mardi 12 mai 2026

Victoria contre les Patriotes.....

12 avril 2026...

Drapeau des Patriotes à Saint-Denis-sur-Richelieu


S'il faut trouver le jour de l'année qui marque l'opposition la plus fondamentale entre le Québec et le Canada, mon choix se porterait sur le lundi avant le 25 mai (c'est le 18 mai en 2026). Partout au Canada anglais, cette journée s'appelle la Fête de Victoria (la reine, s'entend) et a pour but de célébrer «l'anniversaire du souverain». Au Québec, on y fête la Journée nationale des Patriotes, ceux-là mêmes qui se sont rebellés contre la monarchie répressive de Victoria en 1837-1838.

À preuve, le gouvernement québécois vient d'honorer comme «personnages historiques» le médecin patriote Jean-Olivier Chénier, tombé sous les balles britanniques en 1837 à St-Eustache, et les patriotes cruellement pendus en 1838-1839 par des militaires au service de la Reine Victoria et de son empire. Pendant qu'à Ottawa et ailleurs au pays, on rend hommage à la mémoire de Victoria et de ses habits rouges, au Québec on commémore l'héroïsme de ses victimes!

Alors que le Canada anglais souligne toujours l'allégeance au monarque, les élus québécois veulent «abolir le lien entre l'État du Québec et la monarchie britannique» (voir image ci-dessous). 

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capture d'écran du Devoir du 27 mai 2025

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Sur le site officiel du ministère québécois de la Culture, on peut lire: «La Journée nationale des patriotes honore la mémoire des patriotes qui ont lutté (en 1837-38) pour la reconnaissance nationale du peuple québécois, sa liberté politique et l'obtention d'un système de gouvernement démocratique». De nombreuses célébrations ont lieu à travers le Québec, et le drapeau tricolore vert-blanc-rouge est bien en évidence, même sur des édifices publics.

Sur le site officiel des «journées importantes et commémoratives» du gouvernement canadien, on ne parle que de la Fête de Victoria. Aucune référence à la Journée nationale des patriotes, pourtant essentielle si l'on veut comprendre l'évolution vers la démocratie au Québec et dans l'ensemble du Canada. Ottawa feint d'ignorer que le Haut-Canada (Ontario) a aussi eu ses rebelles en 1837-38 et que certains d'entre eux ont été pendus par l'armée de Victoria...

Il n'y a que deux autres «journées importantes et commémoratives» en mai au calendrier du gouvernement du Canada: la Journée du patrimoine néerlandais (5 mai) et la Journée internationale contre l'homophobie, la transphobie et la biphobie (17 mai). Et pour tourner le fer dans la plaie, on célèbre toujours la Journée Sir John A. Macdonald le 11 janvier. Heureusement on inclut La Saint-Jean-Baptiste le 24 juin, sans toutefois mentionner qu'il s'agit de la Fête nationale du Québec.

On indique par ailleurs que mars est le Mois du patrimoine irlandais. C'est aussi le Mois de la francophonie, mais vous ne le trouverez pas dans la liste fédérale... Le gouvernement canadien mentionne cependant le Mois du patrimoine hindou (novembre), le Mois du patrimoine libanais (novembre), le Mois du patrimoine allemand (octobre), le Mois canadien de l'histoire islamique (octobre), le Mois du patrimoine latino-américain (octobre), le Mois du patrimoine polonais (mai), et j'en passe... etc... etc...

J'ai scruté la liste fédérale et déniché une journée commémorative qui pourrait servir à honorer les Patriotes: le 23 juin, Journée nationale du souvenir des victimes de terrorisme. Les troupes britanniques qui ont brûlé des villages, pillé des demeures, violé des femmes et pendu nos patriotes étaient auteurs d'actes terroristes. Les anciens Québécois du Bas-Canada qui ont goûté à la médecine des troupes de Victoria étaient des victimes de terrorisme!


lundi 11 mai 2026

C'est-y assez «clair»?

11 mai 2026...



Mark Carney s'adressait aux cowboys «séparatistes» de l'Ouest, mais son message visait tout autant les Québécois quand il a affirmé, la semaine dernière, que les règles établies par la Loi fédérale de clarification (clarté référendaire) devront être suivies à la lettre si un référendum sur la sécession de l'Alberta finit par avoir lieu.

Le premier ministre canadien sait que le mouvement indépendantiste albertain ne constitue pas une menace sérieuse à l'unité du pays. Le mécontentement là-bas est réel mais ne repose aucunement sur l'affirmation d'une identité «nationale» de l'Alberta. La rancune est idéologique, en provenance de la droite du spectre politique. Cette poussée autonomiste ne sera jamais majoritaire.

La situation du Québec est toute autre. Au dernier référendum, une forte majorité de francophones a voté oui et n'eut été des anglos et anglicisés, l'indépendance de la nation québécoise serait chose faite depuis 30 ans. Ottawa a eu la frousse en 1995 et pris depuis ce temps les moyens jugés nécessaires pour empêcher cette récidive que la Constitution des longs couteaux de 1982 n'avait pas réussi à éviter.

Le gouvernement Chrétien a soumis la dynamique d'une sécession possible du Québec à sa Cour suprême, s'attendant à renforcer ses armes politiques et constitutionnelles. Mais ses propres chiens de garde judiciaires lui ont mordu la main avec une conclusion tout à fait inattendue dans leur Renvoi sur la sécession de 1998: «Le rejet clairement exprimé par le peuple du Québec de l'ordre constitutionnel existant conférerait clairement légitimité aux revendications sécessionnistes», obligeant Ottawa à «respecter cette expression de la volonté démocratique en engageant des négociations».

Après leur indigestion, Jean Chrétien et son ministre des Affaires intergouvernementales Stéphane Dion ont régurgité en l'an 2000 une réplique effrontée: une loi donnant au fédéral le droit exclusif de juger de la «clarté» de toute nouvelle question référendaire québécoise, et aussi, le droit de définir ce qui constitue une majorité suffisamment «claire» pour reconnaître une victoire sécessionniste. Une loi cadenas!

L'Assemblée nationale du Québec, sous Lucien Bouchard, a répondu du tac au tac, la même année, avec la bouche de ses canons. La Loi 99 disait clairement à Ottawa de se mêler de ses affaires:


À cette déclaration de principe s'ajoutait une disposition décrétant que la majorité «claire» à un référendum serait de 50% + 1. Cette loi, déclarée valide par les tribunaux, a pour effet d'invalider la loi Chrétien-Dion, du moins en ce qui concerne le Québec. Si l'Alberta ne s'est pas donné sa propre Loi 99, cependant, un bras de fer est à prévoir entre les séparatistes western et les fédéraux d'Ottawa sur le libellé de leur question référendaire et sur la définition d'une majorité acceptable. Ça va être rigolo.

Sauf que Mark Carney, lui, est tout sauf rigolo... Il ne plaisante pas quand vient le temps de bâtir UNE économie canadienne, UNE identité canadienne, UN Canada fort. Et il a désormais sa majorité aux Communes. Il piétinera allègrement les compétences provinciales, y compris celles du Québec, pour réaliser ses grands projets politiques, économiques et identitaires. Avec sa Constitution des longs couteaux, ses tribunaux, sa majorité anglo-dominante multiculturelle, rien ne sera laissé au hasard ou à la chance.

Le premier ministre vient d'indiquer à l'Alberta que ses lois provinciales en matière de référendums sont en tutelle. Sans l'approbation de la Chambre des communes, les résultats - peu importe - seront considérés comme nuls. Il doit savoir qu'Edmonton va éventuellement plier devant le rouleau compresseur fédéral. Mais ce qu'il veut surtout, c'est mettre le Québec à genoux. Sa déclaration, rapportée par le Globe and Mail, ne visait pas seulement l'Alberta:


Mark Carney vient de dénoncer très clairement la Loi 99, ce qui fera sans doute plaisir à tous les collabos centralisateurs du Québec, qu'ils siègent aux Communes ou à l'Assemblée nationale. Pour le moment, toute cette bande ne s'énerve pas trop. Les sondages leur sont favorables depuis des années. Et le Parti québécois n'a pas encore gagné l'élection d'octobre prochain. Mais au sein de chaque Québécois de langue française sommeille un souverainiste. Les braises sont plus chaudes que l'on pense et il suffirait d'une étincelle pour rallumer la flamme du Oui.

Qu'attendent les défenseurs du Québec pour envoyer promener Mark Carney? Le silence des milieux officiels à Québec inquiète... Qu'on rappelle aux fédéraux qu'Ottawa a participé aux référendums de 1980 et de 1995 dans le camp du Non. Participer, c'était déjà reconnaître la légitimité du processus, de la majorité à 50% + 1 et du droit du Québec à s'autodéterminer sans ingérence de la majorité anglo-canadienne et de son gouvernement à Ottawa.

dimanche 10 mai 2026

Le combat n'est pas perdu ici, mais au cas où...

10 mai 2026…



Devrait-on commencer à documenter tout de suite l’état du déclin de la langue française au Canada et au Québec pour les chercheurs des prochains siècle, comme ceux des années 1930 l’ont fait pour les anciennes collectivités francophones aux États-Unis, notamment en Nouvelle-Angleterre, au pays des Illinois et en Louisiane?

En relisant les mémoires au Deuxième grand congrès de la langue française tenu à Québec en 1937, je me rends compte des similitudes dans les processus d’anglicisation, peu importe où l’on se trouve. La vie française d’origine devient graduellement bilingue avant que l’affirmation de la dominance de l’anglais réduise ce qui reste du français en créole ou en jargon fait de structures anglaises avec l’occasionnelle expression française.

À preuve l'université Notre-Dame (prononcer aujourd'hui Nôteur-Dayme), anciennement appelée Notre-Dame-du-Lac, fondée vers 1840, la seule «aux États-Unis qui ait reçu un commission française». Depuis l'arrivée de Cavalier de La Salle dans la région de South Bend, en Indiana, en 1679, le pays des Illinois et la Haute-Louisiane avaient été sous l'influence française, et le sont demeurés par endroits (Ste-Geneviève, St-Louis) jusqu'au milieu du 19e siècle.

Aux débuts de l'université Notre-Dame, le français avait été la première langue enseignée mais, de noter l'auteur du mémoire, B.-J. Dubois, de la localité de Notre-Dame (Indiana), «notre langue céda peu à peu sa place à la langue anglaise». Par la suite, on se contenta d'exiger que les étudiants suivent des cours de français pendant quatre ans, et ce, jusque vers 1900. Rendu en 1937, la francophonie se résume à l'existence d'une «Maison française» où les participants parlent, jouent et chantent en français une fois la semaine. On y entendait toujours chanter O Canada et La Marseillaise...

Dans les années 1930, le français était largement réduit à l'état de souvenir, sauf chez les rares personnes assez vieilles pour avoir assisté à l'agonie des anciennes bourgades francophones. Il restait cependant la localité de Vieilles-Mines, dans le Missouri, une anomalie à cause de son isolement. Peu avant le Second conflit mondial, on y dénombrait toujours quelque 600 familles franco-créoles dans la région.

Il s'agit, dit l'auteur, «d'une colonie française peu connue où la langue, les traditions et les coutumes de l'ancienne division administrative au pays des Illinois se sont conservées jusqu'à la génération actuelle». Ces descendants de pionniers canadiens-français ont pu, dit-il, conserver pendant plus d'un siècle et demi des coutumes qui ont disparu depuis longtemps ailleurs. Une des plus charmantes, selon lui, est celle de la Guignolée, qu'on appelle là-bas guillonnée.

Les habitants de Vieilles-Mines avaient appris par cœur les vieilles chansons apportées du Canada au 18e siècle. J.-M. Carrière, d’Evanston, Illinois, en avait recueilli une trentaine sur d’anciens cylindres Ediphone. La langue paraît étrange, écrit-il, parce que la parler populaire y a évolué librement « faute d’influences littéraires qui l’ont empêché de déchoir ». 

Sans école française, sans clergé francophone, entouré partout de collectivités de langue anglaise, « il est donc tout naturel que le vocabulaire se soit appauvri et que la grammaire se soit singulièrement simplifiée ». Et, ajoute-t-il, « l’infiltration anglaise affecte non seulement le vocabulaire en substituant un mot anglais à un mot français mais donne souvent au parler de la région un aspect très étrange en y introduisant des constructions anglaises ». On dira par exemple « tenir ein œil sus lui » (keep an eye on him en anglais)…

Ce travail de documentation offert au congrès de la langue française de 1937 a aujourd’hui une valeur inestimable parce que les humains dont il est question n’existent plus. Or, le processus actuel d’envahissement de l’anglais au Canada hors-Québec et d’infiltration accélérée au Québec n’est pas sans rappeler ce qui s’est passé au sein des collectivités franco-américaines disparues.

Ici au Québec le combat n’est pas perdu mais il s’intensifie. J’ai bon espoir que nous vaincrons en dépit des obstacles mais au cas où… le temps est-il venu de préparer une encyclopédie numérique de notre aventure française de quatre siècles en Amérique du Nord? Cela pourrait servir en 2200 ou en 2300 à ceux et celles qui se demanderont pourquoi il subsiste tant de vestiges visuels d’une ancienne civilisation non anglophone dans le bassin du Saint-Laurent…

samedi 9 mai 2026

Maman avait tout conservé...

9 mai 2026...

Trouvaille en cette veille de la fête des Mères... Faut croire qu'elle pense à moi dans l'au-delà...

Ma mère, Germaine Jubinville-Allard, décédée le jour de son 99e anniversaire (28 juillet 2023), avait conservé des boîtes pleines de souvenirs, y compris une grande enveloppe blanche contenant huit coupures de presse - sept du Droit, une du Ottawa Citizen - où je suis le sujet plutôt que l'auteur. Par crainte de les égarer, ce que je pourrais bien faire, j'ai choisi de les numériser et de les conserver sur mon blogue. Chacune rappelle une époque bien précise...


1. Les deux photos identiques ci-dessus ont été prises en 1968 pour ma collation des grades (bac en science po à l'Université d'Ottawa). Celle de droite annonce que j'ai reçu une bourse de l'Ontario pour poursuivre mes études de maîtrise en fédéralisme canadien et comparé. Celle de gauche a été utilisée au printemps 1969 pour annoncer ma candidature au conseil régional d'Ottawa-Carleton de l'Association canadienne-française de l'Ontario (j'ai été élu le 4 juin, cinq jours avant de devenir journaliste au Droit). Celle du milieu, avec barbe et cheveux longs, annonce ma nomination comme éditorialiste aux affaires québécoises (j'étais franco-ontarien) en 1974. À cette époque, pour accéder à l'équipe éditoriale du Droit, il fallait parader devant le conseil d'administration du journal, où je les avais averti que j'étais socialiste et indépendantiste. Aucun problème, m'a-t-on répondu, à condition que tu respectes la politique éditoriale du journal... ce que je fis.



2. Le début des années 1970, mon époque la plus intense de militantisme syndical. En plus de siéger à l'exécutif syndical des journalistes, j'avais été élu à l'exécutif du Conseil central de l'Outaouais de la CSN avec un de mes collègues du Droit, Norman Dugas. De grands bouleversements ont marqué ces années y compris le douloureux schisme à la CSN en 1972, le premier grand front commun intersyndical du secteur public québécois et l'emprisonnement des chefs syndicaux. À ne pas oublier, la grande manif d'octobre 1971 à Montréal pour sauver La Presse, menacée par Power Corp. Mon souvenir le plus précieux de l'époque syndicale: une caricature de moi dessinée par l'auteur et militant Pierre Vadeboncoeur durant une session du conseil confédéral de la CSN, à Québec je crois.
 

3. Cette bizarre photo de moi, prise en 1973, a été publiée par Le Droit en 2013 à l'occasion du centenaire du journal. L'article portait sur une rencontre genre retrouvailles d'anciens et actuels membres du personnel de la salle de rédaction. La photo elle-même, celle où je tiens deux téléphones, a été prise la nuit durant les négociations en vue du renouvellement de la convention collective des journalistes. Je parlais peut-être aux deux autres membres du comité de négociations mais je n'en suis pas sûr. Il n'y avait pas de Zoom ou de Messenger à l'époque... On utilisait les moyens du bord... Évidemment, les deux autres ne pouvaient parler qu'à moi...


4. Cette photo a été prise et publiée en 2008 ou 2009, peut-être aussi tardivement que 2013, dans le cadre d'un cahier spécial où il était question du fonctionnement des différents services du quotidien. En tout cas, c'était avant qu'on me mette à la porte en mai 2014. On voit, de gauche à droite, Pierre Jury, moi, Adrien Cantin et Guy Badeaux.


5. La plus ancienne des photos conservée dans cette enveloppe par ma maman. elle remonte au mois d'avril 1964, alors qu'un groupe d'étudiants de pré-universitaire de l'Université d'Ottawa avaient décidé de former une équipe dans le cadre d'un tournoi de quilles à Ottawa (5 quilles). Nous avions gagné le tournoi et la photo de la présentation du trophée par un animateur de la station de radio CFRA avait été publiée dans les pages de l'Ottawa Citizen. Je suis au centre à l'arrière, avec lunettes et chemise rayée. À ma gauche (à ma droite quand on regarde la photo), deux de mes bons amis, Pierre Brisson et Pierre de Champlain. Les trois Pierre de l'équipe. Je ne joue plus aux quilles. Si j'essayais de nouveau de m'élancer sur une allée avec une boule, j'ai la certitude absolue que je finirais ma journée à l'urgence d'un hôpital...

Bon voilà. Les souvenirs de ma mère sont sains et saufs dans l'univers numérique. Euh, non pas tous... Maman a aussi conservé dans une grande boîte tous les éditoriaux que j'ai signés au Droit en 1974-75, puis entre 2002 et 2014. Je vais tâcher de ne pas les expédier par erreur au bac de recyclage...

vendredi 8 mai 2026

Ville amie des oiseaux / Bird Friendly City...

8 mai 2026...



Ma ville - celle qui ne lève pas un petit doigt pour la défense d'une langue française en péril sur son territoire - n'a ménagé aucun effort pour voler au secours des oiseaux et obtenir de Nature Canada son statut bilingue de Ville amie des oiseaux/Bird Friendly City

Devant une grosse pancarte bilingue/bilingual, flanquée de la ministre fédérale de l'Environnement Julie Dabrusin et de la députée fédérale de Pontiac-Kitigan Zibi, Sophie Chatel, la mairesse Maude Marquis-Bissonnette a participé cette semaine à la cérémonie honorant les multiples efforts de la ville de Gatineau «pour protéger les oiseaux et leurs habitats».

Ma ville, qui ne semble pas avoir la moindre idée du danger que court chez elle l'unique langue officielle du Québec, a volontiers participé avec L'équipe Gatineau - Ville amie des oiseaux à la réalisation d'une «vaste compilation des initiatives, politiques et projets déjà en place, mettant en lumière l'ampleur du travail accompli au fil des ans pour soutenir le bien-être des oiseaux en milieu urbain». Tout ça pour répondre aux 40 «critères rigoureux» établis pas Nature Canada...

Ma ville, qui s'est fait gronder par l'OQLF pour son slogan raté On passe au BOLD en 2024, qui est restée muette comme une carpe devant la récente campagne Bleisure de Tourisme Outaouais, jacasse maintenant comme une pie avec Nature Canada, un organisme anglo-dominant, financé par Environnement Canada, proche de la Commission de la capitale nationale (celle d'Ottawa), avec un site Web où le français traduit laisse trop souvent à désirer (voir image ci-dessous).

capture d'écran  du site Web de Nature Canada


Les membres du conseil municipal de ma ville, qui se terrent au fond de leur chaise pour éviter de discuter du drame linguistique qui se déroule sous leurs yeux, se sont levés d'un seul bond en avril 2025 pour adopter une résolution unanime enjoignant la municipalité à soumettre la candidature de Gatineau à Nature Canada. Plus facile d'aimer les p'tits oiseaux qu'une collectivité francophone en péril. Le centre-ville s'anglicise d'ailleurs à vue d'oeil en bonne partie à cause des décisions des élus municipaux.

Ma ville est québécoise, mais ça paraît de moins en moins. À preuve cette affaire d'association à Nature Canada, un organisme clairement lié au gouvernement canadien, ainsi qu'en atteste la présence de la ministre fédérale de l'Environnement, hier. Le gouvernement québécois autorise-t-il ces rencontres officielles entre Gatineau et des représentants fédéraux? Ou considère-t-on désormais Gatineau comme une extension de la capitale fédérale avec un statut semi-autonome?

Je ne dispute pas le besoin de protéger les oiseaux et, plus généralement, l'environnement. Il y avait à Gatineau un problème visible. On l'a vu. On a agi pour tenter de le régler. Et on suit le dossier de près. Mais il y a aussi à Gatineau un grave problème linguistique. On le voit dans les recensements, dans les rapports de l'OQLF, dans la rue. Mais on ne tente pas de le régler. On n'avoue même pas son existence. Les combattants pour l'environnement se transforment trop souvent en colonisés, ici, quand vient le temps d'agir pour protéger et promouvoir le français.

En 2050, ou avant, au train où vont les choses, on entendre de plus en plus souvent: French is for the birds...



capture d'écran du site Web de Gatineau


jeudi 7 mai 2026

Regarder les choses en face?

7 mai 2026...



Depuis la grande révolution culturelle des années 1960, le fossé se creuse et s'approfondit entre les dirigeants des grandes organisations franco-ontariennes et la réalité qu'ils prétendent représenter. La déconnexion est telle que l'Assemblée de la francophonie de l'Ontario (AFO) a senti le besoin d'organiser des «États généraux de l'Ontario français» pour retrouver et consulter les populations franco-ontariennes aux quatre coins de cette province immense.

Dans un communiqué émis le 9 avril 2026, l'AFO se dit obligée de «regarder les choses en face» et affirme que cette grande consultation des États généraux «doit créer un véritable moment de lucidité de dialogue et de choix». Après une séance initiale d'assemblées citoyennes et de forums communautaires l'an dernier, l'organisation parapluie des Franco-Ontariens a fait le point dans un «livre vert» publié en mars 2026 avant d'entreprendre de nouvelles assemblées citoyennes, présentement en cours.

Le site Web Le Droit publiait aujourd'hui, 7 mai, un texte sur une de ces assemblées citoyennes, tenue la veille à Hawkesbury, dans l'Est ontarien. Dans ce coin de pays où les francophones sont toujours majoritaires et moins anglicisés que la moyenne, le directeur général de l'AFO n'y est pas allé de main morte. Les choses vont mal. On est en mode «survie». Si rien ne change, dit-il, «certaines communautés francophones pourraient disparaître d'ici 2050».

Se pourrait-il que l'AFO ait enfin sillonné les rues des villes et villages de l'Ontario français, scruté les recoins de l'univers numérique franco-ontarien, consulté des experts démo-linguistiques, épluché les données accablantes des recensement fédéraux pour brosser un tableau clair et précis du vécu de ses ouailles? Non. C'était trop espérer.

Dans ce Livre vert qui contient par ailleurs des observations intéressantes et opportunes, l'Assemblée de la francophonie de l'Ontario commence par réitérer son estimation fantaisiste du nombre de Franco-Ontariens : 795 760! Cette refonte bizarre de la réalité linguistique n'a rien à voir avec les données plus pertinentes et irréfutables des recensements, comme la langue maternelle (environ 500 000) et la langue la plus souvent parlée à la maison (autour de 300 000).

Les chiffres de la langue d'usage (celle parlée le plus souvent à la maison) demeurent les plus importants. La langue parlée à la maison, c'est celle qu'on transmet à la génération suivante. Or, entre 1971 et 2021, le nombre de Franco-Ontariens ayant le français comme langue d'usage a diminué non seulement en pourcentages, mais aussi en chiffres absolus, passant de 352 465 à 292 042. Pour comprendre et combattre cette assimilation qui menace la survie de l'Ontario français, il faut commencer par cesser de vivre au pays des merveilles.

À la rencontre d'hier à Hawkesbury, des participants ont dit craindre un recul du français même au sein des majorités de Prescott-Russell. «On hésite à s'afficher en français et on accepte plus facilement de se faire servir en anglais», note une participante. Toutes les personnes présentes savaient qu'elle avait raison. Elle a aussi noté «une présence grandissante de l'anglais chez les jeunes dans leurs relations quotidiennes». L'AFO pourrait bien vite saisir la portée de cette dynamique bien réelle au moyen d'une recherche sommaire de la situation des francophones dans les recensements fédéraux depuis les années 1950.

Et pour mieux comprendre l'anglicisation des jeunes (et des adultes), les dirigeants franco-ontariens auraient avantage à scruter de plus près le comportement numérique de leurs soi-disant 795 000 francophones. L'immense majorité (plus de 90%?) de ces Franco-Ontariens vivent le plus souvent en anglais sur les Facebook, Instagram et autres réseaux sociaux. Et curieusement, toute cette dimension Web et réseaux sociaux semble absente des États généraux. J'ai fait une recherche des mots «Internet», «Facebook» et «réseaux sociaux» dans le Livre vert de mars 2026, et obtenu zéro résultat.

L'AFO ne mentionne même pas les importants groupes de discussion franco-ontariens sur le plus vaste des réseaux, Facebook. Le seul groupe Franco-Ontariens du Nord de l'Ontario compte 22 500 membres! Le groupe Fier d'être Franco-Ontarien rassemble 12 700 membres. Et il y en a d'autres. Je ne sais pas à quel point ces groupes sont actifs mais à eux seuls, il rejoignent probablement plus de francophones que la totalité des organismes membres de l'AFO. Peut-être, dans sa quête «de voir les choses en face», les dirigeants de l'AFO n'ont-ils pas remarqué les petits écrans qui se retrouvent tous les jours devant la face de centaines de milliers de Franco-Ontariens?

L'idée des États généraux est opportune. Les consultations et assemblées citoyennes sont de merveilleuses initiatives. Mais si on continue de prétendre qu'il existe près de 800 000 Franco-Ontariens en tortillant savamment des statistiques des recensements, tout cela devient inutile. En supposant que la réalité finisse par leur éclater en pleine figure, ils feindront de ne pas la voir. Il ne faudrait surtout pas lézarder l'édifice imaginaire sur lequel ils se fondent pour intervenir auprès des sièges du pouvoir et de la bourse, à Ottawa et Toronto.

J'espère avoir tort...

mercredi 6 mai 2026

Une nuit en train en mai 1967...

6 mai 2026...



À deux mois de notre déménagement en appartement, je fouille les fonds de tiroirs et classeurs pour voir si je dois conserver ou pas ce qui j'y ai entassé depuis près de 40 ans. Coïncidence? Hier, 5 mai, je suis tombé sur une enveloppe qui contenait un billet de train du CN remontant à un autre 5 mai, celui de 1967.

L'année de l'Expo, l'année du centenaire de la Confédération. L'année aussi où j'ai commencé à participer à des rencontres provinciales de l'Ontario français et à des événements de la francophonie pan-canadienne, y compris les mémorables États généraux du Canada français à Montréal, à l'automne 1967.

Le voyage en train Ottawa-Cochrane (nord de l'Ontario) fut ma première véritable aventure à l'extérieur du couloir Ottawa-Montréal. Embarqué à 18 h 50 à la gare d'Ottawa, la première étape du voyage nous amenait à North Bay. J'ai un vif et agréable souvenir du wagon-restaurant avec menu et service aux tables. Puis à 1 h 05, en pleine nuit, c'était le «Polar Bear Express» du CN vers le nord.

Ce fut ma seule expérience de dormir dans une couchette bercée par le clac-clac du train sur les rails. En ouvrant le store au petit matin, les champs étaient recouverts d'une mince couche de neige. Nous avions nettement changé de climat. Si je n'avais pas débarqué à Cochrane (200 km au nord-ouest de Rouyn-Noranda) j'aurais pu me rendre en train jusqu'à la Baie James.

À cette époque, la Révolution tranquille du Québec avait gagné l'Ontario français, les jeunes du moins. Les organisations patriotiques franco-catholiques étaient de plus en plus contestées, et un vaste mouvement pan-ontarien était en cours pour réorganiser les associations de jeunes sur des bases plus modernes. Des consultations avaient lieu dans tous les coins de la province, dont Cochrane.

Les rencontres de mai 1967 m'ont amenées également à Timmins (dans un avion de brousse à partir de Cochrane), puis à Sudbury et à North Bay. Pour un étudiant universitaire issu d'un petit quartier français d'Ottawa, complétant un bac en science politique avec des Québécois à l'Université d'Ottawa, déjà indépendantiste, ce fut un brutal rappel à l'ordre.

Les gens d'autres régions vivaient dans des collectivités fort différentes, souvent éloignées des grands centres, parfois majoritairement francophones, parfois anglicisées (comme à North Bay). Il fallait trouver des repères communs permettant d'asseoir un nouveau mouvement provincial de jeunes sur des bases solides. Il fallait vaincre la méfiance des groupes du nord-est envers les élites d'Ottawa, traditionnellement dominantes et condescendantes.

Si de telles démarches étaient entreprises en 2026, personne n'aurait été obligé de se déplacer. Avec les réseaux sociaux, les échanges Messenger et les rencontres Zoom, le dialogue aurait progressé à un rythme accéléré. Mais 1967, c'était l'époque du téléphone, du train, de l'avion, de la voiture, du courrier postal, des rencontres en personne, des nuitées dans des hôtels ou des gymnases d'école, de documents tapés à la machine, copiés avec des machines Gestetner... 

Le camp de l'Île-au-Chêne, Lac Nipissing, Ontario, en 1967


À l'été, on m'avait délégué à un camp de deux semaines à l'Île au Chêne, sur le Lac Nipissing, près du village de Lavigne (Ontario) pour participer à une conférence sur les 100 ans de la Confédération canadienne. Un voyage prometteur pour un jeune passionné de la politique, jusqu'à ce que je découvre que le thème n'était qu'un prétexte pour faire de la dynamique de groupe (beurk!). Après cinq ou six jours, j'ai décidé de quitter et de rentrer chez moi. Cela ne s'était jamais fait, m'a-t-on dit. J'ai dû menacer de faire appel à la police pour qu'enfin une chaloupe me ramène à la terre ferme...

Mes périples de 1967 m'ont aussi permis de voir Banff, en Alberta, et Pointe-de-l'Église, en Nouvelle-Écosse, où avaient lieu des conférences de la francophonie pan-canadienne. Mes souvenirs marquants à part les rencontres et les vues majestueuses des Rocheuse: un discours que j'ai prononcé en faveur de la souveraineté-association (réception tiède) et ma découverte émouvante de Grand-Pré, lieu dédié à la mémoire de la déportation des Acadiens en 1755. 

Après quelques visites à l'Expo 67 à l'été, un retour ultime à Montréal cette année-là pour les grandes assises de 1967 des États généraux du Canada français, du 22 au 26 novembre. Interprété à tort depuis cette époque comme moment du schisme entre les Québécois et les francophones ailleurs au pays, cet événement historique a cependant permis de cristalliser les différentes factions, pro et anti québécoises au sein des minorités francophones, notamment chez les Franco-Ontariens et les Acadiens.

On a tendance à oublier que la moitié des délégués acadiens et le tiers des délégués franco-ontariens avaient voté en faveur de la résolution favorisant l'autodétermination du Québec. Chez les jeunes Franco-Ontariens, cette année de gestation et de rencontres, en Ontario et ailleurs, avait favorisé ou renforcé des prises de conscience décisives. Entre Cochrane, Timmins, Sudbury, North Bay, l'île au Chêne, Banff et Pointe-de-l'Église, j'avais acquis la certitude qu'il fallait continuer jusqu'à la fin les combats pour préserver ce qui pouvait l'être de la francophonie minoritaire, mais que l'avenir de la nation s'appellerait Québec.