jeudi 3 septembre 2026

Quand nous avions un vrai journal...



En fouillant pour savoir si le déclin rapide du français à Gatineau avait été soulevé dans les déclarations et programmes électoraux en vue du scrutin québécois du 5 octobre (je n'ai absolument rien trouvé...), je me suis aperçu à quel point la couverture médiatique régionale était un fouillis anémique.

La disparition de la presse écrite, du Droit notamment, a laissé un trou béant que les médias électroniques semblent totalement incapables de combler. Sur le Web, à la télé et à la radio, on entend quotidiennement les grandes manchettes électorales nationales, mêlées aux sondages à répétition qui gâchent la qualité de l'information offerte au public.

Sur le plan régional, cependant, du moins à Gatineau et en Outaouais, l'absence d'un journal quotidien, s'ajoutant aux coupes qui ont miné les salles de rédaction un peu partout depuis un demi-siècle, donne libre cours aux réseaux sociaux sur Internet, qui peuvent à volonté informer et désinformer leurs abonnés sans retenue. La jungle!

Les six ex-quotidiens des Coops de l'information, dont Le Droit, ont publié depuis le début de la campagne électorale une soixantaine de textes (c'est pas mal!) sur la campagne électorale, présentés cahin-caha de jour en jour,  mais à peine cinq ou six portent sur l'Outaouais et ses enjeux. Par courriel, on m'a invité à suivre le «Guide de l'électeur» pour rester au fait des élections dans ma circonscription, mais après l'avoir vu, j'ai presque cru à une blague...

La couverture nationale appréciable des Coops et des chaînes de télévision n'a malheureusement pas son pendant régional. Du moins pas à Gatineau ou en Outaouais. L'absence d'une salle de rédaction substantielle comme celle du Droit d'il y a un demi-siècle se fait cruellement sentir. Le journal pouvait à l'époque mobiliser une quinzaine de journalistes qui, épaulés par les agences de presse, remplissaient tous les jours des pages entières de nouvelles électorales nationales, régionales et locales.

Aux fins de comparaison, j'ai recensé les textes d'élections publiés par Le Droit dans la semaine du 21 au 28 octobre 1976. J'ai compté 90 articles complets et une cinquantaine de nouvelles brèves. La majorité de ces textes portaient sur les candidats et les circonscriptions de la région de Hull-Gatineau-Aylmer et des vallées environnantes. Dans une semaine seulement! C'est près de dix fois plus que la diète sévère de la première semaine de la campagne électorale de 2026...

Et ces nouvelles, analyses et éditoriaux peuvent toujours être consultés en 2026, les éditions quotidiennes du Droit ayant été conservées dans les archives numériques de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ). En 2076, n'essayez pas de retracer de la même façon la couverture électorale de cette année. Vous allez frapper un mur.

Alors je reviens à mon point de départ... Si ce que j'ai vu au cours des sept derniers jours est une indication de ce que je verrai au cours du prochain mois, je peux compter sur une maigre récolte de nouvelles électorales régionales et, probablement, rien du tout sur la situation de plus en plus dramatique de notre langue commune et officielle à l'ombre du Parlement fédéral...


mercredi 2 septembre 2026

Assimilation, mot tabou à l'AFO...

capture d'écran du texte du Droit

--------------------------------------------------------------------------------

L'organisme parapluie des Franco-Ontariens, l'Assemblée de la francophonie de l'Ontario, vient de faire avaler toute une couleuvre à une presse qui, comme d'habitude, connaît mal ou dissimule la véritable situation linguistique de l'Ontario français, pose trop peu de questions et vérifie encore moins les données...

Dans son Livre blanc (une émanation des récents États généraux de l'Ontario français) rendu public le 1er septembre 2026, l'AFO évoque un scénario démographique qui ferait passer «la population francophone (ontarienne) d'environ 738 000 personnes en 2024 à 1,23 million en 2050». Je n'ai vu aucune contestation de ces chiffres (voir liens en bas de page), ce qui me laisse croire que les journalistes ayant couvert cette nouvelle les ont acceptés comme factuels.

La réalité est mieux servie par les recensements fédéraux et les études réalisées par Statistique Canada sur les Franco-Ontariens. Au recensement de 2021, on dénombrait près de 525 000 francophones en Ontario selon le critère de la langue maternelle, et seulement 292 000 en utilisant comme repère la langue la plus souvent parlée à la maison, plus fiable que le précédent. Et ces chiffres sont stagnants ou en baisse - en nombres absolus - depuis une quinzaine d'années.

Les repères délirants utilisés par l'AFO et même ceux du gouvernement ontarien font fi d'une réalité où l'assimilation taille en pièces à tous les ans ce qui reste de l'ancien Ontario français. Dans son tour d'horizon de la situation de la francophonie ontarienne, le Livre blanc de l'AFO ne mentionne pas une seule fois les mots assimilation, anglicisation ou même transferts linguistiques. Aucune analyse, aucune donnée, silence total sur une réalité qui crève pourtant les yeux.

Au contraire, l'AFO tente de faire croire que la décroissance du français en Ontario se situe uniquement dans les proportions, et non dans les chiffres absolus. Que somme toute, il continue à y avoir croissance. Les recensements contredisent cette affirmation. Alors quand l'organisme franco-ontarien dit utiliser des critères qui donnent près de 800 000 francophones en Ontario, on devrait sourciller. Même les chiffres du gouvernement ontarien (plus de 650 000) feraient sourire les experts en démographie linguistique.

L'Assemblée de la francophonie reconnaît implicitement l'agonie des Franco-Ontariens traditionnels en affirmant que «la plus grande part» des ajouts requis pour atteindre «1,23 million de francophones en 2050» (!!!) seront des immigrants. L'AFO ne semble pas au courant que les immigrants francophones ne sont guère plus résistants à l'anglicisation que les Franco-Ontariens de souche canadienne-française. Le taux d'assimilation global, qui dépasse déjà les 40%, ne diminuera pas.

L'objectif de permettre à la francophonie ontarienne de revenir aux proportions de 1971) où elle formait 6% de la population totale de la province est fort louable. Mais ce 6% de 1971 était fondé sur le critère de la langue maternelle. Si on réutilise ce critère en 2026, le point de départ est de 525 000, et non 738 000 (ça vient d'où?). Et dans un contexte d'assimilation oscillant auront de 40%, il faudra soustraire quelque 200 000 anglicisés à ce 525 000. Pour atteindre une proportion de 6%, il faudra en 24 ans trouver 900 000 nouveaux francophones... qui ne s'angliciseront pas...

À Toronto et à Ottawa, les gouvernements de la majorité anglo-ontarienne et de la majorité anglo-canadienne ne gaspilleront longtemps pas des milliards de $ dans un projet qu'ils sauront vite futile. Attendez qu'ils prennent connaissance, l'an prochain, des données du recensement de 2026... Ça ne sera pas beau à voir...

---------------------------------------
capture d'écran du Livre blanc de l'AFO
----------------------------------------

Lien au Livre blanc de l'AFO - https://livreblanc.monassemblee.ca

mardi 1 septembre 2026

Le Montreal Gazette n'aurait pas fait mieux...

caricature de Godin dans Le Devoir, 1er septembre 2026


Je m'attendais à de sales coups contre le Parti Québécois et son chef mais je n'aurais pas cru que l'un des pires puisse émaner de notre quotidien national, Le Devoir. Cette caricature de Godin, publiée le 1er septembre en page éditoriale, aurait occupé une place de choix dans les médias anglo-canadiens à l'époque des croisades les plus venimeuses contre la Quebec language police.

Elle a tout pour plaire aux ténors du multiculturalisme anglo-dominant, qui voient dans tout effort de protection ou de promotion du français une manifestation de xénophobie, ou pire, de racisme ou de nazisme. Sous le titre Français: le PQ s'attaquera à la langue de socialisation dans les écoles, le caricaturiste présente Paul St-Pierre Plamondon en préfet de discipline grimaçant de colère qui savonne la langue d'un écolier sans doute attrapé à parler l'anglais, ou une langue autre que le français, dans les couloirs de son école.

Ce coup de crayon est outrancier pour deux motifs principaux: d'abord il déforme manifestement les propos tenus par PSPP lors de l'annonce de son programme contre le déclin du français et, secundo, il démontre une ignorance de la dynamique de l'assimilation linguistique au Québec et au Canada, dont l'érosion du français comme langue de socialisation scolaire est l'une des manifestations les plus évidentes. Allez en parler aux Franco-Ontariens. Ils ont étudié le phénomène ad nauseam et tenté toutes les approches imaginables, du bâton à la carotte, pour endiguer l'envahissement de l'anglais (et d'autres langues) dans les écoles de langue française.

Cette situation paraît avoir été moins étudiée au Québec mais devant le déclin rapide du français dans la région métropolitaine, y compris dans les couloirs des écoles, le Parti Québécois propose la tenue d'une enquête sur la langue de socialisation des jeunes à Montréal et à Laval, deux des régions les plus à risque. Il aurait pu ajouter Gatineau et le Pontiac à sa courte liste. Des journalistes ont demandé à PSPP si un gouvernement péquiste interviendrait ou réglementerait la langue parlée dans les écoles, et celui-ci a répondu sagement: ça dépend de ce qu'on apprendra. Rien de plus. Rien qui puisse justifier l'image éditoriale du Devoir.

Dans le cirque médiatique québécois, écorcher le PQ a trop souvent bonne presse. On devine pourquoi, mais je ne m'étendrai pas sur la stigmatisation parfois wokisante des projets identitaires au Québec. La saison de chasse est toujours ouverte et on a la gâchette facile. Il y a deux ans, lors d'une incursion en territoire franco-ontarien, le Journal de Montréal a publié quelques textes sur le problème évoqué par le PQ. «Dans les couloirs des écoles françaises de la province, c’est surtout en anglais que ça se passe», lançait le journaliste dans sa toute première phrase... En Ontario, malgré moult tentatives, on n'a trouvé aucune solution, mais l'idée de punir les élèves qui parlent anglais entre eux n'a plus cours depuis longtemps. Ça ne fonctionne pas.

Il y a fort à parier qu'un gouvernement péquiste, ayant mis en marche son étude dans les milieux scolaires, aurait pris connaissance de projets similaires dans les collectivités francophones ailleurs au Canada. Personne n'aurait proposé, même au sens figuré, de savonner la langue d'un élève inoffensif avec un «savon du pays».

Les quotidiens montréalais, sans doute bien au fait de l'anglicisation des couloirs d'écoles françaises dans la métropole, auraient dû féliciter PSPP de son initiative. C'était sans doute trop espérer... Au Devoir, aujourd'hui, on l'a savonné méchamment... C'est regrettable, parce que j'aime bien les dessins de Godin...