lundi 14 septembre 2026

Contester la Charte des longs couteaux? Oui!



Après avoir reconnu «que nous sommes devant le pire déclin du français des cinquante dernières années» et que nous faisons désormais «face à une véritable urgence linguistique», le chef du Parti Québécois a proposé cinq mesures (voir image ci-dessous), opportunes certes, mais qui ne renverseront pas grand chose à court terme et envoient, par surcroit, un message bien plus faible que la prémisse.
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Paul St-Pierre Plamondon ajoute d'ailleurs à la fin de son message, publié le 30 août: «Nous vous présentons aujourd'hui des mesures ambitieuses. Jamais un gouvernement n'est allé si loin pour renverser le déclin du français. Mais je me dois d'être franc; avec cette annonce, nous atteignons la limite de ce que nous pouvons accomplir en tant que province. L'ultime outil qu'il nous manque, et sans doute le plus déterminant, c'est de faire du Québec un pays.»

Je dois avouer que je m'attendais à plus du PQ. C'est mieux que les autres partis, mais ça manque de muscle, surtout s'il s'agit d'une «véritable urgence». En 2022, quand les trois mousquetaires - PSPP, Joël Arseneau et Pascal Bérubé - se sont présentés à l'Assemblée nationale, ils ont refusé de prêter serment au roi Charles III. Un geste selon toutes apparences inconstitutionnel. Ils n'ont pas cédé en disant avoir atteint «la limite de ce que nous pouvons faire» en tant que citoyens d'une simple province. Leur obstination a rallié la totalité de l'Assemblée nationale, qui a modifié unilatéralement la constitution canadienne!

J'aurais souhaité que le PQ s'engage à rétablir la pleine force de la Loi 101 d'origine, celle de 1977, et d'affirmer une fois pour toutes qu'il ne permettra plus au Canada anglais majoritaire - par son Parlement, par sa Cour suprême - de dicter au Québec français ce qu'il doit faire ou ne pas faire quand l'identité nationale est en jeu; que Québec n'a jamais entériné la Charte des longs couteaux de 1982, et qu'un gouvernement du Parti Québécois ne laissera pas les juges suprêmes nommés par Ottawa piétiner la langue française et les valeurs québécoises, y compris la laïcité; qu'il ne respectera pas l'invalidation des lois 96 et 21 en vertu d'une constitution imposée par le gouvernement de la majorité anglo-canadienne et ceux des neuf provinces à majorité anglophone.

Le débat qu'un tel engagement aurait suscité au sein des autres partis (et au Canada tout entier) aurait ramené «l'urgence linguistique» au coeur de la campagne électorale, là où elle aurait dû être dès le départ. Tout le monde veut en principe un Québec français (sauf peut-être le parti des Anglais, le PLQ) mais personne ne conteste que les règles du jeu aient été fixées en pleine nuit dans la cuisine du Château Laurier, à Ottawa, en novembre 1981. Si les juges suprêmes d'Ottawa invalident la Loi 21 ou la Loi 96, la CAQ grimacera mais se pliera à la décision. Les dirigeants du PQ doivent se tenir debout, comme ses trois élus l'ont fait à l'automne 2022.

Les conséquences de céder devant le Canada anglais? Le précipice est droit devant... Il ne faut surtout pas attendre la souveraineté pour poser des gestes efficaces.

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