20 mars 2026...
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Voir le texte de Mathilde Beaulieu-Lépine dans Le Devoir au lien suivant: https://www.ledevoir.com/actualites/965514/manitobains-voudraient-province-devienne-aussi-officiellement-bilingue
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Non mais peut-on vraiment envisager sérieusement l'hypothèse d'un Manitoba «officiellement bilingue»? Après un siècle et demie marqué trop longtemps par la répression, voire la persécution, la langue et la culture françaises ne sont pas sur le point d'y recevoir les derniers sacrements, mais presque... Sauver les meubles qui restent peut et doit être envisagé, mais proposer de transformer le Manitoba en province bilingue alors qu'à peine 1,3% de la population utilise surtout le français à la maison n'a aucun sens.
La francophobie a fait son oeuvre au Manitoba comme dans la plupart des provinces à majorité anglaise. À sa fondation, en 1870, grâce à la rébellion des Métis sous Louis Riel, le français avait acquis un statut officiel égal à celui de l'anglais et les francophones formaient la moitié de la population. L'immigration massive d'anglophones et l'influence anti-catholique et anti-francophone des Orangistes ont abouti 20 ans plus tard à la promulgation de l'unilinguisme anglais.
Les Franco-Manitobains, comme les autres francophones minoritaires au Canada, ont vu leurs écoles rayées de la carte et leur langue effacée des services publics. L'enseignement en français se donnait en cachette au primaire. Je me souviens de l'autobiographie de Gabrielle Roy, où cette Franco-Manitobaine de Saint-Boniface raconte comment l'enseignante leur ordonnait de dissimuler leurs manuels de langue française lors des visites des inspecteurs anglais du gouvernement...
Au moment où le Canada anglais, effrayé dans les années 1960 par la montée du mouvement indépendantiste au Québec, a commencé à permettre la mise en place de réseaux d'écoles françaises et d'offrir quelques services aux francophones, le mal était fait. À la fin de la Seconde Guerre mondiale, les Manitobains de langue maternelle française formaient environ 8% de la population totale. Trente ans plus tard, la proportion avait diminué à 6% et aujourd'hui c'est 3%!
Depuis les années 1960, le nombre de villages à majorité francophone chute. Il n'en reste qu'un ou deux. Dans le seul quartier urbain, Saint-Boniface (Winnipeg), les taux d'assimilation frisent les 50%. En 1971, première année où le fédéral a commencé à comptabiliser la langue d'usage (celle la plus souvent parle à la maison), le nombre de personnes ayant coché «français» a dégringolé, passant de 39 600 en 1971 à 17 203 en 2021. La population totale du Manitoba, pendant ce temps, grimpait: de 988 000 en 1971 à 1 327 000 en 2021.
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Il reste toujours en 2021 quelques noyaux franco-manitobains dynamiques ainsi qu'une université de langue française à Saint-Boniface, mais pour l'immense majorité des francophones la vie quotidienne se déroule trop souvent en anglais. Une relève anémique ne permettra pas de maintenir la masse critique de francophones requise pour justifier à long terme quelque forme de bilinguisme, et encore moins un statut égal pour le français au Manitoba.
Dans son texte du Devoir, la journaliste Mathilde Beaulieu-Lépine rappelle que la plus récente tentative d'enchâsser les droits des Franco-Manitobains dans la constitution remonte à 1983. «De nombreuses manifestations avaient eu lieu, les graffitis dans les rues s'étaient multipliés et le bureau de la Société francophone du Manitoba avait même été incendié, menant éventuellement au recul du gouvernement et à la fin du projet».
Rien ne laisse croire que la réaction de la majorité anglaise serait différente en 2026, tenant compte que le nombre de francophones diminue à chaque recensement. En dépit de l'attitude sympathique du premier ministre néo-démocrate actuel, Web Kinew, et de son ministre aux Affaires francophones, qui ne seront peut-être plus en poste d'ici quelques années, les chances de mener à terme un projet de bilinguisme officiel au Manitoba sont nulles.
Cela ne servira, comme bien d'autres initiatives fédérales et provinciales pour les francophones hors Québec, qu'à convaincre les Québécois de la viabilité du français coast to coast et à les inciter à renoncer à tout projet de souveraineté. Le résultat à long terme si on tombe dans ce panneau? La disparition quasi totale des collectivités francophones minoritaires (sauf les Acadiens du Nouveau-Brunswick et quelques régions franco-ontariennes), et l'accélération au Québec d'un processus d'anglicisation déjà en cours, jusqu'au point de bascule final...
On ne doit pas sacrifier la mère-patrie pour tenter de sauver des avant-postes au bord du gouffre. Un jour, peut-être pas demain mais bientôt, la plupart des francophones en situation minoritaire seront confrontés au choix ultime: s'angliciser ou rallier le Québec. Ils y seront les bienvenus!


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