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Mon vieil ami et ancien collègue du Droit Claude Tremblay, grand observateur des médias, a déniché cette semaine le texte ci-haut sur le site Web de l'Université d'Ottawa (publié le 26 avril 2026) et l'a relancé sur sa page Facebook (voir lien en bas de page). Relance opportune car autrement, cet excellent texte de fiction-réalité m'aurait complètement échappé...
Je ne veux aucunement mettre en doute la compétence des deux auteurs, Jean-Sébastien Marier, prof et coordonnateur du programme de journalisme numérique à l'Université d'Ottawa, et François Carrier, directeur général de l'ex-journal Le Droit. Leur analyse semble brosser un tableau tout à fait crédible des comportements médiatiques des jeunes générations.
Le problème est autre. Ils prétendent décortiquer la situation de l'information en Ontario français. Peut-être ont-ils raison d'affirmer que les jeunes Franco-Ontariens privilégient comme source d'info des réseaux sociaux (p. ex. TikTok, Instagram, YouTube), mais ils ont négligé de reconnaître l'essentiel: ces jeunes dont ils parlent s'informent très peu en français. L'immense majorité s'abreuve essentiellement en anglais sur le Web.
Pas une seule fois dans ce texte verra-t-on des mots comme «assimilation», «angliciser» ou même «transfert linguistique». On évoque l'Ontario français comme s'il était vraiment français, alors qu'il l'est de moins en moins, et ce, depuis fort longtemps. Ils donnent l'impression que les jeunes Franco-Ontariens ont abandonné des médias plus traditionnels de langue française et les ont remplacés par des outils numériques de langue française. Alice au pays des merveilles!
Dans l'étude la plus récente que j'ai pu trouver sur les comportements médiatiques des Franco-Ontariens (elle date de 2010 et s'appuie sur des données du recensement de 2006), Statistique Canada indique que seulement 8% des Franco-Ontariens consomment «uniquement ou surtout en français» sur le Web (c'était entre 62% et 70% pour la télé, la radio et les journaux). Plus des deux tiers des francophones de l'Ontario privilégiaient alors un contenu numérique «uniquement ou surtout en anglais». Et ça, c'était en 2006. Je suis prêt à parier que la situation a de beaucoup empiré depuis vingt ans.
À l'exception de l'enclave de Prescott-Russell et de quelques localités du nord-est ontarien, la situation du français frise la catastrophe. Le taux d'assimilation global pour l'Ontario frisait les 40% au recensement de 2021 et le dépassera au recensement de 2026. Selon les données officielles du ministère des Affaires francophones de l'Ontario, remontant à 2016, plus des deux tiers des Franco-Ontariens vivent dans des unions exogames (un conjoint francophone, l'autre anglophone) et dans de telles unions, plus de 60% des enfants s'angliciseront. D'ici deux générations, la collectivité se désintégrera.
Les conséquences de la préférence de l'anglais sur Internet sont à la fois culturelles et identitaires. La qualité du français appris à l'école et au foyer s'appauvrit et sur le plan identitaire, les jeunes se voient davantage comme bilingues, plutôt que francophones. Des experts et des chercheurs de Patrimoine canadien, cités par Radio-Canada en 2025, se disent préoccupés.
«Je m'inquiète que ces jeunes n'aient pas la chance de développer une identité de citoyen numérique ou de francophone à l'ère numérique», déclare Megan Cotnam-Kappel, titulaire de la Chaire de recherche sur l'épanouissement numérique des communautés franco-ontariennes à l'Université d'Ottawa. Et il ne s'agit pas d'un choix personnel de s'informer en anglais. Les dés sont pipés. Les algorithmes favorisent l'anglais, l'offre en anglais est massive, et la société dans laquelle ils vivent (sauf rares exceptions) les intègre en anglais.
Relisez ici le début du texte de l'Université d'Ottawa auquel je faisais allusion au début: «Pour une grande partie de la jeunesse franco-ontarienne, l’actualité se consomme désormais sur TikTok, Instagram ou YouTube — des plateformes où la vitesse prime souvent sur la vérification.» Si on néglige de préciser que la grande majorité de ces jeunes font tout cela à peu près uniquement en anglais, la fiction prend le dessus sur la réalité. Omettre de le mentionner, au moins une fois ou deux pour la forme, constitue ici une faute professionnelle impardonnable.
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Lien au texte «Médias franco-ontariens: entre crise, transformation et quête de pertinence auprès des jeunes» - https://www.uottawa.ca/fr/toutes-nouvelles/medias-franco-ontariens-entre-crise-transformation-quete-pertinence-aupres-jeunes?utm_campaign=gazette&utm_medium=email&utm_source=campaigner&utm_term=media&utm_content=20260501&_ccCt=ce4z-30w69u-aq9epi-5p4iw0m6
Lien au texte de Radio-Canada de 2025 - https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2210512/numerique-jeunesse-franco-ontarienne

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