réelle». Aucune référence, entre autres, aux mesures «pour assurer le rétablissement et l'accroissement du poids démographique des minorités francophones»...
L'avant-projet, ainsi que le rapport sénatorial qui le critique, s'en tiennent largement à cette sempiternelle symétrie fictive entre toutes les CLOSM (communautés de langue officielle en situation minoritaire). Les minorités de langue française et de langue anglaise y sont considérés sur un pied d'égalité alors que de toute évidence, les Anglo-Québécois sont choyés depuis toujours.
Les textes reflètent fidèlement ce refus de nommer l'infériorité du français et de parler de mesures conçues spécifiquement pour promouvoir l'égalité de la langue française. J'offre en exemple le premier paragraphe du texte du Droit :
La journaliste ne mentionne pas l'épanouissement des minorités francophones hors Québec, mais celui «des communautés de langue officielle en situation minoritaire». Les mesures d'épanouissement et de développement s'appliquent donc également la collectivité anglo-québécoise, ce qui, dans le cadre d'une recherche d'égalité «réelle», n'a absolument aucun sens.La modernisation de la LLO a introduit pour la première fois une reconnaissance des menaces qui pèsent sur la langue française au Canada - et seulement sur la langue française. Clairement, l'avant-projet de règlement, qui devait passer du principe aux mesures positives, renie cette avancée. Et le Sénat du Canada ne lui en fait pas le reproche, quoiqu'en dise le titre du Droit...
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Lien au texte d'ONFR-TFO - https://onfr.tfo.org/langues-officielles-reglement-ottawa-federal-francophonie/
lundi 15 juin 2026
Le rituel obligé de la vente de garage...
Le quartier lui traverse les âges
Conservant dans ses cours ses maisons et ses rues
L'âme de tous ceux qui y ont vécu.»







