mercredi 15 septembre 2021

Rencontrer le chef du Bloc? Ô horreur!


Que la Société de l'Acadie du Nouveau-Brunswick (SANB) ait claqué la porte au nez du chef du Bloc québécois est certes regrettable (1), mais le geste s'inscrit dans une certaine logique quand on sait que la SANB avait signé, en 2019, un protocole d'entente avec des groupes anglo-québécois qui combattent la francisation du Québec (2).

L'histoire des relations de la majorité francophone du Québec avec les organisations canadiennes-françaises et acadiennes des autres provinces est empoisonnée depuis la montée du mouvement indépendantiste durant les années 1960. Entre l'indifférence de trop de Québécois et un sentiment d'abandon chez les francophones hors-Québec, les rapports entre les uns et les autres ont pourri...

Cette apparence de divorce, ayant éclaté au grand jour aux États généraux du Canada français en 1967, a nourri une rancune tenace, presque une haine, à l'endroit du Québec, dans plusieurs milieux et aveuglé de nombreux dirigeants francophones hors-Québec aux moments d'évaluer les véritables rapports de force et de prendre des décisions stratégiques.

Jouant les grenouilles qui se bombent le torse pour se donner l'apparence d'un boeuf, fermant les yeux sur les effets dramatiques d'une assimilation galopante, les dirigeants des collectivités francophones minoritaires ont eu tendance à gonfler artificiellement leurs effectifs et à s'approprier un pouvoir politique qu'ils ne sont pas en mesure d'exercer seuls.

On l'a vu cette semaine en Acadie quand Yves-François Blanchet a dû rebrousser chemin aux portes du Nouveau-Brunswick alors qu'il devait rencontrer le président de la SANB, Alexandre Cédric Doucet, à moins d'une semaine du scrutin fédéral. « Les Acadiennes et les Acadiens n'ont pas besoin du Bloc pour se faire entendre sur la Colline parlementaire », a déclaré ce dernier, apparemment pressé par son conseil d'administration d'annuler le rendez-vous.

Remplacez dans cette citation le mot «Bloc» par «Québec» et vous aurez compris le sens profond de l'intervention. Les organisations franco-ontariennes auraient réagi de façon similaire. Je ne veux pas diminuer l'importance de l'apport des minorités, mais sans le Québec et la menace qu'il fait peser sur l'ensemble du pays, les francophones des provinces à majorité anglaise auraient remporté peu de combats.

Comme ancien Franco-Ontarien, j'ai en mémoire l'acquisition du réseau d'écoles françaises primaires et secondaires vers 1967. Pense-t-on vraiment que sans L'égalité ou l'indépendance de Daniel Johnson, qui exerçait de fortes pressions sur le premier ministre ontarien John Robarts, la décision aurait été prise à ce moment précis? Que l'article 23 de la Loi constitutionnelle de 1982 aurait existé sans le Parti québécois et son référendum de 1980? Que le retentissement de l'affaire de l'hôpital Montfort au Québec à la fin des années 1990 n'a eu aucun effet sur les rapports de force?

La seule façon, pour les minorités, de discuter tant soit peu en position d'égalité relative avec leurs gouvernements francophobes est d'avoir comme allié (officieux ou officiel) le Québec, tout entier si possible, tout au moins les indépendantistes. L'Assemblée de la francophonie de l'Ontario aura beau dire qu'il y a plus de 700 000 Franco-Ontariens, la réalité se situe en-deçà de 500 000 et leur niveau de militantisme - sauf exception - reste très faible.

Au Parlement fédéral, seulement quatre députés représentent des circonscriptions à majorité française (dont trois Acadiens, l'autre étant Franco-Ontarien). Tous libéraux, tous soumis à la discipline du parti en matière de droits linguistiques. Et les minorités doivent traiter avec une ministre québécoise, Mélanie Joly, qui a beaucoup plus d'influence que leurs élus, pour faire avancer leurs dossiers. 

Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, a emprunté une formulation malheureuse quand il a déclaré récemment: «Dans la dernière législature, les francophones hors Québec et les Acadiens... ont eu une seule voix à la Chambre des communes et ça été le Bloc Québécois.» C'est oublier le rôle joué par Mme Joly dans quelques dossiers chauds, dont le projet d'université franco-ontarienne et le drame à l'Université Laurentienne de Sudbury.

Ce qu'il aurait pu dire, c'est que le Bloc, avec sa trentaine de députés, a été le seul parti à constamment et vigoureusement défendre - sans conditions - les revendications de la francophonie minoritaire et à fustiger leurs adversaires. Que le Bloc, dans sa défense de la francophonie québécoise, canadienne et mondiale, constitue un allié stratégique naturel, capable d'exercer une influence utile aux francophones hors Québec même si son objectif premier demeure la défense du Québec et la cause de l'indépendance.

Les dirigeants de la Société de l'Acadie du Nouveau-Brunswick, de l'Assemblée de la francophonie de l'Ontario (AFO), de la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) ont suffisamment d'expérience en politique pour savoir qu'on ne verrouille pas les portes à cause d'une simple déclaration maladroite mais bien intentionnée. Ils osent s'allier avec des ennemis traditionnels, les Anglo-Québécois, même si plusieurs de ces derniers combattent la Loi 101, le projet de loi 96, voire toute initiative de francisation au Québec. Ils pactisent au besoin avec les gouvernements Higgs et Ford, en dépit de leur francophobie notoire. Comment expliquer, alors, qu'on sente le besoin de répudier aussi rudement le chef du Bloc qui, sur le terrain boueux du Parlement fédéral, s'est avéré l'allié le plus sûr?

Trop de ténors de la francophonie minoritaire se comportent envers le Québec comme l'animatrice du débat des chefs en anglais (supériorité morale et racisme en moins). Il flotte dans la vaste brume minoritaire un relent de colère et de haine pour ce qui est encore perçu, depuis plus de 50 ans, comme une trahison des Québécois.

Quand le chef du Bloc a tenté d'aborder la question de la francophonie hors Québec au débat anglais et a été rabroué par la soi-disant animatrice, je n'ai pas entendu beaucoup d'échos au sein de la direction de la FCFA, de l'AFO ou de la SANB. Les associations auraient pu au moins saluer le geste et accepter, en contrepartie, de recevoir en audience le chef du Bloc, en prenant soin - bien sûr - de souligner les différences entre les objectifs des uns et des autres.

Craint-on, en recevant chez-soi le chef du Bloc québécois, qu'on puisse soupçonner les dirigeants acadiens d'être sympathiques à la cause de la souveraineté du Québec? Ô horreur! On pourrait attiser la colère à peine retenue des anglos, et mettre en péril les miettes qu'ils laissent à l'occasion tomber de la table linguistique. Ils pourraient nous détester encore plus qu'avant. Non, mieux vaut ne pas faire de vagues et rester bien sages. Rectitude politique. Vivre à genoux.

Quand le nouveau Parlement siégera et que la francophonie minoritaire se sentira bien seule dans un épineuse affaire linguistique, elle pourra sans doute compter sur l'appui indéfectible du Bloc québécois. J'espère que les chefs de la SANB feront au moins un acte de contrition en se souvenant du traitement qu'ils ont réservé à Yves-François Blanchet durant la dernière semaine de cette campagne électorale.

Sait-on jamais? Peut-être entendra-t-on quelques sons de cloche différents au débat électoral sur les langues officielles, ce soir, 15 septembre...


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(1) Voir texte d'ONFR à https://onfr.tfo.org/le-chef-du-bloc-quebecois-sattire-les-foudres-des-acadiens/.

Voir aussi le texte de Radio-Canada à https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1824072/bloc-quebecois-acadie-societe-acadie-nouveau-brunswick-caraquet

(2) Voir texte de Radio-Canada à https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1209180/entente-afo-francophonie-exclusion-accord-anglophone-fcfa.


jeudi 9 septembre 2021

SOS soins de santé (chapitre 3)...

Après deux semaines de démarches largement infructueuses, y compris deux passages à l'urgence de l'hôpital de Hull, je n'ai toujours aucune certitude quant à la cause des hématomes douloureux qui colorent de violet mon bras gauche et le haut de ma poitrine, sous l'épaule gauche.

L'orthopédiste écarte pour de bon la thèse d'une déchirure musculaire près de mon ancienne blessure subie à l'automne 2019, et soutient la thèse de l'urgentologue, à savoir qu'il s'agit de veine(s) éclatée(s), possiblement à cause des anticoagulants prescrits par mon cardiologue.

Seul un médecin que j'ai vu à une clinique sans rendez-vous, à la mi-août, a jugé bon de commander un scan de l'épaule et du bras mais l'hôpital de Buckingham m'a fait savoir que la procédure n'est pas jugée urgente, et que je devrai attendre au moins deux ou trois mois...

Voilà où j'en suis à ce dernier lundi d'août 2021...

Jour 16 - mardi 31 août 2021

Mon cardiologue a demandé de me voir en urgence pour examiner les hématomes et me renseigner sur les résultats de mes prises de sang de la semaine précédente. De ce côté, les nouvelles sont bonnes: les reins fonctionnent bien et l'hémoglobine est normale. L'anticoagulant ne s'accumule donc pas dans mon système et la lointaine possibilité d'une leucémie est à peu près écartée.

Comme je n'ai pas subi de choc physique avant l'apparition des bleus, il réfute entièrement l'opinion des médecins précédents, affirmant qu'il ne peut s'agir de vaisseaux sanguins éclatés et que le problème se situe plutôt au niveau de l'épaule, où une déchirure quelconque doit s'être produite, provoquant un saignement à la poitrine et dans le bras. Il faudrait, pour éclaircir la chose, un scan que l'orthopédiste et l'urgentologue n'ont pas prescrits.

J'ai vu quatre médecins au cours des dernières semaines: deux en faveur de veine(s) éclatée(s), deux favorisant une déchirure à l'épaule. Tous sont cependant d'accord sur un point: je n'ai pas à m'inquiéter. Pour accélérer la guérison, le cardiologue a autorisé une réduction de moitié de la dose quotidienne d'anticoagulant...

Jour 17 - septembre arrive!

Par un 1er septembre frisquet, me voilà planté sur le trottoir à 7 heures du matin devant la Clinique coopérative de la Basse-Lièvre, une heure et quart avant l'ouverture, dans l'espoir d'obtenir un des rendez-vous disponibles, ce mercredi. Heureusement, je suis deuxième dans une file qui s'allonge de plus en plus à mesure qu'approche le moment de déverrouiller les portes.

8 h 15. Le préposé à l'entrée me remet un numéro et m'indique de passer à la salle d'attente à l'étage. On commencera à appeler les numéros à 8 h 45, et c'est à ce moment qu'on saura l'heure de notre rendez-vous avec le seul médecin disponible. La salle d'attente est bien pleine. Enfin, numéro 59! C'est le mien. Le médecin, le même qui m'a examiné deux semaines plus tôt, me verra à 9 h 30. Inutile de retourner à la maison...

Je lui explique que l'hôpital de Buckingham m'a informé que je devrais attendre au moins deux ou trois mois pour le scan de l'épaule, commandé par lui. On me parle de cotes de priorité que je ne saisis pas très bien. Il m'explique que les médecins suivent certaines lignes directrices pour établir le degré de priorité d'une intervention et que la mienne ne mérite qu'un «C». S'il biffait le C pour écrire B, l'hôpital y verrait une erreur et le ramènerait à C...

Le truc, c'est donc de trouver un endroit où la liste d'attente est la moins longue... À Gatineau? Pas question. Hawkesbury? C'est en Ontario. Finalement, on s'entend que mes meilleurs espoirs d'un scan «rapide» sont à l'hôpital de Maniwaki, en Haute-Gatineau, à plus de 100 km... N'oubliez pas: nous sommes ici dans la quatrième ville du Québec...

Avance rapide à Jour 26 - un jeudi de septembre 2021

J'attends toujours l'appel de l'hôpital de Maniwaki...

La réduction de ma dose d'anticoagulant a eu l'effet escompté. L'hématome se résorbe très lentement, comme la douleur...

Je commence à croire que je ne saurai jamais ce qui a causé ces méga hématomes...

La seule consolation: j'ai appris des tas de choses sur le fonctionnement de notre système de santé.

Qu'un personnel dévoué y travaille dans une camisole de force bureaucratique.

Que les «patients» avec un problème urgent qui ne met pas leur vie en cause doivent être très, très... patients... Que leur problème urgent n'est pas vraiment urgent pour le «système»...

Que Gatineau, 4e ville du Québec, est abandonnée depuis tellement longtemps par Québec qu'on peut y fermer en toute quiétude la plus importante salle d'urgence hospitalière...

Que les gens acceptent sans trop rechigner un système parfois abracadabrant par crainte d'importuner ceux et celles qui auront à les soigner, et de perdre ainsi un accès déjà limité au réseau de santé...

Qu'on a beau suivre toutes les procédures, faire toutes les démarches, expliquer tout ce qu'il est possible d'expliquer, supplier même à l'occasion, certains murs bureaucratiques sont infranchissables.

Je ne saurai peut-être jamais ce qui est arrivé à mon épaule.

Je n'aurai pas mon scan (scintigraphie en français), du moins dans un avenir prévisible.

Et il ne faut surtout pas essayer de savoir pourquoi... Les responsables sont trop occupés pour vous parler...

Alors j'attends...

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Je me demande si un joueur du Canadien de Montréal, dans la même situation, en pleine saison de hockey, serait obligé de s'inscrire sur une liste d'attente à Sherbrooke, disons, pour un scan qui pourrait avoir lieu quelques mois plus tard...




mercredi 1 septembre 2021

Pourquoi voter pour le Bloc?


S'il y a une chose que j'ai comprise en grandissant comme Franco-Ontarien dans la capitale canadienne, c'est qu'une minorité n'a aucun pouvoir. Elle est condamnée à lutter et à quémander. Aujourd'hui. Demain. Toujours. En démocratie, la majorité a le droit de décider. Aujourd'hui. Demain. Toujours. 

Je suis maintenant Québécois. Depuis plus de 45 ans. Et j'ai peine à croire que les francophones du Québec ont toujours de la difficulté à comprendre cette vérité. Nous formons une minorité au Canada. Les députés que nous envoyons à Ottawa n'exerceront jamais le pouvoir à moins de s'aligner sur les intérêts de la majorité Canadian... 

Que le pouvoir soit libéral, conservateur, voire néo-démocrate n'y changera rien. Les députés québécois y seront minoritaires. Ils seront condamnés à lutter et quémander, à accepter ou rejeter les miettes de la table anglo-canadienne. Et on voudrait que l'électorat francophone du Québec continue de pratiquer l'art du vote stratégique, qui consiste à miser sur les moins pires? C'est un exercice stérile!

Entendre des nationalistes ou des indépendantistes discuter de l'utilité ou de la pertinence de voter pour le Bloc québécois me hérisse... Y'en a-t-il encore qui croient vraiment à l'efficacité des coalitions ponctuelles ou à un «beau risque» version 2021? Que débarquer Trudeau et sa bande en favorisant l'élection d'O'Toole et sa bande va changer quelque chose de fondamental?

Ultimement, le sort du Québec se jouera à Québec. Mais en attendant cette souveraineté qui ne semble pas imminente, pour dire le moins, Ottawa détient de réels pouvoirs et dépense notre argent... jusque dans nos champs de compétence. Et les Trudeau, Chrétien, Harper et autres fonderont toujours leur légitimité sur le fait que les bons Québécois élisent des députés au sein de leurs formations. Et ils auront raison!

Voilà pourquoi le Bloc québécois demeure si essentiel. Quand on accepte de reconnaître qu'en vertu des règles de la démocratie, la majorité anglophone du Canada peut - quand elle le veut - gouverner son pays sans tenir compte de nos exigences, tout devient clair.

Le choix qui nous est alors laissé, c'est de placer à Ottawa des pions, la plupart silencieux, soumis à la discipline de partis fédéralistes à caractère anglo-dominant, ou d'élire des indépendantistes qui participeront aux débats parlementaires sans illusion, dignement, honnêtement, en faisant valoir des positions qui seraient celles de la nation québécoise si elle était en mesure de décider seule.

Le Bloc québécois ne va pas à Ottawa pour y prêcher l'indépendance du Québec. Les députés du Bloc siègent au Parlement fédéral pour faire entendre le Québec, pour le défendre, pour y exprimer - en français - ses espoirs, ses valeurs, ses positions, ses préoccupations. Ils sont là aussi pour promouvoir les intérêts de la francophonie, qui en a bien besoin dans ce pays où le français a toujours été malmené. 

Le 20 septembre, pensons-y.

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En 2011, alors que j'étais toujours éditorialiste au quotidien Le Droit, j'avais écrit ce texte sur mon blogue, écho de mon éditorial dans Le Droit du 18 avril 2011 (bit.ly/3kEUnqc) qui proposait des arguments similaires. Dix ans plus tard, il conserve son actualité.

Le choix, pour les Québécois, «c'est d'élire des députés fédéralistes obligés de composer avec une majorité anglo-canadienne ou élire des députés du Bloc qui seraient libres de nous défendre, individuellement et collectivement, et de faire la promotion de points de vue qui émanent de notre collectivité. Nous sommes différents et avons pleinement le droit d’exprimer cette différence au Parlement canadien. Si cela peut sembler irritant et un peu dysfonctionnel, tant pis. Nous concédons aux autres le pouvoir auquel ils auraient droit de toute façon, étant majoritaires, et nous contentons pour l’instant de participer avec honneur et dignité à un régime qui finira par se transformer… ou que nous quitterons.»

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lundi 30 août 2021

Presse écrite... Le glaçage a remplacé le gâteau...

J'ai regardé les interviews des chefs de partis fédéraux à Radio-Canada, hier soir (29 août 2021), avec beaucoup d'intérêt. Comme d'autres vieux journalistes de la presse écrite sans doute - j'ai couvert ma première campagne électorale en 1970 - j'avais le goût d'en discuter et surtout de lire couverture et commentaires de collègues des autres journaux.

Et c'est là que je me suis rappelé, une nouvelle fois, que mon ancien univers médiatique n'existe plus... Non seulement une bonne moitié des collègues de l'époque sont-ils disparus (oui, j'aurais dû écrire morts), mais les journaux qu'ils ont abondamment noircis de leurs plumes ont pour la plupart été fermés ou n'ont plus d'éditions imprimées. Sans écran (même avec), aujourd'hui, au Québec, on est souvent condamné à l'ignorance.

Au lendemain d'un événement électoral majeur, disons un débat des chefs, quand j'arrivais à la salle des nouvelles du quotidien Le Droit dans les années 70, je pouvais aligner sur un des grands pupitres cinq, six ou sept autres quotidiens d'Ottawa et de Montréal et y lire les comptes rendus, analyses et commentaires éditoriaux.

Sans allumer d'ordinateur, sans avoir à éplucher une diversités de sites et de pages Web, sans avoir à faire défiler les textes, sans avoir à imprimer ou enregistrer ceux que j'avais besoin de conserver, j'avais devant moi des centaines de nouvelles, largement mises en page selon leur importance, toutes visibles sans avoir à ouvrir huit ou neuf fenêtres sur un écran de tablette déjà trop petit...

Entre Le Droit, La Presse, Le Devoir, Montréal-Matin, le Journal de Montréal, Le Soleil, l'Ottawa Journal, l'Ottawa Citizen, le Montréal Star, la Gazette, et pour un temps, Le Jour, il y avait suffisamment d'encre pour plusieurs lavages de main et assez de variété pour s'estimer relativement bien renseignés sur les actualités du jour. Sans oublier des salles de rédaction bondées où les voix animées réussissaient facilement à enterrer le vacarme des machines à écrire.

Revenant au débat d'hier soir entre les chefs de parti et les trois chefs d'antenne de Radio-Canada, je suis allé à la porte tôt ce matin pour cueillir le seul journal papier que je reçois, Le Devoir, qui proposait en manchette sa couverture de l'événement. Un texte forcément rédigé à la hâte vu les heures de tombée mais tout de même, un honnête effort de synthèse.

Ailleurs, je n'ai rien vu! Peut-être ai-je cherché avec mes yeux d'homme, comme dirait mon épouse, mais dans la presse jadis écrite devenue numérique (et dans le site Web du Journal de Montréal), j'ai eu beau scruter... ce fut en vain. On y trouvait des textes sur la campagne électorale, mais pas sur la première prestation des chefs de partis en ondes. Il n'y manquait pourtant pas de matière à exploiter.

Pour la nième fois depuis le début de cette campagne, je reste sur ma faim, me disant qu'il y a 40 ou 50 ans, les choses auraient été faites autrement. On aurait eu de quoi se mettre sous la dent. Les scribes de 2021 n'ont pas moins de talent et d'expérience que ceux de mon époque. Ils sont tout simplement moins nombreux, et soumis aux exigences de technologies qui - du moins jusqu'à maintenant - n'ont pas favorisé une présentation structurée, ordonnée, claire et accessible de l'information quotidienne. On perd plus de temps à chercher qu'à lire.

On nous objectera que les journaux numériques peuvent présenter des quantités beaucoup plus importantes de textes de tous genres que les anciennes éditions imprimées. Et c'est vrai. Alors comment se fait-il que le public, me semble-t-il, soit moins informé qu'autrefois? Est-ce à cause des salles de rédaction charcutées? De la fragmentation des sources d'information? De l'érosion des identités régionales au sein de la presse écrite? De l'obligation de lire une information volumineuse et complexe sur de petits écrans qui n'ont rien de convivial?

En 2014, alors que j'étais toujours éditorialiste au Droit et que le débat faisait rage sur l'avenir de l'imprimé, j'avais affirmé ma foi au potentiel de l'Internet et de ses dérivés comme multiplicateur de l'offre existante, «pour ce qu'ils ajoutent à la connaissance et à la communication, mais pas pour ce qu'ils ont ou auront la prétention de remplacer». Dans trop d'organes de presse, depuis la montée de l'Internet à partir du milieu des années 1990, le glaçage a remplacé le gâteau.

Vous voyez les journaux que j'ai étalés dans la photo ci-haut? J'en ai une dizaine sur mon bureau, que je peux feuilleter et lire ensemble, passant de l'un à l'autre, sans avoir à perdre des heures en recherches d'archives sur Google et dans les sites Web médiatiques. Je ne serai plus là dans 40 ans, mais j'espère qu'un de mes petits-enfants conservera ce texte et tentera d'aligner ainsi une dizaine d'éditions de quotidiens de 2021 et de les consulter de même façon... Il ou elle s'apercevra que sous l'épais glaçage du Web d'aujourd'hui et de l'avenir, il n'y a rien.

Alors, pour ce qui est de l'émission spéciale de Radio-Canada d'hier, je l'ai écoutée, j'ai fait quelques commentaires à haute voix que personne n'a entendus, j'ai griffonné quelques notes pour un futur texte de blogue, et j'ai lu aujourd'hui le texte du Devoir. Peut-être demain, ce qui reste de notre presse d'antan offrira-t-elle quelques chroniques, analyses ou opinions, que j'imprimerai...


dimanche 29 août 2021

SOS soins de santé, SVP! (suite...)

SOS soins de santé, SVP! (voir bit.ly/3z4I6S0) Suite...

Jour 8 - un lundi d'août 2021

Une semaine après avoir passé une soirée et une partie de la nuit à la salle d'urgence de l'hôpital de Hull, j'y retourne tôt ce matin (vers 7 h 30) avec l'intention d'y camper aussi longtemps qu'il le faudra pour faire examiner de nouveau l'hématome douloureux qui ne cesse de croître sur mon bras gauche, entre l'épaule et au-delà du coude, et même sur le thorax...

L'infirmière au triage, sachant que je suis suivi par un orthopédiste de l'hôpital, téléphone au service d'orthopédie pour voir si on peut m'y voir en urgence, et se fait répondre que la procédure ne le permet pas. Il faut d'abord voir un urgentologue, qui doit faire la référence... Bon, retour à la salle d'attente où patientent seulement une dizaine de personnes... Y'a de l'espoir... Vite déçu...

Après près de trois heures à me tortiller sur une chaise devenue inconfortable, devant l'écran qui passe en boucle les mêmes messages que j'avais visionnés la semaine précédente, une seule personne de notre «groupe» original a été appelée à un «cube» de traitement... Et les ambulances arrivent sans cesse... J'en ai compté une vingtaine entre 8 heures et le début de l'après-midi...

Je comprends graduellement que mon bobo se retrouve encore une fois au fonds de la pile des priorités quand on commence à appeler quatre, cinq, six personnes arrivées après moi et qui, à première vue, semblent en meilleure forme que moi... Vers midi, je tente d'aborder l'une des infirmières au triage pour qu'elle m'explique (brièvement) le système des priorités mais elle me fait vite savoir qu'elle est occupée (ce qui est vrai), que d'autres patients attendent et que me parler retarde les choses pour eux... Pourtant, moi aussi j'attends...

Finalement, vers 14 heures, j'entends mon nom et je sais maintenant ce que ressentent les gagnants d'une loterie... Une urgentologue qui a, je crois, pris la peine de lire mon dossier au complet me rencontre, m'examine et conclut que sans l'ombre d'un doute, il ne s'agit pas d'une nouvelle déchirure musculaire mais simplement de «veines éclatées» près de l'épaule, et que mes anticoagulants pourraient être en cause (ainsi que mon âge)... De toute évidence, un bras mauve n'énerve pas grand monde dans les milieux médicaux... On me suggère d'en discuter avec mon cardiologue, auteur de mes ordonnances d'anticoagulants...

Quand je quitte la salle d'urgence, une femme âgée (enfin, plus vieille que moi, je crois) attend toujours les résultats de tests qu'un urgentologue a commandés plus tôt en journée... Elle est là, en pyjamas et robe de chambre, depuis minuit 15... Ça fait 15 heures...

Et hop! retour à la maison, où je devrai être aussi patient qu'à l'hôpital...

Jour 9 - un mardi d'août 2021

À l'heure d'ouverture de la clinique de mon cardiologue, je tente de téléphoner pour obtenir un rendez-vous d'urgence, question de donner suite sans délai à la journée d'hier, passée à l'urgence de Hull... La ligne est occupée, sans surprise... Recompositions en rafale... Rien n'y fait... Après une cinquantaine d'essais, vers 11 h 50, je réussis à joindre le message enregistré de la clinique, qui m'informe qu'on ne prendre d'appels entre 11 h 45 et 13 h... Bon enfin... Nouvelle tentative à 13 h et on répond au premier coup... Nouveau message téléphonique qui me dit qu'en période de vacances, on n'accepte pas d'appels en après-midi... Décidément...

Seule chose à faire, aller directement à la clinique, qui n'est qu'à cinq minutes en voiture... Les sept médecins n'y sont pas mais les bureaux sont ouverts. La préposée à l'accueil prend scrupuleusement en note les démarches déjà faites et les recommandations de l'urgentologue, m'assurant que mon cardiologue recevra mon message le lendemain matin, sans faute.

En fin d'après-midi, je reçois un appel de la clinique de mon orthopédiste, où j'étais allé en tout premier lieu, au Jour 1 de mes péripéties (voir texte de blogue précédent). Il y a eu annulation ce jeudi matin, et la plage de 8 h 30 vient de s'ouvrir. Suis-je intéressé? Bien sûr! Malgré tout, les choses progressent...

Jour 10 - un mercredi d'août 2021

À 11 h 50, le téléphone sonne. C'est mon cardiologue, qui a bel et bien reçu le message. On discute de la situation au téléphone. Il s'inquiète de l'interruption de mes anticoagulants depuis cinq jours... et juge opportun de commander une prise de sang immédiate avant de me voir en urgence au cours des prochains jours. Je devrai passer au bureau pour prendre la requête et fixer la date du rendez-vous, ce que je fais en début d'après-midi. Je terminerai le mois d'août en beauté avec un rendez-vous en cardiologie, le 31...

Vite, arrêt au nouveau «Centre de prélèvements» du CISSSO où j'ai attendu un temps fou il y a quelques semaines... À l'entrée on me donne un numéro, le 261, et l'écran au mur indique qu'on vient d'appeler le 211... Alors que je m'attendais à un long séjour, on nous informe qu'il y a eu panne informatique... On n'appelle plus les numéros mais les noms des personnes et, heureuse surprise, on est au 256... J'étais de retour à la maison une demi-heure plus tard... 

Jour 11 - un jeudi d'août 2021

À 8 h 30, me voilà à la clinique de l'orthopédiste, le même qui me traite à l'hôpital de Hull. Après un examen qui me semble complet, il arrive à la même conclusion que l'urgentologue... une ou quelques veines éclatées... pas de déchirure... Deux à zéro pour les partisans d'un vaisseau sanguin éclaté... Mais il reste le médecin que j'ai vu en sans rendez-vous la semaine précédente, qui a cru à la possibilité d'une déchirure et commandé une échographie... Si l'hôpital me convoque pour cette procédure, j'irai...

L'orthopédiste me renvoie lui aussi chez mon cardiologue, qui devra tenter de voir s'il y a bel et bien un lien entre ce méga hématome et mes anticoagulants... Entre-temps, le «bleu» semble avoir arrêté sa croissance, mais la douleur et la couleur restent aussi intenses... et la piste se rétrécit...

Après près de deux semaines d'appels et de déplacements, un chose me chicote... Est-ce que c'est aussi long et compliqué pour tout le monde quand surgit un problème de santé urgent qui ne tombe pas dans les catégories les plus fréquentes? J'ose espérer que j'ai joué de malchance, et que le système sert bien l'ensemble de ces «patients»...

Jour 14 - un dimanche d'août 2021

J'ai repris mes anticoagulants depuis quelques jours, et j'attends ce que j'espère être le début du dernier chapitre de cette petite saga... une visite en personne chez mon cardiologue au Jour 16...




jeudi 26 août 2021

La francophonie hors Québec, encore une fois laissée-pour-compte...

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Le 16 juillet, Trudeau portait toujours son costume d'allié des FHQ...
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Depuis cinquante ans, le discours fédéral officiel veut nous faire croire à une symétrie linguistique entre les minorités francophones hors Québec et les Anglo-Québécois. Au regard de la Loi sur les langues officielles, les unes et les autres sont des «minorités»... Rien de plus...

C'est de la bouillie pour les chats bien sûr... «Rien qu'à wère on wé bin» où réside la puissance. Pour une démonstration éloquente de cette asymétrie où anglophones québécois trônent au sommet, on n'a pas à regarder plus loin que cette campagne électorale où la francophonie minoritaire a été larguée sans hésitation par le gouvernement Trudeau.

Cela faisait des années que les organisations canadiennes-françaises et acadiennes exerçaient des pressions en faveur d'un renforcement de la Loi sur les langues officielles. Retardée d'année en année sans motif, voilà qu'enfin, en juin 2021, une nouvelle mouture de la LLO (projet de loi C-32) est présentée au Parlement alors que circulent abondamment les rumeurs du déclenchement imminent d'une élection générale.

Déjà là, on pouvait douter du sérieux des libéraux en matière de protection de la langue française, in et hors Québec. Mélanie Joly et sa troupe n'avaient pas comblé tous les espoirs, mais le projet de loi proposait du nouveau (juges bilingues à la Cour suprême, pouvoirs accrus au Commissariat aux langues officielles, contributions au post-secondaire de langue française, droit de travailler en français, etc.) et recueillait une adhésion suffisante pour être adopté aux Communes.

Le gouvernement de Justin Trudeau avait en main tous les outils parlementaires pour honorer au moins certains des engagements envers les minorités francophones. Le Parlement fonctionnait bien, aucun parti d'Opposition n'avait l'intention de renverser le gouvernement minoritaire et tout laissait croire que les libéraux pourraient demeurer au pouvoir jusqu'en 2023, date à laquelle de nouvelles élections auraient lieu en vertu des dispositions de la Loi électorale.

Le cynisme des libéraux fédéraux est légendaire. Tout en sachant que C-32 n'était que pion poussé sur un échiquier électoral encore secret, Justin Trudeau a eu l'effronterie de discuter du projet de loi à la mi-juillet avec la présidente de la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA), Liane Roy, et le premier ministre y «a invité la francophonie canadienne à faire valoir les éléments à renforcer dans le projet de loi lors du processus parlementaire qui suivra son cours au retour de la Chambre des communes»(1)...

Les francophones hors Québec auraient dû savoir dès le départ qu'ils ne feraient pas le poids dans l'étude des calculs électoraux. Il n'y a que quatre circonscriptions à majorité francophone à l'extérieur du Québec (une en Ontario, trois au Nouveau-Brunswick). Le poids de l'électorat de langue française n'est déterminant nulle part ailleurs, et même en diminution avec des taux d'assimilation souvent dramatiques.

Pendant ce temps, au Québec, les francophones sont minoritaires dans neuf circonscriptions (concentrées dans le centre-ouest de l'île de Montréal et à Laval) et sont près d'être mis en minorité dans trois autres (encore sur l'île de Montréal). Or ce sont tous des comtés libéraux et ces jours-ci, les Anglo-Québécois se rebiffent contre tout ce qu'ils perçoivent comme une menace à leur domination traditionnelle, y compris le projet de loi 96 du Québec et le C-32 fédéral.

Quand, en juin 2021, la Chambre avait adopté à 281 contre 2 la motion du Bloc Québécois reconnaissant au Québec le droit de modifier en faveur du français sa section de l'Acte de l'Amérique du Nord britannique, neuf députés libéraux de la région montréalaise (2) s'étaient abstenus. À la fois une manifestation de solidarité et une menace à peine voilée des conséquences d'offusquer les anglophones et allophones anglicisés du Québec... plus nombreux, plus solidaires et moins dispersés que la totalité de la francophonie hors-Québec.

En violant l'esprit, sinon la lettre de la Loi électorale qui prévoit des élections aux quatre ans, Justin Trudeau a «flushé» sa nouvelle Loi sur les langues officielles qui déplaisait surtout aux Anglo-Québécois par sa reconnaissance du français comme seule langue menacée au Canada, y compris au Québec. Le statut quo constitue toujours un gain pour les anglos, qui ne veulent pas modifier la symétrie linguistique de la LLO. Pour les francophones hors Québec, conscients que le temps joue contre eux, il s'agit d'une perte évidente. Au rythme actuel de l'assimilation, ils deviendront bientôt marginaux sur l'échiquier politique et les dirigeants politiques du Canada le savent fort bien.

Encore une fois, dans un jeu électoral fédéral où seuls les puissants exercent une réelle influence, les Canadiens français et les Acadiens des provinces à majorité anglaise risquent fort d'être parmi les laissés-pour-compte de la campagne qui se terminera le 20 septembre. Si jamais les enjeux linguistiques remontent à l'avant-scène, il y a fort à parier que les anglos monopoliseront les micros pour dénoncer l'attitude complaisante d'Ottawa envers un Québec qui se donne des airs un peu trop français.

Pas que la francophonie canadienne n'aurait pas ici quelques flèches efficaces à décocher stratégiquement, mais avec la fragilité de ses collectivités et ses dirigeants peu habitués aux combats dans la boue, elle est mal outillée. 

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(1) Voir bit.ly/3BiF7WG.

(2) Voir https://www.journaldemontreal.com/2021/06/19/ces-deputes-liberaux-anti-quebecois.



vendredi 20 août 2021

Gatineau... Des soins de santé, SVP!

Je ne sais pas si ce que je vis présentement constitue la norme en soins de santé en Outaouais, mais si ce l'est, les choses vont mal... très mal...

Jour 1 - un lundi d'août 2021

Depuis quelques jours, j'ai un bleu impressionnant entre l'épaule et le coude gauches, sans doute une séquelle d'une déchirure musculaire inopérable subie en octobre 2019 et pour laquelle je suis toujours suivi en orthopédie. L'hémorragie interne est sans doute aggravée par les anticoagulants que je dois consommer quotidiennement.

Lundi matin, je me rends à la clinique de mon orthopédiste (inutile d'essayer de le joindre à l'hôpital, c'est comme tomber dans un trou noir), que j'ai vu pour la dernière fois au mois de mai et qui me conseille régulièrement de signaler toute nouvelle anomalie. À l'accueil, j'apprends que le médecin spécialiste ne pourra me voir avant septembre et qu'entre-temps, on m'inscrira sur une liste d'attente...

L'impression qui m'est laissée, c'est qu'un hématome, même imposant, n'énerve pas les habitués plus qu'il le faut. Une fracture attirerait davantage l'attention...

Jour 2 - un mardi d'août 2021

Après souper, je note l'apparition d'un nouveau foyer de saignement interne, plus inquiétant. Suffisamment inquiétant, en tout cas,  pour me rendre cette fois à l'urgence de l'hôpital de Hull. Je serais allé à l'hôpital de Gatineau, tout proche, mais l'urgence ferme à 20 h (!!!) et je quitte la maison à 19 h 30...  

En arrivant à l'urgence, je prends un numéro, bien sûr, et quinze minutes plus tard, me voilà au triage. Encore une fois, j'ai l'impression qu'on ne bousculera personne pour ce genre de blessure. Dès que j'ai dit qu'il n'y avait pas de fracture, j'ai senti une nette baisse d'intérêt. Quoiqu'il en soit, une fois passé à l'enregistrement, on me dirige vers la salle d'attente où, me semble-t-il, seulement une dizaine de «clients» patientent...

Je commence à me rendre compte de ce qui m'attend vers 21 h (je suis là depuis 19 h 50) quand aucun des dix «patients» autour de moi n'a été appelé aux soins. La soirée avance, les convocations au traitement sont rares (2 ou 3). Des fractures. Ça presse plus. Des coupures, des hémorragies jugées non menaçantes, n'ont pas de très hautes cotes de priorité. Vers minuit, on nous appelle de nouveau au triage. En partie pour voir s'il y a changement, ou pour rayer de la liste ceux et celles qui se sont découragés et qui ont quitté l'hôpital... Je commence à comprendre que je resterai sans doute jusqu'au matin avec mon épouse sur nos chaises devenus inconfortables au fil des heures...

Après quatre ou cinq heures d'attente, les visages autour de moi sont toujours les mêmes. Les gens jasent, vont chercher des couvertures pour se réchauffer, n'osant pas trop fermer l'oeil au cas où (sait-on jamais) leur nom soit enfin appelé. C'est frustrant. La salle est isolée, sans horloge, sans que l'on puisse voir un seul membre du personnel (à l'exception d'un gardien de sécurité), sans savoir combien de gens occupent les salles de traitement. Seul un écran de télé passe en boucle quelques messages qu'on se lasse d'entendre après la vingtième fois...

Un peu après minuit, deux ambulances déposent dans la salle d'attente deux personnes qui semblent, pour dire le moins, désorientées. Les deux hommes entrent et sortent sans motif apparent. Que font-ils à l'urgence, laissés là par des paramédics qui avaient sans doute suivi les consignes et qui semblaient un peu intimidés (comme le gardien de sécurité)? Finalement, vers 2 heures du matin, découragés, perturbés par le comportement incertain des deux individus, nous abandonnons et retournons faire dodo à la maison...

J'aurai au moins eu la réponse à une question. Ce que je croyais urgent (et que je crois toujours urgent) ne l'était pas aux yeux des responsables de l'urgence de l'hôpital de Hull. Quand je suis sorti du lit vers 8 heures du matin, je me suis demandé si la petite communauté qui s'était formée pendant les six heures que j'ai passées à l'urgence attendait toujours patiemment, enroulée dans des couvertures de flanelle, oreilles tendues vers des haut-parleurs silencieux...

Jour 3 - un mercredi d'août 2021

Retour aux sources... mon médecin de famille. J'appelle à sa clinique, me souvenant que le mercredi, on y acceptait des sans rendez-vous. Je compose le numéro à l'ouverture, à 8 heures, mais le message m'informe que les appels téléphoniques ne sont acheminés qu'à compter de 9 heures. Nouvelle communication à 9 heures, avec les résultats escomptés. La ligne est occupée, et il faut faire des recompositions en rafale pour espérer percer entre deux appels...

Finalement, je réussis à joindre la réception où l'on m'apprend qu'on a mis fin aux sans rendez-vous et que mon médecin de famille ne peut me voir avant le mois de septembre... Décidément ça va mal...

On me dirige vers la clinique coopérative de la Basse-Lièvre, dans le secteur Buckingham, qui se spécialise en sans rendez-vous. À 9 h 30, je réussis à entrer en communication avec la clinique et oh joie! j'ai un rendez-vous avec un médecin le même après-midi, vers 14 h 45.

Enfin je vois un médecin qui mettra en branle les rouages d'un véritable diagnostic. Après un examen assez exhaustif (mon bras était encore douloureux le lendemain) de l'épaule et du biceps, il me rassure - les saignements semblent avoir cessé -, me recommande d'interrompre mes anticoagulants pour quelques jours et prescrit une échographie de surface de l'épaule et du bras gauche à une clinique de radiologie de Gatineau.

Voilà, me dis-je, le pire est fait. Arrivé à la maison, je téléphone à la clinique de radiologie pour apprendre, dans le message enregistré, qu'on n'y prend aucun appel téléphonique... Il faut expédier un courriel ou un fax explicatifs... Pas rassurant... J'envoie un courriel avec une copie scannée de la requête en attachement... Quinze minutes plus tard, je reçois la réponse: nous ne faisons pas d'échographie de surface ici...

Nouveau courriel... Je réponds: mais votre propre formulaire indique, parmi les choix, une échographie de surface... La clinique m'expédie un second courriel, avec une nuance... Pas d'échographie de surface du biceps, et on avertira votre médecin... Merde! Et moi qui pensait que tout allait mieux...

Je rappelle la clinique coopérative pour les informer de ce nouvel obstacle. On semble surpris. Le médecin en sera avisé et enverra une nouvelle requête... probablement à l'hôpital de Buckingham (secteur est de Gatineau).

Jour 4 - un jeudi d'août 2021

Au milieu de l'après-midi, toujours sans nouvelles, je donne un coup de fil à la clinique coop pour m'informer de l'état des choses. On me rappelle peu après pour me dire que le médecin a reçu mon message de la veille et qu'il a rempli une nouvelle requête, envoyée cette fois à l'hôpital de Buckingham.

Combien de temps devrai-je attendre? Un jour, une semaine, plus d'une semaine? C'est habituellement rapide, m'assure-t-on. 

Peu après, je reçois un appel de la clinique de l'orthopédiste (mon premier arrêt du lundi) qui m'informe que le spécialiste pourrait peut-être me voir le 26 août... On me rappellera dès qu'on le saura...

Jour 5 - un vendredi d'août 2021

En après-midi, toujours pas reçu de convocation de l'hôpital... Je cours le risque d'appeler directement au centre hospitalier (ce qui serait impensable aux hôpitaux de Hull et Gatineau), et je réussis à joindre le service de radiologie de l'hôpital de Buckingham. Mon dossier n'y est pas, apparemment. Après vérification, on m'informe que la requête est bel et bien là, mais qu'elle n'est pas marquée urgente, et que mon attente sera d'au moins de deux à trois mois!!!

Nouvel appel à la clinique coopérative pour tenter d'obtenir une cote de priorité plus élevée et un rendez-vous d'échographie vite, très vite, au moment où ça peut faire une différence dans le diagnostic et le pronostic. Ça n'augure pas bien... Si les limbes existent, elles doivent ressembler à la situation dans laquelle je me trouve... 

Je songe à ma semaine de démarches (qui semblent loin d'être terminées) et me dis que dans la quatrième ville du Québec, les choses ne devraient pas se passer ainsi... Des médecins qu'on ne réussit pas à voir, des urgences parfois fermées, et où, même quand elles sont ouvertes, on attend beaucoup trop longtemps pour des services publics qu'on paie cher avec nos impôts, des salles d'attente froides, inconfortables et peu accueillantes où les patients sont à l'écart du personnel de l'hôpital...

Si j'étais ministre de la Santé, j'obligerais tous les cadres supérieurs des hôpitaux à passer une soirée et une nuit dans leur urgence... et de parler à chaque patient qui y poireaute depuis deux, quatre, huit, douze heures et plus... Les bobos des hôpitaux et de tous les services de santé recevraient peut-être l'attention qu'ils méritent...

Je continue d'espérer un déblocage... mais je suis de moins en moins optimiste... Et mon bras bleuissant fait mal... Je risque de finir de nouveau, d'ici quelques jours, sous une couverture de flanelle à l'urgence de Hull... pour le temps qu'il faudra... J'apporterai un manteau d'automne, quelques livres, des barres granola, un café, quelques bouteilles d'eau et toute ma patience (la meilleure qualité d'un «patient» à l'hôpital)...

SOS...


lundi 16 août 2021

Un scrutin comme les autres? Non.


Non mais avez-vous écouté la déclaration de Justin Trudeau aux portes de la résidence de la gouverneure générale, ce dimanche 15 août, pour annoncer des élections générales le 20 septembre?

Devant les membres de la presse agglutinés, le premier ministre entame son allocution en abordant... la crise en Afghanistan! Pire, il s'adresse aux médias en anglais seulement. Pas de traduction pour la presse de langue française, ainsi remise à sa place...

Le chapitre taliban terminé, Trudeau annonce en français que la g-g Mary Simon a acquiescé à sa demande de dissolution du Parlement, en violation de l'esprit de la Loi (1), et poursuit son offensive électorale en anglais pendant quelques minutes de plus avant d'insérer ça et là des phrases en français. Pays barlingue oblige...

Au-delà du mépris pour les francophones du Québec et du Canada, devenus marginaux dans les grands calculs électoraux, c'est le motif officiel d'ordonner un scrutin général qui frappe le plus.

L'incapacité de gouverner? Non. Un dysfonctionnement du Parlement? Non. Motion de censure à la Chambre? Non. C'est à cause de la pandémie de COVID 19! Je ne l'avais pas venue venir, celle-là, croyant plutôt qu'il s'excuserait d'avoir convoqué les électeurs aux urnes alors qu'une quatrième vague prend forme.

Il appert, dans l'esprit tortueux des stratèges libéraux, qu'au moment où près des trois quarts des Canadiens sont vaccinés contre la COVID, un moment apparemment historique, le temps est venu pour l'électorat de se prononcer sur la suite de la gestion de la pandémie... par le biais d'une élection générale!

Je ne comprends pas. Les grandes orientations sont déjà prises, les méga dépenses faites. Au-delà du contrôle des frontières internationales, de s'occuper des citoyens canadiens hors du pays et d'assurer un apport suffisant de vaccins, le rôle d'Ottawa a été fort limité dans la gestion de la pandémie.

Son pouvoir illimité de dépenser a été mis à bon usage, mais les centaines de milliards fournis, qu'ils proviennent ou non des coffres d'Ottawa, sortent (ou sortiront) des mêmes poches, celles des citoyens et citoyennes qui devront les rembourser avec intérêt.

La santé étant une responsabilité provinciale, la véritable gestion de la pandémie s'est faite dans les législatures et institutions du Québec, de l'Ontario, de l'Alberta, et des autres. C'est là que sont donnés les soins, que le personnel a été mobilisé, que les mesures de confinement ont été prises, renforcées, relaxées, que les vaccins ont été administrés, que les stratégies sur le terrain, court et long terme, ont été élaborées.

Alors expliquez-moi, quelqu'un, ce que vient faire ici une élection fédérale qui n'aura aucun effet là où ça compte vraiment. À moins que Trudeau ait de nouveau l'intention, fort d'une majorité aux Communes, d'envahir les compétences des provinces en santé et d'imposer des normes fédérales un peu partout.

Le gouvernement Trudeau, me paraît-il, cherche ici à récolter des louanges qu'il ne mérite pas et demande un mandat à exercer dans des champs de compétence qui ne sont pas les siens.

Malheureusement, les médias n'ont soulevé ni la disposition des élections aux quatre ans dans la Loi électorale ni le fait que les stratégies de gestion de la pandémie se forgent essentiellement dans les capitales provinciales. 

D'ici le 20 septembre, les libéraux doivent être appelés quotidiennement à justifier le déclenchement de cette élection. Les motifs présentés par Justin Trudeau ne tiennent pas la route.

Or, au Jour 2 de la campagne 2021, les reportages de la presse écrite et électronique ressemblent déjà, de plus en plus, à ceux qu'on aurait pu lire ou entendre en 2019, 2015, 2011...

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(1) 


 

vendredi 13 août 2021

Élections à date fixe. Où est la presse?


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Le premier - le seul? - rôle du journaliste est de bien renseigner le public. Quand ce boulot est mal fait, la démocratie est en danger. Un public mal informé succombe à toutes les manipulations.

Alors dites-moi. Comment se fait-il que nos augustes membres de la presse parlent si peu de la loi électorale fédérale prévoyant des scrutins aux quatre ans?

J'entends le plus souvent des hauts cris de ceux qui estiment que l'élection est inutile, ou qu'elle ne devrait pas avoir lieu pendant une nouvelle vague de la pandémie.

Ces arguments ne tiennent pas la route. Une élection a lieu quand il le faut. Même en temps de guerre...

Un de nos scribes aura-t-il le courage de brandir un micro à la face du premier ministre et lui demander pourquoi il ne respecte pas la disposition de la Loi électorale sur les élections à date fixe?

En octobre 2019, l'électorat canadien a élu un gouvernement minoritaire. Justin Trudeau a reçu le mandat de gouverner dans un contexte où il doit constamment négocier des compromis avec les partis d'Opposition.

En demandant à la gouverneure générale (qu'il vient de nommer) de déclencher des élections précipitées, c'est ce mandat qu'il refuse.

Les libéraux n'ont pas perdu la confiance de la Chambre des communes. La fonction législative du Parlement canadien ne souffre d'aucune paralysie. Alors c'est quoi, le problème?

Quel motif un gouvernement peut-il invoquer pour violer les dispositions de la Loi électorale? Y a-t-il un seul journaliste qui va oser demander ça au premier ministre et à son équipe?

On a vaguement brandi comme excuse un certain obstructionnisme des Oppositions et une perception de dysfonctionnement du Parlement ces derniers temps. Vous avez vu ça? Quelqu'un? Pas moi!

L'adoption des élections à date fixe, à tous les quatre ans, avait justement pour but de mettre fin aux pratiques que Justin Trudeau se prépare à utiliser: choisir une date d'élections sans autre motif que des sondages favorables...

C'était déjà immoral avant les modifications de 2007 prévoyant des scrutins aux quatre ans. C'est maintenant illégitime, voire illégal. Une loi du Parlement devient un vulgaire chiffon de papier.

Cette question va au coeur du fonctionnement démocratique du pays. D'ici dimanche, alors que Justin Trudeau doit se rendre chez Mary Simon pour lui demander de dissoudre le Parlement, ce devrait être le premier point à l'ordre du jour, plutôt qu'une note au bas de la page...

La démarche des libéraux pour accaparer la totalité du pouvoir est à toutes fins utiles illégale. Tout au moins illégitime. La gouverneure générale, à qui les élus ont confié le pouvoir de décision, devra choisir: dire non à un premier ministre frustré de ne pas avoir sa majorité, ou lui permettre d'aller de l'avant et rendre ainsi totalement inopérante une loi du Parlement canadien.

La presse québécoise et canadienne ne peut demeurer silencieuse devant ce détournement des lois du pays. Nos journalistes ont deux jours pour sauver un petit morceau de leur âme. Après dimanche, ce sera un peu tard...

J'aimerais avoir 30 ans de moins et pouvoir retourner sur la ligne de front avec mes collègues journalistes...

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Voir aussi mon texte de blogue Trudeau a-t-il le droit de déclencher des élections? Non! bit.ly/3jrUk0z

mercredi 4 août 2021

Trudeau a-t-il le droit de déclencher une élection maintenant ? NON !


Le chef du Nouveau parti démocratique (NPD), Jagmeet Singh, avait raison de demander à la gouverneure générale, Mary Simon, de ne pas obéir à Justin Trudeau si celui-ci veut déclencher des élections à l’été. Depuis l’adoption des modifications à la Loi électoraleprévoyant des élections à date fixe au fédéral, la donne a changé. La situation antérieure, où la date de déclenchement d’un scrutin appartenait au premier ministre, n’existe plus.

 

Les articles pertinents, adoptés en 2007 sous le premier gouvernement Harper, se lisent comme suit :

 

«Maintien des pouvoirs du gouverneur général

 

«56.1 (1)Le présent article n’a pas pour effet de porter atteinte aux pouvoirs du gouverneur général, notamment celui de dissoudre le Parlement lorsqu’il le juge opportun.

 

«Date des élections

 

«(2)Sous réserve du paragraphe (1), les élections générales ont lieu le troisième lundi d’octobre de la quatrième année civile qui suit le jour du scrutin de la dernière élection générale, la première élection suivant l’entre en vigueur du présent article devant avoir lieu le lundi 19 octobre 2009.»

 

Avant l’apparition de cette disposition, le gouverneur général agissait essentiellement à titre de représentant de la monarchie britannique, un rôle honorifique. Tous savaient et reconnaissaient que le véritable pouvoir appartient aux élus de la Chambre des Communes qui, sauf en situation de gouvernement minoritaire, sont à peu près soumis aux diktats du premier ministre du parti au pouvoir. Celui-ci pouvait à son gré choisir la date d’un scrutin, habituellement au moment le plus favorable pour une réélection.

 

Sous les nouvelles dispositions de la Loi électorale, le premier ministre doit attendre les quatre années réglementaires et respecter la date prévue à l’article 56 (2). Le paragraphe (1) de l’article vise de toute évidence la situation créée par un gouvernement minoritaire, où le parti au pouvoir perdrait la confiance des Communes ou serait paralysé dans son action législative par les partis d’opposition majoritaires. Le gouverneur général est alors appelé à trancher, mais son rôle, ici, n’est plus honorifique.

 

En vertu des modifications de 2007, le gouverneur général n’agit plus à titre de représentant de la reine d’Angleterre. Son pouvoir ici n’a rien à voir avec la constitution. Il a été délégué au gouverneur général par les députés du Parlement canadien. Le g-g agit donc ici à titre de représentant des élus fédéraux et de la population du Canada. Son pouvoir n’est pas symbolique. Il exerce un mandat confié à sa fonction par les élus du peuple. Et l’article mentionne clairement le «gouverneur général» seul, pas le «gouverneur général en conseil», expression pour désigner le cabinet et le premier ministre.

 

La nouvelle gouverneure générale Mary Simon a donc non seulement le pouvoir, mais le devoir d’examiner les motifs du premier ministre s’il demande un scrutin général. A-t-il perdu la confiance des Communes ? Non. Le Parlement est-il paralysé par une obstruction systématique des partis d’Opposition ? Non. Clairement, nous sommes ici devant un premier ministre frustré de ne pas avoir les coudées franches qu’il aurait avec une majorité, d’être obligé de négocier avec les partis d’Opposition, et qui voit dans les plus récents sondages une fenêtre vers une majorité aux Communes.

 

Les libéraux, au Canada, se sont toujours vus comme le parti le mieux outillé pour exercer le pouvoir au pays. Ils tolèrent mal les obstacles, même légitimes, et ont recours à la méthode forte pour gagner. Or, on voit aujourd’hui un premier ministre à qui la population canadienne a confié un mandat minoritaire, élisant une majorité de députés conservateurs, néo-démocrates, bloquistes et verts. Une population qui, ce faisant, a dit au chef libéral de gouverner en tenant compte de cette réalité. En refusant de le faire, le gouvernement actuel viole l’esprit, sinon la lettre de la Loi électorale, et la gouverneure générale – pas à titre de chef d’État mais comme mandataire du Parlement canadien et des citoyens – a le pouvoir et le devoir de le rappeler à l’ordre.

 

Si le gouvernement Trudeau continue d’avoir la confiance de la Chambre des communes, si le fonctionnement législatif n’est pas paralysé, la loi me semble claire. La prochaine élection doit avoir lieu en octobre 2023 !

dimanche 1 août 2021

Vol d'identité en Ontario français!

L'attribution du nom «Université de l'Ontario français» au mini-campus universitaire de langue française qui ouvrira bientôt ses portes à Toronto compte parmi les grands vols d'identité en ce début de 21e siècle!

Quiconque a vraiment suivi ce dossier depuis une dizaine d'année saura que le projet d'université franco-ontarienne - du moins sa plus récente mouture - avait d'abord pour but d'assurer une gestion francophone de l'ensemble de l'offre universitaire en français, existante et future. D'étendre au palier universitaire une gestion «par et pour» les Franco-Ontariens, déjà acquise au fil des décennies au primaire, au secondaire et au collégial.

Une véritable «Université de l'Ontario français» aurait récupéré les programmes de langue française des deux grandes institutions bilingues, l'Université d'Ottawa (qui abrite la majorité des étudiants universitaires francophones en Ontario) et l'Université Laurentienne à Sudbury, ainsi que ceux de l'Université de Hearst et du collège Glendon à Toronto, en plus de créer des campus ou des programmes dans les régions (dont Toronto) où l'offre était faible ou nulle.

Le projet a été torpillé à partir de 2014, en partie par une mobilisation trop faible des militants au sein du RÉFO, de la FESFO et de l'AFO (1), mais surtout par les coups de masse assénés au projet par les puissances en place. D'abord par le recteur d'alors de l'Université d'Ottawa, Allan Rock, qui affirma que les Franco-Ontariens n'avaient pas besoin d'une université. Ils en avaient déjà une: l'Université d'Ottawa! Personne dans le milieu ne donna de vraie réplique à cette déclaration insultante.

Au contraire, la ministre des Affaires francophones du temps au gouvernement ontarien, Madeleine Meilleur, et d'autres, se sont dits fort satisfaits de l'offre en français à l'institution bilingue d'Ottawa, et dès 2015 il était devenu clair que Queen's Park avait transformé un projet global en projet régional du centre-sud-ouest ontarien, avec pignon sur rue à Toronto. La quasi-totalité des étudiants francophones continueraient de fréquenter des campus bilingues à majorité anglaise!

Quand on a finalement conféré l'appellation «Université de l'Ontario français» à un minuscule campus torontois, créé avec difficulté et offrant des programmes qui garantissaient une faible inscription, le vol d'identité était complet. Et comme par le passé, dans ce milieu que j'ai bien connu jadis et où j'ai milité, les porte-parole ont eu des réactions tout en nuances au lieu de protester avec véhémence. Une minorité trop longtemps persécutée, rabattue, privée de ses droits par une majorité hostile hésite à refuser les miettes qu'on lui consent de temps à autre.

La conséquence, cependant, c'est que l'échec possible du mini-campus à Toronto rejaillira sur l'ensemble de l'Ontario français, qui ne mérite aucun blâme ici. Dans les médias, qui ont très mal suivi l'évolution du projet depuis 2012, on ne parlera pas des difficultés d'une initiative régionale dans la région torontoise. Advenant l'insuccès, c'est le nom «Université de l'Ontario français» qu'on placardera à toutes les unes, dans toutes les manchettes. L'Ontario français tout entier mangera la claque médiatique.

Allan Rock avait tort quand il disait, il y a sept ans, que l'Université d'Ottawa était l'université des Franco-Ontariens. Mais elle l'était davantage que celle qui se fait aujourd'hui appeler «Université de l'Ontario français» à Toronto.

Si on veut réellement garder vivante cette belle appellation, offrons-la plutôt à l'Université de Sudbury sous Serge Miville. En attendant, comme le souhaite entre autres le professeur François Charbonneau, que l'Université d'Ottawa soit scindée pour créer un campus de langue française dans la capitale, ce qui se fait à Sudbury se rapproche davantage des idéaux défendus par les militants de la première heure!

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(1) Regroupement étudiant franco-ontarien (RÉFO), Fédération de la jeunesse franco-ontarienne (FESFO), Assemblée de la francophonie de l'Ontario (AFO)


samedi 31 juillet 2021

Desjardins : jadis membres d’une coopérative, nous sommes devenus des «clients»…


Certains jours, tiens, pourquoi pas tous les jours, Desjardins nous fournit la preuve que l’esprit coopératif, ou ce qui en reste, agonise. Que les caisses se distinguent de plus en plus difficilement des banques qu’elles concurrencent.

 

Récemment, en retournant à ma voiture dans le stationnement de la Caisse jadis populaire de Gatineau, une dame qui semblait avoir eu des problèmes (dont je n’ai rien su) m’a dit que les caisses devraient mieux traiter «leurs clients». Un commentaire révélateur… «Nous ne sommes pas des clients, lui ai-je répondu. Nous sommes membres. C’est une coopérative!» Son regard laissait entendre que cette pensée ne lui avait pas effleuré l’esprit.

 

Quand j’étais petit, je déposais 10 ou 15 cents par semaine dans mon compte scolaire à la Caisse populaire St-François d’Assise, à Ottawa. Cette caisse a été fusionnée et refusionnée à répétition et demeure aujourd’hui un petit centre de service d’une méga caisse, tout comme les caisses autrefois paroissiales ou de quartier des anciennes villes d’Aylmer, Hull et Gatineau, elles-mêmes méga fusionnées depuis une vingtaine d’années.

 

Loin de moi de favoriser le maintien de mini-coopératives dans des paroisses qui n’existent plus de toute façon, mais une coopérative suppose la présence, l’engagement et l’autorité des membres qui la constituent. Et la démocratie coopérative, comme toute démocratie, doit reposer sur un juste équilibre entre proximité et distance. Les caisses – ne dites plus populaires – trop immenses rendent la participation et l’engagement des membres ardus, pour ne pas dire impossibles.

 

Les décisions trop souvent prises au siège social sont imposées, comme dans une banque, et le pouvoir de contestation des membres devenus clients n’est guère plus efficace que celui des usagers des grandes banques. Quand, il y a 30 ans, j’assistais à une assemblée annuelle de la Caisse populaire Notre-Dame de Gatineau (alors caisse de quartier), il était déjà difficile de percer la muraille des administrations en place. Aujourd’hui, à la Caisse de Gatineau (couvrant le secteur est d’une ville de près de 300 000 habitants), le pouvoir d’un membre de cette méga coopérative est quasi inexistant.

 

Quelque part, on a décidé d’éliminer l’expression «caisse populaire» et son diminutif «caisse pop» pour ne retenir que le concept plutôt vide et froid de «caisse»…  Puis on a modifié unilatéralement, sans consultation dont j’aie eu connaissance, le beau vieux logo avec l’abeille, remplacé par un cadre hexagonal vide… Les membres auraient-ils, invités à voter, accepté cet appauvrissement des symboles et ce rejet d’une centaine d’années d’histoire? Je ne crois pas… Si Desjardins se transformait un jour en banque, on n’aurait besoin de modifier ni l’appellation, ni le logo…

 

L’éloignement des centres de décision, conséquence inévitable de la taille accrue des caisses, oserais-je dire «locales», et de la consolidation des pouvoirs au sommet de la pyramide organisationnelle, favorise la clientélisation des membres et permet de saboter l’esprit coopératif jusque dans le quotidien des opérations financières de «nos» caisses.

 

Que dire de cette pratique infecte d’imposer des frais administratifs de 9,95$ par mois à tous les membres dont le solde du compte chèque n’atteint pas 4000$? De la part d’une coopérative, c’est vraiment champion… On pénalise les petits épargnants n’ayant pas les moyens de conserver des soldes importants dans leurs comptes et on récompense ceux qui ont les moyens de le faire. On vole des pauvres pour donner aux plus riches. Robin des Bois, au secours!

 

Récemment, j’ai manqué de chèques et voulu en obtenir de nouveaux de ma Caisse Desjardins jadis populaire de Gatineau. On m’a rappelé que les caisses ne fournissent plus de livrets de chèques, qu’il faut passer par un fournisseur extérieur (non coopératif) à qui il faut payer des sommes extravagantes pour une centaine de chèques qu’on peut expédier dans une toute petite enveloppe à peine plus épaisse que certaines des pubs gratuites qu’on reçoit dans notre «super boîte» postale…

 

Je peux faire imprimer jusqu’à cent photos différentes pour une dizaine de dollars à une pharmacie, je peux acheter un livre de 500 pages pour 25$ à une librairie, mais pour deux petits carnets de 50 chèques personnalisés utilisant un gabarit préexistant, ma coopérative me jette dans les griffes d’un entrepreneur privé qui m’oblige à payer plus de 50$... Permettez-moi de trouver cela scandaleux, et de continuer à croire que l’émission de chèques papier (même dans une ère où on a déifié le numérique) devrait être un service offert par nos caisses, par nos coopératives, à peu de frais, voire sans frais.

 

Et je passe sur l’épisode, apparemment sans fin, de la fermeture des guichets Desjardins – seuls témoins de ce qui fut autrefois dans des localités plus petites. La rentabilité et le profit - seuls critères acceptables pour les grandes banques à charte – semblent être devenus le leitmotiv de nos institutions coopératives, bâties pierre sur pierre depuis 100 ans par des collectivités souvent modestes, aujourd’hui kidnappées par des capitalistes qui les rebâtissent, pierre par pierre, à l'image des banques…

 

Le dommage est fait. Il est trop tard pour freiner la progression d’une maladie qui ronge les tripes et le cœur du mouvement coopératif fondé par Alphonse Desjardins… La même maladie qui ronge les tripes et le cœur de nos démocraties, au Québec, ailleurs au Canada, partout sur la planète.

 

Et pourtant, peut-être faut-il encore et encore essayer…

 

 


Trois quarts de siècle...



Je suis né le 30 juillet 1946. J’ai donc eu 75 ans. Hier, 30 juillet 2021.


Ces trois quarts de siècle étant passés à la vitesse de l’éclair, et le nombre d’années à venir étant plus qu’incertain, j’ai songé un instant à dresser un bref bilan des temps forts de l’enfance, des années scolaires, de la carrière, de la vie familiale, de la retraite, etc. Et puis non, me suis-je dit, ne serait-il pas plus intéressant de recenser quelques moments fortuits, en apparence banals, qui ont fini par avoir un effet considérable sur la suite des choses.


Cette recherche de souvenirs a renforcé ma conviction que des événements clés surviennent, des carrefours décisifs surgissent sans qu’on s’en rende compte, et que les virages - pris ou pas – ont parfois des conséquences durables, marquantes même.


Alors en voici cinq. Je ne les ai jamais oubliés…


1.     À l’âge de huit ans, vivant dans le quartier St-François d’Assise, à Ottawa, je me suis rendu pour la première fois à la succursale du coin de la bibliothèque municipale, où il y avait quelques rayons de livres en français. J’ai pigé au hasard un Tintin, L’étoile mystérieuse, que j’ai rapporté à la maison. Je connais aujourd’hui la charge politique de cet bande dessinée, rédigée en Belgique occupée durant la Seconde Guerre mondiale, mais à l’époque (1954) j’y ai découvert les aventures internationales d’un héros qui exerçait le métier de reporter – celui que je choisirais plus tard. J’ai cherché sur des cartes les pays d’Europe dont il était question et développé une passion pour la géographie. J’ai aussi été fasciné par les énormes champignons découverts par Tintin et ses compagnons. Est-ce un hasard que je sois plus tard devenu mycologue amateur ?


2.     En 1955, à l’âge de 9 ans, mes parents ont acheté un atlas du monde. Le gros Atlas Hammond, en anglais, que j’ai toujours et que j’ai signé de mon écriture d’enfance. Déjà amateur de Tintin que j’avais accompagné dans ses albums en Inde, en Chine, en Afrique, en Amérique et sur les mers, ce grand livre rempli de cartes géographiques de l’ensemble de la planète, de pages descriptives des pays et continents, des populations, des capitales avait de quoi me captiver. Malgré mon hésitation en anglais, je crois l’avoir appris par cœur. Je pouvais nommer tous les pays du monde, les provinces canadiennes et les États américains, ainsi que leur capitale et leur population. Ma passion pour la géographie m’a aidé à l’école, dans ma profession et encore aujourd’hui, je ne peux résister à l’attrait d’une carte ou de «voyages» numériques sur Plans et Google Maps. J’ai bien d’autres atlas de langue française dans ma bibliothèque, mais celui-là occupera toujours la place de choix…


3.     L’année suivante, en 1956, mon voisin Pierre Carrière, qui livrait le quotidien Ottawa Journal dans le quartier, avait offert à mon frère et moi de prendre la relève. Quelques semaines plus tard, portant chacun un sac contenant une quarantaine de journaux, nous avons commencé à arpenter les rues et adresses, livrant le quotidien d’après-midi à l’heure du souper. En soi, cela aurait dû être une activité banale, juste bonne pour offrir un peu d’argent de poche et quelques egg rolls le samedi matin (jour de paie). Mais c’était 1956, j’avais déjà Tintin et mon atlas Hammond en poche, et la une du journal me transportait quotidiennement d’un continent à l’autre. J’y ai développé un goût prononcé pour l’actualité politique canadienne et internationale, et pour les journaux imprimés. J’ai toujours en mémoire la rébellion hongroise de 1956 que j’ai suivie comme un feuilleton, rempli d’espoir pour les rebelles, apprenant à connaître des noms comme Gomulka, Boulganine, Molotov et Khrouchtchev…  Pas surprenant que j’achète toujours, quand je le peux, Le monde diplomatique...


4.     Avance rapide en 12e année, à l’École secondaire de l’Université d’Ottawa, quelques semaines avant la diplomation… C’était au printemps 1963, j’avais 16 ans et aucune idée de ce que je voulais faire dans la vie… J’avais l’intention de m’inscrire à la faculté des Arts de l’Université d’Ottawa à l’automne, en vue d’études de droit ou d’architecture… sans conviction. Or, les Oblats de Marie Immaculée, qui dirigeaient l’école, nous obligeaient à consulter un prêtre qui devenait conseiller moral et conseiller d’orientation (ne riez pas…). Le mien, c’était le bibliothécaire, le père Lemieux, et je ne l’avais jamais consulté pour quoi que ce soit. Comme la fin du secondaire approchait, j’ai décidé d’au moins aller le saluer avant de quitter pour de bon. Il m’a demandé ce que j’avais l’intention de faire à l’université et quand je lui ai parlé de mes choix, il m’a immédiatement rabroué, affirmant que je perdrais mon temps en Arts et qu’il me croyait au contraire destiné pour les sciences sociales. C’est là, disait-il, que je serais chez moi. Je n’y avais jamais pensé, mais j’ai suivi son conseil. En septembre 1963, je me suis retrouvé dans un milieu peuplé d’étudiants québécois indépendantistes. Le grand débat commençait. Tout ça grâce à une rencontre qui n’aurait pas dû avoir lieu avec le père Lemieux…


5.     Le choix d’étudier en sciences sociales, puis de me spécialiser en science politique, avait été le bon mais en mai 1969, ayant complété ma scolarité de maîtrise et sur le point de rédiger une thèse, je n’avais toujours aucune idée de la suite des choses… Enseigner, étudier en droit, carrière diplomatique ? Rien de cela ne m’attirait vraiment… Un bon matin, marchant sur la rue Rideau, au centre-ville d’Ottawa pour je ne sais quel motif, je suis passé devant l’édifice du quotidien Le Droit. Comme je n’avais pas d’emploi d’été, je me suis demandé si le journal avait besoin de rédacteurs de juin à septembre. Je suis entré, on  m’a dirigé vers la salle des nouvelles où le directeur de l’information, Christian Verdon, un ancien de Montréal-Matin, m’a proposé de rédiger une nouvelle, question de mesurer ma vitesse à la machine à écrire et la qualité de mon français. Trois quarts d’heure plus tard, après lui avoir remis un feuillet racontant un vol de banque tout à fait sanguinaire, je me suis retrouvé au bureau du directeur du personnel pour négocier un salaire. Je n’avais pas parlé d’emploi d’été. J’ai obtenu un poste permanent. Et au premier jour de travail, je savais ce que je ferais jusqu’à l’âge de la retraite… et que je ne retournerais pas finir ma thèse en fédéralisme canadien…


Voilà. Cinq moments en apparence sans importance. Ils ont changé ma vie. Et pas seulement sur le plan professionnel. C’est grâce à mon emploi comme journaliste au Droit que j’ai rencontré, quelques années plus tard, celle que j’ai épousée en juillet 1975 et qui m’endure toujours à l’aube de mes 75 ans…