J'ai lu avec beaucoup d'intérêt les commentaires reçus après publication des tableaux ci-dessous il y a quelques jours. Un gros merci à tous. Chacun était instructif. Voici maintenant mon interprétation.
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Regardons d'abord ce que le tableau ci-dessous ne dit pas. Il ne donne aucune indication de la langue maternelle des répondants, ni de leur usage ou pas de cette langue maternelle à la maison, au travail, dans leurs loisirs ou ailleurs. Ces données (tableaux 1 et 2), que j'ai extraites des recensements fédéraux de 2006, 2011, 2016 et 2021, ne concernent donc que la capacité de soutenir une conversation en français, en anglais ou dans les deux langues officielles du Canada.Même si elles proposent ainsi un portrait très incomplet de la dynamique linguistique québécoise et anglo-canadienne, elles sont cependant essentielles pour la compréhension de certains aspects fondamentaux de l'interaction du français et de l'anglais au Québec et dans les provinces à majorité anglaise (l'Ontario, notamment). Et même si la période évoquée est relativement courte (2006 à 2021), il est possible de dégager certaines tendances lourdes de conséquences.
La conclusion la plus évidente: la seule langue en danger, au Québec comme en Ontario, c'est le français. La différence, c'est que le déclin du français au Québec n'a pas encore atteint son rythme de croisière, alors qu'en Ontario il s'approche de l'agonie. Une autre conclusion qui s'impose: la similitude des tendances linguistiques chez les Anglo-Québécois et les Anglo-Ontariens, les premiers se comportant davantage comme membres de la majorité anglophone du pays qu'en tant que minoritaires dans un Québec qui se veut français.
Une analyse de la connaissance des langues officielles démontre d'abord une seule baisse, systématique: l'«unilinguisme»1 français, au Québec comme ailleurs au pays, poursuit une érosion amorcée depuis plus de 60 ans. Pourquoi cela-t-il de l'importance? La proportion d'unilingues français constitue un bon indicateur de la capacité de vivre uniquement, normalement, en français dans une société, sur un territoire, dans un pays. Ici, en Amérique du Nord, dans une société anglo-américaine dominante et envahissante, une croissance excessive du nombre de bilingues chez les francophones, accompagnée d'un déclin de l'unilinguisme, annonce des transferts linguistiques vers l'anglais: l'assimilation!
Les données sur l'Ontario (tableaux 1 et 2) sont éloquentes. Entre 2006 et 2021, le nombre d'unilingues français, déjà marginal, a diminué de 49 210 à 39 310 (de 0,41% de la population ontarienne à 0,27%). Si on retourne aux recensements de 1961 et 1971, il y avait plus de 90 000 unilingues français en Ontario (environ 1,5% de la population de l'Ontario). La disparition de tous les quartiers urbains franco-ontariens au cours du dernier demi-siècle et l'anglicisation plus rapide des zones rurales traditionnellement francophones en sont témoins.
Pendant ce temps, au Québec, le nombre et la proportion d'unilingues anglais a repris sa croissance après les exodes liées aux élections et référendums du Parti québécois. Une augmentation de 110 000 en quinze ans (de 4,5% à 5,3%)! Dans la grande région montréalaise où les anglos sont concentrés, il est relativement facile de se passer du français. Des Michael Rousseau poussent à tous les coins de rue... L'affirmation d'un nouvel unilinguisme anglais dans la métropole québécoise n'augure rien de bon pour l'avenir d'un Québec français.
Il y a 65 ans, au recensement de 1961, environ 62% de la population québécoise était unilingue française. Rendus en 2006, cette proportion avait chuté à 53,9%. En 2021, pour la première fois, les francophones unilingues sont minoritaires (47,3% de la population). J'ai la conviction que les chiffres du recensement de 2026 (qui seront dévoilée à l'été ou à l'automne 2027) confirmeront une accélération catastrophique de cette tendance. Du côté de l'Ontario, où rien ne menace la langue dominante, la proportion d'unilingues anglais reste stable depuis 2006 (de 85,9% à 86,5%).
Évidemment, au Québec, le recul de l'unilinguisme français a été compensé par une augmentation du bilinguisme français-anglais, de 40,6% en 2006 à 46,4% en 2021. Au prochain recensement (celui de cette année), le nombre de bilingues dépassera le nombre d'unilingues français (c'est déjà le cas dans trois des quatre plus grandes villes du Québec - Montréal, Laval et Gatineau). Pour ceux que cela intéresse, en 1961, la proportion de bilingues au Québec n'était que de 25%... Quand la majorité des Québécois francophones seront bilingues, le français sera en voie de louisianisation...Comparez ça à la stagnation et même au recul du bilinguisme en Ontario (de 11,5% en 2006 de la population totale à 10,78% en 2021). Plus de 90% des francophones hors Québec (et sans doute des Franco-Ontariens) sont bilingues et s'anglicisent à vue d'oeil.
En Ontario, dans une municipalité où 75% des habitants sont anglophones et 25% francophones, le 25% s'anglicise à la vitesse grand-V. Au Québec, dans une municipalité où 75% des habitants sont francophones et 25% anglophones, le 25% anglicise la majorité francophone, lentement au départ puis à vitesse croissante. Quand vous comprenez ce phénomène, les chiffres ci-haut s'expliquent facilement et vous savez comment l'histoire finira si le Québec ne devient pas un État unilingue français et souverain...
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1 - par unilingue, j'entends ne connaître qu'une seule des deux langues officielles. Cela signifie être unilingue au regard des langues officielles du Canada. Une personne pourrait parler anglais, portugais, italien et russe mais pour les fins du recensement, elle est en quelque sorte unilingue anglaise en matière de langues officielles. La plupart des répondants, cependant, sont réellement unilingues.

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