Mobiliser les gens pour blinder l'accès à l'avortement ou élargir l'aide médicale à mourir dans la dignité? Bien sûr! Mobiliser les gens ou l'État pour encourager la natalité? Silence gêné... Bruits de criquets...
De nos jours, la mort est un droit. La naissance, un choix parsemé d'obstacles. Un choix qui ne suscite guère d'enthousiasme dans le discours officiel et chez les défenseurs de libertés tous azimuts...
Je ne conteste pas les lois et règlements en vigueur sur l'avortement ou l'aide à mourir. Je reconnais leur nécessité. Ce que je ne comprends pas, c'est pourquoi les rares expressions de soutien à l'adoption de politiques natalistes sont vues avec autant de suspicion.
Nous avons pourtant besoin d'enfants. De beaucoup d'enfants. Le taux actuel de natalité de 8,6 naissances par 1000 personnes au Québec est largement insuffisant pour assurer une relève au moins aussi nombreuse que la précédente. Il faudrait, pour ce faire, remonter aux taux du milieu des années 1960, qui dépassaient 20 pour 1000...
Nous ne sommes plus à l'époque de C'est le début d'un temps nouveau, quand Renée Claude chantait, en 1970: «La moitié des gens n'ont pas 30 ans». Notre société vieillit de manière alarmante. Selon l'Institut de la statistique du Québec, la cohorte des plus de 65 ans et plus dépasse dorénavant celle des 0-19 ans. Les aînés de 85 ans et plus vont tripler d'ici quelques décennies.
La société québécoise dite de souche - le «nous» historique - vieillit à un rythme foudroyant et les jeunes générations dégarnies n'ont plus suffisamment d'effectifs pour assurer les services et les soins aux vieux. Il faut recourir à l'immigration, massivement, pour remplacer tous ces enfants que nous ne faisons plus depuis 60 ans.
Même en comptant les nouveaux arrivants, l'ISQ prévoit que dès 2027, l'an prochain, le nombre de décès dépassera celui des naissances au Québec! Cela s'est-il déjà produit dans l'histoire du Québec? J'aurais tendance à croire que non. Même avant les progrès de la médecine moderne, les taux de mortalité plus élevés étaient plus que compensés par des familles de 8, 10, 12 enfants.
Pour une sociologue de l'Université de Sherbrooke, Sophie Mathieu, le problème n'est pas l'augmentation des décès, mais la chute des naissances. «C'est normal qu'il y ait plus de décès parce qu'on vit plus vieux et que les baby boomers arrivent à des âges avancés. Le bout inquiétant, c'est qu'on n'a pas de naissances», déclarait-elle à La Presse.
Je peux comprendre ceux et celles qui craignent de voir la société québécoise submergée par des vagues d'immigrants langues et de cultures différentes. Historiquement, nous avons été accueillants envers les nouveaux venus qui, de génération en génération, s'intégraient à un «nous» québécois historique en croissance. Mais cela change. Dramatiquement.
Cette grave pénurie de naissances jumelée à une mortalité en hausse due au vieillissement aura pour conséquence la disparition éventuelle du «nous» québécois de culture française qui a tissé et métissé depuis 400 ans cette nation et l'espoir de son indépendance.
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«Je suis de dix enfants à table...» (Claude Gauthier, Le plus beau voyage)

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