3 mai 2026...
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| Capture d'écran de Statistique Canada, 3 mai 2026 |
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Demain, 4 mai 2026, c'est le démarrage officiel du recensement quinquennal du Canada. Au cours des prochains jours, tous les ménages du Québec et du Canada recevront une lettre les invitant à participer au recensement, avec des instructions sur la façon de remplir le formulaire, sur papier ou en ligne.
Pour le Québec, ce recensement sera sûrement le plus important depuis que cette collecte de données existe. Le précédent recensement, celui de 2021, avait permis de chiffrer l'accélération alarmante du déclin du français partout au pays, y compris au Québec. Or, l'évolution de la situation au cours des cinq dernières années laisse croire que nous sommes en voie de passer du déclin accéléré à la catastrophe.
Au-delà de la variété de renseignements démographiques et socio-économiques, les données linguistiques du recensement sont toujours les plus attendues, du moins pour les francophones. Elles permettent de mesurer avec une grande précision la connaissance du français et de l'anglais, la langue maternelle et surtout, la langue la plus souvent parlée à la maison (langue d'usage).
La hausse rapide du taux de bilinguisme chez les Franco-Québécois atteint déjà des seuils critiques. Au Canada et au Québec, le phénomène se vérifie: plus la proportion de francophones bilingues augmente, plus les transferts linguistiques vers l'anglais s'intensifient. Hors Québec, là où 90% ou plus des Franco-Canadiens connaissent et utilisent aussi l'anglais, souvent de façon prépondérante, les taux d'assimilation dépassent souvent les 50%.
Au Québec, selon les données du recensement de 2021, environ 40% des francophones étaient bilingues, mais les jeunes générations de francophones connaissent l'anglais dans des proportions beaucoup plus élevées. Pour le groupe des 15 à 29 ans, le taux global de bilinguisme au Québec dépasse déjà les deux tiers. Dans certaines régions - île de Montréal, Laval, Gatineau - le point de bascule est quasi atteint.
L'ancien commissaire aux langues officielles Graham Fraser avait écrit dans son dernier rapport que le bilinguisme canadien reposait sur l'existence de deux grandes majorités unilingues, une francophone au Québec, une anglophone partout ailleurs. Quand l'immense majorité des francophones sera bilingue, le français n'aura aucune utilité. Voici pour votre information deux points de repère: en 1941, près de 20% de la population du Canada était unilingue française. En 2021, c'est autour de 11%. À moins de 10% - peut-être dès 2026 - le français sera de plus en plus perçu comme une langue marginale.
Les indices langue maternelle et langue d'usage seront aussi scrutés à la loupe. Ces facteurs sont utilisés par Statistique Canada dans l'élaboration de sa PLOP (première langue officielle parlée), avec laquelle elle détermine le nombre «officiel» de francophones. Les minorités canadiennes-françaises et acadiennes hors-Québec attendent ces chiffres avec impatience. Leur accès aux droits et services en français sont conditionnés au principe de «là où le nombre le justifie».
Au Québec, la proportion des habitants qui déclarent le français comme seule langue maternelle décline rapidement: de 80,9% en 1996 à 74,8% en 2021. C'est sans doute le reflet des hausses appréciables du nombre de nouveaux arrivants. Mais la donnée la plus importante à surveiller, c'est la langue d'usage, celle la plus souvent parlée à la maison, celle qu'on transmet aux générations futures. Le baisse pour cet indice est moins prononcée, mais la tendance négative s'affirme, avec un taux passé de 81,9% en 1996 à 77,5% en 2021. Et pendant ce temps, l'anglais est en hausse!
Sur l'île de Montréal, le recensement 2026 fera probablement du français langue d'usage une langue minoritaire, pour la première fois. Au recensement de 2021, il dépassait à peine le seuil des 50%... à Gatineau, seul territoire urbain de l'Outaouais, la proportion de personnes utilisant principalement le français à la maison chute depuis quelques décennies, étant passée de 81,6% en 2006 à 74,5% en 2021. L'Institut de la statistique du Québec l'a évaluée à 70,25% en 2024... Pendant ce temps, l'anglais langue d'usage, à 13% en 2006, oscille désormais autour de 20%. Ça va être laid quand on connaîtra les nouvelles données linguistiques à l'automne 2027...
Même le conseil municipal de Gatineau, pour qui la situation du français reste un sujet tabou (chut!), sera peut-être obligé de s'interroger ENFIN sur la place publique. D'ici là, il sera déjà trop tard pour sauver le centre-ville, qui ressemble de plus en plus à une banlieue d'Ottawa et où - si la tendance se maintient - les francophones seront bientôt minoritaires.
L'an prochain, quand Statistique Canada publiera les données du recensement 2026, les Québécois ne pourront plus remettre au lendemain les décisions de fond. L'agonie du français hors Québec sera confirmée hors de tout doute et le déclin de la langue française au Québec obligera la majorité francophone à se décider une fois pour toutes: se donner un Québec français et souverain ou se résigner au démembrement douloureux et chaotique de notre nation française nord-américaine.

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