mercredi 30 août 2023

Radio-Canada en français... Pour de vrai !

Est-ce normal qu'une émission en français soit «spéciale»? Pourquoi pas normale?

Si nos artistes francophones choisissent de composer et chanter des chansons en anglais, libre à eux! C'est leur droit le plus strict. Mais s'ils comptent utiliser les ondes de Radio-Canada pour promouvoir leur musique anglaise auprès des publics francophones, ça c'est une toute autre histoire! Ça ce n'est pas normal.

Même raisonnement pour les entreprises et organisations qui proposent à la télé de Radio-Canada des publicités partiellement ou totalement en anglais, notamment par leur contenu musical. Ils ont tout à fait le droit de les produire, mais ne doivent d'aucune façon pouvoir exiger qu'elles soient diffusées à la télé publique de langue française.

Le principe est fort simple. Radio-Canada a pour mission de diffuser en français, de protéger et de promouvoir la langue française dans un contexte où elle peine à se défendre contre la marée anglo-américaine. Que nos artistes puissent utiliser le réseau public de langue française pour «vendre» des chansons anglaises à un public déjà culturellement fragilisé n'a aucun sens.

Il existe plein de médias télé, radio et Web anglais, ici au Québec, au Canada et en Amérique du Nord. Font-ils la promotion quotidienne des chansons françaises québécoises, acadiennes et franco-canadiennes? Non. Pourquoi le ferait-on? Ils diffusent en anglais. C'est normal. Voilà où doivent aller les artistes qui choisissent d'endisquer et monter sur scène en anglais.

Le réseau français de Radio-Canada doit fonctionner en français. Cela ne me semble pas extrême comme demande. De fait, cela me paraît tout à fait normal. Que ce soit à En direct de l'univers, Bonsoir bonsoir ou quelqu'autre émission, on informera les invités et les artistes qu'ils devront choisir et chanter des chansons en français. Il ne s'agit pas de censurer l'anglais, mais de ne pas trahir la mission de protéger et promouvoir le français. Est-ce trop demander que la télé de Radio-Canada ne serve pas à assimiler davantage les francophones à l'écoute?

Si Charlotte Cardin ou toute autre personne réalise un album en anglais, fut-il excellent, il faudra qu'elles se servent des ondes anglaises pour en faire la promotion. Il y en a partout. Le seul réseau complet de langue française qui nous appartienne, qui soit du domaine public, c'est Radio-Canada. Alors même si Céline Dion frappe à la porte avec un album en anglais, qu'on la redirige vers CBC. Si elle veut inciter le public québécois à écouter sa musique en anglais, Mme Dion ne doit pas espérer pouvoir compter sur la complicité des ondes françaises.

Une télé de langue française qui fonctionne en français... Si on n'ose même pas envisager quelque chose d'aussi normal, on sait comment tout cela va finir. Yes sir...


mardi 29 août 2023

Le pneu...

Huit jours en mer - Destination Basse-Côte-Nord - 1er jour


L'auberge-gîte et petit déjeuner La belle époque, à Saint-Jean-Port-Joli

En 2020, la pandémie de COVID-19 avait coulé notre projet initial de croisière sur le bateau ravitailleur Bella Desgagnés. L’initiation à la Basse-Côte-Nord, un coin du Québec inaccessible par voie routière, devrait attendre. Une fois sevrés de deux années de masques et de vaccins, nous avons mis le cap sur 2023!

Jusqu’à l’avant-veille de l'embarquement, prévu le lundi 19 juin au quai de Rimouski, tout allait bien. Billets, bagages, appareil photo, cartes de crédit aiguisées, Gravol en quantité, tout était fin prêt. Plus rien ne pouvait entraver le départ... Mais en cette fin de samedi après-midi, roulant sur la 417 à Ottawa, le voyant lumineux «vérifier pression des pneus» s'est allumé dans la voiture qui devait nous transporter de Gatineau jusqu'à Saint-Jean-Port-Joli le lendemain...

Légère pointe d'inquiétude, parce que cela s'était déjà produit maintes fois auparavant, sans conséquence. Par contre, l'expérience nous a appris au fil des ans que les véritables problèmes de voiture surgissent le plus souvent du vendredi soir au dimanche, quand les garages sont fermés. Arrivé à destination, à 50 km de chez moi, un simple coup d'oeil me dit que le pneu avant gauche s'essouffle. Inquiétude en hausse.

Nos enfants technologiques à la rescousse! Mon gendre puise dans son coffre un manomètre-compresseur d'air-gonfleur de pneus numérique. Vraiment je devrai m'acheter un appareil semblable. Lecture rapide et le verdict tombe dru: 22 livres d'air alors que les trois autres pneus sont à 35. La question évidente: pourquoi? Fuite d'air? Clou dans le pneu? On regonfle, et en revenant à la maison, on appelle CAA-Québec à la rescousse...

Vingt-deux heures 30, dans mon entrée, à Gatineau, trois paires d'yeux (dont ceux du technicien de la CAA) sont rivées sur le pneu qui semble avoir maintenu une pression normale depuis la frousse du début de soirée... Ayant conservé pour notre voyage le précieux manomètre-compresseur-gonfleur, je dors quand même d'un sommeil haché en espérant que le lendemain matin, «LE» pneu n'ait pas l'allure d'une crêpe...

À 8 heures, dimanche, quatre pneus toujours à 35 livres... Ouf! En route vers la banlieue est d'Ottawa où Ginette et moi devons cueillir sa soeur Louise et une amie, Denise. Avec le coffre rempli à craquer de valises et quatre personnes dans le char, «LE» pneu (il est neuf, soit dit en passant) sera mis à dure épreuve sur la vieille 17, la 417 et la 40 jusqu'à la montée Lavigne, à Hudson, ou le manomètre déterminera si mon MacPoulet/frites au McDo finira ou pas en indigestion.

Quatre paires d'yeux sur «Le» pneu, cette fois. Tout paraît tiguidou et le petit écran du manomètre confirme: 35! Le ventre et le réservoir pleins, cap sur Saint-Jean-Port-Joli dans notre vieille Mazda 6 en prenant bien soin d'emprunter l'autoroute 30 et de régler le péage de 3,50 $ pour éviter les voies toujours encombrées de l'île de Montréal. Puis ce sera l'interminable 20 et ses innombrables sorties vers des villages et des villes comme Drummondville et Victoriaville dont je ne doute pas qu'elles existent, mais que je n'ai jamais vues en filant à 110 sur l'autoroute Jean-Lesage.

Passé Lévis et le bref coup d'oeil sur le pont de Québec, nous changeons de pays. Littéralement. Le panneau annonçant Berthier-sur-Mer le confirme. Aux terres, ruisseaux et rivières du Sud québécois succèdent les eaux salées et les marées. La mer commence ici alors que les rives du fleuve s'éloignent et que «les cris maritimes» évoqués par Vigneault remplacent peu à peu les bruits discordants de nos villes.  La lassitude fait place à l'anticipation à 24 heures de découvrir si on a ou pas le pied marin. Du moins ceux d'entre nous (c.-à-d. moi) qui n'ont jamais navigué ailleurs que sur des lacs et rivières...

Assez roulé sur «LE» pneu pour ce dimanche. Une nuit paisible nous attend au gîte et petit déjeuner La belle époque de Saint-Jean-Port-Joli, municipalité issue de l'ancienne Seigneurie de Port-Joly dont les origines remontent à 1677, et dont le dernier seigneur fut Philippe Aubert de Gaspé, auteur du roman Les anciens Canadiens publié en 1863. Une belle église construite autour de 1780 domine l'avenue principale de cette jolie petite ville où nous ont rejoints ce soir une cousine de Ginette et son conjoint, Danielle et René, de Laval, eux aussi en route pour la croisière du Bella Desgagnés. Nous sommes désormais six. Demain nous serons dix.

En ce 18 juin 2023, le dépaysement s'accentue. Les lilas, fanés depuis trois semaines à Gatineau, sont toujours en fleur ici, aux abords du fleuve et du resto Porto Bellissimo (ça signifie sûrement port joli) où l'odeur de la cuisson des mets italiens et pâtisseries (excellents par ailleurs) imprégnera nos vêtements jusqu'à ce qu'on les vaporise au Febreeze le lendemain...

Finalement, tout va bien. Mais il s'en est fallu de «pneu»...

(à suivre)

Un glaçon dans l'eau bouillante


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En 1999,  quand Lucie Couvrette, inspectrice de l'Office québécois de la langue française, avait tenté de faire respecter la Loi 101 à Shawville (Pontiac), des commerçants et des citoyens, le maire en tête, l'avaient littéralement pourchassée et expulsée du village! (voir lien en bas de page) L'incident a fait le tour du pays avec les dénonciations habituelles de la très xénophobe «police linguistique» québécoise dans la presse de langue anglaise...

La réaction de ces anglophones, que j'estime exemplaire malgré mon désaccord profond, contraste singulièrement avec celle de l'immense majorité des francophones du Pontiac et de la région de Gatineau qui n'ont jamais, mais au grand jamais, pourchassé et expulsé ceux et celles qui continuent de mépriser presque quotidiennement la langue française. Dans la métropole de l'Outaouais, l'anglais fait la pluie et le beau temps. Vous voulez un exemple?

J'en propose un, survenu récemment, et il illustre parfaitement ce qui se passe depuis toujours ici. Le propriétaire anglophone d'un resto dans le secteur Aylmer de Gatineau a expulsé le président d'Impératif français, Jean-Paul Perreault, parce qu'il avait demandé qu'on le serve dans sa langue. Cela s'est produit devant des clients francophones attablés autour de lui, demeurés silencieux en baissant sans doute les yeux... de honte. Y a-t-il eu un ressac populaire contre ce restaurateur? Un élan populaire pour défendre M. Perreault? Bien sûr que non...

Les francophones de Gatineau, contrairement aux anglos du Pontiac, vivent à genoux depuis plus d'un siècle... 

Alors quand le gouvernement québécois annonce une subvention de quelques centaines de milliers de dollars pour aider à convaincre des petites entreprise de l'Outaouais à franciser leur milieu de travail, on peut se demander quel effet aura ce petit glaçon dans notre marmite d'eau bouillante. La seul côté positif de cette faire, c'est qu'enfin, quelque part dans les officines de Québec et Montréal, on semble s'être aperçu - peut-être - de la gravité du problème.

On mentionne dans le texte de Radio-Canada (voir lien en bas de page) que l'Office québécois de la langue française a noté un recul du français comme langue de travail en étudiant les données du recensement de 2021. S'ils vivaient ici, les bureaucrates verraient que c'est bien pire que ça. À mon IGA situé dans un quartier très francophone de Gatineau, les panneaux de recrutement invitent les anglophones à postuler, laissant ainsi entendre qu'ils pourront travailler dans leur langue. On y entend même, à l'occasion, des employés francophones (des jeunes surtout) se parler en anglais. Quand on leur demande pourquoi, la réponse est toujours la même: ben voyons, le Québec est bilingue!

Il est grand temps que l'OQLF brosse un tableau exhaustif de la situation dramatique du français à Gatineau où des milliers de résidents travaillent en anglais dans la fonction publique fédérale, où le conseil municipal se fait complice d'entrepreneurs qui attirent dans leurs projets d'habitation riverains des milliers d'Ontariens, pour la plupart anglophones, où le nombre d'unilingues anglais a doublé en 15 ans et la proportion d'unilingues français a chuté de 40 à 25%, où deux tiers des immigrants ont appris l'anglais... Et ne comptez pas sur les élus municipaux pour s'intéresser à la dynamique linguistique: le sujet est tabou. Il ne faut surtout pas faire de vagues, on pourrait nuire à cette «bonne entente» qui nous a toujours anglicisés.

Dans l'article du Droit, le ministre de l'Outaouais, Mathieu Lacombe, a noté que la place plus importante accordée ici à l'anglais l'avait frappé à son arrivée dans la région en 2010 (voir lien en bas de page). Il ne semble pas avoir poursuivi sa réflexion, ou s'il l'a fait, n'en dit rien quand il affirme par la suite qu'il n'a pas vu depuis ce temps, dans la vie de tous les jours un recul du français en Outaouais. Notre ministre devrait plus souvent passer quelques jours au centre-ville de Gatineau. Son discours changerait. Les anglos s'affirment comme toujours - une attitude que j'admire. Pendant ce temps la majorité des francophones se comportent en colonisés, presque toujours prêts à passer à l'anglais au lieu d'affirmer leur langue, la langue majoritaire, commune, officielle du Québec.

Au rythme où vont les choses, tout sera réglé d'ici une génération ou deux. Les francophones ne seront plus majoritaires, Gatineau sera bilingue en attendant de devenir anglaise. Et les ultimes résistants jetteront un regard vers les années 2020 et se demanderont: comment en étions-nous arrivés là?

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Liens

Texte de Radio-Canada: https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2006408/francisation-gatineau-recul-outaouais

Texte du Droit: https://www.ledroit.com/affaires/affaires-locales/2023/08/28/pres-de-900-000-pour-contrer-le-declin-du-francais-dans-les-affaires-en-outaouais-en-estrie-et-en-monteregie-RLVVSGEP5ZH4XEVQ2RV7TSZMSM/

Texte sur l'incident de Shawville en 1999: https://imperatif-francais.org/articles-imperatif-francais/articles-2000-et-moins/lolf-shawville-quec/

Lien à l'incident du resto en 2022: https://lettresdufront1.blogspot.com/2022/11/commander-en-francais-sortez.html

dimanche 27 août 2023

Contact... Une mine d'or !

L'église St-François d'Assise, à Ottawa

Ma mère, Germaine Jubinville-Allard, est décédée le 28 juillet, le jour de ses 99 ans. Rebelle à ses heures mais surtout traditionnelle, elle avait souvent insisté pour que je conserve après sa mort les bulletins Contact publiés par son ancienne paroisse (la mienne itou), qu'elle avait accumulés entre janvier 1941 et l'été 1953.

Pourquoi y tenait-elle tant? Parce que son nom apparaissait au tableau d'honneur de la 11e année de l'école St-Conrad dans le tout premier numéro et que le mien, ainsi que celui de mon frère Robert, figuraient à ceux des écoles St-François d'Assise et St-Conrad douze années plus tard? Peut-être un peu, mais je crois plutôt qu'elle voulait ici faire oeuvre d'historienne.

Il fallait plus que tout préserver des documents témoignant de la vie communautaire intense qui animait la communauté canadienne-française (aujourd'hui disparue) de près de 6000 âmes - c'est ainsi qu'on les appelait à l'époque - regroupée autour des deux clochers de l'imposante église Saint-François d'Assise, rue Wellington, dans l'ouest de la capitale fédérale.

Ce quartier d'Ottawa où le français était jadis la langue de la rue s'est effrité depuis les années 1960 et ne vit guère ces jours-ci que dans la mémoire de quelques vieux, ou encore dans des groupes Facebook où à peu près tout se passe en anglais. Ma mère avait dans les tiroirs de son appartement la preuve imprimée de l'existence de cet ancien village urbain francophone, aujourd'hui oublié et à peu près inconnu des chercheurs universitaires qui s'intéressent au passé des Canadiens français de la capitale.

Elle avait grandi sur la rue Hinchey, entre la voix ferrée du Canadien Pacifique et la rivière des Outaouais, avait fréquenté les écoles du quartier, y avait complété ses études secondaires, courtisé mon père durant la Deuxième Guerre mondiale, s'y était mariée et y avait élevé sa marmaille jusqu'à ce que la famille déménage, dans les années 60, dans des maisons neuves en banlieue.

Les bulletins Contact des Pères Capucins avaient consigné sur papier l'esprit de l'époque, la vie du quartier, et des centaines de noms d'élèves et de paroissiens. Les résultats des concours scolaires, les mariages, naissances, décès, les listes d'associations paroissiales, les efforts de défense du français, la fondation de la caisse populaire, sans oublier les horaires des messes et les conseils spirituels qui feraient sourire aujourd'hui mais que l'on prenait alors très au sérieux.

Dans le premier bulletin, celui de janvier 1941, on propose des statistiques paroissiales: 1145 familles, 5295 âmes, 4378 communiants, 917 non-communiants (des enfants?); quatre écoles catholiques franco-ontariennes (St-François, St-Conrad, Sacré-Coeur et St-Antoine) regroupant près de 1200 élèves, 38 enseignants dont 15 laïcs, 9 Frères du Sacré-Coeur et 14 Soeurs grises de La Croix; 133 baptêmes, 56 mariages et 41 sépultures.

On y mentionne le «collège séraphique» situé à côté de l'église, où l'on formait une centaine (!!!) de candidats à la vie franciscaine. Imaginez, 100 nouvelles vocations religieuses, dont une dizaine issues de la paroisse St-François. Une pépinière de Capucins dont plusieurs iraient en mission en Inde. L'an dernier, à l'Ermitage au Lac-St-Jean, le jeune Capucin qu'on a rencontré était originaire de l'Inde. Il était venu s'occuper des Capucins d'ici, presque tous vieillards.

La liste d'associations paroissiales est étonnante et témoignage de la marmite religieuse dans laquelle nous vivions comme peuple il y a 80 ans : la St-Jean-Baptiste, la Jeunesse ouvrière catholique, la Jeunesse étudiante catholique, les Scouts, la St-Vincent-de-Paul, le Tiers-Ordre, le régiment de Zouaves, la Chorale, les comités d'action catholique, les Enfants de Marie, la Fédération des femmes canadiennes-françaises, l'Association du Rosaire perpétuel, l'Adoration nocturne, l'Oeuvre des Tabernacles, les Patronesses de l'hôpital St-Vincent et j'en passe...

On note enfin que durant l'année 1940, 4350 messes ont été célébrées et 150 000 communions données à l'église St-François d'Assise! Alors qu'aujourd'hui, de nombreuses églises catholiques ne célèbrent qu'une messe le dimanche devant des bancs très souvent vides, l'église St-François d'Assise de 1941 proposait aux paroissiens sept messes le dimanche matin, entre 5 h 30 et 11 heures, dont une grand-messe. Et il y avait cinq messes tous les jours de semaine, entre 5 h 30 et 8 heures. Il y avait aussi une messe à l'autel de St-Antoine tous les mardis.

Pour la Semaine sainte de 1941, on annonce dans Contact qu'il y aura adoration du Très Saint Sacrement en soirée et toute la nuit, le Jeudi Saint. Jusqu'à 10 heures du soir, la «garde du T. S. Sacrement est confiée aux dames et aux demoiselles». Après 22 h, jusqu'à 5 heures du matin, la garde est assurée par les «hommes et jeunes gens», qui se relaient d'heure en heure, les résidants d'un bloc de rues assurant une présence pour une heure. Par exemple et je cite: «3 à 4 h du matin: les rues Bullman, Grant, Hinchey, Oxford, Pinehurst»... et ainsi de suite.

Enfin, si les paroissiens se rendent à l'église, les Pères Capucins visitent aussi chaque année toutes les résidences. La fameuse visite paroissiale qui, à lire Contact, avait quelque chose d'intimidant. Voici quelques conseils aux paroissiens qui verront un Capucin frapper à leur porte: «Dans chaque maison, le ménage est fait, les meubles rangés et soigneusement époussetés. Tous les membres de la famille doivent, autant que possible, se faire un devoir d'être présents. Le prêtre est accueilli avec joie. Le Père doit être mis au courant de l'état spirituel de chacun des membres de la famille...»

Connaissant ma mère et son esprit indépendant, cette discipline n'avait rien pour lui plaire. Mais c'était l'époque. On a peine à imaginer que ces choses ont existé. Mais ma maman aurait été la première à dire qu'elles ne doivent pas être oubliées. L'église St-François d'Assise reste un fier monument de ce qui fut et qui n'est plus. La vibrante communauté canadienne-française qui l'entourait il y a 80 ans fait désormais partie de l'histoire. On en revit quelques chapitres dans la petite revue Contact que ma mère n'a jamais mise à la poubelle.

Avis aux chercheurs et historiens de l'Université d'Ottawa: c'est une mine d'or!



jeudi 24 août 2023

Desjardins ne se souvient pas...

Entête de l'ancien bulletin paroissial Contact, St-François d'Assise, Ottawa. Ma maman, décédée récemment, voulait que je préserve les douze années de ces bulletins (1941-1953) qu'elle avait précieusement emballés. On y raconte la vie religieuse et civile des près de 6000 Canadiens français du seul quartier jadis francophone de l'ouest d'Ottawa. 

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Arthur Lepage, Wilfrid Carr, Edouard Demers, René Lalande, Alphéric Viau, Wilfrid Barrette, Louis Reardon, Gilles Hébert, Alfred Roy, Alonzo Lemaire, Georges Blouin, Marius Lachaîne, Donat Mitchell, Honoré Sauvé, Joseph Sigouin, Lucien Soucy.

Qui sont ces personnes, direz-vous? Depuis longtemps relégués à l'oubli collectif, comme la plupart des pionniers, ces 16 résidents de la paroisse St-François d'Assise (à Ottawa) ont occupé en janvier 1944 les premiers postes électifs des comités et du conseil d'administration de la toute première caisse populaire de mon petit coin - jadis francophone - de la capitale fédérale.

Comme dans la plupart des villes où cohabitaient les deux solitudes, la majorité des Canadiens français de la capitale vivaient dans les quartiers les plus modestes et disposaient de peu de leviers économiques. Ils étaient à la merci de banques cupides (comme aujourd'hui). Le coopératisme apparaissait comme une voie prometteuse et avait, de plus, l'appui des autorités religieuses.

Dans les pages du bulletin Contact de la paroisse St-François, la campagne en faveur de la fondation d'une caisse pop locale commença en décembre 1941. «Le but de la coopération économique c'est de rendre notre peuple plus prospère. Nous ne sommes pas riches individuellement, sans doute, mais dans l'ensemble nous le sommes si nous mettons en commun nos sous», pouvait-on y lire. 

Dans le Québec, ajoutait le rédacteur du bulletin (sans doute un homme, les femmes étant écartées des affaires économiques à cette époque), «il y a 55 coopératives de consommation qui font deux millions $ d'affaires par an; 400 coopératives agricoles avec chiffres d'affaires de 19 millions; et 600 caisses populaires avec un actif de 26 millions $

L'appel à la fondation d'une caisse populaire paroissiale fut lancé en janvier 1942. Il existait alors trois caisses pop à Ottawa: Notre-Dame, Ste-Anne et St-Jean-Baptiste. À l'été 1942, le projet est bien en marche et on espère sans trop y croire que la caisse ouvrira ses portes d'ici janvier 1943. «Il est bien entendu que ceux qui feront partie de l'administration ne travailleront pas dans leur intérêt personnel, mais à l'avantage de tous nos paroissiens», avertit le bulletin Contact.

En décembre 1942, un groupe de bénévoles s'active au recrutement de membres. Sans doute par le porte-à-porte ou aux messes du dimanche. Leur message est clair: «désormais, ne confions pas nos économies aux institutions étrangères. Gardons-les pour notre institution à nous, notre caisse populaire. (...) Avec nos économies, elle assistera les nôtres, nos marchands, nos artisans, nos professionnels, nos travailleurs, nos familles.»

«Donnons-nous la main. Il faut qu'elle vive! C'est une institution pour le bien-être de toute la paroisse.» En novembre 1943, on fait savoir que la section St-François d'Assise de la Société St-Jean Baptiste «est maintenant en mesure de soumettre une application pour l'obtention d'une charte provinciale» (pour la caisse populaire). Le moment tant attendu par les futurs coopérateurs arrive.

Enfin, dans l'édition de janvier 1944 de Contact, la page une est consacrée à l'ouverture officielle de la coopérative sous un grand titre en majuscules: «NOTRE CAISSE POPULAIRE». La charte ayant été octroyée à la fin de novembre, la caisse populaire St-François d'Assise est maintenant ouverte et fonctionne depuis le 28 décembre 1943. 

«La Caisse ne garde pas l'argent inactif dans son coffre. Elle l'utilise, le fait circuler de mains en mains, de foyers en foyers. La Caisse fait fructifier chez les Nôtres, l'argent des Nôtres, au profit des Nôtres.» Aussi pouvait-on prendre connaissance, en mars 1945, du premier rapport annuel de la petite coopérative d'épargne et de crédit:

Les sommes ne sont pas faramineuses, même pour la fin de la Deuxième Guerre mondiale, mais c'était un début, avec des centaines de membres et des recettes de près de 70 000 $. Une petite collectivité franco-ontarienne venait, comme des centaines de collectivités dans les villes et villages du Québec, de se donner un outil économique coopératif avec les moyens du bord.

Au fil des ans, une croissance lente mais sûre s'est opérée. Je me souviens d'aller déposer des 25 cents, parfois des 10 cents, au guichet et d'être ravi de voir une somme de 5 ou 10$ dans mon compte. Mais c'est ainsi que s'est bâti, de localité en localité, dans un esprit coopératif, ce qui allait devenir l’un des plus puissants leviers économiques collectifs des Québécois.

Le mouvement Desjardins a depuis longtemps oublié que ses fondations sont érigées sur les épaules de générations d'Arthur Lepage, Wilfrid Barrette, Honoré Sauvé, Joseph Sigouin et de millions d'hommes et de femmes qui ont voulu façonner, dans leur coin de pays, une caisse populaire à leur image. 

Desjardins se donne aujourd'hui des airs de grande banque centralisée, reléguant aux oubliettes les petites caisses jadis démocratiques au profit d'immenses structures autoritaires qu'on n'ose même plus appeler «populaire», où on se fait trop souvent traiter de «clients» alors que - du moins je le crois - nous sommes membres!

On devrait obliger les dirigeants de la future «banque» Desjardins à relire les Contact de la paroisse St-François d'Assise (mon ancienne paroisse) et les bulletins similaires de centaines de paroisses, de quartiers, de villes et villages dans toutes les régions où des Québécois, des Acadiens et des Canadiens français ont cru au message coopératif d'Alphonse Desjardins et fondé «leur» caisse.

Cet empire soi-disant coopératif où les gros épargnants sont aujourd'hui accueillis au tapis rouge et les petits à peine tolérés, voire pénalisés, a été érigé pendant des décennies, dans les années 1930, 1940 et 1950 avec les maigres économies de millions de coopérants. Avoir su ce qui adviendrait de leur mouvement, avoir vu la trahison des idéaux qui se tramait, auraient-ils été si vaillants?

Le moindre qu'on puisse faire, c'est de ne pas les oublier!

mardi 22 août 2023

Entre La Matrice et le Dôme du tonnerre...



D'ici peu, au rythme où vont les choses, nous évoluerons dans une société encombrée d'analphabètes et d'ignorants. Avec l'accélération du déclin de la presse imprimée, la désinformation omniprésente sur les réseaux sociaux, la censure croissante des grandes plates-formes (Facebook, Instagram) et la fragmentation exponentielle de l'information crédible et professionnelle sur Internet, les jours de nos démocraties sont comptés.

Ces temps-ci, un combat clé se joue devant nos yeux. La méga-multinationale Meta a bloqué sur Facebook et Instagram les nouvelles émanant des médias d'information d'ici, en privant plus de 80% de la population québécoise et canadienne qui utilise ces réseaux. Le bras de fer est engagé entre nos élus et ces barons d'un capital sans frontières et sans lois. L'issue est lourde de conséquences pour l'avenir.

Mais le coeur du conflit n'est pas de savoir qui remportera la victoire cette fois. Non, au coeur de cette affaire il y a le simple fait que des organisations comme Meta aient pu acquérir la capacité de faire ce qu'elles font présentement. De toute évidence, elles se croient plus puissantes que les gouvernements et sont convaincues que les médias traditionnels (journaux, télé, radio et leur progéniture numérique) sont à genoux... Que le quatrième pouvoir agonise....

Ont-elles raison? Qu'il n'y ait pas de réponse sûre à cette question a de quoi effrayer. Les gouvernements à Ottawa ont toujours, sauf rares exception, servi les intérêts des grandes entreprises capitalistes avant ceux des citoyens. Pendant que les travailleurs et chômeurs croulent sous les dettes, les puissances économiques (pétrolières, géants de l'alimentation, banques, etc.) qui accumulent des profits indécents ont libre accès aux antichambres ministérielles. Confrontés à l'abus outrancier de Meta, les libéraux n'ont pas le choix. Il faut protester. Mais ils n'ont pas l'habitude. Ça se voit.

Il n'y a pas si longtemps, les grands journaux auraient dressé de puissantes barricades pour protéger leurs domaines contre les intrus de Facebook et d'Instagram (et les autres). Mais la cupidité et la courte vue des empires de presse minaient l'édifice à coups de virages technologiques et coupes de personnel et d'espace rédactionnel depuis près d'un demi-siècle. La presse écrite s'écroule aujourd'hui comme un château de cartes. Le Québec a perdu la majorité de ses quotidiens en 2023 dans l'indifférence quasi totale. Les hebdos Métro viennent de mordre la poussière. Ce qui reste peine à conserver des parts de marché dans l'univers fragmenté du Web.

Si encore les quelques journaux papier toujours à flot prenaient des mesures énergiques pour démontrer leur capacité d'illuminer les trous noirs créés par les Meta de ce monde... Mais non... Les seuls véritables quotidiens dignes de ce nom, le Journal de Montréal et le Journal de Québec, souffrent tous les deux des symptômes qui ont grugé jusqu'à l'os les anciens concurrents. Fermeture des presses du Journal de Québec, de l'édition du dimanche des deux quotidiens, en attendant pire. Quand au Devoir, il a cessé depuis longtemps de fonctionner comme à l'époque où ce quotidien national était un incontournable de l'information. De plus en plus, dans d'immenses pages sans pub, on remplit l'espace avec quelques reportages maison et des photos au lieu de publier des nouvelles nationales et internationales. Le journal de jadis est devenu une grappe de brèves en page 2. On dirait que Le Devoir veut décourager son lectorat d'acheter le journal papier.

Nos démocraties ne peuvent fonctionner qu'avec un public bien informé, en tous cas suffisamment informé pour pouvoir prendre des décisions éclairées quand vient le temps de déposer un bulletin de vote. Entre le pourrissement des médias d'information et l'impuissance (complicité?) des politiciens, les Mark Zuckerberg et Elon Musk et autres du genre auront beau jeu d'imposer leurs déserts d'information à ceux et celles qui tenteront de leur résister. Le résultat ultime? Promenez-vous sur Facebook et X (ex-Twitter) et lisez. Le pire réduit souvent le meilleur au silence, et ce, dans un français atroce... 

L'ignorance est porteuse des pires cataclysmes. Un terreau fertile pour le populisme d'extrême-droite. Bientôt, la chanson Plus rien des Cowboys fringants ressemblera de plus en plus à la réalité et l'humanité oscillera entre les horreurs de La Matrice et du Dôme du tonnerre. Vous me trouvez pessimiste? Vous avez raison. Je suis un vieux journaliste qui voit s'écrouler autour de lui ses idéaux d'une démocratie portée par une presse forte et libre.

Je suis toujours prêt à monter aux barricades... mais je ne vois pas beaucoup d'alliés. Enfin...


vendredi 18 août 2023

Un autre référendum? Non merci!

Je ne cache jamais mes sympathies péquistes dans mes textes de blogue mais quand vient le temps d'analyser les montagnes d'obstacles que le Parti québécois devra affronter - et surmonter - pour reprendre le pouvoir en 2026, je préfère m'en tenir à mes vieilles lunettes de journaliste, nettement plus objectives. 

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La fenêtre de l'indépendance, qui paraissait barrée à clef, s'est de nouveau entrouverte avec la remontée plus qu'appréciable de la cote du Parti québécois dans les sondages d'opinion publique. Après avoir chuté sous la barre des 10% en 2022, le vaisseau amiral de l'indépendance a crapahuté jusqu'à près de 15% aux élections du 3 octobre dernier sous l'excellente gouverne de Paul St-Pierre Plamondon, et oscillait récemment autour de 23%... Un solide redémarrage que peu d'observateurs avaient prévu, mais le PQ reste très loin du seuil des 40% (et plus) requis pour envisager la formation d'un gouvernement majoritaire à l'Assemblée nationale.

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La prochaine campagne du Parti québécois, comme la plus récente, portera nécessairement sur l'accession éventuelle du Québec au statut d'État indépendant. Les vieux comme moi se souviennent de l'effervescence des années 60. Rien ne semblait pouvoir freiner l'élan d'un mouvement indépendantiste porté par la Révolution tranquille et une jeunesse militante. La réunion des trois partis indépendantistes (RIN, RN et MSA*) sous la bannière du PQ en 1968 permettait d'envisager une victoire électorale menant à l'indépendance. Quelle naïveté! L'adversaire devant nous, particulièrement après l'arrivée de Pierre Elliott Trudeau, n'avait aucunement l'intention de respecter les règles du jeu. Tous les sales coups, légaux et parfois, illégaux, seraient permis pour abattre le projet de souveraineté et ses partisans.

Paniqué par les sondages d'opinion publique, Ottawa avait orchestré le célèbre coup de la Brink's trois jours avant l'élection d'avril 1970, voulant faire croire à une fuite des capitaux de Montréal vers Toronto advenant une victoire du PQ. Cet attentat médiatique a privé la formation de René Lévesque d'au moins une demi-douzaine de sièges à l'Assemblée nationale. Durant la crise d'octobre, les militaires fédéraux ont envahi le Québec, Trudeau a décrété les mesures de guerre et fait emprisonner près de 500 innocents (presque tous indépendantistes) sans mandat. Par la suite, la GRC a volé des listes de membres du PQ, rédigé de faux communiqués de presse du FLQ et même brûlé une grange....

Le coup fatal a été porté en 1974 avec le projet d'étapisme de Claude Morin (qui deviendrait taupe de la GRC). Le PQ n'avait élu que six députés en octobre 1973 malgré une progression importante du vote populaire (de 23 à 30%). Pour gagner une élection et accéder au pouvoir, on a décidé de dissocier victoire électorale et indépendance. Le Parti québécois serait d'abord un bon gouvernement, et utiliserait la voie référendaire pour faire adopter son projet de souveraineté-association. Dès lors, les victoires électorales du PQ devenaient moins inquiétantes, et Ottawa pouvait concentrer toute sa puissance de feu contre un éventuel référendum. Sous l'étapisme, le PQ a remporté cinq élections et douloureusement perdu ses deux référendums, avec les conséquences que l'on connaît. Et aujourd'hui, dans un univers politique bien plus défavorable qu'il y a 50 ans, le Parti québécois traîne toujours comme un boulet cette obligation référendaire, devenue inutile, voire nuisible, même en période électorale.

L'effet des défaites référendaires ne s'est pas limité aux larmes et à la démobilisation d'une partie des forces indépendantistes. Après 1980, ce fut la nuit des longs couteux, où le Canada anglais ligué avec nos collabos a imposé au pays la Charte constitutionnelle de 1982 que Québec n'a jamais ratifiée et qui est devenue au fil des ans l'une des armes les plus efficaces d'Ottawa et de ses juges contre toute velléité d'autonomie québécoise. Après la sale campagne de 1995 où le fédéral a multiplié les coups bas, le gouvernement Chrétien a ajouté à son arsenal la Loi sur la clarté référendaire qui permet au Parlement fédéral de juger de la validité et de la clarté de la question référendaire soumise à la nation québécoise, et aussi de statuer sur la légitimité de la majorité obtenue. S'il y a un troisième référendum, le Québec lancera un assaut suicidaire sans armure, les mains attachées dans le dos, contre une majorité anglo-canadienne blindée et sans pitié.

S'il tient vraiment à vaincre ses adversaires en 2026 et à mettre en marche le processus de souveraineté, le Parti québécois devra repenser sa stratégie d'étapisme. Et ce, immédiatement, pas quelques mois avant le scrutin. Ceux et celles qui ont vécu 1980 et 1995 en conservent un souvenir amer qu'ils ne souhaitent pas revoir. Quant aux plus jeunes, devenus terre de mission pour les indépendantistes, rien n'indique qu'ils espèrent vivre un moment référendaire dont ils n'ont jamais entendu dire de bien. Et soyez assurés que les adversaires du Parti québécois ne manqueront pas de brandir les malheurs du passé en pointant du doigt l'engagement référendaire toujours au programme du PQ. Promettre un troisième référendum, c'est mettre dans sa bouche une capsule de cyanure. Le tenir, c'est la croquer.

Évidemment, le vaisseau amiral de l'indépendance ne peut revenir à sa position d'origine. Se faire élire, surtout avec moins de 50% des voix exprimées, ne permet pas de faire une déclaration unilatérale de souveraineté politique. Mais un gouvernement péquiste sans promesse référendaire n'est pas pour autant réduit à l'impuissance. Les troupes de Paul St-Pierre Plamondon pourraient mettre très clairement en marche les rouages d'un projet qui permettrait d'accumuler des victoires et de renforcer l'autonomie du Québec dans le cadre d'une feuille de route bien publique vers l'indépendance, sans mettre tous les oeufs dans le panier percé du grand soir référendaire. Même les faibles lois 21 et 96 de la CAQ ont rougi les braises nationales. Le Parti québécois au pouvoir peut faire beaucoup, beaucoup mieux. Gagner des batailles, c'est mieux que perdre la guerre. Et il faut se réhabituer  à gagner.

Ainsi, comme entrée en matière, un gouvernement péquiste en 2026 pourrait redonner à la Charte de la langue française sa force d'origine et affirmer sur de plus solides bases la laïcité de l'État. L'abolition du serment au roi Charles III pour les députés, initiative du PQ, a confirmé le droit du Québec de modifier ses rapports avec la monarchie britannique, qui relèvent de la constitution québécoise. Le Parti québécois pourrait promettre d'abolir tous les liens avec la monarchie et de faire du Québec une république fédérée en attendant le jour de l'indépendance. Un gouvernement du PQ pourrait aussi faire ce que tous les gouvernements fédéralistes avant lui n'ont jamais osé: concrétiser le rejet de la Constitution imposée de 1982 en refusant de lui obéir, en réaffirmant le droit de véto perdu du Québec. Pas question d'accepter que des juges nommés par Ottawa puissent, en vertu de cette Charte, démanteler l'édifice juridique québécois. La Cour suprême du Canada rejette la Loi 21, la Loi 96, affirme l'autorité fédérale en matière de santé, de garderies? On l'envoie paître... Où une telle dynamique nous mènera-t-elle? Dans la bonne direction!

Un gouvernement indépendantiste peut lancer des dizaines de chantiers qui, sans modifier les textes constitutionnels actuels, mettront en branle un processus qui finira par rallier une forte majorité de Québécois, ou qui sera peut-être un jour rejeté. Quoiqu'il en soit, les victoires acquises en chemin resteront. Tout n'aura pas été misé sur un référendum dont on sait, à moins d'un miracle, qu'il sera perdant. En 2026, le Québec doit élire le gouvernement d'un État indépendant en devenir qui agit comme tel, plutôt qu'une administration handicapée par une quête incessante de conditions gagnantes en vue d'un ultime coup de dés référendaire. C'est notre dernière chance. Il faut qu'en 2030, un gouvernement péquiste soit en mesure de dire avec confiance à la nation: si vous nous réélisez avec plus de 50% des suffrages, la planète aura un nouveau pays!

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* RIN - Rassemblement pour l'indépendance nationale; RN - Ralliement national; MSA - Mouvement souveraineté-association


lundi 14 août 2023

Trois-Rivières 1 Gatineau 0

Jusqu'à récemment, si on m'avait demandé ce que je savais de Trois-Rivières, j'aurais répondu : pas grand-chose... Que c'était la deuxième plus ancienne ville de la Nouvelle-France, fondée en 1634... Que l'industrie des pâtes et papiers y était florissante jadis... Que son plus célèbre ressortissant, Maurice Duplessis, avait gouverné le Québec pendant une vingtaine d'années... Que l'autoroute 40 y fait de drôles de virages en se jumelant à la 755 et qu'il faut éviter de se retrouver sur le pont Laviolette si on roule vers Québec...

Il aura fallu que le Cirque du Soleil choisisse de rendre hommage à mon idole Guy Lafleur dans le magnifique amphithéâtre Cogeco de Trois-Rivières pour que je séjourne enfin quelques jours dans la capitale trifluvienne, en juillet, et que j'en découvre les attraits avec mon épouse Ginette et deux grands amis, mon ancien collègue journaliste Claude Tremblay et son épouse Jacqueline Lavoie. 

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...à notre arrivée au musée Boréalis

Ce jeudi 20 juillet, donc, nous étions au musée Boréalis, aménagé sur les rives de la rivière Saint-Maurice dans l'ancienne usine de filtration de la Compagnie internationale de papier (CIP - prononcer Ci-aille-pi) au coeur de Trois-Rivières. La jeune guide, débordante de connaissances et davantage d'enthousiasme, faisait revivre l'histoire des hommes et des machines de l'industrie mauricienne des pâtes et papier du 19e et du 20e siècle.

Pendant qu'elle nous racontait les dangers que couraient les draveurs, le plus souvent âgés de 12 à 17 ans, je me suis souvenu qu'un de mes arrière-grands-pères, Alfred Longpré, était mort à la drave en 1924 en tentant de sauver un de ses camarades. Et que jusqu'aux années 1980, d'immenses estacades de billots encombraient les rivières des Outaouais et Gatineau, jusque devant le Parlement canadien.

L'impressionnante réplique d'une machine à papier conservée au Musée Boréalis a ravivé mes souvenirs de visites aux anciennes usines de papier journal et de pâte à papier de la CIP et de la James MacLaren à Gatineau, Masson et Thurso. Jadis, du Pontiac à la Petite-Nation, les rives de l'Outaouais étaient ponctuées des cheminées d'usines de l'industrie forestière. Encore aujourd'hui, on produit du papier à Hull, Gatineau et Masson sous les enseignes Kruger, Produits forestiers Résolu et White Birch.

La différence entre Gatineau et Trois-Rivières, c'est qu'au pays de Jos Montferrand la mémoire et l'identité font défaut. Au-delà des efforts sisyphiens d'une grappe d'historiens et archivistes, le paysage historique est trop souvent désolant. Les municipalités et le gouvernement québécois n'ont pas fait leur boulot. La ville de Gatineau préfère défigurer les rives outaouaises avec des tours d'habitation et des édifices à bureaux, pièges à Ontariens qui font le bonheur d'entrepreneurs cupides tout en sonnant le glas d'anciens quartiers francophones.

...un cours d'histoire à l'ancienne prison de Trois-Rivières

En avoir le pouvoir, j'emmènerais de force à Trois-Rivières les membres du conseil municipal de la métropole de l'Outaouais pour qu'ils puissent entendre le cours d'histoire de notre guide au musée Boréalis. Pour qu'ils puissent, de leurs mains, apprendre à transformer la pâte en papier, et l'ignorance en savoir. Pour qu'ils arpentent aussi le Musée Pop de culture populaire et surtout la vieille prison de 1815 adjacente, où l'on transmet 200 ans de vécu et d'horreurs qu'il ne faut pas oublier. On aurait pu transformer en musée l'ancien palais de justice et prison de Hull (construit à la fin du 19e siècle), mais chez nous, les incendies et les démolisseurs ont trop souvent raison des bâtisses patrimoniales.

Nos élus auraient pu nous accompagner sur la rue des Forges, une des artères principales au coeur du vieux Trois-Rivières. Transformée en voie piétonnière sur près d'un kilomètre, débordant de commerces, de restaurants, cafés et bistrots, cette «grand-rue» devient un incontournable lieu de rencontres et de bouffe, surtout durant la belle saison. Encore une fois, rien de semblable n'existe à Gatineau, où les anciennes villes désormais fusionnées n'ont pas levé le petit doigt pour conserver les quartiers historiques qui auraient pu léguer aux générations actuelles au moins deux ou trois «rue des Forges»...

...sur la rue des Forges

Enfin... Je reviens au fil conducteur... Nous allions à Trois-Rivières pour voir l'hommage du Cirque du soleil à Guy Lafleur. L'excellent spectacle avait lieu dans l'impressionnant amphithéâtre extérieur couvert Cogeco... un lieu absolument magnifique et fort animé, situé devant le fleuve Saint-Laurent. Encore une fois, j'ai songé qu'il n'existait rien de semblable à Gatineau, qui dispose amplement d'espace pour une telle construction sur les rives de l'Outaouais. Le Cirque du soleil aurait pu y offrir son «Guy! Guy! Guy!» plus près de la patrie du célèbre hockeyeur, où l'on n'a pu faire mieux que donner son nom à l'autoroute la plus mal fignolée du Québec.

Notre guide au musée Boréalis nous avait expliqué qu'avec le déclin de l'industrie papetière, Trois-Rivières a dû s'interroger sur sa vocation et avait décidé de miser sur la culture. Quelle merveilleuse idée! En 1997, la ville a donc créé Culture Trois-Rivières, avec mission «de développer, promouvoir et rendre accessible l’offre culturelle et artistique», tant pour les Trifluviens que pour les visiteurs de l'Outaouais et d'ailleurs. Pas grand risque que cela arrive à Gatineau, où les tuyaux d'égout ont toujours eu préséance sur la culture chez la majorité de nos élus, et où l'identité québécoise francophone s'écrapoutit sous l'ombre anglicisante d'Ottawa.

Vous aurez compris que Trois-Rivières m'a ébloui. J'y ai vu ce qu'on peut faire pour mettre en valeur l'héritage culturel, économique et politique d'une région québécoise qui compte près de 400 ans d'histoire européenne. Un exemple à suivre pour bien des régions, y compris la mienne...

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...devant l'amphithéâtre Cogeco

Lien au musée Boréalis https://www.borealis3r.ca/?gclid=Cj0KCQjwoeemBhCfARIsADR2QCsYyxL50X07yjtLdUAXhH4V9Ge3jSf_eQNYgneJb_KPorgBrlnMUtgaAuQ5EALw_wcB

Lien au Musée Pop https://museepop.ca/

Lien à la vieille prison https://museepop.ca/vieille-prison/horaire-et-tarifs

Lien à l'amphithéâtre Cogeco https://www.amphitheatrecogeco.com/

Lien à Tourisme Trois-Rivières https://www.tourismetroisrivieres.com/fr