19 mai 2026...
L'Université d'Ottawa vient de se donner une vice-rectrice à la Francophonie, Julie Cafley, qui promet, à la mode du temps, de «faire avancer une francophonie inclusive, ancrée dans l’équité et tournée vers l’avenir». Cette déclaration n'augure rien de bon pour les Franco-Ontariens qui cherchent à voir dans cette institution depuis plus de 150 ans «leur» université.
Non seulement les étudiants de la francophonie historique (Québécois et Canadiens français), majoritaires jusque dans les années 1960, ont-ils été graduellement asphyxiés par une majorité anglophone oscillant autour de 70%, mais les «inclusifs» voudraient aujourd'hui en effacer l'identité. Sous l'étendard d'une francophonie désormais «plurielle», toute tentative d'affirmation des luttes de ceux qu'on appelle souvent avec mépris les «de souche» sont vues avec suspicion.
Tourner la francophonie «inclusive» uniquement vers l'avenir, c'est rejeter un riche passé de combats menés par ceux et celles dont les racines remontent à la vieille France. Jusqu'à un passé récent, ils ont porté le fardeau d'assurer la pérennité de la langue et de la culture française en Ontario. Et ce n'est pas parce qu'ils succombent de plus en plus à une assimilation presque inévitable que l'identité «canadienne-française» ontarienne doit être dissoute dans un contexte où les priorités portent de plus en plus sur les nouveaux arrivants.
La solidarité entre francophones de toutes origines - d'ici et d'autres pays - est en voie d'éroder les identités distinctes qui la forment, y compris la nôtre. L'Université d'Ottawa, dans son regard tourné vers l'avenir, doit aussi - et peut-être surtout - se pencher sur les revendications historiques des Franco-Ontariens qu'elle n'a jamais vraiment prises au sérieux. Peut-être Mme Cafley pourrait-elle commencer avec le mémoire présenté par l'Assemblée provinciale des mouvements de jeunes de l'Ontario français (APMJOF) en 1970 au Groupe de travail sur le bilinguisme de l'Université.
Intitulé «Francisation totale de l'Université d'Ottawa», ce mémoire était issu d'une année de consultations auprès des groupes de jeunes Franco-Ontariens à travers la province. En assemblée générale, ils avaient donné à l'APMJOF. le mandat d'étudier «le problème de la francisation totale d'une université en Ontario». Cette institution, bien sûr, ne pouvait être que l'Université d'Ottawa.
Le texte, d'une clarté exemplaire, soulève une problématique qui demeure tout à fait actuelle. «Une université, écrit l'APMJOF, doit non seulement permettre à l'étudiant canadien-français d'étudier dans sa langue mais, croyons-nous, lui assurer un milieu culturel qui lui soit propre, un milieu favorable à son épanouissement culturel.» Ce qui est impossible quand les francophones sont minoritaires.
L'APMJOF se dit convaincue «que seul l'unilinguisme français est viable et que seul l'unilinguisme français assurera une entière promotion académique et culturelle aux étudiants francophones qui voient en l'Université d'Ottawa une des seules institutions post-secondaires qui se rapproche quelque peu de leur culture.»
«Si, conclut-elle, une fois leurs études secondaires terminées, les jeunes Ontariens de langue française entrent dans une université entièrement française, dans un milieu homogène, dans un milieu favorable à leur épanouissement culturel, ces jeunes continueront de vivre et de travailler en français.»
Si l'Université d'Ottawa avait pris au sérieux ces revendications de la jeunesse franco-ontarienne alors que la moitié de la population étudiante était toujours francophone, elle n'en serait pas à essayer de sauver les meubles en 2026 avec son inclusion, son équité et son regard plutôt stérile vers l'avenir...








