jeudi 10 septembre 2026

Ils auraient été horrifiés...

Le tout premier programme du PQ, publié au début de 1969


Dans le programme que les délégués ont adopté lors du congrès de fondation du Parti Québécois, du 11 au 14 octobre 1968, le tout premier article portait sur la langue française. Je cite:

«La langue est le facteur premier d'identité, la base et l'expression de la culture d'une nation. Nous devons nous donner les motivations culturelles, économiques et sociales qui rendront à notre langue le statut auquel elle a droit. Le Québec sera le pays d'un peuple parlant français.»

La situation du français était certes préoccupante. Le Constitution de 1867 avait fait du Québec une province officiellement bilingue et blindé les privilèges des anglophones. Le choix massif de l'école anglaise chez les nouveaux arrivants s'était transformé en crise scolaire à Saint-Léonard. L'affichage unilingue anglais ou bilingue était omniprésent dans les rues de Montréal et ailleurs au Québec. Au travail, l'anglais dominait souvent aux échelons supérieurs.

On avait compris que pour assurer l'avenir du français, «le Québec souverain devait être un État où la langue française sera la seule langue officielle». Le mouvement lancé par cette génération de Québécois aura donné l'élection du PQ en 1976 et la Loi 101 en 1977. Pour quelques années, tout semblait possible, jusqu'à ce que le Canada anglais impose sa charte des longs couteaux. Celle-ci deviendrait un mode d'emploi pour les tribunaux désireux de déconstruire la Charte de la langue française.

Cinquante ans après l'élection du premier gouvernement Lévesque, la situation est pire qu'elle l'était en 1968 (mais moins pire qu'elle pourrait l'être). Le français reste la règle - poreuse - dans l'affichage public et la grande majorité des enfants d'immigrants fréquentent l'école française au primaire et au secondaire. Et pourtant l'anglicisation du Québec progresse à une vitesse accélérée.

Sur l'île de Montréal, les francophones seront bientôt minoritaires. La jeune génération de Québécois de langue française est massivement bilingue. La proportion d'unilingues français a chuté de près de 20% depuis le recensement de 1971. Ottawa dépense des dizaines de millions $ tous les ans pour renforcer l'anglais au Québec. Le précipice se pointe droit devant. Tous les rapports, publiés année après année, soulignent l'urgence d'agir.

Confrontés à la situation actuelle, les Québécois de la fin des années 1960 seraient montés aux barricades avant qu'il ne soit trop tard. Ils aurait été horrifiés. La langue française, l'âme de la nation, aurait dominé les débats durant la campagne électorale. Les générations d'aujourd'hui ont perdu cette ferveur, et oublié la base. Ce n'est pas un Québec souverain qui assurera la réussite du combat pour le français. C'est le combat pour le français qui nous mènera à l'indépendance. 

Hier soir, au premier débat des chefs, la situation alarmante de la langue française, en plein déclin, a été occultée. Il nous reste moins de quatre semaines pour faire de l'urgence linguistique l'un des thèmes dominants de cette campagne. Si le PQ est élu avec un gouvernement majoritaire, on pourra toujours espérer. S'il ne l'est pas, après quatre années de plus d'inaction sous la tutelle des juges des longs couteaux, je crains qu'il ne soit trop tard...

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