dimanche 22 mars 2026

Les voix et les pieds des Charbonniers de l'enfer...

22 mars 2026...

Les Charbonniers de l'enfer


Jusqu'au jeudi 19 mars 2026, ma connaissance des Charbonniers de l'enfer se limitait à leur courte prestation au spectacle de clôture de la tournée Break syndical des Cowboys fringants, au Centre Bell. Je n'y étais pas mais j'ai écouté à plusieurs reprises avec un de mes petits-fils, Cédric, le DVD de cette soirée mémorable du 30 décembre 2003...

Ce que je savais cependant, c'est que ce groupe de musique traditionnelle issu des années 1990 chante sans instruments. À capella, le rythme non vocal étant assuré par les deux podorythmistes (tapeux de pieds) des Charbonniers, Michel Bordeleau et André Marchand. Étant depuis toujours amateur de violons, guitares et claviers, je craignais que cette absence d'accompagnements instrumentaux ne laisse un certain vide sur scène.

Il n'a fallu qu'une ou deux chansons pour me convaincre que la podorythmie (tapage de pieds) amplifiée par des planches et des micros pouvait propulser les harmonies vocales des quatre Charbonniers et soulever l'enthousiasme d'une salle bondée où les amateurs de tous âges avaient peine à rester assis. Tout au long de la prestation, j'avais les yeux rivés sur le tape-tape magique des pieds, devenu à lui seul un redouble instrument de percussion.

Assis sur mon siège à la salle Jean-Després de la Maison du Citoyen de Gatineau, j'essayais désespérément de copier le mouvement et le son des pieds pendant les chansons. Sans succès. Les genoux des «tapeux de pied» semblaient monter et descendre au même rythme, mais le pied droit et le pied gauche touchaient différemment la planche, l'un frappant deux fois, l'autre une (à ce qu'il me semble)... et ce, pendant toute la durée du spectacle, sans apparemment se fatiguer. Cela m'épuisait rien que de les regarder...

Après une centaine de minutes époustouflantes, j'étais à la fois enchanté par la puissance des voix des Charbonniers de l'enfer, et un peu découragé de ne pas avoir pu maîtriser, même quelques secondes, la podorythmie. Me disant que ce devait être un don inné, réservé à un groupe sélect de talents musicaux, j'ai quand même plongé dans l'Internet à mon retour pour voir s'il était possible de guérir ma médiocrité rythmique. Et voilà, tout n'est pas perdu. Il existe maintenant des cours et des ateliers, suivis par des centaines de personnes,  ainsi que des tutoriels vidéos pour encourager l'apprentissage et la transmission de ce «tapage de pieds» québécois aux générations futures.

Voici, pour ceux que cela intéresse, un lien à une vidéo de Philippe Jetté destinée à vous apprendre à taper du pied : https://www.youtube.com/watch?v=7NQx2LNZ76Q&t=116s

Croyez-le ou non, après une dizaine de minutes à suivre les instructions du tutoriel, il m'arrive de temps en temps de réussir la podorythmie. Alleluia! Trêve d'exercice, il est également intéressant de s'informer de l'origine de ce tapage de pieds inventé au Québec. La technique remonte certainement à quelques centaines d'années mais on ne l'a pas documentée avant le début du 20e siècle. Certains croient que d'anciens violonneux ont commencé à taper du pied pour permettre aux danseurs de mieux discerner le rythme. D'autres avancent que les Québécois ont commencé à taper du pied pour accompagner les chansons quand l'Église catholique interdisait la danse. On ne saura jamais avec précision d'où a jailli la première étincelle.

Toujours est-il que jusqu'aux années 1970, il n'existait dans les dictionnaires aucun mot français pour désigner l'art québécois de taper du pied en musique. Le conteur et harmoniciste Alain Lamontagne a alors inventé le néologisme «podorythmie» à partir du mot grec podo (pied) et de rythme. Le terme est aujourd'hui accepté partout.

Selon le Répertoire du patrimoine culturel du Québec, «la podorythmie demande quelques qualités physiques. Le corps entier est sollicité, tout particulièrement du dos jusqu'aux pieds. La position du corps et la manière de taper du pied permettent d'éviter les blessures et réduire la fatigue. Il est alors possible de taper du pied durant des heures». Je peux certifier qu'après trois minutes de tapage de pieds en essayant d'imiter l'expert à l'écran, j'ai dû me reposer... Quand je pense que les Charbonniers ont tapé furieusement sur leurs planches pendant plus d'une heure et demie, je me dis que j'ai des croutes à manger...

Je salue avec grande admiration les quatre Charbonniers, Michel Bordeleau, Michel Faubert, André Marchand et Normand Miron, tant pour leur répertoire musical que pour leur podorythmie. Si un jour je réussis à chanter en tapant du pied, ce sera un peu grâce à eux.

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