25 mars 2026...
Vous êtes pas tannés de chialer, bande de caves? Cette adaptation libre du cri du coeur du poète Claude Péloquin me semblait de mise, ce mercredi 25 mars, après la cacophonie de protestations contre les affronts à la langue française commis par le président d'Air Canada, Michael Rousseau, et le premier ministre du Canada Mark Carney.
Commençons par Michael Rousseau qui, après plus de 300 heures de cours de français, n'a pas réussi à prononcer plus de deux mots dans la langue de Molière - «bonjour» et «merci» - dans son message de condoléances à la famille du pilote québécois Antoine Forest, décédé dans l'accident d'avion survenu à l'aéroport La Guardia de New York.
C'est ce même Michael Rousseau qui, cinq ans plus tôt, avait déclaré qu'il avait pu vivre 14 ans à Montréal sans avoir à apprendre la seule langue officielle du Québec. Air Canada étant soumise à la Loi sur les langues officielles du Canada, le tollé qui a suivi cette déclaration a poussé M. Rousseau à promettre de s'amender. Ce qu'il n'a pas fait.
Et voilà que le même jour, les bulletins de nouvelles révèlent que le premier ministre Carney, souffrant sans doute du «manque de compassion» qu'il reproche à Michael Rousseau, fait rédiger tous ses discours, même ceux en français, par trois rédacteurs anglophones de Toronto. On comprend mieux l'origine de sa réinvention de l'histoire du pays dans son allocution des Plaines d'Abraham. Au bureau du premier ministre, le français demeure une langue de traduction...
Ces deux incidents viennent s'ajouter à une liste interminables d'affronts récents à la langue française et au Québec. La nomination de Mary Simon, aussi incompétente en français que M. Rousseau, au poste de Gouverneure générale et celle de l'unilingue Brenda Murphy au poste lieutenante-gouverneure du Nouveau-Brunswick en 2019 ne sont que la pointe d'un iceberg gargantuesque.
Dans tous ces cas, les médias ont été inondés de déclarations intempestives, provenant principalement de francophones. Après quelques manchettes et débats publics (principalement au sein de la francophonie), le calme revient très vite. Pourquoi? Parce que les Québécois et les Franco-Canadiens, très minoritaires au Canada, peuvent chialer, manifester, porter plainte, quémander, tout sauf décider. Les décisions appartiennent à la majorité anglo-canadienne à Ottawa et dans neuf provinces.
Que peut faire le Québec français pour contraindre Michael Rousseau à apprendre le français? Rien. Ou obliger le président d'air Canada à démissionner, comme le réclame François Legault? Rien. Ou forcer Mark Carney à embaucher un rédacteur francophone? Rien. Ou nommer un gouverneur général capable de parler français? Rien. Ou, Loi 21 oblige, empêcher la Cour suprême du Canada de charcuter des lois québécoises? Rien.
À moins de faire l'indépendance, ce qui ne semble pas imminent, les Québécois doivent accepter leur rôle de chialeurs éternels et abdiquer leur droit de prendre en main leur propre destinée. La majorité québécoise restera pour toujours une minorité au Canada, avec tout ce que cela entraîne: les Michael Rousseau, les Mark Carney, les Mary Simon, la Constitution des longs couteaux, le déclin du français, accéléré hors Québec, s'accélérant au Québec même. Alouette!
Je deviens de moins en moins sensible aux hauts cris qu'on entend à chaque fois que la langue français et/ou le Québec subissent un affront. Ces protestations ne sont guère que l'expression de notre impuissance collective. Verra-r-on le jour où on se tannera de chialer, le jour où on dira «Assez!», le jour où on passera des jérémiades à l'action? Je l'espère. Très bientôt! À quelques mois de mes 80 ans, pour moi, le long terme n'existe plus...

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