Qu'ont en commun le déboulonnement du monument de Samuel de Champlain à Orillia (Ontario) et l'effacement du programme de soutien federal à la conservation du patrimoine documentaire des collectivités francophones du Canada?
Que seuls les Canadiens français, les Québécois et les Acadiens s'intéressent vraiment à l'histoire des Canadiens français, Québécois et Acadiens. Pour les majorités anglo-canadiennes (à Ottawa comme dans chaque province), notre passé et ses vestiges ne sont guère plus qu'une nuisance.
Le monument à la mémoire de Champlain, premier explorateur européen à visiter l'ancienne patrie des Hurons, a été érigé en 1925. Indigeste pour les nations autochtones de la région, la statue a suscité une controverse qui a mené à des actes de vandalisme, puis à son transport dans un entrepôt gardé secret. Le maire d'Orillia parle d'expédier le monument de bronze à une fonderie si personne ne veut l'acquérir.
Ailleurs au pays, les sociétés historiques francophones comptent depuis une dizaine d'années sur quelques millions de dollars fédéraux par année pour assurer la pérennité des archives de la présence française dans les provinces anglaises. «Sans archives, croit Denis Perreaux, archiviste de l'Alberta, les communautés francophones du pays risquent de disparaître des récits historiques.»
À Orillia comme dans l'Ouest canadien, les vestiges d'une francophonie disparue, à l'agonie ou en péril ne préoccupent que les francophones eux-mêmes. Le problème, comme toujours, c'est qu'ils ont été, sont et resteront minoritaires. Très minoritaires mêmes. Et les cordons des bourses leur échappe. Les majorités anglaises prennent les décisions et les archives des Canadiens français de Gravelbourg, en Saskatchewan, les laissent indifférents.
Devant la controverse entourant la statue de Champlain à Orillia, le conseil municipal de cette ville à 99% anglophone a fait ce que font tous les conseils municipaux: former un groupe de travail et lancer des consultations. Dans les textes médiatiques, j'ai noté de nombreux échanges de la ville avec trois ou quatre nations autochtones, mais aucun effort de rencontrer les Franco-Ontariens de Penetanguishene, tout près, ou encore des historiens de langue française susceptibles de les renseigner davantage sur Champlain et son époque.
Le maire d'Orillia, Don McIsaac, voudrait bien que la statue retourne à son socle comme, croit-il, la majorité des résidents de cette ville de 30 000 habitants. Si la majorité des habitants avaient été francophones, le débat aurait sans doute pris une tournure différente, puisqu'il s'agit d'un monument honorant l'un des leurs. Un conseil municipal anglo-ontarien n'en fera pas une question de principe à défendre coûte que coûte. On préférera la fonderie à un affrontement avec des groupes d'Autochtones...
Le Bloc québécois a demandé de rapatrier la statue au Québec. «On ne peut pas forcer des gens en Ontario à avoir un respect et une déférence envers Samuel de Champlain», a déclaré le député Alexis Deschênes. Il résume bien la situation. La minorité francophone ne peut imposer quoi que ce soit à la majorité anglo-canadienne. Seul le Québec, fort de sa majorité de langue française, peut intervenir de manière efficace.
Quant aux archives franco-canadiennes, elles témoignent d'un passé qui mérite de ne pas disparaître de la mémoire collective. Dans mon ancien patelin, Ottawa, on peut retrouver des vestiges d'anciennes écoles et églises franco-ontariennes. ils ne sont ni identifiés ni documentés. Quand les derniers humains qui s'en souviennent mourront, il ne restera rien. Le directeur de la Société historique de la Saskatchewan, Alexandre Chartier, abonde dans le même sens: «Si on ne conserve pas les archives, dans 50 ans, on n'existe plus.»
Dans ce cas-ci, il ne s'agit pas d'une ville anglo-ontarienne, mais du bon vieux federal government qui, pour ceux qui ne s'en souviennent pas, a toujours été gouverné par une majorité de langue anglaise. S'il faut effectuer des coupes budgétaires, je vous garantis que les archives d'un passé franco-canadien marqué par la répression et l'injustice prendre très vite le chemin des poubelles.
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Lien au texte d'Orilliamatters.com - Controversial statue of Champlain has left Orillia park - https://www.orilliamatters.com/local-news/controversial-statue-of-champlain-has-left-orillia-park-12400974
Lien au texte du Journal de Montréal - Le monument de Champlain déboulonné en Ontario pourrait être fondu, dit le maire - https://www.journaldequebec.com/2026/06/18/le-monument-de-champlain-deboulonne-en-ontario-pourrait-etre-fondu-dit-le-maire
Lien au texte du Devoir - Les compressions budgétaires d'Ottawa mettent des archives franco-canadiennes à risque - https://www.ledevoir.com/culture/medias/981584/archives-journaux-franco-canadiens-risque-etre-detruites

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