lundi 8 juin 2026

Dans l'bout de la rue Sainte-Catherine et d'la Main...

8 juin 2026...



C'était un moment parfait...

Peu importe ce que je puisse penser de la monarchie britannique ou du cérémonial anglo-vétuste qu'elle traîne jusque chez nous, la cérémonie d'installation de Louise Arbour comme gouverneure générale aura offert au Québec un moment bien spécial avec l'interprétation, par Sara Dufour, de la chanson La Reine des Cowboys fringants.

En l'écoutant avec émotion, murmurant presque les paroles de Jean-François Pauzé, Mme Arbour semblait traverser son pont des soupirs, jetant un ultime regard de liberté sur les rues et ruelles de Montréal avant de revêtir pour cinq longues années les habits de sa geôle royale.

La salle du Sénat au Parlement incarne parfaitement le legs de la royauté victorienne. Sa vocation même est anti-démocratique et vise à freiner les élans démocratiques des élus. C'est le refuge historique des riches et des nobles au service du monarque. Le protocole est rigide. Un univers de courbettes devant le roi ou la reine, ou la gouverneure générale en leur absence.

Il y a de fortes chances que le gratin anglo-canadien, majoritaire à la cérémonie, n'ait jamais entendu parler des Cowboys fringants et que le titre La Reine leur ait suggéré un thème en lien quelconque avec la monarchie. Les rares images face-de-bois de Mark Carney durant la prestation de Sara Dufour donnent l'impression d'un type qui ne comprend absolument rien au message de cette chanson.

Tirée de l'album La Grand-Messe de 2005, La Reine raconte l'engagement social d'une immigrante ayant vécu les horreurs de la guerre, que personne ne connaît vraiment. «Mais tout'le monde la surnommait la reine dans l'bout d'la rue Sainte-Catherine et d'la Main». Une reine des putains, des itinérants, des clochards et des junkies de fond de ruelle. Surtout pas Élizabeth II ou Charles III...

Pas une reine (ou vice-reine) bijoutée et couronnée dans les couloirs d'un palais mais «un ange gardien venu du ciel, qui serait atterri dans les poubelles». Louise Arbour, qui fredonnait avec Sara Dufour jusque là, a tourné son regard vers un lointain qu'elle avait connu. «S'occuper des pauvres et des plus démunis» pour «s'accrocher à la vie»... Une hésitation, peut-être, avant d'entreprendre une vie luxueuse dans l'entourage de riches et puissants...

Dans cette salle de dignitaires et parlementaires où Mme Arbour devait lire son premier discours comme gouverneure-générale, un texte où sa liberté serait désormais soumise à l'autorité de M. Carney, cette salle où peu de gens ont mis les pieds ou le coeur dans les ruelles mal famées, le drame de cette reine fictive retrouvée morte dans un banc de neige faisait l'effet d'une gifle bien sentie, assénée par Louise Arbour elle-même, qui avait expressément demandé qu'on la chante.

La fin de la chanson La Reine est tout à fait appropriée pour son accession au poste de représentante d'un roi qui occupe son trône de droit divin et d'une constitution qui consacre «la suprématie de Dieu». La reine des Cowboys était athée. «Et même si elle croyait pas en dieu, c'est sûr qu'elle vole quelque part où le ciel est bleu». Les monarchistes n'ont pas dû aimer s'ils se sont donné la peine d'écouter...

J'étais déçu qu'une femme de la stature de Louise Arbour accepte de jouer le monarque pendant quelques années, au service de Mark Carney et Charles III. Mais son choix de la chanson La Reine était comme une bouffée d'air frais dans une salle autrement étouffante. Au moment de s'embarquer dans un quinquennat de propagande fédérale, on aura vu un instant dans les yeux de Mme Arbour la détresse et la tristesse d'une combattante qui s'éloigne des naufragés dans l'bout de la Sainte-Catherine et d'la Main...

Je dois l'avouer. J'ai été ému.

dimanche 7 juin 2026

PLQ : à genoux tout le monde...

7 juin 2026...

capture d'écran du site Web Le Devoir (André Pratte)


Le 26 août 1977, quand vint le temps du vote final, tous les députés libéraux se sont levés pour voter contre l'adoption de la Loi 101 (Charte de la langue française) à l'Assemblée nationale. Il est bon de le rappeler à chaque fois qu'un élu ou un représentant du PLQ lance un sempiternel «oui, mais...» quand vient le temps de de se prononcer sur des mesures de protection ou de promotion de la langue française.

S'ils pouvaient agir à leur guise, les libéraux - tant les «provinciaux» que les fédéraux - feraient du Québec un État où, derrière quelques hypocrites engagements de principe en faveur du français, le Bonjour-Hi deviendrait la règle un peu partout. Les Anglo-Québécois et leurs collabos parfois colonisés charcuteraient volontiers ce qui reste du projet initial de Camil Laurin et René Lévesque.

À chaque fois que la société civile, la législature ou les tribunaux débattent d'un projet de francisation, on peut invariablement compter sur la présence d'éminents libéraux pour défendre les intérêts de l'anglais sous l'étendard toujours commode du bilinguisme. À son plus extrême, le député fédéral d'Alfred-Pellan (Laval) proposait en 2024 que le Québec devienne une province officiellement bilingue. Aucun de ses collègues du caucus libéral québécois n'a dénoncé ces propos.

Il y a une dizaine d'années, Philippe Couillard, alors premier ministre, souhaitait que tous les jeunes Québécois francophones puissent apprendre l'anglais. Son gouvernement avait même tenté, en Outaouais, de forcer les étudiants francophones en médecine de suivre leurs cours en anglais au campus satellite de l'université McGill à Gatineau. La députée libérale de Hull, Maryse Gaudreault, avait renchéri en appuyant le libre choix pour tous de l'école française ou anglaise, du primaire en montant...

La hausse inquiétante des inscriptions de francophones dans les cégeps anglais provoque un vif débat depuis des années. Le gouvernement de la CAQ, dans son projet de loi 96, s'est contenté de plafonner le nombre d'inscriptions dans les collèges anglais, mesure faible s'il en fut, mais que les libéraux jugent inacceptables. Rien de moins que le libre choix, bien sûr. Il  fallait donc s'attendre à ce que la troupe de Milliard s'oppose à l'extension de la Loi 101 à la formation professionnelle et l'éducation des adultes.

Le français décline au Québec, notamment comme langue de travail. Les étudiants francophones et leurs parents le savent. Québec lui-même accélère l'apprentissage de l'anglais au primaire depuis 15 ans avec les programmes d'anglais intensif de Jean Charest. Les députés libéraux anglophones et anglophiles de la région de Montréal jubilent. On entrevoit déjà le passage du Bonjour-Hi au Hi-Bonjour, en attendant Hi tout simplement, à la Michael Rousseau.

La bienveillante députée libérale de Westmount-Saint-Louis, le coeur sur la main, se fait l'avocate des jeunes adultes désireux de faire le plongeon vers l'anglais. «Rendu à 18 ans, dit-elle, si un jeune francophone désire apprendre l'anglais parce qu'il voit que ça fait partie des options pour le futur, mais pourquoi on ne va pas le lui laisser l'apprendre?» Décodez ça... C'est vénéneux... Sa collègue de Notre-Dame-de Grâce, Désirée McGraw, favorise elle aussi pour les francophones le libre choix de s'angliciser au cégep...

Sur la colline parlementaire fédérale, les députés libéraux de la métropole et des environs ne sont pas à la traîne. Dès sa nomination comme ministre des Langues officielles en décembre 2025, Marc Miller (Ville-Marie-Sud-Ouest-Île des Soeurs) se disait «tanné» du débat sur le déclin du français au Québec. Son collègue de Mount Royal Anthony Housefather, se sera distingué comme seul député fédéral à voter contre la modernisation de la Loi sur les langues officielles...

Charles Milliard affirme que son plan pour le français, attendu le 21 juin, sera meilleur que celui de la CAQ (Rires étouffés), avant de finir sa pensée avec une insulte à la nation québécoise. «Il faut avoir de l'ambition pour le Québec», lance-t-il... Si j'ai bien compris, cela signifie que franciser davantage le Québec traduit un manque d'ambition. «On est fiers de notre langue», conclut M. Milliard. Il aurait pu ajouter: dans la mesure ou les anglos de notre parti l'acceptent...

«Chose certains, on touche à des institutions (les cégeps) qui sont importantes pour la communauté anglophone», et cela doit «absolument» changer, affirme le président de la Commission politique nationale du PLQ, André Pratte.  À genoux tout le monde...

samedi 6 juin 2026

Une première pièce vide...

6 juin 2026...



Une première pièce vide... nos trois filles ont dormi dans cette chambre, il n'y a pas si longtemps il me semble... Nous avions gardé un lit, une table de nuit pour «la visite»... Partis aujourd'hui...

Dans une seconde chambre d'enfants, la commode manque désormais à l'appel... Reste le lit et la table de nuit... Leurs jours sont comptés...

Dans la cuisine, des chaises pliantes et une table improvisée... Nos chaises et notre table en chêne passent quelques semaines dans l'atelier d'un peintre...

Le divan et la causeuse du salon auront bientôt de nouveaux propriétaires, comme le mobilier du sous-sol... Deux autres pièces qu'on ne reconnaîtra plus...

Le mobilier de jardin n'a pas retrouvé sa place sur la terrasse dans la cour arrière cette année... On l'a transporté à sa nouvelle résidence au lac Sinclair...

Trois de nos huit bibliothèques seront bientôt vendues... Les 600 ou 700 livres qui ornaient les tablettes ont été donnés...

Des centaines de vinyles ont subi le même sort... Ma vieille table tournante et mes deux haut-parleurs Pioneer des années 80 ne nous suivront pas dans notre nouvelle demeure...

Dans quelques jours, une panoplie d'objets conservés depuis 38 ans dans cette demeure seront étalés pour les passants à notre toute première (et dernière) vente garage...

La maison familiale se démantèle sous nos yeux...

Heureusement, on peut compter sur l'appui de nos enfants, de leurs conjoints, de petits-enfants, de proches et d'amis, et de bras plus jeunes et plus forts que les nôtres...

Le jour du déménagement vers notre nouvelle vie en appartement approche à grands pas. La maison que nous avons fait construire, où nos enfants ont grandi, où nous avons vécu et vieilli, ne sera alors qu'un souvenir.

Chaque jour qui reste sera précieux.

vendredi 5 juin 2026

Charles Milliard... l'innocent...

5 juin 2026...



Ce chef du Parti libéral du Québec qui s'agenouille devant les bonzes anglophones quand vient le temps de protéger la langue française* fait maintenant l'éloge des étudiants qui choisissent de poursuivre leurs études supérieures en anglais... au Québec!

Durant son séjour récent comme cadre supérieur à l'université Bishop's, dans le secteur Lennoxville de Sherbrooke, Charles Milliard «dit avoir été charmé par la cohabitation des deux langues officielles du Canada», rapporte le quotidien Le Devoir.

Apparemment inconscient du lien démontré entre la langue des études et la langue de travail, l'innocent chef libéral croit que fréquenter l'université en anglais agit «comme un outil de développement linguistique» pour les jeunes francophones.

Pire, M. Milliard estime que dans ses classes, à l'automne 2025 «60 à 65% des étudiants étaient des francophones qui voulaient apprendre dans une deuxième langue». De jeunes Québécois déjà bilingues qui avaient le choix de se perfectionner en anglais...

Il y a deux ans, en mai 2024, deux chercheurs québécois s'étaient fait traiter de «pleins de marde» par un député libéral, Francis Drouin, pour avoir tenté de démontrer le lien de cause à effet entre les études supérieures en anglais et l'assimilation des étudiants francophones.

Sans nier les effets positifs, pour certains jeunes, de développer des habiletés bilingues et plurilingues, les recherches démontrent que la langue des études au collégial et à l'universitaire a davantage tendance à devenir, en tout ou en partie, la langue de travail.

Si le chef libéral ne connaît rien à la dynamique linguistique dans notre enclave francophone d'Amérique, il gagnerait se renseigner auprès d'experts dans une institution de langue française. On lui apprendrait comment, pour un peuple entouré d'anglophones, la croissance excessive du bilinguisme est une étape vers l'anglicisation collective.

Charmé par l'université anglaise Bishop's, M. Milliard l'est tout autant par la municipalité de North Hatley où il a élu résidence. Selon lui, il s'agit d'un village où 350 résident parlent français, et 350 autres parlent l'anglais. Tout le monde est bilingue, estime le chef libéral.

J'ai vérifié. Selon le recensement de 2021 de Statistique Canada, sur les 675 habitants de North Hatley, 61% sont francophones et 39% anglophones. Si on a l'impression que c'est moitié-moitié, c'est peut-être parce que les francophones parlent plus souvent en anglais, et les anglos un peu moins souvent en français.

J'ai vérifié. Selon le recensement de 2021 de Statistique Canada, seul l'anglais est en croissance comme langue d'usage (langue la plus souvent parlée à la maison) à North Hatley. Une comparaison de la langue maternelle et de la langue d'usage montre un gain de 12% pour l'anglais, et une perte de 3% pour le français.

En se fondant sur la langue d'usage (la langue transmise à la génération suivante), North Hatley compte environ 55% de francophones et 42% d'anglophones. Si la tendance se maintient, ce pourrait effectivement devenir le 50-50 de M. Milliard. Enfin, selon Statistique Canada, le taux de bilinguisme est de 65%... Environ 38% des anglos sont unilingues, contre 32% des francos...

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https://lettresdufront1.blogspot.com/2026/04/comment-ne-pas-couvrir-une-nouvelle.html

jeudi 4 juin 2026

Cuba à l'agonie... Assez!

4 juin 2026...

capture d'écran, La Presse, image d'une rue cubaine



Tous les jours, le mégalomane cruel et dément qui trône sur la Maison Blanche se rend coupable de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité, en plus de violer presque impunément les lois et la constitution de son propre pays.

Seuls les citoyens américains, soutenus par leurs législatures et leur système judiciaire, ont le pouvoir de mettre fin au régime autoritaire et corrompu de Donald Trump. Avec l'appui de son club de milliardaires, les occasionnelles défaites aux urnes et en cours de justice n'ont pas réussi à freiner la descente aux enfers des États-Uniens.

Les crimes de guerre et les crimes contre l'humanité, cependant, interpellent le monde entier, y compris les Québécois et les Canadiens. Les procès de Nuremberg ont établi une fois pour toutes l'obligation planétaire de punir ces criminels, autant ceux qui commandent que ceux qui exécutent les ordres.

Clairement, les grandes puissances ont renié les idéaux sur lesquels l'ONU a été fondée dans le carnage de la Deuxième Guerre mondiale. La Russie envahit l'Ukraine et y bombarde les civils. Les États-Unis se font complices du génocide entrepris par Netanyahou à Gaza; violent la souveraineté du Vénézuela; attaquent militaires et civils en Iran (que Trump menace d'anéantissement); envisagent d'annexer le Canada et le Groenland. La Chine zieute Taiwan comme un vautour.

Toutes ces actions se déroulent dans un monde beaucoup trop immobile. Les résistances occasionnelles ciblent les effets économiques des conflits et des chimères tarifaires du mégalomane. Aucun pays n'a osé confronter directement les Américains pour mettre frein à leurs pires excès. Ni à Gaza, ni au Vénézuela, ni en Iran. Tout au plus a-t-on envoyé quelques soldats au Groenland au cas où...

Mais là, à Cuba, une urgence oblige la planète à décider jusqu'où l'estomac collectif peut tolérer la crapulerie de la plus grande puissance militaire du monde contre un peuple démuni et sans défense. Combien de temps pourra-t-on sans vomir endurer l'asphyxie de l'île rebelle? Arrivera-t-on au point où il deviendra insupportable de voir des Cubains souffrir de la faim, mourir sans soins de santé, subir les effets catastrophiques du blocus américain?

Les États-Unis menacent tous ceux qui oseraient forcer son blocus pour apporter du pétrole, ou renflouer l'économie blessée. On vient d'annoncer que les compagnies Visa et Mastercard y ont suspendu leurs services. Trump et ses milliardaires ne reculeront devant rien pour mettre le grappin sur l'île tropicale. L'exploitation de la misère des gens, leur spécialité, y deviendra la source de nouveaux milliards.

Alors la question se pose. Les pays qui ont les moyens de voler au secours du peuple cubain le feront-ils, ou continueront-ils de se faire complices des crimes contre l'humanité de Donald Trump? Nous en sommes là. Chacun de nous devra décider s'il veut, dans les livres d'histoire de l'avenir, qu'on nous classe parmi les déchets de l'humanité pour ne pas s'être opposés à l'indécence armée du locataire actuel de la Maison Blanche?

Je ne m'aventure pas souvent sur le terrain de la religion, mais je crois que l'inaction des démocraties est un péché mortel. Dans l'évangile de Saint-Jean, l'apôtre rapporte ces paroles de Jésus aux pharisiens. «Si vous étiez aveugles, vous n'auriez pas de péché.» En juin 2026, nous voyons. Tous les jours. Sur nos écrans. Si nous détournons les yeux pour éviter de combattre l'injustice, il y a faute grave, que nous finirons par regretter dans cette vie ou dans l'au-delà.

Bruits de criquets...

mercredi 3 juin 2026

Rien qu'à ouère on oué ben...

3 juin 2026...

capture d'écran du site Web Le Devoir


Quand j'étudiais en science politique au milieu des années 1960, j'avais un prof qui, parfois découragé qu'on ne voie pas ce qui lui apparaissait évident, nous lâchait: «Non, mais, rien qu'à ouère on oué ben!»

Il avait plus souvent qu'autrement raison. Il arrive que la réalité nous regarde en pleine face et qu'on ne la voie pas...

Tiens, prenez les images de Christine Fréchette et Mark Carney, hier, devant le panneau «Bâtir un Canada fort / Building Canada Strong».

La quasi-totalité des médias ont titré à peu près ce que vous voyez ci-dessus dans Le Devoir: «Ottawa versera 10 milliards de dollars à Québec pour le financement d'infrastructures».

En langage simple, ça veut dire exactement ce que ça dit: le Canada donne 10 milliards $ au Québec pour la construction d'infrastructures - des routes, des hôpitaux, des écoles, des logements.

Ô merci, M. Carney. Le Canada est si gentil pour le Québec, faudrait réélire la CAQ, à la limite les libéraux mais surtout pas le PQ, sans oublier de voter non au prochain référendum s'il a lieu.

C'est là que mon ancien prof aurait crié. Vous êtes dans le champ! Mettez vos lunettes! Rien qu'à ouère on oué ben...

Commençons pas le commencement. Oussé qu'Ottawa a pris les 10 milliards? Dans les puits de pétrole de l'Alberta? Chez les riches financiers de Toronto? Ben voyons...

Les Québécois ont versé ces milliards (et bien plus) au gouvernement du Canada en impôts, supposément pour payer ce dont le fédéral est censé s'occuper. Ça, c'est écrit dans la constitution...

Ces 10 milliards $ sortent donc de nos poches. On les a payés à Ottawa, où le Parlement et l'administration sont entre les mains de la majorité anglo-canadienne qui forme plus de 75% de la population au Canada. C'est la démocratie.

Alors le fédéral a pris 10 de nos milliards et décidé de les redonner au Québec. C'est pas un cadeau. C'est un remboursement. Mais attention, on nous a remis nos dollars à condition de s'en servir selon les instructions du gouvernement du Canada.

Mark Carney veut un Canada fort et uni, et utiliser notre part d'impôts pour y arriver. Son problème, c'est qu'il n'a pas d'autorité pour bâtir des infrastructures au Québec. Ça, c'est dans la constitution.

Il a cependant le droit de prendre nos impôts et de les garder dans les coffres fédéraux tant qu'il le voudra. Alors, pour ravoir ces milliards payés par les Québécois, Christine Fréchette doit promettre de respecter les priorités d'Ottawa. Ce qu'elle a fait.

Résumons. Ottawa n'a pas donné 10 milliards au Québec. Le gouvernement fédéral a remis au Québec dix des milliards en impôts et taxes qu'il avait collectés des Québécois et gardait dans ses coffres.

Pour ravoir notre argent, Christine Fréchette a dû s'incliner devant le premier ministre anglo-canadien et promettre de suivre ses instructions. En souriant, bien sûr, et en disant merci. Colonialisme 101.

Et nos médias québécois pas très critiques ou fouineurs ont annoncé à leurs auditoires que le Canada nous avait fait un beau cadeau de 10 milliards. Tiens, PSPP, prends ça!

Y'é-tu beau, y'é-tu fin, le beau et grand bilingue pays où la majorité anglo-fédérale prend nos sous comme un bon maître, pour nous les remettre en allocations trop souvent conditionnelles, comme à des subalternes... 

Une nation fière n'accepte pas d'être ainsi traitée. Rien qu'à ouère on oué ben...


mardi 2 juin 2026

Les églises de La Patente... 100 ans plus tard...

2 juin 2026...

capture d'écran du site Web Le Droit



Le 22 octobre 1926, à Eastview (devenue Vanier, aujourd'hui un quartier d'Ottawa), au sous-sol du presbytère de l'église Saint-Charles, une vingtaine de Canadiens français ont tenu l'assemblée de fondation de l'Ordre de Jacques-Cartier, aussi appelée La Patente. Une deuxième réunion eut lieu au même endroit le 25 novembre, suivie d'une troisième à l'église Saint-François d'Assise, à Ottawa. Cette société secrète pour hommes seulement s'étendrait par la suite à l'ensemble du Canada français et marquerait l'histoire de la francophonie québécoise et canadienne jusqu'à son éclatement au milieu des années 1960.
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Pour savoir tout de La Patente, il suffit de lire le livre de Hugues Théorêt,  L'Ordre de Jacques-Cartier, le dernier bastion du Canada français aux Éditions Septentrion (2024).
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Pourquoi cette organisation a-t-elle vu le jour à Ottawa et non à Montréal ou à Québec? Le coeur canadien-français, à l'époque, battait avec une grande intensité dans la capitale canadienne où les Franco-Ontariens luttaient depuis près de 15 ans contre le Règlement 17 de l'Ontario qui interdisait les écoles françaises. Et Ottawa abritait le Parlement canadien où finissaient par aboutir tous les combats entre anglophones et francophones.

Confrontés aux succès politiques des groupes occultes anglo-canadiens comme l'Ordre d'Orange et les loges maçonniques, les catholiques de langue française sentaient le besoin de riposter. Et ceux d'Ottawa ressentaient ce besoin plus que d'autres. Quoi de plus normal que de tenir de petites réunions secrètes à l'église St-Charles, au coeur des quartiers francophones de la capitale. Avec les rues ouvrières franco-ontariennes de la Basse-Ville et d'Eastview comme sentinelles, le clocher de St-Charles semblait un refuge naturel.

Les deux grands clochers de l'église St-François d'Assise, quelques kilomètres à l'ouest du Parlement fédéral, trônaient sur un véritable village de quatre ou cinq milles Franco-Ontariens et offrait un point de rassemblement parfait pour les premiers militants de La Patente. Unis par la langue française (le tiers des Ottaviens étaient francophones) et par la religion catholique (ceux qui ont vécu avant 1960 savent de quoi je parle), les élites civiles et le clergé diocésain pouvaient comploter en toute sécurité.

La Patente s'est étendue à l'ensemble du Québec et atteint un sommet de 40 000 membres dans les années 1950. Puis vint la Révolution pas-si-tranquille, une pandémie de laïcité et une chute radicale des naissances. La montée du souverainisme a sapé les bases mêmes de l'Ordre de Jacques-Cartier, le rejet massif de la pratique religieuse a vidé les églises et modifié en profondeur le tissu social, au Québec comme au Canada français.

À Ottawa, à partir des années 1960, les quartiers franco-ontariens de la Basse-Ville et de St-François d'Assise ont été charcutés par l'expansion de la fonction publique fédérale dans l'ouest de la ville et une rénovation urbaine municipale plus que suspecte dans la Basse-Ville francophone. Les églises de la résistance avaient perdu leurs appuis dans les quartiers qui les entouraient. L'église St-Charles a été fermée en 2010, mais sa désignation patrimoniale a éloigné les démolisseurs. L'église St-François d'Assise, récemment désignée patrimoniale, demeure ouverte mais ses hauts clochers surplombent une coquille vide.

Hier, 2 juin, Le Droit a annoncé que l'église St-Charles, achetée en 2014 par des promoteurs immobiliers, est de nouveau à vendre... Belle façon de célébrer les 100 ans de La Patente. Ces églises monuments d'une francophonie aujourd'hui à l'agonie méritent un meilleur sort. Mais la population qui aurait pu les protéger n'existe plus. La langue de la rue, partout, est désormais l'anglais. Comme le dit l'ancien archiviste en chef de l'Université d'Ottawa, Michel Prévost: «je trouve ça triste quand même»...

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lundi 1 juin 2026

Déclin des librairies franco-canadiennes. Quelles sont les causes?

1er juin 2026...

capture d'écran du site Web Le Devoir


J'ai eu souvent l'occasion de critiquer Le Devoir (auquel je suis abonné, papier et numérique), mais sa quête constante f'information sur la francophonie hors-Québec mérite des accolades. La plume de la journaliste Mathilde Beaulieu-Lépine nous transporte d'un bout à l'autre des collectivités de langue française, de l'Acadie à l'Ouest canadien, et les Québécois auraient intérêt à lire ces textes. Le présent des collectivités franco-canadiennes, c'est le futur du Québec si la tendance actuelle au déclin du français se maintient.

Dans son offrande du 1er juin 2026, Mme Beaulieu-Lépine jette un peu de lumière sur les habitudes de lecture des francophones en situation minoritaire. On y apprend que le nombre de librairies françaises (et non «francophones»... quelle horreur...) à l'extérieur du Québec connaît un fort déclin depuis quelques décennies. En 2026, il n'en resterait que onze pour l'ensemble du Canada-sans-le-Québec, alors qu'en Ontario seulement, on en comptait douze en 2009.

Cette incursion de la journaliste du Devoir dans l'univers des librairies franco-canadiennes mériterait d'être approfondie. Derrière la fenêtre ouverte par le quotidien montréalais se dissimule une foule de suivis, y compris une analyse socio-linguistique des endroits où ces librairies sont situées et un retour sur les rares données cueillies par Statistique Canada sur la consommation de livres français dans les provinces à majorité anglaise.

Ainsi, le texte nous apprend que cinq de ces onze librairies françaises sont exploitées au Nouveau-Brunswick. Ce qu'on ne dit pas, c'est qu'elles sont, toutes les cinq, situées dans des régions où environ 95% de la population est francophone (dont près de 50% d'unilingues français) - quatre dans la péninsule acadienne et une à Edmundston, dans le Madawaska. Il n'y en aurait aucune dans le sud-est, plus bilingue, même si l'Université de Moncton y trône.

En Ontario, on dénombre quatre librairies franco-ontariennes, dont une petite boutique nouvellement ouverte à Hearst qui dessert une région à plus de 85% francophone. Et des deux à Ottawa, l'une existe depuis les années 1950 (Le coin du livre). L'autre appartient à une entreprise québécoise de Gatineau, la Librairie du Soleil. Plus de 350 000 francophones (surtout québécois) dans la région de la capitale canadienne offrent un marché suffisant. Ne reste alors, en milieu très minoritaire que la librairie d'Oakville, dans la région de Toronto.

Pour tout le reste du Canada, seulement deux librairies portent le flambeau de la langue et de la culture françaises. On les trouve à Winnipeg et Saskatoon, dans l'Ouest canadien. Quant au Québec, un texte de Radio-Canada de 2025 affirmait qu'on y trouvait environ 160 libraires indépendants. Toute proportion gardée, on devrait ainsi s'attendre à recenser au moins une vingtaine de librairies françaises en situation minoritaire.

Une incursion dans les portraits des minorités francophones hors-Québec, réalisés autour de 2010 par Statistique Canada, permet de mieux comprendre ce déclin des librairies à travers le pays.

Prenons comme exemple les Franco-Ontariens, la plus importante minorité (en chiffres absolus) francophone hors Québec. Au chapitre de la consommation des livres, l'enquête de Statistique Canada révèle qu'en 2006, seulement 19% des Ontariens de langue française consommaient des livres «uniquement ou surtout français»; près de 55% d'entre eux lisaient uniquement ou surtout en anglais... Quand, sur un demi-million de personnes de langue maternelle française en Ontario, environ 275 000 ne s'intéressent pas aux livres français, les librairies franco-ontariennes en subissent les contrecoups. Pendant ce temps, dans la péninsule acadienne, moins de 20% des Acadiens consomment des livres anglais...

J'espère que Le Devoir approfondira cette recherche, et tentera de brosser un tableau similaire dans les régions québécoises où le déclin du français est le plus prononcé...

dimanche 31 mai 2026

Chère Mme Grammond...

31 mai 2026...



Chère Mme Grammond,

J'ai souvent l'impression que le débat entre indépendantistes, autonomistes, fédéralistes et centralisateurs ne finira jamais. Mais au coeur de ce brouillamini, il m'a toujours semblé que les Québécois francophones partageaient quelques repères: une compréhension générale de notre parcours historique en Amérique, la conviction de former une nation de langue française et la reconnaissance du Québec comme État national des Franco-Québécois.

Après avoir lu votre éditorial du 30 mai 2026 intitulé Des ponts au lieu de référendums, et tenant pour acquis que vos propos traduisent la position officielle de votre journal, La Presse, je suis obligé de constater que l'ancien «plus grand quotidien français d'Amérique» renie désormais les fondements de notre existence nationale et adopte des positions que pourraient partager sans modification des quotidiens de langue anglaise partout au Canada, a mari usque ad mare...



Le fait que vous vous opposiez aux référendums québécois et albertain n'est pas en cause. Ni votre désir d'abolir les barrières imposées au commerce entre les provinces et à la mobilité de la main-d'oeuvre. Ni votre plaidoyer pour l'unité canadienne. Nous nous attendons à de telles prises de position depuis des décennies. Non, ce qui choque, c'est que dans votre texte, le Québec soit devenu une province comme les autres, que «notre» économie soit cette du Canada, que la fédération canadienne soit devenue notre «nation» et que la protection du français au Québec puisse parfois devenir une «aberration».

L'essentiel de votre argumentaire porte sur «les barrières imposées à l'intérieur du Canada», équivalents à des droits de douane de 21%. Vous abordez les frictions commerciales entre l'Alberta et la Colombie-Britanniques, ainsi qu'entre le Québec et Terre-Neuve. Depuis un an, écrivez-vous, «nos gouvernements» annoncent des mesures favorisant un libre-échange accru. J'ai cru un instant que vous parliez des deux gouvernements caquistes mais non. Il s'agit bien d'Ottawa et des dix provinces. Voilà «nos» gouvernements. Votre position est donc canadienne, et non québécoise.

Ainsi postée au sommet de la pyramide fédérale-provinciale, de cette «courtepointe pleine de trous» où tout-le-monde-est-pareil, vous ciblez le Québec plus que les autres «provinces» (que vous ne nommez pas) - droits douaniers les plus élevés, obstacles à l'exportation ou l'importation de produits alimentaires, ou à l'accès de travailleurs hors-Québec aux chantiers de construction québécois. Vos critiques se fondent sur une perception du Québec comme «un de dix» ou «un de onze» si l'on ajoute Ottawa. Avez-vous songé une seconde à présenter le Québec comme la seule nation francophone au Canada, ayant à ce titre, un statut national qui lui confère des devoirs et responsabilités bien supérieurs à celui d'une province ordinaire? Robert Bourassa l'avait compris quand l'Accord du Lac Meech a échoué en 1990. 

Même en ayant reconnu que «certaines règles provinciales ont leur raison d'être» notamment la protection du français (je présume que vous parlez ici du Québec même si ce 'est pas clair), vous affirmez que «la protection jalouse» de l'industrie québécoise de la construction constitue une «aberration» en situation de pénurie de main-d'oeuvre. Or, l'arrivée massive d'ouvriers Canadian de la construction au Québec aurait un effet d'anglicisation immédiat.

Une réduction des obstacles au commerce interprovincial, dites-vous, serait «bon pour notre économie». Si j'ai bien compris, l'économie canadienne, celle que Mark Carney veut unifier, c'est «notre économie». Et l'économie nationale du Québec? Sais pas. Ce serait également, ajoutez-vous, «bon pour l'unité nationale». Comprendre ici l'unité canadienne. Ainsi notre nation c'est désormais le Canada? Même pas une petite mention de l'unité nationale du Québec? Non. Au paragraphe de conclusion, vous en rajoutez en précisant que le Canada est «notre propre pays». Affirmation audacieuse quand on considère que nous ne formons qu'un peu plus de 20% de la population du pays et que la majorité anglo-canadienne, avec près de 80% de la population, prend 100% des décisions... avec l'argent de nos impôts. Le seul «notre propre pays» a toujours été le Québec.

Cette conception singulière du statut du Québec au sein de la fédération canadienne trahit une incompréhension fondamentale de l'histoire de notre peuple de langue française, et porte en elle tant le rejet de notre existence nationale que celui de notre État national.

Vous pouvez, Mme Grammond, prendre les positions politiques et constitutionnelles que vous et votre quotidien préférez, mais je ne vous reconnais pas le droit de mépriser votre nation. Ma nation. Notre nation. Elle est cernée, provoquée, menacée... mais résiste toujours. Si des ponts ont été détruits et que des référendums ont parfois lieu au Québec, le Canada anglais et son gouvernement à Ottawa doivent en prendre l'entière responsabilité. Nous n'avons que vingt et quelque pour cent des votes dans ce pays...

Pierre Allard
ancien journaliste
citoyen du Québec
Franco-Ontarien de naissance

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Lien à l'éditorial de Stéphanie Grammond dans La Presse - https://www.lapresse.ca/actualites/editoriaux/2026-05-30/des-ponts-au-lieu-des-referendums.php

samedi 30 mai 2026

WestJet et les unilingues francophones…

30 mai 2026…

Capture d’écran du site Web Le Droit

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Avez-vous déjà rencontré un employé unilingue français d'Air Canada ou de WestJet? Moi non. Comme à peu près tout le monde sans doute. De tout temps, les revendications linguistiques chez les transporteurs aériens ont presque toujours porté sur l'offre de services en français, tant aux aéroports qu'à bord des avions. Donc, sur la nécessité d'engager un personnel bilingue.

Quand les compagnies aériennes réussissent, tant bien que mal, à desservir leur clientèle francophone en français, elles ont embauché des employés qui parlent l'anglais et le français. Pour ces membres du personnel, le bilinguisme signifie très simplement que les employés francophones peuvent se parler entre eux dans leur langue, et que les employés anglophones (souvent unilingues) peuvent parler anglais à tout le monde y compris aux francophones. Bilinguisme Canadian 101.

Le Québec compte un peu plus de 4 000 000 de citoyens unilingues français. Ceux-ci forment environ 11% de la population totale du Canada. WestJet exige que tous ses employés aient une connaissance suffisante de l'anglais. Donc, comme le précise Le Droit (voir lien en bas de page), aucun des 16 000 employés de WestJet ne parle que le français. Je serais curieux de savoir combien d'unilingues français travaillent à Air Canada. Ils ne doivent pas être bien nombreux.

Interrogé au comité parlementaire des Langues officielles à Ottawa sur l'imposition de l'anglais au travail, même au Québec, un avocat de la compagnie WestJet, Tristan Joanette, a indiqué qu’un comité de francisation va se pencher «très sérieusement» sur la question. À tous les jours, on entend des anglophones de l'Ouest ou de l'Ontario ou d'ailleurs se plaindre de l'exigence du bilinguisme pour certains emplois fédéraux. C'est, disent-ils, une forme de discrimnation contre les 25 millions d'unilingues anglais au pays.

Mais jamais n'évoque-t-on la discrimination flagrante contre quatre millions d'unilingues français qui sont systématiquement écartés de la plupart des emplois fédéraux, et même d'un grand nombre de postes dans un Québec de plus en plus bilingue. Pour un anglo de London, en Ontario, l'unilinguisme anglais n'a rien d'anormal. Sa seule langue, majoritaire, devrait suffire s'il remplit les autres exigences d'un poste. Pourquoi, alors, ne trouve-t-on pas normal qu'un francophone de Saguenay ou de St-Hyacinthe ne possède lui aussi qu'une seule langue, la sienne, le français? Et qu'il puisse, au Québec et même ailleurs, occuper des postes importants sans qu'on exige de lui une connaissance de l'anglais?

La bilinguisation à vitesse grand V des francophones du Québec aura pour principal effet de marginaliser davantage les millions d'unilingues français et de les empêcher de vivre pleinement dans leur langue sur leur propre territoire. Pensez-y! Vite!


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Lien au texte du Droit - https://www.lapresse.ca/affaires/entreprises/2026-05-30/westjet-exige-que-ses-employes-francophones-maitrisent-l-anglais.php






 

vendredi 29 mai 2026

Les faits ne sont-ils pas les mêmes pour tous les reporters?

29 mai 2026...



Quand trois médias de langue française envoient chacun un journaliste au même événement, vous vous attendez à lire trois comptes rendus ayant plus de similitudes que de divergences. Les faits ne sont-ils pas, après tout, les mêmes pour chacun des reporters? Réponse facile: oui. Et pourtant, parfois, on se demande ce que les scribes ont bien pu voir pour remettre des textes si différents.

Cela tient-il aux connaissances et aux intérêts du journaliste? Au fait qu'ils ou elles n'aient pas couvert la totalité de l'événement pour une ou plusieurs raisons, y compris les heures de tombée? À des attentes ou des préjugés thématiques? À un simple mal de tête ou une mauvaise humeur passagère? Au monde des humains, tout est possible, et après cinquante années de journalisme, peu de choses me surprennent.

Cette semaine, pour en venir au vif du sujet, Le Droit, Radio-Canada et ONFR-TFO ont délégué un de leurs rédacteurs de nouvelles à la rencontre d'Ottawa des États généraux de l'Ontario français organisés par l'Assemblée de la francophonie de l'Ontario (AFO). Ces réunions de consultation ont lieu un partout dans la province et visent à prendre le pouls de la population franco-ontarienne.

Celle d'Ottawa se déroulait à l'Université d'Ottawa. Les titres des trois textes suggèrent déjà un contenu différent. L'article du Droit (voir lien en bas de page) cible «l'appartenance à la francophonie» comme coeur du débat; l'offrande d'ONFR-TFO (voir lien en bas de page) évoque un plaidoyer «pour une francophonie visible partout à Ottawa»; enfin, Radio-Canada (voir lien en bas de page) se contente d'un titre sans trop de contenu: Les États généraux s'invitent à Ottawa.

Tous les journalistes ont bien sûr rapporté quelques déclarations des porte-parole des organisateurs, Peter Hominuk, directeur général de l'AFO, et Anik Larivière, directrice générale de l'Association des communautés francophones d'Ottawa (ACFO. C'est de mise. Mais le plus intéressant dans ce type de rencontre, ce sont les échanges entre les participants, et les conclusions issues des débats. Ici, les trois reporters donnent l'impression de ne pas avoir eu les mêmes yeux et les mêmes oreilles.

1. Le texte de Sébastien Pierroz dans Le Droit

Son choix est clair: «si les débats ont largement porté sur la vitalité francophone, un mot s'est imposé au fil des échanges: l'appartenance.» À en juger par son choix d'interlocuteurs, on parle davantage ici du sentiment d'appartenance des immigrants de tous âges à la francophonie ontarienne. Le texte met en vitrine seulement trois participants à la rencontre de 135 personnes: Ahdithya Visweswaran, employé de Canadian Parents for French; Dan Ngenzi Ya Ruty, étudiant à l'Université d'Ottawa; et Olivier Hussein, qui se définit comme «Canadien d'origine congolaise».

Les lecteurs doivent conclure que les autres thèmes abordés à la rencontre, s'il y en avait, avaient moins d'importance, et que les Franco-Ontariens historiques et leurs organisations (il y en avait sûrement) n'avaient pas grand chose de percutant à dire. 

2. Le texte de Tom Chazelle Schulze sur le site Web de Radio-Canada

L'introduction - les cinq premiers paragraphes de l'article - reflète bien le titre. On apprend ce que sont les États généraux et l'objectif de la rencontre du 27 mai sur le campus de l'Université d'Ottawa. Pour ce qui est des débats, le reporter a présenté les propos de Marie-Claude Bisson, présidente de la Fédération de la jeunesse franco-ontarienne (FESFO), et de Céline Gaboriault, résidente du quartier de la Côte-de-Sable, près de l'Université d'Ottawa.

Seuls deux thèmes en ressortent: le besoin d'une meilleure inclusion des jeunes au sein de la francophonie ontarienne, et l'espoir de voir francophonie ottavienne rayonner. Les lecteurs ne saurait pas qu'il y avait eu des échanges importants sur l'appartenance et l'immigration.

3. Le texte d'Inès Rebei, d'ONFR-TFO

L'entrée en matière diffère également. Cet article (voir lien en bas de page), le plus complet des trois, indique au premier paragraphe que «l'événement a permis de cibler les priorités de la région de la capitale fédérale, où les participants ont notamment réclamé une meilleure visibilité et un accès accru aux services en français». 

Au-delà de Mme Larivière et de M. Hominuk, Mme Rebei a cité pas moins de cinq participants: Gilles Marleau, ancien bibliothécaire et résident d'Ottawa; Pier Rodier, directeur artistique de Vox Théâtre; Michelet Joseph, étudiant d'origine haïtienne; Carole Breton, directrice des communications au Diocèse anglican d'Ottawa; et Chantal Nadeau, directrice générale du Rendez-vous des aînés francophones d'Ottawa (RAFO).

Les thèmes abordés sont plus variés: l'affichage unilingue anglais des autobus scolaires, l'affichage en français dans les commerces et institutions, le manque de personnel bilingue dans les commerces, l'accueil des immigrants francophones, et la présence déficiente des francophones au sein des structures et comités municipaux.


Alors pourquoi trois journalistes qui assistaient à la même rencontre ont-ils rédigé des articles si différents? J'ai ma petite idée mais je vous laisse avec cette interrogation...
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Lien au texte de Tom Chazelle Schulze de Radio-Canada - https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2257378/acfo-afo-etat-generaux-francophone


mercredi 27 mai 2026

Patrimoine bâti du Vieux-Hull: acheter, laisser à l'abandon, démolir...

27 mai 2026...



Vieux Hull 2026... La démolition du patrimoine bâti se poursuit.

Tout y est. L'excellent texte du journaliste Mathieu Bélanger, paru aujourd'hui sur le site Web Le Droit (voir lien en bas de page), résume en quelques paragraphes comment il faut s'y prendre pour transformer des maisons à valeur historique en blocs d'appartements sans âme.

Cette méthode brutale et largement dénuée de scrupules nécessite la complicité, le plus souvent acquise, du conseil municipal de Gatineau. Elle s'emploie depuis longtemps mais jamais je n'en ai vu une telle synthèse. On pourrait l'intituler Mode d'emploi 101.

La stratégie est simple: acquérir des maisons patrimoniales habitées, les laisser à l'abandon, payer ou contester les contraventions municipales, attendre le moment propice où les habitations sont irrécupérables et demander/obtenir un permis de démolition. Étape finale: bâtir un édifice multi-logements sur plusieurs étages et faire beaucoup de fric!

Ça ne marche pas toujours, mais les chances de réussite sont bonnes.

Au tout début de l'article du Droit, la mise en scène du journaliste décrit parfaitement le processus : «Abandonnées depuis plus d'une décennie, huit petites maisons jadis distinctives du développement du coeur de l'île de Hull d'avant 1900 feront bientôt place à un nouvel immeuble qui abritera 99 logements

La ville de Gatineau aurait pu prévenir ces démolitions. Elle ne l'a pas fait. Selon le texte de Mathieu Bélanger, le projet piloté par l'entreprise Boless était planifié depuis très longtemps. Le promoteur avait acheté la première maison de cet ensemble de huit sur les rues Kent et Laval en 2007 puis les autres, jusqu'en 2023. Son intention de les démolir était claire, et son projet immobilier connu de tous.

Mais les élus de Gatineau n'ont jamais protégé le vieux centre-ville francophone contre l'appétit vorace du gouvernement fédéral et des promoteurs immobiliers. Une à une, les maisons allumettes sont tombées sour le pic des démolisseurs. Les tours de logements et de bureaux ont défiguré, et anglicisé, le secteur historique.

Le conseiller municipal du quartier, Steve Moran, avoue: «si on pouvait reculer dans le temps, dit-il, on ferait les choses autrement comme Ville. Les maisons qui sont là (sur les rues Kent et Laval) avaient une valeur patrimoniale. Aujourd'hui, on prendrait des décisions pour leur assurer une meilleure protection. Là, il est clairement trop tard

Sur les huit habitations, sept avaient été construites avant le grand feu de Hull de 1900. Ce sont elles qu'on rasera. Des générations de familles les avaient habitées pendant plus d'un siècle. Du jour au lendemain, elles ont été vendues et laissées à l'abandon. Les contraventions de la ville et les protestations de citoyens n'ont pas empêché les vieilles maisons de se détériorer, victimes d'une négligence volontaire. Le promoteur patient savait qu'un bon matin, son projet verrait le jour.

Les nouvelles résidences ne sont pas conçues pour accueillir des familles ouvrières. Ce sont pour la plupart des studios et des appartements d'une chambre, selon le texte du Droit. Le constructeur a son permis de démolition depuis plus d'un an. Son projet est désormais recommandé par le service municipal de l'urbanisme et le comité consultatif d'urbanisme. Ne manque que l'autorisation finale du conseil municipal, qui ne saurait tarder.

Voilà le mode d'emploi. D'autres entrepreneurs l'ont utilisé auparavant. D'autres s'essaieront à l'avenir, tant qu'il sera possible d'accaparer quelque parcelle survivante du vieux centre-ville de Hull (Gatineau). Au fond, ces bâtisses d'une époque révolue ont peu de chances de survie contre les forces de l'argent qui les cernent.

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mardi 26 mai 2026

Où sont passés les journalistes?

26 mai 2026...

capture d'écran du site Web Le Devoir



Je ne comprends pas... Où sont passés tous ces journalistes agressifs que j'ai connus jadis, ces journalistes dotés d'un juste dosage de passion, de curiosité et de scepticisme, attachés à l'examen critique de l'information reçue, tenaces au moment de poser toutes les questions nécessaires à une cueillette factuelle exhaustive?

L'accueil bonasse de la presse québécoise au rapport de consultations des OUI Québec sur l'état actuel et l'avenir du Québec m'a poussé à écrire hier un texte critique sur mon blogue (voir lien en bas de page). On avait servi aux scribes médiatiques un plateau d'incomplétudes, un terreau fertile pour une attaque frontale. Qui a rédigé le rapport? Qui a choisi les personnes consultées, et comment? Qui étaient ces personnes et ces groupes? Comment a-t-on compilé les données? Etc.

Si je me fie aux textes de nos grands médias papier et numériques, personne n'a interrogé les porte-parole des OUI Québec sur l'absence d'identification de tous ces acteurs auxquels ils ont tendu le micro. Pire, ce matin le directeur du Devoir, Brian Myles, en page éditoriale, a louangé sans réserve le rapport de consultations, y voyant «une bouffée d'air frais dans le débat sur la question nationale».

Pas un commentaire sur l'anonymat de l'ensemble des personnages cités dans le rapport des OUI Québec. L'absolution sans confession, comme on disait autrefois. De la part d'un ancien président de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ), voilà une attitude incompréhensible. Si des fédéralistes, des péquistes, des caquistes ou des conservateurs avaient agi ainsi, une batterie de journalistes (y compris M. Myles?) auraient immédiatement exigé de connaître l'identité des interlocuteurs consultés pour juger de la crédibilité du rapport.

Ce mardi 26 juillet, ayant sans doute noté le va-et-vient sur cette question dans les médias sociaux, OUI Québec a publié un communiqué de presse (que je n'ai pas trouvé) pour défendre sa décision de ne pas nommer les personnes ou les groupes consultés: «Pour la majorité de ces groupes, cette confidentialité était une condition sine qua non de leur participation à l'exercice en raison des fonds publics dont plusieurs dépendent», indique Le Devoir.

Si cet éclaircissement des OUI Québec ne provoque pas une avalanche de questions de nos troupes de reporters, alors il n'y a plus rien à faire... La liberté de presse, et encore davantage la liberté d'expression, sont en jeu ici. Ce qu'on nous dit, c'est qu'une forte proportion des répondants croient recevoir des fonds publics en retour de leur silence ou de leur neutralité dans les dossiers socio-politiques. Que nos gouvernements achètent le silence des individus et groupes qui viennent s'abreuver au trésor public. Qu'ils ont peur de s'exprimer.

Je peux penser à de dizaines de questions à poser aux porte-parole de OUI Québec et aux gouvernements (fédéral, québécois, municipaux) qui briment ainsi, inconstitutionnellement, la liberté d'expression de leurs citoyens. On ne parle pas ici de secrets d'État. La situation actuelle de notre société et son avenir sont d'intérêt général et seul un débat libre de toute contrainte pourra définir de manière crédible les points de convergence.

Retour à l'éditorial de Brian Myles, qui semble faire totalement confiance aux gens de OUI Québec pour le choix de sa bande d'anonymes. Il accrédite leurs déclarations comme s'il avait lui-même vérifié leur identité et leur crédibilité. «Les répondants ne se reconnaissent pas dans le discours victimaire et le repli identitaire», écrit-il. Qui sont ces répondants? Sais pas. Et qui vise-t-il en évoquant un discours victimaire et un repli identitaire? Je vous laisse deviner. Lisez son texte (voir lien en bas de page).

Il ajoute au paragraphe suivant: «Certains répondants ne sont pas des "crypto-fédéralistes", et encore moins des agents provocateurs, mais des militants qui se sont battus pour le projet de pays dans leur carrière.» Comment peut-il avancer un tel argument quand il ne connaît pas l'identité des répondants qui, apprend-on aujourd'hui, ont trop peur de perdre leur financement pour s'identifier...

M. Myles dirige ensuite quelques salves en direction de Paul St-Pierre Plamondon à partir de commentaires que celui-ci a faits en réunion éditoriale au Devoir où il parlait de nation colonisée et d'un climat de peur historique. Dois-je rappeler au directeur du Devoir que M. Plamondon avait répondu à visage découvert aux questions librement posées. Il n'avait pas envoyé à sa place un porte-parole en exigeant que que l'identité de ce dernier ne soit pas divulguée.

Le chef du PQ a choisi aujourd'hui de ne pas jeter d'huile sur le feu, en affirmant que son parti n'était pas visé par le rapport des OUI Québec. M. Myles ne le voit pas de cette façon, affirmant dans son premier paragraphe que OUI Québec «envoie un puissant signal au Parti québécois et à la Coalition Avenir Québec, deux formations qui nous ont habitués à la surenchère (au chapitre de l'immigration et du vivre-ensemble)»... Je pense qu'ici, M. Myles a tout compris...

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lundi 25 mai 2026

C'est une blague? Personne n'est identifié dans ce rapport...

25 mai 2026...

capture d'écran du document de OUI Québec


J'attendais avec impatience la publication, ce dimanche 24 mai, du rapport des consultations du groupe OUI Québec auprès d'une cinquantaine de groupes de la société civile québécoise. Le quotidien La Presse, qui semblait avoir glané un exemplaire du document avant ses concurrents, avait ciblé en manchette les conclusions sur l'effritement du «vivre-ensemble» (un concept dont le sens est suggéré plutôt que défini). Décodé, cela laisse entendre que les séparatistes n'aiment pas les immigrants. Pas de grandes subtilités ici...

Mais, me suis-je dit en journaliste d'expérience, gardons-nous de juger avant d'avoir le rapport en main et de pouvoir le décortiquer à loisir. Et effectivement, dimanche, OUI Québec a mis en ligne un document intitulé «Rapport de consultations - Important 2026» (voir lien en bas de page). À première vue, j'ai cru qu'il ne s'agissait que d'un résumé dudit rapport, de ses faits saillants, mais recherche sur recherche n'a donné aucun document plus fouillé que la trentaine de pages en style quasi télégraphique offerte en pâture sur le Web.

Mais alors c'est une blague! Comment peut-on prendre au sérieux un rapport de consultations quand il ne contient aucune liste des personnes et organisations consultées; quand il n'énumère qu'un nombre limité de citations d'individus et de groupes non identifiés; quand il n'explique pas la méthodologie d'agrégation des données d'entrevues; quand les auteurs du rapport restent anonymes; quand il ne définit pas ce qu'il entend par «point de convergence»...

À l'université, une telle présentation aurait immédiatement reçu une note d'échec. Dans une salle des nouvelles, le chef de pupitre aurait ordonné au reporter de refaire son texte sur-le-champ. Des humains (pas l'IA j'espère) ont interviewé d'autres humains pour recueillir leurs points de vue sur l'état actuel du Québec et son avenir. Ce genre de consultation ne se fait pas dans l'anonymat. Les instigateurs et les répondants doivent assumer leurs opinions à visage découvert. Sinon, en ce qui me concerne, ça ne vaut rien!

À la lecture des conclusions du rapport, et à l'interprétation médiatique (et des réseaux sociaux), des milliers de personnes soupçonnent déjà un biais idéologique, et une méfiance envers les positions identitaires du Parti québécois. La meilleure façon de démontrer le non-fondé de ces craintes serait d'identifier les auteurs de la consultation, la méthode employée pour choisir les personnes à rencontrer, et la présentation d'un bon résumé des propos de chacun, chacune avec leur nom et le poste qu'ils occupent au sein de leur organisation.

Mais non. Partout, on cache les identités (voir image en haut de page). Quelle chambre de commerce? Quelle entreprise? Quel groupe d'artistes? Quel syndicat ou centrale syndicale? Quelle institution scolaire? Quel institut de recherche? Quelle organisation religieuse? Quelle communauté culturelle? Quel groupe d'aînés? Quelle organisation de santé publique? Et quels sont les agendas de ces individus et groupes bien identifiés? On me pardonnera ma méfiance, mais en journalisme, sauf exception, l'anonymat est l'ennemi de l'information.

La quatrième question posée à chaque humain rencontré par OUI Québec se lit comme suit: «Si vous aviez un conseil à donner au mouvement souverainiste, ce serait quoi?» Je m'excuse mais jamais je n'accepterai de recevoir des conseils d'un individu caché dans la burqa de l'anonymat. Parler sans devoir s'identifier ouvre la porte à toutes sortes de désinformation. On n'a qu'à voir ce qui se passe dans les réseaux sociaux où taire son nom devient souvent un tremplin pour le mensonge et l'injure.

Un dernier commentaire. Les journalistes ont souvent le défaut de remplacer le «des» par «les». Il y a une énorme différence de sens. Ainsi, quand 77% des groupes consultés ont, selon OUI Québec, «le sentiment de ne plus contrôler l'avenir du Québec et veulent un grand projet collectif pour le reprendre», c'est 77% et non 100%. Il est inacceptable d'écrire «les groupes de la société civile consultés» au lieu de 77% des groupes, ou une majorité des groupes. «Les», c'est tout le monde. 100%. 

Une ultime déception. Aucun reportage - du moins ceux que j'ai vus - ne soulève ces objections. Personne ne semble avoir exigé de OUI Québec qu'il identifie ses sources et ses méthodes. Le résultat, c'est que de vraies personnes bien identifiées (PSPP et bien d'autres) se retrouvent sur la sellette à cause d'un rapport qui ne cite qu'une bande d'anonymes... 

Un travail bien fait suivi d'un texte détaillé aurait peut-être abouti aux mêmes conclusions. Peut-être pas. On ne le saura jamais...

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Lien au rapport de consultations de OUI Québec


dimanche 24 mai 2026

Non mais, envoyez promener les Sénateurs et la LNH...

24 mai 2026...



Ainsi l'équipe des Sénateurs d'Ottawa peut, si elle le veut, empêcher les Québécois de la région de Gatineau de se rassembler à l'aréna de l'équipe gatinoise, les Olympiques (LHJMQ), pour voir ensemble, sur grand écran, les matches du Canadien de Montréal en séries éliminatoires. Et c'est exactement ce qu'a fait la direction des Senators.

L'explication tient au règlement de la LNH le plus stupide qui soit: une équipe de la Ligue nationale peut empêcher la tenue d'un événement de diffusion de grande envergure (on présume qu'il s'agit de hockey) dans un rayon de 80 km de sa ville, en l'occurrence Ottawa.

Je ne sais pas ce que cela donne dans des régions comme New York, où le principe même de cette disposition est inapplicable parce que trois équipes (Islanders, Rangers, Devils) jouent à l'intérieur d'un rayon de 80 kilomètres. Des exceptions doivent exister à la règle.

Ici, les bozos de la LNH regardent la carte géographique et voient que Gatineau et Ottawa se font face, chacune de son côté de la rivière des Outaouais. Pour eux (comme pour bien des gens de la capitale fédérale), Gatineau n'est guère plus qu'une banlieue d'Ottawa.

Personne ne songe, ou ne comprend, que les Gatinois vivent au Québec et que cela a de l'importance. Il y a une dizaine d'années, Radio-Canada avait sondé les amateurs de hockey de la région. Environ 68% des résidents d'Ottawa soutenaient les Sénateurs, pendant que 63% des Gatinois étaient partisans du Canadien.

La frontière Québec-Ontario n'est pas qu'une ligne tracée sur la carte. C'est une frontière nationale. Et l'équipe de la majorité des Québécois, y compris en Outaouais, c'est le Canadien de Montréal. La LNH et la direction des Sénateurs empêchent les Gatinois de visionner chez eux un match de leur équipe nationale.

Il est tout de même difficile de comprendre le raisonnement des Sénateurs, qui ne feront qu'irriter davantage un marché qu'ils convoitent ardemment depuis des décennies. Peut-être se vengent-ils de tous ces partisans du Canadien qui remplissent le Centre Canadian Tire d'Ottawa à chaque match des Sénateurs contre le Canadien...

Selon l'organisme Impératif français (pourquoi diable se mêle-t-il à cette affaire?), la LNH ferait une exception à sa règle si les Sénateurs donnaient leur accord à une diffusion du match des Canadiens contre les Hurricanes à l'aréna de Gatineau. Impératif français dit avoir communiqué avec les Sénateurs qui auraient refusé... 

«Nous empêcher de nous réunir derrière le symbole (des Canadiens), c'est une atteinte à notre culture», affirme le président d'impératif, Wassim Aboutanos. Enfin... peut-être, en prenant le mot culture au sens très large. Je soupçonne plutôt qu'il y a là une nième expression de l'ignorance des Anglos d'Ottawa, qui n'ont jamais compris grand chose à l'histoire et à la mentalité des Québécois francophones.

Peut-être les retombées d'une médiatisation de cette affaire feront-elles apparaître chez les bonzes des Sénateurs tous les «signes de piastre» qui risquent de se volatiliser dans le tourbillon d'un possible ressac au sein de la clientèle de langue française...

N'étant pas juriste, je me permets cependant de m'interroger sur la légalité de cette interdiction en vertu d'un règlement de la Ligue nationale. Des tas de bars sportifs et restos de la région d'Ottawa et Gatineau diffusent les matches des Canadiens sur grand écran pour un public payant. Quelle est la différence entre ça et une diffusion dans un aréna pour 3000 personnes?

S'il n'existe pas de loi québécoise ou de règlement municipal interdisant ce genre de rassemblement, sur quel principe juridique s'appuie-t-on pour empêcher dans un établissement privé la diffusion d'un match de hockey? Pourquoi les organisateurs de l'événement ne vont-ils pas de l'avant, tout simplement, en envoyant promener la LNH et les Sénateurs? 

Peut-on espérer une intervention des autorités municipales, du gouvernement québécois, ou même de la direction du CH pour dénoncer ces fiefs médiévaux d'un rayon de 80 km accordés aux équipes? Sur le plan du hockey, peu importe cette règle de la LNH, Gatineau est bien plus près de Montréal que d'Ottawa... 

Demander la permission à une équipe d'Ottawa pour voir les matches d'une équipe de Montréal... C'est humiliant...