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| Trois candidats du PQ en Outaouais - Meixia Maltais (Chapleau), Marcela Cazas (Pontiac) et Raphaël Déry (Gatineau) |
Et pourtant, quelque chose a changé. Jusqu'au scrutin de 2018, la forteresse libérale semblait inébranlable. Choisir le candidat du PLQ, c'était choisir le prochain député. Puis la vague caquiste de François Legault réalisa ce qui paraissait jusque là impossible: détrôner trois députés libéraux en 2018, puis un quatrième en 2022. Seul le fief du Pontiac, où le PLQ obtient parfois près de 100% des voix dans les villages anglophones, est resté fidèle aux rouges.
Après huit années de gouvernement de la CAQ et un changement de chef, le vote caquiste chancelle après être passé près de l'effondrement. Mais en Outaouais, les pertes caquistes ne se sont pas transformées automatiquement en gains libéraux, si l'on peut de fier aux extrapolations de sondages dans le site Web QC125. Le public, jadis acquis aux rouges anti-séparatistes, semble hésiter à retomber dans ses anciennes ornières.
En date du 13 septembre, QC 125 annonce des victoires sûres ou probables du PLQ dans trois des cinq circonscriptions outaouaises: Pontiac (bien sûr), la reprise de Hull et le retour au bercail de Gatineau. La CAQ, qui semblait rayée de la carte avant le début de la campagne, conserverait Chapleau et Papineau. Ce ne sont pas là des bonnes nouvelles pour le PQ, direz-vous. Et pourtant...
Un exemple. Dans la circonscription de Chapleau (est de la ville de Gatineau), l'ancien député libéral Marc Carrière, qui se considérait vissé à son siège de député presque à vie, avait obtenu près de 58% des voix en 2014. En 2022, le PLQ n'a obtenu que 13,4% des suffrages. Cette année, même avec la chute de la CAQ, la cote libérale ne dépasse pas les 25%. Le PQ a fait un aussi un bond considérable avec une hausse de 11% pour atteindre 20% en cette mi-septembre.
Dans les quatre circonscriptions (j'exclus Papineau) où vomir sur les séparatistes est considéré socialement acceptable - et ce, même après les interventions de PSPP sur une probable perte d'emplois dans la fonction publique fédérale et la reprise des campagnes de peur pré-référendaires - la PQ grignote partout des points dans les sondages. Une hausse de 10 points dans Papineau, 11 dans Chapleau et Gatineau, 8% de plus dans Hull et même 5% dans l'enfer pontissois. Une bonne performance du chef du PQ dans les débats et le vaisseau amiral de l'indépendance pourrait peut-être embêter les meneurs dans Papineau, Chapleau et Gatineau.
La faiblesse locale du PQ ne tient pas à la qualité de ses candidats et candidates, mais à leur manque de notoriété. À part Raphaël Déry dans Gatineau et Isabelle Millette dans Papineau, on a l'impression d'avoir affaire à des parachutages. Cela ne serait guère surprenant. Les candidats au suicide politique ne courent pas les rues. Je ne crois que le Parti Québécois ait investi de grands efforts dans notre région frontalière peu accueillante. Je n'ai aucune preuve, mais quand je regarde le nombre de pancartes sur les poteaux j'en conclus qu'ou bien le PQ n'a pas imprimé beaucoup d'affiches, ou le parti n'a pas grand bénévoles pour les poser aux endroits stratégiques.
Si je n'étais pas si vieux (j'ai 80 ans) j'aurais aimé avoir de franches discussions sur la façon dont le PQ aborde les électeurs de Gatineau et de l'Outaouais. Je ne proposerais pas de cacher l'option souverainiste ou même l'imminence d'un référendum, au contraire, mais de tenir compte de l'impossibilité en quelques semaines de convertir à l'indépendance des gens qui ne veulent absolument rien savoir de cette option. Il existe cependant des dossiers identitaires où le Parti Québécois peut se démarquer de ses adversaires, des dossiers importants où il ferait cavalier seul contre les autres formations politiques.
Les candidats du PQ n'auraient aucune difficulté à attaquer les autres partis sur le plan linguistique. Les postes «français essentiel» tombent comme des mouches dans la fonction publique fédérale, milieu de travail de milliers de Gatinois, et le candidat péquiste dans Hull est ancien fonctionnaire fédéral aux Affaires extérieures. Il connaît ça.
De plus, les francophones sont en voie de devenir minoritaires dans le Vieux Hull (centre-ville), avec la complicité de la ville de Gatineau qui n'a aucun plan de protection d'un français en déclin rapide depuis des décennies. Le parti de la Loi 101 se trouve ici en terreau fertile. Il serait grand temps que Québec se penche sur la situation du français à Gatineau!
Les candidats péquistes peuvent attaquer de front le fédéral qui dépense tous les ans des dizaines de millions $ pour angliciser le Québec, y compris l'Outaouais. Ils pourraient s'en prendre aux libéraux qui, en plus de s'allier constamment aux Anglo-Québécois, ont tenté d'imposer à Gatineau une faculté de médecine où l'enseignement aurait été donné en anglais sous la tutelle de McGill, entre autres. Ils pourraient revendiquer l'intervention de Québec pour faire pression sur l'église catholique afin que le Pontiac québécois cesse d'être intégré au diocèse ontarien anglo-dominant de Pembroke. Ils pourraient dénoncer les multiples violations de la Loi 101 et l'inaction des municipalités. On pourrait dresser une liste longue comme le bras.
Le PQ pourrait reprendre avec vigueur l'abandon historique de l'Outaouais par le gouvernement québécois, trop souvent considéré même à Québec comme une banlieue d'Ottawa plutôt que la porte d'entrée du Québec. Cet abandon se manifeste dans plusieurs secteurs, la santé notamment, mais aussi l'éducation et le transport. À Gatineau, le réseau routier et le transport en commun est conçu d'abord en fonction d'un arrimage avec Ottawa, un entonnoir vers l'Ontario plutôt qu'un carrefour urbain essentiel pour le Québec, situé presque à mi-chemin entre la métropole et l'Abitibi-Témiscamingue. Mais après 100 ans de demandes, il n'y a toujours pas de projet de route entre le Pontiac et la pointe sud du Témiscamingue.
Sur le plan de l'Immigration et de ses effets sur la langue française et l'identité québécoise, le PQ a la chance d'avoir dans la circonscription de Pontiac une candidate d'origine bolivienne qui a appris à comprendre et à valoriser le Québec et la langue française.
En y mettant un peu d'effort, les candidats et candidates du Parti québécois n'auraient aucune difficulté à ajouter aux thèmes communs de la campagne (santé, éducation, fiscalité, environnement, etc.) une promotion agressive de la langue et de la culture françaises ainsi que des valeurs québécoises (démocratie, égalité des sexes, laïcité). Ils mettraient leurs adversaires en mode défensif et marqueraient des points essentiels au sein de l'opinion publique.
Peut-être pourraient-ils conclure en rappelant que les libéraux, sur leur ancien trône outaouais, ont toujours misé sur la peur pour éloigner les électeurs du Parti Québécois. Pourquoi? Parce qu'ils croyaient avoir affaire à une bande de peureux... Avaient-ils raison? Le temps n'est-il pas venu de relever la tête?

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