22 juin 2026...
Je suis toujours à l'affût de données crédibles sur la francophonie hors Québec. Elles ne courent pas les rues. Quand j'ai vu le titre ci-dessus, portant sur la langue de travail, j'ai épluché l'article signé par Mathilde Beaulieu-Lépine, qui se spécialise dans la cueillette d'information sur les Canadiens français et Acadiens en situation minoritaire.
Que les jeunes francophones aient de la difficulté à travailler dans leur langue en Ontario, au Manitoba ou en Nouvelle-Écosse ne surprendra personne. La question est toujours de savoir dans quelle proportion, d'une province à l'autre. Or, dès le début de l'article, on parle d'une «étude» de la Fédération de la jeunesse canadienne-française (FJCF), selon laquelle «seulement un tiers des jeunes francophones en situation minoritaire travaillent surtout dans leur langue».
Plusieurs s'étonneraient en clamant: c'est bien peu! Pour ma part, je trouvais ce pourcentage bien élevé. À cause du mot «surtout». J'ai vécu près de 30 ans de ma vie à Ottawa, à jet de pierre du Québec, et à moins de travailler dans les milieux scolaires francophones, ou à l'hôpital Montfort, ou dans une caisse populaire (et encore), les occasions sont plutôt rares de travailler «surtout» en français.
Je fais alors ce que tout journaliste devrait avoir le réflexe de faire: trouver cette étude et examiner de plus près sa méthodologie. Il s'agit d'une consultation effectuée pour la FJCF par la firme Sociopol, d'un sondage pancanadien appelé Baromètre, s'adressant aux jeunes de 14 à 25 ans et tenu à l'été 2025. On y a comptabilisé un total de 295 répondants provenant de tous les coins du pays (excepté le Québec). De quelle façon ont-ils été choisis? Ça je n'ai pas trouvé.
La caractère non scientifique de cette «étude» est vite suggéré par l'affirmation suivante: «Pour près du tiers des jeunes consultés, la consultation fut l'occasion de se familiariser avec la FJCF et avec l'éventail des activités et des services qu'elle offre.» Cela signifie que plus des deux tiers des répondants connaissaient bien l'organisation. C'est louche. Je serais prêt à gager que plus de 90% des francophones de 14 à 25 ans en situation minoritaire ne connaissent pas ou connaissent peu la FJCF. On ne tire pas les noms des participants au hasard...
La conclusion qui suit l'affirmation précédente renforce mes soupçons... «Les réponses permettent de faire le portrait d'une jeunesse forte, engagée et dynamique, qui a la langue française à coeur et qui souhaite la faire rayonner.» Je veux bien croire que l'immense majorité des 295 répondants correspond à ce profil, mais ce profil ne correspond pas aux données scientifiques collectées par Statistique Canada dans les recensements et les autres études démo-linguistiques.
Les taux d'assimilation (plus élevés chez les jeunes) dans la francophonie hors Québec - sauf au Nouveau-Brunswick et dans quelques coins de l'Ontario - brossent un tableau catastrophique, avec des transferts linguistiques vers l'anglais qui dépassent souvent les 50% et même 60% et plus. Je prends pour exemple mon ancien patelin: l'Ontario. Selon Baromètre, 70% des répondants utilisent surtout le français avec leur famille. Or, selon le recensement de 2021, cette proportion oscille autour de 55% pour l'ensemble des Franco-Ontariens. C'est sans doute moins chez les jeunes...
Plus j'avance, plus je m'interroge sur la méthodologie employée et sur sa valeur scientifique. Pire, sur sa valeur tout court. L'étude me semble un fidèle reflet des 295 répondants, mais pas de l'ensemble de la jeunesse francophone en situation minoritaire. Je m'arrête là. Je réserve mon jugement final en attendant d'obtenir les réponses à toutes les questions que je me suis posées en lisant cet article du Devoir et le rapport de la firme Sociopol.

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