samedi 27 juin 2026

Multiculturalisme 1, Saint Jean-Baptiste 0

27 juin 2026...




On sait désormais à quelle enseigne loge l'Assemblée de la francophonie de l'Ontario (AFO). Comparez les messages de l'organisme parapluie de l'Ontario français à l'occasion de la Saint-Jean Baptiste et de la Journée canadienne du multiculturalisme. (Longue pause pour vous laisser le temps de les lire, ci-dessus) Avez-vous compris les mêmes choses que moi?

D'abord, la longueur des textes et l'effort de rédaction. À peine 149 mots pour le message plate et laconique du 24 juin, fête nationale historique des Canadiens français y compris ceux de l'Ontario, mais 251 mots pour la Journée du multiculturalisme, avec des exemples d'activités régionales et des remerciements ciblés. Clairement, si l'on s'en tient aux messages officiels, le 27 juin l'emporte haut la main.

Pire, ce que suggérait l'AFO le 24 juin devient explicite dans son plaidoyer multiculturel. Les Franco-Ontariens sont de plus en plus relégués - par ceux mêmes qui disent les représenter - au statut de «communauté» parmi les autres dans la «diversité» canadienne. Pas de mention du statut officiel et national de la langue française, des luttes contre des décennies de répression francophobe, de solidarité avec le Québec, porte-étendard de la langue et de la culture française au Canada et en Amérique du Nord.

Lisez ce paragraphe des voeux multiculturels du 27 juin. Il donne la frousse. «Le Canada est avant tout un pays qui a pour fondement la diversité, là où chaque héritage culturel telle que la langue et les coutumes enrichissent notre identité collective. En Ontario, cette riche diversité culturelle est encore plus riche grâce aux implications diverses des francophones.» Où est passé le pacte fondateur entre les nations française et anglaise du pays qu'on nous a enseignés pendant si longtemps? Il ne reste que la «diversité». Incroyable!

Et pas n'importe quelle diversité... Pas une diversité qui apporte ses contributions aux cultures nationales et officielles du pays, mais une diversité qui inclut les Franco-Ontariens, devenus une composante parmi d'autres d'une «identité collective» sortie tout droit de la Charte des longs couteaux et du multiculturalisme débridé (et anglo-dominant) qui essaime depuis trois ou quatre décennies.

Les dirigeants franco-ontariens, historiquement, ont considéré avec raison les francophones de la province comme membres d'une grande nation de langue française, ayant en Ontario et au Canada un statut officiel et supérieur à celui des nouveaux arrivants d'autres pays. Les anglos, par contre, ont souvent eu tendance à voir les francophones comme une communauté linguistique indissociée dans les provinces où ils sont très majoritaires. Or, à lire le message multiculturel de l'AFO en 2026, le ver est dans la pomme.

Pour la Journée multiculturelle, le message de l'Assemblée de la francophonie de l'Ontario énumère des activités au Niagara, à Mississauga, à North Bay et exprime sa gratitude à nombre d'organismes, y compris l'ensemble des associations ethnoculturelles ontariennes. Dans le message dénudé de la Saint Jean-Baptiste, aucune mention d'activités et aucun remerciement aux organisateurs d'événements pour la fête nationale. Il y a certainement dû y en avoir...

Si j'étais toujours Franco-Ontarien, j'aurais rugi en prenant connaissance de ces deux communiqués de l'AFO. Mais je n'ai entendu aucune protestation, aucune prise de conscience. Peut-être parce que peu de gens en ont pris connaissance, peut-être parce que la perte d'identité nationale est en train de réduire à zéro la résistance historique. Vu du Québec, il me semble que les dirigeants franco-ontariens trahissent leur passé, sabotent le présent et laissent l'avenir à l'abandon.


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