mercredi 27 mai 2026

Patrimoine bâti du Vieux-Hull: acheter, laisser à l'abandon, démolir...

27 mai 2026...



Vieux Hull 2026... La démolition du patrimoine bâti se poursuit.

Tout y est. L'excellent texte du journaliste Mathieu Bélanger, paru aujourd'hui sur le site Web Le Droit (voir lien en bas de page), résume en quelques paragraphes comment il faut s'y prendre pour transformer des maisons à valeur historique en blocs d'appartements sans âme.

Cette méthode brutale et largement dénuée de scrupules nécessite la complicité, le plus souvent acquise, du conseil municipal de Gatineau. Elle s'emploie depuis longtemps mais jamais je n'en ai vu une telle synthèse. On pourrait l'intituler Mode d'emploi 101.

La stratégie est simple: acquérir des maisons patrimoniales habitées, les laisser à l'abandon, payer ou contester les contraventions municipales, attendre le moment propice où les habitations sont irrécupérables et demander/obtenir un permis de démolition. Étape finale: bâtir un édifice multi-logements sur plusieurs étages et faire beaucoup de fric!

Ça ne marche pas toujours, mais les chances de réussite sont bonnes.

Au tout début de l'article du Droit, la mise en scène du journaliste décrit parfaitement le processus : «Abandonnées depuis plus d'une décennie, huit petites maisons jadis distinctives du développement du coeur de l'île de Hull d'avant 1900 feront bientôt place à un nouvel immeuble qui abritera 99 logements

La ville de Gatineau aurait pu prévenir ces démolitions. Elle ne l'a pas fait. Selon le texte de Mathieu Bélanger, le projet piloté par l'entreprise Boless était planifié depuis très longtemps. Le promoteur avait acheté la première maison de cet ensemble de huit sur les rues Kent et Laval en 2007 puis les autres, jusqu'en 2023. Son intention de les démolir était claire, et son projet immobilier connu de tous.

Mais les élus de Gatineau n'ont jamais protégé le vieux centre-ville francophone contre l'appétit vorace du gouvernement fédéral et des promoteurs immobiliers. Une à une, les maisons allumettes sont tombées sour le pic des démolisseurs. Les tours de logements et de bureaux ont défiguré, et anglicisé, le secteur historique.

Le conseiller municipal du quartier, Steve Moran, avoue: «si on pouvait reculer dans le temps, dit-il, on ferait les choses autrement comme Ville. Les maisons qui sont là (sur les rues Kent et Laval) avaient une valeur patrimoniale. Aujourd'hui, on prendrait des décisions pour leur assurer une meilleure protection. Là, il est clairement trop tard

Sur les huit habitations, sept avaient été construites avant le grand feu de Hull de 1900. Ce sont elles qu'on rasera. Des générations de familles les avaient habitées pendant plus d'un siècle. Du jour au lendemain, elles ont été vendues et laissées à l'abandon. Les contraventions de la ville et les protestations de citoyens n'ont pas empêché les vieilles maisons de se détériorer, victimes d'une négligence volontaire. Le promoteur patient savait qu'un bon matin, son projet verrait le jour.

Les nouvelles résidences ne sont pas conçues pour accueillir des familles ouvrières. Ce sont pour la plupart des studios et des appartements d'une chambre, selon le texte du Droit. Le constructeur a son permis de démolition depuis plus d'un an. Son projet est désormais recommandé par le service municipal de l'urbanisme et le comité consultatif d'urbanisme. Ne manque que l'autorisation finale du conseil municipal, qui ne saurait tarder.

Voilà le mode d'emploi. D'autres entrepreneurs l'ont utilisé auparavant. D'autres s'essaieront à l'avenir, tant qu'il sera possible d'accaparer quelque parcelle survivante du vieux centre-ville de Hull (Gatineau). Au fond, ces bâtisses d'une époque révolue ont peu de chances de survie contre les forces de l'argent qui les cernent.

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