mardi 26 mai 2026

Où sont passés les journalistes?

26 mai 2026...

capture d'écran du site Web Le Devoir



Je ne comprends pas... Où sont passés tous ces journalistes agressifs que j'ai connus jadis, ces journalistes dotés d'un juste dosage de passion, de curiosité et de scepticisme, attachés à l'examen critique de l'information reçue, tenaces au moment de poser toutes les questions nécessaires à une cueillette factuelle exhaustive?

L'accueil bonasse de la presse québécoise au rapport de consultations des OUI Québec sur l'état actuel et l'avenir du Québec m'a poussé à écrire hier un texte critique sur mon blogue (voir lien en bas de page). On avait servi aux scribes médiatiques un plateau d'incomplétudes, un terreau fertile pour une attaque frontale. Qui a rédigé le rapport? Qui a choisi les personnes consultées, et comment? Qui étaient ces personnes et ces groupes? Comment a-t-on compilé les données? Etc.

Si je me fie aux textes de nos grands médias papier et numériques, personne n'a interrogé les porte-parole des OUI Québec sur l'absence d'identification de tous ces acteurs auxquels ils ont tendu le micro. Pire, ce matin le directeur du Devoir, Brian Myles, en page éditoriale, a louangé sans réserve le rapport de consultations, y voyant «une bouffée d'air frais dans le débat sur la question nationale».

Pas un commentaire sur l'anonymat de l'ensemble des personnages cités dans le rapport des OUI Québec. L'absolution sans confession, comme on disait autrefois. De la part d'un ancien président de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ), voilà une attitude incompréhensible. Si des fédéralistes, des péquistes, des caquistes ou des conservateurs avaient agi ainsi, une batterie de journalistes (y compris M. Myles?) auraient immédiatement exigé de connaître l'identité des interlocuteurs consultés pour juger de la crédibilité du rapport.

Ce mardi 26 juillet, ayant sans doute noté le va-et-vient sur cette question dans les médias sociaux, OUI Québec a publié un communiqué de presse (que je n'ai pas trouvé) pour défendre sa décision de ne pas nommer les personnes ou les groupes consultés: «Pour la majorité de ces groupes, cette confidentialité était une condition sine qua non de leur participation à l'exercice en raison des fonds publics dont plusieurs dépendent», indique Le Devoir.

Si cet éclaircissement des OUI Québec ne provoque pas une avalanche de questions de nos troupes de reporters, alors il n'y a plus rien à faire... La liberté de presse, et encore davantage la liberté d'expression, sont en jeu ici. Ce qu'on nous dit, c'est qu'une forte proportion des répondants croient recevoir des fonds publics en retour de leur silence ou de leur neutralité dans les dossiers socio-politiques. Que nos gouvernements achètent le silence des individus et groupes qui viennent s'abreuver au trésor public. Qu'ils ont peur de s'exprimer.

Je peux penser à de dizaines de questions à poser aux porte-parole de OUI Québec et aux gouvernements (fédéral, québécois, municipaux) qui briment ainsi, inconstitutionnellement, la liberté d'expression de leurs citoyens. On ne parle pas ici de secrets d'État. La situation actuelle de notre société et son avenir sont d'intérêt général et seul un débat libre de toute contrainte pourra définir de manière crédible les points de convergence.

Retour à l'éditorial de Brian Myles, qui semble faire totalement confiance aux gens de OUI Québec pour le choix de sa bande d'anonymes. Il accrédite leurs déclarations comme s'il avait lui-même vérifié leur identité et leur crédibilité. «Les répondants ne se reconnaissent pas dans le discours victimaire et le repli identitaire», écrit-il. Qui sont ces répondants? Sais pas. Et qui vise-t-il en évoquant un discours victimaire et un repli identitaire? Je vous laisse deviner. Lisez son texte (voir lien en bas de page).

Il ajoute au paragraphe suivant: «Certains répondants ne sont pas des "crypto-fédéralistes", et encore moins des agents provocateurs, mais des militants qui se sont battus pour le projet de pays dans leur carrière.» Comment peut-il avancer un tel argument quand il ne connaît pas l'identité des répondants qui, apprend-on aujourd'hui, ont trop peur de perdre leur financement pour s'identifier...

M. Myles dirige ensuite quelques salves en direction de Paul St-Pierre Plamondon à partir de commentaires que celui-ci a faits en réunion éditoriale au Devoir où il parlait de nation colonisée et d'un climat de peur historique. Dois-je rappeler au directeur du Devoir que M. Plamondon avait répondu à visage découvert aux questions librement posées. Il n'avait pas envoyé à sa place un porte-parole en exigeant que que l'identité de ce dernier ne soit pas divulguée.

Le chef du PQ a choisi aujourd'hui de ne pas jeter d'huile sur le feu, en affirmant que son parti n'était pas visé par le rapport des OUI Québec. M. Myles ne le voit pas de cette façon, affirmant dans son premier paragraphe que OUI Québec «envoie un puissant signal au Parti québécois et à la Coalition Avenir Québec, deux formations qui nous ont habitués à la surenchère (au chapitre de l'immigration et du vivre-ensemble)»... Je pense qu'ici, M. Myles a tout compris...

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