Je m'attendais à de sales coups contre le Parti Québécois et son chef mais je n'aurais pas cru que l'un des pires puisse émaner de notre quotidien national, Le Devoir. Cette caricature de Godin, publiée le 1er septembre en page éditoriale, aurait occupé une place de choix dans les médias anglo-canadiens à l'époque des croisades les plus venimeuses contre la Quebec language police.
Elle a tout pour plaire aux ténors du multiculturalisme anglo-dominant, qui voient dans tout effort de protection ou de promotion du français une manifestation de xénophobie, ou pire, de racisme ou de nazisme. Sous le titre Français: le PQ s'attaquera à la langue de socialisation dans les écoles, le caricaturiste présente Paul St-Pierre Plamondon en préfet de discipline grimaçant de colère qui savonne la langue d'un écolier sans doute attrapé à parler l'anglais, ou une langue autre que le français, dans les couloirs de son école.
Ce coup de crayon est outrancier pour deux motifs principaux: d'abord il déforme manifestement les propos tenus par PSPP lors de l'annonce de son programme contre le déclin du français et, secundo, il démontre une ignorance de la dynamique de l'assimilation linguistique au Québec et au Canada, dont l'érosion du français comme langue de socialisation scolaire est l'une des manifestations les plus évidentes. Allez en parler aux Franco-Ontariens. Ils ont étudié le phénomène ad nauseam et tenté toutes les approches imaginables, du bâton à la carotte, pour endiguer l'envahissement de l'anglais (et d'autres langues) dans les écoles de langue française.
Cette situation paraît avoir été moins étudiée au Québec mais devant le déclin rapide du français dans la région métropolitaine, y compris dans les couloirs des écoles, le Parti Québécois propose la tenue d'une enquête sur la langue de socialisation des jeunes à Montréal et à Laval, deux des régions les plus à risque. Il aurait pu ajouter Gatineau et le Pontiac à sa courte liste. Des journalistes ont demandé à PSPP si un gouvernement péquiste interviendrait ou réglementerait la langue parlée dans les écoles, et celui-ci a répondu sagement: ça dépend de ce qu'on apprendra. Rien de plus. Rien qui puisse justifier l'image éditoriale du Devoir.
Dans le cirque médiatique québécois, écorcher le PQ a trop souvent bonne presse. On devine pourquoi, mais je ne m'étendrai pas sur la stigmatisation parfois wokisante des projets identitaires au Québec. La saison de chasse est toujours ouverte et on a la gâchette facile. Il y a deux ans, lors d'une incursion en territoire franco-ontarien, le Journal de Montréal a publié quelques textes sur le problème évoqué par le PQ. «Dans les couloirs des écoles françaises de la province, c’est surtout en anglais que ça se passe», lançait le journaliste dans sa toute première phrase... En Ontario, malgré moult tentatives, on n'a trouvé aucune solution, mais l'idée de punir les élèves qui parlent anglais entre eux n'a plus cours depuis longtemps. Ça ne fonctionne pas.
Il y a fort à parier qu'un gouvernement péquiste, ayant mis en marche son étude dans les milieux scolaires, aurait pris connaissance de projets similaires dans les collectivités francophones ailleurs au Canada. Personne n'aurait proposé, même au sens figuré, de savonner la langue d'un élève inoffensif avec un «savon du pays».
Les quotidiens montréalais, sans doute bien au fait de l'anglicisation des couloirs d'écoles françaises dans la métropole, auraient dû féliciter PSPP de son initiative. C'était sans doute trop espérer... Au Devoir, aujourd'hui, on l'a savonné méchamment... C'est regrettable, parce que j'aime bien les dessins de Godin...

Aucun commentaire:
Publier un commentaire