vendredi 26 juin 2026

Et la neutralité des journalistes?

26 juin 2026...

capture d'écran du Journal de Montréal

Intéressant de voir le débat sur la laïcité se transporter à l'extérieur du Québec. Chez nous, la question a été tournée, retournée dans tous les sens et même s'il y a toujours des étincelles, le débat fait partie du quotidien. Nous nous y sommes habitués. Mais voilà que la chicane pogne au coeur des Prairies, à Regina, capitale de la Saskatchewan.

Eux, sont habitués à jeter un regard sévère sur les élans de laïcité québécois style Loi 21, poussant à l'occasion des cris d'indignation devant ce qu'ils perçoivent comme des formes de xénophobie, d'islamophobie ou de racisme. Mais voilà que Regina vient de permettre un appel public à la prière de la mosquée locale, lancé d'un haut-parleur sur le sommet d'un édifice en plein centre-ville.

Pensez-vous que les élus municipaux ont été couverts de félicitations et de gerbes de fleurs? Non, les réseaux sociaux ont pris feu sous une accumulation de protestations, de propos souvent haineux et même de menaces, au point où la police de Regina fait enquête. Selon le Journal de Montréal, qui cite Global News, une présence policière accrue est prévue aux alentours des rassemblements musulmans. 

Allez faire un tour dans les médias (CBC, Global, Regina Leader Post, plusieurs pages Facebook) et renseignez-vous. Suffit de dire que nombre de commentaires sont d'une violence verbale qui fait sursauter. Voir par exemple ci-dessous:

Des médias locaux et canadiens ont fini par s'emparer de l'affaire et consacrer quelques reportages que j'ai trouvés plutôt doucereux. Mais de mon point de vue de journaliste, ce qui surprend le plus dans cette couverture médiatique, c'est que CBC et Global News aient affecté à cette nouvelle des femmes musulmanes voilées: Aishah Ashraf (CBC) et Sania Ali (Global). Je trouve cela plutôt inquiétant, sur le plan de l'intégrité de l'information, de confier une affectation portant sur la religion musulmane à des reporters qui portent des signes religieux musulmans.

Si la neutralité religieuse de l'État se défend, celle de la presse s'impose. Neutralité religieuse bien sûr. Neutralité tout court! Les médias professionnels doivent non seulement être neutres, ils doivent en donner l'apparence. Je ne dis pas que les reportages de Mmes Ashraf et Ali ont souffert de leur engagement religieux mais le public qu'elles rejoignent (ainsi que les personnes qu'elles interviewent) seraient en droit de s'interroger sur leur neutralité en les voyant.

Qu'aurait pensé le directeur de la mosquée de Régina s'il avait vu arriver un reporter juif portant kippa, ou un chrétien zélé avec une croix au cou? Se serait-il méfié? Voyait-il donc ces deux journalistes voilées comme des amies, des alliées, ou des fidèles sur lesquelles il pouvait exercer une influence? Global News et CBC auraient-ils osé envoyer Mmes Ali et Ashraf couvrir une manif de Juifs militants appuyant les agressions israéliennes, ou même un rassemblement de gens de Regina opposés aux appels musulmans à la prière?

La seule quête d'un journaliste, ce sont les faits. Rien que les faits. Si on réussit à présenter tous les faits au lectorat, ce dernier sera bien placé pour comprendre ce qui se passe et former une opinion. Tout ce qui nuit à la collecte des faits, et cela inclut la tenue vestimentaire du journaliste, doit être banni. On n'arbore pas une épinglette «Je suis athée» à une manifestation d'intégristes religieux. On ne porte pas un t-shirt «Je suis indépendantiste» au congrès libéral. Et on ne porte pas un hijab pour couvrir une réunion du Mouvement laïque local.

Je dois conclure que dans certaines grandes salles de rédaction au Canada anglais, le multiculturalisme débridé est devenu un dogme, au détriment de la neutralité de la cueillette d'information. Comme chef des nouvelles ou rédacteur en chef, j'aurais volontiers embauché ces deux journalistes, mais à la condition qu'elles ne portent pas de signes religieux (ou politiques, ou militants) ostentatoires à l'ouvrage. Si elles choisissent leur religion avant leur emploi, elles s'excluent de la neutralité journalistique. Et quant à moi, elles s'excluent de la profession.





jeudi 25 juin 2026

La grande tablée de notre Saint-Jean…

25 juin 2026...



C’est déjà le 25 juin et la fête nationale est passée en coup de vent… Dans le tourbillon des activités et des préparatifs de notre déménagement imminent, j’ai manqué de temps pour rédiger un message opportun en 2026. En revenant sur mes plus de 1000 textes de blogue de la dernière décennie, je suis tombé sur cet écrit du 23 juin 2016. Il y a 10 ans, presque au jour le jour. Je l’aime bien, et le propose de nouveau pour 2026.
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« En ce 24 juin, la nation se dit à nouveau «Bonne fête»!

La table est mise partout, et tous, toutes y sont bienvenus.

Notre hospitalité est légendaire...

Il y a plus de 400 ans, arrivant de France, nous étions accueillis par les peuples d'Amérique.

La liberté, le partage, les grands espaces font partie de l'héritage commun.

Notre présence - française et métissée - aura marqué à jamais les rives et les affluents du «fleuve géant».

Elle mérite d'être conservée, appréciée, enseignée.

Même conquis, nous avons su porter l'épée. Nous avons, surtout, porté la croix.

Pacifiques, rebelles à notre façon, nous avons jeté l'épée, puis remisé la croix.

Le coeur de la nation, s'éloignant de l'ancienne mère-patrie, restait français cependant...

Ces derniers siècles, d'autres ont pris place à notre table…

Des Européens, Africains, Antillais, Asiatiques, Américains…

Plusieurs ont voulu cheminer avec nous et sont maintenant chez eux, à notre table.

Notre aventure en Amérique est devenue la leur…

Ils ont compris ce que trop des nôtres semblent avoir oublié:

   - l'importance et l'attrait de notre petite nation encerclée… de son passé, son présent et son avenir...

   - l'actualité des valeurs de survivance, résistance, rébellion, liberté, laïcité, indépendance…

   - la beauté de la langue française, bien vivante dans notre riche répertoire musical et littéraire…

Ces anciens étrangers ont compris qu'ils étaient invités à notre table, pas nous à la leur.

Que les bras tendus en accueil étaient les nôtres…

Ils ont saisi ce que les «multiculturels» semblent incapables de saisir…

S'ouvrir collectivement à l'autre, c'est l'inviter à venir vers soi.

On ne fait pas preuve d'ouverture en souscrivant aux coutumes des autres, mais en conviant les autres à notre table…

Leur présence enrichira la nôtre et modifiera peu à peu la texture de la nation, sans en altérer le coeur et les valeurs.

Alors je leur lance cette intitiation: venez casser la croute à la grande tablée de la Saint-Jean!

À la fin du repas et de la fête, si vous désirez toujours participer à notre aventure nationale, si vous choisissez de la faire vôtre, nous chanterons tous, toutes, sur un air connu:

«Ils sont des nôtres»… »

mercredi 24 juin 2026

Je suis bouche bée!

24 juin 2026...

le message lamentable de l'Assemblée de la francophonie de l'Ontario en 2026

Dans le quotidien Le Droit du 23 juin 1913, la direction franco-ontarienne du journal qui n'avait que trois mois d'existence publia à la une un éditorial sur la fête de la Saint Jean-Baptiste. En voici le début: «Demain, 24 juin, le peuple canadien-français célèbre sa fête nationale, la Saint-Jean-Baptiste. C'est la fête du peuple; c'est le jour des grands enthousiasmes, des manifestations joyeuses et des viriles résolutions. En ce jour, on aime à voir les drapeaux claquer à la brise; le son des fanfares nous paraît plus joyeux et l'on redit avec plus d'entrain les chansons du jeune âge. Tout cela est bon, tout cela est même nécessaire, c'est le souffle de l'âme nationale qui passe dans les foules, ranime les courages et inspire de fortes et solides résolutions.» 

Cette Saint Jean-Baptiste se déroulait sur fond de crise scolaire alors que les Franco-Ontariens luttaient pour conserver leurs écoles françaises. Le 22 juin, un grand ralliement canadien-français avait eu lieu à Ottawa en solidarité avec les collectivités francophones de l'Ontario. Douze mille manifestants avaient paradé dans les rues de la capitale. La crise suscitée par l'ignoble Règlement 17 devait durer jusqu'à la fin des années 1920 et les séquelles se faisaient encore sentir dans mon enfance et même après, jusque dans les années 1990. Et à tous les ans, la Saint Jean-Baptiste était l'occasion de célébrer les combats historiques des Franco-Ontariens et de l'ensemble de la nation canadienne-française.

Que ces chapitres ontariens de l'histoire nationale aient été oubliés ou mis au rancart au Québec, dans l'Ouest ou en Acadie est bien regrettable. Mais il est scandaleux que cela se produise en Ontario même, au sein de l'Assemblée de la francophonie de l'Ontario, l'organisme parapluie de l'Ontario français. Quand revient tous les ans la Saint Jean-Baptiste, comment ne peut-on pas faire revivre, tout au moins dans un texte officiel, l'héritage laissé par des générations de militants franco-ontariens? Ce passé pas si lointain n'est-il pas le socle sur lequel se dresseront les résistances de l'avenir? 

l'éloquente page une du Droit du 23 juin 1913


J'ai vu ce matin le message annuel de la Saint Jean-Baptiste de l'AFO et même si je suis Québécois depuis plus de 50 ans, mes vieilles tripes franco-ontariennes ont sursauté. Comment l'association qui dit représenter les Franco-Ontariens peut-elle publier un texte aussi plate et aussi insipide? On croirait, à la lire, que ses auteurs et les dirigeants qui leur ont donné le feu vert ignorent tout de l'histoire de l'Ontario français. J'en ai eu le souffle coupé. Lisez: «L'Assemblée de la francophonie de l'Ontario souhaite une excellente fête de la Saint Jean-Baptiste à tou.te.s (!!) les canadien.nes (!!!) francophones en Ontario et dans tout le Canada. C'est une période joviale pour la communauté francophone canadienne qui se commémore (sic) ses aboutissements dans le maintien du français

Ne cherchez pas le mot «national». Il n'y est pas, même s'il s'agit depuis toujours de la fête nationale (des Québécois, mais aussi des Canadiens français). Les Franco-Ontariens et les francophones des autres provinces (y compris le Québec) ne sont plus, à croire l'AFO, qu'une «communauté francophone canadienne». Comme les autres «communautés»... Vérifiez le sens du mot communauté quelqu'un! Quant à l'existence d'une «période joviale» pour commémorer les «aboutissements dans le maintien du français», on peut à juste titre se demander de quoi l'AFO parle... Peut-être s'agit-il d'une nouvelle langue de bois pour éviter de raconter la véritable histoire des Franco-Ontariens...

Si Doug Ford ou quelque représentant du gouvernement de l'Ontario avait pondu un tel message, on aurait pu comprendre et attribuer les faiblesses du texte à leur ignorance de l'histoire des francophones de leur province. Mais venant de l'AFO, je suis bouche bée...


mardi 23 juin 2026

Une montée de lait...

23 juin 2026...



Je suis allé aujourd'hui à ma caisse jadis populaire de Gatineau. En entrant, le rituel obligatoire pour tous - prendre un numéro avant de pouvoir aller se faire servir par un humain au comptoir. E 102. C'était mon numéro. On servait le E 096. Seulement six personnes devant moi. Avec quatre guichets en service, je serai vite sorti, me dis-je.

Un guichet se libère. Personne n'est appelé. La caissière n'est plus à son poste. Bon... Ce sera un peu plus long que prévu. Une autre personne termine ses transactions et quitte la salle. Je regarde l'écran au-dessus de nos têtes. On appelle C 024 ou quelque chose du genre. Quatre têtes grises (comme moi) assises tout près font des blagues sur la lenteur du service et le fait que les billets commençant par C passent avant tout le monde...

Un autre dix-minutes et finalement E097 et E098 gagnent à la loterie des appels. Mais là, d'autres «C» se pointent et je vois leurs numéros apparaître presque aussitôt. Pire, quand l'un d'eux fait ses adieux à la caissière, celle-ci fait ses adieux à la salle d'attente. Plus que deux guichets accessibles. D'autres «E» se sont ajoutés à la file. J'espère qu'ils sont patients. Quand finalement le E099 obtient la permission de se rendre au comptoir, je suis là depuis près d'une vingtaine de minutes.

Personne n'aime attendre inutilement mais les vieux (à peu près tous les E cet après-midi) ont tendance à prendre leur mal en patience, acceptant qu'on les traite comme des membres (oui c'est une coop) de second ordre. Moi, j'en ai assez. Je retourne au kiosque d'accueil pour demander qu'on m'explique cette philosophie qui favorise les C au détriment de la masse des E. Je savais déjà la réponse mais je voulais qu'on me la répète...

Les codes C sont réservés aux personnes dont les transactions ne peuvent être complétées aux guichets automatiques. Ils ont la priorité. Donc, ai-je répliqué, vous voulez qu'on se serve de vos machines. Vous préférez ne pas nous voir à l'intérieur de la caisse jadis populaire à moins que ce ne soit absolument essentiel. Le message que vous nous donnez est le suivant: si vous n'écoutez pas nos consignes, et que vous insistez pour obtenir le service d'un humain, en bien attendez! Vous l'aurez voulu!

«Je vous comprends», répondent mes interlocutrices. La réponse la plus condescendante qui soit. Ce qu'on dit aux têtes grises pour les calmer. Mais j'insiste. Je suis membre de Desjardins depuis 70 ans et je n'accepte pas qu'on me tasse parce que je refuse de dialoguer avec un guichet automatique, parce que j'aime saluer le caissier ou la caissière, échanger des bonjour, ressentir une certaine continuité avec le passé coopératif même si on m'a enlevé mon livret de caisse et qu'on prend toutes sortes de décisions sans consulter les membres... comme servir les «C» avant tout le monde...

Le principe d'établir des priorités quand les salles sont bondées ne me rebute pas. Mais cela ne se produit pas souvent. La caisse jadis populaire de Gatineau propose sept ou huit guichets humains à ses membres mais quand je m'y rends, de moins en moins souvent, trop peu d'entre eux sont ouverts. On se retrouve avec l'obligation de favoriser les billets «C» parce qu'il manque de personnel caissier. Avec quatre ou cinq guichets ouverts, tout le monde aurait été servi rapidement. Quand on coupe le service aux guichets humains, on le fait en étant conscient que les seuls à en souffrir seront ceux et celles qui se plaindront le moins. Nous, les vieux membres de la coopérative.

J'ai enfin fini par déposer mon chèque en le remettant à une caissière humaine, au lieu de glisser une petite enveloppe dans une fente de guichet automatique au dialogue laconique. En sortant de ma caisse jadis populaire, le personnel à l'accueil (avec qui j'aurais pu être plus gentil... je m'en excuse...) a dû se féliciter de voir partir le vieux chiâleux qui se croyait toujours membre d'une coop et qui n'acceptait pas de se faire traiter en «client» très ordinaire... 

Certains jours, je m'ennuie de mon ancienne petite caisse pop paroissiale où tout le monde se connaissait, où le mot coopération avait un sens et une mission, où l'humain n'avait pas encore été remplacé par les machines et l'Internet. On voyait davantage la différence entre une coopérative et une banque...

lundi 22 juin 2026

Une autre étude non scientifique...

22 juin 2026...



Je suis toujours à l'affût de données crédibles sur la francophonie hors Québec. Elles ne courent pas les rues. Quand j'ai vu le titre ci-dessus, portant sur la langue de travail, j'ai épluché l'article signé par Mathilde Beaulieu-Lépine, qui se spécialise dans la cueillette d'information sur les Canadiens français et Acadiens en situation minoritaire.

Que les jeunes francophones aient de la difficulté à travailler dans leur langue en Ontario, au Manitoba ou en Nouvelle-Écosse ne surprendra personne. La question est toujours de savoir dans quelle proportion, d'une province à l'autre. Or, dès le début de l'article, on parle d'une «étude» de la Fédération de la jeunesse canadienne-française (FJCF), selon laquelle «seulement un tiers des jeunes francophones en situation minoritaire travaillent surtout dans leur langue».

Plusieurs s'étonneraient en clamant: c'est bien peu! Pour ma part, je trouvais ce pourcentage bien élevé. À cause du mot «surtout». J'ai vécu près de 30 ans de ma vie à Ottawa, à jet de pierre du Québec, et à moins de travailler dans les milieux scolaires francophones, ou à l'hôpital Montfort, ou dans une caisse populaire (et encore), les occasions sont plutôt rares de travailler «surtout» en français.

Je fais alors ce que tout journaliste devrait avoir le réflexe de faire: trouver cette étude et examiner de plus près sa méthodologie. Il s'agit d'une consultation effectuée pour la FJCF par la firme Sociopol, d'un sondage pancanadien appelé Baromètre, s'adressant aux jeunes de 14 à 25 ans et tenu à l'été 2025. On y a comptabilisé un total de 295 répondants provenant de tous les coins du pays (excepté le Québec). De quelle façon ont-ils été choisis? Ça je n'ai pas trouvé.

La caractère non scientifique de cette «étude» est vite suggéré par l'affirmation suivante: «Pour près du tiers des jeunes consultés, la consultation fut l'occasion de se familiariser avec la FJCF et avec l'éventail des activités et des services qu'elle offre.» Cela signifie que plus des deux tiers des répondants connaissaient bien l'organisation. C'est louche. Je serais prêt à gager que plus de 90% des francophones de 14 à 25 ans en situation minoritaire ne connaissent pas ou connaissent peu la FJCF. On ne tire pas les noms des participants au hasard...

La conclusion qui suit l'affirmation précédente renforce mes soupçons... «Les réponses permettent de faire le portrait d'une jeunesse forte, engagée et dynamique, qui a la langue française à coeur et qui souhaite la faire rayonner.» Je veux bien croire que l'immense majorité des 295 répondants correspond à ce profil, mais ce profil ne correspond pas aux données scientifiques collectées par Statistique Canada dans les recensements et les autres études démo-linguistiques.

Les taux d'assimilation (plus élevés chez les jeunes) dans la francophonie hors Québec - sauf au Nouveau-Brunswick et dans quelques coins de l'Ontario - brossent un tableau catastrophique, avec des transferts linguistiques vers l'anglais qui dépassent souvent les 50% et même 60% et plus. Je prends pour exemple mon ancien patelin: l'Ontario. Selon Baromètre, 70% des répondants utilisent surtout le français avec leur famille. Or, selon le recensement de 2021, cette proportion oscille autour de 55% pour l'ensemble des Franco-Ontariens. C'est sans doute moins chez les jeunes...

Plus j'avance, plus je m'interroge sur la méthodologie employée et sur sa valeur scientifique. Pire, sur sa valeur tout court. L'étude me semble un fidèle reflet des 295 répondants, mais pas de l'ensemble de la jeunesse francophone en situation minoritaire. Je m'arrête là. Je réserve mon jugement final en attendant d'obtenir les réponses à toutes les questions que je me suis posées en lisant cet article du Devoir et le rapport de la firme Sociopol.


dimanche 21 juin 2026

Pas de pitié!

21 juin 2026...

capture d'écran du Journal de Québec


Imaginez! L'an dernier, le Commissaire fédéral aux langues officielles a reçu de partout au Canada 1163 plaintes, principalement de francophones outrés par l'impossibilité de faire valoir leurs droits en vertu de la Loi sur les langues officielles.

Un total imposant, croirez-vous? Non, pantoute. Des pinottes!

L'Office québécois de la langue française a enregistré pas moins de 11 125 plaintes pour non respect de la Loi 101 (Charte de la langue française) en 2025-2026. On pourrait croire qu'à Ottawa par exemple, là où les francophones ont bien plus souvent de la difficulté à travailler en français ou à obtenir des services dans leur langue, le nombre de plaintes serait mirobolant. Eh bien non.

C'est au Québec, un État où le français est la seule langue officielle, où près de 95% de la population sait parler français, où les lois établissent de façon claire la prépondérance du français dans les milieux institutionnels et dans la société civile, que déferlent les plus grosses avalanches de plaintes... de francophones!

Les situations qui donnent naissance à ces plaintes sont évidemment concentrées dans quelques régions du Québec. Tout le monde aurait deviné lesquelles, sans que l'OQLF se donne la peine de les nommer: la grande région montréalaise (incluant Laval et la couronne) et l'Outaouais (Gatineau et la région).

L'Outaouais compte 4,7% de la population du Québec mais enregistre 9% de toutes les plaintes linguistiques - affichage en anglais seulement, impossibilité de se faire servir en français, documentation unilingue anglaise, etc. Évidemment, la majorité des plaintes (plus de 60%) émanent du bassin du Grand Montréal. 

Allez vois vous-même les chiffres sur le site Web de l'OQLF à https://www.oqlf.gouv.qc.ca/office/communiques/2026/20260618_11000_plaintes_2025-2026.aspx

Le plus humiliant dans toute cette affaire, c'est qu'on ne peut plaider l'impuissance d'une minorité comme les francophones ailleurs au Canada. Nous sommes majoritaires. Nous avons le droit de décider et d'imposer nos décisions en matière linguistique. Nous adoptons les lois. Alors comment se fait-il qu'après cinquante années de Loi 101, le nombre de plaintes contre l'unilinguisme anglais soit en hausse?

Peut-être, plutôt que de considérer les 11 000 plaignants, devrions-nous tourner les yeux vers ces milliers et millions de Québécois francophones qui acceptent sans rechigner de se faire servir en anglais à un Tim Hortons ou à un McDo, de recevoir des documents ou des messages en anglais sur le Web ou par la poste, ou de voir sans réagir des violations quotidiennes de la Loi 101 dans l'affichage, etc., etc.

Peut-être devrons-nous aussi en finir avec tous ces politiciens qui ne défendent le français dans leurs discours, puis se taisent ou battent en retraite quand vient le temps de prendre des mesures qui feront passer nos anglos et leurs nouveaux arrivants anglicisés comme des martyrs, et nous comme leurs tortionnaires, dans les médias anglo-canadiens.

Le non-respect de la Charte de langue française: voilà un problème que nous avons le pouvoir de régler, au lieu de nous contenter de pousser des hauts cris tous les ans quand l'OQLF publie ses statistiques de jérémiades.

Je suis né et j'ai grandi en Ontario. Je sais comment on nous a traités quand nous demandions de vivre en français dans nos petits quartiers. Je suis maintenant Québécois. Ne me demandez pas, chers anglophones et anglophiles, d'avoir de la pitié pour ceux qui refusent de respecter notre langue commune et officielle. 

samedi 20 juin 2026

Mon papa méconnu...

20 juin 2026...



En cette veille de la fête des Pères, je songe à mon papa. Je n'ai pas visité sa tombe à Orléans (Ontario) très souvent depuis sa mort en septembre 1998. Mais je ne l'ai pas oublié. J'entends toujours sa voix. Il me visite, parfois, dans mes rêves. Je l'aime comme il était, comme la vie l'a façonné.

Aurèle Allard est né à Ottawa en mai 1924. Une époque difficile pour les Franco-Ontariens sous la coupe du Règlement 17. Deux ans après sa naissance, une des trois réunions de fondation de l'Ordre de Jacques-Cartier (la Patente) avait lieu dans notre église paroissiale, St-François d'Assise. Mon grand-père Joseph Allard s'y joindrait, comme mon père quelques décennies plus tard.

La famille de mon papa vivait dans un quartier canadien-français ouvrier d'Ottawa appelé Mechanicsville. Son père et sa mère étaient épiciers. Les tâches abondaient et les gars devaient rapidement abandonner leurs études pour donner un coup de main. Papa n'a pas dépassé la 9e année à l'école, ce qui, je crois, fut pour lui une grande tragédie.

De ses six pieds, tout en muscles, avec ses mains de bûcheron, il pouvait affronter toutes les tâches manuelles. Mais il aimait la musique classique, et la jouait au piano, ce qui lui a valu les railleries de ses amis. J'ai la conviction qu'avoir pu étudier, Aurèle Allard aurait décroché facilement le diplôme universitaire de son choix. Ses ambitions déçues, il les a reportées sur ses enfants.

Pendant toute notre jeunesse, alors qu'il apprenait tout seul l'algèbre, la géométrie et la trigonométrie dans ses cours par correspondance, en anglais, pour obtenir un meilleur emploi, mon papa nous répétait ad nauseam qu'un jour, tous ses enfants fréquenteraient l'université. Ce choix qui lui avait été refusé nous serait imposé. Il a vécu assez longtemps pour assister à toutes nos collations des grades.

Papa n'a jamais beaucoup parlé de sa jeunesse ou de ses années de fréquentation avec ma mère durant la Deuxième Guerre mondiale. Nous avons vu des photos de lui avec son vélo, alors qu'il livrait des télégrammes. Je sais qu'il a tenté de s'enrôler dans l'armée à quelques reprises, jusqu'à ce qu'on l'accepte au début de 1945. Son entraînement n'était pas complété quand la guerre a pris fin. Heureusement parce que le connaissant il se serait lancé tête baissée contre les Nazis et et sa tombe serait quelque part en Europe.

Je suis né en juillet 1946. Un vrai baby boomer. Quelques années plus tard, mon père serait embauché par la ville d'Ottawa, où il passerait 33 années à travailler dans un milieu le plus souvent francophobe. Il a toujours eu des patrons anglais détestables, jusqu'à la fin. Parfois il se vengeait en douce. Durant le projet de rénovation urbaine de la Basse-Ville, dont il était le directeur, il aidait le comité de citoyens et a même signé leurs pétitions contre la municipalité. 

À sa dernière affectation municipale, fin années 70, malade, cardiaque, il dirigeait le Marché By dans la Basse-Ville. Encore dans des circonstances frustrantes. La mairesse néo-démocrate d'Ottawa a contribué à lui assurer une retraite hâtive sans pénalité. 

Mon papa était un homme de son époque. Comme dans la chanson Frédéric de Claude Léveillée, «papa nous aimait bien» pendant «que maman nous servait» aux repas. Mais je l'ai souvent vu refuser de se faire servir, alléguant qu'il n'avait pas d'appétit, et tout à coup changer d'idée une fois convaincu que tous avaient mangé à leur faim. Il n'aurait reculé devant rien pour nous défendre et aurait tout sacrifié pour notre bonheur. Comme ma mère.

Mon grand-papa Allard me disait parfois. «Mon petit gars, y'a rien que deux sortes de monde dans notre pays: les Canadiens et les Anglais». Il avait transmis cet héritage à ses enfants. Mon père, fier Franco-Ontarien, aurait bien voulu que nous partagions sa vision politique. Mais j'ai fréquenté les sciences sociales dans les années 60 avec une majorité de Québécois. Est arrivé ce qui devait arriver. Il était sûrement déçu.

Ses dernières années, je l'espère, auront été ses plus heureuses et ses plus calmes. Entre les terrains de golf, une résidence d'hiver à la frontière mexicaine du Texas et les rencontres familiales, il a eu tout le temps voulu pour se recadrer et plonger dans ses souvenirs. À la toute fin, il me paraissait serein. Je regrette que nous n'ayons pas plus souvent jasé de son enfance, de son adolescence et de sa vie adulte. Et surtout de tout ce qu'il aurait voulu devenir si les exigences de la vie n'avaient pas dressé d'obstacles.

Je l'imagine parfois professeur, politicien, entrepreneur. Avec son ardeur au travail et sa vive intelligence, il aurait pu ouvrir bien des portes. Mais il a choisi de fonder une famille et de devenir mon papa. 

Bonne fête des Pères!