mercredi 29 juillet 2026

La seule langue en danger, au Québec comme en Ontario, c'est le français!

J'ai lu avec beaucoup d'intérêt les commentaires reçus après publication des tableaux ci-dessous il y a quelques jours. Un gros merci à tous. Chacun était instructif. Voici maintenant mon interprétation.
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Regardons d'abord ce que le tableau ci-dessous ne dit pas. Il ne donne aucune indication de la langue maternelle des répondants, ni de leur usage ou pas de cette langue maternelle à la maison, au travail, dans leurs loisirs ou ailleurs. Ces données (tableaux 1 et 2), que j'ai extraites des recensements fédéraux de 2006, 2011, 2016 et 2021, ne concernent donc que la capacité de soutenir une conversation en français, en anglais ou dans les deux langues officielles du Canada.

Même si elles proposent ainsi un portrait très incomplet de la dynamique linguistique québécoise et anglo-canadienne, elles sont cependant essentielles pour la compréhension de certains aspects fondamentaux de l'interaction du français et de l'anglais au Québec et dans les provinces à majorité anglaise (l'Ontario, notamment). Et même si la période évoquée est relativement courte (2006 à 2021), il est possible de dégager certaines tendances lourdes de conséquences. 


La conclusion la plus évidente: la seule langue en danger, au Québec comme en Ontario, c'est le français. La différence, c'est que le déclin du français au Québec n'a pas encore atteint son rythme de croisière, alors qu'en Ontario il s'approche de l'agonie. Une autre conclusion qui s'impose: la similitude des tendances linguistiques chez les Anglo-Québécois et les Anglo-Ontariens, les premiers se comportant davantage comme membres de la majorité anglophone du pays qu'en tant que minoritaires dans un Québec qui se veut français.

Une analyse de la connaissance des langues officielles démontre d'abord une seule baisse, systématique: l'«unilinguisme»1 français, au Québec comme ailleurs au pays, poursuit une érosion amorcée depuis plus de 60 ans. Pourquoi cela-t-il de l'importance? La proportion d'unilingues français constitue un bon indicateur de la capacité de vivre uniquement, normalement, en français dans une société, sur un territoire, dans un pays. Ici, en Amérique du Nord, dans une société anglo-américaine dominante et envahissante, une croissance excessive du nombre de bilingues chez les francophones, accompagnée d'un déclin de l'unilinguisme, annonce des transferts linguistiques vers l'anglais: l'assimilation!

Les données sur l'Ontario (tableaux 1 et 2) sont éloquentes. Entre 2006 et 2021, le nombre d'unilingues français, déjà marginal, a diminué de 49 210 à 39 310 (de 0,41% de la population ontarienne à 0,27%). Si on retourne aux recensements de 1961 et 1971, il y avait plus de 90 000 unilingues français en Ontario (environ 1,5% de la population de l'Ontario). La disparition de tous les quartiers urbains franco-ontariens au cours du dernier demi-siècle et l'anglicisation plus rapide des zones rurales traditionnellement francophones en sont témoins.

Pendant ce temps, au Québec, le nombre et la proportion d'unilingues anglais a repris sa croissance après les exodes liées aux élections et référendums du Parti québécois. Une augmentation de 110 000 en quinze ans (de 4,5% à 5,3%)! Dans la grande région montréalaise où les anglos sont concentrés, il est relativement facile de se passer du français. Des Michael Rousseau poussent à tous les coins de rue... L'affirmation d'un nouvel unilinguisme anglais dans la métropole québécoise n'augure rien de bon pour l'avenir d'un Québec français.

Il y a 65 ans, au recensement de 1961, environ 62% de la population québécoise était unilingue française. Rendus en 2006, cette proportion avait chuté à 53,9%. En 2021, pour la première fois, les francophones unilingues sont minoritaires (47,3% de la population). J'ai la conviction que les chiffres du recensement de 2026 (qui seront dévoilée à l'été ou à l'automne 2027) confirmeront une accélération catastrophique de cette tendance. Du côté de l'Ontario, où rien ne menace la langue dominante, la proportion d'unilingues anglais reste stable depuis 2006 (de 85,9% à 86,5%).

Évidemment, au Québec, le recul de l'unilinguisme français a été compensé par une augmentation du bilinguisme français-anglais, de 40,6% en 2006 à 46,4% en 2021. Au prochain recensement (celui de cette année), le nombre de bilingues dépassera le nombre d'unilingues français (c'est déjà le cas dans trois des quatre plus grandes villes du Québec - Montréal, Laval et Gatineau). Pour ceux que cela intéresse, en 1961, la proportion de bilingues au Québec n'était que de 25%... Quand la majorité des Québécois francophones seront bilingues, le français sera en voie de louisianisation...Comparez ça à la stagnation et même au recul du bilinguisme en Ontario (de 11,5% en 2006 de la population totale à 10,78% en 2021). Plus de 90% des francophones hors Québec (et sans doute des Franco-Ontariens) sont bilingues et s'anglicisent à vue d'oeil.

En Ontario, dans une municipalité où 75% des habitants sont anglophones et 25% francophones, le 25% s'anglicise à la vitesse grand-V. Au Québec, dans une municipalité où 75% des habitants sont francophones et 25% anglophones, le 25% anglicise la majorité francophone, lentement au départ puis à vitesse croissante. Quand vous comprenez ce phénomène, les chiffres ci-haut s'expliquent facilement et vous savez comment l'histoire finira si le Québec ne devient pas un État unilingue français et souverain...

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1 - par unilingue, j'entends ne connaître qu'une seule des deux langues officielles. Cela signifie être unilingue au regard des langues officielles du Canada. Une personne pourrait parler anglais, portugais, italien et russe mais pour les fins du recensement, elle est en quelque sorte unilingue anglaise en matière de langues officielles. La plupart des répondants, cependant, sont réellement unilingues. 

mardi 28 juillet 2026

La dignité de la souffrance

capture d'écran du site Web Le Devoir

Je n'ai rien à redire sur l'argumentaire tissé par l'éditorialiste du Devoir, Marie Vastel, dans le cadre du débat sur l'extension de l'aide médicale à mourir aux personnes atteintes d'un trouble mental. Mais une partie de sa conclusion, partagée sans doute par une majorité de la population, m'irrite au plus haut point. Je la cite: «Dix ans d’aide médicale à mourir au Canada ont permis des avancées majeures pour une fin de vie non plus condamnée à la souffrance, mais pouvant être vécue dans la dignité et la compassion

Loin de moi de contester le droit à l'aide médicale à mourir pour une personne qui refuse une fin de vie dans la souffrance. Ce qui me rebute cependant, et qu'on présente comme une évidence, c'est que les souffrances de fin de vie soient incompatibles avec «la dignité et la compassion». La dignité et la compassion peuvent être présentes dans une souffrance assumée. J'ai écrit un texte de blogue sur cette question en 2013 et je viens de le relire. Je n'ai pas changé d'opinion. Le voici:

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«mercredi 30 octobre 2013

Mourir en souffrant, dans la « dignité »...

Je ne suis pas contre l'aide médicale à mourir, et je me suis depuis longtemps rallié à l'idée que le moment est propice à l'adoption d'un train de mesures (comme le projet de loi 52 à Québec) visant à encadrer la légalité et la légitimité d'une certaine forme d'assistance médicale au suicide quand la mort apparaît inévitable et que la souffrance dépasse les capacités d'endurance.

Ce qui me trouble, cependant, c'est la suggestion constante qu'il existe une incompatibilité entre la souffrance, même extrême, et la dignité humaine. C'est comme si le dépérissement et la douleur qui précède la mort était indigne, comme si cela n'avait aucune valeur, que c'était, au fond, inutile. Je suis dans l'incapacité totale de partager ce point de vue, même si je dois concéder que confronté à l'issue fatale dans les pires circonstances, je ne sais pas quelle décision je prendrais...

Pour moi, la vie est sacrée. Lutter pour la maintenir sans acharnement thérapeutique me semble un choix noble et digne. Je ne sais pas ce qui nous attend après la mort, mais cela m'apparaît secondaire en réfléchissant à la fin de vie. Ce qui au fond de nous, par amour de soi, de ses proches et de son prochain (et de Dieu pour ceux et celles qui ont des convictions religieuses), nous pousse à lutter pour rester en vie dans notre jeunesse et à l'âge adulte, cela reste intact jusqu'à la fin.

J'ai vu mon père mourir et j'ai eu l'occasion d'échanger avec quelques autres, proches et amis, qui étaient à l'article de la mort. Ils étaient souffrants, mais encore des nôtres. Leurs paroles, l'occasionnel sourire, même leurs silences, laissent une profonde empreinte sur les survivants. Mon père, dans la dernière longue conversation que j'ai eue seul à seul avec lui, quelques semaines avant son décès, s'était excusé de sembler absent autour des siens, précisant que son regard était désormais tourné vers l'intérieur, vers le dernier droit qu'il savait sans doute amorcé.

Je persiste à croire que notre rôle, ainsi que celui du personnel médical, était de l'aimer, de le soulager dans la mesure du possible et de l'accompagner dans son ultime cheminement. S'il avait demandé qu'on mette fin à ses souffrances, j'aurais sans doute respecté ce voeu. Mais de ne pas avoir voulu qu'on l'aide à mourir reste un choix aussi digne et aussi estimable. Dans ses dernières minutes, même quand j'ai eu la conviction que son esprit était déjà ailleurs, son corps a poursuivi le combat jusqu'à l'épuisement final, avec quelques ultimes battements et un dernier soupir.

Que penser de cette autre membre de la famille qui, se sachant condamnée, continue avec tous les moyens disponibles à vivre à domicile et à poursuivre, aussi longtemps que possible, sans espoir, malgré le déclin, malgré la souffrance, son petit train-train quotidien pour encore quelques mois, quelques semaines, quelques jours, quelques heures de plus... jusqu'à l'avant-veille de sa mort. J'en suis toujours inspiré. Et les personnes qui l'ont aidée et accompagnée à la fin, n'ont-elles pas aussi participé à une noble et digne entreprise?

Et que penser de cet ex-collègue, cloué à son lit dans un centre de soins palliatifs, avec quelques jours à vivre, encore soucieux de s'informer des anciens amis, de se rappeler de bons souvenirs, et même d'échanger sur le présent et l'avenir... Personne ne lui aurait reproché d'avoir voulu mettre fin à ses souffrances prématurément. Sa mort était-elle moins digne parce qu'il a accepté de continuer de souffrir? La directrice de la Maison Mathieu-Froment-Savoie, un centre de soins palliatifs en Outaouais, disait récemment : « Lorsque les soins de fin de vie sont bien administrés, qu'ils soulagent la souffrance autant physique que psychologique, les personnes ne demandent pas à mourir. »

Et même en l'absence de soins de fin de vie, il peut y avoir la dignité. Dans l'histoire humaine, des milliers de personnes ont accepté de mourir dans les pires circonstances pour défendre leurs opinions, leur foi, leurs proches et leurs concitoyens. Je reviens d'un voyage en France et j'ai longuement médité devant le palais de justice de Rouen, encore troué de balles et d'obus de la 2e Guerre mondiale. Les membres de la résistance qui y ont été incarcérés et qui ont été livrés aux Nazis pour être torturés et exécutés sont des héros. La dignité était le lot des torturés et non des tortionnaires.

Je ne suis pas contre le suicide assisté. Je respecte ceux et celles qui estiment que c'est là la seule décision possible et suis d'accord avec sa légalisation. Mais mourir dans la dignité n'est pas réservé à ceux et celles qui choisissent cette voie. La plus douloureuse des morts peut aussi être auréolée de dignité.»

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Lien à l'éditorial du Devoir - https://www.ledevoir.com/opinion/editoriaux/997688/matiere-aide-mourir-abdiquer-est-pas-avancee?

dimanche 26 juillet 2026

Une bouteille lancée dans l'océan de l'Internet...

capture d'écran de YouTube




Matière à réflexion... J'ai l'intention d'analyser demain ou après-demain ces données que j'ai colligées, mais je serais curieux de savoir ce que d'autres en pensent avant d'écrire. J'ai remarqué au fil des ans que bien des lecteurs ont tendance à s'attaquer ou à appuyer l'auteur, ou ses conclusions, sans trop se donner la peine de décortiquer les données des recensements et de formuler leurs propres jugements.

Mon impression, c'est que plus souvent qu'autrement, les colonnes de chiffres des recensements laissent la majorité des gens tout à fait indifférents. Je m'attends donc à peu ou pas de commentaires. Mais sait-on jamais... En tout cas, je lance ces chiffres comme une bouteille dans l'océan de l'Internet...

Tableau 1 (en chiffres)

Québec – connaissance des langues officielles

Année                      Pop. totale             Français seul       Anglais seul          Français et anglais

2021                         8 406 905               3 980 275               445 575                   3 898 980

2016                         8 066 560               4 032 640               372 445                   3 586 410

2011                         7 815 955               4 047 175               363 861                   3 328 725

2006                         7 435 905               4 010 880               336 785                   3 017 860

Ontario – connaissance des langues officielles

Année                      Pop. totale             Français seul       Anglais seul          Français et anglais

2021                         14 099 790            39 310                      12 196 575            1 519 365

2016                         13 312 865            40 040                      11 455 580            1 490 390

2011                         12 722 065            42 980                      10 984 360            1 395 805

2006                         12 028 895            49 210                      10 335 700            1 377 330

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Tableau 2 (en %)

Québec – connaissance des langues officielles

Année                      Pop. totale             Français seul       Anglais seul          Français et anglais

2021                         8 406 905               47,3%                      5,3%                         46,4%

2016                         8 066 560               50,0%                      4,6%                         44,4%

2011                         7 815 955               51,8%                      4,7%                         42,6%

2006                         7 435 905               53,9%                      4,5%                         40,6%

Ontario – connaissance des langues officielles

Année                      Pop. totale             Français seul       Anglais seul          Français et anglais

2021                         14 099 790            0,27%                      86,5%                      10,78%

2016                         13 312 865            0,3%                         86,0%                      11,2%

2011                         12 722 065            0,33%                      86,3%                      11,0%

2006                         12 028 895            0,41%                      85,9%                      11,5

 

Source : recensements fédéraux 2006, 2011, 2016, 2021



vendredi 24 juillet 2026

À peine 31,4% des francophones hors Québec bilingues s'identifient «seulement ou surtout» au groupe linguistique français...



Vouloir mettre ainsi en parallèle le niveau de «bilinguisme» des Anglo-Québécois et des francophones hors Québec n'a pas de sens. On compare des pommes et des oranges. Vous voyez le titre ci-haut? Avoir écrit Les francophones hors Québec sont plus assimilés que les anglophones du Québec nous aurait davantage rapprochés de la réalité.

Cette manie pernicieuse du gouvernement fédéral de voir de façon symétrique la soi-disant minorité anglo-québécoise et les collectivités francophones (ce qui en reste) des autres provinces empoisonne toutes ses analyses linguistiques. Le vécu des uns, historique et actuel, n'a absolument rein à voir avec celui des autres.

Au départ, le mot «bilingue» n'a pas la même signification au Québec que dans le reste du pays. En limiter le sens à la connaissance des deux langues officielles a pour effet de dissimuler la dynamique linguistique et identitaire.

Apprendre le français modifie assez peu le comportement linguistique des anglos au Québec. Ils continuent, en vaste majorité, à vivre en anglais à la maison, à s'informer en anglais, à écouter la radio et télé anglaises, à consommer l'Internet dans leur langue, à étudier dans des écoles anglaises et plus souvent qu'autrement, à travailler partiellement ou entièrement en anglais. Leur bilinguisme affecte peu, ou pas, leur identité culturelle ou nationale.

À l'extérieur du Québec, en général, la connaissance de l'anglais est essentielle. Si l'on cherche une symétrie, c'est ici qu'on la trouve. Comme les Anglo-Québécois, les plupart des francophones en situation minoritaire s'informent en anglais, écoutent la radio et la télé anglaises, consomment l'Internet en anglais, travaillent partiellement ou surtout en anglais et plus de 40% d'entre eux parlent le plus souvent l'anglais à la maison. Leur bilinguisme est synonyme d'anglicisation.

Notant que 69,4% des adultes québécois de langue maternelle anglaise sont bilingues, contre 91,6% pour les francophones des provinces à majorité anglaise, l'article du Devoir reprend certaines conclusions d'une étude récente de Statistique Canada, rendue publique le 16 juillet mais n'aborde pas les effets identitaires dans son entrevue avec le spécialiste interviewé, Étienne Lemire, analyste à Statistique Canada. Il aurait été intéressant de le faire.

capture d'écran de l'étude de Statistique Canada



Dans son étude, l'organisme fédéral a posé des questions qui aident à comprendre la totale asymétrie entre l'expérience anglo-québécoise et franco-canadienne. Les répondants bilingues ayant le français comme première langue officielle parlée (PLOP) (hors Québec) et l'anglais comme PLOP au Québec ont indiqué dans quelle langue ils étaient «le plus à l'aise de parler». Sans surprise, près de 80% des Anglo-Québécois se sont dits plus à l'aise en anglais (2,5% en français). Par contre, chez les francophones hors Québec, seulement 35% s'estiment plus à l'aise de parler en français (pour 25% d'entre eux, en anglais). Si vous ne voyez pas ici l'effet identitaire du bilinguisme collectif, vous ne le verrez jamais.

Le document de Statistique Canada a aussi, à la toute fin, publié un tableau indiquant à quel groupe linguistique les répondants anglophones et francophones s'identifient. Les résultats sont éloquents. Plus de 70% des Anglo-Québécois ayant l'anglais comme première langue officielle parlée (PLOP) s'identifient au groupe linguistique anglais, tandis que pour les «hors Québec» ayant le français comme PLOP, la proportion qui s'identifie au groupe linguistique français oscille à 31,4% (43% d'entre eux s'identifient aux deux groupes linguistiques, et 21% s'identifient au groupe linguistique anglais!)

À peine 31% des francophones hors Québec (un peu plus de 310 000) s'identifient «seulement ou surtout» au groupe linguistique français... une proportion qui diminue sans doute de recensement en recensement. Voilà où mène le bilinguisme à 92% chez les francophones en situation minoritaire! Entre-temps, l'érosion identitaire chez les Anglo-Québécois bilingues est quasi nulle.

Ceux qui ne comprennent pas la dynamique du bilinguisme au Canada après avoir vu cette étude ne comprendront jamais...

mercredi 22 juillet 2026

À la prochaine génération, le néant...

capture d'écran du site Web de Radio-Canada


Le débat sur le déclin du français, au Québec et ailleurs au Canada, fait rage depuis longtemps. Pas tant sur le principe général du déclin que sur l'ampleur de cette érosion de la langue française. Les avis sont partagés entre alarmistes (dont je suis) et lunettes roses. Les données des recensements sont claires, mais leur manipulation - parfois sans trop de scrupules - entache la crédibilité des statistiques officielles.

Quand un jour, l'assimilation aura achevé son oeuvre et que les dernières collectivités francophones de l'Amérique du Nord se compteront sur les doigts d'une main, il ne restera que l'évidence. Les mourants ne racontent pas de sornettes. Les déclarations faites à l'agonie sont généralement empreintes de vérité et de sincérité. À Terre-Neuve, les dernières communautés de langue française en sont rendues là. Après le prochaine génération, il y aura le néant. Leur témoignage a valeur de prophétie pour tous ceux et toutes celles qui, même en terre québécoise, croient assurée la pérennité du français.

Voilà pourquoi ce reportage récent (lien en bas de page) de Radio-Canada sur la péninsule de Port-au-Port, à Terre-Neuve, revêt tant d'importance. Les personnes que le journaliste Patrick Butler a rencontrées ont parfaitement conscience d'assister à la disparition du fait français dans leur coin de pays. Leurs commentaires décrivent crument la réalité socio-linguistique, mieux que les fins discours de statisticiens et politiciens. À l'article de la mort, il n'y a plus de filtres.

photo que j'ai prise en 2015 à La Grand'Terre, péninsule de Port-au-Port


Un peu de contexte (essentiel)... Soyez patients. La péninsule de Port-au-Port est située sur la côte sud-ouest de Terre-Neuve. Deux localités ont des concentrations de francophones: La Grand'Terre (Mainland) et Cap St-Georges. Chacune a son école et la population d'élèves est en chute libre: baisse de 50% depuis 2016 à l'école Notre-Dame-du-Cap (il ne reste que 20 enfants), et de 33% à l'école Sainte-Anne (de 76 à 50 élèves) au cours de la même période. Selon le recensement fédéral de 2021. Au village La Grand'Terre, sur 50 habitants de langue maternelle française, à peine une douzaine parlent le plus souvent français à la maison...




Allons-y maintenant pour les commentaires recueillis par la reporter de Radio-Canada...

Qu'en pense Alex, un des seuls élèves de 11e année à parler français à domicile, qui poursuivra ses études à l'Université de Moncton? «C'est un peu épeurant»... En effet...

Et qu'en dit l'ancien directeur de l'école de Cap St-Georges, Robert Cormier? «Si t'entends pas la langue (français) parlée à la maison, tu l'apprends juste à l'école, puis si t'as pas la chance de travailler dans la langue française après que tu quittes l'école, c'est quoi ta motivation pour garder la langue?» En effet...

Aujourd'hui âgé de 79 ans, il ajoute que dans sa jeunesse, l'anglais était obligatoire à l'école (comme dans bien d'autres provinces), mais que le français se parlait dans la cour et à la maison. «Aujourd'hui, c'est le contraire»... Ce phénomème est généralisé au sein de la plupart des minorités francophones hors-Québec.

Le nombre de Canadiens français «de souche» décline partout au Canada (assimilation et dénatalité), mais il est marginalement compensé par l'arrivée de milliers d'immigrants francophones. Pas à Terre-Neuve. «Les vieilles familles, les familles de souche, sont en train de disparaître, dit M. Cormier. Les gens meurent. Et puis ça veut dire que le nombre de personnes qui parlent français va diminuer

Des organismes comme la FCFA (lien en bas de page) gonflent les chiffres de la francophonie canadienne en y incluant tous les anglophones capables de s'exprimer en français. Mais la connaissance du français n'implique pas qu'on l'utilise en collectivité, dans la vraie vie. «Il y a beaucoup de monde qui parle français, mais on ne le parle pas ensemble», résume Georgia, une élève de l'école Sainte-Anne.

Voilà, en quelques commentaires, un diagnostic tout à fait réaliste de la dynamique linguistique francophone dans les provinces à majorité anglaise (sauf quelques exceptions) et même dans quelques coins du Québec. Au train où vont les choses, Radio-Canada pourra titrer un jour, peut-être pas si lointain: «À Montréal, le français disparaît du quotidien de la prochaine génération». Il sera alors trop tard pour y faire quoi que ce soit.

Vivement un Québec français et indépendant!

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Lien à la Fédération des communautés francophones et acadiennes du Canada - https://fcfa.ca

lundi 20 juillet 2026

Du 6e étage au rez-de-chaussée pour cueillir mon Devoir...



Voilà! Le 8 juillet, Ginette et moi avons quitté la maison que nous avions fait construire en 1988 pour habiter au 6e étage du nouveau complexe Cinq23 dans l'est de Gatineau. Nous déballons toujours des boîtes, des meubles n'ont pas encore été livrés, et dans certains couloirs, des appartements conservent l'allure de chantiers de construction. Mais un lent retour à la normale, si telle chose existe, semble s'amorcer.

Mon premier rite matinal: m'habiller, enfiler mes espadrilles, marcher sur les tapis neufs des couloirs jusqu'aux ascenseurs et descendre au rez-de-chaussée pour cueillir mon exemplaire du Devoir, à l'entrée principale. Je le trouve au sol, bien seul, mon numéro d'appartement écrit au marqueur en haut de la une. Jusqu'à maintenant, personne ne me l'a piqué...

Le plus désolant, cependant, c'est que je ne voie à côté de mon Devoir aucun autre journal papier. Pas de Journal de Montréal, pourtant populaire ici, ni même d'exemplaire d'un des deux quotidiens de langue anglaise d'Ottawa. Il y a un demi-siècle, six jours sur sept, mon ancien journal, Le Droit, était livré par camelot à plus de la moitié des foyers de langue française du grand Gatineau. Aujourd'hui, il prend la forme d'un babillard numérique en temps réel.

J'ai vérifié avec la direction de l'entreprise propriétaire des 144 appartements du Cinq23. Ils ont confirmé que je suis le seul locataire à recevoir un journal papier. Sur mon ancienne rue résidentielle, ces dernières années, je crois bien que le camelot du Devoir et du Journal de Montréal ne s'arrêtait qu'à notre adresse, vers les 4 heures du matin. 

On me répondra que la plupart des gens s'informent aujourd'hui au moyen d'un écran et j'en conviens, même si j'ai la conviction que le numérique n'a pas les qualités requises pour remplacer la fiabilité des journaux imprimés. Mais l'existence numérique du Droit à Gatineau, ou de tout autre média d'information, ne garantit en rien la présence d'autant de lecteurs qu'auparavant. Dans la jungle fragmentée de l'Internet, aucun camelot virtuel ne sonne à votre porte.

Il était jadis possible de vérifier, pour tous les quotidiens, les chiffres exacts de l'abonnement. Ainsi, vers la fin des années 1970, on savait qu'environ 50 000 résidents de l'Outaouais et de l'Est ontarien payaient pour recevoir Le Droit à domicile. En multipliant par trois, on pouvait estimer le nombre de lecteurs à 150 000, plus ou moins. Selon les données les plus récentes du Centre d'études sur les médias (voir lien en bas de page), Le Droit déclare 171 000 lecteurs numériques en 2023-2024, mais cela ne semble pas vérifié de façon indépendante et ne correspond aucunement au nombre d'abonnements payants, qui n'est pas divulgué.

Si la moitié des foyers francophones de Gatineau payaient pour s'abonner au média numérique Le Droit, celui-ci le claironnerait sur tout les toits. Il en va de même pour les autres anciens quotidiens de Gesca-Capitales Médias-CN2i à Québec, Saguenay, Trois-Rivières, Sherbrooke et Granby. Je suis fortement tenté de conclure que l'abandon du papier a entraîné, pour des centaines de milliers d'anciens abonnés, un abandon des habitudes de lecture traditionnelles et leur remplacement par des visites plus souvent qu'autrement irrégulières (et gratuites) sur les sites Web des médias d'information.

J'espère avoir tort mais mon solitaire petit Devoir matinal laissé près de la porte d'entrée n'augure rien de bon.

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Lien au Centre d'études sur les médias de l'Université Laval - https://www.cem.ulaval.ca/economie/nature-de-loffre/presse-quotidienne/


dimanche 5 juillet 2026

Congé de blogue

5 juillet 2026…


Notre 51e anniversaire de mariage ce 5 juillet.

Impossible de penser à autre chose!

À demain!



samedi 4 juillet 2026

La table près de la fenêtre…





À la fin des années 1980, mon épouse et moi étions membres de la ligue de quilles St-Bonaventure, à Ottawa. Nous jouions avec de nombreux proches et amis le dimanche soir à la salle Preston Lanes, sur la rue Preston, au cœur du quartier Petite Italie, et après nos matches, vers 21 h, nous traversions la rue pour finir la soirée au restaurant Giovanni´s, alors en début d'ascension.

Nous étions quatre ou cinq couples autour de la même table, près de la grande fenêtre, à jaser de tout et de rien, enfin de ce que jasent des amis dans la jeune quarantaine avec des emplois et des enfants… Très souvent, le fils de la propriétaire, Nino, alors dans la jeune vingtaine, venait échanger avec nous. Originaire de Montréal, il se débrouillait assez bien en français.

Un bon jour, la salle de quilles a été démolie pour faire place à un vaste projet d’édifice commercial et à bureaux. Graduellement, nous avons laissé à d’autres notre longue table chez Giovanni´s, y retournant à des occasions spéciales pour des tête-à-tête agrémentés d’une savoureuse expérience culinaire. En saluant toujours Nino, qui vieillissait au même rythme que nous.

Au fil des décennies, est arrivé ce qui devait. Le travail, le départ des enfants, les bobos de toutes sortes, la retraite et, pour quelques-uns, la mort. Les sorties au resto s’espaçaient comme les rencontres avec l’ancien groupe des quilles. Plus souvent qu’autrement, Giovanni´s, ayant grimpé en gamme et en prix, n’était pas à l’agenda.

Mais voilà, demain 5 juillet, Ginette et moi fêtons notre 51e anniversaire de mariage, dans quatre jours nous quittons la maison que nous habitons depuis 38 ans, et le moment était propice pour renouer avec de bons souvenirs. Pour Ginette, ce fut un choix facile: retourner chez Giovanni´s. 

Les astres étaient exceptionnellement bien alignés… Deux de nos filles et leurs conjoints ont voulu se joindre à nous et on a réussi à obtenir une réservation à 24 heures d’avis (!), un samedi soir. Ce soir, 4 juillet 2026. Le repas était excellent, les jasettes divertissantes et ô surprise, nous avons été chaleureusement accueillis par ce bon vieux Nino, qui a maintenant 60 ans et dirige toujours le restaurant. Des retrouvailles joyeuses, évoquant les images de nos anciennes soirées du dimanche.

Avant de sortir bien repus du resto bondé, nous avons jeté un long coup d’œil nostalgique vers notre bonne vieille table au bord de la fenêtre, étrangement inoccupée ce soir. Ou peut-être l’était-elle par une poignée de fantômes invisibles de la fin des années 1980, ressassant leurs exploits sur les allées de quilles disparues d’en face…

Quelle merveilleuse soirée!

vendredi 3 juillet 2026

Rue des souvenirs, maison des souvenirs…



Cet après-midi, après nous avoir donné un fier coup de main dans nos préparatifs de déménagement, ma fille Véronique se préparait à reculer sa voiture. Elle s’est arrêtée net, sortant de l’auto avec son cellulaire pour prendre la photo ci-dessus…Elle avait sans doute la conviction qu’il fallait immortaliser ce moment…

À voir le résultat, je crois que son réflexe était opportun. J’ai eu beau fouiller dans mes souvenirs, je ne crois pas que Ginette et moi ayons posé seuls auparavant devant cette maison - le 16 Brazeau - que nous habitons depuis sa construction en 1988. Et là, nous la quitterons dans cinq jours. Il était grand temps qu’on croque ce cliché…

J’ai pensé à la chanson Rue des souvenirs des Cowboys fringants, faite sur mesure pour cette rue et ce quartier de Gatineau. Les maisons, chantent-ils, « conservent l’âme de tous ceux qui y ont vécu ». En regardant le garage vidé derrîère nous, en devinant les pièces dénudées et les boîtes empilées attendant un nouveau chez-soi, je me demande s’il y restera un peu de nos âmes… 

Je devrai y penser, en regardant cette image d’un vieux couple devant une maison qui n’est plus tout à fait la leur…

jeudi 2 juillet 2026

La manchette est un questionnaire…

2 juillet 2026…


Je sais que mon ancien journal, Le Droit, n’est plus et ne sera probablement jamais plus imprimé. Ce n’est même plus un quotidien numérique. Il revêt désormais des habits de grand babillard virtuel sur lequel on épingle, d’heure en heure, des nouvelles, des chroniques, des analyses et des opinions.

Mais il demeure un média d’information et à ce titre, il me semble, doit faire de son mieux pour proposer une page d’accueil conforme à sa mission. Or, que voit-on, en cliquant sur l’appli Le Droit? Les plus importants titres du jour? Non… un petit questionnaire…. « La question du jour » …

Le média ne nous informe pas… c’est au lecteur de l’informer avant même d’être informé…vous me pardonnerez si je trouve cela un peu abracadabrant. Et c’est pire quand la question suggère que son auteur manque lui-même de savoir. Ainsi, cette ridicule interrogation sur la « culture canadienne » (voir image ci-dessus), parue aux alentours de la fête du Canada.

« Selon vous, qu’est-ce qui symbolise la culture canadienne? » Je peux concevoir une culture québécoise, une culture anglo-canadienne, des cultures autochtones. Je peux concevoir des valeurs canadiennes. Des comportements canadiens. Mais pas une langue ou une culture canadiennes. La question n’a pas de sens.

Le premier choix, le multiculturalisme, répété par erreur, ajoute au ridicule. Multiculturalisme et culture unique sont des antonymes. Il n’y a que trois autres choix de réponse: le hockey, les peuples fondateurs et la politesse. Non mais vraiment… ça ne fait pas très sérieux…

Peut-être Le Droit devrait-il s’en tenir à sa mission première: informer, et non animer un jeu questionnaire. Le matin du 2 juillet, lendemain de la fête du Canada, j’aurais préféré voir sur mon écran un texte sur les dégâts causés par les violents orages de la veille, qui avaient forcé l’annulation du grand spectacle sur la Colline… mais il n’y avait que le questionnaire…


mercredi 1 juillet 2026

Les livres d'histoire ne servent plus à grand-chose...

1er juillet 2026...

La trilogie est complète. Avec la publication, aujourd'hui, de son message de la Fête du Canada, succédant à ceux de la Journée du multiculturalisme (27 juin) et de la Saint Jean-Baptiste (24 juin), l'Assemblée de la francophonie de l'Ontario (AFO) vient d'étaler en trois versements un aperçu de sa vision de l'Ontario français au sein du Canada de 2026. Et de mon point de vue, elle est inquiétante.

À la fin de mon texte de blogue du 27 juin (voir lien en bas de page), je concluais, après lecture des communiqués officiels sur la Journée du multiculturalisme et de la Saint Jean-Baptiste, que «le discours public des dirigeants franco-ontariens trahit leur passé, sabote le présent et laisse l'avenir à l'abandon». Le message ci-haut de l'AFO à l'occasion de la Fête du Canada (le meilleur des trois) vient malheureusement confirmer mes perceptions.

Après un début prometteur visant à souligner 411 ans de présence française en Ontario, l'AFO dit: «Depuis des générations, les francophones participent à la construction, au développement et à l'enrichissement de notre société.» On aurait pu écrire quelque chose comme: depuis plus d'un siècle, les Franco-Ontariens (aujourd'hui on préfére francophones, ça fait plus inclusif...) luttent pour leur droit d'étudier, de travailler et de vivre en français, et ainsi pouvoir, dans leur langue (officielle), participer à la construction, au développement et à l'enrichissement de la société.

La Fête du Canada ne doit pas occulter l'histoire des combats passés et actuels des Franco-Ontariens. Si, comme l'AFO l'écrit avec raison, «le français parlé en Ontario demeure l'un des plus précieux héritage que nous transmettons aux générations futures», elle a aussi le devoir de toujours rappeler à l'ensemble du pays et aux nouveaux arrivants que cet héritage a été acquis de haute lutte. Par des mamans avec des épingles à chapeau, par des collectes de fonds pour la survie des écoles françaises, par des mouvements et grèves d'étudiants pour obtenir une gouvernance franco-ontarienne de leurs institutions. Et bien plus.

Le communiqué de l'AFO ajoute: «En le valorisant (le français), en le protégeant et en le faisant rayonner, nous contribuons à bâtir un Canada plus inclusif, plus fort et plus fidèle à sa dualité linguistique.» On ouvre ici, tant soit peu, une fenêtre sur la réalité en évoquant le besoin de valoriser et de protéger le français en Ontario. Et, par la bande, le statut officiel du français au Canada qui lui confère primauté sur les langues non officielles, même quand les ressortissants de ces autres langues dépassent en nombre les francophones. Faudrait insister davantage.

Cette dualité fondamentale est par ailleurs absente du titre du message: «La fête du Canada: l'Ontario français, au coeur de notre identité nationale». NOTRE identité nationale? Ai-je bien compris? Les Franco-Ontariens participent à une identité nationale pan-canadienne? Telle chose n'a jamais existé. La fête nationale des Franco-Canadiens, y compris en Ontario, a toujours été la Saint Jean-Baptiste. Peut-être peut-on concocter une identité canadienne, mais pas une identité nationale. Deux, peut-être, une anglaise, une française (non je n'oublie pas les Autochtones).

Historiquement, et même aujourd'hui, seuls les Anglo-Canadiens ont vu le Canada comme leur «nation». Ottawa est leur capitale nationale. Avec près de 80% de la population, après tout, c'est leur pays. Ce sont eux qui gouvernent, qui décident. Toujours. La nation française du Canada, concentrée au Québec (lui-même devenu nation), a toujours été minoritaire, et jamais égale en dépit de son statut officiel. Les Franco-Ontariens en savent quelque chose! Alors quand l'organisation représentant la plus importante minorité de langue française au Canada demande de célébrer la fête de «notre cher pays» les 1er juillet, je me dis que les livres d'histoire ne servent plus à grand chose.

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Lien à mon texte de blogue du 27 juin sur la Journée du multiculturalisme - https://lettresdufront1.blogspot.com/2026/06/multiculturalisme-1-saint-jean-baptiste.html

Lien à mon texte de blogue du 24 juin sur la Saint Jean-Baptiste https://lettresdufront1.blogspot.com/2026/06/je-suis-bouche-bee.html

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Épilogue... 

Rappel de mon texte de blogue du 11 décembre 2014, portant sur les fêtes du 1er juillet 1967 (centenaire du Canada) et des objections d'un groupe de jeunes Franco-Ontariens dont j'étais, ainsi que de la réaction des dirigeants franco-ontariens.




mardi 30 juin 2026

Entre Diane Dufresne et les Beatles...

30 juin 2026...

Diane Dufresne, 25 juin 1990


L'un des moments forts de la St-Jean à Montréal en 1990, selon moi, est survenu quand Diane Dufresne, toute de bleu vêtue, a entonné son hymne indépendantiste Comme un bel oiseau (écouter le spectacle Aux portes du pays, 25 juin 1990, à 1:19:20 - sur YouTube). «Je suis d'un Québec qui reprend ses ailes»... On l'a de nouveau entendue le soir de la fête nationale du Québec, ce 24 juin, à Montréal...

Alors nous voici le soir du 30 juin. C'est demain la Fête du Canada, dont le grand spectacle du soir a lieu sur les Plaines Lebreton, à Ottawa, à distance de marche du quartier où j'ai grandi. Et à mon grand étonnement, je constate que la grande vedette québécoise sera nulle autre que Diane Dufresne... Je ne la juge pas. Je ne la condamne pas. Tout artiste est libre de se produire où il ou elle veut. Mais j'ai de la difficulté à comprendre comment on peut sauter en une semaine de la St-Jean à Canada Day. Peut-être nous réserve-t-elle des surprises? Je crois bien que pour une rare fois, j'y jetterai un coup d'oeil à la télé...

Parlant de fêtes et célébrations de tous genres, j'ai appris par Stéphane Laporte, sur Facebook, que le 25 juin était la Journée mondiale des Beatles. «Les musiciens les plus importants de la planète depuis le XXe siècle», opine-t-il. Même plus qu'Angine de Poitrine. Et pour lancer une discussion sur les quatre de Liverpool, le chroniqueur propose ses 20 chansons préférées. C'était presque un défi à faire de même. Défi que je relève avec plaisir, ayant été séduit par la musique des Beatles depuis que j'ai entendu Please Please Me sur les ondes de WLS Chicago 890 en février 1963...

Voici donc mon effort de classement de mes 20 chansons, dans un ordre plus ou moins précis. Je n'ai pas de motif particulier pour plusieurs d'entre elles sauf pour dire que je les ai toujours aimées et qu'elles ont marqué mon passage de l'adolescence à l'âge adulte.

1. Here Comes the Sun
2. While My Guitar Gently Weeps
3. I Want to Hold Your Hand
4. Strawberry Fields Forever
5. A Hard Day's Night
6. Things We Said Today
7. Fool on the Hill
8. Back in the U.S.S.R.
9. Eleanor Rigby
10. Please Please Me
11. Get Back
12. Penny Lane
13. Come Together
14. I'm Looking Through You
15. If I Needed Someone
16. I Am the Walrus
17. No Reply
18. What You're Doing
19. The Night Before
20. You've Got to Hide Your Love Away

Remarquez l'absence de Hey Jude (que je classerais 200e s'il y avait 200 chansons des Beatles) et de toutes les chansons de Sgt. Pepper's même s'il s'agit de l'un de leurs meilleurs albums. Enfin, si vous avez le goût de perdre une heure ou deux, allez-y!


lundi 29 juin 2026

Navire à la dérive?

29 juin 2026...

capture d'écran du journal Le Devoir du 20 avril 2026


Depuis le 20 avril 2026, le quotidien Le Devoir ne publie plus d'éditorial le lundi. Tenant compte de ce qui s'était produit à mon ancien journal, Le Droit, après l'abolition de l'éditorial du lundi en juillet 2013, j'estimais que cette décision de la direction du Devoir méritait une remise en question publique. S'agissait-il d'une mesure d'économie budgétaire (comme ce fut le cas au Droit) ou d'autre chose? Je me suis dit qu'il y aurait sûrement des réactions, à l'interne, à la FPJQ ou dans les autres médias. J'ai peut-être regardé avec mes yeux d'homme (comme dirait mon épouse) mais je n'ai absolument rien vu jusqu'à maintenant.

Le Devoir - ainsi que la plupart des autres médias - se fait cachottier quand il le faut, comme cela s'est produit pour la mise au rancart de chroniqueurs comme Lise Payette et Christian Rioux. On devine des chicanes de personnalité ou d'idéologie. Mais la suppression d'un éditorial par semaine, ou la fermeture d'un département vidéo, suggèrent d'autres enjeux : la rentabilité du produit, les orientations du journal, l'amorce d'une stratégie qu'on tient loin des oreilles du public.

On dira bien ce qu'on voudra du Devoir, et ses critiques se font de plus en plus acerbes ces jours-ci, ce journal occupe une place spéciale au Québec depuis plus d'un siècle. Peu importe ce que puisse en penser la direction du quotidien montréalais, Le Devoir a acquis depuis longtemps le statut de journal national et à ce titre, il appartient à cette nation qu'il a eu le privilège d'incarner dans ses pages depuis 1910. Il lui doit des comptes, et a le devoir de la tenir renseignée sur les véritables intentions du journal.

Le remplacement de l'éditorial du lundi par des textes que Le Devoir aurait pu publier n'importe quand laisse songeur. Que la faiblesse du texte de justification n'ait pas attiré sur-le-champ des questions et des reproches a de quoi surprendre et en dit long sur l'usure du sens critiques au sein de la profession journalistique québécoise. Depuis quand ralentit-on le lundi? Au début de la semaine (après une journée de congé), un journal met le pied sur l'accélérateur, comme son lectorat. Quand à «réfléchir sur un sujet qui colore l'air du temps», n'est-ce pas justement l'une des fonctions d'un éditorial?

Si l'intention du Devoir est de mettre fin éventuellement à l'édition papier en affaiblissant le contenu et en négligeant la présentation, alors qu'on le dise. Le Devoir se vante beaucoup des prix que le journal mérite pour ses réalisations numériques. Quand il ne reste que trois quotidiens papier de langue française au Québec, dont deux de la même chaîne, l'incitatif de concurrence tombe à zéro. On se dit peut-être que les accros du journal papier vont acheter Le Devoir même si on n'y met pas l'effort voulu. Et les journalistes, la FPJQ même conservent sur ces questions un silence assourdissant.

Quand on a assisté a déclin puis à la disparition de sept des dix quotidiens imprimés du Québec - La Presse, Le Soleil, Le Droit, Le Nouvelliste, La Tribune, Le Quotidien du Saguenay et La Voix de l'Est - il est pénible de voir dépérir le plus important de ceux qui restent. Rien ne justifie d'éliminer l'éditorial du lundi. Tout porte à croire à l'existence d'un motif que la direction dissimule. Est-ce la première ou l'une des premières étapes de coupes, petites au départ puis majeures? Une chose est sûre: la direction a l'obligation de mettre cartes sur table. 

Si, malgré tout, ce qui arrive au Devoir depuis une dizaine d'années ne résulte pas d'une volonté, ne correspond pas à un objectif, la situation actuelle est encore plus inquiétante. Le navire est à la dérive.

dimanche 28 juin 2026

Entre la planète Mars et les îles Seychelles

28 juin 2026...

Quand les sujets d'actualité que j'affectionne manquent à l'appel, je retourne inévitablement vers le passé. Disons 50 ans: le 28 juin 1976. Dans mon ancien quotidien, Le Droit. Avec la numérisation tous azimuts de l'information, cela sera bientôt impossible mais pour le moment, on peut toujours entreprendre des incursions ciblées vers des époques révolues.



À la une, en manchette, le célèbre conflit des Gens de l'air, autour du droit d'utiliser le français, au Québec, dans les échanges entre pilotes et contrôleurs aériens. Le ministre fédéral Otto Lang cède devant l'opposition de la Canadian Air Pilots Association, pour qui «il est plus dangereux de travailler dans deux langues» qu'en anglais seulement... En page 3, Robert Bourassa, alors premier ministre du Québec, appuie les contrôleurs francophones.

À la une aussi, on parle encore de l'implantation possible d'un conseil scolaire homogène pour les francophones d'Ottawa. Jusque là, les écoles françaises et anglaises étaient dirigées par un seul conseil scolaire où la gouvernance francophone n'était jamais assurée. Une partie du litige tourne autour de la protection des droits religieux catholiques, protégés par la Constitution.

En page 2, on annonce qu'une délégation gatinoise se rendra à Québec pour présenter au gouvernement Bourassa une pétition de 36 000 noms en faveur de la construction d'un hôpital à Gatineau (distinct à cette époque de Hull-Aylmer). L'hôpital devait être construit sous le gouvernement Lévesque, dans les années 1980.

En manchette internationale, on parle de la course présidentielle en vue de l'élection de novembre 1976 aux États-Unis. Après la démission de Nixon en 1974, Gerald Ford avait assumé la présidence pour la durée du mandat et voulait se mesurer avec son adversaire démocrate après ses deux années à la Maison Blanche. Mais Ronald Reagan (qui devait être élu en 1980) se présente contre lui et ses victoires dans les primaires de plusieurs États resserrent la course. Ford devait l'emporter mais le démocrate Jimmy Carter a remporté l'élection.

Toujours en Amérique, le département états-unien de la Défense nie que la CIA et le Pentagone aient essayé d'altérer le climat pour causer des sécheresses à Cuba et ainsi ruiner la récolte de canne à sucre. On aurait atteint ce but en crevant les nuages au large de Cuba. Cela avait été tenté au Vietnam.

L'ancien empereur Hailé Sélassié d'Éthiopie a été assassiné par la junte militaire qui avait pris le pouvoir deux années plus tôt. Les militaires auraient ensuite brûlé son corps. Celui qu'on appelait le Négus avait été empereur éthiopien de 1930 à 1974, sauf durant l'occupation avant et pendant la Deuxième Guerre mondiale. 

Au Québec, on annonce que le gouvernement Bourassa a cédé au fédéral près de 75 000 acres des meilleures terres agricoles de la région de Mirabel. Ce sont des terres expropriées pour la construction de l'aéroport, mais qui n'ont pas été utilisées. Le chef parlementaire du PQ Jacques-Yvan Morin crie au «coup d'État».

La NASA annonce que l'atterrissage de la sonde automatique Viking 1, qui devait avoir lieu le 4 juillet 1976 (jour du 200e anniversaire des États-Unis) a été ajourné. La sonde devait y faire des prélèvements pour trouver des signes que la vie existe toujours à la surface de la planète rouge... Viking 1 devait finalement atterrir le 20 juillet mais n'a pas trouvé de trace de petits hommes verts...

Enfin, les îles Seychelles, colonie britannique au large de Madagascar, proclament leur indépendance et deviennent une république où un «bilinguisme équilibré» doit assurer un meilleur partage entre l'anglais et le français... Tiens tiens...

samedi 27 juin 2026

Multiculturalisme 1, Saint Jean-Baptiste 0

27 juin 2026...




On sait désormais à quelle enseigne loge l'Assemblée de la francophonie de l'Ontario (AFO). Comparez les messages de l'organisme parapluie de l'Ontario français à l'occasion de la Saint-Jean Baptiste et de la Journée canadienne du multiculturalisme. (Longue pause pour vous laisser le temps de les lire, ci-dessus) Avez-vous compris les mêmes choses que moi?

D'abord, la longueur des textes et l'effort de rédaction. À peine 149 mots pour le message plate et laconique du 24 juin, fête nationale historique des Canadiens français y compris ceux de l'Ontario, mais 251 mots pour la Journée du multiculturalisme, avec des exemples d'activités régionales et des remerciements ciblés. Clairement, si l'on s'en tient aux messages officiels, le 27 juin l'emporte haut la main.

Pire, ce que suggérait l'AFO le 24 juin devient explicite dans son plaidoyer multiculturel. Les Franco-Ontariens sont de plus en plus relégués - par ceux mêmes qui disent les représenter - au statut de «communauté» parmi les autres dans la «diversité» canadienne. Pas de mention du statut officiel et national de la langue française, des luttes contre des décennies de répression francophobe, de solidarité avec le Québec, porte-étendard de la langue et de la culture française au Canada et en Amérique du Nord.

Lisez ce paragraphe des voeux multiculturels du 27 juin. Il donne la frousse. «Le Canada est avant tout un pays qui a pour fondement la diversité, là où chaque héritage culturel telle que la langue et les coutumes enrichissent notre identité collective. En Ontario, cette riche diversité culturelle est encore plus riche grâce aux implications diverses des francophones.» Où est passé le pacte fondateur entre les nations française et anglaise du pays qu'on nous a enseignés pendant si longtemps? Il ne reste que la «diversité». Incroyable!

Et pas n'importe quelle diversité... Pas une diversité qui apporte ses contributions aux cultures nationales et officielles du pays, mais une diversité qui inclut les Franco-Ontariens, devenus une composante parmi d'autres d'une «identité collective» sortie tout droit de la Charte des longs couteaux et du multiculturalisme débridé (et anglo-dominant) qui essaime depuis trois ou quatre décennies.

Les dirigeants franco-ontariens, historiquement, ont considéré avec raison les francophones de la province comme membres d'une grande nation de langue française, cette langue ayant en Ontario et au Canada un statut officiel et supérieur à celle des nouveaux arrivants d'autres langues. Les anglos, par contre, ont souvent eu tendance à voir les francophones comme une communauté linguistique indissociée dans les provinces où ils sont très majoritaires. Or, à lire le message multiculturel de l'AFO en 2026, le ver est dans la pomme.

Pour la Journée multiculturelle, le message de l'Assemblée de la francophonie de l'Ontario énumère des activités au Niagara, à Mississauga, à North Bay et exprime sa gratitude à nombre d'organismes, y compris l'ensemble des associations ethnoculturelles ontariennes. Dans le message dénudé de la Saint Jean-Baptiste, aucune mention d'activités et aucun remerciement aux organisateurs d'événements pour la fête nationale. Il y a certainement dû y en avoir...

Si j'étais toujours Franco-Ontarien, j'aurais rugi en prenant connaissance de ces deux communiqués de l'AFO. Mais je n'ai entendu aucune protestation, aucune prise de conscience. Peut-être parce que peu de gens en ont pris connaissance, peut-être parce que la perte d'identité nationale est en train de réduire à zéro la résistance historique. Vu du Québec, il me semble que le discours public des dirigeants franco-ontariens trahit leur passé, sabote le présent et laisse l'avenir à l'abandon.