23 juin 2026...
Je suis allé aujourd'hui à ma caisse jadis populaire de Gatineau. En entrant, le rituel obligatoire pour tous - prendre un numéro avant de pouvoir aller se faire servir par un humain au comptoir. E 102. C'était mon numéro. On servait le E 096. Seulement six personnes devant moi. Avec quatre guichets en service, je serai vite sorti, me dis-je.
Un guichet se libère. Personne n'est appelé. La caissière n'est plus à son poste. Bon... Ce sera un peu plus long que prévu. Une autre personne termine ses transactions et quitte la salle. Je regarde l'écran au-dessus de nos têtes. On appelle C 024 ou quelque chose du genre. Quatre têtes grises (comme moi) assises tout près font des blagues sur la lenteur du service et le fait que les billets commençant par C passent avant tout le monde...
Un autre dix-minutes et finalement E097 et E098 gagnent à la loterie des appels. Mais là, d'autres «C» se pointent et je vois leurs numéros apparaître presque aussitôt. Pire, quand l'un d'eux fait ses adieux à la caissière, celle-ci fait ses adieux à la salle d'attente. Plus que deux guichets accessibles. D'autres «E» se sont ajoutés à la file. J'espère qu'ils sont patients. Quand finalement le E099 obtient la permission de se rendre au comptoir, je suis là depuis près d'une vingtaine de minutes.
Personne n'aime attendre inutilement mais les vieux (à peu près tous les E cet après-midi) ont tendance à prendre leur mal en patience, acceptant qu'on les traite comme des membres (oui c'est une coop) de second ordre. Moi, j'en ai assez. Je retourne au kiosque d'accueil pour demander qu'on m'explique cette philosophie qui favorise les C au détriment de la masse des E. Je savais déjà la réponse mais je voulais qu'on me la répète...
Les codes C sont réservés aux personnes dont les transactions ne peuvent être complétées aux guichets automatiques. Ils ont la priorité. Donc, ai-je répliqué, vous voulez qu'on se serve de vos machines. Vous préférez ne pas nous voir à l'intérieur de la caisse jadis populaire à moins que ce ne soit absolument essentiel. Le message que vous nous donnez est le suivant: si vous n'écoutez pas nos consignes, et que vous insistez pour obtenir le service d'un humain, en bien attendez! Vous l'aurez voulu!
«Je vous comprends», répondent mes interlocutrices. La réponse la plus condescendante qui soit. Ce qu'on dit aux têtes grises pour les calmer. Mais j'insiste. Je suis membre de Desjardins depuis 70 ans et je n'accepte pas qu'on me tasse parce que je refuse de dialoguer avec un guichet automatique, parce que j'aime saluer le caissier ou la caissière, échanger des bonjour, ressentir une certaine continuité avec le passé coopératif même si on m'a enlevé mon livret de caisse et qu'on prend toutes sortes de décisions sans consulter les membres... comme servir les «C» avant tout le monde...
Le principe d'établir des priorités quand les salles sont bondées ne me rebute pas. Mais cela ne se produit pas souvent. La caisse jadis populaire de Gatineau propose sept ou huit guichets humains à ses membres mais quand je m'y rends, de moins en moins souvent, trop peu d'entre eux sont ouverts. On se retrouve avec l'obligation de favoriser les billets «C» parce qu'il manque de personnel caissier. Avec quatre ou cinq guichets ouverts, tout le monde aurait été servi rapidement. Quand on coupe le service aux guichets humains, on le fait en étant conscient que les seuls à en souffrir seront ceux et celles qui se plaindront le moins. Nous, les vieux membres de la coopérative.
J'ai enfin fini par déposer mon chèque en le remettant à une caissière humaine, au lieu de glisser une petite enveloppe dans une fente de guichet automatique au dialogue laconique. En sortant de ma caisse jadis populaire, le personnel à l'accueil (avec qui j'aurais pu être plus gentil... je m'en excuse...) a dû se féliciter de voir partir le vieux chiâleux qui se croyait toujours membre d'une coop et qui n'acceptait pas de se faire traiter en «client» très ordinaire...
Certains jours, je m'ennuie de mon ancienne petite caisse pop paroissiale où tout le monde se connaissait, où le mot coopération avait un sens et une mission, où l'humain n'avait pas encore été remplacé par les machines et l'Internet. On voyait davantage la différence entre une coopérative et une banque...

Aucun commentaire:
Publier un commentaire