14 mai 2026...
Je suis né et j'ai grandi en Ontario. À Ottawa. J'ai compris très vite, dès l'enfance, le sens pratique du mot bilinguisme dans mon petit quartier franco-ontarien. Être bilingue, c'était avoir le droit de parler français entre francophones, et l'obligation de parler anglais aux anglophones. Je regarde ce qui se passe en 2026 et à l'extérieur du Québec, et à bien des égards, les choses ont peu changé.
Sauf pour la péninsule acadienne ou le Madawaska au Nouveau-Brunwick, et quelques îlots dans l'Est et le Nord ontariens, les francophones hors Québec sont bilingues dans une proportion dépassant les 90%. Ils comprennent l'anglais, s'en servent tous les jours. Pour la plupart, ils acceptent de communiquer en anglais même quand ils ont le droit de s'exprimer en français.
La conséquence, c'est que la langue française devient plus ou moins inutile en société quand tous les francophones (ou presque) ont la capacité de fonctionner en anglais. À la longue, à l'usure, ils cessent de réclamer leurs droits ou d'exprimer leurs préférence pour le français, ou pire, s'en excusent. Et les anglophones, déjà habitués à vivre en anglais seulement, en profitent pour accentuer l'érosion de ce qui reste du «bilinguisme»...
Au cours des derniers jours, j'ai cueilli dans les médias quelques nouvelles qui en font la démonstration: Mélanie Joly qui s'excuse de dire quelques mots en français, les fédéraux qui offrent des contrats en anglais seulement à Ottawa, l'abandon du français comme langue de travail au Collège militaire royal, le refus d'appliquer le régime linguistique bilingue dans les entreprises de compétence fédérale hors Québec, l'obligation de stages en anglais pour les étudiantes francophones en sciences infirmières à Sudbury.
Voici les renvois:
1. Dans la région d'Ottawa, la Commission de la capitale nationale (celle du Canada) met de côté les appels d'offres en français pour des travaux de moins de 250 000 $ quand la traduction vers le français du texte original en anglais risque d'occasionner des délais.
Voir le texte de Mathilde Beaulieu-Lépine dans Le Devoir: https://www.ledevoir.com/politique/canada/979463/contrats-publics-ont-ete-offerts-entreprises-anglophones-eviter-delais
2. Le Collège militaire royal du Canada à Kingston (Ontario) change sa politique de bilinguisme et désigne l'anglais comme langue de travail principale au sein de l'administration.
Voir le texte de Pascal Vachon sur le réseau ONFR-TFO:
3. L'Université Laurentienne de Sudbury régularise officiellement l'obligation pour les étudiantes francophones en sciences infirmières de suivre des stages qui, même dans des institution soi-disant bilingues, se font essentiellement en anglais.
Voir le texte de Sébastien Pierroz sur le site Web Le Droit :
4. En Ontario, la ministre fédérale Mélanie Joly s'excuse auprès de ses interlocuteurs de quitter l'anglais pour quelques secondes, question de dire le boniment obligatoire dans la langue de Molière, avant de revenir à la langue d'usage du Canada...
Voir le discours sur YouTube:
5. Ottawa édicte de nouvelles règles linguistiques pour les entreprise privées de compétence fédérale mais ne fait rien pour les faire respecter, sauf attendre les plaintes des francophones suffisamment ulcérés pour porter plainte...
Voir le texte de Pascal Vachon sur le réseau ONFR-TFO:
La morale de cette histoire, c'est qu'à l'extérieur du Québec, seul l'anglais est vraiment essentiel. On en vit les conséquences et on doit en tirer les enseignements qui s'imposent. Il faut faire en sorte qu'au Québec, seul le français soit essentiel, même pour les anglos. L'unilinguisme français doit être la règle. Partout.
Aux anglophones du Québec, je souhaite l'expérience du bilinguisme telle qu'on me l'a apprise à Ottawa, en Ontario. Inversée, cependant. Ainsi, pour les Anglo-Québécois, le bilinguisme deviendra le droit de communiquer en anglais entre anglophones, et l'obligation de communiquer en français avec la majorité francophone et les institutions d'un État français, espérons-le, souverain.

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