dimanche 21 juin 2026

Pas de pitié!

21 juin 2026...

capture d'écran du Journal de Québec


Imaginez! L'an dernier, le Commissaire fédéral aux langues officielles a reçu de partout au Canada 1163 plaintes, principalement de francophones outrés par l'impossibilité de faire valoir leurs droits en vertu de la Loi sur les langues officielles.

Un total imposant, croirez-vous? Non, pantoute. Des pinottes!

L'Office québécois de la langue française a enregistré pas moins de 11 125 plaintes pour non respect de la Loi 101 (Charte de la langue française) en 2025-2026. On pourrait croire qu'à Ottawa par exemple, là où les francophones ont bien plus souvent de la difficulté à travailler en français ou à obtenir des services dans leur langue, le nombre de plaintes serait mirobolant. Eh bien non.

C'est au Québec, un État où le français est la seule langue officielle, où près de 95% de la population sait parler français, où les lois établissent de façon claire la prépondérance du français dans les milieux institutionnels et dans la société civile, que déferlent les plus grosses avalanches de plaintes... de francophones!

Les situations qui donnent naissance à ces plaintes sont évidemment concentrées dans quelques régions du Québec. Tout le monde aurait deviné lesquelles, sans que l'OQLF se donne la peine de les nommer: la grande région montréalaise (incluant Laval et la couronne) et l'Outaouais (Gatineau et la région).

L'Outaouais compte 4,7% de la population du Québec mais enregistre 9% de toutes les plaintes linguistiques - affichage en anglais seulement, impossibilité de se faire servir en français, documentation unilingue anglaise, etc. Évidemment, la majorité des plaintes (plus de 60%) émanent du bassin du Grand Montréal. 

Allez vois vous-même les chiffres sur le site Web de l'OQLF à https://www.oqlf.gouv.qc.ca/office/communiques/2026/20260618_11000_plaintes_2025-2026.aspx

Le plus humiliant dans toute cette affaire, c'est qu'on ne peut plaider l'impuissance d'une minorité comme les francophones ailleurs au Canada. Nous sommes majoritaires. Nous avons le droit de décider et d'imposer nos décisions en matière linguistique. Nous adoptons les lois. Alors comment se fait-il qu'après cinquante années de Loi 101, le nombre de plaintes contre l'unilinguisme anglais soit en hausse?

Peut-être, plutôt que de considérer les 11 000 plaignants, devrions-nous tourner les yeux vers ces milliers et millions de Québécois francophones qui acceptent sans rechigner de se faire servir en anglais à un Tim Hortons ou à un McDo, de recevoir des documents ou des messages en anglais sur le Web ou par la poste, ou de voir sans réagir des violations quotidiennes de la Loi 101 dans l'affichage, etc., etc.

Peut-être devrons-nous aussi en finir avec tous ces politiciens qui ne défendent le français dans leurs discours, puis se taisent ou battent en retraite quand vient le temps de prendre des mesures qui feront passer nos anglos et leurs nouveaux arrivants anglicisés comme des martyrs, et nous comme leurs tortionnaires, dans les médias anglo-canadiens.

Le non-respect de la Charte de langue française: voilà un problème que nous avons le pouvoir de régler, au lieu de nous contenter de pousser des hauts cris tous les ans quand l'OQLF publie ses statistiques de jérémiades.

Je suis né et j'ai grandi en Ontario. Je sais comment on nous a traités quand nous demandions de vivre en français dans nos petits quartiers. Je suis maintenant Québécois. Ne me demandez pas, chers anglophones et anglophiles, d'avoir de la pitié pour ceux qui refusent de respecter notre langue commune et officielle. 

2 commentaires:

  1. Merci Pierre pour ce texte très pertinent. J’espère qu’il sera lu et apprécié par un très grand nombre de francophones & d’anglophones; au Québec et hors-Québec.

    Gérard Delisle, retraité franco-ontarien de 76 ans. Suis natif de Welland et j’ai demeuré dans les villes suivantes: Kapuskasing, Timmins, Sudbury, Toronto, Hamilton, Montréal et Gatineau.

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