mercredi 20 mai 2026

La mort, un droit. La naissance, un choix...

20 mai 2026...



Mobiliser les gens pour blinder l'accès à l'avortement ou élargir l'aide médicale à mourir dans la dignité? Bien sûr! Mobiliser les gens ou l'État pour encourager la natalité? Silence gêné... Bruits de criquets...

De nos jours, la mort est un droit. La naissance, un choix parsemé d'obstacles. Un choix qui ne suscite guère d'enthousiasme dans le discours officiel et chez les défenseurs de libertés tous azimuts...

Je ne conteste pas les lois et règlements en vigueur sur l'avortement ou l'aide à mourir. Je reconnais leur nécessité. Ce que je ne comprends pas, c'est pourquoi les rares expressions de soutien à l'adoption de politiques natalistes sont vues avec autant de suspicion.

Nous avons pourtant besoin d'enfants. De beaucoup d'enfants. Le taux actuel de natalité de 8,6 naissances par 1000 personnes au Québec est largement insuffisant pour assurer une relève au moins aussi nombreuse que la précédente. Il faudrait, pour ce faire, remonter aux taux du milieu des années 1960, qui dépassaient 20 pour 1000...

Nous ne sommes plus à l'époque de C'est le début d'un temps nouveau, quand Renée Claude chantait, en 1970: «La moitié des gens n'ont pas 30 ans». Notre société vieillit de manière alarmante. Selon l'Institut de la statistique du Québec, la cohorte des plus de 65 ans et plus dépasse dorénavant celle des 0-19 ans. Les aînés de 85 ans et plus vont tripler d'ici quelques décennies.

La société québécoise dite de souche - le «nous» historique - vieillit à un rythme foudroyant et les jeunes générations dégarnies n'ont plus suffisamment d'effectifs pour assurer les services et les soins aux vieux. Il faut recourir à l'immigration, massivement, pour remplacer tous ces enfants que nous ne faisons plus depuis 60 ans.

Même en comptant les nouveaux arrivants, l'ISQ prévoit que dès 2027, l'an prochain, le nombre de décès dépassera celui des naissances au Québec! Cela s'est-il déjà produit dans l'histoire du Québec? J'aurais tendance à croire que non. Même avant les progrès de la médecine moderne, les taux de mortalité plus élevés étaient plus que compensés par des familles de 8, 10, 12 enfants.

Pour une sociologue de l'Université de Sherbrooke, Sophie Mathieu, le problème n'est pas l'augmentation des décès, mais la chute des naissances. «C'est normal qu'il y ait plus de décès parce qu'on vit plus vieux et que les baby boomers arrivent à des âges avancés. Le bout inquiétant, c'est qu'on n'a pas de naissances», déclarait-elle à La Presse.

Je peux comprendre ceux et celles qui craignent de voir la société québécoise submergée par des vagues d'immigrants langues et de cultures différentes. Historiquement, nous avons été accueillants envers les nouveaux venus qui, de génération en génération, s'intégraient à un «nous» québécois historique en croissance. Mais cela change. Dramatiquement. 

Cette grave pénurie de naissances jumelée à une mortalité en hausse due au vieillissement aura pour conséquence la disparition éventuelle du «nous» québécois de culture française qui a tissé et métissé depuis 400 ans cette nation et l'espoir de son indépendance.

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«Je suis de dix enfants à table...» (Claude Gauthier, Le plus beau voyage)

mardi 19 mai 2026

Université d'Ottawa... Effacer le passé franco-ontarien?

19 mai 2026...



L'Université d'Ottawa vient de se donner une vice-rectrice à la Francophonie, Julie Cafley, qui promet, à la mode du temps, de «faire avancer une francophonie inclusive, ancrée dans l’équité et tournée vers l’avenir». Cette déclaration n'augure rien de bon pour les Franco-Ontariens qui cherchent à voir dans cette institution depuis plus de 150 ans «leur» université.

Non seulement les étudiants de la francophonie historique (Québécois et Canadiens français), majoritaires jusque dans les années 1960, ont-ils été graduellement asphyxiés par une majorité anglophone oscillant autour de 70%, mais les «inclusifs» voudraient aujourd'hui en effacer l'identité. Sous l'étendard d'une francophonie désormais «plurielle», toute tentative d'affirmation des luttes de ceux qu'on appelle souvent avec mépris les «de souche» sont vues avec suspicion.

Tourner la francophonie «inclusive» uniquement vers l'avenir, c'est rejeter un riche passé de combats menés par ceux et celles dont les racines remontent à la vieille France. Jusqu'à un passé récent, ils ont porté le fardeau d'assurer la pérennité de la langue et de la culture française en Ontario. Et ce n'est pas parce qu'ils succombent de plus en plus à une assimilation presque inévitable que l'identité «canadienne-française» ontarienne doit être dissoute dans un contexte où les priorités portent de plus en plus sur les nouveaux arrivants.

La solidarité entre francophones de toutes origines - d'ici et d'autres pays - est en voie d'éroder les identités distinctes qui la forment, y compris la nôtre. L'Université d'Ottawa, dans son regard tourné vers l'avenir, doit aussi - et peut-être surtout - se pencher sur les revendications historiques des Franco-Ontariens qu'elle n'a jamais vraiment prises au sérieux. Peut-être Mme Cafley pourrait-elle commencer avec le mémoire présenté par l'Assemblée provinciale des mouvements de jeunes de l'Ontario français (APMJOF) en 1970 au Groupe de travail sur le bilinguisme de l'Université.

Intitulé «Francisation totale de l'Université d'Ottawa», ce mémoire était issu d'une année de consultations auprès des groupes de jeunes Franco-Ontariens à travers la province. En assemblée générale, ils avaient donné à l'APMJOF. le mandat d'étudier «le problème de la francisation totale d'une université en Ontario». Cette institution, bien sûr, ne pouvait être que l'Université d'Ottawa.

Le texte, d'une clarté exemplaire, soulève une problématique qui demeure tout à fait actuelle. «Une université, écrit l'APMJOF, doit non seulement permettre à l'étudiant canadien-français d'étudier dans sa langue mais, croyons-nous, lui assurer un milieu culturel qui lui soit propre, un milieu favorable à son épanouissement culturel.» Ce qui est impossible quand les francophones sont minoritaires.

L'APMJOF se dit convaincue «que seul l'unilinguisme français est viable et que seul l'unilinguisme français assurera une entière promotion académique et culturelle aux étudiants francophones qui voient en l'Université d'Ottawa une des seules institutions post-secondaires qui se rapproche quelque peu de leur culture

«Si, conclut-elle, une fois leurs études secondaires terminées, les jeunes Ontariens de langue française entrent dans une université entièrement française, dans un milieu homogène, dans un milieu favorable à leur épanouissement culturel, ces jeunes continueront de vivre et de travailler en français

Si l'Université d'Ottawa avait pris au sérieux ces revendications de la jeunesse franco-ontarienne alors que la moitié de la population étudiante était toujours francophone, elle n'en serait pas à essayer de sauver les meubles en 2026 avec son inclusion, son équité et son regard plutôt stérile vers l'avenir...

lundi 18 mai 2026

Vérité, justice, quoiqu'il en coûte!

18 mai 2026...

Joseph Costisella avant les controverses de 1963. Choisi personnalité de l'année par Le Droit pour son libre Le scandale des écoles séparées en Ontario


Fascinantes, ces trouvailles qui font découvrir des moments d'histoire depuis longtemps oubliés ou, plus souvent, inconnus. Ce Jour des Patriotes, pendant que je feuilletais mes vieux dossiers franco-ontariens, je suis tombé sur le plus ancien d'entre eux, remontant au début de l'été 1963. Je fêterais bientôt mes 17 ans.

J'avais conservé quelques pages de «Vérité», un journal publié par le Comité de vigilance canadien-français d'Ottawa, dont le mandat était de «lutter contre le colonialisme et le racisme dont sont victimes les Canadiens français à Ottawa et au Canada». Sa devise faisait peur aux élites traditionnelles: «Vérité, justice, quoiqu'il en coûte»...

L'auteur Yves Frenette, dans une analyse du mensuel, écrit: «Dirigé par Joseph Costisella et proche du mouvement indépendantiste québécois, Vérité fustige tous ceux qui s'accommodent de la majorité anglophone, y compris l'Association canadienne-française d'éducation de l'Ontario (ACFEO) et l'Ordre de Jacques-Cartier (La Patente), dont les chefs sont ridiculisés dans des articles et des caricatures.»

Une semaine après la parution du premier numéro de Vérité, M. Costisella avait perdu son emploi de professeur au Collège Marie Médiatrice (à Hull). Il s'agissait, selon Vérité, d'une revanche de La Patente, à laquelle appartenait le supérieur du collège. «D'autres personnes, soupçonnées d'appartenir au Comité de vigilance, ont été brimées, ont failli perdre leur emploi. On propage sur elles des calomnies et des propos diffamatoires», écrit le journal.

Je me souviens de cette époque et après relecture d'un ou deux textes de Vérité, je peux comprendre pourquoi les élites franco-ontariennes conservatrices frémissaient d'horreur. À preuve ce petit entrefilet intitulé La Gestapo à Montréal où l'on reproche à la police de Montréal de se conduire d'une façon «brutale et illégale» contre les patriotes québécois et notamment contre les membres du FLQ.

Pour appuyer leurs dires, ils citent une source que j'aurais à prime abord crue improbable: Gérard Pelletier, futur ministre de Pierre Elliot Trudeau mais éditorialiste au journal La Presse en 1963. Voici la citation attribuée à Pelletier dans son éditorial du 6 juin 1963: «Au mépris des lois, les agents montréalais, sous la direction du chef Robert, se conduisent aujourd'hui comme s'ils habitaient la Russie ou l'Espagne franquiste».

Il fallait que j'en vérifie l'authenticité, ce que j'ai fait en consultant les archives de La Presse conservées sur le site Web de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ). Et voilà que je la trouve, très exactement, dans un édito signé Gérard Pelletier intitulé La police contre la loi (voir image ci-dessous).

Je me demande si M. Pelletier a cru bon de relire son commentaire en octobre 1970 alors que son patron Trudeau père suspendait les droits démocratiques du pays tout entier pour permettre à la police de commettre les mêmes abus qu'en 1963 contre le FLQ, mais légalement cette fois...

L'éditorialiste, après avoir fermement pris position contre toute forme de violence, reproche à la police de Montréal de piétiner les libertés personnelles des citoyens pour mettre fin aux attentats felquistes: «Au moment où l'action contre les attentats se corsaient, on a eu l'impression que la violence et l'illégalité avaient changé de camp. C'est aujourd'hui la police qui s'en rend coupable, sans vergogne ni aucun malaise apparent.»

Retour au journal Vérité. Celui-ci reproche enfin à certains bonzes franco-ontariens de «quêter» des permissions «chez les Anglais» et félicite le ministère québécois des Affaires culturelles de vouloir envisager l'unilinguisme français au Québec. Des membres du Comité de vigilance «déplorent chez certains de leurs compatriotes une mentalité d'esclaves et de colonisés».

Je cherchais un sujet opportun pour la Journée nationale des Patriotes. Finalement, je l'ai trouvé dans une boîte de documents que je conserve depuis plus de 60 ans...

dimanche 17 mai 2026

Combien de temps jouerons-nous les quêteux?

17 mai 2026...

En feuilletant les nouvelles des dernières semaines sur le site Web ONFR-TFO (Ontario), je suis tombé sur un texte de l'excellent journaliste Pascal Vachon portant sur les efforts pour augmenter le financement de la recherche scientifique en français au Canada.

En quelques minutes de lecture, l'auteur illustre (ce n'était sans doute pas son intention) parfaitement le rôle perpétuel de quêteux assigné à la minorité francophone du pays. Le mot clef ici est bien «minorité».

Le gouvernement fédéral a toujours été et demeure l'expression de la majorité anglo-canadienne. Quand vous avez près de 80% des votes, vous prenez 100% des décisions. L'autre 20% a le droit de se faire entendre, de protester, de recommander, de se mettre en colère, de se lamenter... enfin, tout sauf gouverner.

Tout le monde sait que les chercheurs scientifiques francophones sont défavorisés. Sur le plan du financement, ils ramassent les miettes de la table fédérale. Dans le processus décisionnel, ils n'ont aucun poids substantiel. Les revendications s'accumulent, et à un certain moment, pour calmer le jeu, Ottawa doit au moins sembler écouter...

Comme il n'est pas question de laisser à 20% de la population la gouvernance de millions ou de milliards en fonds publics, on fait ce qu'on fait toujours en pareilles circonstances. On nomme un comité chargé d'étudier la situation et de faire rapport aux vrais «boss».

Le gouvernement fédéral, par le biais de Patrimoine canadien, annonce donc en octobre 2024 la formation d'un comité au titre interminable : le Groupe consultatif externe sur la création et la diffusion d'information scientifique en français. Essayez de dire ça sans vous essouffler...

Évidemment, il faut lui donner un mandat, le plus inoffensif possible pour ne pas trop exciter la francophobie latente au Canada anglais. On demandera ainsi au Groupe consultatif (!) «de formuler des avis et des recommandations au ministre responsable des Langues officielles, en vue de guider l'élaboration d'une stratégie fédérale visant à assurer la viabilité à long terme de l'écosystème de la recherche scientifique en français au Canada

C'est à peu près comme créer un comité pour étudier la possibilité de former un autre comité qui étudiera l'utilité des comités... On demande à une dizaine de profs d'universités québécoise et canadiennes de formuler des opinions et des recommandations. Voilà, d'un seul coup, on vient de reporter de quelques années une décision financière qui pourrait fort bien se prendre aujourd'hui.

Et comme d'habitude, réflexe d'un peuple trop longtemps colonisé, nos universitaires acceptent de se prêter à un tel jeu en sachant fort bien qu'au moment décisif, ils n'auront aucun droit de vote. La minorité ne décide rien. Dans ce cas-ci, c'est encore pire.

Le rapport des membres du Groupe consultatif ne servira pas à une prise de décision rapide en matière de financement. Non, leur année et demie de travaux aidera à «guider l'élaboration d'une stratégie fédérale»... Silence dans la salle...

La stratégie ne sera pas élaborée à partir du rapport. Non, le Groupe consultatif contribuera à guider (!!!) une future élaboration. Et c'est pas fini... Élaboration de quoi? De mesures de financement? Non, juste l'élaboration d'une «stratégie». Combien de temps, pensez-vous, durera la période de guidage? Et en quelle année verrons-nous l'adoption d'une stratégie?

J'espère qu'à ce stade, je serai encore vivant. Bon! Disons qu'après avoir passé l'étape du ministère des Langues officielles et du cabinet, une stratégie soit enfin adoptée. Stratégie n’égale pas décision de financement. C'est le sentier qu'on trace pour arriver un jour à une décision sur le financement de la recherche universitaire en français.

Mais il y a plus. Il ne s'agit pas d'une stratégie ordinaire, visant l'immédiat ou le court terme. Ce qu'on veut (vraiment?), c'est «assurer la viabilité à long terme de l'écosystème de la recherche scientifique en français au Canada». J'entrevois déjà des discussions prolongées sur la définition même de l'«écosystème»... 

Retour au début. Dans le texte de Pascal Vachon, on indique que sur le plan financier le Groupe consultatif recommande à Ottawa ne verser 40 millions $ par année à la recherche en français. C'est 1% du budget fédéral de recherche. Pas 20%... 1%. Des pinottes.

Et ce n’est qu’une recommandation. Les francophones devront s'en remettre à la majorité anglo-canadienne pour obtenir leurs pinottes. On joue une fois de plus les quêteux. À genoux devant une administration anglo-dominante où la recherche en français ne suscite absolument aucun intérêt. Après une série d'échanges humiliants (pour nous), ce bon vieux Canada crachera quelques millions en nous rappelant de dire merci et de voter non au référendum.

Je pourrais pardonner à ces éminents universitaires de plaider pour un meilleur financement de la recherche scientifique en français. Faut parfois accepter de s'agenouiller pour cueillir les miettes de la table.

Mais de là à demander le «leadership» d'Ottawa, il y a un pas que les francophones - peu importe qu'ils soient Québécois, Canadiens français ou Acadiens - ne doivent pas franchir. Demander au gouvernement de la majorité anglo-canadienne d'exercer un leadership en matière de francophonie n'a absolument aucun sens. Tant qu'à y être, pourquoi ne pas confier l'avenir de la recherche en français à Michael Rousseau ou Mary Simon?

Quêter? Oui, s'il le faut, tant qu'on est coincé dans cette fédération à sens unique. Mais faisons-le en assumant notre identité de quêteux, d'humiliés, de minoritaires sans pouvoir décisionnel. Ne nous berçons pas d'illusions sur la nature de la démocratie Canadian. Peut-être pourrait-on commencer par cesser de participer à ces groupes «consultatifs» qui ne font que retarder des décisions identitaires urgentes…

Pour avoir le droit de décider, nous devons être majoritaires. Où sommes-nous majoritaires? Au Québec. Que faut-il faire pour récupérer les millions en recherche scientifique entre les mains de la majorité anglo-canadienne? Pas besoin de faire un dessin...

samedi 16 mai 2026

Du sang à la une? Non. Du sang sur la une...

16 mai 2026...

capture d'écran de Reporter sans frontières


Cueillir un journal papier à la porte, tôt le matin, constitue pour moi un geste sacré. Parce que j'ai été journaliste et que j'ai toujours l'encre dans mon sang? Oui, sans doute. Mais il y a plus. Cette compilation quotidienne de nouvelles, de chroniques et de commentaires nous est transmise par une armée d'artisans de l'information. Elle est au coeur de nos démocraties qui, sans presse libre, étouffent.

Depuis toujours, les journalistes foncent dans les murs et les défoncent pour renseigner le public. Mais aujourd'hui, leur univers médiatique est attaqué et menace de crouler sous les coups de boutoir de régimes autoritaires, d'étranglements financiers, de concentrations entre les mains de l'oligarchie des riches et puissants, d'indifférence des élus, de l'envahissement de l'IA... et, plus souvent qu'on pense, de la violence.

Reporters sans frontières vient de dévoiler son Classement mondial de la liberté de presse (voir lien en bas de page) et il y a beaucoup de sang sur la une. «Les journalistes sont toujours tués ou emprisonnés en raison de leur travail, précise RSF, mais les tactiques de prédation de la liberté de la presse se muent: c'est aussi le journalisme qui se meurt, asphyxié par une parole politique hostile aux reporters, fragilisé par une économie des médias en berne et pressurisée par l'instrumentalisation de lois contre la presse.»

En 2025, selon l'organisation, 67 journalistes ont été tués en raison de leur métier à travers le monde: près de la moitié sous les balles israéliennes à Gaza, une brochette d'autres assassinés par le crime organisé au Mexique. Ce chiffre est conservateur; d'autres groupes le situent à plus de 120 morts. RSF fait aussi état de 503 journalistes emprisonnés ou tenus en otage dans 47 pays du monde (Russie, Chine, Birmanie, etc.). Les journalistes ont de tout temps été détestés par les dictateurs et les criminels. «Voilà où mène la haine des journalistes, voilà où mène l'impunité», de dire Anne Bocandé, directrice éditoriale de Reporters sans frontières.

En se fondant sur les indicateurs qui permettent de mesurer l'état de la liberté de la presse dans le monde (économique, légal, sécuritaire, politique et social), RSF conclut que «le score moyen de l'ensemble des pays du monde n'a jamais été aussi bas. Plus de la moitié des pays du monde sot en situation "difficile" ou "grave" pour la première fois dans l'histoire du classement - soit de puis 25 ans». Les États-Unis, notamment, perdent sept places et chutent au 64e rang mondial. On sait pourquoi avec les attaques incessantes de Trump et de sa bande contre les médias qui osent le critiquer...

Une statistique frappante qui ne devrait laisser personne indifférent. RSF affirme qu'en 2002, environ «20% de la population mondiale vivait dans un pays où la situation de la presse était perçue comme "bonne". Vingt-cinq ans plus tard, moins de 1% de la population mondiale bénéficie de cette bonne situation». Le Canada n'y est plus, même si - à la 20e place mondiale - il se porte encore mieux que tous les autres pays d'Amérique. Qu'en sera-t-il dans cinq ou dix ans au rythme où déclinent nos médias traditionnels et où l'Internet étouffe sous la désinformation humaine et numérique (IA)?

Ce matin, je pense au mérite des journalistes d'ici, qui continuent de piocher pour nous informer en dépit des coupes budgétaires, de la disparition du papier, de la fragmentation des auditoires dans la jungle de l'Internet. Je salue encore davantage l'héroïsme des reporters qui enfilent des vestes pare-balles pour documenter les conflits armés ou enquêter sur les cartels de la drogue. Sans leur sueur et leur sang sur la une de nos journaux, notre démocratie s'écroule. Elle titube déjà...

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Classement mondial de la liberté de presse - https://rsf.org/fr/classement


vendredi 15 mai 2026

PSPP espionné? Bien sûr!

15 mai 2026...



Paul St-Pierre Plamondon et le Parti québécois espionnés par le SCRS ou la GRC? Mais bien sûr! À toutes les vierges offensées qui présument de l'innocence fédérale et à tous les psychiatres amateurs voudraient y voir du délire ou un complexe de persécution, je dirais d'abord: renseignez-vous sur les mauvais coups et les illégalités commises par Ottawa contre les indépendantistes depuis les années 1960. Si le passé est garant du présent, la méfiance est tout à fait justifiée.

Mais je leur dirais aussi. Tentez de voir les choses du point de vue de Mark Carney, ou des ministres dont le mandat touche à la sécurité du pays ou l'identité canadienne. Vous avez devant vous la résurgence d'un parti qui est passé à un cheveu près de casser la fédération avec son projet de souveraineté en 1995. Les sondages ne favorisent pas une victoire du Oui (pour le moment) mais laissent croire à la possibilité d'un gouvernement péquiste après octobre 2026. Que faites-vous?

Il est hors de question d'attendre les bras croisés ou d'espérer que les réalisations et les promesses du gouvernement fédéral attirent, sans aide, une majorité de Québécois au camp du Non. Carney n'a pas hésité à passer immédiatement aux menaces avec les Albertains qui, affirme-t-il, devront respecter la loi fédérale sur la clarté référendaire ou voir leur démarche de souveraineté annulée. Le précédent est donc créé. Il doit prendre la même position face au Québec.

Le problème, c'est que l'Assemblée nationale a adopté en 2000 sa Loi 99 affirmant que le Québec peut décider seul de son avenir politique et constitutionnel, quoiqu'en dise la loi fédérale sur la clarté. Les députés fédéraux auront beau juger que la question référendaire n'est pas assez claire, ou qu'une majorité de 50% +1 ne suffit pas, le gouvernement québécois ne tiendra pas compte de l'avis d'Ottawa. Que fera alors le gouvernement canadien? Porter l'affaire en Cour suprême, devant ses propres juges, en invoquant la Charte des longs couteaux de 1982, adoptée contre la volonté du Québec? Cul-de-sac total!

Carney a fait de l'unité canadienne son cheval de bataille: UNE économie, UNE identité canadienne, UN Canada fort, UN gouvernement qui lance et contrôle de grands projets «nationaux». Enfin, vous comprenez. Devant une nouvelle menace de sécession du Québec qui risque de torpiller sa mission et le Canada du même coup, face à un parti (le PQ) qui refuse toute intervention fédérale en matière d'autonomie référendaire, Mark Carney n'a pas une tonne d'options. Ou il fait comme Trudeau père en octobre 1970 en invoquant la Loi des mesures d'urgence (enfant illégitime des mesures de guerre) et en sortant l'artillerie lourde des casernes militaires pour envahir le Québec, ou il choisit la lutte politique en utilisant TOUS les atouts à sa disposition.

Vous conviendrez que pour peaufiner la meilleure stratégie, il devra être le mieux informé possible des agissements et plans de «l'ennemi», déjà coupable aux yeux du Canada anglais de subversion et de trahison. Difficile à croire qu'il n'aura pas recours au SCRS, l'agence canadienne d'espionnage, pour étoffer son carnet de lutte. Aux dires même du site Web du Gouvernement du Canada, «les enquêteurs du SCRS utilisent diverses méthodes pour collecter des informations sur les personnes et les groupes dont les activités pourraient représenter une menace pour la sécurité nationale».

Le projet d'indépendance du Québec est-il une «menace pour la sécurité nationale»? Sans aucun doute. C'est LA menace. L'existence du pays est en jeu. Pour arriver à ses fins, le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) a de larges pouvoirs pouvant le mener bien au-delà des «sources ouvertes» comme les médias. Les enquêteurs peuvent interroger des gens, infiltrer des groupes et même «intercepter des communications». J'imagine que dans certaines circonstances, la GRC pourrait même mettre l'épaule à la roue.

Du point de vue anglo-canadien, il serait impensable de ne pas pousser jusqu'à la limite, et un peu au-delà, un réseau d'espionnage en règle contre ceux et celles qui veulent briser leur pays. Si on n'agit pas ainsi et que les indépendantistes sortent victorieux de leur référendum, les tacticiens fédéraux seront écartelés sur la place publique. Je ne crois pas que Mark Carney et sa garde rapprochée soient des imbéciles. Ils prendront les moyens nécessaires, légaux ou pas, pour préserver l'unité du pays. Y compris espionner.

Paul St-Pierre Plamondon le sait. Lui non plus n'est pas un imbécile. La campagne référendaire vient de démarrer et ça ne va pas bien pour le camp du Oui. Mais attention. Une étincelle suffit parfois pour tout changer. Si, à quelques mois du référendum, vers 2030, les sondages donnent le Oui en avance, le SCRS, la GRC et l'armée seront sur un pied d'alerte et les dirigeants du PQ seraient bien avisés de trouver des tas de cages de Faraday... Les patrons des services de renseignement du Canada auront le pied à fond sur l'accélérateur.

Mark Carney n'aura pas le choix s'il est toujours premier ministre... Son successeur non plus... On n'est plus en 1837, mais...

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«Quand les bulldozers d'octobre entraient dans les maisons...
à cinq heures du matin» (poème de Gérard Godin sur la nuit des mesures de guerre, 16 octobre 1970)

jeudi 14 mai 2026

Hors Québec, le français devient inutile...

14 mai 2026...

capture d'écran du site Web ONFR-TFO, 13 mai 2026


Je suis né et j'ai grandi en Ontario. À Ottawa. J'ai compris très vite, dès l'enfance, le sens pratique du mot bilinguisme dans mon petit quartier franco-ontarien. Être bilingue, c'était avoir le droit de parler français entre francophones, et l'obligation de parler anglais aux anglophones. Je regarde ce qui se passe en 2026 et à l'extérieur du Québec, et à bien des égards, les choses ont peu changé.

Sauf pour la péninsule acadienne ou le Madawaska au Nouveau-Brunwick, et quelques îlots dans l'Est et le Nord ontariens, les francophones hors Québec sont bilingues dans une proportion dépassant les 90%. Ils comprennent l'anglais, s'en servent tous les jours. Pour la plupart, ils acceptent de communiquer en anglais même quand ils ont le droit de s'exprimer en français.

La conséquence, c'est que la langue française devient plus ou moins inutile en société quand tous les francophones (ou presque) ont la capacité de fonctionner en anglais. À la longue, à l'usure, ils cessent de réclamer leurs droits ou d'exprimer leurs préférence pour le français, ou pire, s'en excusent. Et les anglophones, déjà habitués à vivre en anglais seulement, en profitent pour accentuer l'érosion de ce qui reste du «bilinguisme»...

Au cours des derniers jours, j'ai cueilli dans les médias quelques nouvelles qui en font la démonstration: Mélanie Joly qui s'excuse de dire quelques mots en français, les fédéraux qui offrent des contrats en anglais seulement à Ottawa, l'abandon du français comme langue de travail au Collège militaire royal, le refus d'appliquer le régime linguistique bilingue dans les entreprises de compétence fédérale hors Québec, l'obligation de stages en anglais pour les étudiantes francophones en sciences infirmières à Sudbury.

Voici les renvois:

1. Dans la région d'Ottawa, la Commission de la capitale nationale (celle du Canada) met de côté les appels d'offres en français pour des travaux de moins de 250 000 $ quand la traduction vers le français du texte original en anglais risque d'occasionner des délais.


2. Le Collège militaire royal du Canada à Kingston (Ontario) change sa politique de bilinguisme et désigne l'anglais comme langue de travail principale au sein de l'administration.

Voir le texte de Pascal Vachon sur le réseau ONFR-TFO:

3. L'Université Laurentienne de Sudbury régularise officiellement l'obligation pour les étudiantes francophones en sciences infirmières de suivre des stages qui, même dans des institution soi-disant bilingues, se font essentiellement en anglais.

Voir le texte de Sébastien Pierroz sur le site Web Le Droit :

4. En Ontario, la ministre fédérale Mélanie Joly s'excuse auprès de ses interlocuteurs de quitter l'anglais pour quelques secondes, question de dire le boniment obligatoire dans la langue de Molière, avant de revenir à la langue d'usage du Canada...

Voir le discours sur YouTube:

5. Ottawa édicte de nouvelles règles linguistiques pour les entreprise privées de compétence fédérale mais ne fait rien pour les faire respecter, sauf attendre les plaintes des francophones suffisamment ulcérés pour porter plainte...

Voir le texte de Pascal Vachon sur le réseau ONFR-TFO:

La morale de cette histoire, c'est qu'à l'extérieur du Québec, seul l'anglais est vraiment essentiel. On en vit les conséquences et on doit en tirer les enseignements qui s'imposent. Il faut faire en sorte qu'au Québec, seul le français soit essentiel, même pour les anglos. L'unilinguisme français doit être la règle. Partout.

Aux anglophones du Québec, je souhaite l'expérience du bilinguisme telle qu'on me l'a apprise à Ottawa, en Ontario. Inversée, cependant. Ainsi, pour les Anglo-Québécois, le bilinguisme deviendra le droit de communiquer en anglais entre anglophones, et l'obligation de communiquer en français avec la majorité francophone et les institutions d'un État français, espérons-le, souverain.