mardi 2 juin 2026

Les églises de La Patente... 100 ans plus tard...

2 juin 2026...




Le 22 octobre 1926, à Eastview (devenue Vanier, aujourd'hui un quartier d'Ottawa), au sous-sol du presbytère de l'église Saint-Charles, une vingtaine de Canadiens français ont tenu l'assemblée de fondation de l'Ordre de Jacques-Cartier, aussi appelée La Patente. Une deuxième réunion eut lieu au même endroit le 25 novembre, suivie d'une troisième à l'église Saint-François d'Assise, à Ottawa. Cette société secrète pour hommes seulement s'étendrait par la suite à l'ensemble du Canada français et marquerait l'histoire de la francophonie québécoise et canadienne jusqu'à son éclatement au milieu des années 1960.
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Pour savoir tout de La Patente, il suffit de lire le livre de Hugues Théorêt,  L'Ordre de Jacques-Cartier, le dernier bastion du Canada français aux Éditions Septentrion (2024).
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Pourquoi cette organisation a-t-elle vu le jour à Ottawa et non à Montréal ou à Québec? Le coeur canadien-français, à l'époque, battait avec une grande intensité dans la capitale canadienne où les Franco-Ontariens luttaient depuis près de 15 ans contre le Règlement 17 de l'Ontario qui interdisait les écoles françaises. Et Ottawa abritait le Parlement canadien où finissaient par aboutir tous les combats entre anglophones et francophones.

Confrontés aux succès politiques des groupes occultes anglo-canadiens comme l'Ordre d'Orange et les loges maçonniques, les catholiques de langue française sentaient le besoin de riposter. Et ceux d'Ottawa ressentaient ce besoin plus que d'autres. Quoi de plus normal que de tenir de petites réunions secrètes à l'église St-Charles, au coeur des quartiers francophones de la capitale. Avec les rues ouvrières franco-ontariennes de la Basse-Ville et d'Eastview comme sentinelles, le clocher de St-Charles semblait un refuge naturel.

Les deux grands clochers de l'église St-François d'Assise, quelques kilomètres à l'ouest du Parlement fédéral, trônaient sur un véritable village de quatre ou cinq milles Franco-Ontariens et offrait un point de rassemblement parfait pour les premiers militants de La Patente. Unis par la langue française (le tiers des Ottaviens étaient francophones) et par la religion catholique (ceux qui ont vécu avant 1960 savent de quoi je parle), les élites civiles et le clergé diocésain pouvaient comploter en toute sécurité.

La Patente s'est étendue à l'ensemble du Québec et atteint un sommet de 40 000 membres dans les années 1950. Puis vint la Révolution pas-si-tranquille, une pandémie de laïcité et une chute radicale des naissances. La montée du souverainisme a sapé les bases mêmes de l'Ordre de Jacques-Cartier, le rejet massif de la pratique religieuse a vidé les églises et modifié en profondeur le tissu social, au Québec comme au Canada français.

À Ottawa, à partir des années 1960, les quartiers franco-ontariens de la Basse-Ville et de St-François d'Assise ont été charcutés par l'expansion de la fonction publique fédérale dans l'ouest de la ville et une rénovation urbaine municipale plus que suspecte dans la Basse-Ville francophone. Les églises de la résistance avaient perdu leurs appuis dans les quartiers qui les entouraient. La langue de la rue y serait désormais l'anglais. L'église St-Charles a été fermée en 2010, mais sa désignation patrimoniale a éloigné les démolisseurs. L'église St-François d'Assise, récemment désignée patrimoniale, demeure ouverte mais ses hauts clochers surplombent une coquille vide.

Hier, 2 juin, Le Droit a annoncé que l'église, achetée en 2014 par des promoteurs immobiliers, est de nouveau à vendre... Belle façon de célébrer les 100 ans de La Patente. Ces églises monuments d'une francophonie aujourd'hui à l'agonie méritent un meilleur sort. Mais la population qui aurait pu les protéger n'existe plus. Comme le dit l'ancien archiviste en chef de l'Université d'Ottawa, Michel Prévost: «je trouve ça triste quand même»...

lundi 1 juin 2026

Déclin des librairies franco-canadiennes. Quelles sont les causes?

1er juin 2026...

capture d'écran du site Web Le Devoir


J'ai eu souvent l'occasion de critiquer Le Devoir (auquel je suis abonné, papier et numérique), mais sa quête constante f'information sur la francophonie hors-Québec mérite des accolades. La plume de la journaliste Mathilde Beaulieu-Lépine nous transporte d'un bout à l'autre des collectivités de langue française, de l'Acadie à l'Ouest canadien, et les Québécois auraient intérêt à lire ces textes. Le présent des collectivités franco-canadiennes, c'est le futur du Québec si la tendance actuelle au déclin du français se maintient.

Dans son offrande du 1er juin 2026, Mme Beaulieu-Lépine jette un peu de lumière sur les habitudes de lecture des francophones en situation minoritaire. On y apprend que le nombre de librairies françaises (et non «francophones»... quelle horreur...) à l'extérieur du Québec connaît un fort déclin depuis quelques décennies. En 2026, il n'en resterait que onze pour l'ensemble du Canada-sans-le-Québec, alors qu'en Ontario seulement, on en comptait douze en 2009.

Cette incursion de la journaliste du Devoir dans l'univers des librairies franco-canadiennes mériterait d'être approfondie. Derrière la fenêtre ouverte par le quotidien montréalais se dissimule une foule de suivis, y compris une analyse socio-linguistique des endroits où ces librairies sont situées et un retour sur les rares données cueillies par Statistique Canada sur la consommation de livres français dans les provinces à majorité anglaise.

Ainsi, le texte nous apprend que cinq de ces onze librairies françaises sont exploitées au Nouveau-Brunswick. Ce qu'on ne dit pas, c'est qu'elles sont, toutes les cinq, situées dans des régions où environ 95% de la population est francophone (dont près de 50% d'unilingues français) - quatre dans la péninsule acadienne et une à Edmundston, dans le Madawaska. Il n'y en aurait aucune dans le sud-est, plus bilingue, même si l'Université de Moncton y trône.

En Ontario, on dénombre quatre librairies franco-ontariennes, dont une petite boutique nouvellement ouverte à Hearst qui dessert une région à plus de 85% francophone. Et des deux à Ottawa, l'une existe depuis les années 1950 (Le coin du livre). L'autre appartient à une entreprise québécoise de Gatineau, la Librairie du Soleil. Plus de 350 000 francophones (surtout québécois) dans la région de la capitale canadienne offrent un marché suffisant. Ne reste alors, en milieu très minoritaire que la librairie d'Oakville, dans la région de Toronto.

Pour tout le reste du Canada, seulement deux librairies portent le flambeau de la langue et de la culture françaises. On les trouve à Winnipeg et Saskatoon, dans l'Ouest canadien. Quant au Québec, un texte de Radio-Canada de 2025 affirmait qu'on y trouvait environ 160 libraires indépendants. Toute proportion gardée, on devrait ainsi s'attendre à recenser au moins une vingtaine de librairies françaises en situation minoritaire.

Une incursion dans les portraits des minorités francophones hors-Québec, réalisés autour de 2010 par Statistique Canada, permet de mieux comprendre ce déclin des librairies à travers le pays.

Prenons comme exemple les Franco-Ontariens, la plus importante minorité (en chiffres absolus) francophone hors Québec. Au chapitre de la consommation des livres, l'enquête de Statistique Canada révèle qu'en 2006, seulement 19% des Ontariens de langue française consommaient des livres «uniquement ou surtout français»; près de 55% d'entre eux lisaient uniquement ou surtout en anglais... Quand, sur un demi-million de personnes de langue maternelle française en Ontario, environ 275 000 ne s'intéressent pas aux livres français, les librairies franco-ontariennes en subissent les contrecoups. Pendant ce temps, dans la péninsule acadienne, moins de 20% des Acadiens consomment des livres anglais...

J'espère que Le Devoir approfondira cette recherche, et tentera de brosser un tableau similaire dans les régions québécoises où le déclin du français est le plus prononcé...

dimanche 31 mai 2026

Chère Mme Grammond...

31 mai 2026...



Chère Mme Grammond,

J'ai souvent l'impression que le débat entre indépendantistes, autonomistes, fédéralistes et centralisateurs ne finira jamais. Mais au coeur de ce brouillamini, il m'a toujours semblé que les Québécois francophones partageaient quelques repères: une compréhension générale de notre parcours historique en Amérique, la conviction de former une nation de langue française et la reconnaissance du Québec comme État national des Franco-Québécois.

Après avoir lu votre éditorial du 30 mai 2026 intitulé Des ponts au lieu de référendums, et tenant pour acquis que vos propos traduisent la position officielle de votre journal, La Presse, je suis obligé de constater que l'ancien «plus grand quotidien français d'Amérique» renie désormais les fondements de notre existence nationale et adopte des positions que pourraient partager sans modification des quotidiens de langue anglaise partout au Canada, a mari usque ad mare...



Le fait que vous vous opposiez aux référendums québécois et albertain n'est pas en cause. Ni votre désir d'abolir les barrières imposées au commerce entre les provinces et à la mobilité de la main-d'oeuvre. Ni votre plaidoyer pour l'unité canadienne. Nous nous attendons à de telles prises de position depuis des décennies. Non, ce qui choque, c'est que dans votre texte, le Québec soit devenu une province comme les autres, que «notre» économie soit cette du Canada, que la fédération canadienne soit devenue notre «nation» et que la protection du français au Québec puisse parfois devenir une «aberration».

L'essentiel de votre argumentaire porte sur «les barrières imposées à l'intérieur du Canada», équivalents à des droits de douane de 21%. Vous abordez les frictions commerciales entre l'Alberta et la Colombie-Britanniques, ainsi qu'entre le Québec et Terre-Neuve. Depuis un an, écrivez-vous, «nos gouvernements» annoncent des mesures favorisant un libre-échange accru. J'ai cru un instant que vous parliez des deux gouvernements caquistes mais non. Il s'agit bien d'Ottawa et des dix provinces. Voilà «nos» gouvernements. Votre position est donc canadienne, et non québécoise.

Ainsi postée au sommet de la pyramide fédérale-provinciale, de cette «courtepointe pleine de trous» où tout-le-monde-est-pareil, vous ciblez le Québec plus que les autres «provinces» (que vous ne nommez pas) - droits douaniers les plus élevés, obstacles à l'exportation ou l'importation de produits alimentaires, ou à l'accès de travailleurs hors-Québec aux chantiers de construction québécois. Vos critiques se fondent sur une perception du Québec comme «un de dix» ou «un de onze» si l'on ajoute Ottawa. Avez-vous songé une seconde à présenter le Québec comme la seule nation francophone au Canada, ayant à ce titre, un statut national qui lui confère des devoirs et responsabilités bien supérieurs à celui d'une province ordinaire? Robert Bourassa l'avait compris quand l'Accord du Lac Meech a échoué en 1990. 

Même en ayant reconnu que «certaines règles provinciales ont leur raison d'être» notamment la protection du français (je présume que vous parlez ici du Québec même si ce 'est pas clair), vous affirmez que «la protection jalouse» de l'industrie québécoise de la construction constitue une «aberration» en situation de pénurie de main-d'oeuvre. Or, l'arrivée massive d'ouvriers Canadian de la construction au Québec aurait un effet d'anglicisation immédiat.

Une réduction des obstacles au commerce interprovincial, dites-vous, serait «bon pour notre économie». Si j'ai bien compris, l'économie canadienne, celle que Mark Carney veut unifier, c'est «notre économie». Et l'économie nationale du Québec? Sais pas. Ce serait également, ajoutez-vous, «bon pour l'unité nationale». Comprendre ici l'unité canadienne. Ainsi notre nation c'est désormais le Canada? Même pas une petite mention de l'unité nationale du Québec? Non. Au paragraphe de conclusion, vous en rajoutez en précisant que le Canada est «notre propre pays». Affirmation audacieuse quand on considère que nous ne formons qu'un peu plus de 20% de la population du pays et que la majorité anglo-canadienne, avec près de 80% de la population, prend 100% des décisions... avec l'argent de nos impôts. Le seul «notre propre pays» a toujours été le Québec.

Cette conception singulière du statut du Québec au sein de la fédération canadienne trahit une incompréhension fondamentale de l'histoire de notre peuple de langue française, et porte en elle tant le rejet de notre existence nationale que celui de notre État national.

Vous pouvez, Mme Grammond, prendre les positions politiques et constitutionnelles que vous et votre quotidien préférez, mais je ne vous reconnais pas le droit de mépriser votre nation. Ma nation. Notre nation. Elle est cernée, provoquée, menacée... mais résiste toujours. Si des ponts ont été détruits et que des référendums ont parfois lieu au Québec, le Canada anglais et son gouvernement à Ottawa doivent en prendre l'entière responsabilité. Nous n'avons que vingt et quelque pour cent des votes dans ce pays...

Pierre Allard
ancien journaliste
citoyen du Québec
Franco-Ontarien de naissance

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Lien à l'éditorial de Stéphanie Grammond dans La Presse - https://www.lapresse.ca/actualites/editoriaux/2026-05-30/des-ponts-au-lieu-des-referendums.php

samedi 30 mai 2026

WestJet et les unilingues francophones…

30 mai 2026…

Capture d’écran du site Web Le Droit

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Avez-vous déjà rencontré un employé unilingue français d'Air Canada ou de WestJet? Moi non. Comme à peu près tout le monde sans doute. De tout temps, les revendications linguistiques chez les transporteurs aériens ont presque toujours porté sur l'offre de services en français, tant aux aéroports qu'à bord des avions. Donc, sur la nécessité d'engager un personnel bilingue.

Quand les compagnies aériennes réussissent, tant bien que mal, à desservir leur clientèle francophone en français, elles ont embauché des employés qui parlent l'anglais et le français. Pour ces membres du personnel, le bilinguisme signifie très simplement que les employés francophones peuvent se parler entre eux dans leur langue, et que les employés anglophones (souvent unilingues) peuvent parler anglais à tout le monde y compris aux francophones. Bilinguisme Canadian 101.

Le Québec compte un peu plus de 4 000 000 de citoyens unilingues français. Ceux-ci forment environ 11% de la population totale du Canada. WestJet exige que tous ses employés aient une connaissance suffisante de l'anglais. Donc, comme le précise Le Droit (voir lien en bas de page), aucun des 16 000 employés de WestJet ne parle que le français. Je serais curieux de savoir combien d'unilingues français travaillent à Air Canada. Ils ne doivent pas être bien nombreux.

Interrogé au comité parlementaire des Langues officielles à Ottawa sur l'imposition de l'anglais au travail, même au Québec, un avocat de la compagnie WestJet, Tristan Joanette, a indiqué qu’un comité de francisation va se pencher «très sérieusement» sur la question. À tous les jours, on entend des anglophones de l'Ouest ou de l'Ontario ou d'ailleurs se plaindre de l'exigence du bilinguisme pour certains emplois fédéraux. C'est, disent-ils, une forme de discrimnation contre les 25 millions d'unilingues anglais au pays.

Mais jamais n'évoque-t-on la discrimination flagrante contre quatre millions d'unilingues français qui sont systématiquement écartés de la plupart des emplois fédéraux, et même d'un grand nombre de postes dans un Québec de plus en plus bilingue. Pour un anglo de London, en Ontario, l'unilinguisme anglais n'a rien d'anormal. Sa seule langue, majoritaire, devrait suffire s'il remplit les autres exigences d'un poste. Pourquoi, alors, ne trouve-t-on pas normal qu'un francophone de Saguenay ou de St-Hyacinthe ne possède lui aussi qu'une seule langue, la sienne, le français? Et qu'il puisse, au Québec et même ailleurs, occuper des postes importants sans qu'on exige de lui une connaissance de l'anglais?

La bilinguisation à vitesse grand V des francophones du Québec aura pour principal effet de marginaliser davantage les millions d'unilingues français et de les empêcher de vivre pleinement dans leur langue sur leur propre territoire. Pensez-y! Vite!


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Lien au texte du Droit - https://www.lapresse.ca/affaires/entreprises/2026-05-30/westjet-exige-que-ses-employes-francophones-maitrisent-l-anglais.php






 

vendredi 29 mai 2026

Les faits ne sont-ils pas les mêmes pour tous les reporters?

29 mai 2026...



Quand trois médias de langue française envoient chacun un journaliste au même événement, vous vous attendez à lire trois comptes rendus ayant plus de similitudes que de divergences. Les faits ne sont-ils pas, après tout, les mêmes pour chacun des reporters? Réponse facile: oui. Et pourtant, parfois, on se demande ce que les scribes ont bien pu voir pour remettre des textes si différents.

Cela tient-il aux connaissances et aux intérêts du journaliste? Au fait qu'ils ou elles n'aient pas couvert la totalité de l'événement pour une ou plusieurs raisons, y compris les heures de tombée? À des attentes ou des préjugés thématiques? À un simple mal de tête ou une mauvaise humeur passagère? Au monde des humains, tout est possible, et après cinquante années de journalisme, peu de choses me surprennent.

Cette semaine, pour en venir au vif du sujet, Le Droit, Radio-Canada et ONFR-TFO ont délégué un de leurs rédacteurs de nouvelles à la rencontre d'Ottawa des États généraux de l'Ontario français organisés par l'Assemblée de la francophonie de l'Ontario (AFO). Ces réunions de consultation ont lieu un partout dans la province et visent à prendre le pouls de la population franco-ontarienne.

Celle d'Ottawa se déroulait à l'Université d'Ottawa. Les titres des trois textes suggèrent déjà un contenu différent. L'article du Droit (voir lien en bas de page) cible «l'appartenance à la francophonie» comme coeur du débat; l'offrande d'ONFR-TFO (voir lien en bas de page) évoque un plaidoyer «pour une francophonie visible partout à Ottawa»; enfin, Radio-Canada (voir lien en bas de page) se contente d'un titre sans trop de contenu: Les États généraux s'invitent à Ottawa.

Tous les journalistes ont bien sûr rapporté quelques déclarations des porte-parole des organisateurs, Peter Hominuk, directeur général de l'AFO, et Anik Larivière, directrice générale de l'Association des communautés francophones d'Ottawa (ACFO. C'est de mise. Mais le plus intéressant dans ce type de rencontre, ce sont les échanges entre les participants, et les conclusions issues des débats. Ici, les trois reporters donnent l'impression de ne pas avoir eu les mêmes yeux et les mêmes oreilles.

1. Le texte de Sébastien Pierroz dans Le Droit

Son choix est clair: «si les débats ont largement porté sur la vitalité francophone, un mot s'est imposé au fil des échanges: l'appartenance.» À en juger par son choix d'interlocuteurs, on parle davantage ici du sentiment d'appartenance des immigrants de tous âges à la francophonie ontarienne. Le texte met en vitrine seulement trois participants à la rencontre de 135 personnes: Ahdithya Visweswaran, employé de Canadian Parents for French; Dan Ngenzi Ya Ruty, étudiant à l'Université d'Ottawa; et Olivier Hussein, qui se définit comme «Canadien d'origine congolaise».

Les lecteurs doivent conclure que les autres thèmes abordés à la rencontre, s'il y en avait, avaient moins d'importance, et que les Franco-Ontariens historiques et leurs organisations (il y en avait sûrement) n'avaient pas grand chose de percutant à dire. 

2. Le texte de Tom Chazelle Schulze sur le site Web de Radio-Canada

L'introduction - les cinq premiers paragraphes de l'article - reflète bien le titre. On apprend ce que sont les États généraux et l'objectif de la rencontre du 27 mai sur le campus de l'Université d'Ottawa. Pour ce qui est des débats, le reporter a présenté les propos de Marie-Claude Bisson, présidente de la Fédération de la jeunesse franco-ontarienne (FESFO), et de Céline Gaboriault, résidente du quartier de la Côte-de-Sable, près de l'Université d'Ottawa.

Seuls deux thèmes en ressortent: le besoin d'une meilleure inclusion des jeunes au sein de la francophonie ontarienne, et l'espoir de voir francophonie ottavienne rayonner. Les lecteurs ne saurait pas qu'il y avait eu des échanges importants sur l'appartenance et l'immigration.

3. Le texte d'Inès Rebei, d'ONFR-TFO

L'entrée en matière diffère également. Cet article (voir lien en bas de page), le plus complet des trois, indique au premier paragraphe que «l'événement a permis de cibler les priorités de la région de la capitale fédérale, où les participants ont notamment réclamé une meilleure visibilité et un accès accru aux services en français». 

Au-delà de Mme Larivière et de M. Hominuk, Mme Rebei a cité pas moins de cinq participants: Gilles Marleau, ancien bibliothécaire et résident d'Ottawa; Pier Rodier, directeur artistique de Vox Théâtre; Michelet Joseph, étudiant d'origine haïtienne; Carole Breton, directrice des communications au Diocèse anglican d'Ottawa; et Chantal Nadeau, directrice générale du Rendez-vous des aînés francophones d'Ottawa (RAFO).

Les thèmes abordés sont plus variés: l'affichage unilingue anglais des autobus scolaires, l'affichage en français dans les commerces et institutions, le manque de personnel bilingue dans les commerces, l'accueil des immigrants francophones, et la présence déficiente des francophones au sein des structures et comités municipaux.


Alors pourquoi trois journalistes qui assistaient à la même rencontre ont-ils rédigé des articles si différents? J'ai ma petite idée mais je vous laisse avec cette interrogation...
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Lien au texte de Tom Chazelle Schulze de Radio-Canada - https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2257378/acfo-afo-etat-generaux-francophone


mercredi 27 mai 2026

Patrimoine bâti du Vieux-Hull: acheter, laisser à l'abandon, démolir...

27 mai 2026...



Vieux Hull 2026... La démolition du patrimoine bâti se poursuit.

Tout y est. L'excellent texte du journaliste Mathieu Bélanger, paru aujourd'hui sur le site Web Le Droit (voir lien en bas de page), résume en quelques paragraphes comment il faut s'y prendre pour transformer des maisons à valeur historique en blocs d'appartements sans âme.

Cette méthode brutale et largement dénuée de scrupules nécessite la complicité, le plus souvent acquise, du conseil municipal de Gatineau. Elle s'emploie depuis longtemps mais jamais je n'en ai vu une telle synthèse. On pourrait l'intituler Mode d'emploi 101.

La stratégie est simple: acquérir des maisons patrimoniales habitées, les laisser à l'abandon, payer ou contester les contraventions municipales, attendre le moment propice où les habitations sont irrécupérables et demander/obtenir un permis de démolition. Étape finale: bâtir un édifice multi-logements sur plusieurs étages et faire beaucoup de fric!

Ça ne marche pas toujours, mais les chances de réussite sont bonnes.

Au tout début de l'article du Droit, la mise en scène du journaliste décrit parfaitement le processus : «Abandonnées depuis plus d'une décennie, huit petites maisons jadis distinctives du développement du coeur de l'île de Hull d'avant 1900 feront bientôt place à un nouvel immeuble qui abritera 99 logements

La ville de Gatineau aurait pu prévenir ces démolitions. Elle ne l'a pas fait. Selon le texte de Mathieu Bélanger, le projet piloté par l'entreprise Boless était planifié depuis très longtemps. Le promoteur avait acheté la première maison de cet ensemble de huit sur les rues Kent et Laval en 2007 puis les autres, jusqu'en 2023. Son intention de les démolir était claire, et son projet immobilier connu de tous.

Mais les élus de Gatineau n'ont jamais protégé le vieux centre-ville francophone contre l'appétit vorace du gouvernement fédéral et des promoteurs immobiliers. Une à une, les maisons allumettes sont tombées sour le pic des démolisseurs. Les tours de logements et de bureaux ont défiguré, et anglicisé, le secteur historique.

Le conseiller municipal du quartier, Steve Moran, avoue: «si on pouvait reculer dans le temps, dit-il, on ferait les choses autrement comme Ville. Les maisons qui sont là (sur les rues Kent et Laval) avaient une valeur patrimoniale. Aujourd'hui, on prendrait des décisions pour leur assurer une meilleure protection. Là, il est clairement trop tard

Sur les huit habitations, sept avaient été construites avant le grand feu de Hull de 1900. Ce sont elles qu'on rasera. Des générations de familles les avaient habitées pendant plus d'un siècle. Du jour au lendemain, elles ont été vendues et laissées à l'abandon. Les contraventions de la ville et les protestations de citoyens n'ont pas empêché les vieilles maisons de se détériorer, victimes d'une négligence volontaire. Le promoteur patient savait qu'un bon matin, son projet verrait le jour.

Les nouvelles résidences ne sont pas conçues pour accueillir des familles ouvrières. Ce sont pour la plupart des studios et des appartements d'une chambre, selon le texte du Droit. Le constructeur a son permis de démolition depuis plus d'un an. Son projet est désormais recommandé par le service municipal de l'urbanisme et le comité consultatif d'urbanisme. Ne manque que l'autorisation finale du conseil municipal, qui ne saurait tarder.

Voilà le mode d'emploi. D'autres entrepreneurs l'ont utilisé auparavant. D'autres s'essaieront à l'avenir, tant qu'il sera possible d'accaparer quelque parcelle survivante du vieux centre-ville de Hull (Gatineau). Au fond, ces bâtisses d'une époque révolue ont peu de chances de survie contre les forces de l'argent qui les cernent.

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mardi 26 mai 2026

Où sont passés les journalistes?

26 mai 2026...

capture d'écran du site Web Le Devoir



Je ne comprends pas... Où sont passés tous ces journalistes agressifs que j'ai connus jadis, ces journalistes dotés d'un juste dosage de passion, de curiosité et de scepticisme, attachés à l'examen critique de l'information reçue, tenaces au moment de poser toutes les questions nécessaires à une cueillette factuelle exhaustive?

L'accueil bonasse de la presse québécoise au rapport de consultations des OUI Québec sur l'état actuel et l'avenir du Québec m'a poussé à écrire hier un texte critique sur mon blogue (voir lien en bas de page). On avait servi aux scribes médiatiques un plateau d'incomplétudes, un terreau fertile pour une attaque frontale. Qui a rédigé le rapport? Qui a choisi les personnes consultées, et comment? Qui étaient ces personnes et ces groupes? Comment a-t-on compilé les données? Etc.

Si je me fie aux textes de nos grands médias papier et numériques, personne n'a interrogé les porte-parole des OUI Québec sur l'absence d'identification de tous ces acteurs auxquels ils ont tendu le micro. Pire, ce matin le directeur du Devoir, Brian Myles, en page éditoriale, a louangé sans réserve le rapport de consultations, y voyant «une bouffée d'air frais dans le débat sur la question nationale».

Pas un commentaire sur l'anonymat de l'ensemble des personnages cités dans le rapport des OUI Québec. L'absolution sans confession, comme on disait autrefois. De la part d'un ancien président de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ), voilà une attitude incompréhensible. Si des fédéralistes, des péquistes, des caquistes ou des conservateurs avaient agi ainsi, une batterie de journalistes (y compris M. Myles?) auraient immédiatement exigé de connaître l'identité des interlocuteurs consultés pour juger de la crédibilité du rapport.

Ce mardi 26 juillet, ayant sans doute noté le va-et-vient sur cette question dans les médias sociaux, OUI Québec a publié un communiqué de presse (que je n'ai pas trouvé) pour défendre sa décision de ne pas nommer les personnes ou les groupes consultés: «Pour la majorité de ces groupes, cette confidentialité était une condition sine qua non de leur participation à l'exercice en raison des fonds publics dont plusieurs dépendent», indique Le Devoir.

Si cet éclaircissement des OUI Québec ne provoque pas une avalanche de questions de nos troupes de reporters, alors il n'y a plus rien à faire... La liberté de presse, et encore davantage la liberté d'expression, sont en jeu ici. Ce qu'on nous dit, c'est qu'une forte proportion des répondants croient recevoir des fonds publics en retour de leur silence ou de leur neutralité dans les dossiers socio-politiques. Que nos gouvernements achètent le silence des individus et groupes qui viennent s'abreuver au trésor public. Qu'ils ont peur de s'exprimer.

Je peux penser à de dizaines de questions à poser aux porte-parole de OUI Québec et aux gouvernements (fédéral, québécois, municipaux) qui briment ainsi, inconstitutionnellement, la liberté d'expression de leurs citoyens. On ne parle pas ici de secrets d'État. La situation actuelle de notre société et son avenir sont d'intérêt général et seul un débat libre de toute contrainte pourra définir de manière crédible les points de convergence.

Retour à l'éditorial de Brian Myles, qui semble faire totalement confiance aux gens de OUI Québec pour le choix de sa bande d'anonymes. Il accrédite leurs déclarations comme s'il avait lui-même vérifié leur identité et leur crédibilité. «Les répondants ne se reconnaissent pas dans le discours victimaire et le repli identitaire», écrit-il. Qui sont ces répondants? Sais pas. Et qui vise-t-il en évoquant un discours victimaire et un repli identitaire? Je vous laisse deviner. Lisez son texte (voir lien en bas de page).

Il ajoute au paragraphe suivant: «Certains répondants ne sont pas des "crypto-fédéralistes", et encore moins des agents provocateurs, mais des militants qui se sont battus pour le projet de pays dans leur carrière.» Comment peut-il avancer un tel argument quand il ne connaît pas l'identité des répondants qui, apprend-on aujourd'hui, ont trop peur de perdre leur financement pour s'identifier...

M. Myles dirige ensuite quelques salves en direction de Paul St-Pierre Plamondon à partir de commentaires que celui-ci a faits en réunion éditoriale au Devoir où il parlait de nation colonisée et d'un climat de peur historique. Dois-je rappeler au directeur du Devoir que M. Plamondon avait répondu à visage découvert aux questions librement posées. Il n'avait pas envoyé à sa place un porte-parole en exigeant que que l'identité de ce dernier ne soit pas divulguée.

Le chef du PQ a choisi aujourd'hui de ne pas jeter d'huile sur le feu, en affirmant que son parti n'était pas visé par le rapport des OUI Québec. M. Myles ne le voit pas de cette façon, affirmant dans son premier paragraphe que OUI Québec «envoie un puissant signal au Parti québécois et à la Coalition Avenir Québec, deux formations qui nous ont habitués à la surenchère (au chapitre de l'immigration et du vivre-ensemble)»... Je pense qu'ici, M. Myles a tout compris...

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lundi 25 mai 2026

C'est une blague? Personne n'est identifié dans ce rapport...

25 mai 2026...

capture d'écran du document de OUI Québec


J'attendais avec impatience la publication, ce dimanche 24 mai, du rapport des consultations du groupe OUI Québec auprès d'une cinquantaine de groupes de la société civile québécoise. Le quotidien La Presse, qui semblait avoir glané un exemplaire du document avant ses concurrents, avait ciblé en manchette les conclusions sur l'effritement du «vivre-ensemble» (un concept dont le sens est suggéré plutôt que défini). Décodé, cela laisse entendre que les séparatistes n'aiment pas les immigrants. Pas de grandes subtilités ici...

Mais, me suis-je dit en journaliste d'expérience, gardons-nous de juger avant d'avoir le rapport en main et de pouvoir le décortiquer à loisir. Et effectivement, dimanche, OUI Québec a mis en ligne un document intitulé «Rapport de consultations - Important 2026» (voir lien en bas de page). À première vue, j'ai cru qu'il ne s'agissait que d'un résumé dudit rapport, de ses faits saillants, mais recherche sur recherche n'a donné aucun document plus fouillé que la trentaine de pages en style quasi télégraphique offerte en pâture sur le Web.

Mais alors c'est une blague! Comment peut-on prendre au sérieux un rapport de consultations quand il ne contient aucune liste des personnes et organisations consultées; quand il n'énumère qu'un nombre limité de citations d'individus et de groupes non identifiés; quand il n'explique pas la méthodologie d'agrégation des données d'entrevues; quand les auteurs du rapport restent anonymes; quand il ne définit pas ce qu'il entend par «point de convergence»...

À l'université, une telle présentation aurait immédiatement reçu une note d'échec. Dans une salle des nouvelles, le chef de pupitre aurait ordonné au reporter de refaire son texte sur-le-champ. Des humains (pas l'IA j'espère) ont interviewé d'autres humains pour recueillir leurs points de vue sur l'état actuel du Québec et son avenir. Ce genre de consultation ne se fait pas dans l'anonymat. Les instigateurs et les répondants doivent assumer leurs opinions à visage découvert. Sinon, en ce qui me concerne, ça ne vaut rien!

À la lecture des conclusions du rapport, et à l'interprétation médiatique (et des réseaux sociaux), des milliers de personnes soupçonnent déjà un biais idéologique, et une méfiance envers les positions identitaires du Parti québécois. La meilleure façon de démontrer le non-fondé de ces craintes serait d'identifier les auteurs de la consultation, la méthode employée pour choisir les personnes à rencontrer, et la présentation d'un bon résumé des propos de chacun, chacune avec leur nom et le poste qu'ils occupent au sein de leur organisation.

Mais non. Partout, on cache les identités (voir image en haut de page). Quelle chambre de commerce? Quelle entreprise? Quel groupe d'artistes? Quel syndicat ou centrale syndicale? Quelle institution scolaire? Quel institut de recherche? Quelle organisation religieuse? Quelle communauté culturelle? Quel groupe d'aînés? Quelle organisation de santé publique? Et quels sont les agendas de ces individus et groupes bien identifiés? On me pardonnera ma méfiance, mais en journalisme, sauf exception, l'anonymat est l'ennemi de l'information.

La quatrième question posée à chaque humain rencontré par OUI Québec se lit comme suit: «Si vous aviez un conseil à donner au mouvement souverainiste, ce serait quoi?» Je m'excuse mais jamais je n'accepterai de recevoir des conseils d'un individu caché dans la burqa de l'anonymat. Parler sans devoir s'identifier ouvre la porte à toutes sortes de désinformation. On n'a qu'à voir ce qui se passe dans les réseaux sociaux où taire son nom devient souvent un tremplin pour le mensonge et l'injure.

Un dernier commentaire. Les journalistes ont souvent le défaut de remplacer le «des» par «les». Il y a une énorme différence de sens. Ainsi, quand 77% des groupes consultés ont, selon OUI Québec, «le sentiment de ne plus contrôler l'avenir du Québec et veulent un grand projet collectif pour le reprendre», c'est 77% et non 100%. Il est inacceptable d'écrire «les groupes de la société civile consultés» au lieu de 77% des groupes, ou une majorité des groupes. «Les», c'est tout le monde. 100%. 

Une ultime déception. Aucun reportage - du moins ceux que j'ai vus - ne soulève ces objections. Personne ne semble avoir exigé de OUI Québec qu'il identifie ses sources et ses méthodes. Le résultat, c'est que de vraies personnes bien identifiées (PSPP et bien d'autres) se retrouvent sur la sellette à cause d'un rapport qui ne cite qu'une bande d'anonymes... 

Un travail bien fait suivi d'un texte détaillé aurait peut-être abouti aux mêmes conclusions. Peut-être pas. On ne le saura jamais...

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Lien au rapport de consultations de OUI Québec


dimanche 24 mai 2026

Non mais, envoyez promener les Sénateurs et la LNH...

24 mai 2026...



Ainsi l'équipe des Sénateurs d'Ottawa peut, si elle le veut, empêcher les Québécois de la région de Gatineau de se rassembler à l'aréna de l'équipe gatinoise, les Olympiques (LHJMQ), pour voir ensemble, sur grand écran, les matches du Canadien de Montréal en séries éliminatoires. Et c'est exactement ce qu'a fait la direction des Senators.

L'explication tient au règlement de la LNH le plus stupide qui soit: une équipe de la Ligue nationale peut empêcher la tenue d'un événement de diffusion de grande envergure (on présume qu'il s'agit de hockey) dans un rayon de 80 km de sa ville, en l'occurrence Ottawa.

Je ne sais pas ce que cela donne dans des régions comme New York, où le principe même de cette disposition est inapplicable parce que trois équipes (Islanders, Rangers, Devils) jouent à l'intérieur d'un rayon de 80 kilomètres. Des exceptions doivent exister à la règle.

Ici, les bozos de la LNH regardent la carte géographique et voient que Gatineau et Ottawa se font face, chacune de son côté de la rivière des Outaouais. Pour eux (comme pour bien des gens de la capitale fédérale), Gatineau n'est guère plus qu'une banlieue d'Ottawa.

Personne ne songe, ou ne comprend, que les Gatinois vivent au Québec et que cela a de l'importance. Il y a une dizaine d'années, Radio-Canada avait sondé les amateurs de hockey de la région. Environ 68% des résidents d'Ottawa soutenaient les Sénateurs, pendant que 63% des Gatinois étaient partisans du Canadien.

La frontière Québec-Ontario n'est pas qu'une ligne tracée sur la carte. C'est une frontière nationale. Et l'équipe de la majorité des Québécois, y compris en Outaouais, c'est le Canadien de Montréal. La LNH et la direction des Sénateurs empêchent les Gatinois de visionner chez eux un match de leur équipe nationale.

Il est tout de même difficile de comprendre le raisonnement des Sénateurs, qui ne feront qu'irriter davantage un marché qu'ils convoitent ardemment depuis des décennies. Peut-être se vengent-ils de tous ces partisans du Canadien qui remplissent le Centre Canadian Tire d'Ottawa à chaque match des Sénateurs contre le Canadien...

Selon l'organisme Impératif français (pourquoi diable se mêle-t-il à cette affaire?), la LNH ferait une exception à sa règle si les Sénateurs donnaient leur accord à une diffusion du match des Canadiens contre les Hurricanes à l'aréna de Gatineau. Impératif français dit avoir communiqué avec les Sénateurs qui auraient refusé... 

«Nous empêcher de nous réunir derrière le symbole (des Canadiens), c'est une atteinte à notre culture», affirme le président d'impératif, Wassim Aboutanos. Enfin... peut-être, en prenant le mot culture au sens très large. Je soupçonne plutôt qu'il y a là une nième expression de l'ignorance des Anglos d'Ottawa, qui n'ont jamais compris grand chose à l'histoire et à la mentalité des Québécois francophones.

Peut-être les retombées d'une médiatisation de cette affaire feront-elles apparaître chez les bonzes des Sénateurs tous les «signes de piastre» qui risquent de se volatiliser dans le tourbillon d'un possible ressac au sein de la clientèle de langue française...

N'étant pas juriste, je me permets cependant de m'interroger sur la légalité de cette interdiction en vertu d'un règlement de la Ligue nationale. Des tas de bars sportifs et restos de la région d'Ottawa et Gatineau diffusent les matches des Canadiens sur grand écran pour un public payant. Quelle est la différence entre ça et une diffusion dans un aréna pour 3000 personnes?

S'il n'existe pas de loi québécoise ou de règlement municipal interdisant ce genre de rassemblement, sur quel principe juridique s'appuie-t-on pour empêcher dans un établissement privé la diffusion d'un match de hockey? Pourquoi les organisateurs de l'événement ne vont-ils pas de l'avant, tout simplement, en envoyant promener la LNH et les Sénateurs? 

Peut-on espérer une intervention des autorités municipales, du gouvernement québécois, ou même de la direction du CH pour dénoncer ces fiefs médiévaux d'un rayon de 80 km accordés aux équipes? Sur le plan du hockey, peu importe cette règle de la LNH, Gatineau est bien plus près de Montréal que d'Ottawa... 

Demander la permission à une équipe d'Ottawa pour voir les matches d'une équipe de Montréal... C'est humiliant... 

samedi 23 mai 2026

Le «vivre-ensemble»? À qui la faute?

23 mai 2026...



Au moment d'écrire ces lignes, je n'ai pas encore lu le rapport du groupe «OUI Québec» sur ses consultations avec une cinquantaine de grandes organisations de la société québécoise, rapport qui doit être rendu public le dimanche 24 mai. Tout ce que j'ai vu sur ma tablette, c'est la une du quotidien La Presse (voir lien en bas de page) qui cible le volet immigration pour «nous» donner de nouveau des airs de xénophobie.

On m'accusera de traiter La Presse injustement, puisque son texte ne se limite pas aux rapports des Québécois historiques avec les nouveaux arrivants. Loin de là. Mais c'est ce volet que le quotidien montréalais a choisi de propulser en manchette. Et le sens de cette image ne trompe personne. Ceux et celles qui brandissent les drapeaux québécois, les souverainistes, ne font pas bon ménage avec les immigrants. Et ce constat provient d'une organisation indépendantiste.

J'ai bien hâte de décortiquer les analyses et conclusions des OUI Québec pour voir si les propos de La Presse sont fondés. J'ai retenu une citation de Camille Goyette-Gingras, présidente des Oui Québec, sur les nouveaux arrivants. Il y aurait «une impression que le Québec a reculé en matière de vivre-ensemble et que nous avons remplacé la fierté par la fermeture. Des défis persistent entourant le vivre-ensemble et (il y a) des inquiétudes liées à la perception des enjeux identitaires envers le mouvement souverainiste».

Ma première réaction? Cette manchette semble accréditer toutes les accusations de xénophobie et de quasi racisme lancées à tort et à travers par les porte-parole des anglos et anglophiles, y compris les collectivités issues de l'immigration qui ont eu tendance à s'angliciser, au fil des décennies. Ils sont avant tout des Canadiens, le Canada est un pays à majorité anglaise, et le français est plus souvent qu'autrement une nuisance à leur intégration nord-américaine.

Les Québécois francophones n'ont jamais été maîtres de leur destinée depuis la conquête. Dès 1760 et ce, jusqu'à aujourd'hui, l'immigration a été une arme pour noyer les francophones dans une majorité anglophone. Je n'ai rien inventé. Lisez les manuels d'histoire. Nous avons totalement raison de nous méfier des vagues d'immigrants. De tout temps, les autorités britanniques puis fédérales (après 1867) s'en sont servis contre nous.

La société québécoise a pourtant, au fil des siècles, accueilli à bras ouverts les immigrants qui ont choisi de s'intégrer à la majorité de langue française. Ne vous attendez pas cependant à ce que la nation québécoise veuille «vivre ensemble» avec des individus, groupes et collectivités qui rejettent le caractère français du Québec, qui contestent nos valeurs (p. ex. la laïcité), ou qui nous méprisent sur la place publique. L'accueil a ses limites.

Le «vivre-ensemble» ne dépend pas de nous à prime abord. Nous sommes la société d'accueil. Nous souhaiterons la bienvenue à tous et toutes qui veulent s'associer à notre cheminement historique. Ceux et celles qui arrivent ici pour être Canadian et bloquer toute tentative de nous donner ici un pays français éliminent au départ la possibilité de vivre ensemble. Le refus du «vivre-ensemble» vient d'eux, pas de nous. Et quand la chicane pogne, ou qu'un référendum se pointe, Ottawa (siège de la majorité anglo-canadienne) ne manque pas sa chance d'accentuer les divisions.

Nous avons nos torts. Notre soumission aux évêques catholiques jusqu'à la Révolution tranquille a maintenu en place une société largement théocratique qui a écarté bon nombre de non-catholiques francophones. Mais nous avons largué les évêques et leurs mandements au cours des années 1960. Le Québec français s'est affranchi de ses ayatollahs romains. Ottawa n'a pas aimé cette ouverture du Québec sur le monde, ni son désir de contrôler sa propre immigration. On connaît la suite.

Dans les deux premiers siècles après la conquête, notre seule arme efficace contre une immigration trop souvent hostile a été notre taux de natalité exceptionnel. Il y a 100 ans, les familles québécoises de langue française avaient régulièrement 8, 9, 10 enfants, et plus. Cette époque est révolue. Depuis les années 1960, nous nous servons du seul levier efficace qui nous reste: l'État québécois. La Loi 101. La Loi 21. La Loi 96. Deux référendums. Etc. Avis à tous ceux, peu importe l'origine, qui voudront s'associer à nos projets collectifs: le «vivre-ensemble» ne posera aucun problème de fond.

Mais que ceux et celles qui s'acharnent à saboter la nation québécoise, peu importe l'origine, ne s'attendent pas à un accueil cordial et à des bras tendus. Ceux qui rejettent le «nous» québécois rejettent du même coup le «vivre-ensemble», et nous sommes pleinement justifiés de nous défendre. 

Awignahan!

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vendredi 22 mai 2026

École Bedford... Des médias trop discrets...

22 mai 2026...

Capture d'écran du site Web de Radio-Canada


L'affaire de l'école Bedford (quartier Côte-des-Neiges à Montréal) continue de défrayer les manchettes. Onze enseignants dont on ne connaît toujours pas l'identité ont été suspendus pour y avoir fait régner un climat d'intimidation envers les élèves autant que vers les autres membres du corps professoral. Tout le monde s'imagine qu'il s'agit de musulmans mais aucun média ne semble les avoir identifiés comme tels. Pourquoi? Par crainte de se faire taxer d'islamophobie? 

Le plus récent texte de la Presse canadienne, publié le 12 mai 2026, faisant d'état de la révocation des brevets des enseignants suspendus, rappelle que «des filles s'étaient vu interdire de jouer au soccer, des enfants autistes n'avaient pas reçu de services spécialisés et l'éducation à la sexualité étaient peu ou pas enseignés». La députée libérale de Mont-Royal-Outremont, Michele Setlakwe, était outrée: «Je trouve ça épouvantable ce qu'on a fait à des jeunes filles. Je trouve ça épouvantable qu'on n'ait pas offert tous les services à des élèves vulnérables. Leur brevet leur a été retiré de façon définitive? Parfait!»

Ces gens ont intimidé des élèves et des collègues pour des motifs qui apparaissent religieux. Pourquoi faut-il le taire? À cause du conflit entourant l'application et la contestation de la Loi 21 sur la laïcité? S'il s'agit de cela, c'est un cas flagrant d'autocensure de médias qui portent atteinte à leur propre liberté de presse. Tout au plus mentionne-t-on dans l'article de la Presse canadienne que cette «clique» d'enseignants est «surtout composée d'enseignants d'origine maghrébine». On suppose donc d'origine algérienne, marocaine ou tunisienne, où l'islam est la religion dominante.

Dans ces pays, et ici de plus en plus, les ressortissants à tendance islamiste de cette région de l'Afrique du Nord proposent une observance plus stricte de l'islam. Les femmes y sont traitées en inférieures et souvent tenues à des obligations vestimentaires (le voile, notamment) qu'on n'impose pas aux hommes. Trop souvent, ils ont peu de respect pour l'État laïc et la démocratie occidentale. Dans les cas plus extrêmes, comme à l'école Bedford, ils deviennent de sinistres prédateurs qu'on doit absolument éloigner des enfants.

Alors je répète. Pourquoi ne pas clairement mettre l'accent sur le caractère islamiste de ces abus de pouvoir à l'école? Dans son article maison du 12 mai, Le Devoir évoque uniquement un «clan dominant» d'enseignants... Autocensure... La Presse précise qu'ils sont «principalement maghrébins»... Radio-Canada itou... Tout le monde s'accorde qu'il existe un volet religieux à cette affaire, sans toutefois mentionner de quelle religion il s'agit...

En décembre 2024, en marge de cette histoire, François Legault, alors premier ministre, avait servi un avertissement aux «islamistes» qui tentent de forcer l'entrée de leur religion dans les écoles. Depuis ce temps, les médias se sont fendus en huit pour éviter de lier les incidents de Bedford à la religion musulmane. Je sais pourquoi: les thuriféraires de l'islamophobie-est-partout sont aux aguets. Pire, on en retrouve dans les salles de rédaction.

Insister sur le lien entre des enseignants suspendus et l'islamisme, s'il existe, ce n'est pas de l'islamophobie. C'est du journalisme honnête. Sur le plan sociétal, c'est de l'autodéfense contre des prédateurs. On devrait aller plus loin et avoir le droit de les identifier comme tels. Peut-être ne pourront-ils plus enseigner dans nos écoles, mais ils pourraient se trouver en situation d'autorité sur des enfants ailleurs. Les parents de ces enfants ont le droit de savoir à qui ils ont affaire.

Si, un jour, les congédiements sont judiciarisés, leurs noms seront publiés. Compte tenu de la nature des infractions reprochées à ces onze enseignements «principalement d'origine maghrébine», la société a le droit d'être mieux renseignée.

jeudi 21 mai 2026

À l'époque de Claude Ruel...

21 mai 2026...

photo du Magazine Maclean de septembre 1968


Avant de mettre au recyclage la plupart de mes éditions de l'ancien Magazine Maclean, j'ai jeté un ultime coup d'oeil aux reportages et, de façon opportune, compte tenu des performances du Canadien avec Martin St-Louis à la barre, je suis tombé sur un article de l'automne 1968 louangeant la «montée fulgurante» de Claude Ruel comme instructeur du Bleu-Blanc-Rouge.

Signé par Gérald Godin, auteur, journaliste et plus tard ministre au gouvernement de René Lévesque, le texte met en lumière à la fois la personnalité de Ruel, ses dures années comme éclaireur de l'équipe, ses opinions sur le style de jeu, ainsi que la pression que devaient subir les instructeurs de la dynastie CH à la fin des années 1960.

Âgé d'à peine 29 ans au moment de prendre les rênes du Canadien, Claude Ruel aurait peut-être eu un avenir prometteur comme défenseur sur la patinoire mais un accident le priva de l'usage d'un oeil. La direction du CH lui offrit un poste d'éclaireur, «métier mal connu» qui oblige son titulaire à manger, boire, fumer, regarder, rêver et vivre de hockey 24 heures par jour. «En hiver, dit Ruel, un éclaireur dispose d'environ 10 soirées libres. Le reste du temps, il va au hockey

Quand l'instructeur Toe Blake a décidé d'abandonner son poste en 1968, le choix du Canadien s'est porté sur le jeune Ruel, dont le style contrastait pourtant avec celui de son prédécesseur. Selon le texte de Gérald Godin, les journalistes craignaient «que les conférences de presse enflammées et les emportements légendaires de Toe Blake soient remplacés par des phrases sibyllines et comme préparées d'avance».

Dans une Ligue nationale «où tout le monde cherche à scorer, où c'est une partie de rapidité», on se demandait si le style du Canadien allait changer sous la férule de Claude Ruel. «Non, répond-il. De toute manière, le style, c'est pas l'instructeur qui le décide. C'est le style de l'équipe, de tous les joueurs.»

L'aspect le plus important, dans le sport, ajoute Ruel, «c'est la tension. La tension est très forte. Faut être calme même si le coeur bat plus vite de temps en temps. Un soir, tel joueur marche, tu le fais jouer plus souvent; un autre marche moins, tu le laisse sur le banc. Tout ça, ce sont des choses que tu sens

Le secret de la victoire? «C'est de compter des buts. C'est plus important que de donner des mises en échec. Tu peux donner 20 mises en échec dans une partie, ça ne te fera pas gagner. Tu score un but, ça peut te faire gagner», résume Ruel.

L'article a été écrit pour le numéro d'octobre 1968 du magazine, avant le début de sa première saison comme instructeur. Au printemps suivant, Claude Ruel et son équipe gagneraient la Coupe Stanley. Ce fut la seule pour celui qu'on appelait affectueusement «Piton». Deux ans plus tard, après que le Canadien eut raté les séries de fin d'année, il démissionna.

Autre temps, autres moeurs. Martin St-Louis a hérité d'une équipe en difficulté en 2022. Son mandat était de la reconstruire. N'ayant pas gagné la Coupe depuis 1993, la direction a fait preuve à l'endroit de St-Louis d'une patience qu'on ne connaissait pas à l'époque de la dynastie des années 1950, 1960 et 1970. On en récolte les fruits en 2026.

Autres temps, autres médias aussi. Nous n'avons plus de magazines sérieux d'intérêt général, grand format, comme l'ancien Maclean québécois des années 1960...

Bon, voilà. Claude Ruel et mes magazines Maclean, au bac bleu!


mercredi 20 mai 2026

La mort, un droit. La naissance, un choix...

20 mai 2026...



Mobiliser les gens pour blinder l'accès à l'avortement ou élargir l'aide médicale à mourir dans la dignité? Bien sûr! Mobiliser les gens ou l'État pour encourager la natalité? Silence gêné... Bruits de criquets...

De nos jours, la mort est un droit. La naissance, un choix parsemé d'obstacles. Un choix qui ne suscite guère d'enthousiasme dans le discours officiel et chez les défenseurs de libertés tous azimuts...

Je ne conteste pas les lois et règlements en vigueur sur l'avortement ou l'aide à mourir. Je reconnais leur nécessité. Ce que je ne comprends pas, c'est pourquoi les rares expressions de soutien à l'adoption de politiques natalistes sont vues avec autant de suspicion.

Nous avons pourtant besoin d'enfants. De beaucoup d'enfants. Le taux actuel de natalité de 8,6 naissances par 1000 personnes au Québec est largement insuffisant pour assurer une relève au moins aussi nombreuse que la précédente. Il faudrait, pour ce faire, remonter aux taux du milieu des années 1960, qui dépassaient 20 pour 1000...

Nous ne sommes plus à l'époque de C'est le début d'un temps nouveau, quand Renée Claude chantait, en 1970: «La moitié des gens n'ont pas 30 ans». Notre société vieillit de manière alarmante. Selon l'Institut de la statistique du Québec, la cohorte des plus de 65 ans et plus dépasse dorénavant celle des 0-19 ans. Les aînés de 85 ans et plus vont tripler d'ici quelques décennies.

La société québécoise dite de souche - le «nous» historique - vieillit à un rythme foudroyant et les jeunes générations dégarnies n'ont plus suffisamment d'effectifs pour assurer les services et les soins aux vieux. Il faut recourir à l'immigration, massivement, pour remplacer tous ces enfants que nous ne faisons plus depuis 60 ans.

Même en comptant les nouveaux arrivants, l'ISQ prévoit que dès 2027, l'an prochain, le nombre de décès dépassera celui des naissances au Québec! Cela s'est-il déjà produit dans l'histoire du Québec? J'aurais tendance à croire que non. Même avant les progrès de la médecine moderne, les taux de mortalité plus élevés étaient plus que compensés par des familles de 8, 10, 12 enfants.

Pour une sociologue de l'Université de Sherbrooke, Sophie Mathieu, le problème n'est pas l'augmentation des décès, mais la chute des naissances. «C'est normal qu'il y ait plus de décès parce qu'on vit plus vieux et que les baby boomers arrivent à des âges avancés. Le bout inquiétant, c'est qu'on n'a pas de naissances», déclarait-elle à La Presse.

Je peux comprendre ceux et celles qui craignent de voir la société québécoise submergée par des vagues d'immigrants langues et de cultures différentes. Historiquement, nous avons été accueillants envers les nouveaux venus qui, de génération en génération, s'intégraient à un «nous» québécois historique en croissance. Mais cela change. Dramatiquement. 

Cette grave pénurie de naissances jumelée à une mortalité en hausse due au vieillissement aura pour conséquence la disparition éventuelle du «nous» québécois de culture française qui a tissé et métissé depuis 400 ans cette nation et l'espoir de son indépendance.

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«Je suis de dix enfants à table...» (Claude Gauthier, Le plus beau voyage)

mardi 19 mai 2026

Université d'Ottawa... Effacer le passé franco-ontarien?

19 mai 2026...



L'Université d'Ottawa vient de se donner une vice-rectrice à la Francophonie, Julie Cafley, qui promet, à la mode du temps, de «faire avancer une francophonie inclusive, ancrée dans l’équité et tournée vers l’avenir». Cette déclaration n'augure rien de bon pour les Franco-Ontariens qui cherchent à voir dans cette institution depuis plus de 150 ans «leur» université.

Non seulement les étudiants de la francophonie historique (Québécois et Canadiens français), majoritaires jusque dans les années 1960, ont-ils été graduellement asphyxiés par une majorité anglophone oscillant autour de 70%, mais les «inclusifs» voudraient aujourd'hui en effacer l'identité. Sous l'étendard d'une francophonie désormais «plurielle», toute tentative d'affirmation des luttes de ceux qu'on appelle souvent avec mépris les «de souche» sont vues avec suspicion.

Tourner la francophonie «inclusive» uniquement vers l'avenir, c'est rejeter un riche passé de combats menés par ceux et celles dont les racines remontent à la vieille France. Jusqu'à un passé récent, ils ont porté le fardeau d'assurer la pérennité de la langue et de la culture française en Ontario. Et ce n'est pas parce qu'ils succombent de plus en plus à une assimilation presque inévitable que l'identité «canadienne-française» ontarienne doit être dissoute dans un contexte où les priorités portent de plus en plus sur les nouveaux arrivants.

La solidarité entre francophones de toutes origines - d'ici et d'autres pays - est en voie d'éroder les identités distinctes qui la forment, y compris la nôtre. L'Université d'Ottawa, dans son regard tourné vers l'avenir, doit aussi - et peut-être surtout - se pencher sur les revendications historiques des Franco-Ontariens qu'elle n'a jamais vraiment prises au sérieux. Peut-être Mme Cafley pourrait-elle commencer avec le mémoire présenté par l'Assemblée provinciale des mouvements de jeunes de l'Ontario français (APMJOF) en 1970 au Groupe de travail sur le bilinguisme de l'Université.

Intitulé «Francisation totale de l'Université d'Ottawa», ce mémoire était issu d'une année de consultations auprès des groupes de jeunes Franco-Ontariens à travers la province. En assemblée générale, ils avaient donné à l'APMJOF. le mandat d'étudier «le problème de la francisation totale d'une université en Ontario». Cette institution, bien sûr, ne pouvait être que l'Université d'Ottawa.

Le texte, d'une clarté exemplaire, soulève une problématique qui demeure tout à fait actuelle. «Une université, écrit l'APMJOF, doit non seulement permettre à l'étudiant canadien-français d'étudier dans sa langue mais, croyons-nous, lui assurer un milieu culturel qui lui soit propre, un milieu favorable à son épanouissement culturel.» Ce qui est impossible quand les francophones sont minoritaires.

L'APMJOF se dit convaincue «que seul l'unilinguisme français est viable et que seul l'unilinguisme français assurera une entière promotion académique et culturelle aux étudiants francophones qui voient en l'Université d'Ottawa une des seules institutions post-secondaires qui se rapproche quelque peu de leur culture

«Si, conclut-elle, une fois leurs études secondaires terminées, les jeunes Ontariens de langue française entrent dans une université entièrement française, dans un milieu homogène, dans un milieu favorable à leur épanouissement culturel, ces jeunes continueront de vivre et de travailler en français

Si l'Université d'Ottawa avait pris au sérieux ces revendications de la jeunesse franco-ontarienne alors que la moitié de la population étudiante était toujours francophone, elle n'en serait pas à essayer de sauver les meubles en 2026 avec son inclusion, son équité et son regard plutôt stérile vers l'avenir...

lundi 18 mai 2026

Vérité, justice, quoiqu'il en coûte!

18 mai 2026...

Joseph Costisella avant les controverses de 1963. Choisi personnalité de l'année par Le Droit pour son libre Le scandale des écoles séparées en Ontario


Fascinantes, ces trouvailles qui font découvrir des moments d'histoire depuis longtemps oubliés ou, plus souvent, inconnus. Ce Jour des Patriotes, pendant que je feuilletais mes vieux dossiers franco-ontariens, je suis tombé sur le plus ancien d'entre eux, remontant au début de l'été 1963. Je fêterais bientôt mes 17 ans.

J'avais conservé quelques pages de «Vérité», un journal publié par le Comité de vigilance canadien-français d'Ottawa, dont le mandat était de «lutter contre le colonialisme et le racisme dont sont victimes les Canadiens français à Ottawa et au Canada». Sa devise faisait peur aux élites traditionnelles: «Vérité, justice, quoiqu'il en coûte»...

L'auteur Yves Frenette, dans une analyse du mensuel, écrit: «Dirigé par Joseph Costisella et proche du mouvement indépendantiste québécois, Vérité fustige tous ceux qui s'accommodent de la majorité anglophone, y compris l'Association canadienne-française d'éducation de l'Ontario (ACFEO) et l'Ordre de Jacques-Cartier (La Patente), dont les chefs sont ridiculisés dans des articles et des caricatures.»

Une semaine après la parution du premier numéro de Vérité, M. Costisella avait perdu son emploi de professeur au Collège Marie Médiatrice (à Hull). Il s'agissait, selon Vérité, d'une revanche de La Patente, à laquelle appartenait le supérieur du collège. «D'autres personnes, soupçonnées d'appartenir au Comité de vigilance, ont été brimées, ont failli perdre leur emploi. On propage sur elles des calomnies et des propos diffamatoires», écrit le journal.

Je me souviens de cette époque et après relecture d'un ou deux textes de Vérité, je peux comprendre pourquoi les élites franco-ontariennes conservatrices frémissaient d'horreur. À preuve ce petit entrefilet intitulé La Gestapo à Montréal où l'on reproche à la police de Montréal de se conduire d'une façon «brutale et illégale» contre les patriotes québécois et notamment contre les membres du FLQ.

Pour appuyer leurs dires, ils citent une source que j'aurais à prime abord crue improbable: Gérard Pelletier, futur ministre de Pierre Elliot Trudeau mais éditorialiste au journal La Presse en 1963. Voici la citation attribuée à Pelletier dans son éditorial du 6 juin 1963: «Au mépris des lois, les agents montréalais, sous la direction du chef Robert, se conduisent aujourd'hui comme s'ils habitaient la Russie ou l'Espagne franquiste».

Il fallait que j'en vérifie l'authenticité, ce que j'ai fait en consultant les archives de La Presse conservées sur le site Web de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ). Et voilà que je la trouve, très exactement, dans un édito signé Gérard Pelletier intitulé La police contre la loi (voir image ci-dessous).

Je me demande si M. Pelletier a cru bon de relire son commentaire en octobre 1970 alors que son patron Trudeau père suspendait les droits démocratiques du pays tout entier pour permettre à la police de commettre les mêmes abus qu'en 1963 contre le FLQ, mais légalement cette fois...

L'éditorialiste, après avoir fermement pris position contre toute forme de violence, reproche à la police de Montréal de piétiner les libertés personnelles des citoyens pour mettre fin aux attentats felquistes: «Au moment où l'action contre les attentats se corsaient, on a eu l'impression que la violence et l'illégalité avaient changé de camp. C'est aujourd'hui la police qui s'en rend coupable, sans vergogne ni aucun malaise apparent.»

Retour au journal Vérité. Celui-ci reproche enfin à certains bonzes franco-ontariens de «quêter» des permissions «chez les Anglais» et félicite le ministère québécois des Affaires culturelles de vouloir envisager l'unilinguisme français au Québec. Des membres du Comité de vigilance «déplorent chez certains de leurs compatriotes une mentalité d'esclaves et de colonisés».

Je cherchais un sujet opportun pour la Journée nationale des Patriotes. Finalement, je l'ai trouvé dans une boîte de documents que je conserve depuis plus de 60 ans...