samedi 28 mars 2026

Deux claques en pleine face...

28 mars 2026...

Deux claques en pleine face ce matin... Ça part mal la journée...

publicité dans Le Devoir du 28 mars 2026

L'anglicisation dans la région de l'Outaouais, notamment dans son coeur urbain, la ville de Gatineau, prend depuis quelques décennies des proportions alarmantes. On ne peut même plus espérer que nos institutions fassent au moins de petits efforts pour renforcer l'image et le caractère français de notre territoire frontalier.

Après la MRC de Pontiac et son mélange à vomir de franglais en 2022 (image en bas de page) et le slogan honteux On passe au BOLD de Gatineau en 2024 (image en bas de page), voilà que Tourisme Outaouais nous offre en 2026 une nouvelle identité pour attirer les gens d'affaires de l'extérieur: un lieu de bleisure... J'ai été obligé d'en vérifier le sens et l'origine même s'il apparaissait évident. Il s'agit d'une contraction des mots anglais business et leisure (affaires et loisirs)...

Et regardez bien la photo, rassurante pour les entreprises ou organisations qui voudraient tenir un congrès dans une localité où les anglos et bilingues se sentent chez eux: on voit bien le Parlement canadien et des ponts qui mènent à Ottawa! Pire, la seule bâtisse d'importance située sur la rive québécoise, c'est le Musée canadien de l'histoire, pour bien faire comprendre que le centre-ville de Gatineau est devenu depuis un demi-siècle un prolongement de la capitale fédérale. Pour effacer toute trace d'un Québec français, on n'aurait pu faire mieux!

Il n'y a aucune gêne chez ces gens. L'esprit de colonisé règne en maître en ce pays du vivre-à-genoux. Venez voir. Venez voir. Venez! Nous avons démoli le vieux centre-ville francophone pour en faire une banlieue d'Ottawa, qui sera bientôt à majorité anglaise. Nous avons conservé quelques maisons allumettes pour les touristes. Si même cela vous effarouche, traversez l'un des cinq ponts, les anglos parmi vous seront chez eux. Vous pouvez sans crainte vous rendre sur des pentes de ski, des terrains de golf, et plusieurs localités de la vallée de la Gatineau où l'anglais prend plus que sa place. Les plus sportifs pourront visiter la région du Pontiac, tout près, où la chasse aux francophones est légalisée depuis le 19e siècle. Et que dire de Gatineau, où on peine à compter les violations à la Loi 101, où il arrive de ne pas pouvoir se faire servir en français, où il est même arrivé qu'on expulse d'un restaurant un client qui insistait pour parler la langue de Molière.

Alors pourquoi, me direz-vous, perdre son temps à chercher un slogan, un terme ou une expression accrocheurs en français quand quand des néologismes anglais exotiques comme bleisure apparaissent dans le décor? Quelle honte! Et on propose cette expression dégradante sur une page entière de publicité dans le premier cahier du Devoir ce 28 mars 2026. Décidément, à Tourisme Outaouais, on passe au BOLD... On témoigne, pour rappeler le franglais éloquent de la MRC Pontiac, d'une communauté strong and committed, une municipalité de coutumes, de cultures... 

En passant, comment prononce-t-on bleisure en français? Blè-jure ? Blè-jeur? Blè-chure? Blè-zure? Ou doit-on le dire avec l'accent anglais qu'on tient pour acquis ici, à l'ombre d'Ottawa?

Nous devrions tous avoir honte!

---------------------------------------------

capture d'écran sur YouTube d'une pub du gouvernement du Canada

En mangeant mes céréales ce matin, vers 6 heures, j'ai ouvert la chaîne YouTube pour passer en revue ce que les algorithmes numériques m'ont préparé comme menu du jour, et j'ai noté tout en haut de l'écran, à gauche, cette petite publicité du gouvernement du Canada qui devrait, à mon avis, soulever l'indignation des Québécois.

Depuis plusieurs mois, le gouvernement fédéral de Mark Carney investit sans doute des dizaines (centaines?) de millions de dollars du trésor public pour mousser ses priorités, notamment pour la militarisation où l'on dépense sans compter, mais aussi pour les grands projets économiques louches qui feront du Canada UNE économie (celle du Québec? Bof...). Mais là on change de registre. On s'aventure sur le concept de nation.

«Nous sommes une nation de bâtisseurs.» Qui est ce nous? Le Canada? J'ose croire qu'il s'agit là du syndrome Google translate. Les anglos emploient couramment le mot nation dans le sens d'État ou de pays. Pour les Québécois (et les francophones ailleurs au Canada), «nation» est un terme sociologique pour définir l'appartenance linguistique, culturelle et historique d'un peuple ayant ses propres institutions nationales (p. ex. Assemblée nationale du Québec, capitale nationale du Québec, fête nationale du Québec, etc.).

Même le Parlement canadien a reconnu que le Québec forme une nation. Lancer en français une publicité indiquant que notre nous - les francophones québécois - faisons partie de la nation canadienne, si telle chose existe, témoigne tout au moins d'une méconnaissance du français, au pire une intention et/ou insulte. Depuis son élection, Mark Carney démontre son peu d'intérêt pour la langue française et pour les compétences constitutionnelles du Québec.

Si notre nation était le Canada, alors Ottawa serait notre capitale nationale, le Parlement d'Ottawa serait notre législature nationale et le 1er juillet (pas le 24 juin) serait notre fête nationale... Peu importe ce qu'on puisse en penser, le choix des mots a une grande importance. Croyez-vous vraiment que le fédéral dépenses ses millions pour rien? Ils visent à convaincre, à manipuler, à rallier, à changer les mentalités. C'est, diraient les Anglais, une forme de nation-building...

Alors je dirais: qu'ils la forment, leur nation Canadian. Le projet a du mérite. Mais qu'ils nous laissent en paix. Nous avons déjà la nôtre depuis des centaines d'années. Nous aussi, au Québec, sommes une nation de bâtisseurs !


-------------------------------------------
pub de 2022 de la MRC Pontiac



projet de slogan de 2024 de la ville de Gatineau


1 commentaire:

  1. Les sacrifiés de la bonne entente...

    https://www.facebook.com/652793139/posts/10160711919043140/?app=fbl

    RépondreEffacer