vendredi 6 mars 2026

Jacques Michel: «Par-dessus tout, tenir le coup!»

6 mars 2026...

Jacques Michel



De tous ces chansonniers qui ont marqué le Québec des années 1960 et 1970, qui reste-t-il en 2026? Gilles Vigneault, Claude Gauthier, Robert Charlebois, Claude Dubois? Paul Piché? Une précieuse poignée de survivants d'un âge d'or. Les Félix Leclerc, Claude Léveillée, Raymond Lévesque, Pauline Julien, Georges Dor, Jean-Pierre Ferland, Tex Lecor, Renée Claude et bien d'autres nous ont quittés.

En plus de chanter les amours, les peines et les rêves de tous les humains, cette extraordinaire génération d'artistes a mis en musique l'histoire du peuple québécois et les espoirs d'un pays qu'ils n'auront jamais eu la chance de voir de leur vivant. L'heure n'est jamais venue d'entendre Félix chanter Le tour de l'île pour célébrer l'indépendance: «Les fruits sont mûrs dans les vergers de mon pays».

Cette semaine on pleure la disparition d'un de nos grands: Jacques Michel. J'ai six de ses albums. Au plus sombre de la crise d'octobre de 1970, après qu'Ottawa eut envoyé policiers et militaires arrêter près de 500 indépendantistes en invoquant une insurrection fictive, sa chanson Un nouveau jour va se lever giflait les mesures de guerre: «Le temps de l'esclavage, le temps du long dressage, le temps de subir est passé.»

Son album suivant, celui de 1971, intitulé SOS, se voulait un cri de ralliement pour ceux et celles qui luttent pour la libération du Québec. Les chansons engagées se suivent en rafale: Debout, Quel temps est-il?, La suite, Victor, S.O.S On va couler, l'ensemble formant un appel à la solidarité et l'engagement. «Nous avons besoin de chacun de nous.» «Solidarité je t'implore sois notre guide jusqu'au but.» «Temps d'avancer, temps d'agir, temps d'assumer, temps d'accomplir, temps de lutter, temps d'acquérir, temps d'exiger, temps d'obtenir!»

J'ai eu la chance de voir Jacques Michel en spectacle après la sortie de son dernier album, Tenir, à la salle Jean Després de la Maison du citoyen de Gatineau. Un spectacle intime, devant quelques centaines de personnes conquises d'avance. Une soirée magique où, du haut de ses plus de 80 ans, il a livré quelques pages de son testament musical. La chanson Tenir m'a ému presque aux larmes: 

«Nous avons fait tout c'que nous avons pu
Nous avons fait même encore un peu plus
Nous étions débordants d'espoir
Presque assurés de la victoire
Mais après notre double défaite
Le coeur en deuil, le coeur en miettes
Malgré le poids de notre peine
Nous avons redit "à la prochaine"

Tenir le coup 
Malgré nos blessures et nos pertes 
Garder notre esprit de conquête 
Et refuser de disparaître, tenir, tenir, tenir
Tenir le coup 
Sans jamais fléchir les genoux 
Il nous faudra par-dessus tout
Tenir, tenir, tenir»

Quand, à quelques mois de mes 80 ans, je réécoute les chansons de Jacques Michel et de Vigneault et de Léveillée et de Pauline Julien et des autres, je me dis que la relève, ces jours-ci, se fait trop discrète. Existe-t-il aujourd'hui une génération de jeunes bardes qui, comme les anciens, remplira les salles et les ondes avec des airs de combat et de solidarité pour la cause de l'indépendance du Québec? Peut-être sont-ils devenus comme trop d'entre nous le reflet d'une société qui n'a jamais pleinement réussi à réparer son «coeur en miettes», et qui peine à reprendre la lutte. 

Une fenêtre s'ouvre en octobre 2026. «Au dixième mois de l'année», chantait Jacques Michel dans Victor. Puisse son message dans Tenir être entendu:

«Tenir le coup
Sans jamais fléchir les genoux
Nous désirions par-dessus tout
Posséder un pays rien qu'à nous»

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Lien à la chanson Tenir de Jacques Michel - https://www.youtube.com/watch?v=QoupqaBMstA

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