samedi 10 octobre 2026

Pour siéger à l'Assemblée nationale, prêter serment à Charles III est désormais illégal

Le projet de loi 4, adopté par l'Assemblée nationale le 9 décembre 2022 pour permettre aux trois mousquetaires du PQ de pouvoir siéger sans prêter serment au roi Charles III
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capture d'écran du site des textes constitutionnels du ministère fédéral de la Justice indiquant que l'AANB a été modifié par la Loi 4

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Ce que dit la Loi de l'Assemblée nationale de 1982 au sujet du serment d'allégeance d'un député élu

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Le chef libéral Charles Milliard a annoncé quelques jours avant l'élection qu'à l'assermentation des députés, il déclarerait son allégeance au peuple québécois, plutôt qu'au roi Charles III. Comme s'il avait le choix... Je ne suis pas juriste mais il me semble que depuis l'adoption de la Loi 4 en décembre 2022 (voir image ci-haut), le seul serment qui soit désormais permis est celui prévu à la Loi de 1982 sur l'Assemblée nationale (voir texte ci-dessus).

On aura beau rappeler que cette loi - celle qui a permis aux trois mousquetaires du PQ de siéger après le scrutin d'octobre 2022 - est contestée devant les tribunaux par l'avocat Lawrence David, elle ne l'est pas par le ministère fédéral de la Justice qui l'a intégrée à son texte officiel de la Loi constitutionnelle de 1967 (voir 2e image du haut). Ottawa indique bien dans son propre texte que l'article 128 sur le serment d'allégeance au monarque britannique ne s'applique pas au Québec, conformément à la Loi 4 de l'Assemblée nationale.

Le seul serment obligatoire - je dirais même plus le seul serment permis - pour un député élu est celui énoncé par l'Assemblée nationale, étant donné que l'article 128 de l'ancienne AANB ne s'applique plus au Québec. Cet article n'existe plus au Québec. Personne ne peut l'invoquer pour continuer de prêter serment au roi Charles III. C'est maintenant illégal. L'élu(e) qui ne respecte pas le serment ci-dessous n'a plus le droit de siéger à l'Assemblée nationale: 

«Je déclare sous serment que je serai loyal envers le peuple du Québec et que j'exercerai mes fonctions de député avec honnêteté et justice dans le respect de la constitution du Québec.»

Les textes fédéraux et québécois concordent. Le vieil article 128 de la Constitution canadienne de 1867 fait maintenant partie des livres d'histoire. Au Québec, il n'existe pas. Il n'y a plus de choix entre le serment de 1867 et celui de la Loi québécoise de 1982. Au regard de la Loi 4, le serment de la Loi sur l'Assemblée nationale est le seul qui soit obligatoire. Au regard de la Loi de 1982 il est tout simplement le seul. Prêter serment à Charles III n'est plus permis.

Un premier pas en attendant de se débarrasser des autres vestiges de la monarchie britannique...

vendredi 9 octobre 2026

Dans un scrutin serré, 23 majorités massives...

Au centre, le West Island (capture d'écran de Rasio-Canada)


Je m'amuse depuis quelques jours à analyser les résultats parfois rocambolesques de l'élection québécoise du 5 octobre. Dans les médias, chacun commente à sa façon la répartition parfois serrée du vote entre cinq formations, le pouvoir ayant été arraché par le PQ avec seulement 28% des voix. Mais en regardant de près, on se rend compte que ce portrait ne traduit pas la réalité de toutes les régions du Québec.

Dans 23 des 107 circonscriptions, la candidate ou le candidat vainqueur a amassé plus de 50% des voix exprimées, laissant loin derrière tous ses adversaires.

Évidemment, le bloc le plus spectaculaire de victoires massives se situe dans le West Island (voir tableau ci-dessous), où les anglophones votent de façon quasi soviétique pour la formation qui leur ressemble le plus, le Parti libéral du Québec/Québec Liberal Party. Dans les 10 circonscriptions de l'ouest de l'île de Montréal, la part du vote libéral oscille entre 51% et 73%!!!

Le champion, Gregory Kelley, réélu dans Jacques-Cartier, la circonscription la plus anglophone du Québec, a engrangé à lui tout seul 73,2% des voix, pour une majorité de près de 20 000 votes (numéro 1 au palmarès des majorités). À noter que dans le West Island, on retrouve 10 des 15 circonscriptions les plus anglophones au Québec. Quatre des cinq autres (Vaudreuil, Saint-Henri-Sainte-Anne, LaFontaine et Soulanges) sont situées à proximité.

Dans la dernière, Pontiac (Outaouais), 7e circonscription la plus anglophone du Québec, les libéraux obtiennent 48% des voix. 
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Jacques-Cartier - 73,2% des votes au PLQ (majorité de 19147)
Robert-Baldwin - 65% des votes au PLQ (majorité 15334)
D'Arcy-McGee - 60,8% des votes au PLQ (majorité 11119)
Notre-Dame-de-Grâce - 61,1% des votes au PLQ (majorité 11594)
Westmount-Saint-Louis - 59,9% des votes au PLQ (majorité 10 803)
Nelligan - 63,3% des votes au PLQ (majorité 16580)
Marguerite-Bourgeois - 52,6% des votes au PLQ (majorité 10372)
Saint-Laurent - 54,5% des votes au PLQ (majorité 11614)
Marquette - 55,3% des votes au PLQ (majorité 10651)
Mont-Royal-Outremont - 50,9% des votes au PLQ (majorité 9519)
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On ne peut passer sous silence un autre bloc de victoires très décisives, celles des conservateurs d'Éric Duhaime, dans la grande région autour et au sud de la ville de Québec. Compte tenu de la montée spectaculaire des appuis au PCQ dans les derniers jours de la campagne, on peut se demander ce qui serait advenu si le scrutin avait eu lieu une semaine plus tard... 

Quoiqu'il en soit, dans cinq circonscriptions, le PCQ a récolté des majorités à faire rêver avec plus de 50% des voix exprimées (voir tableau ci-dessous). Ça ressemble à une vague en formation et tout porte à croire qu'elle aurait pu s'amplifier. Malheureusement...

À noter: les victoires les plus massives de la troupe d'Éric Duhaime ont été enregistrées dans le groupe des 20 circonscriptions les plus francophones du Québec (entre 98 et 99%...)

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Bellechasse - 63,8% des votes au PCQ (majorité de 17221)
Beauce-Nord - 61.9% des votes au PCQ (majorité de 16724)
Beauce-Sud - 58,2% des votes au PCQ (majorité de 13499)
Lotbinière-Frontenac - 54,4% des votes au PCQ (majorité de 15859)
Portneuf - 51,6% des votes au PCQ (majorité de 14272)
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Aussi digne de mention: les victoires sans appel des candidats de Québec Solidaire (Alexandre Boulerice, Ruba Ghazal, Alexandre Leduc et Andrés Frontecilla) dans leurs châteaux-forts de l'île de Montréal. Un signe très clair que leurs appuis transgressent les frontières linguistiques. La circonscription de Laurier-Dorion, par exemple, compte 43% de non-francophones. Un exploit dans le contexte d'une élection si serrée...
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Gouin - 62,6% des votes à QS (majorité 14419)
Mercier - 59,2% des votes à QS (majorité de 11930)
Hochelaga-Maisonneuve - 51,9% des votes à QS (majorité de 7391)
Laurier-Dorion - 50,7% des votes à QS (majorité de 6544)
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Enfin, le champion des luttes plus contestées, le Parti Québécois, a tout de même raflé des majorités impressionnantes en Gaspésie et aux Îles-de-la-Madeleine, ainsi que sur la Côte-Nord (voir tableau). Comme d'habitude, c'est Pascal Bérubé qui a amassé la plus forte majorité, la quatrième plus importante du Québec après Gregory Kelley, Éric Duhaime et Patricia Drouin (PCQ). L'est du Québec semble pour le moment vouloir demeurer une valeur sûre pour le PQ.
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Matane-Matapédia-Mitis - 67,8% des votes au PQ (majorité de 15934)
Îles-de-la-Madeleine - 66,5% des votes au PQ (majorité de 3501)
René-Lévesque - 50,7% des votes au PQ (majorité de 6202)
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Il y a enfin le cas d'Ungava où le PQ a remporté l'élection avec 63,3% des voix exprimées. La proportion de non-francophones est l'une des plus élevées du Québec (plus des deux tiers) mais la présence de 55% d'Autochtones (Inuits) qui ne semblent pas beaucoup voter explique la domination du Parti Québécois.

samedi 3 octobre 2026

Un ultime élan... ou le début de la fin?

capture d'écran des sondages Léger, 3 octobre 2026


Au surlendemain du scrutin du 3 octobre 2022, j'ai écris que les prochaines élections, celles du 5 octobre 2026, constitueraient sans doute la dernière véritable chance de prendre l'ultime élan vers un Québec français et souverain. Je le répète depuis quatre ans. Et nous y voilà, à la fin d'une campagne électorale somme toute désastreuse. 

Le froid pinceau des recensements brosse depuis longtemps le tableau d'une langue et d'une culture françaises en chute. Médias et politiciens continuent de faire fi de cette réalité qui risque de mettre fin à notre aventure de 400 ans dans le grand bassin du Saint-Laurent. Au cours d'une quarantaine de jours de campagne, notre combat pour le français a à peine été effleuré...

À deux jours du vote, les partis ont laissé aux pieds d'une nation sceptique une monstrueuse empilade de promesses destinées à séduire l'électorat. Comme des marionnettes animées par les mains invisibles de sondeurs et d'experts en marketing, ils ont tissé leurs toiles dans une jungle médiatique largement irresponsable. Qu'en reste-t-il, au-delà de l'éternelle peur référendaire et des perceptions superficielles de l'idéologie des partis et la personnalité de leurs chefs?

Nous sommes désormais devant le pire scénario. La majorité des anglos reste solidement collée aux libéraux, le parti qui leur ressemble. En face, les Québécois de langue française se retrouvent éparpillés entre cinq partis - le PQ, le PCQ, la CAQ, QS et le PLQ. L'avance du PQ chez les francophones paraît à peine suffisante pour l'obtention d'un mandat majoritaire, essentiel si l'on veut espérer redresser la situation du français et relancer le mouvement indépendantiste.

Au moment où l'urgence d'agir devient incontournable, la remontée malheureuse d'un vieux fond conservateur dans la Beauce, la capitale nationale et sa rive sud risque de torpiller le tout. Un PQ minoritaire ne trouvera pas d'alliés. Ses jours au pouvoir seront comptés et PSPP pourrait avoir à revivre le cauchemar de Pauline Marois. Si le Parti Québécois finit par échapper le ballon et qu'il nous faut attendre quatre autres années pour reprendre la pouvoir, ce sera probablement la fin.

La nation québécoise entamera pour de bon une lente et douloureuse désintégration. Ça va fêter fort dans le West Island et dans la cuisine du Château Laurier, à Ottawa...

vendredi 2 octobre 2026

Monarchie: volte-face des libéraux?

Capture d'écran de La Presse


Quand Paul St-Pierre Plamondon a promis «d'abolir la monarchie au Québec», il y a quelques jours, les principaux reproches sont venus du camp libéral. Charles Milliard a accusé le chef péquiste d'être «chicanier» et de vouloir amorcer une guerre fratricide avec le gouvernement de Mark Carney.

Encore une fois, nos médias ont raté la chance de poser à M. Milliard quelques questions qui s'imposaient. L'an dernier, le 27 mai 2025, pendant la visite de Charles III au Canada, l'Assemblée nationale du Québec avait adopté à l'unanimité une motion (voir ci-dessous) en faveur de l'abolition du «lien entre l'État du Québec et la monarchie britannique».
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La motion avait été co-présentée par Paul St-Pierre Plamondon et Ruba Ghazal mais tous les députés présents - et ils étaient 106 - ont voté en faveur, y compris ceux de la CAQ de François Legault et du Parti libéral, alors dirigé par Marc Tanguay.

Aucun député du PLQ ne s'est levé pour s'opposer - ou même s'abstenir - lors de l'appel du vote. Si on se donne la peine de lire les débats de l'Assemblée nationale on verra que même le quatuor représentant le coeur de l'ancienne Rhodésie royaliste anglo-montréalaise - Désirée McGraw, Jennifer Maccarone, Michelle Setlakwe et Elisabeth Prass - ont officiellement appuyé l'abolition de la monarchie au Québec!

Ces députés (voir liste ci-dessous) représentent les circonscriptions de Notre-Dame-de-Grace, Westmount-Saint-Louis, Mount-Royal-Outremont et Darcy-McGee et sont toutes candidates au scrutin du 5 octobre. Pourquoi nos intrépides représentants des médias n'ont-ils pas demandé à ces braves gens pourquoi leur parti s'attaquent à PSPP pour une prise de position qu'elles avaient appuyé solennellement à titre de députées à l'Assemblée nationale? 
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Évidemment, nous sommes rendus à la dernière semaine d'une campagne où le «tous contre le PQ» est devenu le mot d'ordre, au Québec comme à Ottawa. Les jambettes. Faire peur au monde. Référendum... Instabilité... Affrontements... Les mots qui font peur, à répétition... L'Halloween avant l'heure...

Des chicanes avec Ottawa, il y en a toujours eu et il y en aura toujours, peu importe le parti qui gouverne, tant que le Québec reste pris dans le carcan de la Charte des longs couteaux. La différence, c'est que le PQ se tient debout alors que les autres partis ont l'habitude de s'écraser.

Enfin, retour à la case départ. Un journaliste d'un de nos grands médias demandera-t-il à M. Milliard de justifier sa prise de position sur l'abolition de la monarchie à la lumière du vote unanime du 27 mai de l'an dernier à l'Assemblée nationale?

dimanche 27 septembre 2026

Souvenirs d'espoirs et de barricades...



Je me souviens, à l'automne 1968, durant l'occupation étudiante de la faculté des sciences sociales de l'Université d'Ottawa (québécoise à 80%), des nuits passées à jaser d'avenir, d'indépendance du Québec, en écoutant sur un vieux tourne-disque des albums de Pauline Julien (La suite québécoise), Robert Charlebois, Gilles Vigneault...

Je me souviens, en avril 1970, alors que je couvrais la campagne électorale québécoise comme journaliste du Droit dans la région montréalaise, de l'effervescence patriotique d'une jeunesse sur laquelle le Parti québécois de René Lévesque se hissait pour donner des sueurs froides aux vieux partis et au Canada anglais...

Je me souviens, après la crise d'octobre, de l'élan socialiste et indépendantiste de la CSN où, aux réunions du conseil confédéral, les délégués de tous les coins du Québec - jeunes et moins jeunes - vibraient au rythme combatif et aux paroles mobilisantes de la chanson Québékiss (ce n'est qu'un début, continuons le combat)...

Je me souviens, en novembre 1976, de frissons de fierté en voyant cette foule de 10 000 partisans en liesse au Centre Paul-Sauvé, à Montréal, acclamant l'élection d'un premier gouvernement du Parti québécois. Ce soir-là, j'ai cru que rien ne pourrait nous arrêter. Je voyais déjà le Québec pays.

L'hymne de Stéphane Venne me trotte toujours dans la tête. Il restera toujours pour moi l'hymne du PQ. «À partir d'aujourd'hui, demain nous appartient»*... 

Cinquante ans plus tard, ma génération se dépeuple. Nous avons 75, 80, 85 ans... Je regarde les 20, les 25 ans, et je ne reconnais plus la ferveur du pays, la flamme de libération, la fierté de la langue et de la culture qui nous animaient... Le feu est-il éteint, où suffit-il d'une étincelle pour rallumer les braises?

Où sont passés les chansonniers? Les artistes? Les bardes-poètes? Il y a 60 ans, Paul Chamberland nous fouettait («en la ruelle Saint-Christophe s'achève un peuple jamais né une histoire à dormir debout un conte qui finit par le début»). Gilles Vigneault nous pressait (Je vous entends gronder comme chute en montagne; je vous entends demain parler de liberté). On disait, on écrivait, on chantait le Québec.

À l'aube de la quatre-vingtaine, je porte toujours le vécu de cette époque d'espoir et de barricades. Il doit bien en rester quelque chose. Je lis les journaux, regarde la télé, scrute les réseaux du grand Internet, cherchant quelque fruit de nos racines. Peut-être demain... Comme le chantait Jacques Michel, «un nouveau jour va se lever»...

Mais le 5 octobre vient vite. Très vite.

«Vienne! Vienne! Le temps des victoires!»

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* Lien à la chanson Demain nous appartient - https://www.youtube.com/watch?v=4gikf7oQOwI


samedi 26 septembre 2026

Le 8 septembre 2027: notez cette date!

Source: Statistique Canada, recensement 2026


Si seulement on avait pu savoir le 8 septembre 2026... le Parti québécois aurait facilement élu 80 députés. Ou plus. Mais nous devrons attendre au 8 septembre 2027 pour enfin prendre connaissance des données linguistiques du récent recensement fédéral. Et à moins que Statistique Canada ne tripote les chiffres, ce dont je doute, les résultats seront plus catastrophiques qu'en 2021 pour la langue française, au Québec et encore davantage dans le reste du Canada.

Entre 2021 et 2026, la population du Canada est passée de 36 600 000 à plus de 41,5 millions, soit une augmentation de plus de 13%. De 8,4 millions en 2021, le Québec a dépassé le cap des 9 millions en 2026 (9% de plus). La seule province à majorité française ne représentera plus que 21,6% de la population du Canada (contre 28,7% en 1951). Cela est préoccupant en soi, mais bien moins que l'évolution (disons plutôt déclin) de la langue française.

Historiquement, le Canada se compose de deux majorités unilingues, l'une anglaise, l'autre (principalement au Québec) française. Depuis le recensement de 2021, tout a changé. Les unilingues français sont en minorité même au Québec et leur nombre (en chiffres réels) décline. Alors que les unilingues français représentaient près de 20% de la population du Canada au milieu du 20e siècle, ils n'étaient plus que 11% en 2021. Et si l'accélération de cette chute se poursuit, à peine 9,5% de la population canadienne (et moins de 45% des Québécois) n'aura coché «français seulement» à la question du recensement sur la connaissance des langues officielles.

Pensez-y. Sur plus de 41 millions d'habitants au Canada, le français deviendra une absolue nécessité pour à peine 4 millions (peut-être moins) de personnes situées à près de 98% au Québec. Le gros bon sens dicte que quelqu'un, quelque part, à Ottawa et dans les provinces à majorité anglophone, commencera à s'interroger sur la nécessité d'un bilinguisme mur à mur au gouvernement fédéral. Et à mesure que la jeune génération de Franco-Québécois se «bilinguise» (contrairement aux jeunes anglos-hors-Québec), la pression augmentera en faveur d'une réaffirmation des ex-droits de la langue anglaise au Québec.

Le tableau que les données linguistiques du recensement 2026 nous peindront avec une précision chirurgicale, au-delà de l'agonie de la francophonie historique hors Québec (on la voyait venir celle-là), c'est celui d'un cancer bientôt terminal pour la langue et de la culture françaises dans son seul réduit nord-américain, le Québec. Au recensement de 2021, le nombre d'unilingues français a chuté de 50 000 au Québec, pendant qu'on enregistrait une hausse d'environ 73 000 unilingues anglophones. Cela vous effraie? Ce sera bien pire le 8 septembre 2027...

La dislocation de notre nation française et laïque ne sera pas belle à voir. Le recensement de 2026 écrira en colonnes de chiffres ce que tous et toutes peuvent voir et entendre dans la rue, dans les réseaux sociaux, dans les médias, un peu partout. Pierre Falardeau l'avait bien saisi: «Un peuple qui meurt, ça meurt longtemps.»

Vous savez, comme moi, qu'il n'existe pas une gamme infinie de solutions. Ou on se laisse mourir - lentement - parce que c'est plus facile que prendre en mains sa destinée politique, ou on prend son courage à deux mains pour se libérer enfin d'un carcan constitutionnel qui nous étouffera à coup sûr. Nous serons français et indépendants, ou ne serons pas...

Statistique Canada nous en fera la preuve le 8 septembre, l'an prochain... Espérons que la balle puisse être saisie au bond par un gouvernement péquiste majoritaire...

mercredi 23 septembre 2026

Une «job de bras» à la une...



Ce matin, 23 septembre 2026, en manchette de la page une de l'édition papier, Le Devoir titrait: «Le PQ ciblé par une enquête d'Amnistie internationale». Bizarre de titre, parce que nulle part dans le texte évoquait-on une enquête d'Amnistie internationale sur le Parti québécois. Bien pire, l'article reposait sur un filet fort mince d'information, amplifié par son traitement rédactionnel ainsi que par sa position en haut de la toute première page du quotidien.

Après avoir décortiqué la nouvelle, on s'aperçoit qu'elle se fonde sur un seul fait: un avis juridique produit par des avocats du service juridique d'Amnesty International à Mexico. Dans leur analyse, ces juristes concluent que quatre plaintes déposées contre la Dre Marie-Ève Cotton - du fait qu'elles émanent de personnes liées au PQ et portent sur des critiques du parti - constituent «une preuve manifeste de ciblage et d'un schéma de harcèlement». 

Le reste est fait de réactions et d'interprétations. Quand l'avis juridique a-t-il été rédigé? Hier? Avant? Pour quelle raison? Sait pas. Pourquoi Amnistie internationale Canada francophone, adversaire connu de la laïcité québécoise, a-t-il jeté de l'huile sur le feu en fin de campagne électorale? Sais pas. Aucun journaliste ne semble avoir jugé utile de poser la question à la directrice générale France-Marie Langlois.

Mais revenons au texte. Si je comprends bien, des avocats d'Amnesty International à Mexico croient que le PQ a «manifestement» ciblé et harcelé Mme Cotton. À partir de quelle information ont-ils rendu cet avis? Quelques documents de Mme Langlois? Sont-ils venus vérifier sur place, au Québec? Qui sont-ils, de fait? Sais pas. Aucun journaliste n'a cru bon de s'en informer. Les membres de la presse ont-ils vu cet avis? Le communiqué officiel d'Amnistie internationale Canada francophone n'évoque même pas l'existence d'un avis juridique...

Les plaintes du Parti québécois avaient été rendues publiques en manchette de la une du Devoir la semaine dernière, jeudi 18 septembre, avec la précision qu'aucune d'entre elles n'avait été retenue par le Collège des médecins. Si ce dernier avait jugé bon d'émettre un communiqué et d'intervenir publiquement à la suite de la publication de cet article, ou si Dre Cotton avait répliqué, j'aurais pu comprendre que la réaction soit publiée à la une. Mais Amnistie internationale Canada francophone est un acteur marginal dans cette affaire, un peu loin de sa mission, et son intervention aurait dû être placée dans une page qui reflète son rôle d'intervenant secondaire.

Ce qui rend ce texte si toxique, ce sont les commentaires de la directrice générale France-Marie Langlois. Celle-ci est allée jusqu'à déclarer que les soi-disant pratiques «de harcèlement et d'intimidation» (!!!) du PQ annoncent une «dérive autoritaire» si le parti vient à gouverner après le 5 octobre. Le Devoir a bu goulument ces paroles provocantes, les ajoutant sous le titre de la une, sans demander à Mme Langlois sur quoi elle se fonde pour affirmer une pareille ineptie.

Les journalistes du Devoir et des autres médias québécois connaissent le Parti québécois depuis assez longtemps pour savoir qu'il n'agit d'un parti démocratique, respectueux de la démocratie québécoise, et qu'il n'a jamais par le passé fait le moindrement preuve de «dérive autoritaire». Un journaliste responsable ne laisse pas un intervenant déverser son fiel publiquement sans lui demander des comptes. On a donné ici à Mme Langlois un chèque en blanc. 

Elle en a rajouté, affirmant qu'une dizaine d'autres personnes (aucune nommée!) disaient avoir subi de «l'intimidation» «de la part de membres du PQ» (ils sont près de 40 000...) par des publications sur des réseaux sociaux. Ce n'est pas très fort, vu l'impossibilité de contrôler les agissements de milliers d'individus. Aucun journaliste n'a approfondi. Les réseaux sociaux sont un milieu d'intimidation constante. À peu près tout le monde qui ose y naviguer en abordant des enjeux partisans ou controversés en a été victime. Je parle en connaissance de cause, ayant été à l'occasion ciblé par d'intenses attaques, parfois haineuses, de trolls fédéralistes.

L'article du Devoir aborde les réactions du Parti québécois mais les intègre à la manchette principale, dans la seconde moitié de l'article, sans même daigner ajouter un sous-titre. Professionnellement, un texte et un titre séparés auraient été indiqués, compte tenu de la nature incendiaire des propos d'Amnistie internationale Canada francophone et de la faiblesse de leur dossier contre le PQ.

Je suis déçu et en colère. Nous sommes en droit de nous attendre au respect des plus hautes normes professionnelles à notre quotidien national, Le Devoir. Au lieu de ça, aujourd'hui, on a eu droit à une «job de bras». Rien de plus.

J'oubliais. Dans l'édition numérique, le titre parle du comportement «des troupes du PQ».... Il ne manque que l'uniforme et l'armement, compte tenu du contexte...




mardi 22 septembre 2026

Les non-francophones, trop souvent des zombies politiques....

Un tableau révélateur...



À quelques jours de l'élection du 5 octobre, l'avenir de la langue française au Québec - gravement menacé - reste un sujet tabou. Je n'y comprends rien. Les ravages de l'assimilation, qui se font cruellement sentir dans la région de la métropole ainsi qu'en Outaouais, ont pourtant une incidence directe sur les intentions de vote.

Les non-francophones voteront à plus de 60% pour le parti des Anglais (le PLQ) selon le plus récent sondage Léger, publié à la mi-septembre. Ils se comportent davantage comme une extension de la majorité anglo-canadienne en sol québécois qu'en citoyens intéressés à participer aux débats à caractère identitaire (langue, laïcité entre autres). Ils sont ni plus ni moins un boulet pour notre démocratie. 

Ne comptez pas sur une ouverture d'esprit chez cette majorité d'anglophones et d'allophones anglicisés. Leur seul souci est de bloquer tout élan visant à renforcer le caractère français du Québec et son autonomie politique. La majorité d'entre eux ne discutent pas de l'indépendance. Ils se contentent le plus souvent de voter pour les libéraux aux élections, et bien sûr NON aux référendums.

Ne participent à la grande discussion sur notre avenir que les 80% (chiffre en baisse) de francophones. Pour mettre en branle le projet de création d'un État souverain, français et laïc, il faudra au moins les deux tiers de ce 80%, l'autre cinquième ayant comme seule mission de tout bloquer. Pas question évidemment de mettre en question leur droit d'agir ainsi, mais il est bon de rappeler à l'occasion cette mauvaise foi collective.

Le déclin du français dans les régions en voie d'anglicisation a un effet certain sur les intentions de vote. Le vote «soviétique» des anglos assure aux libéraux, toujours anglophiles, 25 ou 30 circonscriptions même quand ils n'amassent que 20 ou 25% de la totalité du vote populaire. Ce nombre augmente sous l'impulsion d'une immigration débridée et de l'assimilation d'un nombre croissant de francophones dans les régions où la langue anglaise s'impose de plus en plus.

Si on prend pour exemple l'Outaouais, avec de fortes concentrations anglaises dans les circonscriptions de Pontiac, Hull et Gatineau, on s'aperçoit que la proportion de francophones favorables au PLQ est plus élevée qu'ailleurs au Québec. Le même phénomène se constate probablement dans le West Island. Côtoyant constamment des anglos plus Canadian que québécois dans des milieux intensément bilingues, leur identité francophone s'effrite. Aux élections, ils votent de plus en plus comme les Anglais.

Avez-vous entendu beaucoup de candidats et candidates parler de ça durant cette campagne électorale? Moi non. On se tient loin d'évocations semblables, pas du tout politiquement correctes. Crainte collective de se faire traiter de xénophobes ou de racistes, pendant que des centaines de milliers d'anglophones et d'allophones anglicisés se comportent à notre endroit comme des xénophobes et des racistes.

Selon le dernier sondage Léger, 37% des francophones du Québec appuient le Parti Québécois. Chez moi, en Outaouais, c'est sans doute moins de 30%. L'omniprésence de l'anglais (la proximité d'Ottawa, la fonction publique fédérale, la domination traditionnelle de l'anglais dans le Pontiac et la Basse-Gatineau) a massivement bilinguisé la population francophone, jusque dans son identité.

Aux deux dernières élections (2018 et 2022), la CAQ de François Legault a réussi à ébranler et même à démolir quelques pans des châteaux forts libéraux. La campagne de 2026 voit réapparaître peu à peu les vieilles habitudes. Alors que le reste du Québec francophone a mis les libéraux à la poubelle, l'Outaouais est de nouveau tenté de s'y accrocher. Pourquoi? Faut surtout pas en parler. Il faudrait aborder la question linguistique et ça c'est tabou...

mercredi 16 septembre 2026

Deux sociétés unilingues...

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«Si nous voulons avoir un pays, nous devons comprendre que le Canada comprend deux sociétés unilingues, très bien structurées, et qu'il faut les unir dans quelques institutions bilingues.» Keith Spicer, premier Commissaire fédéral aux langues officielles, septembre 1976

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Il y a une dizaine d'années, quand le gouvernement libéral de Philippe Couillard, de connivence avec l'Université McGill, essayait d'imposer aux étudiants francophones de l'Outaouais une faculté de médecine où les cours seraient tous donnés en anglais, notre bon premier ministre anglophile avait exprimé le voeu que tous les jeunes Québécois de langue française puissent apprendre aussi l'anglais.

Cinq années auparavant, en 2011, le tout aussi anglophile John James Charest, premier ministre tout aussi libéral, avait lancé les programmes d'anglais intensif dans les écoles élémentaires de langue française. L'objectif était clairement de «bilinguiser» les élèves francophones du Québec dès l'enfance. Aujourd'hui, les jeunes Québécois francophones sont majoritairement bilingues et le processus s'accélère.

L'attitude de ces deux premiers ministres québécois, assez typique chez les politiciens francophones (du Québec ou d'ailleurs au Canada), démontre une incompréhension fondamentale de la dynamique linguistique nord-américaine, ainsi que des intentions des «Pères» de la Confédération en 1867.

Je n'ai pas l'intention de reprendre l'argumentaire de la dynamique linguistiques. Je l'ai fait déjà trop souvent. Il se résume ainsi. Dans le contexte d'une société francophone très minoritaire, assiégée par un océan anglophone, l'apprentissage massif de l'anglais par les locuteurs du français est un indicateur incontournable d'assimilation, de transferts linguistiques vers l'anglais d'une génération à la suivante. Promouvoir un bilinguisme collectif chez les francophones dans une telle situation est un geste tout à fait suicidaire, sur le plan culturel.

Mais revenons à 1867. L'Acte de l'Amérique du Nord britannique ne suggérait d'aucune façon que la population doive devenir bilingue. Tout ce qu'on y trouve, ce sont des garanties d'un statut officiel pour l'anglais et le français dans les institutions québécoises et dans les institutions du gouvernement fédéral (Parlement, tribunaux). On y protège aussi les écoles confessionnelles existantes (surtout pour les Anglo-Québécois protestants).

Ce régime ne consacrait d'aucune façon une égalité linguistique à l'extérieur du Québec et des institutions fédérales. En échange d'un blindage des droits de l'anglais au Québec, on offrait aux Franco-Québécois l'assurance de pouvoir de communiquer en français au Parlement d'Ottawa et devant les tribunaux fédéraux. Le reste du pays était unilingue anglais sur le plan constitutionnel, et sauf pour l'intermède manitobaine (1870 à 1890), l'est demeuré jusqu'à ce que la Charte des longs couteaux de 1982 consacre le caractère bilingue du Nouveau-Brunswick.

Avec la promulgation de la Loi fédérale sur les langues officielles en 1969, suivie de la Loi constitutionnelle de 1982, le bilinguisme - jusque là essentiellement institutionnel - s'est transformé en idéal de société. En religion, presque, pour certains de nos politiciens. En valeur identitaire fondatrice d'un nouveau Canada où les esprits les plus farfelus imaginaient un pays où la majorité des habitants seraient bilingues. Ce rêve s'est transformé en cauchemar pour les francophones, seuls acheteurs de cette chimère.

En 1951, les unilingues français (langues officielles) représentaient près de 20% de la population totale du Canada (19,6% plus précisément). En 2021, cette proportion oscille autour de 11% et baissera sous le seuil des 10% au cours des deux prochains recensements fédéraux. La part des bilingues s'est accrue (de 12,3% en 1951 à 18% en 2021), tout comme la proportion des unilingues anglais (de 67% à 69%). Il ne faudra pas creuser beaucoup pour découvrir que la majorité des nouveaux bilingues proviennent des collectivités francophones.

À 90% bilingue, la francophonie hors Québec agonise avec des taux d'assimilation dépassant souvent les 40%. Dans les régions les plus bilingues du Québec - région de Montréal et Laval, Gatineau - les transferts linguistiques vers l'anglais sont à la hausse à mesure que le nombre d'unilingues français diminue et que celui des unilingues anglais augmente. Le bilinguisme collectif est toujours synonyme d'anglicisation chez les francophones.

Keith Spicer, premier Commissaire fédéral aux langues officielles, avait bien flairé la menace dès le début. «Le mot bilinguisme est ambigu, disait-il. Signifie-t-il que 23 millions de Canadiens (la population totale en 1976) doivent parler deux langues? Ou est-ce plutôt que dans la mesure du possible, tout citoyen a le droit de choisir la langue qu'il veut, français ou anglais, dans ses rapports avec le gouvernement fédéral?»

Pour lui, ainsi que pour Graham Fraser, son successeur dans les années 2010, le Canada était essentiellement formé de deux grandes sociétés unilingues - le Québec français et le Canada anglais. «Si nous voulons avoir un pays, ajoutait M. Spicer, nous devons comprendre que le Canada comprend deux sociétés unilingues, très bien structurées, et qu'il faut les unir dans quelques institutions bilingues.»

Ainsi, suggèrent-ils, toute menace au caractère unilingue français de la société québécoise aurait pour conséquence la destruction du Canada bilingue, par la disparition de la nation française ou par une rébellion qui la mènerait à l'indépendance. Nous en sommes là. Il faut choisir tout de suite entre la poursuite d'un bilinguisme de masse qui entraînera à terme notre disparition comme nation, ou l'affirmation d'un unilinguisme français perpétuel pour le territoire québécois.

Cela pourrait théoriquement se faire dans le cadre du régime fédéral, mais rien n'indique une parcelle de bonne volonté chez les anglos, de plus en plus unilingues à travers le pays. Le bilinguisme, pour la plupart d'entre eux, se limite à la capacité des francophones à communiquer en anglais avec une masse anglo-canadienne unilingue. Pour sauver ce qui reste de notre société unilingue française, il n'y a désormais qu'une solution: l'indépendance du Québec. Vite. Très vite!


lundi 14 septembre 2026

Contester la Charte des longs couteaux? Oui!



Après avoir reconnu «que nous sommes devant le pire déclin du français des cinquante dernières années» et que nous faisons désormais «face à une véritable urgence linguistique», le chef du Parti Québécois a proposé cinq mesures (voir image ci-dessous), opportunes certes, mais qui ne renverseront pas grand chose à court terme et envoient, par surcroit, un message bien plus faible que la prémisse.
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Paul St-Pierre Plamondon ajoute d'ailleurs à la fin de son message, publié le 30 août: «Nous vous présentons aujourd'hui des mesures ambitieuses. Jamais un gouvernement n'est allé si loin pour renverser le déclin du français. Mais je me dois d'être franc; avec cette annonce, nous atteignons la limite de ce que nous pouvons accomplir en tant que province. L'ultime outil qu'il nous manque, et sans doute le plus déterminant, c'est de faire du Québec un pays.»

Je dois avouer que je m'attendais à plus du PQ. C'est mieux que les autres partis, mais ça manque de muscle, surtout s'il s'agit d'une «véritable urgence». En 2022, quand les trois mousquetaires - PSPP, Joël Arseneau et Pascal Bérubé - se sont présentés à l'Assemblée nationale, ils ont refusé de prêter serment au roi Charles III. Un geste selon toutes apparences inconstitutionnel. Ils n'ont pas cédé en disant avoir atteint «la limite de ce que nous pouvons faire» en tant que citoyens d'une simple province. Leur obstination a rallié la totalité de l'Assemblée nationale, qui a modifié unilatéralement la constitution canadienne!

J'aurais souhaité que le PQ s'engage à rétablir la pleine force de la Loi 101 d'origine, celle de 1977, et d'affirmer une fois pour toutes qu'il ne permettra plus au Canada anglais majoritaire - par son Parlement, par sa Cour suprême - de dicter au Québec français ce qu'il doit faire ou ne pas faire quand l'identité nationale est en jeu; que Québec n'a jamais entériné la Charte des longs couteaux de 1982, et qu'un gouvernement du Parti Québécois ne laissera pas les juges suprêmes nommés par Ottawa piétiner la langue française et les valeurs québécoises, y compris la laïcité; qu'il ne respectera pas l'invalidation des lois 96 et 21 en vertu d'une constitution imposée par le gouvernement de la majorité anglo-canadienne et ceux des neuf provinces à majorité anglophone.

Le débat qu'un tel engagement aurait suscité au sein des autres partis (et au Canada tout entier) aurait ramené «l'urgence linguistique» au coeur de la campagne électorale, là où elle aurait dû être dès le départ. Tout le monde veut en principe un Québec français (sauf peut-être le parti des Anglais, le PLQ) mais personne ne conteste que les règles du jeu aient été fixées en pleine nuit dans la cuisine du Château Laurier, à Ottawa, en novembre 1981. Si les juges suprêmes d'Ottawa invalident la Loi 21 ou la Loi 96, la CAQ grimacera mais se pliera à la décision. Les dirigeants du PQ doivent se tenir debout, comme ses trois élus l'ont fait à l'automne 2022.

Les conséquences de céder devant le Canada anglais? Le précipice est droit devant... Il ne faut surtout pas attendre la souveraineté pour poser des gestes efficaces.

dimanche 13 septembre 2026

Le PQ en Outaouais - la longue traversée du désert...

Trois candidats du PQ en Outaouais - Meixia Maltais (Chapleau), Marcela Cazas (Pontiac) et Raphaël Déry (Gatineau)


L'Outaouais a élu - de justesse - deux députés du Parti Québécois en 1976. Jocelyne Ouellette dans la circonscription de Hull et Jean Alfred dans Papineau (maintenant Chapleau). Ce furent les seules victoires péquistes. Depuis 50 ans, la longue traversée du désert se poursuit. Les chances d'élire un indépendantiste à Gatineau et dans les vallées environnantes sont plus que minces, et il n'y a jamais de file d'attente quand vient le temps de trouver des candidats ou des candidates prêts à porter les couleurs du PQ en terrain si hostile...

Et pourtant, quelque chose a changé. Jusqu'au scrutin de 2018, la forteresse libérale semblait inébranlable. Choisir le candidat du PLQ, c'était choisir le prochain député. Puis la vague caquiste de François Legault réalisa ce qui paraissait jusque là impossible: détrôner trois députés libéraux en 2018, puis un quatrième en 2022. Seul le fief du Pontiac, où le PLQ obtient parfois près de 100% des voix dans les villages anglophones, est resté fidèle aux rouges.

Après huit années de gouvernement de la CAQ et un changement de chef, le vote caquiste chancelle après être passé près de l'effondrement. Mais en Outaouais, les pertes caquistes ne se sont pas transformées automatiquement en gains libéraux, si l'on peut de fier aux extrapolations de sondages dans le site Web QC125. Le public, jadis acquis aux rouges anti-séparatistes, semble hésiter à retomber dans ses anciennes ornières. 

En date du 13 septembre, QC 125 annonce des victoires sûres ou probables du PLQ dans trois des cinq circonscriptions outaouaises: Pontiac (bien sûr), la reprise de Hull et le retour au bercail de Gatineau. La CAQ, qui semblait rayée de la carte avant le début de la campagne, conserverait Chapleau et Papineau. Ce ne sont pas là des bonnes nouvelles pour le PQ, direz-vous. Et pourtant...

Un exemple. Dans la circonscription de Chapleau (est de la ville de Gatineau), l'ancien député libéral Marc Carrière, qui se considérait vissé à son siège de député presque à vie, avait obtenu près de 58% des voix en 2014. En 2022, le PLQ n'a obtenu que 13,4% des suffrages. Cette année, même avec la chute de la CAQ, la cote libérale ne dépasse pas les 25%. Le PQ a fait un aussi un bond considérable avec une hausse de 11% pour atteindre 20% en cette mi-septembre.

Dans les quatre circonscriptions (j'exclus Papineau) où vomir sur les séparatistes est considéré socialement acceptable - et ce, même après les interventions de PSPP sur une probable perte d'emplois dans la fonction publique fédérale et la reprise des campagnes de peur pré-référendaires - la PQ grignote partout des points dans les sondages. Une hausse de 10 points dans Papineau, 11 dans Chapleau et Gatineau, 8% de plus dans Hull et même 5% dans l'enfer pontissois. Une bonne performance du chef du PQ dans les débats et le vaisseau amiral de l'indépendance pourrait peut-être embêter les meneurs dans Papineau, Chapleau et Gatineau.

La faiblesse locale du PQ ne tient pas à la qualité de ses candidats et candidates, mais à leur manque de notoriété. À part Raphaël Déry dans Gatineau et Isabelle Millette dans Papineau, on a l'impression d'avoir affaire à des parachutages. Cela ne serait guère surprenant. Les candidats au suicide politique ne courent pas les rues. Je ne crois que le Parti Québécois ait investi de grands efforts dans notre région frontalière peu accueillante. Je n'ai aucune preuve, mais quand je regarde le nombre de pancartes sur les poteaux j'en conclus qu'ou bien le PQ n'a pas imprimé beaucoup d'affiches, ou le parti n'a pas grand bénévoles pour les poser aux endroits stratégiques.

Si je n'étais pas si vieux (j'ai 80 ans) j'aurais aimé avoir de franches discussions sur la façon dont le PQ aborde les électeurs de Gatineau et de l'Outaouais. Je ne proposerais pas de cacher l'option souverainiste ou même l'imminence d'un référendum, au contraire, mais de tenir compte de l'impossibilité en quelques semaines de convertir à l'indépendance des gens qui ne veulent absolument rien savoir de cette option. Il existe cependant des dossiers identitaires où le Parti Québécois peut se démarquer de ses adversaires, des dossiers importants où il ferait cavalier seul contre les autres formations politiques.

Les candidats du PQ n'auraient aucune difficulté à attaquer les autres partis sur le plan linguistique. Les postes «français essentiel» tombent comme des mouches dans la fonction publique fédérale, milieu de travail de milliers de Gatinois, et le candidat péquiste dans Hull est ancien fonctionnaire fédéral aux Affaires extérieures. Il connaît ça.

De plus, les francophones sont en voie de devenir minoritaires dans le Vieux Hull (centre-ville), avec la complicité de la ville de Gatineau qui n'a aucun plan de protection d'un français en déclin rapide depuis des décennies. Le parti de la Loi 101 se trouve ici en terreau fertile. Il serait grand temps que Québec se penche sur la situation du français à Gatineau!

Les candidats péquistes peuvent attaquer de front le fédéral qui dépense tous les ans des dizaines de millions $ pour angliciser le Québec, y compris l'Outaouais. Ils pourraient s'en prendre aux libéraux qui, en plus de s'allier constamment aux Anglo-Québécois, ont tenté d'imposer à Gatineau une faculté de médecine où l'enseignement aurait été donné en anglais sous la tutelle de McGill, entre autres. Ils pourraient revendiquer l'intervention de Québec pour faire pression sur l'église catholique afin que le Pontiac québécois cesse d'être intégré au diocèse ontarien anglo-dominant de Pembroke. Ils pourraient dénoncer les multiples violations de la Loi 101 et l'inaction des municipalités. On pourrait dresser une liste longue comme le bras.

Le PQ pourrait reprendre avec vigueur l'abandon historique de l'Outaouais par le gouvernement québécois, trop souvent considéré même à Québec comme une banlieue d'Ottawa plutôt que la porte d'entrée du Québec. Cet abandon se manifeste dans plusieurs secteurs, la santé notamment, mais aussi l'éducation et le transport. À Gatineau, le réseau routier et le transport en commun est conçu d'abord en fonction d'un arrimage avec Ottawa, un entonnoir vers l'Ontario plutôt qu'un carrefour urbain essentiel pour le Québec, situé presque à mi-chemin entre la métropole et l'Abitibi-Témiscamingue. Mais après 100 ans de demandes, il n'y a toujours pas de projet de route entre le Pontiac et la pointe sud du Témiscamingue.

Sur le plan de l'Immigration et de ses effets sur la langue française et l'identité québécoise, le PQ a la chance d'avoir dans la circonscription de Pontiac une candidate d'origine bolivienne qui a appris à comprendre et à valoriser le Québec et la langue française. 

En y mettant un peu d'effort, les candidats et candidates du Parti québécois n'auraient aucune difficulté à ajouter aux thèmes communs de la campagne (santé, éducation, fiscalité, environnement, etc.) une promotion agressive de la langue et de la culture françaises ainsi que des valeurs québécoises (démocratie, égalité des sexes, laïcité). Ils mettraient leurs adversaires en mode défensif et marqueraient des points essentiels au sein de l'opinion publique.

Peut-être pourraient-ils conclure en rappelant que les libéraux, sur leur ancien trône outaouais, ont toujours misé sur la peur pour éloigner les électeurs du Parti Québécois. Pourquoi? Parce qu'ils croyaient avoir affaire à une bande de peureux... Avaient-ils raison? Le temps n'est-il pas venu de relever la tête?

vendredi 11 septembre 2026

Laïcité: la décision de la Cour suprême est prête? Ou pas?

capture d'écran du site Web Le Devoir


Je suis tombé par hasard sur une coupure de presse du Devoir que j'avais conservée depuis sa publication, le 10 juin dernier. Un gros titre dans l'édition papier: «Une décision sur la loi 21 (laïcité) pourrait être rendue avant les élections québécoises».

L'affirmation venait de nul autre que le juge en chef de la Cour suprême fédérale, Richard Wagner. Dans son allocution annuelle de fin de session judiciaire, il avait affirmé que le jugement pouvait «être rendu n'importe quand». Un peu flou. Peut-être dès la semaine suivante, avait-il ajouté, ou avant le scrutin du 5 octobre, ou plus tard.

Les adversaires - nombreux - et les défenseurs de la Loi 21 sur la laïcité de l'État québécois avaient paradé devant la Cour suprême pendant quatre jours, vers la fin de mars 2026, les premiers espérant que les juges utilisent la Charte des longs couteaux pour déclarer la loi québécoise inconstitutionnelle.

La déclaration du juge en chef Wagner, surprenante, suggérait l'existence d'un certain consensus à la Cour. Sinon, pourquoi évoquer la possibilité d'une décision quelques jours après? Les juges avaient en main deux décisions des cours inférieures. Ils avaient eu un mois et demi pour se parler et échanger après les audiences du 23 au 26 mars.

Nous sommes maintenant à la mi-septembre, quatre mois plus tard, et rien n'a été annoncé. Ou la chicane est «pognée» pour je ne sais quelles raisons, ou la Cour a décidé - pour des motifs inconnus - de ne pas voir sa décision enflammer les débats électoraux au Québec. Cela serait inhabituel pour un tribunal suprême qui se dit indépendant et qui se targue de suivre son propre horaire.

Choisir de retarder une décision après l'élection constitue une ingérence électorale autant que de l'annoncer avant le scrutin. La publier en septembre risque bien sûr d'orienter les débats entre les partis, selon qu'ils soient ou non en accord avec le jugement. Mais s'assoir sur la décision jusqu'à la mi-octobre ou novembre prive la population québécoise d'une information peut-être essentielle au choix final de milliers d'électeurs qui se diront: avoir su...

Si la Cour suprême fédérale a en mains une décision, unanime ou majoritaire, et qu'elle la range sur une tablette pour des motifs autres que judiciaires, elle devient un tribunal politique et se discrédite. La Charte des longs couteaux lui confère de réels pouvoirs. Les juges suprêmes peuvent abroger les lois d'élus fédéraux et provinciaux, et leur décision est sans appel! La Cour n'a surtout pas à faire de calculs électoraux...

Alors, cher juge en chef, annoncez votre jugement s'il est prêt. De toute façon, la campagne manque de mordant.


jeudi 10 septembre 2026

Ils auraient été horrifiés...

Le tout premier programme du PQ, publié au début de 1969


Dans le programme que les délégués ont adopté lors du congrès de fondation du Parti Québécois, du 11 au 14 octobre 1968, le tout premier article portait sur la langue française. Je cite:

«La langue est le facteur premier d'identité, la base et l'expression de la culture d'une nation. Nous devons nous donner les motivations culturelles, économiques et sociales qui rendront à notre langue le statut auquel elle a droit. Le Québec sera le pays d'un peuple parlant français.»

La situation du français était certes préoccupante. Le Constitution de 1867 avait fait du Québec une province officiellement bilingue et blindé les privilèges des anglophones. Le choix massif de l'école anglaise chez les nouveaux arrivants s'était transformé en crise scolaire à Saint-Léonard. L'affichage unilingue anglais ou bilingue était omniprésent dans les rues de Montréal et ailleurs au Québec. Au travail, l'anglais dominait souvent aux échelons supérieurs.

On avait compris que pour assurer l'avenir du français, «le Québec souverain devait être un État où la langue française sera la seule langue officielle». Le mouvement lancé par cette génération de Québécois aura donné l'élection du PQ en 1976 et la Loi 101 en 1977. Pour quelques années, tout semblait possible, jusqu'à ce que le Canada anglais impose sa charte des longs couteaux. Celle-ci deviendrait un mode d'emploi pour les tribunaux désireux de déconstruire la Charte de la langue française.

Cinquante ans après l'élection du premier gouvernement Lévesque, la situation est pire qu'elle l'était en 1968 (mais moins pire qu'elle pourrait l'être). Le français reste la règle - poreuse - dans l'affichage public et la grande majorité des enfants d'immigrants fréquentent l'école française au primaire et au secondaire. Et pourtant l'anglicisation du Québec progresse à une vitesse accélérée.

Sur l'île de Montréal, les francophones seront bientôt minoritaires. La jeune génération de Québécois de langue française est massivement bilingue. La proportion d'unilingues français a chuté de près de 20% depuis le recensement de 1971. Ottawa dépense des dizaines de millions $ tous les ans pour renforcer l'anglais au Québec. Le précipice se pointe droit devant. Tous les rapports, publiés année après année, soulignent l'urgence d'agir.

Confrontés à la situation actuelle, les Québécois de la fin des années 1960 seraient montés aux barricades avant qu'il ne soit trop tard. Ils auraient été horrifiés. La langue française, l'âme de la nation, aurait dominé les débats durant la campagne électorale. Les générations d'aujourd'hui ont perdu cette ferveur, et oublié la base. Ce n'est pas l'indépendance qui nous fera gagner notre combat pour le français. C'est le combat pour le français qui nous fera gagner l'indépendance. 

Hier soir, au premier débat des chefs, la situation alarmante de la langue française, en plein déclin, a été occultée. Il nous reste moins de quatre semaines pour faire de l'urgence linguistique l'un des thèmes dominants de cette campagne. Si le PQ est élu avec un gouvernement majoritaire, on pourra toujours espérer. S'il ne l'est pas, après quatre années de plus d'inaction sous la tutelle des juges des longs couteaux, je crains qu'il ne soit trop tard...

mardi 8 septembre 2026

Quand arrêterons-nous d'avoir peur?



Le thème de la peur reste omniprésent dans cette campagne électorale «tous contre le PQ», encore plus que dans toutes les campagnes électorales ou référendaires depuis les années 1960. Aux épouvantails anti-indépendantistes traditionnels s'ajoute l'ombre menaçante de Donald Trump, habilement manipulée par les fédéraux et collabos pour nous convaincre que nous ne sommes pas (et ne serons jamais) de taille à tenir tête à la bête orange sans la tutelle anglo-canadienne.

«N'ayez pas peur!» Ce message laissé sur le tombe de Jacques Parizeau n'a jamais été plus actuel. Si Ottawa et ses alliés québécois continuent d'utiliser la tactique de la peur, c'est parce qu'ils sont convaincus d'avoir affaire à suffisamment de peureux pour que ça fonctionne. Auront-ils encore une fois raison?

Christine Fréchette a déclaré au sujet de Trump: «C’est clair, le Québec fait face à un intimidateur. Face à lui, on a le choix : soit on s’incline et on finit à genoux, soit on garde la tête haute et on se tient debout». Ne pas céder à la peur, à l'intimidation? Bravo! Le problème de Mme Fréchette, c'est que face à Carney et à l'intimidation fédérale, elle s'incline et le Québec finit à genoux... comme d'habitude...

J'ai écrit le texte de blogue prophétique ci-dessous en janvier 2026. Je le ressors des boules à mites, parce que je l'estime tout à fait opportun. Lisez si ça vous intéresse...

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ENSEMBLE ON N'A PEUR DE RIEN!

Les prochaines élections québécoises auront lieu le 5 octobre. Cette année! Autant dire demain... Peut-être notre ultime chance de mettre en chantier ce pays que tant d'entre nous souhaitons. Surtout pas question de rater cette fois!

Heureusement, ça augure mieux que lors du scrutin de 2022, alors que le PQ avait évité de peu d'être rayé de la carte avec seulement trois élus. L'excellente prestation de Paul St-Pierre Plamondon, avec sa campagne axée sans détour sur le projet d'indépendance, avait cependant permis à la popularité du parti de doubler entre août 2022 et le jour de l'élection (de 7% à 15%).

Aujourd'hui, après trois victoires d'affilée dans des élections partielles et avec une avance appréciable sur les autres partis dans les sondages d'opinion publique, le Parti québécois peut espérer obtenir un mandat majoritaire au prochain scrutin. À condition de ne pas trébucher dans le dernier droit qui s'amorce.

Si le passé est garant de l'avenir immédiat, on ne fera pas de quartier au PQ, qui se verra cloué au pilori pour des erreurs perçues ou réelles qu'on pardonnerait volontiers aux libéraux, à QS ou à la CAQ. Ce sera comme d'habitude du «tous contre un», et j'inclus dans cette meute hostile les grands médias qui manquent rarement une chance de varloper le vaisseau amiral du mouvement indépendantiste.

Mais il ne suffira pas de mener une campagne quasi parfaite. Un parcours sans faute, avec les meilleurs arguments du monde, aura maille à partir avec l'argument massue des fédéralistes, tant ceux de Québec que de leurs maîtres à Ottawa: la peur. Depuis plus de 60 ans, c'est le moyen le plus efficace employé pour casser l'élan de la souveraineté du Québec. J'en connais les effets: je vis à Gatineau, à l'ombre du Parlement fédéral, en plein royaume de la peur.

En 1970, des camions de la Brinks en avril à l'armée en octobre, on en a terrorisé suffisamment pour modifier les résultats de deux élections et pousser nos «braves» médias à l'autocensure. En 1980 et en 1995, au-delà de toutes les autres tactiques douteuses et des scénarios de catastrophe, on a menacé sans gêne les vieux, miroitant la perte de leurs pensions advenant une victoire séparatiste.  La peur, croyez-moi, est bien plus efficace que le mensonge, surtout quand on a affaire à un public vulnérable. Et par les temps qui courent, avec le fou furieux orange dans le décor, nous sommes tous vulnérables.

Il me semble que le premier défi à surmonter, pour le PQ en 2026, c'est d'élaborer une stratégie contre l'arme de la peur, une arme que les fédéraux et collabos emploient uniquement parce qu'ils ont toujours la conviction d'affronter une bande de peureux. La solution devra être collective. Pas facile, mais essentielle! Il faudra, d'ici le 5 octobre, montrer à ceux qui voudraient nous terroriser qu'«ensemble, on n'a peur de rien». 

Tiens... ça aurait fait un bon slogan pour la campagne... Merci les Cowboys...

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lundi 7 septembre 2026

Élections québécoises... L'âme de Gatineau en perdition...

L'Outaouais selon Tourisme Outaouais...


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«Que sert-il à un homme de gagner tout le monde, s'il perd son âme?» - Évangile de Marc (8:36)

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Voilà la question que tous et toutes devraient se poser, dans ma ville de Gatineau et les environs, d'ici le scrutin québécois du 5 octobre. Chacun, chacune veut de meilleures routes, des soins de santé, un logement abordable, un bon emploi, une piste cyclable, des coins de verdure, une part de prospérité. Et personne n'en dispute l'importance.

Mais cette élection a pour but principal de décider qui nous représentera à l'Assemblée nationale du Québec, la seule législature d'Amérique du Nord gouvernée par une majorité francophone. Elle ne s'appelle pas «nationale» pour rien. Nous formons une nation et l'âme de cette nation, ce sont la langue et la culture françaises.

Cette âme est en danger. Le déclin du français est abondamment documenté, dans les recensements fédéraux, dans les rapports officiels de l'OQLF et dans les médias (voir multiples liens en bas de page). Au cours de la dernière décennie, des milliers de manchettes l'ont évoqué dans la presse nationale et régionale. À Gatineau (ainsi qu'à Montréal et Laval), c'est bien pire qu'ailleurs. Mais personne n'en parle...

Les Gatinois francophones s'anglicisent dans la fonction publique fédérale, où le français comme langue de travail revêt de plus en plus un caractère marginal. De 2016 à 2021, la proportion de Gatinois utilisant principalement le français au travail au culbuté, de 77% à 62%! Pas surprenant qu'avec 4,7% de la population, l'Outaouais compte pour 9% des plaintes à l'OQLF...

À la fin des années 1960, le fédéral a exproprié une partie du Vieux Hull, remplaçant les rues peuplées de francophones par des tours à bureau anglo-dominantes. Depuis quelques décennies, le conseil municipal achève l'oeuvre entreprise par Ottawa il y a un demi-siècle en permettant l'expulsion de la francophonie historique du centre-ville et son remplacement par des tours à logement. Les francophones y seront bientôt minoritaires.

Il y a une dizaine d'années, la ville de Gatineau a poignardé un pan de la Loi 101 en Cour suprême, faisant progresser l'anglais comme langue de travail. En 2024, la municipalité se faisait réprimander pour son slogan Gatineau passe au bold. Et cette année, Tourisme Outaouais y mettait son grain de venin avec son identification de Gatineau comme lieu de «bleisure» avec comme fond d'image le centre-ville d'Ottawa...

Dans cette ville où les violations à la Loi 101 ne se comptent plus, où on honore le francophobe William Johnson avec l'Ordre de Gatineau mais pas le président émérite d'Impératif français, Jean-Paul Perreault, où un bilinguisme de fait sabote de plus en plus le statut français de la ville, ça va mal. Mais le sujet est tabou. Silence partout. Surtout chez les candidats et candidates des partis politiques en lice pour les élections d'octobre 2026.

Il reste moins d'un mois avant le scrutin et à ma connaissance, AUCUN candidat n'a même effleuré cette question en public. Du moins sur le plan régional. La candidate péquiste dans Pontiac, Marcela Cazas, Bolivienne d'Origine, écrit dans son programme qu'elle «constate avec inquiétude les menaces qui pèsent sur la langue française». Je refuse, écrit-elle, «de voir la majorité francophone régresser sur son territoire et perdre ainsi les leviers nécessaires à sa pérennité et à son épanouissement.»

Rien ailleurs. Cela ne surprend guère chez les libéraux, amis des Anglais, un peu plus à la CAQ, auteure de la Loi 96, ainsi que chez Québec Solidaire et au PCQ. Au Parti Québécois, défenseur réel de l'âme du Québec, cette question aurait dû être propulsée à l'avant-scène. Mais non. Le candidat du PQ dans Gatineau, Raphaël Déry, a même déclaré que la crise de l’itinérance serait l’enjeu régional le plus important de la campagne pour sa formation politique... À n'y rien comprendre!

Suis-je l'un des seuls à constater cette criminelle absence de la situation régionale du français dans cette campagne électorale?

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Liens

Les postes «français essentiel» ont chuté d'environ 75% en 50 ans au fédéral - Radio-Canada - https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2276540/francophone-fonction-publique-poste-bilingue

L'anglais au travail «souvent ou régulièrement» pour 89% des gens d'Ottawa-Gatineau - https://www.lesoleil.com/2022/12/01/langlais-au-travail-souvent-ou-regulierement-pour-89-des-gens-dottawa-gatineau-39e7f3b2ff41bd8b2632e3c3f5d2fdbf/

Jean-Paul-Perreault. Vivement l'Ordre de Gatineau et l'Ordre national du Québec - https://lettresdufront1.blogspot.com/2024/08/jean-paul-perreault-vivement-lordre-de.html

Montréal et Gatineau, l'immigration et les jeunes accélèrent le déclin du français au Québec - Le Devoir - https://www.ledevoir.com/politique/quebec/813400/montreal-immigration-jeunes-derriere-declin-francais-dit-quebec?

Le Vieux Hull... Bientôt ce sera the «Old Hull»... - https://lettresdufront1.blogspot.com/2024/02/le-vieux-hull-bientot-ce-sera-old-hull.html

Gatineau poignarde la Loi 101 - https://lettresdufront1.blogspot.com/2016/10/pourquoi.html

Un peu moins de deux Gatinois sur trois parlent uniquement le français à la maison - Radio-Canada - https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2163922/francais-langue-maison-gatineau-statistique-quebec

Nouveau record de plaintes à l'Office québécois de langue française _ Le Devoir - https://www.ledevoir.com/actualites/societe/988904/nouveau-record-plaintes-office-quebecois-langue-francaise?

Protéger le français en Outaouais: une Loi 101 avec plus de mordant? - Radio-Canada - https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1915318/francais-outaouais-loi-101-elections

Pourquoi pas un Conseil linguistique à Gatineau? - https://lettresdufront1.blogspot.com/2024/09/pourquoi-pas-un-conseil-linguistique.html

Deux claques en pleine face... - https://lettresdufront1.blogspot.com/2026/03/deux-claques-en-pleine-face.html

Gatineau et le recensement 2021. Où sont les médias? - https://lettresdufront1.blogspot.com/2022/08/gatineau-et-le-recensement-2021-ou-sont.html