dimanche 21 juin 2026

Pas de pitié!

21 juin 2026...

capture d'écran du Journal de Québec


Imaginez! L'an dernier, le Commissaire fédéral aux langues officielles a reçu de partout au Canada 1163 plaintes, principalement de francophones outrés par l'impossibilité de faire valoir leurs droits en vertu de la Loi sur les langues officielles.

Un total imposant, croirez-vous? Non, pantoute. Des pinottes!

L'Office québécois de la langue française a enregistré pas moins de 11 125 plaintes pour non respect de la Loi 101 (Charte de la langue française) en 2025-2026. On pourrait croire qu'à Ottawa par exemple, là où les francophones ont bien plus souvent de la difficulté à travailler en français ou à obtenir des services dans leur langue, le nombre de plaintes serait mirobolant. Eh bien non.

C'est au Québec, un État où le français est la seule langue officielle, où près de 95% de la population sait parler français, où les lois établissent de façon claire la prépondérance du français dans les milieux institutionnels et dans la société civile, que déferlent les plus grosses avalanches de plaintes... de francophones!

Les situations qui donnent naissance à ces plaintes sont évidemment concentrées dans quelques régions du Québec. Tout le monde aurait deviné lesquelles, sans que l'OQLF se donne la peine de les nommer: la grande région montréalaise (incluant Laval et la couronne) et l'Outaouais (Gatineau et la région).

L'Outaouais compte 4,7% de la population du Québec mais enregistre 9% de toutes les plaintes linguistiques - affichage en anglais seulement, impossibilité de se faire servir en français, documentation unilingue anglaise, etc. Évidemment, la majorité des plaintes (plus de 60%) émanent du bassin du Grand Montréal. 

Allez vois vous-même les chiffres sur le site Web de l'OQLF à https://www.oqlf.gouv.qc.ca/office/communiques/2026/20260618_11000_plaintes_2025-2026.aspx

Le plus humiliant dans toute cette affaire, c'est qu'on ne peut plaider l'impuissance d'une minorité comme les francophones ailleurs au Canada. Nous sommes majoritaires. Nous avons le droit de décider et d'imposer nos décisions en matière linguistique. Nous adoptons les lois. Alors comment se fait-il qu'après cinquante années de Loi 101, le nombre de plaintes contre l'unilinguisme anglais soit en hausse?

Peut-être, plutôt que de considérer les 11 000 plaignants, devrions-nous tourner les yeux vers ces milliers et millions de Québécois francophones qui acceptent sans rechigner de se faire servir en anglais à un Tim Hortons ou à un McDo, de recevoir des documents ou des messages en anglais sur le Web ou par la poste, ou de voir sans réagir des violations quotidiennes de la Loi 101 dans l'affichage, etc., etc.

Peut-être devrons-nous aussi en finir avec tous ces politiciens qui ne défendent le français dans leurs discours, puis se taisent ou battent en retraite quand vient le temps de prendre des mesures qui feront passer nos anglos et leurs nouveaux arrivants anglicisés comme des martyrs, et nous comme leurs tortionnaires, dans les médias anglo-canadiens.

Le non-respect de la Charte de langue française: voilà un problème que nous avons le pouvoir de régler, au lieu de nous contenter de pousser des hauts cris tous les ans quand l'OQLF publie ses statistiques de jérémiades.

Je suis né et j'ai grandi en Ontario. Je sais comment on nous a traités quand nous demandions de vivre en français dans nos petits quartiers. Je suis maintenant Québécois. Ne me demandez pas, chers anglophones et anglophiles, d'avoir de la pitié pour ceux qui refusent de respecter notre langue commune et officielle. 

samedi 20 juin 2026

Mon papa méconnu...

20 juin 2026...



En cette veille de la fête des Pères, je songe à mon papa. Je n'ai pas visité sa tombe à Orléans (Ontario) très souvent depuis sa mort en septembre 1998. Mais je ne l'ai pas oublié. J'entends toujours sa voix. Il me visite, parfois, dans mes rêves. Je l'aime comme il était, comme la vie l'a façonné.

Aurèle Allard est né à Ottawa en mai 1924. Une époque difficile pour les Franco-Ontariens sous la coupe du Règlement 17. Deux ans après sa naissance, une des trois réunions de fondation de l'Ordre de Jacques-Cartier (la Patente) avait lieu dans notre église paroissiale, St-François d'Assise. Mon grand-père Joseph Allard s'y joindrait, comme mon père quelques décennies plus tard.

La famille de mon papa vivait dans un quartier canadien-français ouvrier d'Ottawa appelé Mechanicsville. Son père et sa mère étaient épiciers. Les tâches abondaient et les gars devaient rapidement abandonner leurs études pour donner un coup de main. Papa n'a pas dépassé la 9e année à l'école, ce qui, je crois, fut pour lui une grande tragédie.

De ses six pieds, tout en muscles, avec ses mains de bûcheron, il pouvait affronter toutes les tâches manuelles. Mais il aimait la musique classique, et la jouait au piano, ce qui lui a valu les railleries de ses amis. J'ai la conviction qu'avoir pu étudier, Aurèle Allard aurait décroché facilement le diplôme universitaire de son choix. Ses ambitions déçues, il les a reportées sur ses enfants.

Pendant toute notre jeunesse, alors qu'il apprenait tout seul l'algèbre, la géométrie et la trigonométrie dans ses cours par correspondance, en anglais, pour obtenir un meilleur emploi, mon papa nous répétait ad nauseam qu'un jour, tous ses enfants fréquenteraient l'université. Ce choix qui lui avait été refusé nous serait imposé. Il a vécu assez longtemps pour assister à toutes nos collations des grades.

Papa n'a jamais beaucoup parlé de sa jeunesse ou de ses années de fréquentation avec ma mère durant la Deuxième Guerre mondiale. Nous avons vu des photos de lui avec son vélo, alors qu'il livrait des télégrammes. Je sais qu'il a tenté de s'enrôler dans l'armée à quelques reprises, jusqu'à ce qu'on l'accepte au début de 1945. Son entraînement n'était pas complété quand la guerre a pris fin. Heureusement parce que le connaissant il se serait lancé tête baissée contre les Nazis et et sa tombe serait quelque part en Europe.

Je suis né en juillet 1946. Un vrai baby boomer. Quelques années plus tard, mon père serait embauché par la ville d'Ottawa, où il passerait 33 années à travailler dans un milieu le plus souvent francophobe. Il a toujours eu des patrons anglais détestables, jusqu'à la fin. Parfois il se vengeait en douce. Durant le projet de rénovation urbaine de la Basse-Ville, dont il était le directeur, il aidait le comité de citoyens et a même signé leurs pétitions contre la municipalité. 

À sa dernière affectation municipale, fin années 70, malade, cardiaque, il dirigeait le Marché By dans la Basse-Ville. Encore dans des circonstances frustrantes. La mairesse néo-démocrate d'Ottawa a contribué à lui assurer une retraite hâtive sans pénalité. 

Mon papa était un homme de son époque. Comme dans la chanson Frédéric de Claude Léveillée, «papa nous aimait bien» pendant «que maman nous servait» aux repas. Mais je l'ai souvent vu refuser de se faire servir, alléguant qu'il n'avait pas d'appétit, et tout à coup changer d'idée une fois convaincu que tous avaient mangé à leur faim. Il n'aurait reculé devant rien pour nous défendre et aurait tout sacrifié pour notre bonheur. Comme ma mère.

Mon grand-papa Allard me disait parfois. «Mon petit gars, y'a rien que deux sortes de monde dans notre pays: les Canadiens et les Anglais». Il avait transmis cet héritage à ses enfants. Mon père, fier Franco-Ontarien, aurait bien voulu que nous partagions sa vision politique. Mais j'ai fréquenté les sciences sociales dans les années 60 avec une majorité de Québécois. Est arrivé ce qui devait arriver. Il était sûrement déçu.

Ses dernières années, je l'espère, auront été ses plus heureuses et ses plus calmes. Entre les terrains de golf, une résidence d'hiver à la frontière mexicaine du Texas et les rencontres familiales, il a eu tout le temps voulu pour se recadrer et plonger dans ses souvenirs. À la toute fin, il me paraissait serein. Je regrette que nous n'ayons pas plus souvent jasé de son enfance, de son adolescence et de sa vie adulte. Et surtout de tout ce qu'il aurait voulu devenir si les exigences de la vie n'avaient pas dressé d'obstacles.

Je l'imagine parfois professeur, politicien, entrepreneur. Avec son ardeur au travail et sa vive intelligence, il aurait pu ouvrir bien des portes. Mais il a choisi de fonder une famille et de devenir mon papa. 

Bonne fête des Pères!


vendredi 19 juin 2026

Jean-Baptiste et son mouton

19 juin 2026...

capture d'écran du site Web La Presse


À la fin des défilés d’antan de la fête nationale, un petit Jean-Baptiste aux cheveux bouclés trônait sur le dernier char allégorique, flanqué d’un mouton : symbole tout en douceur d’une nation sachant «porter la croix», ayant adopté comme saint patron un martyr qui criait dans le désert.

Sous les élans fleurdelisés des années 1960, le ton des célébrations a changé. Le 24 juin s’est transformé en fête patriotique, en affirmation laïque et vigoureuse de la langue française et la culture québécoise. Le PQ a été porté au pouvoir. La Loi 101 a été adoptée. Et en dépit des jambettes, nous sommes passés à un cheveu près de la souveraineté.

Mais sous notre éveil combatif, les anciennes docilités veillaient. Depuis quelques décennies, les envolées oratoires de la fête nationale cachent difficilement un déclin de militantisme chez les nôtres, une glissade de plus en plus apathique vers le confort du bilinguisme.

L’engouement de milliers de Québécois pour l’anglais intensif au primaire, la ruée de nos étudiants vers les cégeps de langue anglaise, la corruption de notre langue au travail, dans les commerces, dans les médias d’information et les réseaux sociaux, notre soumission gênante devant les bonjour-Hi et toutes manières de génuflexion devant les exigences de l’anglosphère rappellent la résignation des Jean-Baptiste d’antan et, pire, leurs moutons. 

Reste-t-il au sein de notre jeune génération (et chez leurs aînés) suffisamment d’étincelles de rébellion pour relancer l'esprit des luttes amorcées durant la Révolution tranquille ? Souhaitons-le. L’avenir de la nation québécoise en dépend! Bonne fête nationale!

jeudi 18 juin 2026

Entre Samuel de Champlain et les archives franco-canadiennes, l'impuissance...

18 juin 2026...



Qu'ont en commun le déboulonnement du monument de Samuel de Champlain à Orillia (Ontario) et l'effacement du programme de soutien federal à la conservation du patrimoine documentaire des collectivités francophones du Canada?

Que seuls les Canadiens français, les Québécois et les Acadiens s'intéressent vraiment à l'histoire des Canadiens français, Québécois et Acadiens. Pour les majorités anglo-canadiennes (à Ottawa comme dans chaque province), notre passé et ses vestiges ne sont guère plus qu'une nuisance.

Le monument à la mémoire de Champlain, premier explorateur européen à visiter l'ancienne patrie des Hurons, a été érigé en 1925. Indigeste pour les nations autochtones de la région, la statue a suscité une controverse qui a mené à des actes de vandalisme, puis à son transport dans un entrepôt gardé secret. Le maire d'Orillia parle d'expédier le monument de bronze à une fonderie si personne ne veut l'acquérir.

Ailleurs au pays, les sociétés historiques francophones comptent depuis une dizaine d'années sur quelques millions de dollars fédéraux par année pour assurer la pérennité des archives de la présence française dans les provinces anglaises. «Sans archives, croit Denis Perreaux, archiviste de l'Alberta, les communautés francophones du pays risquent de disparaître des récits historiques.»

À Orillia comme dans l'Ouest canadien, les vestiges d'une francophonie disparue, à l'agonie ou en péril ne préoccupent que les francophones eux-mêmes. Le problème, comme toujours, c'est qu'ils ont été, sont et resteront minoritaires. Très minoritaires mêmes. Et les cordons des bourses leur échappe. Les majorités anglaises prennent les décisions et les archives des Canadiens français de Gravelbourg, en Saskatchewan, les laissent indifférents.

Devant la controverse entourant la statue de Champlain à Orillia, le conseil municipal de cette ville à 99% anglophone a fait ce que font tous les conseils municipaux: former un groupe de travail et lancer des consultations. Dans les textes médiatiques, j'ai noté de nombreux échanges de la ville avec trois ou quatre nations autochtones, mais aucun effort de rencontrer les Franco-Ontariens de Penetanguishene, tout près, ou encore des historiens de langue française susceptibles de les renseigner davantage sur Champlain et son époque.

Le maire d'Orillia, Don McIsaac, voudrait bien que la statue retourne à son socle comme, croit-il, la majorité des résidents de cette ville de 30 000 habitants. Si la majorité des habitants avaient été francophones, le débat aurait sans doute pris une tournure différente, puisqu'il s'agit d'un monument honorant l'un des leurs. Un conseil municipal anglo-ontarien n'en fera pas une question de principe à défendre coûte que coûte. On préférera la fonderie à un affrontement avec des groupes d'Autochtones...

Le Bloc québécois a demandé de rapatrier la statue au Québec. «On ne peut pas forcer des gens en Ontario à avoir un respect et une déférence envers Samuel de Champlain», a déclaré le député Alexis Deschênes. Il résume bien la situation. La minorité francophone ne peut imposer quoi que ce soit à la majorité anglo-canadienne. Seul le Québec, fort de sa majorité de langue française, peut intervenir de manière efficace.

Quant aux archives franco-canadiennes, elles témoignent d'un passé qui mérite de ne pas disparaître de la mémoire collective. Dans mon ancien patelin, Ottawa, on peut retrouver des vestiges d'anciennes écoles et églises franco-ontariennes. ils ne sont ni identifiés ni documentés. Quand les derniers humains qui s'en souviennent mourront, il ne restera rien. Le directeur de la Société historique de la Saskatchewan, Alexandre Chartier, abonde dans le même sens: «Si on ne conserve pas les archives, dans 50 ans, on n'existe plus.»

Dans ce cas-ci, il ne s'agit pas d'une ville anglo-ontarienne, mais du bon vieux federal government qui, pour ceux qui ne s'en souviennent pas, a toujours été gouverné par une majorité de langue anglaise. S'il faut effectuer des coupes budgétaires, je vous garantis que les archives d'un passé franco-canadien marqué par la répression et l'injustice prendre très vite le chemin des poubelles.

------------------
Lien au texte d'Orilliamatters.com - Controversial statue of Champlain has left Orillia park - https://www.orilliamatters.com/local-news/controversial-statue-of-champlain-has-left-orillia-park-12400974
  
Lien au texte du Journal de Montréal - Le monument de Champlain déboulonné en Ontario pourrait être fondu, dit le maire - https://www.journaldequebec.com/2026/06/18/le-monument-de-champlain-deboulonne-en-ontario-pourrait-etre-fondu-dit-le-maire

Lien au texte du Devoir - Les compressions budgétaires d'Ottawa mettent des archives franco-canadiennes à risque https://www.ledevoir.com/culture/medias/981584/archives-journaux-franco-canadiens-risque-etre-detruites

mercredi 17 juin 2026

Protection du français: l'effondrement libéral...

17 juin 2026...

capture d'écran du site Web Le Devoir


Si ce n'était pas si triste, on pourrait en rire. Ce cher Charles Milliard. Après s'être engagé à utiliser la clause dérogatoire pour protéger la Loi 96 (langue officielle et commune du Québec), le chef du Parti libéral du Québec s'est rétracté dès le lendemain après avoir été rappelé à l'ordre pas ses boss anglophones et anglophiles. Or voilà, fort de sa faiblesse, qu'il veut nous faire croire à sa volonté (et à celle de son parti) de renforcer la protection de la langue française.

Et cette volonté se traduit dans un plan qui a l'appui «unanime» au sein de son caucus. «Unanime» signifie donc que ses irréductibles défenseurs des Anglo-Québécois ont aussi donné leur accord. Une telle unanimité au sein du parti des Anglais ne pouvait être que suspecte. Et, de fait, du moins si je peux me fier à ce que rapportent les médias, ses propositions annoncent des années de vaches maigres pour le français au Québec.

Voyons ça de plus près ses mesures pour «protéger» la langue française:

* permettre aux nouveaux arrivants de communiquer en anglais avec l'État québécois pendant deux ans, au lieu de la limite actuelle de six mois. Un départ canon...

* réduire le fardeau réglementaire pour qu'une entreprise ou une municipalité puisse embaucher plus facilement des personnes maîtrisant l'anglais. Quel cran...

* faire en sorte qu'une ville qui achète des produits d'une entreprise ne soit pas obligée de vérifier si celle-ci est en règle avec ses obligations linguistiques. Hardi, les gars!

* abandonner les dispositions visant à réduire le nombre de places dans les cégeps de langue anglaise, manifester plus d'ouverture au désir des francophones d'étudier en anglais. Non, mais rien ne l'arrête...

* tendre la main (comprendre se mettre à genoux) aux commissions scolaires anglaises pour qu'elles mettent fin à leurs procédures judiciaires en cours. Allez dire ensuite qu'il manque de courage...

La finale, tout aussi croche que le reste: une fois toutes ces mesures de «protection» du français mises en oeuvre, Charles Milliard n'hésitera pas à invoquer la clause dérogatoire pour protéger ses mesures contre d'éventuelles contestations judiciaires. Ce qu'il néglige de dire, c'est que ces éventuelles contestations ne seraient pas lancées par des anglophones, mais par des Québécois de langue française ou francophiles, outrés par cette capitulation du Parti libéral du Québec devant les récriminations de la minorité linguistique la plus choyée au Canada...


mardi 16 juin 2026

Depuis quand Ottawa veut-il l'épanouissement des minorités francophones?

16 juin 2026...

capture d'écran du site Web Le Droit, 16 juin 2026


Vous voyez le titre ci-haut, publié dans Le Droit ce mardi 16 juin 2026? Il est trompeur. Nulle part dans le texte signé Lise Denis ne trouve-t-on une telle affirmation. Ni dans l'article de Pascal Vachon dans les pages d'ONFR-TFO. Pourquoi? Parce que ce serait faux.

En janvier 2026, le gouvernement du Canada a rendu public un avant-projet de règlement découlant de la modernisation de la Loi sur les langues officielles (LLO). Cet avant-projet avait pour but de mousser «la progression vers l'égalité de statut et d'usage du français et de l'anglais» au pays.

Pas besoin de faire de dessin. L'inégalité actuelle, reconnue explicitement, défavorise la langue française. Depuis 1867. Lisez l'histoire du Canada. Tout le monde, ou presque, peut se mettre d'accord là-dessus. Favoriser la progression vers l'égalité ne peut que signifier des mesures de promotion du français (ou de régression - impensable - de l'anglais).

Or, cet avant-projet de règlement annoncé en janvier n'aborde même pas l'alinéa 41(6) de la LLO, prévoyant des «mesures positives» pour octroyer au français un statut qui lui conférerait une «égalité réelle». Aucune référence, entre autres, aux mesures «pour assurer le rétablissement et l'accroissement du poids démographique des minorités francophones»...

L'avant-projet, ainsi que le rapport sénatorial qui le critique, s'en tiennent largement à cette sempiternelle symétrie fictive entre toutes les CLOSM (communautés de langue officielle en situation minoritaire). Les minorités de langue française et de langue anglaise y sont considérés sur un pied d'égalité alors que de toute évidence, les Anglo-Québécois sont choyés depuis toujours.

Les textes reflètent fidèlement ce refus de nommer l'infériorité du français et de parler de mesures conçues spécifiquement pour promouvoir l'égalité de la langue française. J'offre en exemple le premier paragraphe du texte du Droit :

La journaliste ne mentionne pas l'épanouissement des minorités francophones hors Québec, mais celui «des communautés de langue officielle en situation minoritaire». Les mesures d'épanouissement et de développement s'appliquent donc également la collectivité anglo-québécoise, ce qui, dans le cadre d'une recherche d'égalité «réelle», n'a absolument aucun sens.

La modernisation de la LLO a introduit pour la première fois une reconnaissance des menaces qui pèsent sur la langue française au Canada - et seulement sur la langue française. Clairement, l'avant-projet de règlement, qui devait passer du principe aux mesures positives, renie cette avancée. Et le Sénat du Canada ne lui en fait pas le reproche, quoiqu'en dise le titre du Droit...

------------------------------

Lien au texte du Droit - https://www.ledroit.com/actualites/politique/2026/06/16/ottawa-manque-dambition-pour-lepanouissement-des-minorites-francophones-CMGF2XIW25D5VFGKPVV552AUUM/?utm_source=homepage-le-droit&utm_medium=internal-recirculation&utm_campaign=deux-manchettes-2-3

Lien au texte d'ONFR-TFO - https://onfr.tfo.org/langues-officielles-reglement-ottawa-federal-francophonie/


lundi 15 juin 2026

Le rituel obligé de la vente de garage...

15 juin 2026...

samedi 13 juin, vers 7 heures... avant la cohue


Ce matin, mon épouse et moi sommes allés pour la deuxième journée d'affilée à l'un des centres de dons Renaissance de Gatineau, la voiture chargée de vêtements, de linge de lit, et d'une variété d'objets qui ont habité la maison que nous quittons bientôt. Demain, nous emporterons un chargement à l'Éco-Centre, en plus d'offrir livres, vinyles et CD à une librairie d'occasion.

Samedi, 13 juin, nous avons transformé notre entrée en «vente de garage», le rituel consacré pour assurer une nouvelle vie à toutes les possessions auxquelles nous avons attaché une grande valeur, mais qui ne survivront pas au déménagement imminent. Toute la journée, des gens que nous ne connaissions pas, informés par nos affiches et nos annonces Internet, ont cherché les aubaines sur une dizaine de tables disposées devant la maison. Plusieurs ont trouvé.

Pour les voisins, ces ventes-débarras annoncent le départ imminent d'une famille qui a vécu dans le quartier depuis les années 1980. C'est le début des «au revoir», parfois émus. Plusieurs proches et amis sont aussi venus nous saluer, ajoutant une touche de bonheur à un événement qui alterne entre rires et nostalgie. Je songeais à la chanson Rue des souvenirs des Cowboys fringants:

«Les commerces et les gens ne sont que de passage
Le quartier lui traverse les âges
Conservant dans ses cours ses maisons et ses rues
L'âme de tous ceux qui y ont vécu.»

Les gens qui n'ont jamais organisé une vente de garage ne peuvent savoir la quantité de travail et de préparatifs requis pour en assurer la réussite. Depuis des mois, mon épouse Ginette a dépensé des dizaines et des dizaines d'heures à choisir et ranger des objets destinés à la vente de garage... et à confectionner, la veille, d'abondantes collations pour celles (Ginette, Véronique, Gabrielle, Catherine, Dominique) qui ont accueilli et servi plus d'une soixantaine de clients par une journée chaude sous un soleil ardent, et d'autres parents et amis qui nous ont donné un solide coup de main avant, pendant et après.

Ça me faisait un peu penser à Noël. De longues semaines de préparatifs et d'attente pour une journée intense qui passe en coup de vent. Entre le montage des tables à partir de 6 heures du matin et le démantèlement vers 15 heures, ce fut un tourbillon de salutations, de ventes, de jasettes, de café, de boissons froides, de sandwichs, de croustilles, de remerciements, jusqu'à épuisement. Le garage reste encombré (un peu moins qu'avant) et le noyau familial s'installe pour quelques heures de repos autour d'un repas de pizzas.

Puis, le lendemain, en plus de liquider ce qui n'a pas été vendu, c'est le retour à la tâche - apparemment sans fin - de s'assurer que la maison soit libérée pour le futur proprio. Déjà trois pièces de vides et ça continue. Boîte sur boîte se remplissent et sont scellées. Heureusement, nos trois filles et leurs conjoints ne sont jamais très loin pour les tâches les plus lourdes. Mon épouse a raison. S'il faut déménager, n'attendez pas trop longtemps. Nous sommes trop âgés pour relever aisément un tel défi...

dimanche 14 juin 2026

Bien vérifier ses chiffres...

14 juin 2026...


Depuis mon entrée en journalisme, en 1969, j'ai lu des milliers de textes portant sur la situation des francophones hors Québec, sur leurs luttes contre les mesures répressives des gouvernements, sur leurs revendications en matière linguistique, et bien plus. Mais dans toute cette encyclopédie médiatique, je peine à compter sur les doigts d'une main les reporters, chroniqueurs et éditorialistes qui ont osé brosser des tableaux réalistes, scientifiques, des collectivités canadiennes-françaises et acadiennes en situation minoritaire.

Confrontés à des représentants d'organisations franco-canadiennes qui lancent parfois (souvent?) des chiffres mirobolants pour exagérer la présence francophone, ou qui présentent un tableau optimiste de la croissance et du dynamisme de la population de langue française, ou qui contestent les affirmations voulant que l'assimilation atteigne des niveaux dramatiques, ou qui évitent tout simplement d'aborder de tels sujets, la presse a un devoir de rétablir les faits.

Et ces faits sont accessibles à tout reporter qui se donne la peine de consulter les données des recensements fédéraux, de faire les calculs (relativement faciles) des chiffres sur la connaissance des langues officielles, sur la langue maternelle et sur la langue la plus souvent parlée à la maison. Statistique Canada a aussi publié en 2011 des portraits détaillés (démographiques, sociaux, culturels) des minorités francophones et des Anglo-Québécois. Pour une raison que j'ignore, l'immense majorité des journalistes ne se donnent pas la peine de faire correctement leurs devoirs.

Je lisais aujourd'hui deux textes de Pascal Vachon, d'ONFR-TFO, sur les efforts de Franco-Manitobains qui voudraient arracher des excuses du gouvernement provincial pour la loi de 1916 interdisant les écoles françaises et mousser une campagne en faveur d'un Manitoba officiellement bilingue (comme lors de sa création à l'époque de Louis Riel en 1870). Dommage que je tombe sur l'un des textes de M. Vachon parce que j'ai beaucoup d'estime pour lui et pour sa plume. Un autre aurait sans doute agi de la même façon ou pire.

À un certain moment, il écrit sur Saint-Boniface, patrie de Gabrielle Roy et coeur historique de la francophone manitobaine. Je le cite: «C'est là que près de 30% des 60 000 habitants ont le français comme langue maternelle. À l'échelle du Manitoba, environ 3% de la population est francophone, mais plus de 10% des Manitobains anglophones connaissent aussi le français.» Première observation: ces chiffres ne sont attribués à aucune source. D'où proviennent-ils? Du gouvernement? D'un professeur? D'une personne interviewée? Impossible de le savoir avec certitude, mais je devinerais Wikipédia. 

J'ai fouillé de bord en bord et n'ai trouvé aucune source fédérale, provinciale ou locale qui offre des données officielles sur la démographie linguistique du quartier Saint-Boniface. Le recensement de 2021 propose un portrait de la circonscription Saint-Boniface-Saint-Vital, et indique une population de langue maternelle française de près de 10%... Cela fait un total d'un peu plus de 10 000 personnes pour l'ensemble de la circonscription de 95 000 habitants. Or, même si Saint-Boniface n'avait que 60 000 de ces habitants et abritait TOUS les francophones de la circonscription, 10 000 personnes de langue maternelle, c'est seulement 17% de la population...

Quant à la population totale du Manitoba, il est exact de dire que selon le plus récent recensement (2021), 3,1% des habitants sont de langue maternelle française (41 425). Cependant, ce chiffre est en baisse au moins depuis le recensement de 2006. Au recensement de 1971, on dénombrait plus de 60 000 Manitobains de langue maternelle française, soit 6,1% de la population totale. Cette évolution, facilement vérifiable, est essentielle pour la compréhension de la dynamique linguistique. Enfin, le nombre de Franco-Manitobains qui parlent surtout le français à la maison oscille autour de 17 000 (1,3% de la population du Manitoba).

Il est par ailleurs inexact d'affirmer que plus de 10% des Manitobains anglophones connaissent aussi le français. Selon le recensement fédéral de 2021, les rares unilingues français et tous les bilingues (francophones et anglophones) ne comptent que pour 8,4% de la population du Manitoba. Comme environ 40 000 des bilingues sont Franco-Manitobains, il doit rester autour de 70 000 anglos bilingues, soit tout au plus 6% de la population anglophone.

Ce n'est qu'un exemple, et pas l'un des pires. Un texte médiatique fait une affirmation sans donner de sources, et après vérification, elle contient des erreurs. Avoir connu ces statistiques du recensement de 2021, l'auteur de l'article aurait posé des questions de clarification et, faute de réponse, aurait cité lui-même les données irréfutables des recensements fédéraux.

Cela n'enlève rien à la valeur des causes défendues par les Franco-Manitobains - des excuses pour une loi répressive et un retour au statut officiel pour le français - mais des affirmations erronées entachent inévitablement (et injustement) la totalité d'un texte.

samedi 13 juin 2026

On nous rit en pleine face...

13 juin 2026...



Voilà comment ça fonctionne au Canada. Une injustice est commise par un gouvernement ou une institution contre un francophone ou contre une collectivité francophone et les avenues de redressement - judiciaire, politique - s'avèrent trop souvent inutiles. Entre un rejet sans appel des plaintes et une reconnaissance tardive de la faute, le résultat est le même. L'injustice demeure.

Le cas de la lieutenante-gouverneure unilingue anglaise du Nouveau-Brunswick, nommée par le gouvernement Trudeau en 2019 et contestée par les Acadiens, n'a rien d'exceptionnel. C'est plutôt la règle. Au moment où l'ultime recours devant la Cour suprême se termine, il est trop tard. Mme Murphy a terminé son mandat style Mary Simon sans entrave et les francophones doivent se satisfaire de plates excuses.

La tradition de reconnaître trop tard les droits brimés des Canadiens français et Acadiens est vieille comme la Confédération. Les dommages sont faits. Le Règlement 17 interdisant les écoles françaises en Ontario avait été adopté en 1912. Il n'a jamais été invalidé par les tribunaux et le gouvernement ontarien s'est finalement excusé en février 2016! Les Franco-Manitobains et les autres minorités francophones hors Québec ont subi des gifles similaires au cours du dernier siècle et demi.

Les dés sont pipés. Partout, à l'extérieur du Québec, les majorités anglaises détiennent 100% du pouvoir. Les francophones minoritaires doivent traiter avec des institutions, parlementaires ou judiciaires, où les anglophones sont à peu près toujours majoritaires. Les contestations politiques sont ardues et les appels aux tribunaux peuvent durer des années. Alors, comme dans le cas de Mme Murphy au Nouveau-Brunswick, il faut se satisfaire d'un: que voulez-vous, cela n'aurait pas dû se produire, mais voilà, c'est arrivé. Contentez-vous de la satisfaction d'une reconnaissance du tort...

On nous rit en pleine face...

vendredi 12 juin 2026

Québec, quel temps est-il?

13 juin 2026...



Au moment d'amorcer de nouveau une campagne électorale, ce qui paraissait clair ne l'est plus. Après quatre victoire d'affilée en partielles depuis 2022 (Jean-Talon, Terrebonne, Arthabaska, Chicoutimi) et une confortable avance dans les sondages d'opinion, le Parti Québécois semblait voguer vers un gouvernement majoritaire en 2026 et un ultime rendez-vous référendaire avec l'histoire en 2030.

En seulement quelques mois, nous sommes revenus à l'incertitude la plus totale. Les plus récents sondages laissent entrevoir des luttes à trois et même à quatre dans plusieurs régions du Québec, notamment depuis l'arrivée de Christine Fréchette au poste de premier ministre en avril. Faisant siennes les bons coups de François Legault, se distançant de ses échecs, Mme Fréchette se targue de sa relation de copinage avec Mark Carney, qui permet d'avoir des «résultats sans drama»...

Le nombre de personnalités et de programmes dans l'arène électorale se multiplie et l'univers médiatique fragmenté, plus souvent qu'autrement hostile aux indépendantistes, ne clarifie rien. On se croirait revenu à la case départ du début des années 1970. À cette époque, nous avions le temps de décortiquer les enjeux et de prendre une ou deux décennies pour se brancher comme peuple. Nous n'avons plus ce luxe en 2026. La nation québécoise, avec le déclin du français et l'assaut contre ses valeurs, titube au bord du précipice.

S'il doit y avoir une décision qui décidera de la vie ou de la mort de notre aventure française en Amérique, elle doit être prise maintenant. Pas dans quatre ou huit ans. Il sera trop tard. Si la souveraineté doit avoir la moindre chance de se réaliser, une victoire décisive du Parti Québécois en octobre 2026 est essentielle. Avec l'anglophile Milliard, le fédéralisme sans «drama» de la CAQ, la grande noirceur du PCQ et l'espoir du grand soir de QS, les vieilles chicanes reprendront de plus belle et l'élan souverainiste sera, peut-être définitivement, brisé.

Les arbres cachent la forêt. Le ciel, même. Il faut s'élever au-dessus de l'immédiat et demander, comme Jacques Michel le faisait en 1971, «Quel temps est-il?». Cette belle chanson oubliée pose en termes éclatants de clarté la situation dans laquelle le peuple québécois se trouve. «Il y a un temps pour toutes choses, et chaque chose arrive en son temps», lance le chansonnier dans son album opportunément nommé S.O.S. Ses paroles, attribuées à un vieil homme dans sa chanson, sont presque prophétiques. Elles tracent un portrait des «temps» que le Québec doit franchir pour devenir un pays:

«Temps de pleurer, temps de vagir
Temps de parler, temps de saisir
Temps de marcher, temps de bondir
Temps de jouer, temps de s'instruire
Temps de penser, temps de mûrir 
Temps de douter, temps de choisir,
Temps de plaider, temps de dire
Temps de crier, temps de rugir
Temps d'avancer, temps d'agir
Temps d'assumer, temps d'accomplir
Temps de lutter, temps d'acquérir,
Temps d'exiger, temps d'obtenir.

Quel temps est-il? Quel temps est-il?»

Cinquante-cinq années nous séparent de cette chanson. Nous avons franchi plusieurs de ces étapes. Nous avons parlé, douté, crié, rugi, avancé, lutté, sans arriver à destination. Le temps n'est plus à reprendre les luttes et les «dramas» stériles qui nous paralysent depuis des décennies. Le temps presse. Il nous faut exiger, acquérir, obtenir.

Maintenant, ou peut-être jamais...

jeudi 11 juin 2026

Les mains propres, les mains vides…

11 juin 2026…



Le Québec n’aura pas de constitution. N’en aura peut-être jamais si le présent est garant de l’avenir. Simon Jolin-Barrette a échoué. Son projet imparfait a mordu la poussière aujourd’hui. Les sans péché ont décidé de ne pas se salir les mains. N’ayant pas le goût de recommencer ma réflexion, je me permets de republier en entier mon texte du 17 mars 2026 là-dessus, dont le cœur est le paragraphe suivant: 

« Il est plus facile de voir «les effets désastreux», «un autoritarisme mal dissimulé», «une logique coloniale», une «attaque aux droits et libertés», tous des péchés mortels, ne pouvant conduire qu'à la seule solution pure et sans tache: «le retrait complet du projet de loi 1». Et que reste-t-il alors? Rien. Et tous peuvent continuer à chanter «Ce n'est qu'un début, continuons le combat»... On avance les mains vides, les mains propres.. »

Voici le texte complet. J’en n’ai pas changé d’avis…

« Quand je siégeais au conseil confédéral de la CSN en 1972, on entendait souvent au début ou à la fin des réunions la chanson Québékiss (de l'album du même nom)... Un chant de ralliement, un hymne de champ de bataille... Vous l'avez déjà entendu: «Ce n'est qu'un début, continuons le combat»! Après quelques minutes de cet appel aux barricades de Marie Savard, nous étions solidaires, prêts à foncer contre les puissants de ce monde. Pour le socialisme, pour l'indépendance.

Puis, les discours terminés, les résolutions adoptées, nous retournions dans nos régions négocier nos petites conventions collectives en rêvant du grand soir d'une révolution plus imaginaire que réelle. Crier tous ensemble notre opposition au gouvernement ou au grand capital ou aux impérialismes planétaires pouvait bien nous attirer quelques manchettes dans les médias, mais le plus souvent, rien de plus. C'était partie remise jusqu'au prochain rassemblement syndical à Québec ou à Montréal, pour vibrer de nouveau aux rythmes martiaux de Ce n'est qu'un début, continuons le combat...

L'opposition, annoncée aujourd'hui, de 779 groupes et organisations (y compris la CSN et la FTQ) au projet de constitution québécoise du ministre Simon Jolin-Barrette m'a rappelé les luttes syndicales de ma jeunesse. L'époque n'était guère aux compromis ou aux concessions. La langage était agressif. Diluer le grand soir par des compromissions, même légères, avec les détenteurs du pouvoir politique était toujours suspect. Plusieurs préféraient l'échec à une victoire partielle. On pouvait recommencer à entonner Ce n'est qu'un début, continuons le combat sans avoir entaché la pureté idéologique des revendications.

La conséquence, c'était le risque de devoir revenir au point de départ, de repartir presque à zéro. Nous n'avons pas vaincu les pires excès du capitalisme, à mon grand désespoir. Nous espérons toujours l'indépendance. Il aurait fallu, à l'époque, qu'un plus grand nombre d'entre nous consente à se salir les mains, côte à côte avec des adversaires autour de projets nationaux où chacun engrangerait sa part de petites victoires. La participation de nombreux progressistes au sein du premier gouvernement du PQ sous René Lévesque en 1976 en a fait la preuve. 

Évidemment, 50 ans plus tard, le Québec a bien changé. La situation est pire qu'au début des années 1970, où tous les espoirs étaient permis. Aujourd'hui, le déclin du français et le multiculturalisme anglo-dominant ont mené la nation québécoise au bord du gouffre. Il y a, bien plus qu'autrefois, urgence d'agir pour sauver les meubles. Mais de toute évidence, un élément du passé demeure: cette tendance irritante à agir collectivement, dramatiquement, unanimement, sans trop de nuances, en vue d'objectifs imprécis (question d'assurer la solidarité), contre un grand projet législatif sur l'avenir de la nation.

Il s'agit cette fois du projet de la loi 1 intitulé Loi constitutionnelle de 2025 sur le Québec, présenté à l'Assemblée nationale par le ministre Simon Jolin-Barrette. Je n'ai pas l'intention d'énumérer les défauts du processus de consultation ou les imperfection du texte. Il y en a. Beaucoup. Mais comme toujours, les milieux se disant populaires ou progressistes ont comme réflexe premier de rejeter le tout, en troupeau, pour divers motifs, au lieu d'envisager une constitution imparfaite pouvant laisser un goût amer à tous les «sans péché» de la société.

On me trouvera injuste mais dans la vie, y compris en politique, tout n'est jamais noir ou blanc. Il y a au moins cinquante nuances de gris. Mais naviguer le gris n'est jamais simple. Les marges d'erreur et les risques d'échec sont grands. Il est plus facile de voir «les effets désastreux», «un autoritarisme mal dissimulé», «une logique coloniale», une «attaque aux droits et libertés», tous des péchés mortels, ne pouvant conduire qu'à la seule solution pure et sans tache: «le retrait complet du projet de loi 1». Et que reste-t-il alors? Rien. Et tous peuvent continuer à chanter «Ce n'est qu'un début, continuons le combat»... On avance les mains vides, les mains propres...

Je veux bien croire qu'il serait mieux d'entreprendre un processus exhaustif de consultation populaire pour arriver à un projet de constitution, mais nous n'avons plus le temps. Il faudrait d'abord élire un parti (sans doute le PQ) qui s'engagerait à enclencher une telle démarche. Mais il est trop tard. Le Parti québécois a déjà promis un référendum au cours de son prochain mandat devant déboucher, s'il est gagnant, sur une déclaration d'indépendance. Il ne perdra pas deux ou trois ans à organiser des audiences pour une nouvelle constitution sur l'ensemble du territoire. Et si, en bout de ligne, le référendum est perdu, nous sommes encore une fois de retour à zéro.

J'aimerais rappeler à tous nos idéalistes sans doute bien intentionnés que ce n'est pas ainsi que la constitution canadienne, celle qui nous gouverne depuis 1867, a été créée. L'AANB n'était qu'une loi adoptée par le Parlement britannique, sans consultation du peuple québécois et anglo-canadien. Quant à la Loi constitutionnelle de 1982, celle qu'on nous a enfoncée dans la gorge, elle est issue de la célèbre des nuits des longs couteaux où un pacte québécophobe a été scellé entre Ottawa et les provinces anglaises. Contre cette tour de Pise constitutionnelle qui penche toujours du même bord, pas le nôtre, le Québec n'a aucune arme, à l'exception de la clause dérogatoire de la Constitution des longs couteaux. C'est insuffisant quand on sait que la Cour suprême fédérale peut s'arroger le pouvoir de fissurer ce «nonobstant».

La constitution proposée par Simon Jolin-Barrette (voir lien en bas de page) peut bien avoir des tas de défauts, mais une fois adoptée par l'Assemblée nationale elle n'aurait pas moins de valeur juridique - dans les champs de compétence du Québec - que la constitution fédérale de 1982, adoptée par le Parlement canadien et neuf assemblées législatives provinciales sans référendums, après des manigances qui ne ressemblaient en rien à de véritables consultations populaires. Cette constitution multiculturelle de 1982 régit aujourd'hui le Québec, que nous l'aimions ou pas. La Loi 21 sur la laïcité de l'État est entre les mains des juges fédéraux, une procédure à laquelle le gouvernement Legault a consenti. Si notre laïcité pouvait s'appuyer sur une constitution québécoise, même mal ficelée, son armure serait mieux protégée devant les tribunaux.

Mais voilà, 779 organismes ont décidé que le projet de loi 1 «est une attaque contre la démocratie et les droits humains»... Encore une fois, en choeur: «Ce n'est qu'un début, continuons le combat»... 

-----------------------------------

Lien à la chanson «Ce n'est qu'un début, continuons le combat» - la dernière chanson sur l'album - https://www.youtube.com/watch?v=1nnnuAOBPU8

Communiqué des 779 groupes qui demandent le retrait du projet de loi 1 - https://www.csn.qc.ca/actualites/pres-de-800-organisations-quebecoises-rejettent-le-projet-de-constitution-du-ministre-jolin-barrette/


mercredi 10 juin 2026

Nous portons nos identités...

10 juin 2026...

Quand on déménage après 38 ans dans la même maison, et que l'on doit s'installer dans un appartement plutôt exigu, l'heure du GRAND ménage a sonné. Livres, disques, CD, DVD et autres articles de tous genre accumulés sur quatre décennies ont été chez moi les premiers visés. Ces jours-ci, les vêtements sont dans la mire.

Une à une, les commodes se vident et les fonds de tiroirs nous réservent inévitablement des surprises. Des gilets, chandails et maillots trop petits qu'on garde depuis plus de 10 ans dans l'espoir de perdre un jour 5 ou 6 kilos qu'on ne perdra pas... Des dizaines de chaussettes neuves qu'on n'a aucunement l'intention de porter... Quelques pantalons de taille 36, vestiges d'un passé plus svelte... Une cravate avec un dessin de guitare électrique (que j'aimais bien)... Enfin...

Mais le plus intéressant dans cette corvée menée de main de maîtresse par mon épouse Ginette, ce fut de revoir les pièces vestimentaires ayant une valeur identitaire. Nous portons souvent nos identités dans la vie avant de finir par les ranger dans nos tiroirs et garde-robes. Je me suis dit qu'un inconnu, après avoir passé en revue mes vêtements, aurait pu deviner mon coin de pays, quelques-uns de mes engagements et préférences, et même certains de mes problèmes de santé...

Il aurait compris que j'avais probablement quitté l'Ontario pour m'installer au Québec, que j'étais sans doute indépendantiste, que je m'intéressais depuis longtemps au hockey, que j'admirais Guy Lafleur et Stéphane Richer, deux gars de l'Outaouais (autre indice), que j'étais amateur de musique, que ma participation au Relais pour la vie (contre le cancer) n'était pas fortuite, et que je faisais la promotion du français.

Je n'ai pas gardé tous ces vêtements. Mais j'ai voulu tout au moins leur offrir un petit espace spécial dans mon blogue. Ils ne seront pas oubliés. Les voici.
 



Depuis 1975, je demeure au Québec. Je suis devenu Québécois à 100%... pour l'éternité...




Avant d'être Québécois, j'étais Franco-Ontarien. Ma nièce Renée, qui demeure à Orléans (Ontario), fabrique ces t-shirts.



Dans le fouillis du pré-déménagement, je ne trouvais pas mon chandail de Guy Lafleur... puis Ginette m'a rappelé que je l'ai donné à ma petite-fille Anne-Rose, qui vit à Montréal... Mon numéro 10 est en sécurité...



Mon père, originaire d'Ottawa comme moi, était un inconditionnel des Sénateurs, dès leur première saison. Son joueur préféré? Alexandre Daigle bien sûr...



Mon héros du hockey après la retraite de Guy Lafleur? Stéphane Richer que j'ai suivi jusqu'aux Devils. Passage facile, je n'ai jamais pardonné aux Canadiens le congédiement de Lafleur...



Pour mon 50e anniversaire, en 1996, j'ai eu en cadeau une guitare Fender Telecaster, et ce t-shirt assorti (à gauche)... que j'ai retrouvé dans un tiroir avec celui de Bob Dylan, que j'avais vu en spectacle...



Dans les années 2010, nous avons formé une équipe pour participer au Relais pour la vie (contre le cancer). Formée de proches et d'amis, on l'a appelée Nous autres... Une activité nocturne que nous ne sommes pas près d'oublier...



Les survivants du cancer portaient un t-shirt jaune, les aidants un t-shirt orange, les autres aux couleurs de leur équipe. C'est mon chandail jaune, ci-dessus.



Après des décennies d'achats de t-shirts, maillots et chandails annonçant des identités, des causes, des artistes et bien plus, j'arrive à 80 ans où mes engagements et préférences s'exprimeront davantage dans des rencontres en famille ou avec des amis, ainsi que sur mes claviers connectés au Web. La vie sera plus simple...

mardi 9 juin 2026

Et la haine des francophones?

9 juin 2026...



Le 1er juin, le premier ministre Mark Carney a annoncé que le nouveau Conseil consultatif sur les droits, l’égalité et l’inclusion serait chargé d'évaluer les causes de l’antisémitisme au Canada et d'améliorer la recherche et la collecte de données sur les incidents motivés par la haine. Hier c'était l'islamophobie. Aujourd'hui c'est (de nouveau et toujours) l'antisémitisme.

La haine existe depuis la nuit des temps. Des centaines de millions d'individus et de groupes en sont victimes quotidiennement, au Québec, au Canada et ailleurs sur cette planète. Tous les conflits armés de l'histoire humaine ont été propulsés, en tout ou en partie, par la haine. On pourrait croire qu'après tant de souffrance et de morts, l'humanité aurait appris sa leçon. Mais non. Encore aujourd'hui, le combat contre la haine vogue au rythme d'incidents, souvent violents, qui se retrouvent en manchette dans les médias.

Plus souvent qu'autrement, les gestes et propos haineux sont banalisés. Genre tout le monde le fait, fais-le donc. C'est pas grave, ce sont juste des mots. Et même quand ce ne sont pas juste des mots... À force de voir les nouvelles de bombes russes sur l'Ukraine, de violences génocidaires à Gaza, de camps de concentration trumpiens aux États-Unis, de meurtres et d'assassinats, notre carapace morale se durcit et repousse les assauts de la conscience. On en arrive à ne plus reconnaître, ou pire, on en vient à justifier la montée insidieuse de la haine dans nos propres comportements, dans nos propres milieux.

M. Carney a raison de monter au front contre tout ce qui soit motivé par la haine. Mais encore faudrait-il qu'il ne soit pas sélectif. Les statistiques cueillies par les forces policières québécoises et canadiennes déterminent un certain nombre de catégories d'incidents haineux: ceux qui visent les groupes ethniques, ou encore la religion, la race ou l'orientation sexuelle. En vertu de cette classification, les Juifs sont de loin les plus visés par des actes haineux. Mais au Canada, si on passe en revue les livres d'histoire, il existe un groupe contre lequel la haine a toujours été tolérée, voire encouragée à plusieurs époques: les francophones (Québécois, Canadiens français, Acadiens).

Oui, j'oserais affirmer avec beaucoup de conviction qu'ici, la collectivité visée le plus souvent par des «crimes haineux» depuis la Confédération, c'est nous. Les francophones. Partout au pays, même au Québec. À tous les jours, dans les réseaux sociaux, dans les médias de langue anglaise, on tient à notre endroit des propos diffamatoires et haineux. Les recenser est un jeu d'enfant.

Le problème, c'est qu'ils ne correspondent pas vraiment à la définition canadienne de crime haineux. Les dénigrements parfois violents qu'on nous dirige, s'ils étaient proférés contre la collectivité juive ou musulmane, ou contre des gens d'autres races, vaudraient à leurs auteurs des accusations criminelles d'incitation à la haine.

Mais au Canada, la chasse aux francophones est toujours ouverte... Cher M. Carney, pensez-y...

lundi 8 juin 2026

Dans l'bout de la rue Sainte-Catherine et d'la Main...

8 juin 2026...



C'était un moment parfait...

Peu importe ce que je puisse penser de la monarchie britannique ou du cérémonial anglo-vétuste qu'elle traîne jusque chez nous, la cérémonie d'installation de Louise Arbour comme gouverneure générale aura offert au Québec un moment bien spécial avec l'interprétation, par Sara Dufour, de la chanson La Reine des Cowboys fringants.

En l'écoutant avec émotion, murmurant presque les paroles de Jean-François Pauzé, Mme Arbour semblait traverser son pont des soupirs, jetant un ultime regard de liberté sur les rues et ruelles de Montréal avant de revêtir pour cinq longues années les habits de sa geôle royale.

La salle du Sénat au Parlement incarne parfaitement le legs de la royauté victorienne. Sa vocation même est anti-démocratique et vise à freiner les élans démocratiques des élus. C'est le refuge historique des riches et des nobles au service du monarque. Le protocole est rigide. Un univers de courbettes devant le roi ou la reine, ou la gouverneure générale en leur absence.

Il y a de fortes chances que le gratin anglo-canadien, majoritaire à la cérémonie, n'ait jamais entendu parler des Cowboys fringants et que le titre La Reine leur ait suggéré un thème en lien quelconque avec la monarchie. Les rares images face-de-bois de Mark Carney durant la prestation de Sara Dufour donnent l'impression d'un type qui ne comprend absolument rien au message de cette chanson.

Tirée de l'album La Grand-Messe de 2005, La Reine raconte l'engagement social d'une immigrante ayant vécu les horreurs de la guerre, que personne ne connaît vraiment. «Mais tout'le monde la surnommait la reine dans l'bout d'la rue Sainte-Catherine et d'la Main». Une reine des putains, des itinérants, des clochards et des junkies de fond de ruelle. Surtout pas Élizabeth II ou Charles III...

Pas une reine (ou vice-reine) bijoutée et couronnée dans les couloirs d'un palais mais «un ange gardien venu du ciel, qui serait atterri dans les poubelles». Louise Arbour, qui fredonnait avec Sara Dufour jusque là, a tourné son regard vers un lointain qu'elle avait connu. «S'occuper des pauvres et des plus démunis» pour «s'accrocher à la vie»... Une hésitation, peut-être, avant d'entreprendre une vie luxueuse dans l'entourage de riches et puissants...

Dans cette salle de dignitaires et parlementaires où Mme Arbour devait lire son premier discours comme gouverneure-générale, un texte où sa liberté serait désormais soumise à l'autorité de M. Carney, cette salle où peu de gens ont mis les pieds ou le coeur dans les ruelles mal famées, le drame de cette reine fictive retrouvée morte dans un banc de neige faisait l'effet d'une gifle bien sentie, assénée par Louise Arbour elle-même, qui avait expressément demandé qu'on la chante.

La fin de la chanson La Reine est tout à fait appropriée pour son accession au poste de représentante d'un roi qui occupe son trône de droit divin et d'une constitution qui consacre «la suprématie de Dieu». La reine des Cowboys était athée. «Et même si elle croyait pas en dieu, c'est sûr qu'elle vole quelque part où le ciel est bleu». Les monarchistes n'ont pas dû aimer s'ils se sont donné la peine d'écouter...

J'étais déçu qu'une femme de la stature de Louise Arbour accepte de jouer le monarque pendant quelques années, au service de Mark Carney et Charles III. Mais son choix de la chanson La Reine était comme une bouffée d'air frais dans une salle autrement étouffante. Au moment de s'embarquer dans un quinquennat de propagande fédérale, on aura vu un instant dans les yeux de Mme Arbour la détresse et la tristesse d'une combattante qui s'éloigne des naufragés dans l'bout de la Sainte-Catherine et d'la Main...

Je dois l'avouer. J'ai été ému.

dimanche 7 juin 2026

PLQ : à genoux tout le monde...

7 juin 2026...

capture d'écran du site Web Le Devoir (André Pratte)


Le 26 août 1977, quand vint le temps du vote final, tous les députés libéraux se sont levés pour voter contre l'adoption de la Loi 101 (Charte de la langue française) à l'Assemblée nationale. Il est bon de le rappeler à chaque fois qu'un élu ou un représentant du PLQ lance un sempiternel «oui, mais...» quand vient le temps de de se prononcer sur des mesures de protection ou de promotion de la langue française.

S'ils pouvaient agir à leur guise, les libéraux - tant les «provinciaux» que les fédéraux - feraient du Québec un État où, derrière quelques hypocrites engagements de principe en faveur du français, le Bonjour-Hi deviendrait la règle un peu partout. Les Anglo-Québécois et leurs collabos parfois colonisés charcuteraient volontiers ce qui reste du projet initial de Camil Laurin et René Lévesque.

À chaque fois que la société civile, la législature ou les tribunaux débattent d'un projet de francisation, on peut invariablement compter sur la présence d'éminents libéraux pour défendre les intérêts de l'anglais sous l'étendard toujours commode du bilinguisme. À son plus extrême, le député fédéral d'Alfred-Pellan (Laval) proposait en 2024 que le Québec devienne une province officiellement bilingue. Aucun de ses collègues du caucus libéral québécois n'a dénoncé ces propos.

Il y a une dizaine d'années, Philippe Couillard, alors premier ministre, souhaitait que tous les jeunes Québécois francophones puissent apprendre l'anglais. Son gouvernement avait même tenté, en Outaouais, de forcer les étudiants francophones en médecine de suivre leurs cours en anglais au campus satellite de l'université McGill à Gatineau. La députée libérale de Hull, Maryse Gaudreault, avait renchéri en appuyant le libre choix pour tous de l'école française ou anglaise, du primaire en montant...

La hausse inquiétante des inscriptions de francophones dans les cégeps anglais provoque un vif débat depuis des années. Le gouvernement de la CAQ, dans son projet de loi 96, s'est contenté de plafonner le nombre d'inscriptions dans les collèges anglais, mesure faible s'il en fut, mais que les libéraux jugent inacceptables. Rien de moins que le libre choix, bien sûr. Il  fallait donc s'attendre à ce que la troupe de Milliard s'oppose à l'extension de la Loi 101 à la formation professionnelle et l'éducation des adultes.

Le français décline au Québec, notamment comme langue de travail. Les étudiants francophones et leurs parents le savent. Québec lui-même accélère l'apprentissage de l'anglais au primaire depuis 15 ans avec les programmes d'anglais intensif de Jean Charest. Les députés libéraux anglophones et anglophiles de la région de Montréal jubilent. On entrevoit déjà le passage du Bonjour-Hi au Hi-Bonjour, en attendant Hi tout simplement, à la Michael Rousseau.

La bienveillante députée libérale de Westmount-Saint-Louis, le coeur sur la main, se fait l'avocate des jeunes adultes désireux de faire le plongeon vers l'anglais. «Rendu à 18 ans, dit-elle, si un jeune francophone désire apprendre l'anglais parce qu'il voit que ça fait partie des options pour le futur, mais pourquoi on ne va pas le lui laisser l'apprendre?» Décodez ça... C'est vénéneux... Sa collègue de Notre-Dame-de Grâce, Désirée McGraw, favorise elle aussi pour les francophones le libre choix de s'angliciser au cégep...

Sur la colline parlementaire fédérale, les députés libéraux de la métropole et des environs ne sont pas à la traîne. Dès sa nomination comme ministre des Langues officielles en décembre 2025, Marc Miller (Ville-Marie-Sud-Ouest-Île des Soeurs) se disait «tanné» du débat sur le déclin du français au Québec. Son collègue de Mount Royal Anthony Housefather, se sera distingué comme seul député fédéral à voter contre la modernisation de la Loi sur les langues officielles...

Charles Milliard affirme que son plan pour le français, attendu le 21 juin, sera meilleur que celui de la CAQ (Rires étouffés), avant de finir sa pensée avec une insulte à la nation québécoise. «Il faut avoir de l'ambition pour le Québec», lance-t-il... Si j'ai bien compris, cela signifie que franciser davantage le Québec traduit un manque d'ambition. «On est fiers de notre langue», conclut M. Milliard. Il aurait pu ajouter: dans la mesure ou les anglos de notre parti l'acceptent...

«Chose certains, on touche à des institutions (les cégeps) qui sont importantes pour la communauté anglophone», et cela doit «absolument» changer, affirme le président de la Commission politique nationale du PLQ, André Pratte.  À genoux tout le monde...