dimanche 15 mars 2026

D'où viennent nos vieilles chansons?

15 mars 2026...

Lien à la chanson sur YouTube - https://www.youtube.com/watch?v=v--Hx42531Y


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capture d'écran du livre Tocqueville au Bas-Canada

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L'événement décrit dans le texte ci-dessus se déroule en 1831, le long de la rivière Saginaw, au Michigan (États-Unis). Le grand sociologue français Alexis de Tocqueville faisait route vers les Grands Lacs avec des guides autochtones. Pour traverser la rivière Saginaw à la noirceur, il a dû noliser un canot. C'est là qu'il rencontra une personne ayant l'apparence d'un Autochtone qui lui adressa la parole en français «avec un accent normand». Lisez le bout de texte ci-haut pour entendre l'histoire racontée par l'auteur lui-même. Ce qui m'intéresse, moi, c'est qu'en traversant et en remontant la rivière, le «bois-brûlé» fredonnait une vieille chanson de France dont de Tocqueville ne saisit que les deux premiers vers: «Entre Paris et Saint-Denis, il était une fille»...

Ainsi, plus de 70 ans après la conquête britannique, plus de 40 ans après la Révolution de 1789, la langue et la culture française avaient poursuivi leur expansion vers l'ouest du continent, transmise par les explorateurs canadiens-français et un nombre croissant de Métis francophones. Les accents du 18e siècle avaient survécu, mais aussi les traditions musicales de la France monarchique, y compris des airs et des chansons qui allaient tomber dans l'oubli sur le vieux continent. Imaginez la surprise de Tocqueville, croyant la présence française effacée en Amérique du Nord, entendre un Métis chanter «Entre Paris et Saint-Denis» dans les contrées sauvages du Michigan de 1831.

Quand j'étais enfant, on entendait régulièrement des chansons comme Au clair de la lune ou C'est l'aviron sans savoir que ces airs étaient issus de la Normandie du 14e ou 15e siècle. On aurait dû se douter que M'en revenant de la jolie Rochelle n'avait rien à voir avec quelque village sur les rives du fleuve Saint-Laurent. Passionné par l'histoire et la politique, je n'ai jamais vraiment approfondi ma connaissance des origines du répertoire musical transmis par mes parents et grands-parents. Il reste que nombre de chansons ont survécu à la chute du régime français pendant des siècles dans notre tradition orale, même si elles se perdent au 21e siècle. Je viens d'ailleurs de découvrir un nouveau livre, publié en 2022, intitulé Les chansons du cousinage Normandie-Amérique du Nord. Un possible remède à mon ignorance. Sur ma liste: à acheter!

En septembre 2013, alors que Ginette et moi, faisions le tour de la Normandie et de la Bretagne en voiture, nous avons passé une nuit à l'hôtel Les Ajoncs d'or de Saint-Malo. Cela m'a rappelé une petite chanson que nous avons très souvent entendue (sans doute de ma mère) et chantée durant ma petite enfance, au début des années 1950: À Saint-Malo beau port de mer. Convaincu que ce vieil air avait été transporté au Québec par Jacques Cartier et son équipage, ou Samuel de Champlain, j'ai décidé de m'informer auprès d'un directeur de l'établissement, qui n'en savait rien. Je l'ai chanté pour lui, espérant que cela éveillerait quelque souvenir. Cette chanson, m'a-t-il dit, est sans doute disparue dans son coin de Bretagne.

Selon le peu de renseignements que j'ai pu glaner, l'air de cette chanson est inconnue dans la France contemporaine. Les paroles auraient été conservées en Bretagne mais il n'est pas question de Saint-Malo. On y écrit plutôt «À Nantes, à Nantes sont arrivés, Trois beaux navires chargés de blé»... Dans une autre version, Saint-Malo céderait sa place à Bordeaux. Ainsi, la chanson ne porte le nom de Saint-Malo qu'en Amérique du Nord. Pourquoi? Je devrai me renseigner. 

L'histoire de nos chansons de folklore remonte parfois jusqu'à la vieille France, mais plusieurs d'entre elles ont une origine pure laine. Je m'en souviens d'une en particulier, que j'entendais toujours dans des rencontres de famille autour du temps des Fêtes et dont je ne me souvenais que du refrain, comique pour moi parce que je pensais que «Fu, fu, fu» était «Pu, pu pu». Le refrain s'entendait comme suit:



J'ai découvert qu'Ovila Légaré, accompagné par La Bolduc à la guimbarde, avait endisqué cette chanson en 1931 et qu'elle avait connu un grand succès en ondes et chez les disquaires. Son origine serait incertaine. Elle était présentée comme une «vieille chanson». Une théorie, apparemment considérée plausible, voudrait que cette chanson de la fin du 19e siècle soit une satire dirigée contre Adolphe Chapleau, premier ministre du Québec de 1879 à 1882. La chanson évoque les visites du Jour de l'an bien arrosées de Chapleau, qui perd son chapeau, ses mitaines et sa carriole et qu'un bon samaritain doit ramener à la maison. M. Chapleau avait une réputation de bon vivant. 

Enfin, je me demande combien de parents québécois d'aujourd'hui connaissent et transmettent ces airs traditionnels qu'on trouvait souvent dans les cahiers de la «bonne chanson», ainsi que leurs origines. Il serait dommage qu'elles deviennent, comme notre peuple si on ne se réveille pas bientôt, «une page blanche» de l'histoire des nations.

1 commentaire:

  1. Figurez-vous que, depuis que j'ai accès à You Tube, j'oublie rarement d'écouter Ovila Légaré chaque premier janvier. J'ignorais que la chanson « Chapleau fait son jour de l'an » faisait allusion à Adolphe Chapleau !

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