lundi 4 mai 2026

Souvenirs de la série Canadien-Sabres d'avril 1973...

4 mai 2026...

Mon grand-papa Wilfrid Jubinville avec son infirmière sur le toit de l'hôpital Civic, probablement vers 1930.


Victorieux in extremis contre l'ancienne équipe de Martin St-Louis, le Canadien de Montréal entreprend sa deuxième série, cette fois contre les Sabres de Buffalo. Parler de sport sur mon blogue? Non, pas vraiment... Cet affrontement Montréal-Buffalo évoque plutôt des souvenirs de mon grand-père maternel, Wilfrid Jubinville.

J'ai vu pépère pour la dernière fois au vieil hôpital Général des Soeurs Grises, dans la Basse-Ville d'Ottawa, le 11 avril 1973, la veille de sa mort à l'âge de 75 ans. La journée précédente, Buffalo avait vaincu le Canadien en prolongation dans sa série quart de finale. Et mon grand-papa, chaud partisan du CH, même en sachant à l'article de la mort, avait tenu à discuter des performances de son équipe de hockey.

Cet homme aura été l'un des plus impressionnants humains que j'aie connus au cours de mes 80 années sur cette terre. Au début de mai 1929, il y a presque exactement 97 ans, ce briqueteur de 32 ans oeuvrait à la construction d'une école à Ottawa, quand un échafaud de dix mètres de hauteur a cédé, le projetant au sol. Souffrant de multiples fractures aux jambes et à la colonne vertébrale, on ne lui donnait pas de grandes chances de survie.

Je ne sais pas s'il s'agit d'un record, mais sa convalescence à l'hôpital Civic de la capitale a duré sept ans! L'infirmière qui l'a soigné a continué de s'occuper de lui après sa sortie de l'hôpital, et ce, jusque dans les années 1950. Je m'en souviens. L'accident l'a cloué à un fauteuil roulant pour le reste de sa vie. Je revois encore comme si c'était hier cet homme aux bras d'acier et aux jambes inertes, d'une curiosité insatiable doublée d'une patience d'ange.

Il m'avait raconté avoir reçu la visite du frère André à deux reprises, une fois à l'hôpital et la seconde en 1936 à son domicile dans le quartier Mechanicsville d'Ottawa. Le saint homme avait tenté de le convaincre qu'il pourrait quitter son fauteuil roulant s'il croyait en ses capacités de guérison. Faut croire que je n'avais pas assez la foi, m'avait-il dit. Mon grand-papa avait accepté qu'il ne pourrait plus jamais marcher.

Dans ma petite enfance, il construisait des meubles, sa chaise roulante poussée contre une table spéciale de travail. Dans ses moments libres, et Dieu sait qu'il en avait, Wilfrid dessinait des plans de maison pour des architectes, peaufinait son excellente collection de timbres, lisait, jouait aux cartes et jasait avec les passants quand on le roulait jusqu'au perron. Durant l'été, on le transportait au parc Laroche, tout près, où il agissait comme marqueur officiel des matches de baseball.

C'est lui qui m'a initié à un très jeune âge à l'histoire et à la géographie par le biais de sa collection de timbres d'à peu près tous les pays du monde. Quand j'avais noté que les timbres d'Allemagne se vendaient des millions, voire des milliards de marks après la Première Guerre mondiale, il m'avait expliqué les conséquences du Traité de Versailles et l'inflation catastrophique qui avait frappé les vaincus. J'ai appris par lui les noms d'innombrables personnages et chefs d'État dont les visages ornaient un ou plusieurs timbres, ainsi que leur position géographique sur le globe.

Il m'avait vaguement parlé de sa brève carrière militaire durant le premier conflit mondial et je regrette aujourd'hui de ne pas en avoir discuté davantage avec lui. Dans sa fiche d'enrôlement à la Canadian Overseas Expeditionary Force, en anglais seulement bien sûr, son prénom est écrit à l'anglaise, Wilfred. Son adresse à l'époque (avant son mariage) était le 207 rue Water dans la Basse-Ville d'Ottawa. Plus tard on rebaptiserait cette rue Bruyère en l'honneur d'Élisabeth Bruyère, fondatrice des Soeurs grises. Il est mort à l'hôpital des Soeurs, sur sa rue natale, à quelques coins de sa maison d'enfance.

J'entends toujours sa voix, plus de 50 ans après son décès. Cela m'apparaît important, parce que les sons s'effacent plus rapidement de notre mémoire que les images. Quand une personne nous a marqué profondément, sa voix ne s'éteint pas. Je n'entends plus mon grand-papa Joseph Allard, plus distant, moins loquace, qui aurait pourtant pu nous raconter des choses fort intéressantes ayant été l'épicier du quartier et membre du conseil municipal d'Ottawa. Ainsi va la vie.

Alors s'il y a un au-delà, j'ai la conviction que pépère Jubinville suivra de près la série Canadiens-Sabres autour d'un bon café céleste avec les fantômes du Forum. Quant à moi, je penserai à lui, à l'occasion, en espérant que le CH soit victorieux en six matches, comme à sa première série contre les Sabres en avril 1973. Et après avoir vaincu Buffalo, le Canadien avait gagné la coupe Stanley...




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