jeudi 18 juillet 2024

Espaces francophones... L'effritement...

«L’épanouissement, voire le sort de la francophonie canadienne à l’extérieur du Québec semble aujourd’hui se jouer sur la capacité de cette dernière à préserver, à développer et à contrôler des espaces francophones*.» - La construction d'espaces francophones comme projet de société en milieu minoritaire, Revue Minorités linguistiques et société, numéro 13, 2020. (lien en bas de page)

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Pour en arriver à cette conclusion, qui va de soi pour tout francophone ayant vécu ou vivant dans une province à majorité anglaise, les quatre auteurs du texte ont passé au peigne fin la réalité de la francophonie canadienne hors-Québec. Qu'auraient-ils écrit s'ils s'étaient penchés de même façon sur la situation du français au Québec? La même chose?

On n'aurait qu'à remplacer «la francophonie canadienne à l'extérieur du Québec» par «la francophonie québécoise»... «L’épanouissement, voire le sort de la francophonie québécoise semble aujourd’hui se jouer sur la capacité de cette dernière à préserver, à développer et à contrôler des espaces francophones.»

Le mot clef, évidemment, c'est «contrôler». Si le contrôle d'un espace ou d'un territoire échappe à la collectivité de langue française qui l'occupe, rien ne garantit qu'on puisse en «préserver» et «développer» le caractère francophone. De fait, sans cette capacité de contrôler leur propre destin, les francophones, tant au Québec qu'ailleurs au Canada, seront toujours à la merci de majorités anglophones souvent hostiles.

Quelques exemples (on pourrait en citer des centaines, voire des milliers) pertinents? Prenez le secteur de la Basse-Ville d'Ottawa, l'ancien bastion des Franco-Ontariens de la capitale canadienne. Un bon jour, dans les années 1960, pour construire un pont le fédéral exproprié plus de 100 familles et cassé le quartier en deux avec un grand boulevard. À la fin des années 60, sous le couvert d'un projet de rénovation urbaine, la ville d'Ottawa a défiguré l'ensemble de la Basse-Ville à coups de routes et d'expropriations.

À 80% francophone jusque dans les années 1970, la Basse-Ville compte aujourd'hui à peine 20% de Franco-Ontariens. Qu'auraient pu faire les anciens résidents pour préserver et développer le caractère français du territoire qu'ils occupaient depuis la première moitié du 19e siècle? Autre que de s'armer et de dresser des barricades, rien! Ils n'exerçaient aucun contrôle sur les véritables décideurs anglophones et francophobes, logés au Parlement fédéral et à l'hôtel de ville d'Ottawa.

Ce qu'ont subi les Franco-Ontariens de la Basse-Ville est arrivé, d'une manière ou d'une autre, à toutes les collectivités francophones urbaines hors-Québec. Entre l'effritement des quartiers, l’assimilation des francophones et l'absence de contrôle des leviers politiques, le français n’est nulle part aujourd'hui la langue de la rue dans ces villes ontariennes (et manitobaine) qui se glorifiaient jadis d'avoir de vibrantes «communautés» canadiennes-françaises. En 2024, les seuls espaces francophones à l'extérieur du foyer sont les salles de classe des écoles françaises, les églises (souvent vides) et les résidences pour personnes âgées. Ce n'est pas suffisant. Loin de là.

On pourra toujours dire qu'au Québec, la situation n'est pas la même. La majorité est francophone et la force du nombre lui permet d'exercer le contrôle sur un territoire qu'elle dit vouloir, depuis la Loi 101, de langue française. Mais encore faut-il que notre demi-État l'exerce, ce pouvoir. Les domaines de compétence du gouvernement fédéral, ceux que la Constitution lui attribue et ceux qu'il accapare avec l'aide de ses juges, sont entre les mains de la majorité anglo-canadienne. Vous n'avez qu'à lire les rapports annuels du Commissaire fédéral aux langues officielles pour en comprendre les conséquences.

Pour le reste, on sait ce qu'il faut faire. Seul un Québec à toutes fins utiles unilingue français permettra peut-être d'endiguer la vague anglo-américaine qui fait de nous un village encerclé. Mais depuis le premier gouvernement Lévesque, avec sa première mouture de la Loi 101, un manque évident de volonté politique a permis une érosion croissante vers un bilinguisme quasi juridique, tout au moins de facto. Un exemple? Toutes les municipalités qui auraient dû perdre leur statut bilingue en vertu de la Loi 101 ont décidé de le conserver parce que Québec leur a laissé le choix de se franciser ou pas, au lieu d’affirmer le pouvoir de la majorité.

À l'image de la Basse-Ville d'Ottawa qui lui fait face, le centre-ville de Gatineau, quatrième ville du Québec, s'anglicise à vue d'oeil alors que la rive québécoise se peuple de tours d'habitation envahies par des Anglo-Ottaviens qui s'y croient encore chez eux. Le vieux secteur de l'Île de Hull, autrefois à 90%, l'est désormais à moins de 60%. D'ici peu, les francophones y seront minoritaires. Et les autorités municipales ne font rien pour affirmer le caractère français de la ville pendant qu'ils ont encore le pouvoir de le faire. Au contraire, ils l'affaiblissent. Et les espaces francophones s'effritent à mesure que le centre-ville de Gatineau prend l'image d'une extension du centre-ville de la capitale fédérale..

À Ottawa, les Franco-Ontariens ont dû encaisser les coups parce qu'ils étaient minoritaires. Le pouvoir, le droit de contrôler leur destinée, leur échappait. À Gatineau les francophones sont majoritaires pour le moment et pourraient contrôler leur destinée, mais ne le font pas. Ils se taisent, à genoux, pendant que les tours riveraines continuent de monter et que l'assimilation croissante des francophones s'ajoute à l'arrivée massive d'anglophones de l'autre rive.

Si, un jour, les anglos sont en majorité à Gatineau, à Montréal, à Laval, ou même au Québec, je vous le garantis. Le pouvoir, le droit de nous contrôler, ils l'exerceront sans retenue et toutes nos futures jérémiades n'y pourront rien. Si on n'a pas de couilles, voilà le sort qui nous attend...

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Lien à l'article de la revue Minorités linguistiques et société, numéro 13, 2020. https://www.erudit.org/fr/revues/minling/2020-n13-minling05385/1070389ar.pdf

*Dans son usage courant, la notion «d’espace francophone» désigne les espaces sociaux où les francophones peuvent vivre, socialiser, transmettre la langue, se définir, se gouverner et développer leurs institutions en français. Ces espaces peuvent être formels ou informels, ou encore privés ou publics. Cela peut aller de l’habitation au quartier, aux commerces, à des centres socioculturels, aux organismes francophones, aux médias, aux écoles et établissements postsecondaires, aux hôpitaux, aux municipalités qui offrent des services ou qui fonctionnent en français.»


lundi 15 juillet 2024

Il y a un an, le 15 juillet 2023...

photo prise en 1940

Il y a un an, le samedi 15 juillet 2023, j'allais prendre le petit déjeuner avec ma mère, Germaine Jubinville-Allard, à son appartement de la résidence Jardin Royal, à Orléans (Ontario). Nous avons jasé de tout et de rien. Une conversation comme tant d'autres, rappelant des anecdotes du passé, passant le présent en revue et regardant, malgré ses 98 ans et 352 jours, vers un avenir tout de même rétrécissant.

Après une chute, survenue la semaine suivante, elle est décédée le jour de ses 99 ans, le 28 juillet.

J'avais eu la conviction que maman fêterait ses 100 ans et qu'on finirait par croquer une photo de cinq générations après la naissance de son premier arrière-arrière-petit enfant, attendu au début de 2024 (Louis Pierre est né le 14 janvier). Jamais je n'aurais pu imaginer qu'elle mourrait treize jours plus tard!

Quelques mois auparavant, je lui avais demandé d'étaler ses boîtes de vieilles photos pour en offrir quelques-unes au Centre de recherche en civilisation canadienne française (CRCCF) de l'Université d'Ottawa, qui avait entrepris d'archiver des photos de familles des anciens quartiers franco-ontariens d'Ottawa. La première à susciter son intérêt était de 1940. Elle avait 16 ans.

On la voit près de la maison familiale, rue Hinchey (Ottawa), en train de râteler des feuilles. Qu'y a-t-il de spécial là-dedans, lui ai-je dit, n'y voyant qu'elle, souriante, et quelques maisons typiques du quartier. «Je suis en pantalon», a-t-elle répliqué, fière. À l'époque, les filles catholiques devaient porter robe ou jupe. Le pantalon étant considéré vêtement de garçon, ses parents se montraient réticents à laisser leurs adolescentes bousculer les traditions vestimentaires.

Elle avait dû contester l'autorité parentale et beaucoup, beaucoup insister pour finalement obtenir la permission de s'habiller «pas comme les autres». Cet incident témoigne de sa force de caractère et de son esprit indépendant. Les règles religieuses et sociétales parfois étouffantes de l'époque, confrontées à son individualité ou sa liberté, ne sortaient pas toujours victorieuses.

Quand, à la fin des années 1940, un prêtre capucin de la paroisse St-François d'Assise est venu lui reprocher le délai croissant (et apparemment excessif) entre ses deux premiers fils et un troisième enfant à venir, maman l'a doucement éconduit en lui rappelant que ce n'était pas lui qui accouchait et qui s'occupait des bébés.

Enfant de la Grande dépression, ma mère savait économiser. Le modeste salaire de mon père nous assurait un toit et de quoi manger à notre faim, mais pour le reste il fallait compter chaque «cenne». Également excellente couturière, elle a confectionné presque tous mes vêtements et ceux de mon frère pendant une bonne dizaine d'années. 

Je me suis parfois demandé quel genre de vie elle aurait mené, ne pas avoir eu à s'occuper d'une maisonnée de quatre enfants. Ma mère avait complété son secondaire chez les Soeurs grises durant la Seconde Guerre mondiale et figurait presque toujours au tableau d'honneur scolaire.

Je la revois, à mes 9 ans, assise sur le perron, m'enseignant la prononciation latine dont j'aurais besoin comme enfant de choeur. «Non, on ne dit pas "Oratte fratte", c'est "Orâté frâtrèsse"...» Et je me souviens de l'importance accordée en 1959 à ma participation au Concours ontarien de français. J'y avais gagné un dictionnaire (que j'ai toujours) dans la catégorie orthographe...

Maman avait travaillé au gouvernement fédéral après sa 12e année à l'école St-Conrad, durant la Guerre (de 1942 à 1945). En se mariant, elle se consacra entièrement au foyer. Mais quand mes parents ont acheté leur première maison en 1959, style allumette sur la rue la plus étroite du quartier, il fallait rembourser deux hypothèques et elle a réintégré le marché du travail.

Tenant à son indépendance financière, elle avait son propre compte à la caisse populaire et s'entendait avec mon père sur un partage des responsabilités financières. Prudente gestionnaire du budget familial, je crois qu'avoir poursuivi une carrière politique, elle aurait fait une redoutable ministre des Finances...

Elle tenait à son héritage français, ontarien et québécois (elle était née à Aylmer, en Outaouais), et fut fort heureuse de participer à l'expérience - trop brève - des unités de langue française au sein de la fonction publique fédérale au début des années 1970.

C'est aussi à cette époque qu'elle s'est acheté une petite Toyota «qui changea sa vie», devenant un outil clé de son autonomie. L'obligation de vendre sa dernière voiture (également une Toyota) et de perdre son permis de conduire à 93 ou 94 ans fut pour elle un drame. Elle a regretté sa petite voiture japonaise jusqu'au dernier jour.

Sans cette vilaine chute qui précipita sa fin, peut-être serions-nous en train de jaser, ce 15 juillet 2024, des préparatifs ultimes pour sa fête de 100 ans. S'il existe un au-delà comme celui qu'on nous a toujours annoncé, j'ai la certitude qu'un méchant party s'y prépare avec la parenté... et sa grande amie Sainte Anne en invitée d'honneur...



mercredi 10 juillet 2024

J’ai honte…

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Ce matin, j’ai honte de ma ville…

Tout le monde sait que la situation du français à Gatineau se dégrade depuis longtemps mais le sujet frôle le tabou dans l’arène publique… Durant la récente campagne à la mairie, l’anglicisation rapide de la 4e ville du Québec n’est jamais devenue un enjeu. Aucun candidat n’aurait osé…

J’espérais cependant qu’avec l’élection de la candidate d’Action Gatineau, Maude Marquis-Bissonnette, notre langue nationale et officielle soit mieux protégée contre ce déclin qui s’accélère sur les rives de l’Outaouais. Je suis, pour le moment, amèrement déçu.

Ce 9 juillet, ma ville a dévoilé une nouvelle identité marquée par le saccage du français!

On a d’abord effacé les mots français « Ville de » du logo pour ne retenir que le mot Gatineau en lettres majuscules. On aura beau invoquer toutes les justifications de marketing, le geste est plus que symbolique.

Mais, pire encore, le titre du communiqué de la ville: « ON PASSE AU BOLD »… Après avoir rayé les deux mots français du logo, on se présente avec un mot anglais en caractère GRAS (pour faire un jeu de mots que seuls les anglophones et les bilingues comprendront).

Aux 80 000 unilingues français de Gatineau, on dit bienvenue à la nouvelle « reality »…

Employer « À L’AUDACE » à la place de BOLD aurait sans doute été trop audacieux et trop français pour nos banlieusards d’Ottawa City…

Ils semblent se trouver bien « smattes » à l’hôtel de ville depuis hier.

Moi, j’ai honte…

Peut-être quelques autres voix s’élèveront-elles pour ériger quelques barricades à la défense de ce qui reste du caractère français de notre ville…

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Lien au communiqué de Gatineau -https://www.gatineau.ca/portail/default.aspx?p=nouvelles_annonces/communiques/communique_2015&id=-215659688 

Lien au texte sur le site Web Le Droit - https://www.ledroit.com/actualites/actualites-locales/gatineau/2024/07/09/sans-pretention-gatineau-fait-reagir-avec-son-bold-et-un-nouveau-logo-MNIXGC5LX5DBRCI4XGPRTBCJZU/



dimanche 7 juillet 2024

Un mois et demi après le vandalisme, toujours pas de plainte officielle...

L'oeuvre de vandales ignorants...

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Le 23 mai 2024, en pleine vue du campement pro-palestinien à l'Université d'Ottawa, des individus se disant défenseurs des droits des Palestiniens et des Autochtones d'ici (voir note * en bas de page) ont aspergé de peinture rouge la statue du bâtisseur le plus connu de l'université, le père oblat Joseph-Henri Tabaret. Cette statue érigée en 1889 est plantée devant la fenêtre du bureau du recteur Jacques Frémont, au 2e étage du pavillon qui porte aussi le nom Tabaret.

Nous voilà rendus au 7 juillet 2024, 45 jours plus tard, et personne n'a levé le petit doigt pour effacer les traces de cet acte de vandalisme. Le recteur Frémont, qui avait déjà fait preuve de pusillanimité lors des attaques contre la professeure Lieutenant-Duval en 2020, a tous les jours devant ses yeux la statue saccagée d'un fondateur de l'université dont il a la charge, et ne fait rien pour réparer cette indignité. Selon les rapports médiatiques, la police d'Ottawa n'enquête pas pour retrouver les auteurs du crime parce que l'Université n'a même pas porté plainte!

J'ai beau être sympathique aux protestations contre le génocide des Palestiniens de Gaza et avoir peu d'estime pour les idées défendues au 19e siècle par le père Tabaret, je ne comprends pas comment on puisse accepter la confiscation du parterre central de l'Université par un groupe d'étudiants (sont-ce tous des étudiants de l'U. d'Ottawa?) en partie voilés pour cacher leur identité, perçus comme intimidants par plusieurs, et tolérant dans leurs rangs certains auteurs du salissage de la statue. Des étudiants qui, d'autre part, présentent tous leurs textes et slogans en anglais seulement dans une institution où le français est censé avoir un statut d'égalité...

Non mais au nom de quel principe ces étudiants masqués, dans leur désir de défendre la juste cause du peuple palestinien (pas du Hamas), peuvent-ils s'arroger le droit d'accaparer une parcelle du territoire de l'UO et d'en exclure le reste de la population universitaire, d'assister en complices à des actes de vandalisme perpétrés contre leur alma mater, et d'exiger des représailles contre les seuls agresseurs israéliens alors que les dirigeants du Hamas se sont ouvertement associés au meurtre et au terrorisme? Au nom de quel principe ces futurs dirigeants de notre petite planète peuvent-ils juger de façon si hautaine et dogmatique un passé sans défense et les complexités du temps présent? L'enfer continue d'être pavé de bonnes intentions.

Le pire dans cette affaire, c'est qu'ils ont l'appui officiel et sans nuance de plus des 225 membres du corps professoral, de libraires et membres du personnel des universités d'Ottawa, Saint-Paul et Carleton (toutes situées dans la capitale fédérale). Ces derniers, en immense majorité anglophones, invoquant leur solidarité avec les dizaines de milliers de victimes des armées de Netanyahu, exercent ainsi des pressions, sans doute efficaces, sur l'administration universitaire et particulièrement sur le faiblot recteur Frémont qui doit suer en affrontant à la fois des étudiants, ds profs, des membres du personnel et les médias. Si le passé est garant de l'avenir (souhaitons que non), il restera terré dans son bureau, le regard figé sur la statue défigurée du père Tabaret.

À certains moments, le message des profs et alliés déborde vers un lyrisme plutôt tragique. À les entendre, on croirait presque qu'«iels» (ouais, iels, c.-à-d. les étudiants) suivent des cours dans leurs tentes et sous leurs pancartes devant la statue vandalisée. «Au campement, écrivent-ils, nous voyons des étudiant.e.s s'initier au changement social et à la protestation, s'intéresser à l'histoire des mouvements sociaux, créer de l'art, débattre de stratégies et mettre en place des structures de gouvernance pour assurer la sécurité et le soin des étudiant.e.s.» Un peu plus et ils feront de l'expérience du campement un cours crédité en vue de leur diplôme universitaire.

Enfin, aux plutôt rares professeurs francophones qui ont signé la lettre d'appui au campement pro-palestinien, j'espère que vous êtes fiers de voir vos noms côtoyer celui du professeur Amir Attaran, dont la francophobie quasi raciste est devenue légendaire... Ce campement, unilingue anglais, projette lui aussi l'image d'une université anglaise. Une image qui semble de plus en plus normale sur ce campus jadis à majorité francophone...

Quelques notes en terminant. Les jeunes campeurs, qui disent militer pour la libération de la Palestine et qui ont aussi qualifié de liberated zone (en anglais bien sûr) leur campement devant les grandes colonnes (vandalisées aussi) du pavillon Tabaret, se moquent de toute évidence de la libération des femmes de Gaza sous la férule du Hamas. Pas un mot, pas une déclaration, pas un communiqué sur le droit des femmes de s'affranchir du voile de l'infériorité, imposé par les obscurantistes islamistes.

À ce sujet, d'ailleurs, il est opportun de noter que Radio-Canada, dans un de ses élans multiculturels les plus inopportuns, a délégué une journaliste voilée pour la rédaction d'un article sur le campement pro-palestinien (voir note ** en bas de page). Il y a fort à parier qu'un journaliste portant kippa et l'étoile de David aurait été affecté ailleurs. Le simple fait que la société d'État accrédite dans ses pratiques d'emploi l'inégalité de la femme et le droit de porter des signes religieux en devoir entache sa crédibilité.

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* - voir https://www.instagram.com/insafuottawa/?hl=fr sur Instagram.

** - voir https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2073130/liste-investissement-campement-propalestinien-uottawa?depuisRecherche=true 


dimanche 30 juin 2024

Quand la voiture vous parle...

Instruments de bord de notre Toyota cross hybride XSE


Tableau de bord de notre Mazda 6 «Tech» 2014

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L'autre jour, en traversant le pont des Chaudières qui relie le vieux Hull (Gatineau) au quartier des Plaines Lebreton d'Ottawa, notre nouvelle voiture a parlé. «Bienvenue en Ontario», a déclaré une voix féminine. En revenant, devant le panorama des chutes Chaudières, la même voix a récidivé: «Bienvenue au Québec.» J'ai sursauté.

Dans ma vieille Mazda 6 modèle 2014, il arrivait à l'auto de parler, mais seulement quand on l'interrogeait. En pressant le bouton au volant avec une image de téléphone, Mme Mazda (encore une voix de femme) nous demandait si on voulait composer, recomposer, chercher un numéro... des trucs du genre.

Mais jamais elle n'aurait demandé, de son propre chef, si on avait le goût de téléphoner ou d'expédier un message texte... Et en traversant la rivière des Outaouais, elle se contentait sagement d'observer en silence cette ligne invisible qui sépare le Québec de l'Ontario...

Au début de juin, Ginette et moi avons troqué (façon de parler...) notre vieille Mazda 6 achetée au printemps 2013 contre une Toyota Cross hybride 2024 pas branchable, commandée en septembre. C'est notre premier utilitaire à vie, et du même coup l'occasion de voir (et d'entendre) certains des progrès technologiques réalisés par l'industrie automobile au cours des dix dernières années.

Remarquez bien. Nous avions acheté en 2013 le modèle «Tech» avec la toute nouvelle technologie SkyActiv de Mazda. À la fine pointe pour l'époque. Radar anticollision, phares brillants automatiques la nuit, avertisseurs lumineux des véhicules dans l'angle mort, caméra de recul, radio satellite intégrée, toit ouvrant et panoplie de gadgets demeurés dans l'ombre faute d'avoir lu le manuel du propriétaire.

Mais 240 000 km et onze ans plus tard, rouille aidant, il fallait penser à remplacer cette fidèle monture toujours vaillante. Refusant d'attendre un an ou deux pour une électrique ou une hybride branchable, le tour des concessionnaires nous a convaincus d'opter pour ce bel utilitaire hybride plus-traditionnel-sans-subvention de Toyota avec quasiment toutes les options disponibles. «Tout équipé», comme y disent...

Cela me prendra sans doute des mois à maîtriser les passages les plus utiles du manuel du conducteur, mais dès le départ, au premier coup d'oeil, le changement d'époque entre 2013 et 2024 se manifeste avec la disparition du cadran traditionnel de vitesse au tableau de bord, où l'aiguille indiquait auparavant les km/heure (et aussi les milles à l'heure!). Tout est maintenant métrique et sur écran. Il manque aussi la fente qui acceptait les disques compacts de musique. Les lecteurs de CD ont rejoint les cassettes et les huit-pistes... Et c'est bien dommage...

L'écran 2024 des instruments de bord s'avère beaucoup plus complexe. La vitesse apparaît en chiffres géants au beau milieu de grappes d'information qu'un conducteur ne doit surtout pas essayer de lire quand le véhicule file sur la route. Sous l'indicateur de vitesse, un arc montre la consommation d'énergie, d'économie à puissance, ainsi que la recharge de la batterie électrique à chaque freinage. Je ne comprends pas tout de cet agrégat de données, mais j'ai une bonne idée du sens.

Les caractères des autres luminaires - température extérieure, autonomie, moteur électrique en marche, etc. - sont plutôt petits. Ce qui fascine le plus, c'est l'information additionnelle s'affichant comme par miracle à cet écran : limite de vitesse de la route (blanc quand on la respecte, rouge quand on la dépasse) avec changements à la seconde près, panneau d'arrivée en zone scolaire, l'image «Cédez» à l'entrée d'un rond-point, le panneau «Arrêt» s'illuminant au bon moment et ainsi de suite. Si vous tentez de suivre tout ça en conduisant, je vous garantis un accident même si la voiture fait tout son possible pour vous garder sur la route ou empêcher une collision.

Cela m'intriguait de savoir comment la voiture pouvait lire à distance les panneaux routiers et m'en informer sur écran... Vite le manuel de l'utilisateur et j'apprends qu'une caméra (plus d'une?) à l'avant scrute le paysage pour ce genre de truc et les reconnaît... Une application intéressante mais dangereuse dans la mesure où elle capte l'oeil du conducteur et le distrait... Et potentiellement encore plus néfaste si on lui apprend un jour à identifier les McDo, les Tim, Wendy's, A&W et autres du genre... Des pubs sur écran en voiture, pensez-y...

L'écran multimédia de la console (entre le conducteur et le passager) recèle lui aussi plein de mystères que je n'ai pas percés. Tout au plus ai-je appris à utiliser la radio satellite et FM, et encore... Comme dans ma Mazda 6 2014, on peut connecter l'auto à un cellulaire mais s'y ajoute l'option d'utiliser le wi-fi du téléphone pour se brancher sur Internet. Mais faut faire attention. Cette connexion peut s'avérer contre-indiquée pour les personnes qui ont des appareils électroniques genre défibrillateur, synchroniseur cardiaque ou pacemaker. Les ondes peuvent en perturber le bon fonctionnement. Alors, pas question dans notre véhicule...

Autres gadgets nouveaux pour moi... le volant chauffant et même des essuie-glace chauffants. L'effet de ces derniers m'intrigue. J'ai presque hâte à l'hiver pour les voir en action. Mais tout n'est pas sous le signe de l'amélioration. Ma vieille Mazda 2014 avait une mémoire de sièges (bouton 1 pour Ginette, bouton 2 pour Pierre), ce que la Toyota Cross 2024 n'a pas. J'ai aussi troqué le vrai cuir 2014 pour un faux cuir 2024. Et c'est sans parler du système audio. Je m'ennuie des 11 haut-parleurs Bose dans la Mazda 2014. Je n'ai pas vu le nom Bose (je crois que c'est JBL) dans la Toyota et, peut-être est-ce question d'ajustements, le son manque de basse et semble concentré au centre, à l'avant, alors que ça venait de partout dans la Mazda.

Tout compte fait, suspension supérieure aidant, je demeure fort heureux de notre nouvelle Toyota Cross hybride modèle XSE. Question de temps, je finirai par comprendre les astuces requises pour régler les petits pépins. Une chose me semble toujours mystérieuse: le «Bienvenue en Ontario» et le «Bienvenue au Québec». Aucun panneau routier n'indique la frontière Ontario-Québec au pont des Chaudières. Ce n'est donc pas l'oeuvre de la caméra. Aucun drone ne suit le véhicule et personne n'est caché sous le capot. Avec les deux moteurs (essence, électrique) y'a pas d'espace. Je finirai bien par trouver...


Indicateur de vitesse de la Mazda 2014

mercredi 26 juin 2024

La disparition de six quotidiens québécois... Où sont les barricades?


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Ce 19 juin 2024, j'ai lu un reportage sur la difficulté de trouver des camps d'été en français dans la capitale fédérale, Ottawa. Pour les Ottaviens de langue française, ainsi que pour leurs voisins d'en face, à Gatineau, il s'agit d'une nouvelle d'intérêt régional opportune à la fin de l'année scolaire.

Ce qui étonne, cependant, c'est que j'aie lu cet article dans les pages de l'édition papier du quotidien montréalais Le Devoir, qui a aussi publié au cours des derniers mois des textes sur la situation du français dans les villes ontariennes de Cornwall et Timmins. Normalement, pour ce genre d'information, j'aurais jadis consulté mon ancien quotidien-devenu-site-Web, Le Droit.

Mais ça ne va pas, au Droit. Comme dans les cinq autres ex-quotidiens québécois des Coops de l'information (autrefois de Groupe Capitales Médias, successeur de Power-Gesca), désormais fusionnés sous un seul parapluie coopératif ayant siège à Québec. Leurs éditions papier amaigries sont mortes le 24 mars 2020. Les éditions quotidiennes numériques ont rendu l'âme le 18 avril 2023. Chacun n'a désormais qu'un site Web, mis à jour en temps réel par des effectifs depuis longtemps insuffisants.

Les journalistes de la région Gatineau-Ottawa, de Québec, Saguenay, Trois-Rivières, Sherbrooke et Granby qui ont survécu au carnage de la dernière décennie se défoncent au travail dans un milieu où l'heure de tombée est devenue pour toujours le moment présent, ou presque. Le concept même d'un journal quotidien y est disparu, remplacé par l'urgence immédiate et permanente. Bien sûr le contenu en souffre.

Si on retourne aux années 1980, la dernière décennie avant l'apparition de l'Internet, avec une salle de rédaction bien pourvue on pouvait facilement lire une vingtaine de textes ou plus d'actualité locale ou régionale dans chaque édition quotidienne du Droit, et je n'inclus pas les articles des journalistes aux arts ou aux sports. Ces jours-ci, en juin 2024, j'en compte le plus souvent moins de dix par jour sur la page Web du Droit... J'ai peine à croire que la même évolution n'ait pas été constatée dans les autres ex-quotidiens des Coops de l'information.

Ce qui me frustre le plus, c'est le déni dans lequel vivent les regroupements de journalistes et les bonzes qui en sont les porte-paroles. Je ne reçois plus mon Droit papier à la porte depuis quatre ans. L'édition quotidienne tout numérique s'est volatilisée. L'entreprise coopérative locale n'existe plus. Je dois naviguer un babillard Web peu convivial et lire dans Le Devoir des articles financés par le gouvernement fédéral (avec un petit drapeau du Canada à la fin) sur des sujets qui étaient jadis le pain quotidien du Droit. Or ce drame, qui ne touche pas que ma région, n'a pas ou peu d'échos au sein du journalisme québécois.

Le président de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ), Éric-Pierre Champagne, a comparu devant le comité fédéral du Patrimoine canadien en février 2024 sans évoquer une seule fois la disparition de six des dix quotidiens du Québec en 2023! Tout au plus se limite-t-il a mentionner une baisse de 23% des effectifs journalistiques au Canada entre 2010 et 2020 (baisse qui s'accentue depuis 2020) et les lamentations sur le sempiternel «modèle d'affaires» des médias, qu'on dit brisé par les géants du Web. C'est un peu, beaucoup, excessivement, simple!

Récemment, au début de mai 2024, le directeur général du Festival international de journalisme de Carleton-sur-mer, Bertin Leblanc, chantait dans Le Devoir* les louanges d'un journalisme québécois «plus vivant que jamais», d'une industrie qui s'était organisée «pour sauver ses quotidiens» (???), soulignant au passage «l'agilité des Coops de l'information». Non mais dans quel monde vivent ces gens? Comment peut-on, dans le même texte, insister sur la fermeture de 130 journaux aux États-Unis en 2022 et oublier la suppression de six des dix quotidiens québécois l'année suivante?

J'exprime publiquement mon appréhension face à l'évolution des journaux quotidiens du Québec depuis plus de 40 ans. Au cours des dix dernières années, mes pires craintes se sont réalisées. La situation actuelle avoisine la catastrophe. Où sont les barricades?

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* Lien au texte du Devoir - https://www.ledevoir.com/opinion/idees/811952/idees-vigueur-singuliere-journalisme-quebecois

dimanche 23 juin 2024

Greenstone, le 24 juin, et l'indépendance...

Au-delà des célébrations de la Fête nationale, les Québécois auraient avantage à s'intéresser à ce qui se passe ce 24 juin à la réunion du conseil municipal de Greenstone, dans le nord de l'Ontario, où les élus à majorité anglophone décideront du sort du drapeau franco-ontarien, récemment exclu des mats municipaux devant l'hôtel de ville.

Alors que le Québec amorce peut-être une troisième et ultime campagne référendaire sur l'indépendance, la situation des Franco-Ontariens de Greenstone évoque bien le sort éventuel des Québécois francophones s'ils décident de conserver leur statut minoritaire dans la fédération canadienne, ou pire, si un jour la langue française finit par perdre sa position majoritaire au Québec même.

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Quelques faits pour situer tout le monde:

* Greenstone est à mi-chemin entre la municipalité francophone de Hearst et la ville de Thunder Bay, sur le lac Supérieur.

* Population, un peu plus de 4200, avec deux principaux villages, Longlac (31% de langue maternelle française) et Geraldton (18% langue maternelle française).

* Les Franco-Ontariens ont déjà été majoritaires jadis dans cette région, et l'étaient toujours à Longlac il y a 20 ans.

* Le drapeau franco-ontarien flottait sur l'un des trois mats, devant l'hôtel de ville de Greenstone, (sous le drapeau municipal, sur le même mat) depuis une dizaine d'années.

* Le 12 février 2024, le conseil municipal a décidé de retirer le drapeau vert et blanc des Franco-Ontariens du mat municipal pour lui accorder tout au plus une présence lors d'occasions spéciales, 4 ou 5 fois par année. Voir mon texte de blogue du 19 février à ce lien:  https://lettresdufront1.blogspot.com/2024/02/greenstone-remet-les-franco-ontariens.html

* Depuis ce temps des citoyens et quelques organisations francophones demandent de hisser de nouveau le drapeau franco-ontarien en permanence, et ont entrepris récemment une campagne de lettres (en anglais).

* Le conseil de Greenstone a convenu d'un vote de reconsidération qui a lieu, ironiquement, le jour de la Saint-Jean-Baptiste (24 juin), et demandé à l'administration municipale un rapport ainsi que des recommandations.

* Ce rapport propose de ne pas modifier la décision du 12 février. S'il est entériné, les militants franco-ontariens rentreront bredouilles. ayant de nouveau appris qu'une minorité n'a aucun pouvoir décisionnel.

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Peu importe ce qui se décide autour de la table du conseil de Greenstone ce 24 juin, ce qui s'est passé depuis février 2024 constitue un cours d'éducation politique pour l'ensemble des Québécois francophones, qui confient depuis 1867 une portion importante de leur présent et de leur avenir à la majorité anglo-canadienne détenant les rênes du Parlement fédéral.

Ici (et ailleurs), les anglos, forts de leur majorité, ont TOUS les droits décisionnels. Les francos, minoritaires, sont condamnés à subir, à protester, à quêter, à supplier, à colérer. Sans jamais pouvoir décider. En permanence! René Lévesque a sans doute ressenti ça assez vivement au lendemain de la nuit des longs couteaux en 1981...

Pour que leur drapeau flotte devant l'hôtel de ville, les Franco-Ontariens doivent demander poliment la permission. On leur avait accordé cette faveur pendant dix ans. Maintenant la récréation est finie. Le conseil municipal anglo a décidé de retirer le drapeau vert et blanc. Une décision banale, sans importance pour des gens qui voient les francophones minoritaires comme un groupe parmi tant d'autres. Une composante du multiculturalisme Canadian.

Face à cette décision qu'on a prise presque à leur insu, des Franco-Ontariens du Nord et leurs organisations ont protesté. C'est tout ce qu'is peuvent faire, n'ayant aucun droit de décider. L'affaire a fait un peu de bruit dans les médias de langue française, même au Québec, mais n'a suscité aucun intérêt au Canada anglais. L'impuissance des francophones et les petits mépris qu'on leur fait subir n’intéressent pas les anglos. La plupart manifestent de l'indifférence. Plusieurs s'en réjouissent.

La campagne de lettres de protestation (voir lien en bas de page), appuyée par le président de l'Assemblée de la francophonie de l'Ontario, Fabien Hébert, ce même président qui avait volé à la rescousse du député Francis Drouin lors de l'affaire des «pleins de marde», ne semble pas avoir donné les résultats escomptés. Le site Web de Greenstone fait état d'une trentaine de lettres manuscrites reçues (toutes en anglais, toutes similaires) mais ne dit rien des courriels, sans doute plus nombreux.

Mais ces lettres très respectueuses, on voit très vite qu'elles proviennent d'un groupe sans pouvoir. Les politiciens anglos comprennent les rapports de force et ce n'est pas en faisant valoir le statut officiel de la langue française dans «notre beau pays» qu'on arrivera à infléchir la volonté de gens qui n'entendent rien à l'histoire des Franco-Ontariens et de la francophonie canadienne. 

Lire le rapport de l'administration, c'est plonger dans un univers où la réalité nationale québécoise et canadienne-française reste tout à fait absente. Quand le mot national est employé, on ne parle que du Canada (le drapeau «national») ou des Nations autochtones vivant sur le territoire de Greenstone. Les Franco-Ontariens constituent une collectivité parmi d'autres sans caractère national. Et le pire, c'est que les lettres des francophones ne l'affirment pas non plus.

Au fond, pour l'administration municipale, l'affaire du drapeau franco-ontarien devient une question d'argent. Dans un contexte où la municipalité est confrontée à des déficits budgétaires, veut-on vraiment dépenser des sous pour hisser le drapeau vert et blanc des Franco-Ontariens devant l'hôtel de ville? Et la réponse proposée est «NON»! Plus méprisant que ça...

Si la recommandation est adoptée, les Franco-Ontariens n'ont qu'à encaisser. Leur rapport en est un de sujétion à une majorité qui ne les comprend pas, qui ne les apprécie pas et qui, devant des protestations, peut devenir hostile. C'est ça la démocratie. 50% plus un égale 100%. 50% moins un égale zéro. Et imaginez: il ne s'agit ici que de la présence d'un drapeau à un mat municipal. C'est pire quand on a affaire à des enjeux plus corsés et à des budgets substantiels.

Les Québécois ont avantage à tirer les enseignements qui s'imposent. À Ottawa, 75% d'anglos égale 100% du pouvoir décisionnel. 25% de Québécois égale zéro pouvoir décisionnel.

Les Franco-Ontariens de Greenstone méritent mieux que le mépris, ou l'empathie, d'un conseil municipal anglo-majoritaire. Mais il n'y a rien qu'ils puissent faire pour obtenir un droit de gouvernance accru.

Les Québécois francophones conservent pour le moment une majorité numérique suffisante pour leur permettre de prendre la décision de ne plus devenir des Franco-Ontariens de Greenstone à chaque fois qu'ils vont quémander à Ottawa ou à la Cour suprême.

En ce 24 juin 2024, que notre solidarité envers les Franco-Ontariens de Greenstone se transforme en volonté de faire du Québec un pays où le droit de décider nous appartiendra. Pour de bon!

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Lien à la campagne de lettres des organismes franco-ontariens - https://monassemblee.ca/au-coeur-de-la-communaute/soutenons-ensemble-notre-drapeau-franco-ontarien-a-greenstone-2


mercredi 19 juin 2024

Du mépris? Oui, du mépris!

Capture d'écran du Journal de Montréal

On a beau se l'faire mettre en pleine face à tous les jours, rien ne change... et notre langue continue de se faire humilier dans les institutions de la majorité anglo-canadienne (aussi appelées fédérales). Cette fois c'est au tour de Postes Canada de prendre la relève du PDG d'Air Canada, Michael Rousseau, et de nous brandir l'inutilité du français au Québec...

Le Journal de Montréal révélait cette semaine que le service postal du Canada recrute des facteurs et agents de livraison dans des localités comme Beloeil et Saint-Rémi, au Québec, à des endroits où plus de la moitié de la population demeure unilingue française. Or, au chapitre des exigences linguistiques des emplois, on peut lire «Anglais ou français essentiel (l'un ou l'autre)».

La porte québécoise de la poste fédérale est donc ouverte à des unilingues anglais alors que les portes hors-Québec de Canada Post sont barrées pour les unilingues français... Les gens sursautent quand on appelle ça du mépris... C'est tout au moins de la négligence, doublée d'une indifférence envers les droits linguistiques des francophones. Et puis non. Tout compte fait, c'est du mépris!

Et semble-t-il, selon des témoignages, que le service postal fédéral en embauche, des anglos unilingues au coeur du Québec français. À preuve, cette capture d'écran du Journal de Montréal :

La justification offerte par les «smattes» de Postes Canada n'est rien de moins que lamentable. Le genre d'excuse qui doit sortir direct du cerveau d'un cadre supérieur de langue anglaise habitué à côtoyer des francophones bilingues soumis, et que des porte-parole québécois sont obligés de relayer aux médias. Je vous la présente en capture d'écran, provenant du même texte publié dans le Journal de Montréal:

Rarement aura-t-on vu un panier d'excuses aussi troué. Bien sûr leur tâche première est de livrer le courrier, mais allez-vous nous faire croire qu'ils ne rencontrent jamais de résidents dans leurs tournées, qu'ils ne s'arrêtent jamais pour demander une information, ou pour prendre un café ou un repas dans un Tim, McDo ou genre? Quelle impression l'unilinguisme anglais de Postes Canada laissera-t-elle sur le public de ces endroits?

Par ailleurs, la justification de Postes Canada ne tient pas du tout compte de l'environnement de travail, censé être français au Québec en vertu des lois québécoises et même en vertu des principes inscrits dans la nouvelle mouture de la Loi fédérale sur les langues officielles. Ces employés unilingues anglais doivent bien, de temps en temps, rencontrer des collègues de travail, des superviseurs, lire des instructions sur le courrier à livrer, remplir des formulaires, recevoir des communications écrites. Cela doit se faire en anglais, au Québec?

Si encore nous n'étions pas systématiquement soumis au régime du deux poids, deux mesures, on pourrait se consoler à l'idée de facteurs ou d'agents de livraison unilingues français patrouillant des villes ou villages anglais de l'Ontario ou du Manitoba. Ben voyons... J'ai vérifié les emplois disponibles (du même genre) un peu partout au Canada et la règle n'est pas la même qu'au Québec. Seul l'anglais est essentiel!

Un exemple facile, avec deux localités pas très éloignées l'une de l'autre, l'une au Québec, l'autre en Ontario. Dans la région de Salaberry-de-Valleyfield, à toutes fins utiles unilingue française, dans les exigences linguistiques, on accepte le français ou l'anglais (l'un ou l'autre). Pas très loin, à Cornwall, Ontario, qui compte pourtant une proportion appréciable de francophones, seul l'anglais est essentiel. Dehors les unilingues français! À Welland pareil (Sud ontarien) même si, là aussi, on retrouve une collectivité francophone importante depuis plus de 100 ans...

On fait rire de nous... Et faudrait surtout pas aller s'en plaindre devant le comité de la Chambre des communes sur les langues officielles... On pourrait se faire traiter de «pleins de marde»... par un député francophone...


dimanche 16 juin 2024

Trois boîtes de livres...

«Les commerces et les gens ne sont que de passageLe quartier, lui, traverse les âgesConservant dans ses cours, ses maisons et ses ruesL'âme de tous ceux qui y ont vécu.»
                Rue des souvenirs, Cowboys fringants
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La semaine dernière, mon épouse Ginette et moi sommes allés à la
succursale Guy-Sanche de la Bibliothèque municipale de Gatineau. Pas pour emprunter des livres. Pour en donner. Trois boîtes pleines de volumes qui, jusqu'à récemment, ornaient les tablettes d'une des huit magnifiques bibliothèques en merisier fabriquées sur mesure pour les espaces disponibles dans notre maison.

Pas de quoi faire un plat, direz-vous. Et pourtant, le geste revêt une importance plus que symbolique. Pour moi en tout cas... Après avoir vécu 36 ans, d'abord avec nos trois filles, puis seuls, dans cette maison à paliers que nous avons fait bâtir en 1988, le compte à rebours a débuté. Le bail est signé et le 1er juillet 2026, nous retournerons vivre en appartement pour la première fois depuis 1980.

Ces boîtes contenant une centaine de livres marquent le début officiel de deux années de désassemblage d'un chez-soi que nous tenions un peu trop pour acquis. Nos enfants ont grandi ici. Ils ont fait leur nid ailleurs depuis longtemps. Nous avons vieilli ici, et arrivons à l'âge où l'entretien de terrain et maison prend des allures de défi quotidien. Et nous ne sommes pas seuls. On voit le quartier se renouveler avec le départ graduel des têtes blanches... de notre génération. Les cris d'enfants se font de nouveau entendre dans la rue.

Dorénavant, nos yeux ne verront plus de la même façon. Le vaisselier semble avoir grossi au regard d'un futur logement plus exigu. Les fauteuils du sous-sol seront de trop dans un appartement au 6e étage. Deux lits devront se trouver un nouveau foyer. Et ainsi de suite. De pièce en pièce, la constatation qu'en perdant plus de la moitié de l'espace actuel, plus de la moitié des biens accumulés au fil des ans ne nous suivront pas à l'été 2026. Et qu'il serait impensable d'attendre aux derniers mois pour s'en défaire...

Mais l'obligation d'entreprendre un tri dans nos possessions ne rend pas l'exercice plus facile. Pour moi surtout. Les trois boîtes pour la Bibliothèque de Gatineau, c'est Ginette qui les a remplies. Ce sont, pour la plupart, ses livres. Les miens, c'est autre chose. Mon attachement à l'imprimé a toujours été viscéral. Une grande partie de ma vie - étudiante, journalistique, politique, sociale, philosophique - s'étale sur mes étagères de merisier. J'y conserve des trésors de mon passé, les outils du présent et beaucoup d'espoir pour l'avenir. Un ultime bouclier contre l'avilissement des excès d'écran...

Et que dire de ma précieuse collection de 33 et 45 tours, également en péril. Ma table tournante Pioneer, vieille de plus de 40 ans, et ses hauts-parleurs en bois de près d'un mètre de hauteur prennent beaucoup de place, mais moins que ma collection de 1500 disques vinyle, témoins d'une passion musicale de sept décennies. Non seulement les rangs d'albums décorent-ils bien une pièce, mais dès que l'aiguille glisse sur leurs sillons, des sonorités d'un temps perdu jaillissent avec toute l'imperfection et la richesse du vinyle. Devrai-je tous les réécouter une fois de plus, au cas où...

Pour le moment, le sort des écrits et de la musique accumulés depuis les années 1960 retient le plus mon attention. Cela changera sans doute au cours des 24 mois qui nous restent à préparer le départ de la maison familiale. Telle pièce, tel objet ou tel meuble, objets de discussion pour un moment, se révéleront tels qu'ils sont, des éléments d'un tout bien plus essentiel: ce chez-soi tout entier que nous habitons, auquel notre petite famille a légué une âme, si telle chose qu'une âme existe pour une structure de béton, de bois, de briques, de vinyle et d'aluminium ayant offert un toit à l'amour éternel d'un couple et de ses trois filles.

À suivre...