samedi 7 février 2026

«Ma queue et mon coeur s'emballent»...

7 février 2026...


Parfois elles nous font grincer. Parfois elles nous mettent en colère. Parfois elles nous découragent. Heureusement, elles nous font rire à l'occasion. Je veux parler bien sûr des erreurs ou des coquilles de traduction. De tous les peuples de la planète, les francophones du Québec et du reste du Canada en sont le plus souvent victimes. Les cyniques aiment dire (et il y a un fond de vérité) que les deux langues officielles du Canada sont l'anglais et la traduction de l'anglais. Et avec l'envahissement de la stupidité artificielle (certains disent «intelligence»), on peut s'attendre au pire.

Le message de la Saint-Valentin du Commissariat fédéral aux langues officielles se classe dans la catégorie «fait sourire» mais illustre du même coup à quel point le français au Canada est partout à la merci des outils de traduction, humains ou machines. S'il existe au palier fédéral une seule organisation où la langue de communication, de travail et de création pourrait (devrait) être le français, c'est bien le bureau du Commissaire aux langues officielles. Son travail d'enquête et ses communications avec les plaignants doit se dérouler à plus de 80% en français. Ce ne sont pas les anglos qui se plaignent le plus des services linguistiques au fédéral.  




Alors, à prime abord, j'aurais cru qu'au Commissariat aux langues officielles, une publicité en français - peu importe l'occasion - a plus de chances qu'ailleurs d'être conçue en français par des francophones. Clairement ce n'est pas le cas ici. À voir l'image et le texte, il y a de fortes chances que cette campagne soit davantage dirigée vers les Anglo-Canadiens pour les inciter à communiquer davantage en français, entre eux ou avec un francophone. Une intention louable étant donné qu'à peine 10% des anglophones connaissent suffisamment de français pour se dire bilingues et que cette proportion régresse, selon les données du dernier recensement.

Aux anglos, le Commissariat propose, avec son image de deux chiens saucisse dont les queues se croisent autour d'un coeur, à peu près ceci comme message de Saint-Valentin: ma queue s'agite et mon coeur s'emballe quand tu me parles dans ta seconde langue officielle («seconde langue officielle», c'est le français en langue bureaucratique). On voit que même en anglais, le message est ambigu. On peut facilement comprendre: tu m'excites quand tu me parles en français. Dis-moi des mots doux in French et on saute dans la couchette. Chez les anglos, traditionnellement, la langue française a des vertus érotiques. Enfin ça, c'est le problème des anglos, qui ne semblent pas avoir beaucoup réagi à cette pub publiée sur Facebook. À peine 4200 Anglo-Canadiens suivent la page du Commissariat sur Facebook (contre près de 7000 francophones). C'est beaucoup dire.

Le message français doit sûrement être une traduction. Le ministre Marc Miller, responsable des langues officielles, l'a laissé entendre aux journalistes qui l'ont questionné à ce sujet. Les chances que cette carte de la Saint-Valentin soit issue d'un cerveau franco-québécois ou franco-canadien sont nulles, à moins que l'auteur(e) ait fait exprès pour déclencher des éclats de rires au sein de l'auditoire francophone. «Ma queue et mon coeur d'emballent» quand tu me parles en anglais ou quand on se parle en anglais ne laisse rien à l'imagination. Entre ça et dire que ma queue est en érection quand tu t'exerces en français avec moi, les nuances sont fort minces. Si les personnes appelées à donner l'approbation officielle à cette pub avaient été francophones, elles auraient immédiatement hissé le drapeau rouge.

Peut-être un Franco-Québécois ou un Franco-Canadien aurait-il (elle) pu avoir le bon sens de rappeler à ces nonos du Commissariat que plus de la moitié des francophones au Canada sont déjà bilingues; que le problème chez eux, c'est qu'ils parlent déjà trop souvent l'anglais, et que le français est en déclin, même au Québec. On aurait pu se demander s'il n'aurait pas été plus opportun d'inventer pour les francos une publicité de la Saint-Valentin qui fait la promotion du français tout court. Mais ce serait trop demander aux bureaucrates du bilinguisme à Ottawa.

N'oubliez jamais que toutes les agences fédérales, y compris le Commissariat aux langues officielles, émanent d'un gouvernement qui obéit à la volonté de la majorité anglo-canadienne. Le français y sera toujours minoritaire et une minorité n'a jamais le droit de prendre de décisions en fonction de ses priorités, à moins d'avoir la permission de la majorité. Alors les deux langues officielles resteront l'anglais et la traduction de l'anglais. Pire, l'an dernier, le gouvernement Carney a annoncé la suppression de 340 postes de traducteurs. Notre langue sera de plus en plus soumise aux délires de l'intelligence (mal nommée) artificielle... Bonne Saint-Valentin...

vendredi 6 février 2026

Jeux de 2026: «in Italia» ou «in Italy»?

6 février 2026...

capture d'écran de Radio-Canada


N'ayant jamais été un grand amateur de sports (autres que le hockey et le golf), je ne suis pas vraiment porté à suivre les Jeux Olympiques, ni ceux d'hiver, ni ceux d'été. Et pourtant je ne manquerais pour rien au monde les cérémonies d'ouvertures, l'entrée des athlètes en particulier.

En plus de renouer avec les noms et les drapeaux d'une centaine de pays, d'apprécier les modes colorées des athlètes et accompagnateurs, de s'émouvoir à l'embrasement de la flamme olympique, on y découvre des éléments culturels de la nation hôtesse, tant par le spectacle que par les discours officiels.

Les Jeux de Paris en 2024 m'avaient déçu par l'excès d'anglais, en commençant par le slogan Made for Sharing. J'ai tout de même visionné le défilé d'ouverture sur la Seine et à ma grande stupeur, les noms des pays étaient écrits en anglais sur les bateaux transportant les délégations d'athlètes. Ça, dans la capitale de la francophonie mondiale! Aux Jeux d'été de Montréal en 1976, seuls les noms français avaient été utilisés: États-Unis d'Amérique et non United States of America...

Pour les Jeux d'hiver de Milan Cortina, j'avais bon espoir que les Italiens ne soient pas aussi colonisés que les voisins français. Mauvais départ avec Mariah Carey (pourquoi elle?) dans le spectacle d'ouverture mais au défilé des athlètes, ingénieusement présenté à quatre endroits différents, les noms des pays étaient affichés en italien, et suivaient l'ordre alphabétique italien. Ainsi, la Hongrie arrivait à la fin de la procession d'athlètes parce que les Italiens écrivent Ungheria.

C'était par moments difficile à suivre, Radio-Canada interrompant souvent la couverture de la cérémonie avec des publicités trop longues, m'obligeant à syntoniser le réseau anglais CBC pour ne pas manquer des pays, ça et là. On aurait aussi pu, par ailleurs, se passer de Serge Denoncourt, qui n'ajoutait pas grand chose au commentaire et qui, de loin, semblait s'ennuyer...

Les choses se sont gâtées au moment des discours officiels. Le premier orateur, Govanni Malago, président du comité national olympique de l'Italie et du comité d'organisation des Jeux de Milan Cortina, a parlé presque uniquement en anglais. Devant les siens, la dignité la plus élémentaire exigeait qu'une portion importante de son allocution soit prononcée en italien, émaillant le reste d'anglais et de français, les deux langues officielles des Olympiques. Le pire, au milieu du discours, il a déclaré qu'il n'avait jamais été aussi fier d'être Italien. Et il l'a dit en anglais seulement! C'était honteux.

L'autre discours appartenait à Kirsty Coventry, présidente du Comité international olympique. Originaire du Zimbabwe, on comprend que sa langue maternelle soit l'anglais mais est-il possible qu'au poste qu'elle occupe, Mme Coventry n'ait pas appris quelques bribes de français pour au moins marmonner l'autre langue officielle des Jeux? Ou encore un peu d'Italien en témoignage de respect pour ses hôtes? Plus tard on a eu droit à une prestation de Charlize Theron, encore en anglais... Une parcelle d'honneur a été sauvée quand le président de l'Italie, Sergio Mattarella, a déclaré les Jeux ouverts en italien. 

Et qu'a fait Radio-Canada pendant ces quelques dizaines de minutes d'anglais ininterrompu? Serge Denoncourt semblait traduire ce qu'il pouvait en français, soit parce qu'il avait en main une copie des discours, soit parce qu'il a du talent en interprétation simultanée. J'ai peine à croire que Radio-Canada n'ait pu prévoir un service professionnel d'interprétation pour un événement mondial qui paralyse l'ensemble de sa programmation pour deux semaines complètes. C'était lamentable.

Sur une note positive, la magnifique prestation d'Andrea Bocelli avant l'arrivée de la flamme olympique aura été le moment le plus émouvant des cérémonies d'ouverture. Sa voix portait en elle l'âme de l'Italie. Frissons, mouchoir à la main. Et que dire de la vasque olympique, assurément la plus belle et la plus spectaculaire que j'aie vu au fil des décennies. Chapeau aussi aux Italiens pour la coordination quasi parfaite de quatre emplacements différents à l'ouverture des Jeux.


jeudi 5 février 2026

Médias d'information: «le papier l'emporte haut la main» sur le numérique

5 février 2026...

À la une du numéro de janvier 2026 du Monde diplomatique


Quand j'arrive devant la caisse à mon IGA de la montée Paiement, à Gatineau, je jette toujours un coup d'oeil au kiosque de magazines, au cas où j'aperçoive autre chose que du commérage sur les vedettes du cinéma, de la télé ou de je ne sais quoi. Surprise, ce matin, mon regard se fixe sur le plus récent numéro de la revue française Le Monde diplomatique, publication que j'aime bien mais qu'on trouve rarement de nos jours avec la désespérante décote des journaux imprimés.

En prime, à la une, un titre qui a tout pour me séduire: Éloge du papier. Ayant publié depuis une douzaine d'années pas moins de 60 textes de blogue à la défense des journaux papier, je me suis rué sur cet article en arrivant à la maison, café fumant en main. Je n'ai pas été déçu. Voilà un texte étoffé, riche en enseignements, qui nécessite un bon 15 minutes de lecture et une attention constante. Le genre de lecture que les bouffeurs de sites Web et de médias sociaux ignorent.

J'en reproduis ici quelques extraits que je trouve opportuns à cette époque où la jungle de l'Internet et du tout-numérique a créé une gibelotte douce-amère d'information et de désinformation qui menace la cohésion sociale et même la démocratie. Je laisse donc le lutrin aux deux rédacteurs du Monde diplomatique, Benoît Bréville et Pierre Rimbert:

«Ses vertus stupéfient les usagers; son pouvoir affole Silicon Valley.»

«Toutes les études qui comparent depuis 30 ans les vertus de la lecture sur écran et sur papier, menées aux États-Unis, en Autriche, en Allemagne, en Israël ou en Espagne, convergent vers la même conclusion: les lecteurs manifestent une concentration plus soutenue, une meilleure compréhension et une mémorisation plus durable des textes complexes lorsqu'ils sont imprimés.»

«Qu'il s'agisse de la mémoire spatiale, qui facilite la possibilité de revenir en arrière pour vérifier et que perturbe la réorganisation permanente des écrans selon leur format, du confort et de la fatigue oculaire, de la faculté d'annoter, souligner, cocher, corner pour mieux assimiler, de la distraction induite par le support lui-même, le papier l'emporte haut la main.»

Et d'ajouter le texte de Bréville et Rimbert: «Ouvrir un journal comme le nôtre à la terrasse d'un café, recevoir le sourire complice d'un voisin dans un train, laisser traîner un exemplaire dans un lieu public ou le brandir dans un cortège: ces gestes, ces engagements ne s'envisagent pas sous une forme dématérialisée.

«C'est peut-être que le papier ouvre un imaginaire infiniment plus profond que la simple fonction de support d'écriture. Le journal imprimé symbolise la reconquête de la curiosité, la maîtrise de notre concentration, une disposition à "se hâter lentement", une résistance au vol des informations personnelles et aux effractions de la vie privée qu'implique en régime de marché l'usage des appareils connectés.

«À l'ère de l'information algorithmique, le papier ne contrôle pas son lecteur, ne capture pas son temps, ne pirate pas ses émotions. Il ne se fraye pas un chemin statistique à contre-courant de votre volonté: il exige au contraire un effort, la manipulation de sa maquette demande parfois quelques contorsions. Quand sa lecture inspire une idée, une analogie, une mise en perspective, une colère, une action, on le pose, on s'arrête, on réfléchit. C'est le support d'une souveraineté recouvrée sur les objets de notre attention et, partant, de nos mobilisations. Ainsi l'éloge du papier ne traduit-il pas une réaction conservatrice, mais un mouvement rationnel et une nécessité politique.»

Et de conclure ce magnifique texte: «Le destin d'une presse libre repose plus que jamais sur une refonte globale capable de soustraire l'information à l'enclume du marché comme au marteau de l'État. En attendant qu'un gouvernement manifeste pareille volonté, les réfractaires peuvent ouvrir sur le monde la fenêtre de papier que vous tenez entre les mains.»

N'hésitez pas à vous procurer l'édition de janvier 2026 du Monde diplomatique (image ci-dessous). Vous y lirez entre autres L'éloge du papier et vous reposerez du capharnaüm numérique...



mercredi 4 février 2026

Il y a 70 ans... Déjà...

4 février 2026...

la page une du journal Le Droit du 4 février 1956


À chaque 30 janvier, c'est un peu ma demi-fête... Je suis à mi-chemin entre mon anniversaire de naissance précédent (30 juillet) et le prochain. C'est l'occasion, dans les jours qui suivent, de mijoter sur le chemin parcouru et de scruter l'horizon de l'avenir. Or, en cette année 2026, j'aurai 80 ans. J'espère bien m'y rendre, mais il y a de fortes chances que j'amorce la dernière décennie de ma vie.

Je n'ai jamais eu la conviction que je deviendrais nonagénaire. Je me souviens, il y a 70 ans de cela, mon âge m'inquiétait. J'avais neuf ans durant l'hiver 1956, et cela me préoccupait que j'approche de la fin des mes années d'un seul chiffre. À l'été j'aurais 10 ans. Deux chiffres. Et les chances de me rendre à trois chiffres, d'être un jour centenaire, me paraissaient minces. À 10 ans, je serais donc vieux.

Pour bien marquer cette prise de conscience, j'avais, avec un copain de classe de 5e année à l'école Notre-Dame des Anges (Ottawa), emballé une petite fronde métallique (lance-pierres) avec laquelle on visait toutes sortes de cibles, les moins dangereuses possibles. J'avais écrit sur l'emballage: ne pas ouvrir avant 1966. Ce chapitre finit en queue de poisson. Dix ans plus tard, à la faculté des Sciences sociales de l'Université d'Ottawa, j'avais d'autres chats à fouetter et, de toute façon, deux déménagements plus tard, la petite fronde avait disparu...

J'y pense aujourd'hui. La vie d'un enfant à cette époque (1956) était beaucoup plus simple. C'était la fin d'une époque. Le bruit courait à l'école et à l'église que la fin du monde surviendrait en 1960. Que la Vierge l'aurait annoncé à Fatima. Le soir du 31 décembre 1959, j'ai regardé l'horloge jusqu'à minuit et il ne s'est rien produit. Malgré tout, en y repensant, l'année 1960 et la décennie qui porte son nom auront marqué tout de même la fin d'un monde.

Les vestiges de l'univers de mes parents étaient toujours présents en 1956. Chaque matin, ou presque, je me retrouvais à l'église Notre-Dame des Anges (au coin de la rue) pour enfiler le costume d'enfant de choeur et servir la messe. Le laitier et le boulanger livraient toujours le pain et le lait à la maison dans une voiturette tirée par des chevaux. L'école était située à jet de pierre de la maison, où je revenais tous les midis pour manger pendant que ma mère écoutait Les joyeux troubadours à la station de radio CKCH de Hull.

En fin d'après-midi, j'allais avec mon frère chercher les quelque 80 exemplaires du Ottawa Journal (ou, un des quotidiens anglais) que nous distribuions de porte en porte dans le quartier St-François et Mechanicsville d'Ottawa. Ça fait drôle d'y penser aujourd'hui mais de grandes entreprises comme la presse quotidienne comptaient, à cette époque, sur une armée d'enfants pour livrer leur produit à la clientèle. Pour nous, c'était un «salaire» de quelques dollars par semaine et l'occasion d'acheter un egg roll à 5 cents au restaurant chinois.

Si on retourne au 4 février 1956 - 70 ans très exactement - nous étions un samedi. Nous aurions exceptionnellement livré nos journaux en matinée (il n'y avait que des quotidiens d'après-midi à Ottawa) mais le reste de la journée, nous aurions joué au hockey dans la rue ou fréquenté la patinoire du parc Laroche, tout près. À moins d'aller voir un film pour quelques sous à un mini-cinéma improvisé, dans un garage sur la rue d'à-côté. À 16 heures cependant, vite à la maison pour voir les émissions de cowboys en noir et blanc à la télé de CBC et, en soirée, admirer Maurice Richard en regardant le match des Canadiens sur les ondes de Radio-Canada. Jusqu'à ce que mes parents nous envoient au lit... 

télé-horaire du 4 février 1956 à Ottawa


Les complexités de la vie politique, des conflits internationaux, des débats sociaux nous échappaient largement, sauf pour des bribes de conversations d'adultes captées dans les rencontres de famille, où plusieurs évoquaient encore des souvenirs de la Seconde Guerre mondiale. En livrant les journaux, même si l'anglais était plus difficile à comprendre que le français, on finissait par lire une bonne partie de la page une. C'est ainsi que j'ai suivi la révolution hongroise de 1956. Des téléromans comme La famille Plouffe nous faisaient entrevoir une société plus laïque que notre monde ultra-catholique. Et le musique d'Elvis et de Chuck Berry nous prenait aux tripes...

Mais il y avait toujours dans ma tête ce foutu 10e anniversaire de naissance qui surviendrait dans moins de six mois. Les derniers mois de ma «jeunesse». À moins de six mois de mes 80 ans, je me considère vieux depuis déjà une quinzaine d'années. Commencer une nouvelle décennie est devenu plus excitant qu'en enfance. Ouate de phoque. Commencer une nouvelle journée compte parmi mes grands plaisirs. 



mardi 3 février 2026

Ça val mal icitte à Gatineau !

3 février 2026...

La malheureuse identité gatinoise proposée en 2024... La prochaine fois, ce sera On passe à l'anglais...

L'érosion du français à Gatineau s'accélère d'année en année. Le vieux centre-ville de Hull, jadis francophone à 90%, atteindra bientôt le point de bascule vers l'anglo-dominance.

Des milliers d'Ontariens de langue anglaise traversent la rivière, attirés par une plus grande abordabilité du logement à Gatineau. La plupart exigent d'être servis en anglais, y compris par la Ville, et se comportent comme s'ils vivaient dans une banlieue d'Ottawa. Plusieurs conservent même illégalement, leurs plaques d'immatriculation de l'Ontario.

Avec la proximité de l'Ontario et l'omniprésence du gouvernement fédéral, la forte attraction de l'anglais entraîne inévitablement l'anglicisation de nombreux immigrants, et même de Québécois francophones. Les violations de la Loi 101 sont légion. Bref, consultez les recensements. Ça va mal icitte!

Durant la campagne électorale de l'automne 2025, les candidats et candidates ont soulevé des tas d'enjeux et de priorités. Le déclin du français n'en faisait pas partie. Ce sujet demeure tabou depuis des années dans une région qui ne s'est jamais vraiment défait de sa mentalité de colonisé. Faut surtout pas énerver les Anglais et les multiculturels, qui nous traiteraient vite de racistes.

Une fois l'élection du 2 novembre terminée, le parti Action-Gatineau s'est amené au conseil municipal avec une majorité absolue de conseillers, y compris la mairie avec la victoire de Maude Marquis-Bissonnette. Or, dans son programme électoral, cette formation désormais au pouvoir proposait:

* que la ville de Gatineau s'affirme comme ville francophone; et

* que la ville de Gatineau bonifie ses activités existantes de francisation selon la démographie des secteurs.

Nous sommes maintenant en février 2026 et les élus ont participé à plus d'une vingtaine de réunions (conseil municipal, comité exécutif, étude du budget, etc.). La question de l'érosion du français a-t-elle été soulevée? Probablement pas. Je n'ai rien vu aux nouvelles et rien trouvé dans les procès-verbaux. Et je suis prêt à parier que personne n'osera soulever cette question avant d'apprendre les résultats catastrophiques du prochain recensement fédéral (cette année), dont les données seront rendues publiques à l'automne 2027.

Entre-temps, et au risque de crier de nouveau dans le désert, je reprends le programme d'Action-Gatineau pour demander: que fera Gatineau pour «s'affirmer comme ville francophone» et «bonifier les activités municipales de francisation selon la démographie des secteurs»? D'ailleurs existe-t-il de telles activités? Dans les bibliothèques peut-être? Ailleurs? Serait-il possible d'en parler avant que le centre-ville et le secteur Aylmer soient anglicisés au point de non-retour? J'écoute. Bruits de criquets...

Il y a 50 ans, j'ai quitté l'Ontario parce que j'en avais assez de lutter quotidiennement pour vivre en français dans un milieu très majoritairement anglais - la ville d'Ottawa. Je voulais vivre dans un milieu francophone au Québec. À Gatineau, PQ, plus précisément. Et voilà que je risque maintenant d'être obligé de reprendre mes vieux combats pour pouvoir continuer à vivre en français dans une ville que la Loi 101 dit française mais qui devient tous les jours de plus en plus bilingue. Qu'en dites-vous, mesdames et messieurs du conseil municipal de Gatineau?


lundi 2 février 2026

Abonnements aux médias tout-numériques... La désinformation au menu...

2 février 2026...



Jadis, pour savoir combien de personnes lisaient un journal quotidien, on n'avait qu'à consulter les chiffres de l'abonnement, en y ajoutant le nombre de copies imprimées pour la vente en kiosque. En calculant en moyenne trois lecteurs par journal imprimé, on pouvait estimer dans les années 1970 qu'avec un tirage de 50 000 exemplaires, un quotidien comme Le Droit pouvait être lu par 150 000 personnes.

Aujourd'hui, avec l'effondrement planifié de la presse imprimée et la prolifération du tout-numérique, bonne chance! Les six ex-journaux de la Coopérative nationale de l'information indépendante (CN2i), dont Le Droit, n'ont même plus d'édition numérique quotidienne. Depuis avril 2023, ils ont pris la forme d'immenses babillards mis à jour en temps réel. Et ils ne dévoilent surtout pas le nombre d'abonnés à leur média. L'autre tout-numérique, La Presse, pour sa part, a conservé son édition quotidienne mais ne dit rien elle non plus de son abonnement.

Sur le site Web du Centre d'études sur les médias, à l'Université Laval, on présente un tableau du lectorat des journaux québécois, imprimés et numériques. La Presse, par exemple, affirme avoir 3 144 000 lecteurs. Le nombre d'abonnés? Sais pas. Comment arrive-t-on à ce chiffre de trois millions? Ces données précise-t-on, «comprennent le nombre de personnes ayant feuilleté ou lu au moins une édition en format papier, en ligne ou par l'intermédiaire d'une application pour tablette ou téléphone intelligent pendant une semaine de publication».

Du côté des coopératives, Le Soleil dit avoir plus d'un million de lecteurs... Le Droit environ 171 000... Ces chiffres incluent les abonnés (combien?) mais aussi tous ceux qui visitent régulièrement - ou une seule fois - le média durant une semaine. C'est suspect. Même dans ses années les plus prospères, Le Droit n'a jamais prétendu avoir plus de 170 000 lecteurs. Alors aujourd'hui, avec un gros babillard peu convivial et des effectifs journalistiques plutôt réduits dans une jungle numérique fragmentée, j'ai de la difficulté à croire que les données des médias numériques ont le même lien avec la réalité que le tirage vérifié et comptabilisé des quotidiens papier.

Une seconde donnée publiée par le Centre d'études sur les médias jette un peu de lumière. Elle propose, pour chaque média, sa part de l'auditoire franco-canadien (donc à 95% québécois), en pourcentages. Ainsi on apprend que La Presse rejoint tous les jours 25% de l'ensemble des francophones (autour de sept millions au Québec). Ce 25% se traduit par un lectorat de 1 750 000 personnes, bien en-dessous du chiffre déclaré de 3 144 000, mais à l'oeil bien plus crédible pour cerner le bassin de lecteurs réguliers. Cet exercice, appliqué au Soleil de Québec, réduit le lectorat allégué d'un million à 184 760, et celui du Droit de 171 000 à près de 32 000.  En effet, selon les données du Centre d'études, les six médias coopératifs régionaux ne rejoignent que 4% de l'auditoire francophone, soit environ 280 000 lecteurs.

Les chiffres des journaux de Québecor et du Devoir se compilent à partir d'une base plus solide. Plus de 520 000 exemplaires papier du Journal de Montréal et du Journal de Québec sont imprimés du lundi au samedi. Le Devoir distribue quotidiennement près de 100 000 copies du journal. Au moins ces données sont vérifiables. Il y a de fortes chances que la personne qui achète son exemplaire ou s'abonne à l'année ne se contentera pas de lire une nouvelle ou deux par semaine. Le lectorat total déclaré par ces trois journaux, qui inclut leurs publications numériques, est bien plus élevé (trop élevé?): 2 736 000 pour le Journal de Montréal, 1 597 000 pour le Journal de Québec et 1 569 000 pour Le Devoir.

Le Centre d'études sur les médias précise que les deux quotidiens de Québecor rejoignent 30% de la population francophone, ce qui donnerait au total 2 100 000 personnes. Cela semble plus raisonnable. Quant au Devoir, on lui accorde 12% des la francophonie québécoise, soit environ 840 000 lecteurs. Des chiffres moins mirobolants mais même là, on ne sait rien de la quantité d'abonnements numériques.

Ma question est la suivante, et je n'ai toujours pas de réponse claire. Les journaux papier rejoignent-ils le public lecteur plus efficacement que les quotidiens et/ou babillards numériques? Je crois que oui mais suis incapable de le démontrer. J'aimerais bien connaître le nombre d'abonnements à mon ancien journal, Le Droit, depuis son passage au babillard tout-numérique. Est-ce 5000? 10 000? 15 000? Quand on divulgue pas de tels chiffres, il y a de fortes chances qu'on cache de mauvaises nouvelles.

Les baisses de lectorat pour les publications préparées au quotidien par des journalistes professionnels constituent une menace pour l'avenir du Québec et pour la démocratie. Dans une ère de propagande de plus en plus déguisée en information, un public mal informé devient vite un mets de choix au menu des vrais décideurs.


dimanche 1 février 2026

Je suis inquiet...

1er février 2026...

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Être chef du PQ quand le parti mène dans les sondages à moins de neuf mois d'une élection générale, cela doit parfois ressembler à l'enfer sur terre. Paul St-Pierre Plamondon est exposé tous les jours à de viles attaques, haineuses au besoin, provenant de tous les ennemis d'un Québec indépendant, français et laïc. Ces derniers sont omniprésents, et leurs tribunes médiatiques nombreuses.

Dans une lutte comme celle de la souveraineté du Québec, les combattants succombent le plus souvent à l'usure. À force de se faire égratigner, les cicatrices s'accumulent et peuvent finir par miner même les plus braves des militants. Après la nuit des longs couteaux et la trahison du Canada anglais, René Lévesque n'avait plus la fougue du début des années 1970. Depuis l'échec de Meech, la crise d'Oka et référendum de 1995, les chefs du Parti québécois ont dû affronter des coups bas incessants (accusations de racisme, de xénophobie) auxquels se sont ajoutées les campagnes de peur à répétition. Épuisant.

Mais voilà qu'enfin, en 2022, avec le PQ sous la barre des 10% dans les sondages d'opinion publique, les ennemis de toujours célèbrent trop vite la mort du vieil ennemi et achètent déjà des gerbes de fleurs pour le cercueil du vaisseau amiral de l'indépendance du Québec. Un terreau idéal pour le plus récent chef de la formation, dynamique et compétent, Paul St-Pierre Plamondon, qui peut relancer le parti sans effaroucher les autres formations, bien en selle dans les sondages et savourant déjà leur part des dépouilles du PQ. 

L'excellente performance de PSPP aux débats des chefs durant la campagne électorale de 2022 a éveillé l'intérêt de ses adversaires et du public, mais une montée à 15% dans l'opinion publique ne lui a valu que trois sièges à l'Assemblée nationale. Un levier plutôt faible sur l'échiquier politique. L'enterrement du Parti québécois reste toujours à l'ordre du jour. Le refus de prêter serment d'allégeance au roi Charles III par les trois péquistes a renforcé l'image revendicatrice du PQ, surtout que la CAQ - sur la même longueur d'ondes cette fois - a légiféré pour amender l'exigence du serment dans la constitution canadienne. Coup d'éclat pour les trois mousquetaires péquistes.

Et voilà tout à coup que la cote du Parti québécois se remet à grimper dans les sondages médiatiques. On range le cercueil et les adversaires tendent l'oreille. À la veille des élections de 2022, le public estimait déjà que Paul St-Pierre Plamondon avait mené la meilleure campagne, devant les autres chefs de parti. L'ascension du PQ se poursuit depuis 2023 et dans les meilleurs sondages de la dernière année, la cote de popularité du parti a frôlé les 40%. Avec sa large avance au sein de l'électorat francophone, de tels résultats lui vaudraient facilement un gouvernement majoritaire à l'Assemblée nationale.

Les adversaires sont désormais aux abois. Le Parti québécois, qui hisse depuis quelques années l'indépendance au mat principal du vaisseau, est de nouveau l'ennemi à abattre. Après trois victoires dans des partielles, et une quatrième possible à Chicoutimi en février 2026, le PQ est devenu, dans la tête de tous, l'opposition officielle à Québec en dépit de son faible nombre d'élus. La CAQ s'effondre (jusqu'à maintenant), les libéraux consolident leur emprise sur l'électorat anglais et anglicisé, Québec Solidaire stagne hors de Montréal et le PCQ défriche le vieux terroir conservateur au sud de Québec et dans la grande région de la capitale nationale. Une situation confortable pour le PQ mais tout peut changer très vite.

Rien n'est joué d'avance et pour naviguer le labyrinthe électoral de 2026, Paul St-Pierre Plamondon devra réussir un sans-faute, ou presque. Or, ces derniers temps, peut-être grisé par son avance dans les sondages, le chef du PQ semble s'être écarté du sentier qui lui a attiré une faveur croissante au sein de l'opinion publique, et même chez les jeunes qui logeaient jadis à l'enseigne de QS. Le besoin de convaincre l'électorat de l'urgence de la souveraineté pour assurer la survie de la nation française d'Amérique n'a pas diminué. Au contraire. Avec la présence perturbante de Donald Trump et ses effets immédiats sur la vie politique du Canada et du Québec, les yeux du public sont davantage rivés sur Ottawa et le gouvernement Carney, pour qui les valeurs québécoises et la langue françaises ont moins d'importance.

Il ne faudrait surtout pas vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué (mes excuses aux protecteurs de la faune). Se décrire comme «le gouvernement en attente» quand on n'a que six députés, c'est tenir pour acquis que l'opinion publique chèrement grignotée depuis trois ans restera fidèle au PQ peu importe, jusqu'en octobre. C'est un pari risqué sur des résultats électoraux qui n'ont rien de sûrs. Qui sait quel effet durable pourrait résulter du choix de Christine Fréchette comme chef de la CAQ et première ministre du Québec? Si, tout à coup, son parti reprend du galon au sein de l'opinion publique et qu'elle décide de déclencher un scrutin général avant la date prévue par la loi pour en profiter, que pourra répondre le Parti québécois? En décembre, Paul St-Pierre Plamondon avait lui-même invité le premier ministre François Legault à tenir des élections générales précipitées, faisant fi de la loi sur les élections à date fixe. Le PQ s'est menotté.

Quant à l'intervention malhabile du premier ministre ontarien Doug Ford, qui voyait dans l'élection du PQ un désastre et jugeait inacceptable la tenue d'un référendum sur l'indépendance, Paul St-Pierre Plamondon a manqué une excellente occasion de faire la leçon à M. Ford en matière de droits linguistiques (son traitement des Franco-Ontariens) et de respect des compétences du Québec, y compris celle de décider de son propre avenir, droit reconnu par le gouvernement fédéral et par la Cour suprême du Canada. Il aurait pu le relancer sur le sens du mot «inacceptable» employé par le premier ministre ontarien en ce qui a trait au référendum promis par le PQ? Derrière ce mot semblent se profiter des menaces qui devraient être précisées. Se moquer de M. Ford n'avance en rien la cause du PQ.

Si la tendance se maintient, la nation québécoise, sa langue, sa culture et ses valeurs seront bientôt au bord du précipice. Une belle occasion de se ressaisir se présente en octobre, peut-être pour la dernière fois. Nous devons absolument la saisir au bond pendant que nous sommes toujours majoritaires sur le territoire québécois. Seul le Parti québécois a les ressources et la volonté de nous extirper du bourbier fédéral. Mais avant de plonger dans les hostilités référendaires, il faut convaincre les Québécois de confier un mandat majoritaire au PQ à l'automne. Ne mettons pas en péril l'excellent travail accompli depuis le scrutin de 2022. Ne mettons pas la charrue devant les boeufs...