Je me souviens, en avril 1970, alors que je couvrais la campagne électorale québécoise comme journaliste du Droit dans la région montréalaise, de l'effervescence patriotique d'une jeunesse sur laquelle le Parti québécois de René Lévesque se hissait pour donner des sueurs froides aux vieux partis et au Canada anglais...
Je me souviens, après la crise d'octobre, de l'élan socialiste et indépendantiste de la CSN où, aux réunions du conseil confédéral, les délégués de tous les coins du Québec - jeunes et moins jeunes - vibraient au rythme combatif et aux paroles mobilisantes de la chanson Québékiss (ce n'est qu'un début, continuons le combat)...
Je me souviens, en novembre 1976, de frissons de fierté en voyant cette foule de 10 000 partisans en liesse au Centre Paul-Sauvé, à Montréal, acclamant l'élection d'un premier gouvernement du Parti québécois. Ce soir-là, j'ai cru que rien ne pourrait nous arrêter. Je voyais déjà le Québec pays.
L'hymne de Stéphane Venne me trotte toujours dans la tête. Elle restera toujours pour moi l'hymne du PQ. «À partir d'aujourd'hui, demain nous appartient»*...
Cinquante ans plus tard, ma génération se dépeuple. Nous avons 75, 80, 85 ans... Je regarde les 20, les 25 ans, et je ne reconnais plus la ferveur du pays, la flamme de libération, la fierté de la langue et de la culture qui nous animaient... Le feu est-il éteint, où suffit-il d'une étincelle pour rallumer les braises?
Où sont passés les chansonniers? Les artistes? Les bardes-poètes? Il y a 60 ans, Paul Chamberland nous fouettait («en la ruelle Saint-Christophe s'achève un peuple jamais né une histoire à dormir debout un conte qui finit par le début»). Gilles Vigneault nous pressait (Je vous entends gronder comme chute en montagne; je vous entends demain parler de liberté). On disait, on écrivait, on chantait le Québec.
À l'aube de la quatre-vingtaine, je porte toujours le vécu de cette époque d'espoir et de barricades. Il doit bien en rester quelque chose. Je lis les journaux, regarde la télé, scrute les réseaux du grand Internet, cherchant quelque fruit de nos racines. Peut-être demain... Comme le chantait Jacques Michel, «un nouveau jour va se lever»...
Mais le 5 octobre vient vite. Très vite.
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