mercredi 18 mars 2026

Un café Club Pays à Gatineau?

18 mars 2026...

capture d'écran de 24heures.ca


Je sais que des indépendantistes se cachent ça et là à Gatineau. Aux élections de 2022, au plus creux de sa vague, le Parti québécois a obtenu plus de 6000 voix dans les circonscriptions de Hull et Chapleau. Avec la remontée du PQ dans l'opinion publique, on peut s'attendre tout au moins à doubler cette performance. Or, à l'exception de quelques centaines de véritables militants, les souverainistes se font le plus souvent discrets sur les rives de l'Outaouais, à l'ombre du Parlement fédéral. Je n'approuve pas, mais je comprends.

Cette dizaine de milliers ou plus de sympathisants de l'indépendance n'assisteront pas aux réunions du Parti québécois, du Bloc québécois ou de OUI Québec. Ils ne sortiront pas dans la rue avec des slogans et des pancartes. Ils ne dédaigneront pas, cependant, d'en discuter en famille, au collège, à l'université, ou avec des amis au resto lorsque l'occasion se présente. Le feraient-ils davantage en public s'il existait un endroit où ils ne craindront pas trop de s'attirer les foudres ou les regards dans cette ville du vivre-à-genoux? Sait-on jamais...

Quoiqu'il en soit, je trouve bien sympathique cette idée du Café Club Pays, au 6900 St-Hubert, à Montréal et je peux imaginer qu'elle puisse être exportée au centre-ville de Gatineau pendant qu'il y existe toujours une majorité francophone. À ce café de la Plaza St-Hubert, on peut s'attabler ou s'asseoir sur un canapé, entouré d'un décor festif à saveur souverainiste (drapeaux du Québec, affiches), et jaser en toute quiétude en dégustant un bon café et un «biscOUIt» fleurdelisé... Le café vient d'ouvrir ses portes cette semaine. L'initiative connaîtra-elle le succès? Seul le temps dira mais à première vue, je trouve l'idée fort opportune.

La marche vers l'indépendance a été ponctuée de luttes souvent acerbes, de nombreuses victoires mais aussi d'amères défaites. Après quelques années où les plus cyniques achetaient la pierre tombale du Parti québécois, voilà que l'espoir renaît et que l'on se retrousse les manches pour de nouveaux - et peut-être ultimes - combats. Pourquoi pas, dans tout cela, se réserver des oasis de paix, des endroits calmes où les échanges se font aux arômes d'un bon café et de pâtisseries? Si un café Club Pays existait dans mon coin de pays, j'y serais, aussi souvent que possible. D'autres aussi, sans doute...

Évidemment, la chose ne se réalise pas tout seul. Il faut trouver un local, l'acheter ou le louer. Meubler, décorer, s'approvisionner et payer les employés. Se pose au départ la question du financement. À Montréal, pour économiser, on s'est procuré l'essentiel de la décoration chez Renaissance ou Marketplace. On a dû solliciter des dons et la participation de bénévoles. Et, coup de chance, le local est loué à prix de faveur par le Mouvement national des Québécois, le voisin d'en haut. Les astres étaient bien alignés. Mais qu'en est-il de Gatineau?

Dans un centre-ville et sur des rues commerciales qui n'ont plus d'âme, il y a toujours des locaux qui se libèrent. Le problème sera toujours d'avoir les reins financiers solides. Faudrait d'abord, bien sûr, que le projet démarre et que les concepteurs fassent leurs devoirs. Le milieu de la restauration sera toujours à haut risque mais rien qui ressemble à un Café Club Pays n'existe dans la métropole de l'Outaouais.

J'ai la conviction que l'idée d'entrer dans un café au centre-ville de Gatineau décoré de fleurdelisés et d'affiches souverainistes, où le riche répertoire de nos chansonniers et groupes québécois assure l'ambiance musicale, plairait à de nombreux indépendantistes ou sympathisants qu'on ne verra jamais aux assemblées ou aux manifs. Peut-être même au grand public. Le fait aussi qu'à Montréal, le Café Club Pays soit issu des jeunes générations laisse croire que l'établissement pourrait attirer une clientèle de tous âges.

Un Café Club Pays à Gatineau ne changerait pas le monde. Mais même au coeur du royaume de la peur, une étincelle dans la nuit peut parfois suffire à chauffer les braises, parfois chaudes, des espoirs d'autrefois. 

mardi 17 mars 2026

Tous en choeur: «Ce n'est qu'un début, continuons le combat»!

17 mars 2026...

capture d'écran du site Web du Devoir

Quand je siégeais au conseil confédéral de la CSN en 1972, on entendait souvent au début ou à la fin des réunions la chanson Québékiss (de l'album du même nom)... Un chant de ralliement, un hymne de champ de bataille... Vous l'avez déjà entendu: «Ce n'est qu'un début, continuons le combat»! Après quelques minutes de cet appel aux barricades de Marie Savard, nous étions solidaires, prêts à foncer contre les puissants de ce monde. Pour le socialisme, pour l'indépendance.

Puis, les discours terminés, les résolutions adoptées, nous retournions dans nos régions négocier nos petites conventions collectives en rêvant du grand soir d'une révolution plus imaginaire que réelle. Crier tous ensemble notre opposition au gouvernement ou au grand capital ou aux impérialismes planétaires pouvait bien nous attirer quelques manchettes dans les médias, mais le plus souvent, rien de plus. C'était partie remise jusqu'au prochain rassemblement syndical à Québec ou à Montréal, pour vibrer de nouveau aux rythmes martiaux de Ce n'est qu'un début, continuons le combat...

L'opposition, annoncée aujourd'hui, de 779 groupes et organisations (y compris la CSN et la FTQ) au projet de constitution québécoise du ministre Simon Jolin-Barrette m'a rappelé les luttes syndicales de ma jeunesse. L'époque n'était guère aux compromis ou aux concessions. La langage était agressif. Diluer le grand soir par des compromissions, même légères, avec les détenteurs du pouvoir politique était toujours suspect. Plusieurs préféraient l'échec à une victoire partielle. On pouvait recommencer à entonner Ce n'est qu'un début, continuons le combat sans avoir entaché la pureté idéologique des revendications.

La conséquence, c'était le risque de devoir revenir au point de départ, de repartir presque à zéro. Nous n'avons pas vaincu les pires excès du capitalisme, à mon grand désespoir. Nous espérons toujours l'indépendance. Il aurait fallu, à l'époque, qu'un plus grand nombre d'entre nous consente à se salir les mains, côte à côte avec des adversaires autour de projets nationaux où chacun engrangerait sa part de petites victoires. La participation de nombreux progressistes au sein du premier gouvernement du PQ sous René Lévesque en 1976 en a fait la preuve. 

Évidemment, 50 ans plus tard, le Québec a bien changé. La situation est pire qu'au début des années 1970, où tous les espoirs étaient permis. Aujourd'hui, le déclin du français et le multiculturalisme anglo-dominant ont mené la nation québécoise au bord du gouffre. Il y a, bien plus qu'autrefois, urgence d'agir pour sauver les meubles. Mais de toute évidence, un élément du passé demeure: cette tendance irritante à agir collectivement, dramatiquement, unanimement, sans trop de nuances, en vue d'objectifs imprécis (question d'assurer la solidarité), contre un grand projet législatif sur l'avenir de la nation.

Il s'agit cette fois du projet de la loi 1 intitulé Loi constitutionnelle de 2025 sur le Québec, présenté à l'Assemblée nationale par le ministre Simon Jolin-Barrette. Je n'ai pas l'intention d'énumérer les défauts du processus de consultation ou les imperfection du texte. Il y en a. Beaucoup. Mais comme toujours, les milieux se disant populaires ou progressistes ont comme réflexe premier de rejeter le tout, en troupeau, pour divers motifs, au lieu d'envisager une constitution imparfaite pouvant laisser un goût amer à tous les «sans péché» de la société.

On me trouvera injuste mais dans la vie, y compris en politique, tout n'est jamais noir ou blanc. Il y a au moins cinquante nuances de gris. Mais naviguer le gris n'est jamais simple. Les marges d'erreur et les risques d'échec sont grands. Il est plus facile de voir «les effets désastreux», «un autoritarisme mal dissimulé», «une logique coloniale», une «attaque aux droits et libertés», tous des péchés mortels, ne pouvant conduire qu'à la seule solution pure et sans tache: «le retrait complet du projet de loi 1». Et que reste-t-il alors? Rien. Et tous peuvent continuer à chanter «Ce n'est qu'un début, continuons le combat»... On avance les mains vides, les mains propres...

Je veux bien croire qu'il serait mieux d'entreprendre un processus exhaustif de consultation populaire pour arriver à un projet de constitution, mais nous n'avons plus le temps. Il faudrait d'abord élire un parti (sans doute le PQ) qui s'engagerait à enclencher une telle démarche. Mais il est trop tard. Le Parti québécois a déjà promis un référendum au cours de son prochain mandat devant déboucher, s'il est gagnant, sur une déclaration d'indépendance. Il ne perdra pas deux ou trois ans à organiser des audiences pour une nouvelle constitution sur l'ensemble du territoire. Et si, en bout de ligne, le référendum est perdu, nous sommes encore une fois de retour à zéro.

J'aimerais rappeler à tous nos idéalistes sans doute bien intentionnés que ce n'est pas ainsi que la constitution canadienne, celle qui nous gouverne depuis 1867, a été créée. L'AANB n'était qu'une loi adoptée par le Parlement britannique, sans consultation du peuple québécois et anglo-canadien. Quant à la Loi constitutionnelle de 1982, celle qu'on nous a enfoncée dans la gorge, elle est issue de la célèbre des nuits des longs couteaux où un pacte québécophobe a été scellé entre Ottawa et les provinces anglaises. Contre cette tour de Pise constitutionnelle qui penche toujours du même bord, pas le nôtre, le Québec n'a aucune arme, à l'exception de la clause dérogatoire de la Constitution des longs couteaux. C'est insuffisant quand on sait que la Cour suprême fédérale peut s'arroger le pouvoir de fissurer ce «nonobstant».

La constitution proposée par Simon Jolin-Barrette (voir lien en bas de page) peut bien avoir des tas de défauts, mais une fois adoptée par l'Assemblée nationale elle n'aurait pas moins de valeur juridique - dans les champs de compétence du Québec - que la constitution fédérale de 1982, adoptée par le Parlement canadien et neuf assemblées législatives provinciales sans référendums, après des manigances qui ne ressemblaient en rien à de véritables consultations populaires. Cette constitution multiculturelle de 1982 régit aujourd'hui le Québec, que nous l'aimions ou pas. La Loi 21 sur la laïcité de l'État est entre les mains des juges fédéraux, une procédure à laquelle le gouvernement Legault a consenti. Si notre laïcité pouvait s'appuyer sur une constitution québécoise, même mal ficelée, son armure serait mieux protégée devant les tribunaux.

Mais voilà, 779 organismes ont décidé que le projet de loi 1 «est une attaque contre la démocratie et les droits humains»... Encore une fois, en choeur: «Ce n'est qu'un début, continuons le combat»...

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Lien à la chanson «Ce n'est qu'un début, continuons le combat» - la dernière chanson sur l'album - https://www.youtube.com/watch?v=1nnnuAOBPU8

Communiqué des 779 groupes qui demandent le retrait du projet de loi 1 - https://www.csn.qc.ca/actualites/pres-de-800-organisations-quebecoises-rejettent-le-projet-de-constitution-du-ministre-jolin-barrette/

lundi 16 mars 2026

Le Conseil national des musulmans canadiens à l'assaut de la Loi 21...

16 mars 2026...

capture d'écran du site Web du Conseil national des musulmans canadiens



Plus que sept jours avant l'arrivée du cirque de Québec bashing à la Cour suprême du Canada... Lundi prochain, 23 mars 2026, ceux et celles qui ont l'estomac solide pourront s'installer devant le petit écran pour assister à quatre jours d'affilée d'attaques parfois grossières contre la Loi 21 sur la laïcité de l'État québécois. Gardez vos Tylenol extra fortes et vos Gravol à portée de main.

On ne se cachera pas qu'à travers le Québec et le Canada, la majorité des condamnations médiatisées du projet de loi ont ciblé l'interdiction d'un signe religieux en particulier: le port, par les musulmanes, du hijab (voile couvrant cheveux et cou) en milieu de travail. Le Conseil national des musulmans canadiens (CNMC) compte d'ailleurs parmi les parties principales dans cette affaire depuis le début. Sa campagne anti-Loi 21 a débordé largement les frontières québécoises.

Sur son site Web, le CNMC se vante ouvertement d'avoir convaincu les «principaux» partis politiques fédéraux (l'organisme a peu d'estime pour le Bloc québécois, semble-t-il), ainsi que des provinces et des villes «à travers le Canada» d'élever leurs voix contre la laïcité de l'État québécois. En effet, le maire de Brampton, en Ontario, avait même demandé aux 100 plus grandes villes du pays de se joindre à lui pour abattre une loi qu'il juge discriminatoire et raciste. Pas subtil...

Mais sur quoi se fonde le Conseil canadien des musulmans (pas des musulmanes, semble-t-il) pour faire tant de tapage? On pourrait croire à prime abord que l'organisme serait monté aux barricades pour défendre la liberté de choisir ou non de porter le voile en milieu de travail, se fondant sur le droit à la liberté religieuse. Mais non! Nulle part, dans le mémoire du CNMC de 2019 à l'Assemblée nationale ne trouve-t-on quelque mention de la liberté de choix des femmes. 

On peut comprendre le silence du Conseil à ce sujet. Défendre la liberté des femmes de porter le voile implique aussi défendre la liberté des femmes d'enlever le voile. L'un ne va pas sans l'autre. Et cela obligerait le Conseil national des musulmans canadiens à s'attaquer aux pays qui imposent le port du voile et parfois de voiles extrêmes comme le niqab et la burqa, tels l'Iran, l'Arabie saoudite ou l'Afghanistan. J'ai cherché sur le Web (peut-être pas assez) mais je n'ai pas trouvé de déclaration du CNMC attaquant des pays islamiques pour dénoncer l'oppression des femmes...

Le Conseil des musulmans attaque plutôt les fondements de la Loi 21 et affirmant qu'il n'existe aucune preuve d'un lien de cause à effet entre le port d'un signe religieux au travail dans le secteur public, et la neutralité de l'État. Je cite: «Aucune base scientifique ne supporte la croyance que le port de symboles religieux par des enseignants endoctrine les élèves - aucune corrélation entre la présence de symboles religieux et toute forme de prosélytisme passif (ou actif) n'a été démontrée. En fait, les études démontrent plutôt l'inverse.» Le fait qu'aucune de ces études ne soit citée, même pas par un lien en bas de page, laisse planer le doute sur le sérieux de cette allégation.

Le CNMC prétend aussi que le projet de loi contribuera à valider, dans la société, «les sentiments antisémites, islamophobes anti-sikhs et xénophobes». Et voilà, le chat est sorti du sac. L'État québécois propage la haine, le racisme et la xénophobie. Cette loi, affirme le Conseil, «envoie un message clair d'intolérance à la différence, soutenant que ceux qui ne ressemblent pas à la majorité ne devraient pas participer dans la sphère publique.» L'impact, dit-on, serait «dévastateur». Et le refus, souvent haineux, des valeurs (et de langue) historiques et contemporaines de cette nation qui accueille de nouvelles minorités ethniques et religieuses, qu'en est-il? Bruit de criquets...

Enfin, le CNMC dénonce l'utilisation de la disposition de l'article 33 (clause dérogatoire) de la Charte fédérale des longs couteaux pour protéger la Loi 21 contre les contestations judiciaires. Le gouvernement fédéral, auteur de la Charte, partage cette inquiétude et c'est lui qui nomme les juges de la Cour suprême. La Constitution de 1982 a été imposée au Québec par des négociations louches entre Ottawa et les provinces anglaise en pleine nuit. Le résultat, on l'a enfoncé dans la gorge des Québécois, qui ne l'ont jamais ratifié. Cette réalité semble échapper totalement au CNMC, qui raisonne à peu près de la même façon que la majorité anglo-canadienne.

Au-delà de la laïcité de l'État, la Loi 21 défend l'égalité entre les hommes et les femmes, un concept dangereux pour le CNMC. D'ailleurs, les deux seules personnes que son mémoire attaque de front sont des femmes: Djemila Benhabib et Céline Hervieux-Payette. La Loi 21 s'applique à tous et à toutes également, peu importe le sexe, l'origine, les convictions ou les croyances. Dans ce dossier, s'il existe un relent de haine et de xénophobie, il n'émane pas des élus de la majorité francophone...


dimanche 15 mars 2026

D'où viennent nos vieilles chansons?

15 mars 2026...

Lien à la chanson sur YouTube - https://www.youtube.com/watch?v=v--Hx42531Y


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capture d'écran du livre Tocqueville au Bas-Canada

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L'événement décrit dans le texte ci-dessus se déroule en 1831, le long de la rivière Saginaw, au Michigan (États-Unis). Le grand sociologue français Alexis de Tocqueville faisait route vers les Grands Lacs avec des guides autochtones. Pour traverser la rivière Saginaw à la noirceur, il a dû noliser un canot. C'est là qu'il rencontra une personne ayant l'apparence d'un Autochtone qui lui adressa la parole en français «avec un accent normand». Lisez le bout de texte ci-haut pour entendre l'histoire racontée par l'auteur lui-même. Ce qui m'intéresse, moi, c'est qu'en traversant et en remontant la rivière, le «bois-brûlé» fredonnait une vieille chanson de France dont de Tocqueville ne saisit que les deux premiers vers: «Entre Paris et Saint-Denis, il était une fille»...

Ainsi, plus de 70 ans après la conquête britannique, plus de 40 ans après la Révolution de 1789, la langue et la culture française avaient poursuivi leur expansion vers l'ouest du continent, transmise par les explorateurs canadiens-français et un nombre croissant de Métis francophones. Les accents du 18e siècle avaient survécu, mais aussi les traditions musicales de la France monarchique, y compris des airs et des chansons qui allaient tomber dans l'oubli sur le vieux continent. Imaginez la surprise de Tocqueville, croyant la présence française effacée en Amérique du Nord, entendre un Métis chanter «Entre Paris et Saint-Denis» dans les contrées sauvages du Michigan de 1831.

Quand j'étais enfant, on entendait régulièrement des chansons comme Au clair de la lune ou C'est l'aviron sans savoir que ces airs étaient issus de la Normandie du 14e ou 15e siècle. On aurait dû se douter que M'en revenant de la jolie Rochelle n'avait rien à voir avec quelque village sur les rives du fleuve Saint-Laurent. Passionné par l'histoire et la politique, je n'ai jamais vraiment approfondi ma connaissance des origines du répertoire musical transmis par mes parents et grands-parents. Il reste que nombre de chansons ont survécu à la chute du régime français pendant des siècles dans notre tradition orale, même si elles se perdent au 21e siècle. Je viens d'ailleurs de découvrir un nouveau livre, publié en 2022, intitulé Les chansons du cousinage Normandie-Amérique du Nord. Un possible remède à mon ignorance. Sur ma liste: à acheter!

En septembre 2013, alors que Ginette et moi, faisions le tour de la Normandie et de la Bretagne en voiture, nous avons passé une nuit à l'hôtel Les Ajoncs d'or de Saint-Malo. Cela m'a rappelé une petite chanson que nous avons très souvent entendue (sans doute de ma mère) et chantée durant ma petite enfance, au début des années 1950: À Saint-Malo beau port de mer. Convaincu que ce vieil air avait été transporté au Québec par Jacques Cartier et son équipage, ou Samuel de Champlain, j'ai décidé de m'informer auprès d'un directeur de l'établissement, qui n'en savait rien. Je l'ai chanté pour lui, espérant que cela éveillerait quelque souvenir. Cette chanson, m'a-t-il dit, est sans doute disparue dans son coin de Bretagne.

Selon le peu de renseignements que j'ai pu glaner, l'air de cette chanson est inconnue dans la France contemporaine. Les paroles auraient été conservées en Bretagne mais il n'est pas question de Saint-Malo. On y écrit plutôt «À Nantes, à Nantes sont arrivés, Trois beaux navires chargés de blé»... Dans une autre version, Saint-Malo céderait sa place à Bordeaux. Ainsi, la chanson ne porte le nom de Saint-Malo qu'en Amérique du Nord. Pourquoi? Je devrai me renseigner. 

L'histoire de nos chansons de folklore remonte parfois jusqu'à la vieille France, mais plusieurs d'entre elles ont une origine pure laine. Je m'en souviens d'une en particulier, que j'entendais toujours dans des rencontres de famille autour du temps des Fêtes et dont je ne me souvenais que du refrain, comique pour moi parce que je pensais que «Fu, fu, fu» était «Pu, pu pu». Le refrain s'entendait comme suit:



J'ai découvert qu'Ovila Légaré, accompagné par La Bolduc à la guimbarde, avait endisqué cette chanson en 1931 et qu'elle avait connu un grand succès en ondes et chez les disquaires. Son origine serait incertaine. Elle était présentée comme une «vieille chanson». Une théorie, apparemment considérée plausible, voudrait que cette chanson de la fin du 19e siècle soit une satire dirigée contre Adolphe Chapleau, premier ministre du Québec de 1879 à 1882. La chanson évoque les visites du Jour de l'an bien arrosées de Chapleau, qui perd son chapeau, ses mitaines et sa carriole et qu'un bon samaritain doit ramener à la maison. M. Chapleau avait une réputation de bon vivant. 

Enfin, je me demande combien de parents québécois d'aujourd'hui connaissent et transmettent ces airs traditionnels qu'on trouvait souvent dans les cahiers de la «bonne chanson», ainsi que leurs origines. Il serait dommage qu'elles deviennent, comme notre peuple si on ne se réveille pas bientôt, «une page blanche» de l'histoire des nations.

samedi 14 mars 2026

Le cynisme éditorial de La Presse...

14 mars 2026...

capture d'écran du site Web La Presse, 14 mars 2026


J'avais l'intention d'écrire calmement un billet historique à thème musical aujourd'hui, mais la lecture de l'éditorial de Stéphanie Grammond dans La Presse m'a interloqué (voir lien en bas de page). J'ai dû relire, très lentement, les propos de l'éditorialiste en chef du quotidien montréalais pour me convaincre qu'une journaliste chargée de transmettre une opinion informée à ses lecteurs ait pu réellement atteindre un tel niveau de cynisme.

Le sujet? L'obtention, via transfuges, de la majorité parlementaire que l'électorat avait refusée à Mark Carney le 28 avril dernier. Un affront à la démocratie? Non, «un habile tour de force», dit-elle. À ceux chez qui les vire-capot suscitent «des grincements de dents», Mme Grammond répond que «les partis politiques font preuve d'une indignation à sens unique, satisfaits quand un transfuge se joint à leurs troupes, outrés quand un des leurs passe dans l'autre camp».

C'est à couper le souffle. Au départ, la question du caractère sacré d'une élection démocratique reste en suspens. L'argument étant sans appel, elle l'évite tout simplement. Secundo, son affirmation est fausse, le NPD ayant présenté un projet de loi pour bannir les transfuges. La grande majorité des députés des autres formations s'y étaient opposés mais tout de même. Une telle erreur est difficilement excusable.

L'éditorialiste en chef poursuit en citant, comme si cela était apparenté, l'entente entre les libéraux de Justin Trudeau et la députation néo-démocrate entre 2021 et 2025. Mme Grammond sait pertinemment que de telles alliances, ponctuelles pour un gouvernement minoritaire, ne trahissent en rien la volonté des électeurs au scrutin général. Personne ne vire capot, et la collaboration dure tant que les deux parties y perçoivent l'occasion de réaliser le mandat pour lequel ils ont été élus.

Mais le choc survient quand l'éditorialiste en chef ose prétendre que la majorité bientôt acquise par M. Carney «reflète la volonté de l'ensemble de la population»! Quoi? La volonté de la population peut s'exprimer au Parlement autrement que par le vote démocratique des citoyens à un scrutin général? Et comment sait-elle qu'il s'agit de la «volonté» de la population? Facile... un sondage Léger indique que la popularité des libéraux s'est accrue de 5% depuis l'élection de l'an dernier... Cet argument est indigne de la fonction qu'occupe Mme Grammond et un affront au public lecteur.

Depuis quand peut-on invoquer des sondages d'opinion publique, si perfectionnés soient-ils, pour justifier - moins d'un an après l'élection - que quatre députés offrent la majorité refusée à Mark Carney en trahissant les milliers de citoyens qui ont coché leur nom et leur parti dans la boîte de scrutin? Cette question, la seule qui compte vraiment, est absente de de chef-d'oeuvre de cynisme politique.

Si une élection générale avait lieu aujourd'hui, écrit l'éditorialiste en chef, les libéraux éliraient environ 200 députés «selon les projections de QC125». Bien sûr. Pourquoi tenir des élections? Perte de temps et d'argent? Mme Grammond rappelle qu'un scrutin général coûte 570 millions $. «On peut se passer d'une nouvelle facture», peut-on lire. Avec ce genre de raisonnement, qui suggère que la démocratie électorale soit trop coûteuse, pourquoi ne pas installer tout de suite 200 libéraux aux Communes? Et modifier les proportions à chaque nouveau sondage? Quelle effronterie!

Sa conclusion? Pire encore. Les quatre vire-capot «prouvent au moins que nos élus sont capables de franchir les tranchées politiques pour travailler ensemble, ce qui est une excellente nouvelle». Incroyable! Vraiment incroyable! Même pas un petit mot de sympathie pour les cent et quelque milles électeurs trahis par leur élu? Même pas une petite larme pour la démocratie flouée par des intrigues de couloir? Même pas une réflexion sur l'éthique de changer d'allégeance en cours de mandat? 

Voilà un éditorial à conserver aux fins d'analyse dans les programmes de journalisme et de science politique. 

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vendredi 13 mars 2026

L'Ordre du Canada à Don Cherry?

13 mars 2026...

capture d'écran du site Web du Parti conservateur du Canada


Bizarre, cette histoire... Les conservateurs fédéraux mènent une campagne pour que l'Ordre du Canada soit octroyé à l'ancien joueur, instructeur et commentateur controversé de hockey Don Cherry. Pourquoi bizarre? Parce qu'il devrait être évident qu'avec son passé émaillé de déclarations xénophobes, francophobes, frisant le racisme, l'ancienne vedette de CBC à Hockey Night in Canada n'a absolument aucune chance se se voir épingler l'insigne rouge et blanc avec feuille d'érable surmontée de la couronne royale britannique.

Évidemment, si la pétition en ligne du Parti conservateur récolte des centaines de milliers de signatures (un million?) d'un bout à l'autre du pays, cela posera un problème pour les notables chargés d'attribuer l'Ordre du Canada et un débat public qui résonnera jusqu'à la Chambre des communes. Dans un article de la Presse canadienne, publié dans Le Droit, le chef conservateur Pierre Poilievre affirme sans sourciller que «Don Cherry incarne ce que cela signifie d'être un fier Canadien». Enfin, je n'ai vu ce commentaire qu'en anglais sur le réseau social X-Twitter, où il employait le mot Canadian, sans doute plus juste.


Quoiqu'il en soit, je refuse de croire que le chef du PC et son député Andrew Lawton (auteur de la pétition et biographe de Pierre Poilievre) ne savaient pas qu'ils mettaient le pied sur un nid de guêpes en proposant d'honorer Cherry. La députée du Bloc québécois Christine Normandin, invoquant ses propos anti femmes et anti francophones, a immédiatement rétorqué que les critères d'admissibilité à l'Ordre du Canada «disqualifiaient» M. Cherry. Du côté gouvernemental, le ministre de l'Identité et de la Culture canadienne (?), Marc Miller, s'est dit agacé par cette campagne, évoquant les allusions racistes et xénophobes de l'ex-commentateur du réseau CBC.

Comme il fallait s'y attendre, le statut de M. Poilievre sur X-Twitter a attiré des centaines de commentaires, le plus souvent hostiles, mais plus de 7000 mentions «J'aime». Le vrai baromètre sera sans doute le nombre de citoyens prêts à signer la pétition en faveur de M. Cherry. Je soupçonne que derrière les cris d'indignation d'intervenants plus militants, des millions d'Anglo-Canadiens raffolaient de ses sorties acérées et s'ennuient de lui. N'oubliez pas que Don Cherry a déjà reçu l'ordre de l'Ontario de Doug Ford, a été honoré publiquement par la Légion canadienne et l'Association des policiers de l'Ontario. L'an dernier, le Gouverneur général lui a décerné la médaille du couronnement de Charles III pour ses contributions exceptionnelles au Canada. Et surtout, souvenez-vous qu'il y a une vingtaine d'années, quand CBC avait orchestré un concours pour identifier les «Greatest Canadians», il avait terminé au 7e rang à travers le pays!

Ils sont très nombreux à estimer que M. Cherry avait raison quand il tenait des propos cassants envers les immigrants, les francophones, les femmes dans le sport, et bien d'autres. J'ai toujours eu la conviction qu'il disait tout haut que des millions d'Anglo-Canadiens originaires des îles britanniques pensaient tout bas. Ses sorties à l'emporte-pièce m'ont souvent rappelé l'ambiance inhospitalière de l'Ottawa anglophone que j'ai connu dans ma jeunesse. Peut-être MM. Lawton et Poilievre ont-ils flairé l'opportunité de soulever un enjeu susceptible d'éveiller les braises culturelles britanniques qui couvent toujours sous les excès d'un multiculturalisme à la woke.

Il y aura des partielles le 13 avril dans la région de Toronto dans deux circonscriptions qui, si l'on se fie aux résultats des quatre ou cinq dernières élections, sont très peu favorables au PCC. Pourrait-on croire que pour quelques cerveaux conservateurs, se porter à la défense d'une personnalité ontarienne comme Don Cherry pourrait détourner - ne fut-ce qu'un moment - l'électorat de l'interminable conflit avec Donald Trump, où les libéraux auront toujours l'avantage? Parfois, dans des situations désespérées, on s'accroche à n'importe quoi, on prie St-Jude, on achète un Lotto Max... Enfin, cette fois, j'avoue que l'initiative du PC en faveur de Don Cherry me déroute.

Et puis, en fin de compte, pourquoi pas? Offrez-lui donc l'Ordre du Canada. À bien des égards, il l'a mérité en exprimant sur la place publique les craintes, les colères et les haines historiques d'une grande partie de son auditoire. La francophobie et le racisme ne font-ils pas partie de l'histoire du Canada depuis la Conquête? Il y a 100 ans, dans ma province natale (l'Ontario) et même à Ottawa, il aurait eu droit aux plus grands honneurs pour plusieurs des propos qu'on lui reproche aujourd'hui. Don Cherry incarne le Canada que les Québécois combattent avec raison depuis toujours. Pourquoi ne pas le laisser pavoiser ses intolérances en épinglant sur son veston l'insigne rouge et blanc de l'Ordre du Canada?

Le débat qui en résulterait serait salutaire...


jeudi 12 mars 2026

Le coup d'État...

12 mars 2026...

capture d'écran du site Web du Devoir



Voilà! Mark Carney a réussi son coup d'État! Avec l'arrivée d'une quatrième transfuge, du NPD cette fois, et une victoire assurée dans deux partielles torontoises au mois d'avril, le premier ministre libéral a réussi à obtenir ce que les électeurs lui avaient refusé en avril 2025: un gouvernement majoritaire!

Les amateurs des définitions littérales de dictionnaires réfuteront l'emploi du terme «coup d'État». L'acquisition d'une majorité par la bande à Carney n'était ni brutale, ni violente. Techniquement, elle n'était même pas illégale. Mais il y avait là l'esprit d'un coup d'État: le renversement du verdict d'un scrutin général démocratique par des moyens qu'on pourrait qualifier de louches.

L'électorat avait envoyé au Parlement un gouvernement minoritaire, avec tout ce que cela implique de négociations et de compromis pour conserver la confiance de la Chambre des communes. Ce verdict, peu importe ce qu'on puisse en penser, est sans appel. L'apparition soudaine d'un nombre de vire-capot dès le lendemain des élections, attirés par les avantages de siéger sur les bancs du pouvoir, aurait été vu comme un scandale et aurait provoqué une levée de boucliers.

Imaginez, quelques jours après le scrutin, que trois députés conservateurs et une députée néo-démocrate, décident de trahir le «pacte sacré» conclu avec leurs électeurs, de brûler leurs pancartes électorales bleues et orange, de renier sur la place publique tous les engagements pris durant la campagne, de cracher à la figure des dizaines de milliers de personnes qui ont coché leur nom sur le bulletin de vote. Ce serait tout au moins indécent. On ne le leur aurait pas pardonné.

Alors pourquoi cela devrait-il être plus acceptable si le geste est posé quelques mois ou près d'un an après l'élection générale? On peut imaginer des circonstances exceptionnelles pouvant provoquer des scissions ou des schismes au sein d'une formation politique, mais rien de tel ne s'est produit depuis la fin d'avril 2025. L'effet Trump avait déjà fait son oeuvre, et rien n'a fondamentalement changé à cet égard depuis l'an dernier. Alors quel motif peut-on invoquer moins d'un an après ce scrutin pour rebrasser le décor aux Communes? Aucun!

On peut comprendre les trois conservateurs d'avoir entendu l'appel du premier ministre Carney, qui avait un peu surpris la galerie en s'appropriant une bonne partie du programme électoral du parti de Pierre Poilievre. Le rapprochement idéologique favorisait leur geste de trahison envers leur parti et leurs électeurs. Dégueulasse, mais compréhensible. La désertion de la néo-démocrate s'explique plus difficilement. Elle-même n'a pas élaboré. Toute sympathie que le NPD avait pour la bande à Trudeau aurait dû s'évaporer avec le net virage à droite de Mark Carney. 

Somme toute, la seule explication qui tient, c'est l'attrait du pouvoir. L'attrait d'une majorité pour les libéraux, ainsi à l'abri des compromis et des votes de censure aux Communes. L'attrait des avantages que procure un siège gouvernemental pour les traîtres. Qu'il s'agisse de l'un ou de l'autre, ou d'une combinaison des deux avec quelques épices, le résultat est d'une totale immoralité. Dix mois et demie après le vote de millions d'électeurs québécois et canadiens, le parti minoritaire au pouvoir, conspirant avec quatre vire-capot, a renversé le verdict électoral. J'appelle ça un coup d'État.

Le chef intérimaire du Nouveau Parti démocratique, Don Davies, a bien résumé la situation: «Je deviens de plus en plus préoccupé par la manière dont M. Carney tente de se construire une majorité. La question de savoir s’il y a un gouvernement majoritaire ou non est une décision des Canadiens aux urnes, et non le résultat de tractations en coulisses ou de décisions prises à huis clos à Ottawa».

Si les élections démocratiques doivent avoir un sens, un verdict clair de l'électorat doit être sans appel. Quelque part, les élus doivent se pencher sur une série de règles, ou même une loi, qui déterminerait la légalité ou l'illégalité d'un changement de parti en cours de mandat. Si les députés élus ont carte blanche pour envoyer paître leurs électeurs, c'est l'exercice du droit de vote lui-même qui se trouve miné. 

Le plus simple, et le plus équitable, serait de décréter que tout député qui renie son allégeance partisane doit se présenter de nouveau devant l'électorat, seul maître du jeu. Sinon, toute manière de corruption pour acquérir plus de pouvoir est permise. Dans la pire des situations, on se retrouve devant un coup d'État. Comme aujourd'hui.