mardi 2 juin 2020

Pancartes et slogans anglais...

photo publiée dans Le Devoir

De nombreux Québécois antiracistes, y compris moi, étaient mal à l'aise devant l'omniprésence de slogans et de pancartes en anglais à la manifestation montréalaise de solidarité avec les Américains qui dénoncent l'assassinat d'un homme de race noire, George Floyd, par un policier blanc de Minneapolis. Ce malaise viscéral ressenti par quantité de francophones s'exprime souvent tout croche, mais il est parfaitement justifié.

Le racisme se définit par le sentiment de supériorité d'individus ou de collectivités par rapport à d'autres individus ou collectivités. Des Américains blancs, pour justifier l'esclavage, considéraient les humains de race noire comme du bétail qu'on peut vendre, acheter et liquider au besoin. Les relents de ce racisme fondé sur la couleur de la peau se manifestent toujours, plus de 150 ans après la Guerre civile. Au point où un policier peut froidement commettre un meurtre en pleine rue...

Mais le racisme peut aussi prendre la forme d'un sentiment de supériorité linguistique ou culturelle, comme celui que nous, Canadiens français, Québécois, avons subi - souvent avec violence - depuis deux siècles et demie. En 1839, après la rébellion des Patriotes, Lord Durham l'a parfaitement exprimé dans son célèbre rapport. Il fallait angliciser les parlant français du Bas-Canada pour leur propre bien, pour les élever au même niveau que les Anglo-Britanniques... Au Québec, en Acadie, en Ontario, au Manitoba, à travers l'histoire, on nous a constamment rappelé que nous n'étions pas à égalité avec la race anglaise (c'est ainsi qu'on le disait jadis) dominante.

Cette lutte épuisante contre le racisme anglo-canadien-britannique a laissé des traces permanentes, jusque dans nos tripes collectives. Plusieurs ont tenté de vivre avec, tant bien que mal, genre «on est nés pour un p'tit pain»... D'autres se sont révoltés et ont tenté d'appeler la haine dont nous avons été victimes par son vrai nom, et l'analogie s'est vite faite avec les Noirs. René Lévesque avait fustigé les «Rhodésiens» de Westmount, allusion au colonialisme britannique en Afrique. André Laurendeau, dans les pages du Devoir, avait qualifié Duplessis de «roi-nègre» et dix ans plus tard, Pierre Vallières nous affublait du titre «nègres blancs d'Amérique»...

Le rapprochement avec les Afro-Américains n'était pas totalement dénué de fondement historique. Au début du 20e siècle, l'organisation raciste Ku Klux Klan avait ciblé, en plus des humains de race noire, les Canadiens français de l'État du Maine (aux États-Unis) et de la Saskatchewan. Et que dire de l'expression Speak White, utilisée par des milliers d'Anglo-Canadiens pour exhorter les Canadiens français à parler la langue de la majorité nord-américaine. Le poème du même nom de Michèle Lalonde demeure un grand classique et on le voit ressurgir, encore aujourd'hui.

Presque tous les Franco-Ontariens de mon âge (je suis né et j'ai grandi à Ottawa) peuvent témoigner de vexations et d'humiliations subies simplement à cause de leur langue et de leur culture. En dépit d'une croissance du nombre de francophiles au Canada anglais, une colère haineuse y mijote toujours et bouillonne au moindre incident linguistique. On n'a qu'à lire les textes d'opinion dans la presse de langue anglaise. À chaque affirmation de notre langue au Québec, ou de valeurs culturelles qui nous sont propres, des accusations farfelues de xénophobie et de racisme fusent de partout.

On pourra alors comprendre pourquoi certains ressentent des picotements quand on vient leur brandir des affiches et des slogans anglais au coeur de la plus grande ville française d'Amérique, notre seule métropole. Et c'est doublement douloureux quand, au-delà de l'anglicisation en cours chez les nôtres, des gens de cultures différentes et de races autres que blanche (celles qui sont le plus souvent victimes de racisme) s'assimilent à la langue et la culture anglaises, intégrant du même coup les attitudes de mépris et de supériorité des Anglo-Canadiens racistes envers le peuple québécois... et les minorités franco-canadiennes. Ne nous blâmez pas de ressentir un malaise devant un tel comportement, alors que nous devrions être des alliés naturels...

J'écoutais les reportages sur la manifestation de dimanche à Montréal et tous, des journalistes aux politiciens y compris les premiers ministres du Québec et du Canada, se fendaient en huit pour attribuer la violence à un seul petit groupe de casseurs. Avec raison. J'aurais aimé qu'on nous réserve le même traitement par le passé lors de manifs de Québécois francophones où des incidents violents se sont produits. On peut même penser à octobre 1970, où les autorités ne se sont pas privées de mettre dans le même sac felquistes, péquistes, nationalistes et autres «istes» tout en sachant pertinemment que les enlèvements étaient l'oeuvre d'une poignée d'individus.

Montréal a toujours été au coeur des affrontements entre francos et anglos. Les «Westmount» qui regardent de haut les «Saint-Henri»... C'est dans la métropole que se joue l'avenir du français au Québec. Si on perd Montréal tout est fini. Plus de deux cents années de résistance pour rien. Ceux et celles pour qui est enjeu est primordial ont les nerfs à fleur de peau avec chaque érosion du français sur l'île. La Loi 101 y est constamment bafouée. La mairesse actuelle ferait volontiers de Montréal une ville bilingue et non française. À chaque fois qu'on nous inflige une nouvelle dose d'anglais, au Québec, c'est comme une claque en pleine face.

Nous savons ce qu'est le racisme. Nous en avons été individuellement et collectivement victimes depuis le 18e siècle. Nos sympathies sont depuis toujours avec les Noirs nord-américains*, l'un des peuples les plus maltraités de l'histoire humaine. Les Afro-Américains peuvent compter sur notre solidarité. Jamais nous leur reprocherons de lutter contre le racisme institutionnel et sociétal qui les opprime. J'espère que dans ce combat que nous devons livrer ensemble, on ne nous fera pas le reproche de défendre, au besoin, notre langue et notre culture depuis longtemps malmenées.

Voilà. Je viens une nouvelle fois de me mettre les pieds dedans mais je m'en fiche... Il faut que quelqu'un dise ces choses...


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* Extrait du journal québécois La vérité (ville de Québec) du 14 septembre 1899, dénonçant le traitement réservé aux citoyens de race noire chez nos voisins du sud...

«Ce qui se passe aux États-Unis, en pleine civilisation, est intolérable. C'est une honte pour l'humanité, pour l'Amérique, que des hommes, qui ont tous les droits du citoyen, puissent être exécutés par la foule sans forme de procès. Il est temps que cette pratique barbare finisse.

Nous dénonçons les Américains, qui ont une marine pour battre l'Espagne et une armée pour conquérir Cuba, Porto Rico, les Philippines, et qui hypocritement se déclarent incapables de faire respecter la loi américaine dans les limites du territoire américain.

Nous dénonçons la complaisance criminelle de l'administration américaine qui se prétend impuissante devant quelques centaines de lyncheurs.

Nous dénonçons à l'Amérique entière, nous dénonçons à l'Europe l'incurie du gouvernement, la faiblesse des tribunaux, la lâcheté de la police et la barbarie des foules qui, aux États-Unis, sont la cause directe que d'innombrables innocents ont dû être brûlés, fusillés, pendus depuis que la loi de lynch est entrée dans la pratique américaine.»



12 commentaires:

  1. Mille Bravos ! . . . et MERCI !

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  2. La guerre contre les contre les nègres blancs???? Racisme inversé???

    Ne nous leurrons pas, leurs maîtres et nos ennemis n’ont jamais été mous!!!

    Les Orangistes sont le bras canadien du KKK… contre les nègres blancs Francophones!!!!

    Il y avait des liens entre les orangistes et le KKK aux USA. Ils s’échangeaient des listes de membres.

    Les Orangistes sont toujours actifs et légal au Canada.
    Ils utilisent maintenant des noms plus acceptables, voir Rebel Media, Northern Foundation, Heritage Front et Reform Party.

    Petite histoire du mouvement orangiste canadien,
    par Pierre-Luc Bégin, Les Éditions du Québécois, 2008, 200 p. (ISBN 2923365224).

    http://www.lequebecois.org/boutique/loyalisme-et-fanatisme/
    Pierre-Luc Bégin: Conférence sur les orangistes

    http://www.youtube.com/watch?v=UIYj-ByoVSU

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  3. Il est à peu près sûr que de très nombreux participants, pour ne pas dire une majorité, à cette manifestation étaient venus de l'Ontario. D'où l'incapacité à plusieurs d'être incapable de répondre en français à des questions de journalistes et au nombre de pancartes unilingues anglo. Il faut se rappeler que ce fût le cas lors des manifestations anti Loi-21. Il existe un réseau organisé dans les universités du Québec et de l'Ontario pour appeler les étudiants à descendre dans la rue pour différentes causes (G20, etc.). Ce n'est pas un hasard que la manifestation de Toronto a eu lieu le 30 mai (samedi) et dimanche (31 mai) c'était celle de Montréal. Si des gens sont venus de l'Ontario, cela soulève peut-être un autre problème en ces temps de Covid-19. Je sais que les déplacements entre Gatineau et Ottawa sont contrôlés mais plus au sud, je ne le sais pas.
    Au Québec, à Montréal en particulier, les communautés les plus francophobes ne sont pas nécessairement les Anglos de souche mais surtout celles venues après la 2ème guerre mondiales. Vous n'avez qu'à regarder les noms de famille de journalistes (CTV, autres) et d'utilisateurs de réseaux sociaux. Je me souviens toujours de Pierre Bourgault qui disait voter comme un Canadiens-français en réponse des groupes, qui encore aujourd'hui, votent selon leurs nationalités respective.
    Pour terminer, il y a 1 Québécois sur 7 a des ancêtres Acadiens. J'ai 3 générations (sur plusieurs branches de mon arbre généalogique) qui ont été déportés pendant 11 années dans les colonies américaines avant "d'immigrer" au Québec. Le Grand Dérangement a été un nettoyage ethnique et un génocide. Maintenant, on veut quoi? Me faire passer pour un membre du KKK???

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  4. Ça date de 2017 mais c'est peut-être toujours actuel. Le langage est cru. https://www.youtube.com/watch?time_continue=226&v=P8JDmapM6uc&feature=emb_logo
    Aussi, on parle de lui ici: https://www.tvanouvelles.ca/2019/05/05/une-chaine-humaine-autour-du-palais-de-justice-contre-le-projet-de-loi-sur-la-laicite-1
    Et on le voit sur la photo au centre de profil : https://horizonquebecactuel.com/un-imam-proche-du-hezbollah-aux-cotes-de-charles-taylor-du-plq-et-de-qs

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  5. OMG...this might be one of the most stupid things I’ve read in a long time....

    Language is not a race.... I mean, seriously, someone has to point that out? And who gives a crap about what language is used during a demonstration?!?! You have to be a special kind of stupid to actually care.

    And this is Montreal...this is a bilingual city...and people should NEVER have their language oppressed and should always be 100% free to express themselves in whatever language they want to at ALL TIMES, bar none.

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    1. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

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    2. The speaker is a First Nation Woman. https://www.youtube.com/watch?v=KbjrUAl3yBs

      It's about 3 gen of my ancestors. Fatality rate was 53% before reaching destination. So, what is oppression?

      The history of state-sponsored ethnic cleansing in North America begins with the story of the British expulsion of the Acadians in 1755. Professor Amy Sturgis explains that the Acadians were peaceful French colonists who had prospered in Nova Scotia. The British forcibly removed the Acadians from their homes and scattered them across North America. The expulsion effectively ended the Acadian way of life forever.

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    3. And I guess it takes some special kind of stupid for failing to understand that discrimination against a given skin colour (racism) and discrimination against a given language or culture (bigotry) is still discrimination and not okay.

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    4. On est déjà à court d'argument.

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  6. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

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  7. Le soleil revient
    sans cesse
    et pourtant
    tout n'est que
    PROFOND MYSTÈRE
    et
    OBSCURITÉ
    J* 2020-06-03 ©

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  8. Ma très forte
    naïveté
    avait depuis
    trop longtemps
    masqué du monde
    la profonde
    noirceur
    © J* 2020-06-03

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