vendredi 15 mai 2026

PSPP espionné? Bien sûr!

15 mai 2026...



Paul St-Pierre Plamondon et le Parti québécois espionnés par le SCRS ou la GRC? Mais bien sûr! À toutes les vierges offensées qui présument de l'innocence fédérale et à tous les psychiatres amateurs voudraient y voir du délire ou un complexe de persécution, je dirais d'abord: renseignez-vous sur les mauvais coups et les illégalités commises par Ottawa contre les indépendantistes depuis les années 1960. Si le passé est garant du présent, la méfiance est tout à fait justifiée.

Mais je leur dirais aussi. Tentez de voir les choses du point de vue de Mark Carney, ou des ministres dont le mandat touche à la sécurité du pays ou l'identité canadienne. Vous avez devant vous la résurgence d'un parti qui est passé à un cheveu près de casser la fédération avec son projet de souveraineté en 1995. Les sondages ne favorisent pas une victoire du Oui (pour le moment) mais laissent croire à la possibilité d'un gouvernement péquiste après octobre 2026. Que faites-vous?

Il est hors de question d'attendre les bras croisés ou d'espérer que les réalisations et les promesses du gouvernement fédéral attirent, sans aide, une majorité de Québécois au camp du Non. Carney n'a pas hésité à passer immédiatement aux menaces avec les Albertains qui, affirme-t-il, devront respecter la loi fédérale sur la clarté référendaire ou voir leur démarche de souveraineté annulée. Le précédent est donc créé. Il doit prendre la même position face au Québec.

Le problème, c'est que l'Assemblée nationale a adopté en 2000 sa Loi 99 affirmant que le Québec peut décider seul de son avenir politique et constitutionnel, quoiqu'en dise la loi fédérale sur la clarté. Les députés fédéraux auront beau juger que la question référendaire n'est pas assez claire, ou qu'une majorité de 50% +1 ne suffit pas, le gouvernement québécois ne tiendra pas compte de l'avis d'Ottawa. Que fera alors le gouvernement canadien? Porter l'affaire en Cour suprême, devant ses propres juges, en invoquant la Charte des longs couteaux de 1982, adoptée contre la volonté du Québec? Cul-de-sac total!

Carney a fait de l'unité canadienne son cheval de bataille: UNE économie, UNE identité canadienne, UN Canada fort, UN gouvernement qui lance et contrôle de grands projets «nationaux». Enfin, vous comprenez. Devant une nouvelle menace de sécession du Québec qui risque de torpiller sa mission et le Canada du même coup, face à un parti (le PQ) qui refuse toute intervention fédérale en matière d'autonomie référendaire, Mark Carney n'a pas une tonne d'options. Ou il fait comme Trudeau père en octobre 1970 en invoquant la Loi des mesures d'urgence (enfant illégitime des mesures de guerre) et en sortant l'artillerie lourde des casernes militaires pour envahir le Québec, ou il choisit la lutte politique en utilisant TOUS les atouts à sa disposition.

Vous conviendrez que pour peaufiner la meilleure stratégie, il devra être le mieux informé possible des agissements et plans de «l'ennemi», déjà coupable aux yeux du Canada anglais de subversion et de trahison. Difficile à croire qu'il n'aura pas recours au SCRS, l'agence canadienne d'espionnage, pour étoffer son carnet de lutte. Aux dires même du site Web du Gouvernement du Canada, «les enquêteurs du SCRS utilisent diverses méthodes pour collecter des informations sur les personnes et les groupes dont les activités pourraient représenter une menace pour la sécurité nationale».

Le projet d'indépendance du Québec est-il une «menace pour la sécurité nationale»? Sans aucun doute. C'est LA menace. L'existence du pays est en jeu. Pour arriver à ses fins, le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) a de larges pouvoirs pouvant le mener bien au-delà des «sources ouvertes» comme les médias. Les enquêteurs peuvent interroger des gens, infiltrer des groupes et même «intercepter des communications». J'imagine que dans certaines circonstances, la GRC pourrait même mettre l'épaule à la roue.

Du point de vue anglo-canadien, il serait impensable de ne pas pousser jusqu'à la limite, et un peu au-delà, un réseau d'espionnage en règle contre ceux et celles qui veulent briser leur pays. Si on n'agit pas ainsi et que les indépendantistes sortent victorieux de leur référendum, les tacticiens fédéraux seront écartelés sur la place publique. Je ne crois pas que Mark Carney et sa garde rapprochée soient des imbéciles. Ils prendront les moyens nécessaires, légaux ou pas, pour préserver l'unité du pays. Y compris espionner.

Paul St-Pierre Plamondon le sait. Lui non plus n'est pas un imbécile. La campagne référendaire vient de démarrer et ça ne va pas bien pour le camp du Oui. Mais attention. Une étincelle suffit parfois pour tout changer. Si, à quelques mois du référendum, vers 2030, les sondages donnent le Oui en avance, le SCRS, la GRC et l'armée seront sur un pied d'alerte et les dirigeants du PQ seraient bien avisés de trouver des tas de cages de Faraday... Les patrons des services de renseignement du Canada auront le pied à fond sur l'accélérateur.

Mark Carney n'aura pas le choix s'il est toujours premier ministre... Son successeur non plus... On n'est plus en 1837, mais...

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«Quand les bulldozers d'octobre entraient dans les maisons...
à cinq heures du matin» (poème de Gérard Godin sur la nuit des mesures de guerre, 16 octobre 1970)

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