jeudi 22 février 2024

Le Vieux Hull... Bientôt ce sera «The Old Hull»...

La langue dominante... bleu pour le français... rouge pour l'anglais...

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Le site Web du quotidien Le Devoir a remis ce 21 février 2024 un jouet fort éducatif à son lectorat (voir lien en bas de page), en particulier à ceux et celles qui suivent de près les déboires de la langue française au Québec (et ailleurs au Canada).

À l'aide d'une carte interactive, on peut à l'écran promener la souris d'un quartier à l'autre dans la localité de son choix et extraire sans effort les données du recensement 2021 sur la langue maternelle. J'ai ainsi pu découvrir que dans mon quartier de Gatineau, l'Orée des bois, 85% des résidents se disent de langue maternelle française (première langue apprise et encore comprise). S'y ajoutent 7% dont l'anglais est la langue maternelle et 8% d'autres langues (arabe, espagnol).

Le critère de la langue maternelle n'est pas le meilleur pour identifier les véritables francophones. La langue la plus souvent parlée à la maison (langue d'usage) constitue un indicateur plus précis malgré ses imperfections. Mais sans un outil comme celui que Le Devoir a mis en ligne, il est à peu près impossible, à partir des données disponibles via Statistique Canada, de cibler la langue d'usage par quartier.

Ce que ce jouet éducatif permet de faire, c'est d'illustrer à quel point s'est anglicisé le coeur de l'ancienne ville de Hull, qu'on appelle aussi l'île de Hull, là où se concentraient jusqu'aux années 1960 les maisons allumettes, où trônaient autour de la rue Principale le palais de justice, l'hôtel de ville et la vieille église Notre-Dame. Au recensement de 1961, plus de 90% des répondants hullois donnaient le français comme langue maternelle (8,2% pour l'anglais).

Après les expropriations, les démolitions et les incendies, suivies d'une invasion de milliers de fonctionnaires fédéraux anglophones au centre-ville, tout a changé. La construction d'un nouvel hôtel de ville (Maison du citoyen) et d'un édifice du gouvernement québécois (Place du Centre) n'a pas endigué l'envahissement de l'anglais au coeur du vieux Hull. Maintenant on voit, dans ce territoire à distance de marche du centre-ville d'Ottawa, champignonner des tours d'habitation dont on devine les conséquences pour ce qui reste de l'ancien caractère français du quartier...

Le mot clef ici est «devine»... On peut supposer, et c'est fort plausible, qu'une forte proportion des nouveaux résidents d'appartements et condos riverains sont anglophones, et nouveaux arrivants de l'Ontario qui, somme toute, voient l'île de Hull comme une extension de la capitale fédérale, Ottawa. Mais personne n'est allé compter, de porte à porte, sauf au recensement de 2021 dont Statistique Canada ne révèle pas toutes les données. De toute façon, la situation évolue de mois en mois et j'ai la conviction qu'en 2026, les nouveaux chiffres viendront confirmer la déchéance définitive de la langue française dans ce quartier qu'on voudrait le centre-ville de Gatineau.

Mais revenons à l'outil éducatif offert par Le Devoir. Je m'en suis servi pour ausculter de long en large l'île de Hull et les résultats étaient pires que ce à quoi je m'attendais. À quelques endroits, le français langue maternelle dépasse le seuil de 60% (déjà un recul à faire peur), mais le plus souvent la proportion oscille entre 50 et 55%!!! Dans un coin de l'île, près du boulevard des Allumetières, le français langue maternelle est désormais minoritaire (48%)... Au prochain recensement (2026), la proportion de personnes ayant le français comme langue maternelle dans le vieux Hull risque fort de chuter sous la barre des 50%! C'était 90% il y a un peu plus de 50 ans...

Au cours des 30 dernières années, les secteurs Hull et Aylmer de Gatineau, et notamment le vieux Hull, sont devenus un terrain de chasse pour des promoteurs immobiliers qui ne cessent d'inviter les Ontariens à déménager dans leurs maisons et immeubles bien moins coûteux qu'à Ottawa. Les résultats étaient prévisibles. Les Anglo-Ontariens savent compter, eux aussi. De 83% en 1961, la proportion de personnes de langue maternelle française dans Hull-Aylmer est passée à 72,6% en 2001, 68,7% en 2011 et 63,7% en 2021... Et comme la différence avec la langue d'usage est quasi nulle dans ce coin de Gatineau (63,7%), j'estime qu'on a là un indicateur valable du précipice vers lequel les francophones, guidés par leur conseil municipal, courent en troupeau... Dans un des quartiers de l'île de Hull, on ne dénombre que 48% de personnes de langue maternelle française!

Nous assistons à notre disparition en temps réel, sur nos écrans, et restons là à rien faire. À suivre l'exemple de nos élus...

 Il y a 50 ans, les deux secteurs d'Ottawa que j'ai barbouillés auraient aussi été peints en bleu...

Lien à l'outil interactif du Devoir - https://www.ledevoir.com/interactif/2024-02-21/langues-maternelles-outil/index.html

1 commentaire:

  1. Je ne sais pas si la Ville de Gatineau est au courant (ou même si elle s'en soucie réellement). Les promoteurs immobiliers ont beaucoup d'influence sur la mairesse de Gatineau, dont un en particulier, dont vous connaissez bien le nom. Les politiciens anglophones, y compris les deux premiers ministres dont le nom de famille est Trudeau et dont la langue maternelle, dans un cas comme dans l'autre, est l'anglais, ont aussi beaucoup de poids dans une région aussi libérale que l'Outaouais et c'est bien dommage. Beaucoup de gens au Québec pensent que l'assimilation est un bonhomme sept heures qui ne sert qu'à faire peur aux enfants, alors qu'il suffit de regarder les Cajuns de Louisiane pour voir que c'est une réalité bien concrète. Il faudrait trouver une façon de faire peur aux anglophones. Dans le meilleur des cas, une victoire du Parti québécois lors des prochaines élections pourraient suffir à effrayer suffisamment les Canadiens anglais, sans parler de Québec solidaire, une formation officiellement indépendantiste qui commence à prendre au sérieux son choix de s'affirmer ouvertement et activement en faveur de cette option. Une alliance électorale entre les deux serait utile et il n'est pas impossible que les chefs de ces formations, sans parler du Bloc québécois au fédéral, soient en train de préparer quelque chose à cet effet. J'ai certainement l'impression qu'il y a eu une concertation et que M. Nadeau Dubois s'est chargé d'entreprendre une mission de normalisation du parti, en vue de le rendre plus présentable aux yeux des électeurs et des électrices, surtout ceux et celles qui se trouvent hors de Montréal et des grands centres urbains. La nouvelle porte-parole, originaire du Témiscamingue, est évidemment un exemple qui va en ce sens. Je me demande toujours si mettre le feu à un drapeau canadien dans le centre-ville de Gatineau pourrait être un geste utile pour lancer un message clair à la population d'Ottawa que les anglophones ne sont pas les bienvenus, même s'il est avantageux, au niveau du coût du logement, de se loger du côté québécois de la rivière des Outaouais. Je serais prêt à approcher le Parti québécois en ce sens, pour voir si les associations péquistes de l'Outaouais accepteraient de se prêter à une telle opération. Qu'en pensez-vous, M. Allard? Cela vous semble-t-il une bonne idée?

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