mardi 30 juin 2020

Des yeux au beurre noir et des égratignures..

Encore une fin de mois avec des yeux au beurre noir, des ecchymoses et des égratignures infligés par certains de nos Canadian «Friends»...

Ce mardi 30 juin, on a appris (bit.ly/3ieL12y) que le chef du NPD, Jagmeet Singh, n'aura pas à s'excuser d'avoir traité de raciste le député bloquiste Alain Therrien et tous ceux et celles qui, comme lui, s'opposent à une motion néo-démocrate dénonçant le «racisme systémique» à la Gendarmerie royale...

Une décision typique, conforme aux us et coutumes du Canada anglais... La saison de chasse aux Québécois francophones qui n'adhèrent pas aux dogmes de sa rectitude politique multiculturaliste est toujours ouverte... Avoir lancé une gifle de nature semblable à M. Singh, le député Therrien - il y a fort à parier - ne serait pas de retour en Chambre...

Le chef du NPD a clairement tenu des propos haineux à l'endroit du député du député du Bloc québécois et, ce faisant, déclenché un torrent de messages tout aussi haineux et anti-québécois de partout au Canada dans les médias sociaux.

La confusion créée par le galvaudage de l'expression «racisme systémique» est telle qu'il y a nettement matière à débat, et qu'il est parfaitement possible pour un militant anti-raciste d'exprimer des réserves à l'endroit du libellé de la motion de M. Singh. Mais quand il s'agit du Québec, les Anglo-Canadiens font rarement dans la dentelle...

Tuer Sikhs, Juifs et Musulmans???

Les propos du chef du NPD fédéral ont beau être injurieux, ils ne vont pas à la cheville des insanités colportées par le coordonnateur de la campagne d'opposition à la Loi 21 sur la laïcité de l'État québécois, et qu'un site Web dédié au «journalisme d'intérêt public» (ricochet.media) a publié sans même cligner de l'oeil, ce 25 juin 2020 (bit.ly/31xneVQ).

Sa diatribe est si violente et haineuse qu'elle devrait mériter à son auteur une enquête en vertu du Code criminel. Une lecture de ces paragraphes devrait suffire: «Muslims, Jews, and Sikhs are not now being killed by police on the streets of Quebec, but history indicates that Bill 21 — by making them second-class citizens — could lead to that in the not too distant future. Indeed, the stakes are unbearably high: If we succeed in our fight against Bill 21, we will save lives that might otherwise be lost to racism decades from now, in 2050 or 2070. If we falter or give in now, we will be responsible for those future deaths.»

Je traduis pour la forme: «Les policiers ne tuent pas présentement des Musulmans, des Juifs et des Sikhs dans les rues du Québec, mais l'histoire nous apprend que la Loi 21 - en faisant de ces gens des citoyens de deuxième classe - pourrait mener à cela dans un avenir pas trop lointain. En vérité, les enjeux sont intolérablement élevés: si nous sommes victorieux dans notre combat contre la Loi 21, nous aurons sauvé des vies qui, autrement, auraient succombé au racisme d'ici quelques décennies, en 2050 ou en 2070. Si nous fléchissons ou abandonnons maintenant, nous serons responsables de ces morts futures.»

Quiconque connaît l'histoire pacifique et tolérante du peuple québécois sait qu'un tel scénario frise le délire mais venant d'Ehab Lotayef, un des chefs de la campagne anti-Loi 21 et membre du conseil d'administration de l'Université McGill, plusieurs Anglo-Canadiens y verront parole d'évangile... Misère...

Entre-temps, au Nouveau-Brunswick...

Entre-temps, dans le monde rocambolesque de la francophonie hors Québec, on apprenait que deux individus avaient été acquittés parce qu'ils n'avaient pu être jugés en français... Non cela ne se passe pas à Saskatoon, Victoria ou Toronto mais au Nouveau-Brunswick, seule province officiellement bilingue du Canada (bit.ly/31jKBSu)... 


Le fait qu'ils n'aient pu obtenir un procès en français constitue déjà un accroc majeur aux droits de ces Acadiens, qu'ils soient innocents ou coupables. Mais il y a pire, le motif pour lequel les procédures judiciaires n'ont pu se dérouler en français au Tribunal des services financiers de la province. Il serait apparemment difficile d'y nommer des parlant français «en raison de la complexité de certains postes et des différents niveaux de compétence»...

Compte tenu que la grande majorité des Néo-Brunswickois bilingues sont de langue maternelle française (la majorité anglaise est à plus de 85% unilingue...), on peut supposer que le motif invoqué porte principalement atteinte aux compétences des francophones. Être Acadien, je serais insulté! Comme ancien Franco-Ontarien devenu Québécois, je suis insulté!

Cela n'est pas sans rappeler l'affaire Donald Gordon, ancien président du CN, qui avait déclaré en 1962 que les francophones n'avaient pas la compétence requise pour occuper le poste de vice-président du Canadien national (bit.ly/3g7Yszw)... Le brouhaha qui avait suivi avait provoqué la création de la Commission fédérale d'enquête sur le bilinguisme et le (regretté) biculturalisme...

La loi sur les langues officielles du Canada

À l'aube de la Fête du Canada, il n'est pas intitule de noter que c'est le jour de la St-Jean que Radio-Canada (bit.ly/31bode2) a diffusé la nouvelle nous apprenant que la plus récente promesse de moderniser la loi fédérale sur les langues officielles allait rejoindre les précédentes sur les tablettes déjà bien garnies de l'immense salle d'attente législative réservée aux enjeux de la francophonie... Une autre claque en pleine face...

Et enfin, en cette deuxième demie de juin, les francophones de la Colombie-Britannique, ayant eu le temps de peser les effets de leur plus récente victoire en Cour suprême dans leur combat pour obtenir une éducation en français de qualité équivalente à celle des anglophones, ont sans doute remarqué que la Cour suprême n'a fixé aucun délai réparatoire et qu'ils seront peut-être obligés de recommencer à passer de tribunal en tribunal pour faire appliquer le jugement... (bit.ly/38bpfZ6)

Et on a le culot de nous inviter à célébrer le 1er juillet...





Noir contre Blanc, ou le bien contre le mal?

Après avoir épluché la déclaration (voir photos en bas de page) de la journaliste de la CBC Wendy Mesley, disciplinée pour avoir prononcé le mot «nigger» dans deux réunions internes de production, les questions l'emportent sur les réponses, et les reportages que j'ai lus sur les plates-formes médiatiques jettent trop peu d'éclairage.

À première vue, l'affaire donne l'impression que Mme Mesley a été sacrifiée sur l'autel de la rectitude politique et expédiée promptement dans un camp de rééducation où, après un bon lavage de cerveau, elle a avoué sur la place publique ses soi-disant péchés et son ferme repentir.

Mais s'il y a une chose que j'ai bien apprise en plus de 40 années de journalisme, c'est d'éviter d'en arriver à des conclusions hâtives sans avoir en main les faits les plus pertinents, les pièces clés du casse-tête. Alors je pose en vrac les interrogations suivantes, que je crois importantes pour la compréhension des enjeux.

1. Que s'est-il vraiment passé à la réunion du début de juin 2020? Les déclarations de Mme Mesley et d'Imani Walker, la collège de race noire qui l'a apparemment dénoncée, ne permettent pas de savoir avec précision ce qui s'est dit autour de la table. Les interprétations ne suffisent pas ici.

2. Même question pour la réunion de septembre 2019 sur la Loi 21, où Mme Mesley a cité comme ouvrage de référence historique le livre Nègres blancs d'Amérique de Pierre Vallières (intitulé en anglais White Niggers of America). Peut-on en savoir plus?

2. Existait-t-il déjà à la CBC (et dans les autres médias) un climat de tension - ouvert ou larvé - entre le personnel de race blanche et celui de race noire et/ou d'autres races? Et si oui, pourquoi?

3. Les acteurs et actrices de cette confrontation s'entendent-ils au moins sur le sens des mots «racisme» et «systémique», ou comparent-ils (elles) des pommes et des oranges? Et en quoi citer le nom du livre de Vallières en anglais peut-il être jugé offensant pour les personnes de race noire, mais pas pour les Québécois francophones?

4. À la CBC, à qui a-t-on confié l'enquête sur les incidents impliquant Mme Mesley et comment a-t-on procédé pour établir les faits? Mme Mesley a-t-elle eu droit à un «procès» devant arbitre? CBC et Radio-Canada étant des sociétés d'État, il me semble que des comptes doivent être rendus aux citoyens qui en sont les véritables propriétaires.

5. Pourquoi les grandes fédérations professionnelles - canadienne et québécoise - de journalistes sont-elles restées muettes face à une situation qui touche au coeur du métier? Leur silence coupable les rend complices des injustices qui pourraient avoir été commises.

6. Pourquoi la CBC permet-elle à ses reporters et commentateurs d'associer au racisme la Loi 21 sur la laïcité de l'État québécois? C'est une fausseté, c'est insultant pour la majorité francophone du Québec, mais ça passe comme du beurre dans la poêle. Si Mme Mesley avait suggéré que les Québécois étaient trop souvent racistes, il n'y aurait eu aucune sanction...

7. La confession publique de Mme Mesley après sa «rééducation» a-t-elle été faite de plein gré ou imposée par la direction? Et sa collègue Imani Walker a-t-elle subi des pressions de son entourage pour ne pas faire de vagues avec cette histoire?

8. En vertu de quel principe peut-on édicter qu'un mot, si répugnant soit-il, puisse être rayé du vocabulaire (a word that should never be used, a déclaré Mme Mesley)? Faut-il proscrire un terme parce qu'il crée un inconfort chez ceux et celles qui l'ont historiquement subi comme injure?

9. Pourquoi a-t-on choisi le mot «niggers» à la place de «negroes» pour la traduction anglaise de Nègres blancs d'Amérique? À l'époque où ce livre a été publié, en 1968, le sens premier de «nègre» était une personne de race noire. Et les Noirs américains, même des militants, se définissaient encore souvent comme «Negroes». Alors pourquoi l'a-t-on traduit ainsi?

10. Quelle liberté restera-t-il si toutes les discussions journalistiques doivent constamment être soumises, à gauche et à droite, à l'imprimatur des polices de la rectitude politique? Entre gens des médias, quand on se sent insulté on le dit, on s'engueule, on finit ou pas par s'entendre, et on passe à autre chose. Seulement dans les cas très graves aura-t-on recours à un grief officiel ou portera-t-on le débat sur la place publique.

J'ai bien d'autres questions mais celles-là suffisent pour le moment.

Je termine avec une citation de 1964 de l'humoriste et activiste afro-américain Dick Gregory, peu après qu'il eut été arrêté, battu et emprisonné par des policiers blancs et racistes en Alabama. «Il ne s'agit pas d'une révolution des Noirs contre les Blancs, mais d'une révolution du bien contre le mal.»

Vues de cette façon, les situations paraissent plus claires.


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La déclaration du 25 juin de la journaliste Wendy Mesley






samedi 20 juin 2020

Bonne fête nationale !


En ce 24 juin, la nation se dira à nouveau «Bonne fête»!

La table est mise partout, et tous, toutes y sont bienvenus.

Notre hospitalité est légendaire...

Il y a plus de 400 ans, arrivant de France, nous étions accueillis par les peuples d'Amérique.

La liberté, le partage, les grands espaces font partie de l'héritage commun.

Notre présence - française et métissée - aura marqué à jamais les rives et les affluents du «fleuve géant».

Elle mérite d'être conservée, appréciée, enseignée.

Même conquis, nous avons su porter l'épée. Nous avons, surtout, porté la croix.

Pacifiques, rebelles à notre façon, nous avons jeté l'épée, puis remisé la croix.

Le coeur de la nation, s'éloignant de l'ancienne mère-patrie, restait français cependant...

Ces derniers siècles, d'autres ont pris place à notre table…

Des Européens, Africains, Antillais, Asiatiques, Américains…

Plusieurs ont voulu cheminer avec nous et sont maintenant chez eux, à notre table.

Notre aventure en Amérique est devenue la leur…

Ils ont compris ce que trop des nôtres semblent avoir oublié:

   - l'importance et l'attrait de notre petite nation encerclée… de son passé, son présent et son avenir...

   - l'actualité des valeurs de survivance, résistance, rébellion, liberté, laïcité, indépendance…

   - la beauté de la langue française, bien vivante dans notre riche répertoire musical et littéraire…

Ces anciens étrangers ont compris qu'ils étaient invités à notre table, pas nous à la leur.

Que les bras tendus en accueil étaient les nôtres…

Ils ont saisi ce que les «multiculturels» semblent incapables de saisir…

S'ouvrir collectivement à l'autre, c'est l'inviter à venir vers soi.

On ne fait pas preuve d'ouverture en souscrivant aux coutumes des autres, mais en conviant les autres à notre table…

Leur présence enrichira la nôtre et modifiera peu à peu la texture de la nation, sans en altérer le coeur et les valeurs.

Alors je leur lance cette intitation: venez casser la croute à la grande tablée de la Saint-Jean!

À la fin du repas et de la fête, si vous désirez toujours participer à notre aventure nationale, si vous choisissez de la faire vôtre, nous chanterons tous, toutes, sur un air connu:

«Ils sont des nôtres»…



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J''avais mis ce texte de blogue en ligne le 23 juin 2016, et je le trouve particulièrement opportun en 2020...

vendredi 19 juin 2020

Fêtons ce que nous sommes!


À chaque 24 juin, à cette Saint-Jean devenue aussi fête nationale du Québec, nous fêtons le vécu quadricentenaire des parlant français d'ici. Rien de moins. Rien de plus.

La langue et la culture française ont pris racine dans le grand bassin du Saint-Laurent au 17e siècle. Les colons de France sont devenus un peuple, une nation, métissant au fil des générations avec les Autochtones et les nouveaux-venus désireux de cheminer avec eux sur un territoire commun. Ces apports culturels d'ici et d'ailleurs font désormais partie d'un tissu national dont le fil conducteur demeure la langue française.

À la Saint-Jean, nous célébrons cette improbable et merveilleuse aventure de défrichage, de labeur, de peuplement, de découverte, de rébellion, de résistance, de solidarité, de croyances, d'entraide, de déception et de joie, d'échec et de réussite, de défaites et de victoires qui ont forgé notre nation.

À la fête nationale, cette épopée de plus de quatre siècles se conjugue au présent et au futur pour offrir en paroles et musique notre spécificité, notre originalité à la diversité culturelle mondiale.

Nous fêtons un trajet. Le nôtre! Ceux et celles qui s'acharnent à le dénaturer en fonction d'idéologies à la mode trahissent la réalité de ce trajet. Célébrons ce que nous sommes. Surtout, n'abandonnons pas le 24 juin à ceux et celles qui nous reprochent ce que nous sommes... et ce que nous pourrions devenir.


mardi 16 juin 2020

Écoles françaises en C.-B.: un vol, légalisé par la Cour suprême


S'il existe un combat judiciaire qui illustre parfaitement l'asymétrie entre le traitement des Anglo-Québécois et des minorités francophones ailleurs au Canada, c'est bien l'épopée héroïque des Franco-Colombiens... qui luttent depuis une dizaine d'années pour obtenir de leur gouvernement provincial la réparation et/ou la construction de plus d'une douzaine d'écoles françaises auxquelles ils ont droit en vertu de l'article 23 de la Loi constitutionnelle de 1982.

Alors que le Québec continue de grassement financer son réseau scolaire anglais du primaire à l'universitaire, et se prépare même à agrandir Dawson College à Montréal, au point de mettre en péril l'avenir du secteur collégial français dans la région métropolitaine, la Colombie-Britannique dit ne pas avoir assez d'argent pour réparer ou construire suffisamment d'écoles pour sa minorité de langue française... Au Québec on gave les anglos, à l'ouest des Rocheuses on affame les francos...

La saga de l'école Rose-des-Vents à Vancouver a noirci des centaines de pages judiciaires depuis 2010. L’école est surpeuplée, les salles de classe sont plus petites que celles des écoles anglaises, certaines salles de classe sont dépourvues de fenêtres, la bibliothèque est minuscule et les toilettes inadéquates... Les parents francophones ont poursuivi la province, exigeant leur droit à la même qualité d'établissements scolaires que les anglophones.

La cause s'est rendue en Cour suprême, qui a donné finalement raison aux parents en 2015... Cinq ans d'attente... Mais ce n'était pas terminé. Une décision du plus haut tribunal du pays ne suffit pas pour assurer la construction d'une école neuve. «Cinq ans plus tard, en 2020, les enfants fréquentent toujours la même petite école Rose-des-Vents à laquelle s'est jointe une série de portatives», explique Rémi Léger, politicologue à l'Université Simon Fraser de Vancouver.

Entre-temps, la liste d'attente d'écoles à rénover ou à construire du conseil scolaire de langue française déborde de plus en plus avec un gouvernement pour qui le respect de l'article 23 de la Loi constitutionnelle de 1982 semble être le moindre des soucis. Nouveau recours aux tribunaux et après des échecs en cour d'instance et en cour d'appel, les démarches judiciaires du Conseil scolaire francophone (amorcées en 2010) viennent d'aboutir en Cour suprême avec une victoire quasi-totale... du moins sur le plan des principes.

Dans sa décision, le juge en chef québécois Richard Wagner établit clairement que l'article 23 de la Charte canadienne «a un objet réparateur, qui vise à favoriser l’épanouissement des minorités linguistiques officielles et à modifier le statu quo». Ce qu'il dit, c'est que les provinces anglaises ne doivent pas seulement scrupuleusement respecter les droits scolaires de leur minorité de langue française, mais qu'elles doivent garantir aux francophones un milieu éducatif qui favorisera leur «épanouissement» linguistique et culturel. Clairement, cette opinion ne vise que les francophones hors Québec. Le statut quo scolaire actuel au Québec favorise nettement les anglophones. 

Modifier le statu quo en Colombie-Britannique signifie créer une situation dans laquelle le milieu scolaire doit tout faire pour ralentir ou neutraliser le taux d'assimilation dramatique de la minorité francophone. Des 57 000 Britanno-Colombiens de langue maternelle française, à peine 17 000 conservent le français comme langue d'usage à la maison. La Cour suprême, jugeant que les francophones de plusieurs régions sont actuellement traités de façon inférieure aux anglophones, vient d'ordonner l'octroi d'une douzaine de nouvelles écoles homogènes françaises en C.-B.

Ce que le plus haut tribunal du pays ne dit pas, cependant, c'est à quel moment la province sera tenue de remettre ces écoles à la minorité franco-colombienne. Pire, la Cour suprême permet à la C.-B. d'exiger que le Conseil scolaire francophone «priorise les projets d'immobilisation» avant que des décisions finales soient prises. Le sens de cette concession est limpide... La Cour accepte que certaines écoles soient construites beaucoup plus rapidement que d'autres, laissant encore une fois à la province toute latitude d'invoquer des motifs budgétaires pour faire obstacle aux droits des francophones. «La réparation (des droits) doit néanmoins être apportée dans un délai utile», précise le juge Wagner au nom de la majorité de la Cour. Délai utile? Un an? Cinq ans? Dix ans? Ou une autre décennie de contestations judiciaires pour définir ce qu'est un délai utile?

En refusant depuis longtemps aux Franco-Colombiens des droits que leur garantit la Constitution, la Colombie-Britannique a non seulement privé les francophones d'une éducation française de qualité égale mais elle a littéralement volé et dépensé ailleurs les fonds qui auraient dû servir aux écoles de langue française. La Cour aurait dû ordonner au gouvernement de la C.-B. de rembourser, tout de suite, les sommes volées par la majorité anglophone. Permettre à la province de retarder encore la construction de certaines écoles, c'est lui permettre de continuer à violer la Constitution et de refuser à la minorité franco-colombienne des fonds publics qui leur appartiennent de droit.

Réserver un tel sort à des Anglo-Québécois deviendrait une cause majeure dans l'ensemble du Canada anglais, avec des torrents de colère haineuse, des accusations de racisme et un appel à l'intervention du gouvernement canadien ou de l'ONU... Mais quand il s'agit des droits des francophones hors-Québec, c'est au mieux du menu fretin pour la presse et les autorités anglo-canadiennes. Le jour du jugement de la Cour suprême, le gouvernement de la Colombie-Britannique a émis un communiqué «bilingue» sur la pandémie (en anglais, avec traduction chinoise!) mais n'a pas fait d'annonce officielle au sujet de sa défaite devant le plus haut tribunal du pays, qui la condamnait pour discrimination envers sa minorité de langue française...

La Colombie-Britannique n'a que faire des droits des francophones... Elle n'a qu'à continuer à retarder, retarder et retarder, de tribunal en tribunal, de décennie en décennie, jusqu'à ce que le nombre de Franco-Colombiens ne justifie plus la présence d'écoles françaises... N'oubliez pas, l'article 23 garantit l'école française aux minorités «là où le nombre le justifie»...

Moi, j'appelle ça un génocide culturel et ce qui se passe à l'ouest des Rocheuses devrait inquiéter l'ensemble de la francophonie canadienne et québécoise. L'Alberta, la Saskatchewan, la Nouvelle-Écosse, l'Île-du-Prince Édouard, Terre-Neuve et les Territoires du Nord-Ouest ont appuyé la Colombie-Britannique dans cette cause. La Cour suprême vient de fournir à ces derniers un mode d'emploi. Cette histoire est loin d'être terminée...

Un dernier mot pour nous, Québécois. Pensons-y en deux fois avant de permettre aux francophones et aux allophones d'aller grossir les rangs des anglophones au niveau collégial... de financer notre propre anglicisation... Un jour, à moins de se donner un véritable pays de langue française, une future génération de juges de la Cour suprême finira par mettre le dernier clou à notre cercueil...





samedi 13 juin 2020

Je m'ennuie de l'encre noire...

La dernière édition papier du Droit en semaine, le 24 mars 2020

Voulant sans doute cesser de naviguer dans l'encre rouge, mon journal a décidé de supprimer de l'encre noire... pour de bon. Les presses qui l'imprimaient toutes les nuits ne tournent plus. Seule l'édition du samedi a pour le moment échappé à la guillotine numérique... Pour combien de temps?

Cela m'attriste profondément de perdre l'édition papier en semaine, et ce, pour un tas de raisons qui n'ont rien à voir avec la nostalgie (réelle) d'un vieux de 73 ans. J'ai écrit là-dessus à diverses reprises et ne vois aucune utilité à reprendre ici tout l'argumentaire (voir bit.ly/33cXGfh).

Mais ce qui m'enrage, alors que je zieute Le Droit du mardi 24 mars 2020, jour où le couperet a tombé sur le papier, c'est de constater à quel point une frange importante du monde médiatique se jette avec enthousiasme dans le précipice numérique. À lire le message de la direction du journal, ce matin (samedi 13 juin 2020), on croirait presque que l'abandon de l'imprimé est un progrès!

On y vante «un pas important» dans la réalisation du «plan d'affaires»,  une «accélération du virage numérique«, une «intensification de l'offre du contenu». En voulez-vous, en v'là... Oh, en passant, vous ne recevrez plus jamais de journal papier à la maison, en semaine, et environ 90 employés de la chaîne coopérative perdront leur emploi... Mais rassurez-nous, ça va bien aller...

Eh bien non. Je vous assure, alors que j'use mon majeur depuis près de trois mois à faire défiler les pages, les textes et les images du Droit sur mon petit écran de tablette, que ça ne va pas bien.

* Je m'ennuie de ne plus entendre le journal heurter le perron ou la porte à l'aube...

* Je m'ennuie d'avoir à sortir en pyjama pour cueillir mon quotidien et humer l'air matinal par grand froid, à la pluie battante, ou au bleu brillant du ciel au soleil levant...

* Je m'ennuie du papier que je touchais en lisant, du froissement des pages que je tournais...

* Je m'ennuie de pouvoir jeter un coup d'oeil sur des pages ou des articles en entier, sans avoir à dérouler un menu, cliquer sur des liens ou frotter l'écran...

* Je m'ennuie de l'espace que prend un journal ouvert sur la table de cuisine; on s'y sent moins confiné qu'avec une tablette ou un téléphone...

* Je m'ennuie de pouvoir sauter en une seconde des sections qui m'intéressent moins, et de pouvoir déambuler entre la une et la dernière page en un clin d'oeil, sans frotter ou cliquer sans cesse...

* Je m'ennuie d'avoir les mains sales après avoir feuilleté un ou plusieurs journaux imprimés... les saletés du numérique ne laissent pas de traces sur les doigts...

* Je m'ennuie de ne plus pouvoir découper les articles qui m'intéressent et ensuite classer les coupures de presse dans mes dossiers ou sur mes pilées...

* Je m'ennuie de la convivialité des avis de décès dans le journal papier. Consulter la section nécrologique Web (à 73 ans on fait ça) prend pas mal plus de temps...

* Je m'ennuie de la publicité, surtout des pubs locales, plus souvent qu'autrement absentes de l'édition numérique...

* Je m'ennuie de lire noir sur blanc, sur papier journal, sans avoir à forcer mes yeux pour apprivoiser la luminosité et l'exiguïté d'un écran de tablette...

* Je m'ennuie de la page éditoriale, dont l'érosion s'est accélérée en même temps que le numérique...

* Je m'ennuie même des erreurs occasionnelles dans le journal, témoins de l'imperfection humaine, qu'on ne peut modifier sur un écran le lendemain... Les écrits imprimés restent...

Je reste abonné à l'édition numérique du Droit puisqu'il le faut, mais sans enthousiasme. Je continue d'espérer que l'imprimé retrouve la place qui lui revient, en cohabitation avec le Web...

Entre-temps, il n'y a guère de solution de rechange... Si d'autres pensent que l'imprimé ne doit pas disparaître, faudrait peut-être, un jour, avant qu'il ne soit trop tard, le clamer haut et fort!


mardi 9 juin 2020

Si on se couche, ils vont nous piler dessus...

« Si tu te couches, ils vont te piler dessus. Si tu restes debout et tu résistes, ils vont te haïr mais ils vont t'appeler "monsieur" » - Pierre Falardeau

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J'écumais après avoir lu le texte de Frédéric Bastien (bit.ly/2YcMopi) rapportant les propos de la journaliste Susan Riley sur les ondes de l'émission Sunday Scrum, au réseau anglais de la Société d'État. Pas tant à cause des paroles que Mme Riley a prononcées (j'ai entendu pire...) mais parce que ces commentaires diffamatoires ont passé «comme du beurre dans la poêle», comme s'il s'agissait de vérités évidentes, acceptées de tous. Ni l'animateur, ni les trois autres panélistes n'ont senti le besoin de saisir la balle au bond et d'exiger au moins quelque preuve de cette journaliste d'expérience de l'Ottawa Citizen.

À un certain moment, je me suis dit qu'il était possible (quoique improbable) que M. Bastien ait mal transcrit l'extrait de l'émission ou qu'il ait cité l'auteure hors contexte. Alors je l'ai écouté, et j'ai dû constater qu'il n'y avait pas d'erreur. Commentant la déclaration de François Legault sur l'existence ou pas d'un racisme systémique au Québec, Susan Riley (elle est journaliste depuis plus de 50 ans) a affirmé qu'il n'y avait pas d'espoir pour le premier ministre québécois, ajoutant notamment: «There's been a long history of anti-Black racism in Québec... xenophobia stretches deep back into the history of that province.»

Quelques jours plus tôt, j'avais été sidéré par une découverte du chroniqueur Steve Fortin, faisant état du gazouillis (bit.ly/30rLRTi) d'un certain «Zahr» (qui a par la suite annulé son compte Twitter) dans lequel ce dernier semblait trouver tout à fait acceptable de faire disparaître les 8 et quelque millions de Québécois pour sauver le Canada de la COVID-19... Voici la citation exacte: «If you could end COVID-19 by sacrificing a part of Canada, which province would you choose and why Québec?» Au-delà du fait que de tels propos constituent des déclarations haineuses en vertu du Code criminel, le gazouillis de «Zahr» a recueilli plus de 16 400 mentions «J'aime» sur Twitter... 16 400, un véritable love-in...

Il ne faudrait pas que j'oublie le gazouillis (bit.ly/2BwWd9N) d'une anglo-Montréalaise dont le nom Twitter est Cierra, en réponse aux déclarations de François Legault: «The same Québec that passed Bill 21? The same Québec that is islamophobic? The same Québec that is anti-aboriginal? The same Québec that is anti-Black? The same Québec that is anti-anglophone? This clown (elle parle du premier ministre Legault) must be living in a different Québec.» Pour ce bijou de diffamation, elle a reçu près de 4 000 mentions «J'aime»...

Et puis il y a ce professeur de droit et de médecine Amir Attaran, de l'Université d'Ottawa, qui attaque systématiquement le Québec et les francophones en matière de racisme. Il en fait presque une maladie. Son plus récent gazouillis (bit.ly/30oxbUG) québécophobe/francophobe, ce 9 juin 2020? «LA NATION DU QUÉBEC EST RACISTE SYSTÉMIQUEMENT. Les institutions nationales manquent 26 000 employés minoritaires. Pas bon! L'Afrique du Sud avait aussi des institutions blanches.» Bon voilà, c'est désormais le régime de l'apartheid au Québec... Et Twitter laisse passer ces propos qui, tant par leur contenu que par leur multiplication, contribuent à fomenter la haine contre le Québec français...

Si encore ces «incidents» étaient l'oeuvre de détraqués isolés, on pourrait toujours passer l'éponge. Mais au cours du dernières 60 années, depuis l'éveil du Québec et du Canada français, la frange haineuse et raciste du Canada anglais (et ceux et celles qu'elle assimile) ne cesse de nous abreuver d'injures qui, s'ils étaient dirigés vers des groupes plus facilement identifiables sur le plan racial ou religieux, auraient valu à leurs auteurs des accusations criminelles. Mais la saison de chasse aux francophones et aux Québécois est toujours ouverte...

À Frédéric Bastien, qui a porté plainte contre CBC et Susan Riley, et à Steve Fortin, qui a sonné l'alarme au sujet des gazouillis de l'anonyme Zahr et de cette Cierra, je dis bravo. M. Fortin a raison. Il ne faut plus se coucher devant les mensonges. Sinon on va continuer à nous piler dessus. «Il faut cesser de banaliser, écrit Steve Fortin. Par centaines, des messages de haine si repoussants que le seul fait de remplacer "Québécois" par tout autre groupe rendrait le tout socialement inacceptable. Il faut changer ça.»

Tendre l'autre joue, ça peut aller pour un certain temps... Mais là, trop c'est trop!!!






mardi 2 juin 2020

Pancartes et slogans anglais...

photo publiée dans Le Devoir

De nombreux Québécois antiracistes, y compris moi, étaient mal à l'aise devant l'omniprésence de slogans et de pancartes en anglais à la manifestation montréalaise de solidarité avec les Américains qui dénoncent l'assassinat d'un homme de race noire, George Floyd, par un policier blanc de Minneapolis. Ce malaise viscéral ressenti par quantité de francophones s'exprime souvent tout croche, mais il est parfaitement justifié.

Le racisme se définit par le sentiment de supériorité d'individus ou de collectivités par rapport à d'autres individus ou collectivités. Des Américains blancs, pour justifier l'esclavage, considéraient les humains de race noire comme du bétail qu'on peut vendre, acheter et liquider au besoin. Les relents de ce racisme fondé sur la couleur de la peau se manifestent toujours, plus de 150 ans après la Guerre civile. Au point où un policier peut froidement commettre un meurtre en pleine rue...

Mais le racisme peut aussi prendre la forme d'un sentiment de supériorité linguistique ou culturelle, comme celui que nous, Canadiens français, Québécois, avons subi - souvent avec violence - depuis deux siècles et demie. En 1839, après la rébellion des Patriotes, Lord Durham l'a parfaitement exprimé dans son célèbre rapport. Il fallait angliciser les parlant français du Bas-Canada pour leur propre bien, pour les élever au même niveau que les Anglo-Britanniques... Au Québec, en Acadie, en Ontario, au Manitoba, à travers l'histoire, on nous a constamment rappelé que nous n'étions pas à égalité avec la race anglaise (c'est ainsi qu'on le disait jadis) dominante.

Cette lutte épuisante contre le racisme anglo-canadien-britannique a laissé des traces permanentes, jusque dans nos tripes collectives. Plusieurs ont tenté de vivre avec, tant bien que mal, genre «on est nés pour un p'tit pain»... D'autres se sont révoltés et ont tenté d'appeler la haine dont nous avons été victimes par son vrai nom, et l'analogie s'est vite faite avec les Noirs. René Lévesque avait fustigé les «Rhodésiens» de Westmount, allusion au colonialisme britannique en Afrique. André Laurendeau, dans les pages du Devoir, avait qualifié Duplessis de «roi-nègre» et dix ans plus tard, Pierre Vallières nous affublait du titre «nègres blancs d'Amérique»...

Le rapprochement avec les Afro-Américains n'était pas totalement dénué de fondement historique. Au début du 20e siècle, l'organisation raciste Ku Klux Klan avait ciblé, en plus des humains de race noire, les Canadiens français de l'État du Maine (aux États-Unis) et de la Saskatchewan. Et que dire de l'expression Speak White, utilisée par des milliers d'Anglo-Canadiens pour exhorter les Canadiens français à parler la langue de la majorité nord-américaine. Le poème du même nom de Michèle Lalonde demeure un grand classique et on le voit ressurgir, encore aujourd'hui.

Presque tous les Franco-Ontariens de mon âge (je suis né et j'ai grandi à Ottawa) peuvent témoigner de vexations et d'humiliations subies simplement à cause de leur langue et de leur culture. En dépit d'une croissance du nombre de francophiles au Canada anglais, une colère haineuse y mijote toujours et bouillonne au moindre incident linguistique. On n'a qu'à lire les textes d'opinion dans la presse de langue anglaise. À chaque affirmation de notre langue au Québec, ou de valeurs culturelles qui nous sont propres, des accusations farfelues de xénophobie et de racisme fusent de partout.

On pourra alors comprendre pourquoi certains ressentent des picotements quand on vient leur brandir des affiches et des slogans anglais au coeur de la plus grande ville française d'Amérique, notre seule métropole. Et c'est doublement douloureux quand, au-delà de l'anglicisation en cours chez les nôtres, des gens de cultures différentes et de races autres que blanche (celles qui sont le plus souvent victimes de racisme) s'assimilent à la langue et la culture anglaises, intégrant du même coup les attitudes de mépris et de supériorité des Anglo-Canadiens racistes envers le peuple québécois... et les minorités franco-canadiennes. Ne nous blâmez pas de ressentir un malaise devant un tel comportement, alors que nous devrions être des alliés naturels...

J'écoutais les reportages sur la manifestation de dimanche à Montréal et tous, des journalistes aux politiciens y compris les premiers ministres du Québec et du Canada, se fendaient en huit pour attribuer la violence à un seul petit groupe de casseurs. Avec raison. J'aurais aimé qu'on nous réserve le même traitement par le passé lors de manifs de Québécois francophones où des incidents violents se sont produits. On peut même penser à octobre 1970, où les autorités ne se sont pas privées de mettre dans le même sac felquistes, péquistes, nationalistes et autres «istes» tout en sachant pertinemment que les enlèvements étaient l'oeuvre d'une poignée d'individus.

Montréal a toujours été au coeur des affrontements entre francos et anglos. Les «Westmount» qui regardent de haut les «Saint-Henri»... C'est dans la métropole que se joue l'avenir du français au Québec. Si on perd Montréal tout est fini. Plus de deux cents années de résistance pour rien. Ceux et celles pour qui est enjeu est primordial ont les nerfs à fleur de peau avec chaque érosion du français sur l'île. La Loi 101 y est constamment bafouée. La mairesse actuelle ferait volontiers de Montréal une ville bilingue et non française. À chaque fois qu'on nous inflige une nouvelle dose d'anglais, au Québec, c'est comme une claque en pleine face.

Nous savons ce qu'est le racisme. Nous en avons été individuellement et collectivement victimes depuis le 18e siècle. Nos sympathies sont depuis toujours avec les Noirs nord-américains*, l'un des peuples les plus maltraités de l'histoire humaine. Les Afro-Américains peuvent compter sur notre solidarité. Jamais nous leur reprocherons de lutter contre le racisme institutionnel et sociétal qui les opprime. J'espère que dans ce combat que nous devons livrer ensemble, on ne nous fera pas le reproche de défendre, au besoin, notre langue et notre culture depuis longtemps malmenées.

Voilà. Je viens une nouvelle fois de me mettre les pieds dedans mais je m'en fiche... Il faut que quelqu'un dise ces choses...


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* Extrait du journal québécois La vérité (ville de Québec) du 14 septembre 1899, dénonçant le traitement réservé aux citoyens de race noire chez nos voisins du sud...

«Ce qui se passe aux États-Unis, en pleine civilisation, est intolérable. C'est une honte pour l'humanité, pour l'Amérique, que des hommes, qui ont tous les droits du citoyen, puissent être exécutés par la foule sans forme de procès. Il est temps que cette pratique barbare finisse.

Nous dénonçons les Américains, qui ont une marine pour battre l'Espagne et une armée pour conquérir Cuba, Porto Rico, les Philippines, et qui hypocritement se déclarent incapables de faire respecter la loi américaine dans les limites du territoire américain.

Nous dénonçons la complaisance criminelle de l'administration américaine qui se prétend impuissante devant quelques centaines de lyncheurs.

Nous dénonçons à l'Amérique entière, nous dénonçons à l'Europe l'incurie du gouvernement, la faiblesse des tribunaux, la lâcheté de la police et la barbarie des foules qui, aux États-Unis, sont la cause directe que d'innombrables innocents ont dû être brûlés, fusillés, pendus depuis que la loi de lynch est entrée dans la pratique américaine.»