2 juin 2026...
Le 22 octobre 1926, à Eastview (devenue Vanier, aujourd'hui un quartier d'Ottawa), au sous-sol du presbytère de l'église Saint-Charles, une vingtaine de Canadiens français ont tenu l'assemblée de fondation de l'Ordre de Jacques-Cartier, aussi appelée La Patente. Une deuxième réunion eut lieu au même endroit le 25 novembre, suivie d'une troisième à l'église Saint-François d'Assise, à Ottawa. Cette société secrète pour hommes seulement s'étendrait par la suite à l'ensemble du Canada français et marquerait l'histoire de la francophonie québécoise et canadienne jusqu'à son éclatement au milieu des années 1960.
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Pour savoir tout de La Patente, il suffit de lire le livre de Hugues Théorêt, L'Ordre de Jacques-Cartier, le dernier bastion du Canada français aux Éditions Septentrion (2024).
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Pourquoi cette organisation a-t-elle vu le jour à Ottawa et non à Montréal ou à Québec? Le coeur canadien-français, à l'époque, battait avec une grande intensité dans la capitale canadienne où les Franco-Ontariens luttaient depuis près de 15 ans contre le Règlement 17 de l'Ontario qui interdisait les écoles françaises. Et Ottawa abritait le Parlement canadien où finissaient par aboutir tous les combats entre anglophones et francophones.
Confrontés aux succès politiques des groupes occultes anglo-canadiens comme l'Ordre d'Orange et les loges maçonniques, les catholiques de langue française sentaient le besoin de riposter. Et ceux d'Ottawa ressentaient ce besoin plus que d'autres. Quoi de plus normal que de tenir de petites réunions secrètes à l'église St-Charles, au coeur des quartiers francophones de la capitale. Avec les rues ouvrières franco-ontariennes de la Basse-Ville et d'Eastview comme sentinelles, le clocher de St-Charles semblait un refuge naturel.
Les deux grands clochers de l'église St-François d'Assise, quelques kilomètres à l'ouest du Parlement fédéral, trônaient sur un véritable village de quatre ou cinq milles Franco-Ontariens et offrait un point de rassemblement parfait pour les premiers militants de La Patente. Unis par la langue française (le tiers des Ottaviens étaient francophones) et par la religion catholique (ceux qui ont vécu avant 1960 savent de quoi je parle), les élites civiles et le clergé diocésain pouvaient comploter en toute sécurité.
La Patente s'est étendue à l'ensemble du Québec et atteint un sommet de 40 000 membres dans les années 1950. Puis vint la Révolution pas-si-tranquille, une pandémie de laïcité et une chute radicale des naissances. La montée du souverainisme a sapé les bases mêmes de l'Ordre de Jacques-Cartier, le rejet massif de la pratique religieuse a vidé les églises et modifié en profondeur le tissu social, au Québec comme au Canada français.
À Ottawa, à partir des années 1960, les quartiers franco-ontariens de la Basse-Ville et de St-François d'Assise ont été charcutés par l'expansion de la fonction publique fédérale dans l'ouest de la ville et une rénovation urbaine municipale plus que suspecte dans la Basse-Ville francophone. Les églises de la résistance avaient perdu leurs appuis dans les quartiers qui les entouraient. La langue de la rue y serait désormais l'anglais. L'église St-Charles a été fermée en 2010, mais sa désignation patrimoniale a éloigné les démolisseurs. L'église St-François d'Assise, récemment désignée patrimoniale, demeure ouverte mais ses hauts clochers surplombent une coquille vide.
Hier, 2 juin, Le Droit a annoncé que l'église, achetée en 2014 par des promoteurs immobiliers, est de nouveau à vendre... Belle façon de célébrer les 100 ans de La Patente. Ces églises monuments d'une francophonie aujourd'hui à l'agonie méritent un meilleur sort. Mais la population qui aurait pu les protéger n'existe plus. Comme le dit l'ancien archiviste en chef de l'Université d'Ottawa, Michel Prévost: «je trouve ça triste quand même»...

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