jeudi 21 mai 2026

À l'époque de Claude Ruel...

21 mai 2026...

photo du Magazine Maclean de septembre 1968


Avant de mettre au recyclage la plupart de mes éditions de l'ancien Magazine Maclean, j'ai jeté un ultime coup d'oeil aux reportages et, de façon opportune, compte tenu des performances du Canadien avec Martin St-Louis à la barre, je suis tombé sur un article de l'automne 1968 louangeant la «montée fulgurante» de Claude Ruel comme instructeur du Bleu-Blanc-Rouge.

Signé par Gérald Godin, auteur, journaliste et plus tard ministre au gouvernement de René Lévesque, le texte met en lumière à la fois la personnalité de Ruel, ses dures années comme éclaireur de l'équipe, ses opinions sur le style de jeu, ainsi que la pression que devaient subir les instructeurs de la dynastie CH à la fin des années 1960.

Âgé d'à peine 29 ans au moment de prendre les rênes du Canadien, Claude Ruel aurait peut-être eu un avenir prometteur comme défenseur sur la patinoire mais un accident le priva de l'usage d'un oeil. La direction du CH lui offrit un poste d'éclaireur, «métier mal connu» qui oblige son titulaire à manger, boire, fumer, regarder, rêver et vivre de hockey 24 heures par jour. «En hiver, dit Ruel, un éclaireur dispose d'environ 10 soirées libres. Le reste du temps, il va au hockey

Quand l'instructeur Toe Blake a décidé d'abandonner son poste en 1968, le choix du Canadien s'est porté sur le jeune Ruel, dont le style contrastait pourtant avec celui de son prédécesseur. Selon le texte de Gérald Godin, les journalistes craignaient «que les conférences de presse enflammées et les emportements légendaires de Toe Blake soient remplacés par des phrases sibyllines et comme préparées d'avance».

Dans une Ligue nationale «où tout le monde cherche à scorer, où c'est une partie de rapidité», on se demandait si le style du Canadien allait changer sous la férule de Claude Ruel. «Non, répond-il. De toute manière, le style, c'est pas l'instructeur qui le décide. C'est le style de l'équipe, de tous les joueurs.»

L'aspect le plus important, dans le sport, ajoute Ruel, «c'est la tension. La tension est très forte. Faut être calme même si le coeur bat plus vite de temps en temps. Un soir, tel joueur marche, tu le fais jouer plus souvent; un autre marche moins, tu le laisse sur le banc. Tout ça, ce sont des choses que tu sens

Le secret de la victoire? «C'est de compter des buts. C'est plus important que de donner des mises en échec. Tu peux donner 20 mises en échec dans une partie, ça ne te fera pas gagner. Tu score un but, ça peut te faire gagner», résume Ruel.

L'article a été écrit pour le numéro d'octobre 1968 du magazine, avant le début de sa première saison comme instructeur. Au printemps suivant, Claude Ruel et son équipe gagneraient la Coupe Stanley. Ce fut la seule pour celui qu'on appelait affectueusement «Piton». Deux ans plus tard, après que le Canadien eut raté les séries de fin d'année, il démissionna.

Autre temps, autres moeurs. Martin St-Louis a hérité d'une équipe en difficulté en 2022. Son mandat était de la reconstruire. N'ayant pas gagné la Coupe depuis 1993, la direction a fait preuve à l'endroit de St-Louis d'une patience qu'on ne connaissait pas à l'époque de la dynastie des années 1950, 1960 et 1970. On en récolte les fruits en 2026.

Autres temps, autres médias aussi. Nous n'avons plus de magazines sérieux d'intérêt général, grand format, comme l'ancien Maclean québécois des années 1960...

Bon, voilà. Claude Ruel et mes magazines Maclean, au bac bleu!


mercredi 20 mai 2026

La mort, un droit. La naissance, un choix...

20 mai 2026...



Mobiliser les gens pour blinder l'accès à l'avortement ou élargir l'aide médicale à mourir dans la dignité? Bien sûr! Mobiliser les gens ou l'État pour encourager la natalité? Silence gêné... Bruits de criquets...

De nos jours, la mort est un droit. La naissance, un choix parsemé d'obstacles. Un choix qui ne suscite guère d'enthousiasme dans le discours officiel et chez les défenseurs de libertés tous azimuts...

Je ne conteste pas les lois et règlements en vigueur sur l'avortement ou l'aide à mourir. Je reconnais leur nécessité. Ce que je ne comprends pas, c'est pourquoi les rares expressions de soutien à l'adoption de politiques natalistes sont vues avec autant de suspicion.

Nous avons pourtant besoin d'enfants. De beaucoup d'enfants. Le taux actuel de natalité de 8,6 naissances par 1000 personnes au Québec est largement insuffisant pour assurer une relève au moins aussi nombreuse que la précédente. Il faudrait, pour ce faire, remonter aux taux du milieu des années 1960, qui dépassaient 20 pour 1000...

Nous ne sommes plus à l'époque de C'est le début d'un temps nouveau, quand Renée Claude chantait, en 1970: «La moitié des gens n'ont pas 30 ans». Notre société vieillit de manière alarmante. Selon l'Institut de la statistique du Québec, la cohorte des plus de 65 ans et plus dépasse dorénavant celle des 0-19 ans. Les aînés de 85 ans et plus vont tripler d'ici quelques décennies.

La société québécoise dite de souche - le «nous» historique - vieillit à un rythme foudroyant et les jeunes générations dégarnies n'ont plus suffisamment d'effectifs pour assurer les services et les soins aux vieux. Il faut recourir à l'immigration, massivement, pour remplacer tous ces enfants que nous ne faisons plus depuis 60 ans.

Même en comptant les nouveaux arrivants, l'ISQ prévoit que dès 2027, l'an prochain, le nombre de décès dépassera celui des naissances au Québec! Cela s'est-il déjà produit dans l'histoire du Québec? J'aurais tendance à croire que non. Même avant les progrès de la médecine moderne, les taux de mortalité plus élevés étaient plus que compensés par des familles de 8, 10, 12 enfants.

Pour une sociologue de l'Université de Sherbrooke, Sophie Mathieu, le problème n'est pas l'augmentation des décès, mais la chute des naissances. «C'est normal qu'il y ait plus de décès parce qu'on vit plus vieux et que les baby boomers arrivent à des âges avancés. Le bout inquiétant, c'est qu'on n'a pas de naissances», déclarait-elle à La Presse.

Je peux comprendre ceux et celles qui craignent de voir la société québécoise submergée par des vagues d'immigrants langues et de cultures différentes. Historiquement, nous avons été accueillants envers les nouveaux venus qui, de génération en génération, s'intégraient à un «nous» québécois historique en croissance. Mais cela change. Dramatiquement. 

Cette grave pénurie de naissances jumelée à une mortalité en hausse due au vieillissement aura pour conséquence la disparition éventuelle du «nous» québécois de culture française qui a tissé et métissé depuis 400 ans cette nation et l'espoir de son indépendance.

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«Je suis de dix enfants à table...» (Claude Gauthier, Le plus beau voyage)

mardi 19 mai 2026

Université d'Ottawa... Effacer le passé franco-ontarien?

19 mai 2026...



L'Université d'Ottawa vient de se donner une vice-rectrice à la Francophonie, Julie Cafley, qui promet, à la mode du temps, de «faire avancer une francophonie inclusive, ancrée dans l’équité et tournée vers l’avenir». Cette déclaration n'augure rien de bon pour les Franco-Ontariens qui cherchent à voir dans cette institution depuis plus de 150 ans «leur» université.

Non seulement les étudiants de la francophonie historique (Québécois et Canadiens français), majoritaires jusque dans les années 1960, ont-ils été graduellement asphyxiés par une majorité anglophone oscillant autour de 70%, mais les «inclusifs» voudraient aujourd'hui en effacer l'identité. Sous l'étendard d'une francophonie désormais «plurielle», toute tentative d'affirmation des luttes de ceux qu'on appelle souvent avec mépris les «de souche» sont vues avec suspicion.

Tourner la francophonie «inclusive» uniquement vers l'avenir, c'est rejeter un riche passé de combats menés par ceux et celles dont les racines remontent à la vieille France. Jusqu'à un passé récent, ils ont porté le fardeau d'assurer la pérennité de la langue et de la culture française en Ontario. Et ce n'est pas parce qu'ils succombent de plus en plus à une assimilation presque inévitable que l'identité «canadienne-française» ontarienne doit être dissoute dans un contexte où les priorités portent de plus en plus sur les nouveaux arrivants.

La solidarité entre francophones de toutes origines - d'ici et d'autres pays - est en voie d'éroder les identités distinctes qui la forment, y compris la nôtre. L'Université d'Ottawa, dans son regard tourné vers l'avenir, doit aussi - et peut-être surtout - se pencher sur les revendications historiques des Franco-Ontariens qu'elle n'a jamais vraiment prises au sérieux. Peut-être Mme Cafley pourrait-elle commencer avec le mémoire présenté par l'Assemblée provinciale des mouvements de jeunes de l'Ontario français (APMJOF) en 1970 au Groupe de travail sur le bilinguisme de l'Université.

Intitulé «Francisation totale de l'Université d'Ottawa», ce mémoire était issu d'une année de consultations auprès des groupes de jeunes Franco-Ontariens à travers la province. En assemblée générale, ils avaient donné à l'APMJOF. le mandat d'étudier «le problème de la francisation totale d'une université en Ontario». Cette institution, bien sûr, ne pouvait être que l'Université d'Ottawa.

Le texte, d'une clarté exemplaire, soulève une problématique qui demeure tout à fait actuelle. «Une université, écrit l'APMJOF, doit non seulement permettre à l'étudiant canadien-français d'étudier dans sa langue mais, croyons-nous, lui assurer un milieu culturel qui lui soit propre, un milieu favorable à son épanouissement culturel.» Ce qui est impossible quand les francophones sont minoritaires.

L'APMJOF se dit convaincue «que seul l'unilinguisme français est viable et que seul l'unilinguisme français assurera une entière promotion académique et culturelle aux étudiants francophones qui voient en l'Université d'Ottawa une des seules institutions post-secondaires qui se rapproche quelque peu de leur culture

«Si, conclut-elle, une fois leurs études secondaires terminées, les jeunes Ontariens de langue française entrent dans une université entièrement française, dans un milieu homogène, dans un milieu favorable à leur épanouissement culturel, ces jeunes continueront de vivre et de travailler en français

Si l'Université d'Ottawa avait pris au sérieux ces revendications de la jeunesse franco-ontarienne alors que la moitié de la population étudiante était toujours francophone, elle n'en serait pas à essayer de sauver les meubles en 2026 avec son inclusion, son équité et son regard plutôt stérile vers l'avenir...

lundi 18 mai 2026

Vérité, justice, quoiqu'il en coûte!

18 mai 2026...

Joseph Costisella avant les controverses de 1963. Choisi personnalité de l'année par Le Droit pour son libre Le scandale des écoles séparées en Ontario


Fascinantes, ces trouvailles qui font découvrir des moments d'histoire depuis longtemps oubliés ou, plus souvent, inconnus. Ce Jour des Patriotes, pendant que je feuilletais mes vieux dossiers franco-ontariens, je suis tombé sur le plus ancien d'entre eux, remontant au début de l'été 1963. Je fêterais bientôt mes 17 ans.

J'avais conservé quelques pages de «Vérité», un journal publié par le Comité de vigilance canadien-français d'Ottawa, dont le mandat était de «lutter contre le colonialisme et le racisme dont sont victimes les Canadiens français à Ottawa et au Canada». Sa devise faisait peur aux élites traditionnelles: «Vérité, justice, quoiqu'il en coûte»...

L'auteur Yves Frenette, dans une analyse du mensuel, écrit: «Dirigé par Joseph Costisella et proche du mouvement indépendantiste québécois, Vérité fustige tous ceux qui s'accommodent de la majorité anglophone, y compris l'Association canadienne-française d'éducation de l'Ontario (ACFEO) et l'Ordre de Jacques-Cartier (La Patente), dont les chefs sont ridiculisés dans des articles et des caricatures.»

Une semaine après la parution du premier numéro de Vérité, M. Costisella avait perdu son emploi de professeur au Collège Marie Médiatrice (à Hull). Il s'agissait, selon Vérité, d'une revanche de La Patente, à laquelle appartenait le supérieur du collège. «D'autres personnes, soupçonnées d'appartenir au Comité de vigilance, ont été brimées, ont failli perdre leur emploi. On propage sur elles des calomnies et des propos diffamatoires», écrit le journal.

Je me souviens de cette époque et après relecture d'un ou deux textes de Vérité, je peux comprendre pourquoi les élites franco-ontariennes conservatrices frémissaient d'horreur. À preuve ce petit entrefilet intitulé La Gestapo à Montréal où l'on reproche à la police de Montréal de se conduire d'une façon «brutale et illégale» contre les patriotes québécois et notamment contre les membres du FLQ.

Pour appuyer leurs dires, ils citent une source que j'aurais à prime abord crue improbable: Gérard Pelletier, futur ministre de Pierre Elliot Trudeau mais éditorialiste au journal La Presse en 1963. Voici la citation attribuée à Pelletier dans son éditorial du 6 juin 1963: «Au mépris des lois, les agents montréalais, sous la direction du chef Robert, se conduisent aujourd'hui comme s'ils habitaient la Russie ou l'Espagne franquiste».

Il fallait que j'en vérifie l'authenticité, ce que j'ai fait en consultant les archives de La Presse conservées sur le site Web de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ). Et voilà que je la trouve, très exactement, dans un édito signé Gérard Pelletier intitulé La police contre la loi (voir image ci-dessous).

Je me demande si M. Pelletier a cru bon de relire son commentaire en octobre 1970 alors que son patron Trudeau père suspendait les droits démocratiques du pays tout entier pour permettre à la police de commettre les mêmes abus qu'en 1963 contre le FLQ, mais légalement cette fois...

L'éditorialiste, après avoir fermement pris position contre toute forme de violence, reproche à la police de Montréal de piétiner les libertés personnelles des citoyens pour mettre fin aux attentats felquistes: «Au moment où l'action contre les attentats se corsaient, on a eu l'impression que la violence et l'illégalité avaient changé de camp. C'est aujourd'hui la police qui s'en rend coupable, sans vergogne ni aucun malaise apparent.»

Retour au journal Vérité. Celui-ci reproche enfin à certains bonzes franco-ontariens de «quêter» des permissions «chez les Anglais» et félicite le ministère québécois des Affaires culturelles de vouloir envisager l'unilinguisme français au Québec. Des membres du Comité de vigilance «déplorent chez certains de leurs compatriotes une mentalité d'esclaves et de colonisés».

Je cherchais un sujet opportun pour la Journée nationale des Patriotes. Finalement, je l'ai trouvé dans une boîte de documents que je conserve depuis plus de 60 ans...

dimanche 17 mai 2026

Combien de temps jouerons-nous les quêteux?

17 mai 2026...

En feuilletant les nouvelles des dernières semaines sur le site Web ONFR-TFO (Ontario), je suis tombé sur un texte de l'excellent journaliste Pascal Vachon portant sur les efforts pour augmenter le financement de la recherche scientifique en français au Canada.

En quelques minutes de lecture, l'auteur illustre (ce n'était sans doute pas son intention) parfaitement le rôle perpétuel de quêteux assigné à la minorité francophone du pays. Le mot clef ici est bien «minorité».

Le gouvernement fédéral a toujours été et demeure l'expression de la majorité anglo-canadienne. Quand vous avez près de 80% des votes, vous prenez 100% des décisions. L'autre 20% a le droit de se faire entendre, de protester, de recommander, de se mettre en colère, de se lamenter... enfin, tout sauf gouverner.

Tout le monde sait que les chercheurs scientifiques francophones sont défavorisés. Sur le plan du financement, ils ramassent les miettes de la table fédérale. Dans le processus décisionnel, ils n'ont aucun poids substantiel. Les revendications s'accumulent, et à un certain moment, pour calmer le jeu, Ottawa doit au moins sembler écouter...

Comme il n'est pas question de laisser à 20% de la population la gouvernance de millions ou de milliards en fonds publics, on fait ce qu'on fait toujours en pareilles circonstances. On nomme un comité chargé d'étudier la situation et de faire rapport aux vrais «boss».

Le gouvernement fédéral, par le biais de Patrimoine canadien, annonce donc en octobre 2024 la formation d'un comité au titre interminable : le Groupe consultatif externe sur la création et la diffusion d'information scientifique en français. Essayez de dire ça sans vous essouffler...

Évidemment, il faut lui donner un mandat, le plus inoffensif possible pour ne pas trop exciter la francophobie latente au Canada anglais. On demandera ainsi au Groupe consultatif (!) «de formuler des avis et des recommandations au ministre responsable des Langues officielles, en vue de guider l'élaboration d'une stratégie fédérale visant à assurer la viabilité à long terme de l'écosystème de la recherche scientifique en français au Canada

C'est à peu près comme créer un comité pour étudier la possibilité de former un autre comité qui étudiera l'utilité des comités... On demande à une dizaine de profs d'universités québécoise et canadiennes de formuler des opinions et des recommandations. Voilà, d'un seul coup, on vient de reporter de quelques années une décision financière qui pourrait fort bien se prendre aujourd'hui.

Et comme d'habitude, réflexe d'un peuple trop longtemps colonisé, nos universitaires acceptent de se prêter à un tel jeu en sachant fort bien qu'au moment décisif, ils n'auront aucun droit de vote. La minorité ne décide rien. Dans ce cas-ci, c'est encore pire.

Le rapport des membres du Groupe consultatif ne servira pas à une prise de décision rapide en matière de financement. Non, leur année et demie de travaux aidera à «guider l'élaboration d'une stratégie fédérale»... Silence dans la salle...

La stratégie ne sera pas élaborée à partir du rapport. Non, le Groupe consultatif contribuera à guider (!!!) une future élaboration. Et c'est pas fini... Élaboration de quoi? De mesures de financement? Non, juste l'élaboration d'une «stratégie». Combien de temps, pensez-vous, durera la période de guidage? Et en quelle année verrons-nous l'adoption d'une stratégie?

J'espère qu'à ce stade, je serai encore vivant. Bon! Disons qu'après avoir passé l'étape du ministère des Langues officielles et du cabinet, une stratégie soit enfin adoptée. Stratégie n’égale pas décision de financement. C'est le sentier qu'on trace pour arriver un jour à une décision sur le financement de la recherche universitaire en français.

Mais il y a plus. Il ne s'agit pas d'une stratégie ordinaire, visant l'immédiat ou le court terme. Ce qu'on veut (vraiment?), c'est «assurer la viabilité à long terme de l'écosystème de la recherche scientifique en français au Canada». J'entrevois déjà des discussions prolongées sur la définition même de l'«écosystème»... 

Retour au début. Dans le texte de Pascal Vachon, on indique que sur le plan financier le Groupe consultatif recommande à Ottawa ne verser 40 millions $ par année à la recherche en français. C'est 1% du budget fédéral de recherche. Pas 20%... 1%. Des pinottes.

Et ce n’est qu’une recommandation. Les francophones devront s'en remettre à la majorité anglo-canadienne pour obtenir leurs pinottes. On joue une fois de plus les quêteux. À genoux devant une administration anglo-dominante où la recherche en français ne suscite absolument aucun intérêt. Après une série d'échanges humiliants (pour nous), ce bon vieux Canada crachera quelques millions en nous rappelant de dire merci et de voter non au référendum.

Je pourrais pardonner à ces éminents universitaires de plaider pour un meilleur financement de la recherche scientifique en français. Faut parfois accepter de s'agenouiller pour cueillir les miettes de la table.

Mais de là à demander le «leadership» d'Ottawa, il y a un pas que les francophones - peu importe qu'ils soient Québécois, Canadiens français ou Acadiens - ne doivent pas franchir. Demander au gouvernement de la majorité anglo-canadienne d'exercer un leadership en matière de francophonie n'a absolument aucun sens. Tant qu'à y être, pourquoi ne pas confier l'avenir de la recherche en français à Michael Rousseau ou Mary Simon?

Quêter? Oui, s'il le faut, tant qu'on est coincé dans cette fédération à sens unique. Mais faisons-le en assumant notre identité de quêteux, d'humiliés, de minoritaires sans pouvoir décisionnel. Ne nous berçons pas d'illusions sur la nature de la démocratie Canadian. Peut-être pourrait-on commencer par cesser de participer à ces groupes «consultatifs» qui ne font que retarder des décisions identitaires urgentes…

Pour avoir le droit de décider, nous devons être majoritaires. Où sommes-nous majoritaires? Au Québec. Que faut-il faire pour récupérer les millions en recherche scientifique entre les mains de la majorité anglo-canadienne? Pas besoin de faire un dessin...

samedi 16 mai 2026

Du sang à la une? Non. Du sang sur la une...

16 mai 2026...

capture d'écran de Reporter sans frontières


Cueillir un journal papier à la porte, tôt le matin, constitue pour moi un geste sacré. Parce que j'ai été journaliste et que j'ai toujours l'encre dans mon sang? Oui, sans doute. Mais il y a plus. Cette compilation quotidienne de nouvelles, de chroniques et de commentaires nous est transmise par une armée d'artisans de l'information. Elle est au coeur de nos démocraties qui, sans presse libre, étouffent.

Depuis toujours, les journalistes foncent dans les murs et les défoncent pour renseigner le public. Mais aujourd'hui, leur univers médiatique est attaqué et menace de crouler sous les coups de boutoir de régimes autoritaires, d'étranglements financiers, de concentrations entre les mains de l'oligarchie des riches et puissants, d'indifférence des élus, de l'envahissement de l'IA... et, plus souvent qu'on pense, de la violence.

Reporters sans frontières vient de dévoiler son Classement mondial de la liberté de presse (voir lien en bas de page) et il y a beaucoup de sang sur la une. «Les journalistes sont toujours tués ou emprisonnés en raison de leur travail, précise RSF, mais les tactiques de prédation de la liberté de la presse se muent: c'est aussi le journalisme qui se meurt, asphyxié par une parole politique hostile aux reporters, fragilisé par une économie des médias en berne et pressurisée par l'instrumentalisation de lois contre la presse.»

En 2025, selon l'organisation, 67 journalistes ont été tués en raison de leur métier à travers le monde: près de la moitié sous les balles israéliennes à Gaza, une brochette d'autres assassinés par le crime organisé au Mexique. Ce chiffre est conservateur; d'autres groupes le situent à plus de 120 morts. RSF fait aussi état de 503 journalistes emprisonnés ou tenus en otage dans 47 pays du monde (Russie, Chine, Birmanie, etc.). Les journalistes ont de tout temps été détestés par les dictateurs et les criminels. «Voilà où mène la haine des journalistes, voilà où mène l'impunité», de dire Anne Bocandé, directrice éditoriale de Reporters sans frontières.

En se fondant sur les indicateurs qui permettent de mesurer l'état de la liberté de la presse dans le monde (économique, légal, sécuritaire, politique et social), RSF conclut que «le score moyen de l'ensemble des pays du monde n'a jamais été aussi bas. Plus de la moitié des pays du monde sot en situation "difficile" ou "grave" pour la première fois dans l'histoire du classement - soit de puis 25 ans». Les États-Unis, notamment, perdent sept places et chutent au 64e rang mondial. On sait pourquoi avec les attaques incessantes de Trump et de sa bande contre les médias qui osent le critiquer...

Une statistique frappante qui ne devrait laisser personne indifférent. RSF affirme qu'en 2002, environ «20% de la population mondiale vivait dans un pays où la situation de la presse était perçue comme "bonne". Vingt-cinq ans plus tard, moins de 1% de la population mondiale bénéficie de cette bonne situation». Le Canada n'y est plus, même si - à la 20e place mondiale - il se porte encore mieux que tous les autres pays d'Amérique. Qu'en sera-t-il dans cinq ou dix ans au rythme où déclinent nos médias traditionnels et où l'Internet étouffe sous la désinformation humaine et numérique (IA)?

Ce matin, je pense au mérite des journalistes d'ici, qui continuent de piocher pour nous informer en dépit des coupes budgétaires, de la disparition du papier, de la fragmentation des auditoires dans la jungle de l'Internet. Je salue encore davantage l'héroïsme des reporters qui enfilent des vestes pare-balles pour documenter les conflits armés ou enquêter sur les cartels de la drogue. Sans leur sueur et leur sang sur la une de nos journaux, notre démocratie s'écroule. Elle titube déjà...

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Classement mondial de la liberté de presse - https://rsf.org/fr/classement


vendredi 15 mai 2026

PSPP espionné? Bien sûr!

15 mai 2026...



Paul St-Pierre Plamondon et le Parti québécois espionnés par le SCRS ou la GRC? Mais bien sûr! À toutes les vierges offensées qui présument de l'innocence fédérale et à tous les psychiatres amateurs voudraient y voir du délire ou un complexe de persécution, je dirais d'abord: renseignez-vous sur les mauvais coups et les illégalités commises par Ottawa contre les indépendantistes depuis les années 1960. Si le passé est garant du présent, la méfiance est tout à fait justifiée.

Mais je leur dirais aussi. Tentez de voir les choses du point de vue de Mark Carney, ou des ministres dont le mandat touche à la sécurité du pays ou l'identité canadienne. Vous avez devant vous la résurgence d'un parti qui est passé à un cheveu près de casser la fédération avec son projet de souveraineté en 1995. Les sondages ne favorisent pas une victoire du Oui (pour le moment) mais laissent croire à la possibilité d'un gouvernement péquiste après octobre 2026. Que faites-vous?

Il est hors de question d'attendre les bras croisés ou d'espérer que les réalisations et les promesses du gouvernement fédéral attirent, sans aide, une majorité de Québécois au camp du Non. Carney n'a pas hésité à passer immédiatement aux menaces avec les Albertains qui, affirme-t-il, devront respecter la loi fédérale sur la clarté référendaire ou voir leur démarche de souveraineté annulée. Le précédent est donc créé. Il doit prendre la même position face au Québec.

Le problème, c'est que l'Assemblée nationale a adopté en 2000 sa Loi 99 affirmant que le Québec peut décider seul de son avenir politique et constitutionnel, quoiqu'en dise la loi fédérale sur la clarté. Les députés fédéraux auront beau juger que la question référendaire n'est pas assez claire, ou qu'une majorité de 50% +1 ne suffit pas, le gouvernement québécois ne tiendra pas compte de l'avis d'Ottawa. Que fera alors le gouvernement canadien? Porter l'affaire en Cour suprême, devant ses propres juges, en invoquant la Charte des longs couteaux de 1982, adoptée contre la volonté du Québec? Cul-de-sac total!

Carney a fait de l'unité canadienne son cheval de bataille: UNE économie, UNE identité canadienne, UN Canada fort, UN gouvernement qui lance et contrôle de grands projets «nationaux». Enfin, vous comprenez. Devant une nouvelle menace de sécession du Québec qui risque de torpiller sa mission et le Canada du même coup, face à un parti (le PQ) qui refuse toute intervention fédérale en matière d'autonomie référendaire, Mark Carney n'a pas une tonne d'options. Ou il fait comme Trudeau père en octobre 1970 en invoquant la Loi des mesures d'urgence (enfant illégitime des mesures de guerre) et en sortant l'artillerie lourde des casernes militaires pour envahir le Québec, ou il choisit la lutte politique en utilisant TOUS les atouts à sa disposition.

Vous conviendrez que pour peaufiner la meilleure stratégie, il devra être le mieux informé possible des agissements et plans de «l'ennemi», déjà coupable aux yeux du Canada anglais de subversion et de trahison. Difficile à croire qu'il n'aura pas recours au SCRS, l'agence canadienne d'espionnage, pour étoffer son carnet de lutte. Aux dires même du site Web du Gouvernement du Canada, «les enquêteurs du SCRS utilisent diverses méthodes pour collecter des informations sur les personnes et les groupes dont les activités pourraient représenter une menace pour la sécurité nationale».

Le projet d'indépendance du Québec est-il une «menace pour la sécurité nationale»? Sans aucun doute. C'est LA menace. L'existence du pays est en jeu. Pour arriver à ses fins, le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) a de larges pouvoirs pouvant le mener bien au-delà des «sources ouvertes» comme les médias. Les enquêteurs peuvent interroger des gens, infiltrer des groupes et même «intercepter des communications». J'imagine que dans certaines circonstances, la GRC pourrait même mettre l'épaule à la roue.

Du point de vue anglo-canadien, il serait impensable de ne pas pousser jusqu'à la limite, et un peu au-delà, un réseau d'espionnage en règle contre ceux et celles qui veulent briser leur pays. Si on n'agit pas ainsi et que les indépendantistes sortent victorieux de leur référendum, les tacticiens fédéraux seront écartelés sur la place publique. Je ne crois pas que Mark Carney et sa garde rapprochée soient des imbéciles. Ils prendront les moyens nécessaires, légaux ou pas, pour préserver l'unité du pays. Y compris espionner.

Paul St-Pierre Plamondon le sait. Lui non plus n'est pas un imbécile. La campagne référendaire vient de démarrer et ça ne va pas bien pour le camp du Oui. Mais attention. Une étincelle suffit parfois pour tout changer. Si, à quelques mois du référendum, vers 2030, les sondages donnent le Oui en avance, le SCRS, la GRC et l'armée seront sur un pied d'alerte et les dirigeants du PQ seraient bien avisés de trouver des tas de cages de Faraday... Les patrons des services de renseignement du Canada auront le pied à fond sur l'accélérateur.

Mark Carney n'aura pas le choix s'il est toujours premier ministre... Son successeur non plus... On n'est plus en 1837, mais...

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«Quand les bulldozers d'octobre entraient dans les maisons...
à cinq heures du matin» (poème de Gérard Godin sur la nuit des mesures de guerre, 16 octobre 1970)

jeudi 14 mai 2026

Hors Québec, le français devient inutile...

14 mai 2026...

capture d'écran du site Web ONFR-TFO, 13 mai 2026


Je suis né et j'ai grandi en Ontario. À Ottawa. J'ai compris très vite, dès l'enfance, le sens pratique du mot bilinguisme dans mon petit quartier franco-ontarien. Être bilingue, c'était avoir le droit de parler français entre francophones, et l'obligation de parler anglais aux anglophones. Je regarde ce qui se passe en 2026 et à l'extérieur du Québec, et à bien des égards, les choses ont peu changé.

Sauf pour la péninsule acadienne ou le Madawaska au Nouveau-Brunwick, et quelques îlots dans l'Est et le Nord ontariens, les francophones hors Québec sont bilingues dans une proportion dépassant les 90%. Ils comprennent l'anglais, s'en servent tous les jours. Pour la plupart, ils acceptent de communiquer en anglais même quand ils ont le droit de s'exprimer en français.

La conséquence, c'est que la langue française devient plus ou moins inutile en société quand tous les francophones (ou presque) ont la capacité de fonctionner en anglais. À la longue, à l'usure, ils cessent de réclamer leurs droits ou d'exprimer leurs préférence pour le français, ou pire, s'en excusent. Et les anglophones, déjà habitués à vivre en anglais seulement, en profitent pour accentuer l'érosion de ce qui reste du «bilinguisme»...

Au cours des derniers jours, j'ai cueilli dans les médias quelques nouvelles qui en font la démonstration: Mélanie Joly qui s'excuse de dire quelques mots en français, les fédéraux qui offrent des contrats en anglais seulement à Ottawa, l'abandon du français comme langue de travail au Collège militaire royal, le refus d'appliquer le régime linguistique bilingue dans les entreprises de compétence fédérale hors Québec, l'obligation de stages en anglais pour les étudiantes francophones en sciences infirmières à Sudbury.

Voici les renvois:

1. Dans la région d'Ottawa, la Commission de la capitale nationale (celle du Canada) met de côté les appels d'offres en français pour des travaux de moins de 250 000 $ quand la traduction vers le français du texte original en anglais risque d'occasionner des délais.


2. Le Collège militaire royal du Canada à Kingston (Ontario) change sa politique de bilinguisme et désigne l'anglais comme langue de travail principale au sein de l'administration.

Voir le texte de Pascal Vachon sur le réseau ONFR-TFO:

3. L'Université Laurentienne de Sudbury régularise officiellement l'obligation pour les étudiantes francophones en sciences infirmières de suivre des stages qui, même dans des institution soi-disant bilingues, se font essentiellement en anglais.

Voir le texte de Sébastien Pierroz sur le site Web Le Droit :

4. En Ontario, la ministre fédérale Mélanie Joly s'excuse auprès de ses interlocuteurs de quitter l'anglais pour quelques secondes, question de dire le boniment obligatoire dans la langue de Molière, avant de revenir à la langue d'usage du Canada...

Voir le discours sur YouTube:

5. Ottawa édicte de nouvelles règles linguistiques pour les entreprise privées de compétence fédérale mais ne fait rien pour les faire respecter, sauf attendre les plaintes des francophones suffisamment ulcérés pour porter plainte...

Voir le texte de Pascal Vachon sur le réseau ONFR-TFO:

La morale de cette histoire, c'est qu'à l'extérieur du Québec, seul l'anglais est vraiment essentiel. On en vit les conséquences et on doit en tirer les enseignements qui s'imposent. Il faut faire en sorte qu'au Québec, seul le français soit essentiel, même pour les anglos. L'unilinguisme français doit être la règle. Partout.

Aux anglophones du Québec, je souhaite l'expérience du bilinguisme telle qu'on me l'a apprise à Ottawa, en Ontario. Inversée, cependant. Ainsi, pour les Anglo-Québécois, le bilinguisme deviendra le droit de communiquer en anglais entre anglophones, et l'obligation de communiquer en français avec la majorité francophone et les institutions d'un État français, espérons-le, souverain.

mercredi 13 mai 2026

Francophonie à l'Université d'Ottawa... Encore des platitudes...

13 mai 2026...

capture d'écran du communiqué de l'Université d'Ottawa


Le 13 juin 2025, il y a près d'un an, Julie Cafley (alors directrice générale de Catalyst Canada), a salué dans la Section Idées du quotidien Le Devoir la nomination de Marie-Ève Sylvestre au poste de Rectrice et Vice-chancelière de l'Université d'Ottawa. Son texte louangeur était coiffé du titre Une première historique pour la francophonie et pour les femmes (voir lien en bas de page).

Aujourd'hui, 13 mai 2026, Mme Sylvestre annonce la nomination de Julie Cafley au nouveau poste de Vice-rectrice à la francophonie et aux relations externes et communautaires de l'Université d'Ottawa. Selon le communiqué officiel, Mme Cafley s'est démarquée parmi les «nombreuses candidatures remarquables» au cours d'un «processus rigoureux». Tout indique cependant que la rectrice a trouvé une âme soeur qui, de plus, connaît bien l'institution, ayant oeuvré comme chef de cabinet de deux anciens recteurs (on ne dit pas lesquels).

Le site Web de l'université ottavienne précise que son mandat l'amènera à s'intéresser en priorité aux «principaux enjeux relevés par les francophones dans les diverses sphères de la vie, des études et du travail en français sur le campus». Les grands objectifs ont été définis en 2018 dans un rapport intitulé Renouveau de la francophonie à l'Université d'Ottawa (voir illustration ci-dessous).
Clairement, huit ans plus tard, ces objectifs n'ont pas été atteints. La proportion d'étudiants de langue française, jadis majoritaire, stagne autour de 30%. La gouvernance de la francophonie à l'Université reste entre les mains d'une administration complice d'un bilinguisme anglo-dominant. La présence et le rayonnement de la francophonie sur le campus est au mieux anémique. Quant à la «mission francophone» de l'institution, il doit être difficile de la communiquer aux «publics cibles» (lesquels?) quad on n'atteint même pas ses propres cibles à l'interne.

Quoiqu'il en soit, l'annonce d'une nouvelle vice-rectrice qu'on dit «créative, stratégique et profondément engagée» semble porteuse d'espoir. On se dit que l'Université prend enfin la situation du français au sérieux (Mme Sylvestre s'y était engagée) et que le temps d'une action énergique approche. Alors on cherche dans le communiqué de l'Université d'Ottawa des engagements fermes et précis liés à cette nomination prestigieuse, et on n'en trouve pas! C'est, pour tout dire, un tas de platitudes du genre que l'IA régurgiterait après avoir mangé une bio, quelques textes d'info et des citations soigneusement fabriquées.

Vous voulez un exemple? Voici!

La citation suivante (la seule de Mme Cafley) est tirée du communiqué de l'Université d'Ottawa. Mme Cafley affirme: «Je reviens à l’Université d’Ottawa avec une conviction profonde: la francophonie se construit dans l’écoute, les relations et les partenariats. Ensemble, avec nos communautés, nous bâtirons des ponts et renforcerons le sentiment d’appartenance afin de faire avancer une francophonie inclusive, ancrée dans l’équité et tournée vers l’avenir.» Quoi?

Elle parle d'écoute, alors que tout a été dit et redit depuis des décennies. Elle évoque des relations et des partenariats. Bien oui, c'est évident. Ça se fait déjà. «Ensemble, avec nos communautés», une autre formulation vide de sens. Bâtir des ponts, renforcer le sentiment d'appartenance? Personne ne brûle des ponts. Quant au sentiment d'appartenance, expliquez-moi ce que cela signifie.

Mais le clou, c'est «faire avancer une francophonie inclusive, ancrée dans l'équité et tournée vers l'avenir». Quelle horreur. Ça mange quoi en hiver, une francophonie «inclusive»? Une francophonie sans discrimination, ou quelque chose du genre? Y'a là un message caché? On y revient tout de suite en la voulant «ancrée dans l'équité». La francophonie actuelle serait inéquitable? Quant à «tournée vers l'avenir», on a vu cette formulation trop souvent comme rejet du passé et des «vieilles chicanes» entre anglophones et francophones. Il y a là des relents de l'affaire Lieutenant-Duval...

Il n'y a rien dans le communiqué sur le triste état du français, les doléances de la population étudiante de langue française, ou les priorités d'action pour remédier aux carences les plus flagrantes. On ajoute à la fin une citation de Madeleine Meilleur, ancienne ministre ontarienne des Affaires francophones et l'une des artisanes du sabotage du projet original d'université franco-ontarienne en 2015. Mme Meilleur se réjouit que Julie Cafley ait «une connaissance approfondie de la communauté franco-ontarienne». J'ai eu beau chercher, je n'ai pas trouvé sur le Web de référence aux antécédents franco-ontariens de la nouvelle vice-rectrice. Si elle connaît bien l'Ontario français, ce n'est pas évident ici. D'ailleurs, selon Mme Sylvestre, son expertise est ailleurs.

On ajoute enfin une citation de Dominic Giroux, PDG de l'hôpital Montfort d'Ottawa, seul hôpital universitaire de langue française en Ontario et étroitement associé avec l'Université d'Ottawa. Il se réjouit bien sûr de son partenariat avec la faculté de médecine, sachant sans doute que Mme Cafley deviendra un interlocuteur, mais l'apport de M. Giroux ne concerne en rien la situation du français sur le campus ou la gouvernance francophone de l'Université. 

J'aimerais bien savoir de quels recteurs Mme Cafley a été chef de cabinet. J'espère que ce n'est pas Jacques Frémont, qui s'est révélé ennemi des francophones dans l'affaire Lieutenant-Duval, ou Allan Rock, qui a combattu bec et ongles le projet initial d'université de l'Ontario français où l'ensemble des programmes français de l'Université d'Ottawa aurait été placé sous gouvernance francophone. Vous n'avez pas besoin d'une nouvelle université franco-ontarienne, avait-il déclaré en 2014. Vous l'avez déjà, votre université: c'est l'Université d'Ottawa. C'était effronté, mais ses propos ont passé comme un couteau dans le beurre et douze ans plus tard, l'immense majorité des étudiants universitaires franco-ontariennes fréquentent toujours des institutions bilingues anglo-dominantes. Principalement... l'Université d'Ottawa.

Nous ne sommes vraiment plus à l'heure des platitudes...

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Lien au texte de Julie Cafley dans Le Devoir du 13 juin 2025 - https://www.ledevoir.com/opinion/idees/890710/idees-premiere-historique-francophonie-femmes

mardi 12 mai 2026

Victoria contre les Patriotes.....

12 mai 2026...

Drapeau des Patriotes à Saint-Denis-sur-Richelieu


S'il faut trouver le jour de l'année qui marque l'opposition la plus fondamentale entre le Québec et le Canada, mon choix se porterait sur le lundi avant le 25 mai (c'est le 18 mai en 2026). Partout au Canada anglais, cette journée s'appelle la Fête de Victoria (la reine, s'entend) et a pour but de célébrer «l'anniversaire du souverain». Au Québec, on y fête la Journée nationale des Patriotes, ceux-là mêmes qui se sont rebellés contre la monarchie répressive de Victoria en 1837-1838.

À preuve, le gouvernement québécois vient d'honorer comme «personnages historiques» le médecin patriote Jean-Olivier Chénier, tombé sous les balles britanniques en 1837 à St-Eustache, et les patriotes cruellement pendus en 1838-1839 par des militaires au service de la Reine Victoria et de son empire. Pendant qu'à Ottawa et ailleurs au pays, on rend hommage à la mémoire de Victoria et de ses habits rouges, au Québec on commémore l'héroïsme de ses victimes!

Alors que le Canada anglais souligne toujours l'allégeance au monarque, les élus québécois veulent «abolir le lien entre l'État du Québec et la monarchie britannique» (voir image ci-dessous). 

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capture d'écran du Devoir du 27 mai 2025

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Sur le site officiel du ministère québécois de la Culture, on peut lire: «La Journée nationale des patriotes honore la mémoire des patriotes qui ont lutté (en 1837-38) pour la reconnaissance nationale du peuple québécois, sa liberté politique et l'obtention d'un système de gouvernement démocratique». De nombreuses célébrations ont lieu à travers le Québec, et le drapeau tricolore vert-blanc-rouge est bien en évidence, même sur des édifices publics.

Sur le site officiel des «journées importantes et commémoratives» du gouvernement canadien, on ne parle que de la Fête de Victoria. Aucune référence à la Journée nationale des patriotes, pourtant essentielle si l'on veut comprendre l'évolution vers la démocratie au Québec et dans l'ensemble du Canada. Ottawa feint d'ignorer que le Haut-Canada (Ontario) a aussi eu ses rebelles en 1837-38 et que certains d'entre eux ont été pendus par l'armée de Victoria...

Il n'y a que deux autres «journées importantes et commémoratives» en mai au calendrier du gouvernement du Canada: la Journée du patrimoine néerlandais (5 mai) et la Journée internationale contre l'homophobie, la transphobie et la biphobie (17 mai). Et pour tourner le fer dans la plaie, on célèbre toujours la Journée Sir John A. Macdonald le 11 janvier. Heureusement on inclut La Saint-Jean-Baptiste le 24 juin, sans toutefois mentionner qu'il s'agit de la Fête nationale du Québec.

On indique par ailleurs que mars est le Mois du patrimoine irlandais. C'est aussi le Mois de la francophonie, mais vous ne le trouverez pas dans la liste fédérale... Le gouvernement canadien mentionne cependant le Mois du patrimoine hindou (novembre), le Mois du patrimoine libanais (novembre), le Mois du patrimoine allemand (octobre), le Mois canadien de l'histoire islamique (octobre), le Mois du patrimoine latino-américain (octobre), le Mois du patrimoine polonais (mai), et j'en passe... etc... etc...

J'ai scruté la liste fédérale et déniché une journée commémorative qui pourrait servir à honorer les Patriotes: le 23 juin, Journée nationale du souvenir des victimes de terrorisme. Les troupes britanniques qui ont brûlé des villages, pillé des demeures, violé des femmes et pendu nos patriotes étaient auteurs d'actes terroristes. Les anciens Québécois du Bas-Canada qui ont goûté à la médecine des troupes de Victoria étaient des victimes de terrorisme!


lundi 11 mai 2026

C'est-y assez «clair»?

11 mai 2026...



Mark Carney s'adressait aux cowboys «séparatistes» de l'Ouest, mais son message visait tout autant les Québécois quand il a affirmé, la semaine dernière, que les règles établies par la Loi fédérale de clarification (clarté référendaire) devront être suivies à la lettre si un référendum sur la sécession de l'Alberta finit par avoir lieu.

Le premier ministre canadien sait que le mouvement indépendantiste albertain ne constitue pas une menace sérieuse à l'unité du pays. Le mécontentement là-bas est réel mais ne repose aucunement sur l'affirmation d'une identité «nationale» de l'Alberta. La rancune est idéologique, en provenance de la droite du spectre politique. Cette poussée autonomiste ne sera jamais majoritaire.

La situation du Québec est toute autre. Au dernier référendum, une forte majorité de francophones a voté oui et n'eut été des anglos et anglicisés, l'indépendance de la nation québécoise serait chose faite depuis 30 ans. Ottawa a eu la frousse en 1995 et pris depuis ce temps les moyens jugés nécessaires pour empêcher cette récidive que la Constitution des longs couteaux de 1982 n'avait pas réussi à éviter.

Le gouvernement Chrétien a soumis la dynamique d'une sécession possible du Québec à sa Cour suprême, s'attendant à renforcer ses armes politiques et constitutionnelles. Mais ses propres chiens de garde judiciaires lui ont mordu la main avec une conclusion tout à fait inattendue dans leur Renvoi sur la sécession de 1998: «Le rejet clairement exprimé par le peuple du Québec de l'ordre constitutionnel existant conférerait clairement légitimité aux revendications sécessionnistes», obligeant Ottawa à «respecter cette expression de la volonté démocratique en engageant des négociations».

Après leur indigestion, Jean Chrétien et son ministre des Affaires intergouvernementales Stéphane Dion ont régurgité en l'an 2000 une réplique effrontée: une loi donnant au fédéral le droit exclusif de juger de la «clarté» de toute nouvelle question référendaire québécoise, et aussi, le droit de définir ce qui constitue une majorité suffisamment «claire» pour reconnaître une victoire sécessionniste. Une loi cadenas!

L'Assemblée nationale du Québec, sous Lucien Bouchard, a répondu du tac au tac, la même année, avec la bouche de ses canons. La Loi 99 disait clairement à Ottawa de se mêler de ses affaires:


À cette déclaration de principe s'ajoutait une disposition décrétant que la majorité «claire» à un référendum serait de 50% + 1. Cette loi, déclarée valide par les tribunaux, a pour effet d'invalider la loi Chrétien-Dion, du moins en ce qui concerne le Québec. Si l'Alberta ne s'est pas donné sa propre Loi 99, cependant, un bras de fer est à prévoir entre les séparatistes western et les fédéraux d'Ottawa sur le libellé de leur question référendaire et sur la définition d'une majorité acceptable. Ça va être rigolo.

Sauf que Mark Carney, lui, est tout sauf rigolo... Il ne plaisante pas quand vient le temps de bâtir UNE économie canadienne, UNE identité canadienne, UN Canada fort. Et il a désormais sa majorité aux Communes. Il piétinera allègrement les compétences provinciales, y compris celles du Québec, pour réaliser ses grands projets politiques, économiques et identitaires. Avec sa Constitution des longs couteaux, ses tribunaux, sa majorité anglo-dominante multiculturelle, rien ne sera laissé au hasard ou à la chance.

Le premier ministre vient d'indiquer à l'Alberta que ses lois provinciales en matière de référendums sont en tutelle. Sans l'approbation de la Chambre des communes, les résultats - peu importe - seront considérés comme nuls. Il doit savoir qu'Edmonton va éventuellement plier devant le rouleau compresseur fédéral. Mais ce qu'il veut surtout, c'est mettre le Québec à genoux. Sa déclaration, rapportée par le Globe and Mail, ne visait pas seulement l'Alberta:


Mark Carney vient de dénoncer très clairement la Loi 99, ce qui fera sans doute plaisir à tous les collabos centralisateurs du Québec, qu'ils siègent aux Communes ou à l'Assemblée nationale. Pour le moment, toute cette bande ne s'énerve pas trop. Les sondages leur sont favorables depuis des années. Et le Parti québécois n'a pas encore gagné l'élection d'octobre prochain. Mais au sein de chaque Québécois de langue française sommeille un souverainiste. Les braises sont plus chaudes que l'on pense et il suffirait d'une étincelle pour rallumer la flamme du Oui.

Qu'attendent les défenseurs du Québec pour envoyer promener Mark Carney? Le silence des milieux officiels à Québec inquiète... Qu'on rappelle aux fédéraux qu'Ottawa a participé aux référendums de 1980 et de 1995 dans le camp du Non. Participer, c'était déjà reconnaître la légitimité du processus, de la majorité à 50% + 1 et du droit du Québec à s'autodéterminer sans ingérence de la majorité anglo-canadienne et de son gouvernement à Ottawa.

dimanche 10 mai 2026

Le combat n'est pas perdu ici, mais au cas où...

10 mai 2026…



Devrait-on commencer à documenter tout de suite l’état du déclin de la langue française au Canada et au Québec pour les chercheurs des prochains siècle, comme ceux des années 1930 l’ont fait pour les anciennes collectivités francophones aux États-Unis, notamment en Nouvelle-Angleterre, au pays des Illinois et en Louisiane?

En relisant les mémoires au Deuxième grand congrès de la langue française tenu à Québec en 1937, je me rends compte des similitudes dans les processus d’anglicisation, peu importe où l’on se trouve. La vie française d’origine devient graduellement bilingue avant que l’affirmation de la dominance de l’anglais réduise ce qui reste du français en créole ou en jargon fait de structures anglaises avec l’occasionnelle expression française.

À preuve l'université Notre-Dame (prononcer aujourd'hui Nôteur-Dayme), anciennement appelée Notre-Dame-du-Lac, fondée vers 1840, la seule «aux États-Unis qui ait reçu un commission française». Depuis l'arrivée de Cavalier de La Salle dans la région de South Bend, en Indiana, en 1679, le pays des Illinois et la Haute-Louisiane avaient été sous l'influence française, et le sont demeurés par endroits (Ste-Geneviève, St-Louis) jusqu'au milieu du 19e siècle.

Aux débuts de l'université Notre-Dame, le français avait été la première langue enseignée mais, de noter l'auteur du mémoire, B.-J. Dubois, de la localité de Notre-Dame (Indiana), «notre langue céda peu à peu sa place à la langue anglaise». Par la suite, on se contenta d'exiger que les étudiants suivent des cours de français pendant quatre ans, et ce, jusque vers 1900. Rendu en 1937, la francophonie se résume à l'existence d'une «Maison française» où les participants parlent, jouent et chantent en français une fois la semaine. On y entendait toujours chanter O Canada et La Marseillaise...

Dans les années 1930, le français était largement réduit à l'état de souvenir, sauf chez les rares personnes assez vieilles pour avoir assisté à l'agonie des anciennes bourgades francophones. Il restait cependant la localité de Vieilles-Mines, dans le Missouri, une anomalie à cause de son isolement. Peu avant le Second conflit mondial, on y dénombrait toujours quelque 600 familles franco-créoles dans la région.

Il s'agit, dit l'auteur, «d'une colonie française peu connue où la langue, les traditions et les coutumes de l'ancienne division administrative au pays des Illinois se sont conservées jusqu'à la génération actuelle». Ces descendants de pionniers canadiens-français ont pu, dit-il, conserver pendant plus d'un siècle et demi des coutumes qui ont disparu depuis longtemps ailleurs. Une des plus charmantes, selon lui, est celle de la Guignolée, qu'on appelle là-bas guillonnée.

Les habitants de Vieilles-Mines avaient appris par cœur les vieilles chansons apportées du Canada au 18e siècle. J.-M. Carrière, d’Evanston, Illinois, en avait recueilli une trentaine sur d’anciens cylindres Ediphone. La langue paraît étrange, écrit-il, parce que la parler populaire y a évolué librement « faute d’influences littéraires qui l’ont empêché de déchoir ». 

Sans école française, sans clergé francophone, entouré partout de collectivités de langue anglaise, « il est donc tout naturel que le vocabulaire se soit appauvri et que la grammaire se soit singulièrement simplifiée ». Et, ajoute-t-il, « l’infiltration anglaise affecte non seulement le vocabulaire en substituant un mot anglais à un mot français mais donne souvent au parler de la région un aspect très étrange en y introduisant des constructions anglaises ». On dira par exemple « tenir ein œil sus lui » (keep an eye on him en anglais)…

Ce travail de documentation offert au congrès de la langue française de 1937 a aujourd’hui une valeur inestimable parce que les humains dont il est question n’existent plus. Or, le processus actuel d’envahissement de l’anglais au Canada hors-Québec et d’infiltration accélérée au Québec n’est pas sans rappeler ce qui s’est passé au sein des collectivités franco-américaines disparues.

Ici au Québec le combat n’est pas perdu mais il s’intensifie. J’ai bon espoir que nous vaincrons en dépit des obstacles mais au cas où… le temps est-il venu de préparer une encyclopédie numérique de notre aventure française de quatre siècles en Amérique du Nord? Cela pourrait servir en 2200 ou en 2300 à ceux et celles qui se demanderont pourquoi il subsiste tant de vestiges visuels d’une ancienne civilisation non anglophone dans le bassin du Saint-Laurent…

samedi 9 mai 2026

Maman avait tout conservé...

9 mai 2026...

Trouvaille en cette veille de la fête des Mères... Faut croire qu'elle pense à moi dans l'au-delà...

Ma mère, Germaine Jubinville-Allard, décédée le jour de son 99e anniversaire (28 juillet 2023), avait conservé des boîtes pleines de souvenirs, y compris une grande enveloppe blanche contenant huit coupures de presse - sept du Droit, une du Ottawa Citizen - où je suis le sujet plutôt que l'auteur. Par crainte de les égarer, ce que je pourrais bien faire, j'ai choisi de les numériser et de les conserver sur mon blogue. Chacune rappelle une époque bien précise...


1. Les deux photos identiques ci-dessus ont été prises en 1968 pour ma collation des grades (bac en science po à l'Université d'Ottawa). Celle de droite annonce que j'ai reçu une bourse de l'Ontario pour poursuivre mes études de maîtrise en fédéralisme canadien et comparé. Celle de gauche a été utilisée au printemps 1969 pour annoncer ma candidature au conseil régional d'Ottawa-Carleton de l'Association canadienne-française de l'Ontario (j'ai été élu le 4 juin, cinq jours avant de devenir journaliste au Droit). Celle du milieu, avec barbe et cheveux longs, annonce ma nomination comme éditorialiste aux affaires québécoises (j'étais franco-ontarien) en 1974. À cette époque, pour accéder à l'équipe éditoriale du Droit, il fallait parader devant le conseil d'administration du journal, où je les avais averti que j'étais socialiste et indépendantiste. Aucun problème, m'a-t-on répondu, à condition que tu respectes la politique éditoriale du journal... ce que je fis.



2. Le début des années 1970, mon époque la plus intense de militantisme syndical. En plus de siéger à l'exécutif syndical des journalistes, j'avais été élu à l'exécutif du Conseil central de l'Outaouais de la CSN avec un de mes collègues du Droit, Norman Dugas. De grands bouleversements ont marqué ces années y compris le douloureux schisme à la CSN en 1972, le premier grand front commun intersyndical du secteur public québécois et l'emprisonnement des chefs syndicaux. À ne pas oublier, la grande manif d'octobre 1971 à Montréal pour sauver La Presse, menacée par Power Corp. Mon souvenir le plus précieux de l'époque syndicale: une caricature de moi dessinée par l'auteur et militant Pierre Vadeboncoeur durant une session du conseil confédéral de la CSN, à Québec je crois.
 

3. Cette bizarre photo de moi, prise en 1973, a été publiée par Le Droit en 2013 à l'occasion du centenaire du journal. L'article portait sur une rencontre genre retrouvailles d'anciens et actuels membres du personnel de la salle de rédaction. La photo elle-même, celle où je tiens deux téléphones, a été prise la nuit durant les négociations en vue du renouvellement de la convention collective des journalistes. Je parlais peut-être aux deux autres membres du comité de négociations mais je n'en suis pas sûr. Il n'y avait pas de Zoom ou de Messenger à l'époque... On utilisait les moyens du bord... Évidemment, les deux autres ne pouvaient parler qu'à moi...


4. Cette photo a été prise et publiée en 2008 ou 2009, peut-être aussi tardivement que 2013, dans le cadre d'un cahier spécial où il était question du fonctionnement des différents services du quotidien. En tout cas, c'était avant qu'on me mette à la porte en mai 2014. On voit, de gauche à droite, Pierre Jury, moi, Adrien Cantin et Guy Badeaux.


5. La plus ancienne des photos conservée dans cette enveloppe par ma maman. elle remonte au mois d'avril 1964, alors qu'un groupe d'étudiants de pré-universitaire de l'Université d'Ottawa avaient décidé de former une équipe dans le cadre d'un tournoi de quilles à Ottawa (5 quilles). Nous avions gagné le tournoi et la photo de la présentation du trophée par un animateur de la station de radio CFRA avait été publiée dans les pages de l'Ottawa Citizen. Je suis au centre à l'arrière, avec lunettes et chemise rayée. À ma gauche (à ma droite quand on regarde la photo), deux de mes bons amis, Pierre Brisson et Pierre de Champlain. Les trois Pierre de l'équipe. Je ne joue plus aux quilles. Si j'essayais de nouveau de m'élancer sur une allée avec une boule, j'ai la certitude absolue que je finirais ma journée à l'urgence d'un hôpital...

Bon voilà. Les souvenirs de ma mère sont sains et saufs dans l'univers numérique. Euh, non pas tous... Maman a aussi conservé dans une grande boîte tous les éditoriaux que j'ai signés au Droit en 1974-75, puis entre 2002 et 2014. Je vais tâcher de ne pas les expédier par erreur au bac de recyclage...