samedi 3 janvier 2026

Trump fait main basse sur le Vénézuela

Le 3 janvier 2026...

Éveil soudain un peu avant 5 heures ce matin, comme si mes tripes avaient compris que quelque chose ne tournait pas rond dans le monde. J'ouvre ma tablette et apprends que le fou furieux de la Maison Blanche fait la guerre au Vénézuela (sans la déclarer bien sûr et sans approbation du Congrès américain), qu'il a kidnappé le président Maduro et son épouse... C'était prévisible avec le maniaque orange depuis ses nombreuses attaques contre les bateaux vénézuéliens... et contre les survivants sans armes...

En fin de matinée, on comprend pourquoi il y a guerre. Les grandes pétrolières milliardaires des États-Unis veulent accaparer les ressources du Vénézuela et Trump se fait leur complice. C'est une vieille tradition dans les Amériques depuis la doctrine Monroe. Mauvais souvenirs de cette journée du 11 septembre 1973 où les États-Unis avaient fomenté le coup d'État d'une bande de militaires nazis au Chili. Ce jour-là on ne s'était pas donné la peine d'enlever Allende. On l'avait assassiné dans son palais présidentiel...

Je voulais malgré tout écouter le bulletin de nouvelles de Radio-Canada ce midi. Au lieu des nouvelles, c'était une émission spéciale sur cette lâche attaque américaine contre le Vénézuela. À l’écran, le Secrétaire à la «Guerre» Pete Hegseth et son véreux patron, Trump. J’en ai presque eu la nausée.

J'ai compris que nous sommes désormais tous en danger. Avec ses militaires désormais soumis, Une Cour suprême docile et un Congrès impuissant, il prendra vite goût aux conquêtes violentes à armes inégales, surtout quand il sait que les démocraties occidentales pissent dans leurs culottes à l'idée de l'affronter. Se pourrait-il qu’il tourne ses yeux véreux et ses armes vers son 51e État la prochaine fois? Plus rien n’est impossible pour ce criminel…

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Retour à mes tâches pré-déménagement puisqu'il le faut... Au rythme où j'épluche mes numéros de la revue Point de mire, j'en ai pour longtemps... trop longtemps... Dans le numéro de juillet 1970, un premier éditorial de Pierre Bourgault, un éditorial comme on en a rarement vus dans les quotidiens et périodiques québécois. Intitulé L'humiliation, le texte de l'ancien chef du RIN ne pouvait être écrit que dans l'intervalle entre l'élection québécoise du 29 avril 1970 et l'enlèvement du Britannique James Richard Cross le 5 octobre... La direction de Point de mire avait bien résumé le climat de l'époque: «Le Québec est un colis qui fait tic-tac entre les mains d'un sourd.»

Voici une numérisation de l'éditorial de Bourgault, que vous aurez bien de la difficulté à trouver en ligne... Bonne lecture.


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En route pour le rassemblement des Fêtes de la famille Allard, dont je suis désormais, à mon corps défendant, le patriarche...

On se reparle demain...


 

vendredi 2 janvier 2026

Point de mire au printemps 1970

2 janvier 2026...

Entre les gâteries restantes du temps des Fêtes et un deuxième visionnement des émissions de fin d'année qu'on aime tant - et qu'on aime tant critiquer et décortiquer - faut bien, pour le principe du moins, passer un peu de temps à faire le tri de tout ce qui reste à trier avant notre déménagement en juillet. J'ai sorti pour les besoins de la cause les nombreux numéros de la revue indépendantiste Point de mire que je conserve dans un classeur depuis le début des années 1970.



Le plus ancien (Vol. 1, no 8, juin 1970), publié un mois après l'élection du 29 avril, celle de la première victoire de Robert Bourassa mais aussi de l'entrée des sept premiers députés du Parti Québécois à l'Assemblée nationale, annonce la nomination de Pierre Bourgault comme rédacteur en chef de la revue. Deux reportages se démarquent dans cette édition de Point de mire : le premier, signé Marc Chatelle, adjoint du rédacteur en chef, propose un interview avec le plus jeune député du PQ, Claude Charron, alors âgé de 23 ans.

Au-delà des commentaires habituels d'un candidat victorieux, l'article indique que Charron a hâte de croiser le fer avec les libéraux à la prochaine session parlementaire, à l'automne 1970, et en particulier avec Pierre Laporte, dont l'auteur du texte précise qu'il est «assurément la créature la plus détestée des indépendantistes du Québec».

Après avoir énuméré quelques-une des tactiques «malpropres» de ce dernier durant la campagne électorale, M. Chatelle conclut: «Il faudra un jour se souvenir de Pierre Laporte.» Un commentaire auquel on n'a sûrement pas accordé beaucoup d'importance au moment de sa publication mais qui, après la crise d'octobre et l'assassinat de M. Laporte, apparaît aujourd'hui prophétique...

Les héros de l'indépendance: Marcel Chaput

L'autre interview de cette édition de Point de mire, réalisée par le directeur de la revue, Jean Côté, constitue le versement initial d'une série dédiée aux «héros de l'indépendance», ceux et celles qui ont lutté pour la souveraineté bien avant la fondation du Parti Québécois en 1968. Il n'est pas surprenant qu'on ait choisi comme premier «héros» Marcel Chaput, militant de longue date et cofondateur du RIN (Rassemblement pour l'indépendance nationale) en 1960.

Ce qui m'a le plus intéressé en relisant le texte, c'est l'importance accordée aux débuts de ses interventions publiques en faveur de l'indépendance, en 1961-62. L'action se déroulait dans mon patelin, Gatineau (anciennement Hull) et Ottawa. Marcel Chaput demeurait dans le Vieux Hull et travaillait au fédéral (en anglais), sur l'autre rive. Pour ceux et celles (ils sont nombreux) qui ont vécu tette expérience ou compris les rapports d'inégalité entre francophones et anglophones dans la région de la capitale fédérale, plonger dans le récit de M. Chaput éveillera de vieux souvenirs.

On apprend dans cet interview que le jeune Chaput a fait deux ans de secondaire au high school de l'Université d'Ottawa dans les années 1930 (clairement peu de choses avaient changé quand j'y suis arrivé à la fin des années 1950). L'algèbre y était enseigné en anglais par G.-O. Julien, rédacteur-en-chef du quotidien Le Droit! Juste ça suffit pour comprendre cette école et l'esprit de colonisé qui prévaut au sein des collectivités francophones d'Ottawa et Gatineau. Comme militaire durant la 2e Guerre mondiale, Marcel Chaput avait subi bien sûr le commandement d'officiers anglophones, qui lui ont conseillé d'aller étudier le génie chimique à McGill (ce qu'il a fait). Surtout pas à l'Université de Montréal que les anglos critiquaient constamment...

Son départ rocambolesque du Conseil fédéral de recherches sur la défense fin 1961 après avoir prononcé des discours publics comme membre du RIN, interventions qui avaient soulevé des débats à la Chambre des communes, et joué au chat et à la souris avec ses patrons anglais, se déroule dans un milieu de travail qui, sur le fond des rapports franco-anglo, a peu changé en dépit des séances répétées de maquillage style Loi sur les langues officielles...

L'interview avec Marcel Chaput mériterait d'être relu en 2025 mais je n'ai pas trouvé de références à la revue Point de mire sur le site BANQ (Archives nationales du Québec). J'aurais laissé un lien. Ma conclusion? Je dois conserver ce magazine pour la postérité, même après mon déménagement. Angoisse soudaine: que ferai-je si les autres numéros de Point de mire m'apparaissent tout aussi importants? Et que dire des autres magazines que j'ai gardés, de mes dossiers de documents et des quelque 1600 livres qui restent sur mes tablettes?

J'y repenserai demain...


jeudi 1 janvier 2026

2026... à l'attaque!

1er janvier 2026

Chaque année de notre vie a son importance, ses faits saillants, ses bonheurs, ses peines. 2026, cependant, sortira de l'ordinaire... si telle chose existe. Le 1er juillet, Ginette et moi quitterons cette maison que nous habitons depuis sa construction à l'automne 1988, celle qui a vu nos enfants grandir et s'épanouir avant de quitter pour voler de leurs propres ailes, celle où j'ai travaillé à contrat pendant près de 25 ans, celle qui abrite des milliers de livres, disques, documents et autres objets accumulés et conservés au fil des décennies.

Depuis quelques mois, j'ai offert et donné quatre ou cinq rayons complets de nos huit bibliothèques (environ 400 livres), ainsi qu'entre 300 et 400 vinyles 33 tours et disques compacts. Mais j'ai aussi un centre de documentation avec des tiroirs remplis de dossiers d'actualités remontant aux années 1960, ainsi que des centaines de magazines et journaux des 60 dernières années. Finir avant la fin du printemps le ménage qui s'impose dans ce capharnaüm compte parmi mes résolutions principales du Nouvel An.

Le deuxième dossier prioritaire sera l'élection québécoise d'octobre 2026, notre ultime chance de mettre en marche le processus d'accession à l'indépendance. J'y reviendrai au cours des prochains jours...

À suivre...



mercredi 24 décembre 2025

Peuple debout!

En cette veille de Noël, l’Avent tire à sa fin. Dans notre nation jadis franco-catholique, l'Avent était une période grise, un mois d’espoir où les fidèles attendaient le droit de festoyer. Puis, la soirée du 24, à l’église, quand sonnaient les douze coups de minuit annonçant Noël, la chorale entonnait le «Minuit, Chrétiens!» et d’un coup, le «peuple à genoux» se levait pour «chanter sa délivrance».

En cette fin de 2025, la nation québécoise languit dans un «Avent» interminable qui, espère-t-on, amorcera son dernier droit en octobre prochain avec l’élection du PQ dont la cote de popularité, sous la barre des 10% au début de l’automne 2022, frise désormais les 40% et annonce une solide majorité à l’Assemblée nationale.

Mais le calvaire n’est pas fini pour autant. L’année 2026 s’annonce pénible. Ottawa s’efforcera de briser toute velléité d’autonomie pour nous garder bien «à genoux».

Le gouvernement Carney piétinera les compétences du Québec en santé, en éducation, en culture, versera des dizaines de millions de $ pour renforcer l’anglais au Québec, interviendra auprès de sa Cour suprême (dont il nomme seul les juges) pour saboter les demi-mesures de la CAQ en promotion de la laïcité et protection de la langue française… sans oublier le prochain référendum.

Le PQ a doublé sa députation depuis 2022 sans prêter serment au roi et les jeunes se rallient de nouveau au vaisseau amiral de la souveraineté! L’élan est donné et rien ne doit le freiner. Retroussons nos manches pour cet ultime assaut vers l’indépendance. Après la victoire du «Oui», nous pourrons enfin chanter fièrement: «Peuple debout!»

Joyeux Noël et Bonne Année 2026!

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Écoutez le Minuit, Chrétiens! de Bruno Pelletier - https://www.youtube.com/watch?v=YrUPLO03mKQ

lundi 22 décembre 2025

Nuages noirs au Devoir

Le Devoir avait fait grand cas de la remise du Prix Olivar-Asselin à Christian Rioux en 2010


Quand l'ex-quotidien Le Droit et/ou son propriétaire, Power Gesca, m'avaient évincé comme éditorialiste en mai 2014 pour avoir protesté sur mon blogue contre la disparition annoncée des six quotidiens régionaux de l'empire Desmarais, le chroniqueur Stéphane Baillargeon avait abordé dans les pages de son journal, Le Devoir, cette question toujours épineuse du droit des journalistes d'émettre des critiques à l'endroit de leur employeur.

Dans son texte du 2 juin 2014 intitulé Gesca et la bouche cousue, M. Baillargeon avait rappelé ces paroles de l'humoriste Guy Bedos: «Je croirai vraiment à la liberté de la presse quand un journaliste pourra écrire vraiment ce qu'il pense de son journal. Dans son journal.»

Et le chroniqueur du Devoir d'ajouter: «L'autocritique médiatique, la vraie, la profonde, se fait plutôt rare. Les journalistes, les médias, varlopent tout, ou presque, mais ils ont bien de la difficulté à admettre leurs propres travers, leurs propres fautes, leurs propres bêtises...»

«Chez Gesca, écrivait-il, les mêmes qui ont passé les dernières années à épier les moindres dérives de Radio-Canada ou de Québecor auront-ils maintenant le courage de rappeler ce qui se passe au sein de leur propre petit empire médiatique?»

Lise Payette

Deux ans plus tard, au début de mai 2016, Le Devoir a affronté un dilemme similaire en congédiant Lise Payette, dont la chronique hebdomadaire paraissait depuis neuf ans. Les motifs de la décision, prise quelques mois après l'arrivée du nouveau directeur Brian Myles, n'ont pas été immédiatement révélés au public, qui n'a eu droit qu'au petit avis ci-dessous se terminant par un cynique double sens: «Nous tenons à la remercier». En effet...


Quelques mois plus tard, dans une entrevue au journal Métro, Mme Payette affirmait ne pas savoir pourquoi on l'avait éconduite, autre qu'un différend sur le contenu de sa toute dernière chronique. «Je n'ai aucune idée de ce qui a justifié leur décision, disait-elle. Ça ne m'a pas été expliqué. (...) J'ai été mise à la porte comme une voleuse.»

Cette sortie a obligé Le Devoir à sortir de son mutisme. Dans un communiqué du 31 août 2016, le quotidien déclare avoir «mis fin à la collaboration de Mme Payette pour des raisons précises qui lui ont été expliquées lors d'une conversation téléphonique» avec M. Myles et la rédactrice en chef Luce Julien. Cette conversation aurait fait ressortir l'impossibilité de s'entendre sur «les critères de rigueur associés à la publication de chroniques.»

L'une dit blanc. Les autres noir. Qui dit vrai? Quand on m'a limogé en 2014, le rédacteur en chef m'avait clairement expliqué que c'était à cause de mon texte de blogue critiquant les décisions de Gesca Power sur l'avenir de ses quotidiens papier. Le lendemain, le PDG du journal est allé affirmer publiquement que mon départ était relié à une réflexion sur une refonte des pages d'opinion en cours depuis des mois. Une refonte dont personne n'avait entendu parler au journal... Si mon rédacteur en chef avait raison, le PDG mentait. Mais pour les lecteurs du journal, comment savoir?


Et maintenant, Christian Rioux

Et nous voilà en 2025 à la décision du Devoir mettre à la porte un de ses chroniqueurs vedette, Christian Rioux, sans même lui permettre de faire ses adieux dans les pages du quotidien (ce que Le Devoir disait avoir offert à Mme Payette). M. Rioux avait préparé une dernière chronique qui, précise-t-il, «ne paraîtra pas dans Le Devoir puisque celui-ci, après 30 ans de loyaux services, ne veut plus de votre humble serviteur». Son texte ciblait l'évolution idéologique du journal depuis l'arrivée de M. Myles, où un climat perçu de conformisme et de censure incitait désormais à «ne pas faire de bruit, ne pas susciter de controverse». (voir lien en bas de page) Et M. Rioux d'ajouter: «Contrairement à ce que clame sa publicité, la liberté de penser se porte mal» au Devoir.

Survenant après la démission au Devoir du chroniqueur Normand Baillargeon, philosophe et adversaire du «dénialisme», l'an dernier, l'éjection de Christian Rioux vient en quelque sorte accréditer l'existence d'une intolérance croissante envers les rédacteurs qui n'endossent pas avec enthousiasme certaines dérives du wokisme. Et le silence assourdissant du quotidien devant les propos de M. Rioux et les plus de 140 000 visionnements et appuis sur les réseaux sociaux ne fait qu'accentuer les soupçons.

140 000 visites au statut de Christian Rioux sur «X», 420 reprises sur d'autres pages et un millier de «J'aime»... Cela ne devrait-il pas suffire pour soutirer au moins une déclaration officielle du Devoir?

Pour qui lit Le Devoir (j'en suis depuis les années 60 et je reçois toujours notre journal national en version papier à la maison), il apparaît clair que les ténors du vieux «nous» franco-québécois sont tombés en disgrâce. On leur préfère aujourd'hui les thuriféraires d'une soi-disant diversité trop souvent hostile aux valeurs de la majorité historique en matière de promotion du français, de la laïcité, et dans une certaine mesure, du mouvement indépendantiste.

L'état général de la presse écrite québécoise, et sans doute d'une grande partie de la presse électronique, est de plus en plus un fidèle reflet d'un conformisme et d'une autocensure qui mine ce qui reste de nos grandes salles de rédaction. Il y a 10 ans, plusieurs prédisaient un brillant avenir sans papier à nos six quotidiens régionaux. Il n'y a pas eu de véritable débat. Le silence de la grande majorité de nos journalistes était assourdissant. Les rares voix dissidentes ont été étouffées dans la clameur des bravos. Aujourd'hui, ces journaux n'existent plus!

Ce qui se passe au Devoir en 2025 me rappelle de mauvais souvenirs. L'accent mis sur les plates-formes numériques du quotidien, s'il se poursuit, annonce des jours sombres pour le journal papier qui, sur le plan de la présentation, bat déjà de l'aile. Couverture de l'actualité souvent réduite au minimum, incohérences dans le choix des nouvelles, mise en page trop simplifiée (pour ne pas dire négligée), gaspillage constant d'espace précieux et plus. L'impression laissée, c'est qu'on produit toujours une version papier pour accommoder les vieux lecteurs et qu'à la première occasion, on misera sur le tout-numérique. Avec des conséquences funestes.

Trouble-fête essentiels

Les fortes têtes si essentielles, les rabat-joie, les personnes qui gâchent ce glissement qu'on voudrait harmonieux vers une «bien-pensance idéologique» (expression de Christian Rioux) ont la vie dure. Surtout si leurs critiques sont en tout ou en partie dirigées vers leur employeur. Gauche, droite, bien, mal, tout est désormais sens dessus dessous. Les repères historiques sombrent dans un brouillard de désinformation. M. Rioux a bien raison d'affirmer, dans un tel contexte, qu'il est difficile pour un journal, Le Devoir en l'occurrence, de rester «ce lieu où doivent s'affronter les idées qui feront le Québec de demain», d'y parler «de notre survie comme peuple, de notre langue, de notre avenir économique et même de souveraineté», 

Le Devoir n'est pas un journal comme les autres. Il ne doit pas être abandonné à une génération de mauviettes. Christian Rioux croit que notre quotidien national «renouera avec sa mission historique er retrouvera son âme». Mon expérience au Droit sous Power Gesca ne permet pas l'optimisme de l'ex-chroniqueur du Devoir. Seules de solides estacades bloqueront un rouleau compresseur aussi puissant que celui qui a écrabouillé en moins de dix ans plus de la moitié des journaux quotidiens du Québec. Voyez-vous bien des gens prêts à monter aux barricades pour défendre la diversité d'opinions? Qu'a fait, qu'a dit la FPJQ (Fédération professionnelle des journalistes du Québec) pour défendre des braves comme Christian Rioux? Bruits de criquets... L'âme de la presse québécoise s'éteint.

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Lien au texte de Christian Rioux sur Facebook - https://www.facebook.com/richard.martineau.71/posts/christian-rioux-explique-les-raisons-de-son-congédiement-du-devoirça-démontre-as/10163736409337220/


mercredi 3 décembre 2025

Marc Miller and company

Avec un Anglo-Québécois comme Marc Miller à la tête du ministère responsable des Langues officielles à Ottawa, les francophones - tant au Québec qu'ailleurs au Canada - peuvent s'attendre à des années de vaches maigres. Clairement, ce type a analysé la situation, les chiffres des recensements, les témoignages d'experts, mais n'y a rien compris, ou feint de ne pas percevoir un recul du français qui crève les yeux, même en territoire québécois.

Depuis son adoption en 1969, la Loi sur les langues officielles (LLO) avait instauré au pays une symétrie totalement fictive entre le vécu linguistique des francophones hors Québec démunis et celui des Anglo-Québécois ultra-gâtés. Grâce à l'insistance du Bloc québécois, la plus récente mouture de la LLO pilotée par Mélanie Joly avait enfin reconnu que le français était la seule langue menacée au Canada, y compris au Québec.

Le vote du 15 mai 2023 à la Chambre des Communes, quasi-unanime (300 à 1), entraînait la reconnaissance officielle d'une nouvelle asymétrie où les Franco-Québécois étaient vus comme majoritaires au Québec mais aussi minoritaires pour l'ensemble du Canada. Quant aux Anglo-Québécois, c'était, désormais, les voir plus qu'avant comme partie intégrante de la majorité anglo-canadienne. Le seul vote contre l'adoption de la nouvelle LLO fut celui d'Anthony Housefather, député anglophone de Mount Royal. On devine pourquoi.

Si ce vote contre un projet de loi de son propre parti n'a pas entraîné de conséquences pour M. Housefather, c'est que son opposition était sans doute partagée en sourdine par d'autres députés libéraux anglophones ou anglicisés de la grande région montréalais. À entendre Patricia Lattanzia (St-Léonard-St-Michel) ou Emmanuela Lambropoulos (Saint-Laurent), par exemple, il est difficile de croire qu'elles soutiendraient avec conviction la thèse du français menacé et en déclin au Québec. Jusqu'à maintenant, au Québec, la LLO a toujours servi uniquement les intérêts des anglophones. Ces députés préféreraient probablement ne rien changer au régime qui les favorise depuis plus d'un demi-siècle.

Cette semaine, le nouveau ministre des Langues officielles, Marc Miller, député de Ville-Marie-Sud-Ouest-Île des Soeurs, s'est carrément rangé dans le camp des Housefather et compagnie. Dans la circonscription montréalaise qu'il représente, la grande majorité des immigrants s'intègre à la collectivité anglophone, mettant de plus en plus les francophones en minorité. Ces quartiers du centre-sud de Montréal sont l'illustration même du déclin global du français que M. Miller refuse de reconnaître. S'il se donnait la peine d'étudier la dynamique linguistique de son propre patelin, ses yeux s'ouvriraient, à condition qu'il soit disposé à les ouvrir.

Dans Ville-Marie-Sud-Ouest-Île des Soeurs, 20% des répondants au recensement de 2021 donnent l'anglais comme seule langue maternelle, contre 38,1% pour le français. Avantage français, comme on serait en droit de l'espérer, étant au Québec, sous la Loi 101? Pas du tout! Avec l'anglicisation massive des populations de «langues non officielles», de l'arabe au mandarin, le recensement indique que plus de 87% des 133 000 résidants de cette circonscription comprennent l'anglais, alors que seulement 75,9% ont appris le français. La grande majorité des francophones connaissent l'anglais. Ils n'ont pas le choix...

Marc Miller a fréquenté le collège de Brébeuf et l'Université de Montréal pendant des années avant de terminer ses études universitaires à McGill, où son père avait été doyen. Il devrait être mieux informé. Mais non, il dit des sornettes. La pire? Le ministre se plaint que le débat linguistique est «trop politisé». Non mais d'où sort-il? Les menaces qui pèsent contre la langue française dans notre coin d'Amérique ont alimenté un débat politique incessant depuis plus de 200 ans. Notre survie reste à l'agenda des gouvernements depuis l'époque du Bas-Canada, et y restera tant qu'il y aura menace. Il est difficile de croire que M. Miller soit si naïf...

Comme Québécois, dit le ministre «je suis assez tanné de ce débat qui est généralement identitaire et électoraliste». Une autre niaiserie! Bien sûr le débat sera identitaire. La langue française étant le marqueur principal de notre identité nationale, il ne peut en être autrement, M. Miller. Essayez de discuter de la situation du français en évitant totalement les facteurs identitaires. C'est impossible. Et comme le débat appelle des interventions gouvernementales à tous les niveaux, il sera présent dans toutes les campagnes électorales. Le ministre Miller aimerait sans doute qu'on en parle beaucoup moins aux prochaines élections. Autant de chance de cela que de gagner la Lotto Max...

Le refus de reconnaître un déclin «global» du français au Québec s'accompagne chez Marc Miller de l'aveu d'un déclin «à certains égards», un recul purement «statistique» (pas vraiment sérieux, donc) pour ce qui a trait à «l'usage du français à la maison et au travail». Faut-il pleurer, faut-il en rire, aurait chanté Jean Ferrat. Les données des recensements sur la langue parlée à la maison et au travail sont probablement les marqueurs clés de l'évolution d'une langue en société. La langue parlée à la maison est celle qu'on transmet aux générations suivantes, celle qu'on compare à la langue maternelle pour établir les taux d'assimilation, et un excellent indicateur des pratiques culturelles des occupants. Et le francophone obligé de travailler en anglais en subit des séquelles permanentes avec l'utilisation de mots et expressions anglais à coeur de semaine, la prolifération d'anglicismes, et une pauvreté croissante du vocabulaire français.

Si M. Miller ne comprend pas, par ailleurs, que derrière le mot «statistique», il y a des milliers, des millions de personnes en chair et en os qui, collectivement, forment une nation, il n'est pas trop tard pour le lui enseigner. Quand un francophone travaille partiellement ou entièrement en anglais, il transporte la langue qu'on lui impose dans sa famille et dans ses cercles d'amis. Il aura davantage tendance à suivre des médias de langue anglaise, sur Internet, à la télé, en lecture. C'est ça, M. le ministre «tanné», le visage humain du déclin statistique de la langue française dans des régions comme Montréal et l'Outaouais. 

Ça s'annonce mal. Dans ce gouvernement dirigé par le premier ministre Mark Carney, la langue et la culture française suscitent peu d'intérêt, autre que pour les contester devant des juges qu'il nomme seul. Et voilà que siège désormais au cabinet un ministre des Langues officielles qui ignore (au sens propre du mot) les véritables enjeux linguistiques du Québec et du Canada, et ne semble pas très intéressé à s'en informer, autre que pour dénoncer ceux et celles qui ne cessent de proclamer l'urgence d'agit pour mettre fin à un déclin dramatique de la langue française. Les Anglo-Montréalais et les nouveaux arrivants en voie d'anglicisation doivent être fiers de lui...