27 mars 2026...
Est-ce parce qu'ai un faible pour Catherine Dorion depuis son combat contre les règles vestimentaires à l'Assemblée nationale, ou parce que j'ai adoré son livre Les têtes brûlées, criant de vérités, ou encore parce que j'ai étudié en science politique pendant six ans dans les années 1960? Enfin, peu importe les motifs, je me suis pointé avec mon épouse hier soir (26 mars) à la Maison du citoyen de Gatineau pour assister à sa présentation Sciences Po 101.
J'avais quelques hésitations, n'étant pas amateur de théâtre, et craignant que ma conjointe réfractaire aux choses politiques revienne à la maison déçue et me fasse passer la nuit sur le divan. Ni l'une ni l'autre ne savait trop à quoi s'attendre dans la rangée A, collés contre la scène spartiate et entourés d'un auditoire beaucoup plus jeune que ceux remplis de têtes blanches auxquels nous sommes habitués. À l'oeil il y avait sans doute là une centaine d'étudiants du Cégep de l'Outaouais.
Après 100 minutes de spectacle et 15 minutes de discussion à la fin, Ginette et moi sommes sortis enchantés de notre soirée. Ouf, pas de divan. Animée par Catherine Dorion et son complice Vincent Massé-Gagné, cette pédagogie scénique, à la fois magistrale et interactive, a filé à la vitesse grand V, sans que je songe à regarder ma montre, sans que je me tortille sur mon siège.
Comme je suis engagé depuis mon adolescence dans une variété de combats sociaux et politiques, ce spectacle que l'on aurait pu aussi bien baptiser Résistance 101 avait tout pour me plaire: rappel des années de Catherine Dorion comme députée à l'Assemblée nationale; évocation de l'acharnement médiatique, parfois méprisant, contre ses Doc Martin et ses cotons ouatés; étalement des méthodes de répression, banales et tragiques, du vécu quotidien au travail jusqu'au drame de l'holocauste; alternances des discours entre l'humour, l'émotion et la réflexion.
Le rappel des écrits de la philosophe Hannah Arendt après le procès d'Adolf Eichmann, architecte de la solution finale sous Hitler, ne pouvait tomber mieux alors que les dérives autoritaires se propagent autour du globe, à commencer par nos voisins du sud. Eichmann présentait les horreurs qu'il avait commises comme étant le travail banal d'un bureaucrate exécutant les ordres de ses supérieurs. N'y a-t-il pas en chacun de nous un petit Eichmann qui sommeille, et qu'il faut combattre à chaque fois que la société tente de l'éveiller?
Pour moi, l'enregistrement vidéo d'une foule chantant l'hymne de rébellion catalan L'Estaca (Le pieu) composé par un étudiant universitaire de Barcelone en 1968 et interdit par le régime Franco partout en Espagne aura été l'un des points forts de la soirée. Cet appel à la solidarité contre l'oppression évoque un pieu (Franco à l'époque) auquel nous sommes tous enchaînés: «Si je tire fort il doit bouger, et si tu tires fort à mes côtés, c'est sûr qu'il tombe, tombe, tombe et nous aurons la liberté». (lien en bas de page)
L'appel aux opinions de la salle en utilisant les téléphones intelligents - je n'en ai pas - permet à l'auditoire de participer directement à Sciences Po 101 et assure, j'imagine, une certaine originalité à chacune de ses présentations. Le quantité impressionnante d'interventions des spectateurs, toutes opportunes, laisse croire qu'il s'agit là d'une méthode efficace d'interaction avec le public. Je n'ai pas intention d'acheter de cellulaire pour autant. Cela fait partie de ma Résistance 101 à l'envahissement numérique.
À la fin, les quelques centaines de jeunes et moins jeunes venus entendre Catherine Dorion ont été divertis, mais ils sont sans doute partis du «cours» Sciences Po 101 avec des tas de devoirs de réflexion sur la répression, sur la solidarité, sur la liberté et sur le sort de la planète si les tendances actuelles se maintiennent. Je ne crois pas nous avions besoin du serment solennel qui termine le spectacle (auquel j'ai refusé de participer) pour dire tout haut notre intention d'affirmer nos valeurs et de passer à l'action. Tous debout en train de réciter à l'unisson le même serment? Ça me faisait penser à la prière à l'école quand j'étais petit. Je n'aimais pas ça quand j'avais 8 ans; je n'aime pas plus ça à l'aube de mes 80 ans...
Enfin... Quel spectacle intelligent! Bravo Mme Dorion!
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L'Estaca (Le pieu) en français - https://www.youtube.com/watch?v=VQmY9i1xgMo

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