21 mai 2026...
Avant de mettre au recyclage la plupart de mes éditions de l'ancien Magazine Maclean, j'ai jeté un ultime coup d'oeil aux reportages et, de façon opportune, compte tenu des performances du Canadien avec Martin St-Louis à la barre, je suis tombé sur un article de l'automne 1968 louangeant la «montée fulgurante» de Claude Ruel comme instructeur du Bleu-Blanc-Rouge.
Signé par Gérald Godin, auteur, journaliste et plus tard ministre au gouvernement de René Lévesque, le texte met en lumière à la fois la personnalité de Ruel, ses dures années comme éclaireur de l'équipe, ses opinions sur le style de jeu, ainsi que la pression que devaient subir les instructeurs de la dynastie CH à la fin des années 1960.
Âgé d'à peine 29 ans au moment de prendre les rênes du Canadien, Claude Ruel aurait peut-être eu un avenir prometteur comme défenseur sur la patinoire mais un accident le priva de l'usage d'un oeil. La direction du CH lui offrit un poste d'éclaireur, «métier mal connu» qui oblige son titulaire à manger, boire, fumer, regarder, rêver et vivre de hockey 24 heures par jour. «En hiver, dit Ruel, un éclaireur dispose d'environ 10 soirées libres. Le reste du temps, il va au hockey.»
Quand l'instructeur Toe Blake a décidé d'abandonner son poste en 1968, le choix du Canadien s'est porté sur le jeune Ruel, dont le style contrastait pourtant avec celui de son prédécesseur. Selon le texte de Gérald Godin, les journalistes craignaient «que les conférences de presse enflammées et les emportements légendaires de Toe Blake soient remplacés par des phrases sibyllines et comme préparées d'avance».
Dans une Ligue nationale «où tout le monde cherche à scorer, où c'est une partie de rapidité», on se demandait si le style du Canadien allait changer sous la férule de Claude Ruel. «Non, répond-il. De toute manière, le style, c'est pas l'instructeur qui le décide. C'est le style de l'équipe, de tous les joueurs.»
L'aspect le plus important, dans le sport, ajoute Ruel, «c'est la tension. La tension est très forte. Faut être calme même si le coeur bat plus vite de temps en temps. Un soir, tel joueur marche, tu le fais jouer plus souvent; un autre marche moins, tu le laisse sur le banc. Tout ça, ce sont des choses que tu sens.»
Le secret de la victoire? «C'est de compter des buts. C'est plus important que de donner des mises en échec. Tu peux donner 20 mises en échec dans une partie, ça ne te fera pas gagner. Tu score un but, ça peut te faire gagner», résume Ruel.
L'article a été écrit pour le numéro d'octobre 1968 du magazine, avant le début de sa première saison comme instructeur. Au printemps suivant, Claude Ruel et son équipe gagneraient la Coupe Stanley. Ce fut la seule pour celui qu'on appelait affectueusement «Piton». Deux ans plus tard, après que le Canadien eut raté les séries de fin d'année, il démissionna.
Autre temps, autres moeurs. Martin St-Louis a hérité d'une équipe en difficulté en 2022. Son mandat était de la reconstruire. N'ayant pas gagné la Coupe depuis 1993, la direction a fait preuve à l'endroit de St-Louis d'une patience qu'on ne connaissait pas à l'époque de la dynastie des années 1950, 1960 et 1970. On en récolte les fruits en 2026.
Autres temps, autres médias aussi. Nous n'avons plus de magazines sérieux d'intérêt général, grand format, comme l'ancien Maclean québécois des années 1960...
Bon, voilà. Claude Ruel et mes magazines Maclean, au bac bleu!






















