12 mars 2026...
Voilà! Mark Carney a réussi con coup d'État! Avec l'arrivée d'une quatrième transfuge, du NPD cette fois, et une victoire assurée dans deux partielles torontoises au mois d'avril, le premier ministre libéral a réussi à obtenir ce que les électeurs lui avaient refusé en avril 2025: un gouvernement majoritaire!
Les amateurs des définitions littérales de dictionnaires réfuteront l'emploi du terme «coup d'État». L'acquisition d'une majorité par la bande à Carney n'était ni brutale, ni violente. Techniquement, elle n'était même pas illégale. Mais il y avait là l'esprit d'un coup d'État: le renversement du verdict d'un scrutin général démocratique par des moyens qu'on pourrait qualifier de louches.
L'électorat avait envoyé au Parlement un gouvernement minoritaire, avec tout ce que cela implique de négociations et de compromis pour conserver la confiance de la Chambre des communes. Ce verdict, peu importe ce qu'on puisse en penser, est sans appel. L'apparition soudaine d'un nombre de vire-capot dès le lendemain des élections, attirés par les avantages de siéger sur les bancs du pouvoir, aurait été vu comme un scandale et aurait provoqué une levée de boucliers.
Imaginez, quelques jours après le scrutin, que trois députés conservateurs et une députée néo-démocrate, décident de trahir le «pacte sacré» conclu avec leurs électeurs, de brûler leurs pancartes électorales bleues et orange, de renier sur la place publique tous les engagements pris durant la campagne, de cracher à la figure des dizaines de milliers de personnes qui ont coché leur nom sur le bulletin de vote. Ce serait tout au moins indécent. On ne le leur aurait pas pardonné.
Alors pourquoi cela devrait-il être plus acceptable si le geste est posé quelques mois ou près d'un an après l'élection générale? On peut imaginer des circonstances exceptionnelles pouvant provoquer des scissions ou des schismes au sein d'une formation politique, mais rien de tel ne s'est produit depuis la fin d'avril 2025. L'effet Trump avait déjà fait son oeuvre, et rien n'a fondamentalement changé à cet égard depuis l'an dernier. Alors quel motif peut-on invoquer moins d'un an après ce scrutin pour rebrasser le décor aux Communes? Aucun!
On peut comprendre les trois conservateurs d'avoir entendu l'appel du premier ministre Carney, qui avait un peu surpris la galerie en s'appropriant une bonne partie du programme électoral du parti de Pierre Poilievre. Le rapprochement idéologique favorisait leur geste de trahison envers leur parti et leurs électeurs. Dégueulasse, mais compréhensible. La désertion de la néo-démocrate s'explique plus difficilement. Elle-même n'a pas élaboré. Toute sympathie que le NPD avait pour la bande à Trudeau aurait dû s'évaporer avec le net virage à droite de Mark Carney.
Somme toute, la seule explication qui tient, c'est l'attrait du pouvoir. L'attrait d'une majorité pour les libéraux, ainsi à l'abri des compromis et des votes de censure aux Communes. L'attrait des avantages que procure un siège gouvernemental pour les traîtres. Qu'il s'agisse de l'un ou de l'autre, ou d'une combinaison des deux avec quelques épices, le résultat est d'une totale immoralité. Dix mois et demie après le vote de millions d'électeurs québécois et canadiens, le parti minoritaire au pouvoir, conspirant avec quatre vire-capot, a renversé le verdict électoral. J'appelle ça un coup d'État.
Le chef intérimaire du Nouveau Parti démocratique, Don Davies, a bien résumé la situation: «Je deviens de plus en plus préoccupé par la manière dont M. Carney tente de se construire une majorité. La question de savoir s’il y a un gouvernement majoritaire ou non est une décision des Canadiens aux urnes, et non le résultat de tractations en coulisses ou de décisions prises à huis clos à Ottawa».
Si les élections démocratiques doivent avoir un sens, un verdict clair de l'électorat doit être sans appel. Quelque part, les élus doivent se pencher sur une série de règles, ou même une loi, qui déterminerait la légalité ou l'illégalité d'un changement de parti en cours de mandat. Si les députés élus ont carte blanche pour envoyer paître leurs électeurs, c'est l'exercice du droit de vote lui-même qui se trouve miné.
Le plus simple, et le plus équitable, serait de décréter que tout député qui renie son allégeance partisane doit se présenter de nouveau devant l'électorat, seul maître du jeu. Sinon, toute manière de corruption pour acquérir plus de pouvoir est permise. Dans la pire des situations, on se retrouve devant un coup d'État. Comme aujourd'hui.

Aucun commentaire:
Publier un commentaire