mardi 2 juin 2026

Les églises de La Patente... 100 ans plus tard...

2 juin 2026...

capture d'écran du site Web Le Droit



Le 22 octobre 1926, à Eastview (devenue Vanier, aujourd'hui un quartier d'Ottawa), au sous-sol du presbytère de l'église Saint-Charles, une vingtaine de Canadiens français ont tenu l'assemblée de fondation de l'Ordre de Jacques-Cartier, aussi appelée La Patente. Une deuxième réunion eut lieu au même endroit le 25 novembre, suivie d'une troisième à l'église Saint-François d'Assise, à Ottawa. Cette société secrète pour hommes seulement s'étendrait par la suite à l'ensemble du Canada français et marquerait l'histoire de la francophonie québécoise et canadienne jusqu'à son éclatement au milieu des années 1960.
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Pour savoir tout de La Patente, il suffit de lire le livre de Hugues Théorêt,  L'Ordre de Jacques-Cartier, le dernier bastion du Canada français aux Éditions Septentrion (2024).
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Pourquoi cette organisation a-t-elle vu le jour à Ottawa et non à Montréal ou à Québec? Le coeur canadien-français, à l'époque, battait avec une grande intensité dans la capitale canadienne où les Franco-Ontariens luttaient depuis près de 15 ans contre le Règlement 17 de l'Ontario qui interdisait les écoles françaises. Et Ottawa abritait le Parlement canadien où finissaient par aboutir tous les combats entre anglophones et francophones.

Confrontés aux succès politiques des groupes occultes anglo-canadiens comme l'Ordre d'Orange et les loges maçonniques, les catholiques de langue française sentaient le besoin de riposter. Et ceux d'Ottawa ressentaient ce besoin plus que d'autres. Quoi de plus normal que de tenir de petites réunions secrètes à l'église St-Charles, au coeur des quartiers francophones de la capitale. Avec les rues ouvrières franco-ontariennes de la Basse-Ville et d'Eastview comme sentinelles, le clocher de St-Charles semblait un refuge naturel.

Les deux grands clochers de l'église St-François d'Assise, quelques kilomètres à l'ouest du Parlement fédéral, trônaient sur un véritable village de quatre ou cinq milles Franco-Ontariens et offrait un point de rassemblement parfait pour les premiers militants de La Patente. Unis par la langue française (le tiers des Ottaviens étaient francophones) et par la religion catholique (ceux qui ont vécu avant 1960 savent de quoi je parle), les élites civiles et le clergé diocésain pouvaient comploter en toute sécurité.

La Patente s'est étendue à l'ensemble du Québec et atteint un sommet de 40 000 membres dans les années 1950. Puis vint la Révolution pas-si-tranquille, une pandémie de laïcité et une chute radicale des naissances. La montée du souverainisme a sapé les bases mêmes de l'Ordre de Jacques-Cartier, le rejet massif de la pratique religieuse a vidé les églises et modifié en profondeur le tissu social, au Québec comme au Canada français.

À Ottawa, à partir des années 1960, les quartiers franco-ontariens de la Basse-Ville et de St-François d'Assise ont été charcutés par l'expansion de la fonction publique fédérale dans l'ouest de la ville et une rénovation urbaine municipale plus que suspecte dans la Basse-Ville francophone. Les églises de la résistance avaient perdu leurs appuis dans les quartiers qui les entouraient. La langue de la rue y serait désormais l'anglais. L'église St-Charles a été fermée en 2010, mais sa désignation patrimoniale a éloigné les démolisseurs. L'église St-François d'Assise, récemment désignée patrimoniale, demeure ouverte mais ses hauts clochers surplombent une coquille vide.

Hier, 2 juin, Le Droit a annoncé que l'église, achetée en 2014 par des promoteurs immobiliers, est de nouveau à vendre... Belle façon de célébrer les 100 ans de La Patente. Ces églises monuments d'une francophonie aujourd'hui à l'agonie méritent un meilleur sort. Mais la population qui aurait pu les protéger n'existe plus. Comme le dit l'ancien archiviste en chef de l'Université d'Ottawa, Michel Prévost: «je trouve ça triste quand même»...

lundi 1 juin 2026

Déclin des librairies franco-canadiennes. Quelles sont les causes?

1er juin 2026...

capture d'écran du site Web Le Devoir


J'ai eu souvent l'occasion de critiquer Le Devoir (auquel je suis abonné, papier et numérique), mais sa quête constante f'information sur la francophonie hors-Québec mérite des accolades. La plume de la journaliste Mathilde Beaulieu-Lépine nous transporte d'un bout à l'autre des collectivités de langue française, de l'Acadie à l'Ouest canadien, et les Québécois auraient intérêt à lire ces textes. Le présent des collectivités franco-canadiennes, c'est le futur du Québec si la tendance actuelle au déclin du français se maintient.

Dans son offrande du 1er juin 2026, Mme Beaulieu-Lépine jette un peu de lumière sur les habitudes de lecture des francophones en situation minoritaire. On y apprend que le nombre de librairies françaises (et non «francophones»... quelle horreur...) à l'extérieur du Québec connaît un fort déclin depuis quelques décennies. En 2026, il n'en resterait que onze pour l'ensemble du Canada-sans-le-Québec, alors qu'en Ontario seulement, on en comptait douze en 2009.

Cette incursion de la journaliste du Devoir dans l'univers des librairies franco-canadiennes mériterait d'être approfondie. Derrière la fenêtre ouverte par le quotidien montréalais se dissimule une foule de suivis, y compris une analyse socio-linguistique des endroits où ces librairies sont situées et un retour sur les rares données cueillies par Statistique Canada sur la consommation de livres français dans les provinces à majorité anglaise.

Ainsi, le texte nous apprend que cinq de ces onze librairies françaises sont exploitées au Nouveau-Brunswick. Ce qu'on ne dit pas, c'est qu'elles sont, toutes les cinq, situées dans des régions où environ 95% de la population est francophone (dont près de 50% d'unilingues français) - quatre dans la péninsule acadienne et une à Edmundston, dans le Madawaska. Il n'y en aurait aucune dans le sud-est, plus bilingue, même si l'Université de Moncton y trône.

En Ontario, on dénombre quatre librairies franco-ontariennes, dont une petite boutique nouvellement ouverte à Hearst qui dessert une région à plus de 85% francophone. Et des deux à Ottawa, l'une existe depuis les années 1950 (Le coin du livre). L'autre appartient à une entreprise québécoise de Gatineau, la Librairie du Soleil. Plus de 350 000 francophones (surtout québécois) dans la région de la capitale canadienne offrent un marché suffisant. Ne reste alors, en milieu très minoritaire que la librairie d'Oakville, dans la région de Toronto.

Pour tout le reste du Canada, seulement deux librairies portent le flambeau de la langue et de la culture françaises. On les trouve à Winnipeg et Saskatoon, dans l'Ouest canadien. Quant au Québec, un texte de Radio-Canada de 2025 affirmait qu'on y trouvait environ 160 libraires indépendants. Toute proportion gardée, on devrait ainsi s'attendre à recenser au moins une vingtaine de librairies françaises en situation minoritaire.

Une incursion dans les portraits des minorités francophones hors-Québec, réalisés autour de 2010 par Statistique Canada, permet de mieux comprendre ce déclin des librairies à travers le pays.

Prenons comme exemple les Franco-Ontariens, la plus importante minorité (en chiffres absolus) francophone hors Québec. Au chapitre de la consommation des livres, l'enquête de Statistique Canada révèle qu'en 2006, seulement 19% des Ontariens de langue française consommaient des livres «uniquement ou surtout français»; près de 55% d'entre eux lisaient uniquement ou surtout en anglais... Quand, sur un demi-million de personnes de langue maternelle française en Ontario, environ 275 000 ne s'intéressent pas aux livres français, les librairies franco-ontariennes en subissent les contrecoups. Pendant ce temps, dans la péninsule acadienne, moins de 20% des Acadiens consomment des livres anglais...

J'espère que Le Devoir approfondira cette recherche, et tentera de brosser un tableau similaire dans les régions québécoises où le déclin du français est le plus prononcé...

dimanche 31 mai 2026

Chère Mme Grammond...

31 mai 2026...



Chère Mme Grammond,

J'ai souvent l'impression que le débat entre indépendantistes, autonomistes, fédéralistes et centralisateurs ne finira jamais. Mais au coeur de ce brouillamini, il m'a toujours semblé que les Québécois francophones partageaient quelques repères: une compréhension générale de notre parcours historique en Amérique, la conviction de former une nation de langue française et la reconnaissance du Québec comme État national des Franco-Québécois.

Après avoir lu votre éditorial du 30 mai 2026 intitulé Des ponts au lieu de référendums, et tenant pour acquis que vos propos traduisent la position officielle de votre journal, La Presse, je suis obligé de constater que l'ancien «plus grand quotidien français d'Amérique» renie désormais les fondements de notre existence nationale et adopte des positions que pourraient partager sans modification des quotidiens de langue anglaise partout au Canada, a mari usque ad mare...



Le fait que vous vous opposiez aux référendums québécois et albertain n'est pas en cause. Ni votre désir d'abolir les barrières imposées au commerce entre les provinces et à la mobilité de la main-d'oeuvre. Ni votre plaidoyer pour l'unité canadienne. Nous nous attendons à de telles prises de position depuis des décennies. Non, ce qui choque, c'est que dans votre texte, le Québec soit devenu une province comme les autres, que «notre» économie soit cette du Canada, que la fédération canadienne soit devenue notre «nation» et que la protection du français au Québec puisse parfois devenir une «aberration».

L'essentiel de votre argumentaire porte sur «les barrières imposées à l'intérieur du Canada», équivalents à des droits de douane de 21%. Vous abordez les frictions commerciales entre l'Alberta et la Colombie-Britanniques, ainsi qu'entre le Québec et Terre-Neuve. Depuis un an, écrivez-vous, «nos gouvernements» annoncent des mesures favorisant un libre-échange accru. J'ai cru un instant que vous parliez des deux gouvernements caquistes mais non. Il s'agit bien d'Ottawa et des dix provinces. Voilà «nos» gouvernements. Votre position est donc canadienne, et non québécoise.

Ainsi postée au sommet de la pyramide fédérale-provinciale, de cette «courtepointe pleine de trous» où tout-le-monde-est-pareil, vous ciblez le Québec plus que les autres «provinces» (que vous ne nommez pas) - droits douaniers les plus élevés, obstacles à l'exportation ou l'importation de produits alimentaires, ou à l'accès de travailleurs hors-Québec aux chantiers de construction québécois. Vos critiques se fondent sur une perception du Québec comme «un de dix» ou «un de onze» si l'on ajoute Ottawa. Avez-vous songé une seconde à présenter le Québec comme la seule nation francophone au Canada, ayant à ce titre, un statut national qui lui confère des devoirs et responsabilités bien supérieurs à celui d'une province ordinaire? Robert Bourassa l'avait compris quand l'Accord du Lac Meech a échoué en 1990. 

Même en ayant reconnu que «certaines règles provinciales ont leur raison d'être» notamment la protection du français (je présume que vous parlez ici du Québec même si ce 'est pas clair), vous affirmez que «la protection jalouse» de l'industrie québécoise de la construction constitue une «aberration» en situation de pénurie de main-d'oeuvre. Or, l'arrivée massive d'ouvriers Canadian de la construction au Québec aurait un effet d'anglicisation immédiat.

Une réduction des obstacles au commerce interprovincial, dites-vous, serait «bon pour notre économie». Si j'ai bien compris, l'économie canadienne, celle que Mark Carney veut unifier, c'est «notre économie». Et l'économie nationale du Québec? Sais pas. Ce serait également, ajoutez-vous, «bon pour l'unité nationale». Comprendre ici l'unité canadienne. Ainsi notre nation c'est désormais le Canada? Même pas une petite mention de l'unité nationale du Québec? Non. Au paragraphe de conclusion, vous en rajoutez en précisant que le Canada est «notre propre pays». Affirmation audacieuse quand on considère que nous ne formons qu'un peu plus de 20% de la population du pays et que la majorité anglo-canadienne, avec près de 80% de la population, prend 100% des décisions... avec l'argent de nos impôts. Le seul «notre propre pays» a toujours été le Québec.

Cette conception singulière du statut du Québec au sein de la fédération canadienne trahit une incompréhension fondamentale de l'histoire de notre peuple de langue française, et porte en elle tant le rejet de notre existence nationale que celui de notre État national.

Vous pouvez, Mme Grammond, prendre les positions politiques et constitutionnelles que vous et votre quotidien préférez, mais je ne vous reconnais pas le droit de mépriser votre nation. Ma nation. Notre nation. Elle est cernée, provoquée, menacée... mais résiste toujours. Si des ponts ont été détruits et que des référendums ont parfois lieu au Québec, le Canada anglais et son gouvernement à Ottawa doivent en prendre l'entière responsabilité. Nous n'avons que vingt et quelque pour cent des votes dans ce pays...

Pierre Allard
ancien journaliste
citoyen du Québec
Franco-Ontarien de naissance

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Lien à l'éditorial de Stéphanie Grammond dans La Presse - https://www.lapresse.ca/actualites/editoriaux/2026-05-30/des-ponts-au-lieu-des-referendums.php

samedi 30 mai 2026

WestJet et les unilingues francophones…

30 mai 2026…

Capture d’écran du site Web Le Droit

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Avez-vous déjà rencontré un employé unilingue français d'Air Canada ou de WestJet? Moi non. Comme à peu près tout le monde sans doute. De tout temps, les revendications linguistiques chez les transporteurs aériens ont presque toujours porté sur l'offre de services en français, tant aux aéroports qu'à bord des avions. Donc, sur la nécessité d'engager un personnel bilingue.

Quand les compagnies aériennes réussissent, tant bien que mal, à desservir leur clientèle francophone en français, elles ont embauché des employés qui parlent l'anglais et le français. Pour ces membres du personnel, le bilinguisme signifie très simplement que les employés francophones peuvent se parler entre eux dans leur langue, et que les employés anglophones (souvent unilingues) peuvent parler anglais à tout le monde y compris aux francophones. Bilinguisme Canadian 101.

Le Québec compte un peu plus de 4 000 000 de citoyens unilingues français. Ceux-ci forment environ 11% de la population totale du Canada. WestJet exige que tous ses employés aient une connaissance suffisante de l'anglais. Donc, comme le précise Le Droit (voir lien en bas de page), aucun des 16 000 employés de WestJet ne parle que le français. Je serais curieux de savoir combien d'unilingues français travaillent à Air Canada. Ils ne doivent pas être bien nombreux.

Interrogé au comité parlementaire des Langues officielles à Ottawa sur l'imposition de l'anglais au travail, même au Québec, un avocat de la compagnie WestJet, Tristan Joanette, a indiqué qu’un comité de francisation va se pencher «très sérieusement» sur la question. À tous les jours, on entend des anglophones de l'Ouest ou de l'Ontario ou d'ailleurs se plaindre de l'exigence du bilinguisme pour certains emplois fédéraux. C'est, disent-ils, une forme de discrimnation contre les 25 millions d'unilingues anglais au pays.

Mais jamais n'évoque-t-on la discrimination flagrante contre quatre millions d'unilingues français qui sont systématiquement écartés de la plupart des emplois fédéraux, et même d'un grand nombre de postes dans un Québec de plus en plus bilingue. Pour un anglo de London, en Ontario, l'unilinguisme anglais n'a rien d'anormal. Sa seule langue, majoritaire, devrait suffire s'il remplit les autres exigences d'un poste. Pourquoi, alors, ne trouve-t-on pas normal qu'un francophone de Saguenay ou de St-Hyacinthe ne possède lui aussi qu'une seule langue, la sienne, le français? Et qu'il puisse, au Québec et même ailleurs, occuper des postes importants sans qu'on exige de lui une connaissance de l'anglais?

La bilinguisation à vitesse grand V des francophones du Québec aura pour principal effet de marginaliser davantage les millions d'unilingues français et de les empêcher de vivre pleinement dans leur langue sur leur propre territoire. Pensez-y! Vite!


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Lien au texte du Droit - https://www.lapresse.ca/affaires/entreprises/2026-05-30/westjet-exige-que-ses-employes-francophones-maitrisent-l-anglais.php






 

vendredi 29 mai 2026

Les faits ne sont-ils pas les mêmes pour tous les reporters?

29 mai 2026...



Quand trois médias de langue française envoient chacun un journaliste au même événement, vous vous attendez à lire trois comptes rendus ayant plus de similitudes que de divergences. Les faits ne sont-ils pas, après tout, les mêmes pour chacun des reporters? Réponse facile: oui. Et pourtant, parfois, on se demande ce que les scribes ont bien pu voir pour remettre des textes si différents.

Cela tient-il aux connaissances et aux intérêts du journaliste? Au fait qu'ils ou elles n'aient pas couvert la totalité de l'événement pour une ou plusieurs raisons, y compris les heures de tombée? À des attentes ou des préjugés thématiques? À un simple mal de tête ou une mauvaise humeur passagère? Au monde des humains, tout est possible, et après cinquante années de journalisme, peu de choses me surprennent.

Cette semaine, pour en venir au vif du sujet, Le Droit, Radio-Canada et ONFR-TFO ont délégué un de leurs rédacteurs de nouvelles à la rencontre d'Ottawa des États généraux de l'Ontario français organisés par l'Assemblée de la francophonie de l'Ontario (AFO). Ces réunions de consultation ont lieu un partout dans la province et visent à prendre le pouls de la population franco-ontarienne.

Celle d'Ottawa se déroulait à l'Université d'Ottawa. Les titres des trois textes suggèrent déjà un contenu différent. L'article du Droit (voir lien en bas de page) cible «l'appartenance à la francophonie» comme coeur du débat; l'offrande d'ONFR-TFO (voir lien en bas de page) évoque un plaidoyer «pour une francophonie visible partout à Ottawa»; enfin, Radio-Canada (voir lien en bas de page) se contente d'un titre sans trop de contenu: Les États généraux s'invitent à Ottawa.

Tous les journalistes ont bien sûr rapporté quelques déclarations des porte-parole des organisateurs, Peter Hominuk, directeur général de l'AFO, et Anik Larivière, directrice générale de l'Association des communautés francophones d'Ottawa (ACFO. C'est de mise. Mais le plus intéressant dans ce type de rencontre, ce sont les échanges entre les participants, et les conclusions issues des débats. Ici, les trois reporters donnent l'impression de ne pas avoir eu les mêmes yeux et les mêmes oreilles.

1. Le texte de Sébastien Pierroz dans Le Droit

Son choix est clair: «si les débats ont largement porté sur la vitalité francophone, un mot s'est imposé au fil des échanges: l'appartenance.» À en juger par son choix d'interlocuteurs, on parle davantage ici du sentiment d'appartenance des immigrants de tous âges à la francophonie ontarienne. Le texte met en vitrine seulement trois participants à la rencontre de 135 personnes: Ahdithya Visweswaran, employé de Canadian Parents for French; Dan Ngenzi Ya Ruty, étudiant à l'Université d'Ottawa; et Olivier Hussein, qui se définit comme «Canadien d'origine congolaise».

Les lecteurs doivent conclure que les autres thèmes abordés à la rencontre, s'il y en avait, avaient moins d'importance, et que les Franco-Ontariens historiques et leurs organisations (il y en avait sûrement) n'avaient pas grand chose de percutant à dire. 

2. Le texte de Tom Chazelle Schulze sur le site Web de Radio-Canada

L'introduction - les cinq premiers paragraphes de l'article - reflète bien le titre. On apprend ce que sont les États généraux et l'objectif de la rencontre du 27 mai sur le campus de l'Université d'Ottawa. Pour ce qui est des débats, le reporter a présenté les propos de Marie-Claude Bisson, présidente de la Fédération de la jeunesse franco-ontarienne (FESFO), et de Céline Gaboriault, résidente du quartier de la Côte-de-Sable, près de l'Université d'Ottawa.

Seuls deux thèmes en ressortent: le besoin d'une meilleure inclusion des jeunes au sein de la francophonie ontarienne, et l'espoir de voir francophonie ottavienne rayonner. Les lecteurs ne saurait pas qu'il y avait eu des échanges importants sur l'appartenance et l'immigration.

3. Le texte d'Inès Rebei, d'ONFR-TFO

L'entrée en matière diffère également. Cet article (voir lien en bas de page), le plus complet des trois, indique au premier paragraphe que «l'événement a permis de cibler les priorités de la région de la capitale fédérale, où les participants ont notamment réclamé une meilleure visibilité et un accès accru aux services en français». 

Au-delà de Mme Larivière et de M. Hominuk, Mme Rebei a cité pas moins de cinq participants: Gilles Marleau, ancien bibliothécaire et résident d'Ottawa; Pier Rodier, directeur artistique de Vox Théâtre; Michelet Joseph, étudiant d'origine haïtienne; Carole Breton, directrice des communications au Diocèse anglican d'Ottawa; et Chantal Nadeau, directrice générale du Rendez-vous des aînés francophones d'Ottawa (RAFO).

Les thèmes abordés sont plus variés: l'affichage unilingue anglais des autobus scolaires, l'affichage en français dans les commerces et institutions, le manque de personnel bilingue dans les commerces, l'accueil des immigrants francophones, et la présence déficiente des francophones au sein des structures et comités municipaux.


Alors pourquoi trois journalistes qui assistaient à la même rencontre ont-ils rédigé des articles si différents? J'ai ma petite idée mais je vous laisse avec cette interrogation...
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Lien au texte de Tom Chazelle Schulze de Radio-Canada - https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2257378/acfo-afo-etat-generaux-francophone


mercredi 27 mai 2026

Patrimoine bâti du Vieux-Hull: acheter, laisser à l'abandon, démolir...

27 mai 2026...



Vieux Hull 2026... La démolition du patrimoine bâti se poursuit.

Tout y est. L'excellent texte du journaliste Mathieu Bélanger, paru aujourd'hui sur le site Web Le Droit (voir lien en bas de page), résume en quelques paragraphes comment il faut s'y prendre pour transformer des maisons à valeur historique en blocs d'appartements sans âme.

Cette méthode brutale et largement dénuée de scrupules nécessite la complicité, le plus souvent acquise, du conseil municipal de Gatineau. Elle s'emploie depuis longtemps mais jamais je n'en ai vu une telle synthèse. On pourrait l'intituler Mode d'emploi 101.

La stratégie est simple: acquérir des maisons patrimoniales habitées, les laisser à l'abandon, payer ou contester les contraventions municipales, attendre le moment propice où les habitations sont irrécupérables et demander/obtenir un permis de démolition. Étape finale: bâtir un édifice multi-logements sur plusieurs étages et faire beaucoup de fric!

Ça ne marche pas toujours, mais les chances de réussite sont bonnes.

Au tout début de l'article du Droit, la mise en scène du journaliste décrit parfaitement le processus : «Abandonnées depuis plus d'une décennie, huit petites maisons jadis distinctives du développement du coeur de l'île de Hull d'avant 1900 feront bientôt place à un nouvel immeuble qui abritera 99 logements

La ville de Gatineau aurait pu prévenir ces démolitions. Elle ne l'a pas fait. Selon le texte de Mathieu Bélanger, le projet piloté par l'entreprise Boless était planifié depuis très longtemps. Le promoteur avait acheté la première maison de cet ensemble de huit sur les rues Kent et Laval en 2007 puis les autres, jusqu'en 2023. Son intention de les démolir était claire, et son projet immobilier connu de tous.

Mais les élus de Gatineau n'ont jamais protégé le vieux centre-ville francophone contre l'appétit vorace du gouvernement fédéral et des promoteurs immobiliers. Une à une, les maisons allumettes sont tombées sour le pic des démolisseurs. Les tours de logements et de bureaux ont défiguré, et anglicisé, le secteur historique.

Le conseiller municipal du quartier, Steve Moran, avoue: «si on pouvait reculer dans le temps, dit-il, on ferait les choses autrement comme Ville. Les maisons qui sont là (sur les rues Kent et Laval) avaient une valeur patrimoniale. Aujourd'hui, on prendrait des décisions pour leur assurer une meilleure protection. Là, il est clairement trop tard

Sur les huit habitations, sept avaient été construites avant le grand feu de Hull de 1900. Ce sont elles qu'on rasera. Des générations de familles les avaient habitées pendant plus d'un siècle. Du jour au lendemain, elles ont été vendues et laissées à l'abandon. Les contraventions de la ville et les protestations de citoyens n'ont pas empêché les vieilles maisons de se détériorer, victimes d'une négligence volontaire. Le promoteur patient savait qu'un bon matin, son projet verrait le jour.

Les nouvelles résidences ne sont pas conçues pour accueillir des familles ouvrières. Ce sont pour la plupart des studios et des appartements d'une chambre, selon le texte du Droit. Le constructeur a son permis de démolition depuis plus d'un an. Son projet est désormais recommandé par le service municipal de l'urbanisme et le comité consultatif d'urbanisme. Ne manque que l'autorisation finale du conseil municipal, qui ne saurait tarder.

Voilà le mode d'emploi. D'autres entrepreneurs l'ont utilisé auparavant. D'autres s'essaieront à l'avenir, tant qu'il sera possible d'accaparer quelque parcelle survivante du vieux centre-ville de Hull (Gatineau). Au fond, ces bâtisses d'une époque révolue ont peu de chances de survie contre les forces de l'argent qui les cernent.

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