jeudi 28 janvier 2021

L'idéal républicain...

photo de Macleans.ca

Avez-vous vu l'assermentation de Joe Biden le 20 janvier? Qu'avez-vous ressenti? Quant à moi, j'étais ému. Pourquoi? Parce que nous étions enfin débarrassés de Donald Trump? Non, il y avait plus que ça. C'était tout le cérémonial. Les paroles prononcées, l'hymne national merveilleusement chanté, les drapeaux à perte de vue, le tout couronné par l'inspirant poème d'Amanda Gorman.

Pour un vieux socialiste comme moi, cela peut paraître contradictoire. J'ai manifesté contre la guerre américaine au Vietnam dans les années 60,  soutenu les luttes afro-américaines contre un racisme endémique, pesté contre le soutien de Washington aux assassins d'Allende, contre les inégalités engendrées par un capitalisme débridé et bien plus... Et pourtant, j'aime les Américains.

J'ose même affirmer que j'aime bien les États-Unis. Pas ce qu'ont fait et ce que font toujours nos voisins du Sud à la planète, mais le pays lui-même. Les États-Unis d'Amérique. L'idée des États-Unis d'Amérique. L'idéal que cette contrée incarne depuis son indépendance à la fin du 18e siècle. Un idéal formulé dans une constitution qui commence par «We the people of the United States». Nous, le peuple. Voilà le fondement de l'autorité constitutionnelle. Le peuple... L'idéal républicain!

Une république sera toujours en devenir. Son cheminement cahoteux, ses progrès et ses revers, doivent inexorablement mener vers «a more perfect union», vers une certaine perfection républicaine que tous savent inatteignable. Mais l'idéal reste, comme un phare, sous l'autorité suprême de «nous le peuple» et de sa constitution. Voilà ce que je voyais ce 20 janvier, quelques semaines après qu'un président toxique eut raté son coup d'État. La république se dressait.

Comparez ce symbolisme à celui du Canada et de ses États fédérés, y compris le Québec. Issu de la tradition britannique, le Canada est fondé sur la suprême inégalité des citoyens, ayant à sa tête un monarque héréditaire, de droit divin, chef de l'Église anglicane par surcroit. Les citoyens ne sont pas «nous le peuple» comme chez nos voisins américains, mais des sujets d'Elisabeth Windsor et de ses sous-chefs vice-royaux au Canada.

Le système parlementaire modelé sur celui la Grande-Bretagne est un rejeton de la monarchie absolue et de son ancienne aristocratie. Les premiers ministres d'ici ont en mains tous les anciens pouvoirs royaux et règnent en quasi-dictateurs pendant leurs mandats, alors qu'aux États-Unis, le président est directement élu par le peuple et tout l'appareil législatif lui échappe. La Constitution canadienne de 1867 émane du parlement britannique (pas du peuple) et celle de 1982 a été imposée (notamment au Québec) sans que quiconque soit consulté après la fameuse «nuit des longs couteaux».

La question n'est pas de savoir quel système fonctionne mieux, ou lequel est le plus démocratique, mais bien de déterminer qui, en dernier recours, assume le pouvoir suprême. Au Canada, c'est le premier ministre coiffé de l'ancienne autorité de la couronne britannique. Dans une république comme les États-Unis ou la France, le régime est fondé sur l'autorité du peuple. Personne ne doit y faire la courbette devant une «Sa majesté la reine». Et M. le président ou Mme la présidente sera toujours un simple citoyen.

Voilà pourquoi le «we the people» des États-Unis reste si émouvant. L'idéal républicain déborde les frontières. Des «nous le peuple» il y en a partout, y compris chez nous au Québec. Quand affirmerons-nous notre «volonté citoyenne»?

mardi 26 janvier 2021

Humilier les francophones, un passe-temps national...

Trop de médias anglo-canadiens finissent toujours par trouver un moyen d'humilier les francophones... Le Québec demeure bien sûr la cible préférée, mais certains ne se privent pas de salir les francophones ailleurs au pays... C'est plus fort qu'eux... À croire qu'ils aiment ça... Ce doit être dans leur ADN historique... 

Leur plus récente victime? Les Franco-Ontariens, via le projet de campus universitaire de langue française à Toronto (aussi appelé Université de l'Ontario français). On évoquait depuis quelques jours dans les médias francophones le faible intérêt pour ce campus chez les finissants du secondaire franco-ontarien. À peine 19 demandes d'admission, alors que l'objectif pour la cohorte initiale était de 200...

Je compte parmi les «critiqueux» de ce projet (voir bit.ly/3ixLgGD), mais j'ai eu un accès de bile quand j'ai lu le texte publié en anglais par CBC, incomplet et mal fignolé, à commencer par le titre dévalorisant de l'article non signé: «Ontario's French university receives only 19 applications from province's students» (voir bit.ly/2KOVuFY)...

Que va comprendre l'auditoire anglo-ontarien, qui ne connaît à peu près rien du dossier? Qu'à peine 19 étudiants de l'Ontario veulent s'inscrire à la seule université française de la province... Va-t-on déduire qu'il n'existe pas d'autres programmes universitaires de langue française en Ontario et donc, que la quasi-totalité des finissants franco-ontariens du secondaire ou du collégial étudieront en anglais à l'université? Peut-être... Le texte de CBC ne contient absolument rien qui puisse éclairer les lecteurs à ce chapitre.

On aurait pu expliquer sommairement l'origine du projet d'université franco-ontarienne, et préciser quelque part que plus de 20 000 francophones de l'Ontario font leurs études universitaires en français, dont 13 000 à la seule Université d'Ottawa... Non, rien. Mais CBC n'oublie pas de mentionner que les gouvernements fédéral et ontarien débourseront 126 millions $ pour que ces 19 Franco-Ontariens (ainsi qu'une vingtaine d'étudiants étrangers) puissent fréquenter l'Université de l'Ontario français...

Publier un tel article en Ontario en anglais, c'est comme agiter une cape rouge devant un taureau enragé. Les braises d'un vieux fond francophobe dans cette province ne demandent qu'une étincelle pour s'enflammer. Imaginez les réactions de tous ceux (et ils étaient nombreux) qui avaient abreuvé d'injures haineuses Michel Thibodeau quand il a osé commander un 7up en français dans un avion d'Ait Canada... Là, ils voient une poignée de francophones accaparer une partie de leurs impôts...

Étant donné que CBC accueille les commentaires des lecteurs sur son site Web, on peut visionner un échantillonnage de l'opinion publique. Non scientifique, réduit (parce que CBC n'a publié que les 61 premières expressions d'opinion), mais tout de même... Je n'ai lu aucun commentaire de personnes qui semblaient connaître ce dossier, et plus de la moitié étaient ouvertement hostiles au projet de campus universitaire de langue française à Toronto.

Voici quelques commentaires «instructifs» (vous pouvez les lire tous sur le site Web de CBC):

- «Nous n'avons pas d'argent pour développer les ressources de l'Arctique pendant que la Russie empiète sur notre territoire, mais nous pouvons jeter notre argent à ce projet ordurier. La nation est condamnée.»

- «Fermez-la!»

- «J'ai vu leur soi-disant curriculum. C'est à peine suffisant pour rencontrer les exigences d'un collège communautaire...»

- «C'est un gaspillage total de dollars de nos impôts et de ressources. S'il y a une chose dont l'Ontario n'a pas besoin, c'est de cette "université".»

- «Donnez 40 000 $ à chacun des 19 étudiants pour étudier ailleurs et fermez-la!»

- «Pathétique. On ne parle français qu'au Québec. Ça n'intéresse pas le reste du pays.»

- (au sujet du Québec) «KFC a même cédé et le Québec est la seule juridiction au monde à changer le nom à PFK... Triste...»

- «Je me demande ce qu'ils auraient pu faire ailleurs dans notre système d'éducation avec 126 millions $.»

- «Un autre gaspillage sur des services dont nous n'avons pas besoin. J'ai une idée: demandez (aux 19) étudiants de faire une demande d'admission aux université québécoises de langue française et payez tous les coûts additionnels encourus parce qu'ils ne résident pas au Québec. Ça coûterait moins cher aux contribuables ontariens, et la qualité de l'éducation en français serait bien supérieure.»

- «Ma famille est à demi francophone, mais je suis contre. (...) On ne peut se permettre de jeter de l'argent par les fenêtres. Fermez cette université.»

- «Où sont toutes ces gens qui ont dénoncé le gouvernement Ford pour avoir annulé le projet et qui affirmaient que ce serait un immense succès? Quelle farce!»

- «Malheureusement, il n'y a qu'une petite population de langue française au Canada. Nous ne devrions pas dépenser pour deux langues officielles.»

Je tiens enfin à noter que CBC a laissé passer tous ces commentaires, même les plus fallacieux, les plus obtus, sans même avertir les lecteurs que certains propos étaient tendancieux, faux ou mal informés... Twitter fait déjà mieux à cet égard...

Quand, comme peuple, tireront nous les enseignements qui s'imposent?


samedi 23 janvier 2021

À l'Université d'Ottawa... La discrimination contre les francophones a été et demeure acceptable...





«Speak white
et pardonnez-nous de n'avoir pour réponse
que les chants rauques de nos ancêtres
et le chagrin de Nelligan»
                (Michèle Lalonde, poème Speak white, 1968)


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Les dix années que j'ai passées sur le campus de l'Université d'Ottawa me sont revenues en mémoire quand j'ai lu le truculent communiqué du recteur Jacques Frémont (18 janvier 2021), annonçant de nouvelles mesures pour combattre «la discrimination raciale systémique» à l'université ottavienne (voir bit.ly/2M1lpe7).

Franco-Ontarien engagé à l'époque, j'avais appris dans la vraie vie ce que signifie la discrimination systématique, voire du racisme, parce que nous en étions victimes tous les jours.  Nos écoles étaient bilingues, pas françaises. Demander des services publics en français? À ses propres risques... Se faire traiter de «frog» ou pire, subir l'occasionnel «Speak white», n'avait rien d'exceptionnel dans une capitale fédérale ouvertement francophobe.

À mon arrivée à la faculté des sciences sociales, en 1963, j'ai côtoyé la nouvelle génération turbulente d'une «Révolution pas si tranquille» au Québec. Ces jeunes se rebellaient, entre autres, contre l'infériorisation de la langue française, même au Québec, et contre l'exploitation économique des Canadiens français qui, depuis la conquête, semblaient inexorablement «nés pour un petit pain». Ces siècles de colonialisme ont servi de catalyseur aux liens de solidarité qui se sont développés avec d'autres peuples opprimés durant les années 60, notamment avec les Afro-Américains et les Vietnamiens.

Franco-Ontariens et Québécois pouvaient difficilement se mettre d'accord sur le projet d'indépendance du Québec, mais pouvaient trouver dans la défense de la langue française un terrain d'action commun. Les étudiants francophones avaient beau être majoritaires à l'époque (ils ne sont plus que 30% aujourd'hui), ils devaient souvent subir l'hostilité des anglos, sans oublier que de nombreux cours étaient offerts en anglais seulement.

Vers la fin des années soixante, la proportion des francophones diminuant d'année en année, il est apparu à de nombreux étudiants que la seule issue, pour les Franco-Ontariens et Québécois de langue française, était d'exiger une francisation complète de l'institution. Évidemment, le mouvement a échoué et l'université est demeurée bilingue, devenant de décennie en décennie un peu plus anglaise, sans que les autorités de l'Université d'Ottawa ne réagissent avec fermeté pour protéger la langue française.

J'ai encore en mémoire deux de mes filles, au début des années 2000, faisant signer des pétitions, session après session, pour quémander à la faculté de génie des cours en français auxquels ils auraient dû avoir droit à l'Université d'Ottawa. A-t-on vu une mobilisation de masse contre cette discrimination évidente, subie par des centaines, voire des milliers d'étudiants francophones? Non. A-t-on vu le recteur émettre communiqué sur communiqué pour annoncer des mesures énergiques visant à corriger, dans un délai de mois, telle situation? Non. 

En mars 2016, je suis retourné à la faculté des sciences sociales de l'Université d'Ottawa pour un colloque sur le bilinguisme canadien. Voici ce que j'avais consigné dans mon blogue (voir bit.ly/3pcbFvX) :

«Avant de monter au 12e étage pour le colloque, arrêt au Starbucks du pavillon Desmarais pour un breuvage qui me réchauffera. "Un chocolat chaud, s'il vous plaît", dis-je à la dame derrière le comptoir. Regard vide. "I'm sorry I don't speak French." «Je suis bien à l'Université d'Ottawa, université bilingue?» Elle ne répond pas davantage, s'éclipse et m'indique de passer à la caisse voisine. "Un chocolat chaud, s'il vous plaît." "I'm sorry, I only speak French une petit pou..." Bon voilà, merci et au revoir...

«Alors que je quitte la file pour sortir du Starbucks sans chocolat chaud, une troisième caissière arrive et offre enfin de me parler français... Je pensais vraiment que l'Université d'Ottawa avait éliminé ce genre de situation inacceptable mais il faut croire que non. Et ce que j'en retiens, c'est que peu d'étudiants et de profs francophones ne s'en plaignent, parce que les employées semblaient surprises d'avoir affaire à un client qui insistait beaucoup pour être servi en français... J'allais après tout à un colloque sur le bilinguisme.»

Pourquoi cette longue introduction à un propos qui porte finalement sur un communiqué du recteur Frémont en matière de racisme? Parce qu'après 60 ans d'injustices et de vexations constantes endurées par les francophones dans une université qui se disait «l'université des Franco-Ontariens», et ce, sans qu'un seul coup de barre sérieux ait été donné pour corriger les iniquités, il aura suffi d'un incident tout à fait mineur à l'automne 2020 pour déclencher le tonnerre des dieux en matière de «racisme».

La seule mention du mot anglais en «n» (oui, c'était le mot américain nigger) dans un contexte purement historique et pédagogique par la professeure Verushka Lieutenant-Duval a mis le feu aux poudres et amené le recteur Frémont à déclencher une croisade contre le soi-disant racisme systémique. Sans doute se produit-il de nombreux incidents où des étudiants noirs sont victimes de racisme sur le campus, mais celui-là n'en était pas un. Pire, le branle-bas de combat suivant «l'incident» a viré vite en franco-bashing (voir bit.ly/31Gs0zB)... comme cela arrive souvent. 

Le temps de le dire, l'Université formait un comité d'action contre le racisme, nommait un conseiller spécial en la matière, et vient d'annoncer ce 18 janvier 2021 une série de mesures, y compris l'embauche accélérée de profs noirs, autochtones ou racisés, une révision des programmes pour les rendre plus «culturellement diversifiés et inclusifs», et aussi la mise en place «d'activités de formation contre le racisme et l'oppression»... Aucune mention là-dedans d'une exigence quelconque pour le français (c'est une université dite bilingue, après tout...). Et tout cela doit être mis en place d'ici l'automne 2021!!!

Selon le recteur, qui s'abreuve au multiculturalisme anglo-canadien, «il est devenu évident que le racisme, particulièrement le racisme contre les personnes noires, a causé énormément de détresse émotionnelle à l'Université d'Ottawa». Il affirme aussi que l'Université va «s'attaquer aux conséquences du colonialisme historique au Canada par l'entremise du Plan d'action autochtone».

Loin de moi de nier l'importance de mesures correctrices contre le racisme sous toutes ses formes, mais il est enrageant à la fin qu'un incident somme toute mineur ait été l'étincelle d'un tsunami de mesures contre le racisme et le colonialisme dans cette université, alors qu'après un siècle d'injustices s'apparentant aussi au racisme et résultant du colonialisme anglo-britannique, les parlant français n'aient jamais bénéficié d'une telle attention... La discrimination contre les francophones a été et demeure acceptable, semble-t-il.

Et le pire dans tout ça? La majorité (heureusement pas la totalité) des francophones n'a même plus le réflexe de résister...





jeudi 21 janvier 2021

Si j'étais Franco-Ontarien, je serais en colère...

Voilà ce qui arrive quand on se perd en chemin...

En 2012, le projet d'université franco-ontarienne lancé par le RÉFO (Regroupement étudiant franco-ontarien) visait à assurer une gouvernance francophone de l'ensemble des programmes universitaires ontariens de langue française.

Tous savaient qu'il faudrait créer de nouveaux campus dans les régions où l'offre était déficiente, mais pour réussir, la future université devait nécessairement prendre sous son parapluie les programmes français existants dans les grandes universités et collèges bilingues (Université d'Ottawa, Université Laurentienne, Collège Glendon). 

L'immense majorité des étudiant(e)s inscrits à des programmes de langue française fréquentent ces établissements. À elle seule, l'Université d'Ottawa en accueille 13 000!

La situation de l'université ottavienne est tellement dominante au sein de la francophonie ontarienne que l'ancien recteur Allan Rock, adversaire acharné du projet du RÉFO et de ses partenaires, écrivait en 2014 dans les pages du quotidien Le Droit:

«Les francophones de l'Ontario ont droit à une université qui sert leurs intérêts et qui leur permet de poursuivre une formation post secondaire de qualité exceptionnelle en français. Et cette université existe déjà: elle s'appelle l'Université d'Ottawa

Cette affirmation effrontée, vu que les francophones ne forment que 30% de la population étudiante à l'Université d'Ottawa, que les cours ne sont pas tous offerts en français et que le milieu universitaire est massivement anglo-dominant, est passée comme du beurre dans la poêle...

Et l'année suivante, les libéraux ontariens, alors au pouvoir et aiguillonnés par la ministre franco-ontarienne Madeleine Meilleur, alliée des universités bilingues, ont détourné le projet initial pour le réduire à un micro-campus dans la région de Toronto...

En dépit de faibles protestations du RÉFO, de la FESFO (élèves du secondaire franco-ontarien) et de l'AFO (Assemblée de la francophonie de l'Ontario), qui ont rappelé l'objectif d'une gouvernance globale des programmes universitaires de langue française, l'affaire était classée.

L'élan initial était brisé. Le gouvernement de Katherine Wynne avait décidé que le réseau éducatif de langue française - par et pour les Franco-Ontariens - s'arrêterait au collégial. Les étudiant(e)s universitaires de l'Ontario français resteraient confinés dans des institutions bilingues où ils seraient minoritaires en attendant un jour d'être complètement marginalisés.

Et c'est ainsi qu'on a fini par lancer ce que l'on a pompeusement appelé l'Université de l'Ontario français, un campus de quelques centaines d'étudiants dans la Ville-Reine, vaste métropole où il n'existe aucune communauté franco-ontarienne et où les taux d'assimilation sont mirobolants.

Les gouvernements libéral et conservateur ontariens se sont fait du capital politique avec ce projet comme s'il s'agissait d'une grande avancée pour les Franco-Ontariens. Et les organismes de la francophonie ontarienne, largement démobilisés dans ce dossier, chantent également les louanges de l'UOF pendant que la masse étudiante franco-ontarienne à l'universitaire fréquente un milieu anglicisant sur lequel les Franco-Ontariens n'ont aucun droit de gouvernance.

Et voilà qu'on arrive au lancement officiel de l'institution torontoise. Et combien y a-t-il d'inscriptions pour l'année scolaire 2021-2022 à l'Université de l'Ontario français? En dépit d'une «campagne marathon» de recrutement auprès des écoles secondaires franco-ontariennes, à peine 19 élèves francophones de l'Ontario ont transmis une demande d'admission. Et pour 17 d'entre eux, l'UOF n'est pas le premier choix. Ils pourraient se désister...

Matière à réflexion pour tous ceux et celles qui n'ont pas botté le derrière de l'ancien recteur Allan Rock quand il affirmait que l'Université d'Ottawa était «l'université des Franco-Ontariens», et pour ceux et celles qui se se sont contentés d'un bien petit pain en matière de gouvernance universitaire.

Est-il trop tard pour chauffer les braises d'un projet qui méritait pleinement de se réaliser, qui aurait enfin permis aux Franco-Ontariens de soutenir un peu mieux  la comparaison avec les Anglo-Québécois, forts de trois universités bien à eux?

Si j'étais toujours Franco-Ontarien, je serais en colère. Comme Québécois, je suis surtout triste...


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Voir aussi le texte de Rudy Chabannes d'ONFR+, «L'UOF rate sa cible d'admission, le recteur demande de la patience», 21 janvier 2021. bit.ly/3o0c3MM

lundi 18 janvier 2021

Radio-Canada et les minorités franco-canadiennes...

Les porte-parole d'organismes de la francophonie hors-Québec ont raison de se plaindre du «Montréal-centrisme» de la télévision de Radio-Canada, et de demander qu'on passe au peigne fin les politiques et les pratiques de la société d'État. Au regard de sa mission de protéger et promouvoir la qualité de la langue française, et aussi d'être - dans la mesure du possible - un reflet de son auditoire, tant à Montréal que dans les autres régions du Québec et ailleurs au pays, Radio-Canada peut faire mieux.

Cependant, par leurs blâmes au diffuseur public et les demandes d'une meilleure représentation des minorités acadiennes et canadiennes-françaises sur les ondes de Radio-Canada, des organismes comme la FCFA (Fédération des communautés francophones et acadienne) et l'Assemblée de la francophonie de l'Ontario (AFO) invitent aussi les directions radio-canadiennes et le CRTC à examiner de plus près le véritable auditoire de langue française à l'extérieur du Québec.

Si Radio-Canada doit mieux représenter les Franco-Canadiens en situation minoritaire, il lui faudra aussi mieux les connaître. Et cela pourrait fort bien, à court terme tout au moins, avoir un effet contraire à celui souhaité par la FCFA, l'AFO et autres regroupements de la francophonie minoritaire canadienne. En effet, si on se donne la peine d'examiner à la loupe le comportement linguistique des minorités francophones, on découvrira vite qu'une majorité des francophones hors-Québec regardent la télé «uniquement ou surtout» en anglais. Que Radio-Canada améliore son offre ne changera pas grand-chose. Ils continueront de consommer les bulletins de nouvelles et les émissions de CTV, CBC, Global et des chaînes américaines.

Statistique Canada a réalisé aux environs de 2010 une série de portraits des minorités de langue officielle au Canada - les francophones dans les provinces à majorité anglaise et les Anglo-Québécois (soi-disant symétrie oblige...). Les résultats sont ahurissants et on peut comprendre qu'on en parle peu dans les milieux franco-canadiens, qui ont toujours eu une certaine difficulté à composer avec la vraie réalité. Et à Ottawa, les ténors des langues officielles tairont aussi ces données de Statistique Canada, qui tendent à saper les fondements du bilinguisme fédéral.

Les Franco-Ontariens forment, on le sait, la plus importante minorité franco-canadienne. Combien sont-ils? C'est là que ça se corse. La FCFA et l'AFO gonflent les chiffres à leur avantage. Mais pour les fins de la discussion, prenons les données officielles de Statistique Canada pour le recensement de 2016. En vertu du critère de la langue maternelle, ils sont environ 500 000. Mais seuls un peu plus de 300 000 parlent surtout le français à la maison. Ce ne serait pas déformer la réalité de croire que Radio-Canada puise la quasi-totalité de son auditoire franco-ontarien dans ce bassin de 300 et quelque milles personnes.

Mais revenons à l'étude de 2010 de Statistique Canada, qui a préparé pour chacune des minorités un tableau détaillé de «la langue de consommation» des médias. On y apprend qu'en Ontario, quelque 63% des francophones regardent la télévision (toutes chaînes confondues) «uniquement ou surtout»... en anglais!  À peine 13% d'entre eux «consomment» la télé uniquement ou surtout en français. Les 20 et quelque % qui restent alternent entre les émissions françaises et anglaises. Comment Radio-Canada fera-t-elle pour mieux représenter un public qui, dans une proportion des deux tiers, lui échappe?

Dans la très francophone péninsule acadienne, Statistique Canada a découvert que 45% des francophones regardent la télé «uniquement ou surtout» en français. C'est de loin le meilleur résultat hors-Québec. Mais ailleurs au Nouveau-Brunswick, même dans la région du sud-est, plus de 60% des Acadiens se tournent «uniquement ou surtout» vers les ondes anglaises de la télé. Si on examine les résultats ailleurs qu'en Ontario et au Nouveau-Brunswick, c'est bien pire. En Alberta, au Manitoba, en Nouvelle-Écosse, et ailleurs, entre 75% et 85% des Franco-Canadiens regardent la télé «uniquement ou surtout en anglais». 

En passant, Statistique Canada révèle que les Anglo-Québécois se branchent sur les chaînes anglaises de télévision dans une proportion de 82%... À peine 3% d'entre eux «consomment» uniquement ou surtout la télé de langue française... Voilà!

J'espère que les organisations de la francophonie hors-Québec continuent de presser Radio-Canada de diversifier son contenu. Cet exercice forcera peut-être aussi la société d'État, le gouvernement canadien (le gouvernement québécois?) et les représentants des minorités franco-canadiennes à poser enfin un diagnostic réaliste sur l'auditoire visé, et de reconnaitre enfin que l'ennemi à abattre n'est pas la bureaucratie radio-canadienne de Montréal mais l'assimilation qui pousse à l'agonie de nombreuses collectivités francophones hors-Québec, qui menace de plus en plus les bastions franco-ontariens et acadiens restants, et même des régions du Québec (Montréal, l'Outaouais).

À partir de là, tout sera sur la table...


jeudi 14 janvier 2021

Fonction publique fédérale... Le «droit» de travailler en français... L'«obligation» de travailler en anglais...


Le «droit» d'utiliser le français au travail ne fait pas le poids face à «l'obligation» d'utiliser l'anglais dans la fonction publique fédérale. La langue française y est inévitablement perdante, et le résultat sera toujours l'assimilation plus ou moins rapide des francophones, un phénomène que peu de gens osent appeler par son nom, préférant se gargariser d'expressions plus anémiques, telle l'«insécurité linguistique»...

Le commissaire actuel aux langues officielles, Raymond Théberge, spécialiste du défonçage de portes ouvertes, vient de publier un sondage2 révélant que «près de la moitié des francophones (44%) qui travaillent pour la fonction publique fédérale dans des régions bilingues du Canada sont mal à l'aise d'utiliser le français dans le cadre de leur travail»1.

Ce «malaise» (aussi appelé insécurité linguistique) n'est qu'une des multiples manifestations d'une situation qui crève les yeux depuis un siècle et demi dans la capitale fédérale (et sans doute ailleurs). Le français y demeure essentiellement une langue seconde (je dirais même secondaire), surtout réservée à la traduction, et le milieu de travail reste anglo-dominant. Les francophones qui veulent y travailler dans leur langue, même les plus braves, finissent par frapper un mur. Seul l'anglais demeure vraiment obligatoire.

Mais il y a aussi un problème plus sombre, que les francophones surtout peinent à avouer. Les Canadiens français, particulièrement hors-Québec, subissent l'assaut quotidien de l'anglais depuis un siècle et demi et les taux d'anglicisation sont aujourd'hui effarants. Aussi, un grand nombre de ceux et celles qui se disent «francophones» dans la fonction publique fédérale se sentent souvent plus à l'aise en anglais que dans leur langue maternelle. Voilà une question qu'on ne pose pas dans un sondage du Commissariat aux langues officielles... mais qui exerce une influence réelle sur la langue de travail.

À cet égard, certains résultats du sondage - non rapportés par les médias - sont révélateurs. À la question «Quelle est votre langue de préférence» pour rédiger, être supervisé, parler en réunion ou discuter avec des collègues, les sondés anglophones de la région de la capitale fédérale répondent massivement l'anglais (jusqu'à 88%, pour la préférence en rédaction) alors que seule une minorité des francophones indiquent une préférence pour le français... Environ 20% des francophones affirment même préférer l'anglais pour rédiger un document! Les préférences pour le français, chez les anglos, oscillent autour de zéro...

En matière de préférences linguistiques, la situation est aussi dramatique au Nouveau-Brunswick, seule province officiellement bilingue au Canada. Pendant que 0% des anglophones disent préférer d'écrire, de parler ou d'être supervisé en français, optant pour l'unilinguisme anglais dans des proportions variant entre 75% et 92%, les Acadiens et autres francophones du Nouveau-Brunswick optent en minorité pour leur propre langue (entre 21% et 35% selon les catégories)! Pire, un plus grand nombre de répondants francophones (37%) indique une préférence pour la rédaction en anglais que pour la rédaction en français (21%). C'est un peu désespérant...

Par ailleurs, le gouvernement fédéral utilise des tests pour mesurer les compétences linguistiques des fonctionnaires dans des régions ou pour des postes bilingues. Ceux et celles dont les compétences sont jugées suffisantes sont exemptés de ces examens. Le sondage a demandé aux anglophones d'évaluer leurs compétences en français, et aux francophones d'évaluer leurs compétences en anglais. On y découvre que plus de la moitié des francophones de la région de la capitale canadienne n'ont pas eu à subir les tests linguistiques, alors qu'à peine 16 à 17% des anglophones ont été jugés suffisamment compétents pour une exemption en expression orale et écrite en français. Je ne sais pas si on impose aux francophones et anglophones des tests de compétence dans leur propre langue. Les résultats seraient peut-être surprenants.

Au Nouveau-Brunswick, la situation est pire qu'à Ottawa. Environ trois-quarts des Acadiens oeuvrant dans la fonction publique fédérale connaissaient l'anglais assez bien pour être exemptés des examens linguistiques, contre seulement 14% (expression écrite en français) et 19% (expression orale en français) chez les fonctionnaires anglophones...

Les chiffres sur la réalité linguistique au travail sont tout aussi saisissants. Dans la région de la «national capital» (Ottawa et Gatineau), le sondage révèle que 76% des fonctionnaires anglophones travaillent en anglais seulement ou surtout en anglais. Et les francophones? 58% d'entre eux travaillent uniquement ou surtout... en anglais!!! Seulement 1% des francophones de la capitale canadienne travaillent uniquement en français... et 15% surtout en français... Et après, on vient nous parler d'insécurité linguistique... Non mais, dans quel monde vivent ces gens?

On n'a qu'à lire les réponses aux questions du sondage qui portent sur les motifs de se sentir mal à l'aise de parler ou d'écrire en français. Il apparaît clair que dans la majorité des cas, cela est dû à l'unilinguisme des collègues anglophones ou à l'acceptation que de facto, l'anglais est la langue de travail. Dans un tel milieu, la majorité des francophones apprennent vite à travailler dans la langue dominante, qui s'infiltre dans leur expression orale et écrite par l'emploi fréquent de mots et expressions anglais, ou d'anglicismes. Puis, un bon jour, le français devient la langue seconde, et la génération suivante est à toutes fins utiles unilingue anglaise...

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1 Article d'Émilie Bergeron dans le Journal de Montréal, 11 janvier 2021

2 Commissariat aux langues officielles, (In)sécurité linguistique au travail - Sondage exploratoire sur les langues officielles auprès des fonctionnaires du gouvernement fédéral du Canada (2021)

lundi 11 janvier 2021

Trump, l'insurrection et les journalistes..


Dans le sillage de la tentative d'insurrection fomentée par le président Donald Trump, la classe journalistique nord-américaine doit de toute urgence procéder à un sérieux examen de conscience. Trop de journalistes chevronnés semblent avoir été surpris par des événements qui s'annonçaient pourtant très clairement depuis l'élection présidentielle du 3 novembre, et même avant...

L'occupant de la Maison Blanche avait répété pendant des mois que le scrutin serait frauduleux (s'il perdait). Quand il est apparu que Biden serait le vainqueur, Trump a clamé sur toutes les tribunes que les démocrates avaient volé une élection qu'il avait gagnée. Il n'a donné aucune garantie d'une passation pacifique des pouvoirs à un successeur autre que lui-même. Ses avocats ont vainement tenté devant plusieurs tribunaux de faire annuler des résultats qui lui étaient défavorables. Puis, quand les grands électeurs ont confirmé les résultats du scrutin, il a appelé ses partisans - déjà chauffés à bloc - à se rendre à Washington le jour même de la certification par le Congrès des votes au collège électoral.

Ça ne prend pas la tête à Papineau pour comprendre que ce président n'avait pas accepté le verdict populaire et qu'il était prêt à tout pour renverser un résultat qu'il dit (le croit-il?) frauduleux. Pour lui, la réalité ne compte plus. Il a récolté sept millions de votes de moins que Joe Biden mais répète à son public: ce sont de fausses nouvelles, croyez-moi, j'ai gagné par une grande marge. Quand ses multiples démarches juridiques se sont butées à des tribunaux intransigeants, il appelé à la mobilisation de ses troupes dans les rues de la capitale, le jour décisif. Et l'ensemble des salles de rédaction américaines n'avaient pas compris qu'il y aurait, de toute évidence, une émeute et une tentative de coup d'État le 6 janvier?

Ben voyons... Parfois je me demande s'il n'est pas temps de revenir à l'abc du journalisme, celui qu'on nous enseignait à l'époque où on publiait un nombre appréciable de journaux imprimés au Québec. Règle numéro un: le reporter fait la collecte des faits et les présente dans un texte aussi complet que possible. Règle numéro deux: relisez la règle numéro un... Le journaliste-reporter, faut-il le rappeler, cherche uniquement des faits... Il ne cherche pas la vérité. Quand le lecteur a en main tous les faits, il appartiendra à ce dernier de déterminer à quelle enseigne loge la vérité.

Combien de fois ai-je lu, ces derniers mois, des textes en provenance des États-Unis où les auteurs écrivaient, dès la première phrase, que le président Trump avait de nouveau menti en affirmant telle ou telle chose. C'est une faute élémentaire de journalisme. Le rédacteur doit s'en tenir aux faits. Il écrira que le président a réitéré qu'il avait gagné l'élection, sans apporter de preuves, et qu'après vérification, telle ou telle autorité responsable affirme que la déclaration de M. Trump est sans fondement. Il appartient ensuite à l'auditoire de décortiquer l'affaire et de décider si le président a menti, s'il a été mal informé, ou s'il croit réellement ce qu'il dit, ayant perdu tout contact avec la réalité...

Il me semble, et ce, depuis des années, que la ligne de démarcation s'est brouillée entre d'un côté les reporters et, de l'autre, les chroniqueurs et éditorialistes dont c'est la fonction d'analyser, commenter ou juger les faits amassés par les journalistes affectés à la couverture des nouvelles. Aux États-Unis, cela aura facilité la tâche à Donald Trump dans sa manie de répartir la presse entre camps alliés ou ennemis. Mais le pire, c'est que les médias se sont laissés prendre à ce jeu et qu'à la fin, les reportages étaient trop souvent devenus des réquisitoires contre Donald Trump... ou, dans la presse conservatrice, des accolades... On avait une fixation sur l'arbre Trump, au point de ne plus voir très bien la forêt.

Si, dans les salles de rédaction, la somme des reportages avait permis d'aligner sur une table tous les morceaux du casse-tête, la presse américaine aurait pu prendre un recul essentiel et analyser plus froidement le scénario qui se développait sous ses yeux depuis le 3 novembre. On aurait conclu sans hésitation qu'il y aurait le 6 janvier une tentative d'insurrection ou une émeute, et mobilisé les équipes de reportage en conséquence, au lieu d'être surpris à la toute dernière minute. Jusqu'au moment où la foule a enfoncé les portes du Capitole, on semblait traiter la manif comme un élément secondaire.

Le président Trump était sur le point de s'adresser à ses partisans et je n'avais aucune idée de l'ampleur de la foule qui s'assemblait depuis la veille à Washington. Quand finalement un chef d'antenne à CNN a demandé au reporter combien il pouvait y avoir de manifestants, ce dernier a indiqué, sans avancer de chiffre, qu'il ne voyait pas la fin de la foule, peu importe la direction dans laquelle il regardait. À ce jour, je ne sais toujours pas le nombre approximatif de participants à cette manifestation, et ce, dans une ville où pullulent les experts en décompte de rassemblements. Étaient-ils 2 000? 20 000? 100 000? Plus? La presse était trop occupée à s'indigner contre Trump pour prendre le temps de compter les participants à l'insurrection... Plus préoccupée par la vérité que par les faits...

Dans une ère où l'information circule de plus en plus sur les multiples plates-formes de l'Internet, cette moralisation des médias devient aussi inquiétante que les dérapages de politiciens comme Donald Trump. On a vu, ces derniers jours, des organisations comme Twitter, Facebook, Instagram supprimer les comptes du président Trump, sous prétexte qu'ils avaient servi à fomenter la violence contre l'autorité légitime du pays. C'est un sinistre rappel de la puissance de ces plates-formes, qui pourraient, entre d'autres mains, servir tout autant à supprimer des voix démocratiques et tolérantes. J'ai entendu des journalistes et des commentateurs se réjouir de la censure de Trump par Twitter. Comment réagiront-ils si, un jour, ces plates-formes deviennent des alliés d'un nouveau Trump (vainqueur celui-là) et sévissent contre la presse? 

J'ai été journaliste assez longtemps pour savoir que la liberté d'expression a ses limites. Des limites fixées largement par les lois du pays. L'incitation à la haine et à la violence n'est pas permise. Et la presse écrite, comme la télé, est habituée à juger à la pièce toute information devant être publiée pour s'assurer qu'elle n'entraîne pas des ennuis juridiques. Si Donald Trump tente d'utiliser les médias (quels qu'ils soient) pour violer une loi, on censurera ce geste ou cette déclaration jugée non conforme aux règles de droit ou d'éthique, mais on ne fermera pas les pages ou les ondes en tout temps à Donald Trump. Twitter et Facebook ont suffisamment d'avocats pour juger chaque gazouillis ou statut du président américain et agir en conséquence.

Sans aller aussi loin que Twitter, des grandes chaînes d'information et de nombreux journaux ont adopté dans leur couverture de Donald Trump une attitude qui déborde largement leur mission centrale de cueillir le plus d'information possible et d'acheminer les faits à leurs auditoires.

Il y a 50 ans, pendant la crise d'octobre, j'avais protesté contre une couverture que j'estimais biaisée des indépendantistes québécois par les médias d'allégeance fédéraliste. Un collègue de Radio-Canada à la Tribune de la presse parlementaire, à Ottawa, m'avait demandé si je me porterais à la défense des fédéralistes s'ils subissaient le même sort dans un Québec souverain. Si je ne réclamais pas une couverture honnête des indépendantistes maintenant, lui ai-je répondu, je me trouverais à renier le principe même que je serais obligé d'invoquer, dans ce futur Québec indépendant, pour défendre une couverture intègre des fédéralistes. Fin de la discussion.

Aujourd'hui comme en 1970, les médias doivent rester factuels en couvrant l'actualité. Les faits condamneront les Trump de ce monde bien plus que les textes d'opinion...