samedi 23 mai 2026

Le «vivre-ensemble»? À qui la faute?

23 mai 2026...



Au moment d'écrire ces lignes, je n'ai pas encore lu le rapport du groupe «OUI Québec» sur ses consultations avec une cinquantaine de grandes organisations de la société québécoise, rapport qui doit être rendu public le dimanche 24 mai. Tout ce que j'ai vu sur ma tablette, c'est la une du quotidien La Presse qui cible le volet immigration pour «nous» donner de nouveau des airs de xénophobie.

On m'accusera de traiter La Presse injustement, puisque son texte ne se limite pas aux rapports des Québécois historiques avec les nouveaux arrivants. Loin de là. Mais c'est ce volet que le quotidien montréalais a choisi de propulser en manchette. Et le sens de cette image ne trompe personne. Ceux et celles qui brandissent les drapeaux québécois, les souverainistes, ne font pas bon ménage avec les immigrants. Et ce constat provient d'une organisation indépendantiste.

J'ai bien hâte de décortiquer les analyses et conclusions des OUI Québec pour voir si les propos de La Presse sont fondés. J'ai retenu une citation de Camille Goyette-Gingras, présidente des Oui Québec, sur les nouveaux arrivants. Il y aurait «une impression que le Québec a reculé en matière de vivre-ensemble et que nous avons remplacé la fierté par la fermeture. Des défis persistent entourant le vivre-ensemble et (il y a) des inquiétudes liées à la perception des enjeux identitaires envers le mouvement souverainiste».

Ma première réaction? Cette manchette semble accréditer toutes les accusations de xénophobie et de quasi racisme lancées à tort et à travers par les porte-parole des anglos et anglophiles, y compris les collectivités issues de l'immigration qui ont eu tendance à s'angliciser au fil des décennies. Ils sont avant tout des Canadiens, le Canada est un pays à majorité anglaise, et le français est plus souvent qu'autrement une nuisance à leur intégration nord-américaine.

Les Québécois francophones n'ont jamais été maîtres de leur destinée depuis la conquête. Dès 1760 et ce, jusqu'à aujourd'hui, l'immigration a été une arme pour noyer les francophones dans une majorité anglophone. Je n'ai rien inventé. Lisez les manuels d'histoire. Nous avons totalement raison de nous méfier des vagues d'immigrants. De tout temps, les autorités britanniques puis fédérales (après 1867) s'en sont servis contre nous.

La société québécoise a pourtant, au fil des siècles, accueilli à bras ouverts les immigrants qui ont choisi de s'intégrer à la majorité de langue française. Ne vous attendez pas cependant à ce que la nation québécoise veuille «vivre ensemble» avec des des individus, groupes et collectivités qui rejettent le caractère français du Québec, qui contestent nos valeurs (p. ex. la laïcité), ou qui nous méprisent sur la place publique. L'accueil a ses limites.

Le «vivre-ensemble» ne dépend pas de nous à prime abord. Nous sommes la société d'accueil. Nous souhaiterons la bienvenue à ceux et celles qui veulent s'associer à notre cheminement historique. Ceux et celles qui arrivent ici pour être Canadian avant tout et bloquer toute tentative de nous donner ici un pays français éliminent au départ la possibilité de vivre ensemble. Le refus du «vivre-ensemble» vient d'eux, pas de nous. Et quand la chicane pogne, ou qu'un référendum se pointe, Ottawa (siège de la majorité anglo-canadienne) ne manque pas sa chance d'accentuer les divisions.

Nous avons nos torts. Notre soumission aux évêques catholiques jusqu'à la Révolution tranquille a maintenu en place une société largement théocratique qui a écarté bon nombre de non-catholiques francophones. Mais nous avons largué les évêques et leurs mandements au cours des années 1960. Le Québec français s'est de plus en plus ouvert sur le monde. Ottawa n'a pas aimé l'arrivée du Québec sur la scène mondiale et son désir de contrôler sa propre immigration. On connaît la suite.

Dans les deux premiers siècles après la conquête, notre seule arme efficace contre une immigration trop souvent hostile a été notre taux de natalité exceptionnel. Il y a 100 ans, les familles québécoises de langue française avaient régulièrement 8, 9, 10 enfants, et plus. Cette époque est révolue. Depuis les années 1960, nous nous servons du seul levier efficace qui nous reste: l'État québécois. La Loi 101. La Loi 21. La Loi 96. Deux référendums. Avec tous ceux qui ont voulu s'associer à nos projets collectifs, peu importe l'origine, le «vivre-ensemble» ne posera aucun problème de fond.

Mais que ceux et celles qui s'acharnent à saboter la nation québécoise, peu importe l'origine, ne s'attendent pas à un accueil cordial et à des bras tendus. Ceux qui rejettent le «nous» québécois rejettent du même coup le «vivre-ensemble», et nous sommes pleinement justifiés de nous défendre. 

Awignahan!

Aucun commentaire:

Publier un commentaire